À la Une

“ Hü ”

de David Dolo

“ Ça suffit. Voilà. Il appuie, parce qu’il est à un cheveu de s’écrouler et que personne n’a envie de voir un bibendum dans son genre tomber sur soi entre deux stations. ”

Comme chaque matin, un homme se rend en train au boulot. Dix ans déjà qu’il effectue ce même trajet. Dix ans de trop peut-être. Il étouffe au milieu des passagers, et sentant un malaise arrivé, il stoppe le train et lui prend alors une irrésistible envie de descendre prendre l’air.

“ Il jette un dernier coup d’œil au train, à la porte ouverte du wagon dont il vient de s’extraire, timide, et croise quelques regards glacés ou amusés, un grand échevelé au sourire sans joie lui montre son majeur dressé. Francis détourne les yeux. Sale type. Il pense à son objectif, le bureau, et fait son premier pas quand la double porte par laquelle il est descendu se referme dans un fracas qui le fait sursauter.

« Zut » ”

Le train parti, il se retrouve seul au monde à errer le long de la voie ferrée. Un étrange paysage de désolation s’offre à lui.

“ Où sont les villes, où sont les gens ? ”

Jusqu’au moment où il s’endort épuisé à force de marcher et de chercher âme qui vive.

Une surprise l’attend à son réveil. Il a de la compagnie, mais loin d’être celle qui l’espérait…

Ce que j’en dis :

Que ne fut pas ma surprise quand ce livre est arrivé entre mes mains. Je me suis bien fait HÜ. Bon d’accord elle était facile mais j’en avais trop envie.

Pourtant la couverture et le pitch proposé par Masse Critique Babelio étaient attirants mais à l’arrivée, j’étais loin d’imaginer une aussi grosse déception.

Tout d’abord le roman n’a pas d’éditeur, au sens propre du terme. Ce livre est édité par une plateforme que je boycotte par solidarité pour toutes les librairies qui tentent de survivre. Son nom est bien caché entre ses pages non numérotées, seulement chapitrées, donc pas facile à trouver. Tout comme les infos sur l’auteur, complètement inexistantes. Et oui, on ne s’improvise pas éditeur, pour cela il faut une certaine expérience, un certain talent une certaine classe.

Pour ce qui est de l’histoire, ça démarrait plutôt bien, mais c’est vite parti dans un délire aussi barré que les personnages qu’elle contient.

Je me suis donc lassée très vite, et le style très simple n’a rien fait pour m’accrocher davantage.

Je m’interroge sur le fait que cet auteur se soit tourné vers cette plateforme, a-t-il vu son manuscrit refusé par tous les éditeurs, et se venge en passant du côté obscur ?

Enfin je remercie tout de même Babelio, qui m’a permis de découvrir un anonyme qui devra persévérer et trouver un vrai éditeur s’il souhaite une seconde chance.

Un roman qui va vite tomber dans les oubliettes et que je n’aurai pas plaisir à promouvoir d’autant qu’il ne figurera pas dans les rayons de mes chers libraires.

Et oui chez Dealerdelignes SP ou pas c’est toujours sans langue de bois .

Pour info :

L’auteur

Les bonnes âmes de Sarah Court

Les bonnes âmes de Sarah Court de Craig Davidson aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (Canada) par Éric Fontaine

” Ce n’est pas une ville dénuée de charme. Une falaise en marque l’extrémité sud-ouest ; les millénaires s’écoulent en minces filets entre les rigoles de ses escarpements. Les eaux vertes du lac, parsemées de voiliers, s’embrasent, lisses et dorées, au contact de la lune cuivrée d’automne. Ceux qui vivent à l’intérieur des limites de la ville sont de braves gens. S’il fallait leur trouver un défaut, ce serait sans doute cette tendance qu’ils ont à relever avec un peu trop d’empressement les défis que leur lance l’existence. L’arrivée du mariage et de la vie de famille marque la fin des folles ambitions. Certains qualifient ce patelin de repaire de laideur abritant quelques très belles personnes ; d’autres estiment au contraire qu’il s’agit d’un lieu d’une beauté singulière abritant quelques irréductibles salauds. “

À Sarah Court, morne lotissement situé au nord de Niagara Falls dans l’Ontario, se côtoient cinq familles, assez atypique dans leur genre.

Parmi elles, un batelier qui récupère les noyés au pied des célèbres chutes, un cascadeur accro au danger, un neurochirurgien alcoolique en disgrâce, un boxeur raté père d’un jeune garçon obèse aux multiples personnalités, une cleptomane qui rêve de maternité, un orphelin d’une mère toxicomane devenu fabricant de feux d’artifice et occasionnellement criminel, sans oublier les écureuils gris qui pullulent dans le coin.

” Certaines créatures vivent à la manière des étoiles : une vive et puissante combustion qui réduit en cendres les êtres qu’ils côtoient, mais surtout eux-mêmes. Leurs vies sont des brasiers au cœur desquels les trouvent leur bonheur. Ils se consument à petit feu jusqu’à ce qu’il ne reste que le désir des flammes. “

Mais connaît-on vraiment ses voisins ? Et sa propre famille ?

Craig Davidson explore les âmes humaines aussi étranges et sombres qu’elles puissent être et nous livre un roman surprenant à la frontière des genres.

Ce que j’en dis :

Après ma fabuleuse découverte de son recueil de nouvelles De rouille et d’os, magnifiquement adapté au cinéma par Jacques Audiard en 2012, j’étais impatiente de me plonger dans son dernier roman.

Cette fois il nous entraîne à Sarah Court dans l’Ontario une bourgade américaine proche des chute de Niagara Falls, où vivent cinq familles assez malmenées par la vie.

L’auteur reste fidèle à son thème de prédilection, le drame et toute sa noirceur.

À travers des personnages de caractère assez cabossés, on découvre ce roman choral qui flirte avec le recueil de nouvelles avec une once de fantastique. Les histoires s’enchaînent, les personnages se suivent, leurs vies s’entremêlent, leurs destins se croisent entre tension et émotion, humour et horreur, férocité et compassion.

Sous la plume de Craig Davidson, les gens ordinaires nous paraissent extraordinaires, et même habillée de noirceur, la petite bourgade s’illumine sous le feu des projecteurs le temps d’une soirée.

Craig Davidson confirme son talent et même si cette histoire peut paraître parfois déroutante, elle n’en demeure pas moins captivante et savoureuse.

J’ai adoré.

Pour info :

Craig Davidson, né en 1976 à Toronto, est un écrivain canadien anglophone. Il vit à Calgary, en Alberta. Il s’est fait connaître avec un recueil de nouvelles, Un goût de rouille et d’os (Albin Michel, 2006), vendu à plus de 50 000 exemplaires et adapté à l’écran par Jacques Audiard en 2012. Son premier ouvrage, Juste être un homme (2008), a confirmé le talent et la singularité de ce jeune écrivain.

Craig Davidson a également publié de nombreux romans d’horreur sous les pseudonymes de Patrick Lestewka et Nick Cutter.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette plongée toujours aussi savoureuse dans l’univers impitoyable de cet auteur Canadien d’exception.

“ L’artiste ”

L’artiste d‘Antonin Varenne aux Éditions de La Manufacture de livres

” Il a recommencé. Le même. Les coups de couteau, les mains mutilées, un artiste, un atelier. Peut-être cette fois n’avait-il pas fait le ménage ; la maison tout entière semblait ordonnée et propre, mais il avait laissé derrière lui quelque chose d’essentiel : une idée fixe. Ce n’était plus une impasse, mais le début d’un merdier à tiroirs. “

En 2001 à Paris, les artistes peintres se retrouvent mis en pièces par un drôle de serial killer, un genre maniaque du ménage.

Lui-même véritable artiste, transforme ses scènes de crime en œuvre d’art y mêlant esthétisme et barbarie

C’est l’inspecteur Heckmann qui se retrouve sur cette affaire assez spéciale et il va vite comprendre que le tueur se joue de lui.

Une véritable traque est mise en place, pour arrêter ce tueur fou.

Ce que j’en dis :

Quand j’ai découvert la plume d’Antonin Varenne, il avait déjà quelques romans à son actif, mais comme on dit mieux vaut tard que jamais. Depuis je fais partie de ses fidèles lectrices car il faut bien le reconnaître, il a du talent, un véritable artiste.

Cette fois il nous entraîne à Paris, sur les traces d’un serial killer dans un intrigue captivante menée par des mains de maître, avec des personnages bien campés et très attachants.

C’est avec plaisir qu’on savoure sa verve singulière agrémentée d’une pointe d’humour toujours très appréciable.

Une fois de plus, je suis sous le charme de son écriture et de son style, Antonin Varenne est une valeur sûre, jamais déçue bien au contraire.

Il vient de recevoir le Prix rive gauche du roman français à Paris.

On ne peut que s’en réjouir.

Pour info :

Né à Paris en 1973, Antonin Varenne n’y restera que quelques mois avant d’être enlevé par ses parents pour vivre aux quatre coins de France, puis sur un voilier.

Il n’y reviendra qu’à vingt ans, pour poursuivre des études à Nanterre. Après une maîtrise de philosophie (Machiavel et l’illusion politique), il quitte l’Université, devient alpiniste du bâtiment, vit à Toulouse, travaille en Islande, au Mexique et, en 2005, s’arrime au pied des montagnes Appalaches où il décide de mettre sur papier une première histoire. 

Revenu en France accompagné d’une femme américaine, d’un enfant bilingue et d’un chien mexicain, il s’installe dans la Creuse et consacre désormais son temps à l’écriture.

Je remercie la manufacture de livres, toujours très avisée dans le choix de ses publications.

“ Adieu fantômes ”

Adieu fantômes de Nadia Terranova aux Éditions La Table Ronde

Traduit de l’italien par Romane Lafore

Afin d’aider sa mère à faire du tri dans les affaires du passé, Ida revient dans la maison de son enfance, celle qu’un jour son père a quitté sans explication.

 » Nous avions habité là, ensemble, pendant plus de vingt ans, de ma naissance au jour où j’étais partie pour Rome ; mon enfance et mon adolescence étaient là à veiller sur l’appartement, comme les hirondelles dont je perçus un battement d’ailes hors saison tandis que ma mère retournait son sac à main à la recherche de son trousseau de clés. ”

Se retrouver au milieu d’objets anciens réveillent immanquablement les souvenirs enfouis et les vieilles blessures.

“ La chambre dans laquelle j’avais dormi, joué, travaillé était restée figée dans le temps, à ceci près qu’à présent plancher et mur étaient encombrés par le magma d’objets échappés du débarras de la terrasse, que ma mère avait dû déblayer avant mon arrivée pour laisser le champ libre aux ouvriers. Une chambre morte, envahie par les flots de souvenirs. ”

La maison tout comme sa mémoire semblent envahies de fantômes, il serait peut-être temps de leur dire enfin adieu, et de les laisser partir.

» On ne peut pas désirer ce qu’on a déjà, tandis qu’aimer un absent, si ; c’est ce que je faisais depuis que j’avais treize ans. “

Ce que j’en dis :

J’ai découvert la plume de Nadia Terranova à travers son premier roman « Les années à rebours  » (Ma chronique ici) que j’avais adoré, et c’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé son écriture stylée pleine d’émotions où les personnages sont emplis d’une profonde sensibilité.

Dans cette histoire, l’auteure explore les difficultés de faire le deuil des disparus auxquels nous sommes toujours attachés. Ida porte en elle des blessures profondes, réveillées par le fantôme de son père qui erre dans cette maison pleine de souvenirs.

Nadia Terranova pose un regard d’une grande précision sur les liens familiaux, les rapports mère fille. Elle nous emporte à travers cette histoire où le passé s’affronte avec le présent et permet au final l’ultime lâché prise pour un futur plus serein.

Décidément cette auteure me ravie à chaque fois, une belle plume italienne lumineuse à découvrir absolument.

Pour info :

Nadia Terranova est née à Messine.

Elle a suivi des études de philosophie et d’histoire. 

Pour son premier roman, Les années à rebours, elle a reçu en Italie le prix Bagutta Opera Proma, le prix Brancati, le prix Fiesole et le prix Grotte de la Gurfa. 

Adieu fantômes est son second roman.

Je remercie les Éditions de La Table Ronde pour cette fabuleuse balade italienne.

Le moine de Moka

Le moine de Moka de Dave Eggers aux Éditions Gallimard

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Juliette Bourdin

” Mokhtar ne pouvait pas parler aux autres de ce genre de choses, de sa capacité à flairer une occasion et à s’y préparer mentalement. Les gens ne comprenaient pas. Mais lui savait que si on lui donnait la moindre ouverture, le plus mince entrebâillement, sa tchatche était capable d’ouvrir grand la porte et de lui faire franchir le seuil. “

Lorsque Mokhtar découvrit la fabuleuse histoire de l’invention du café. Il exerçait le métier de portier à San Francisco dans un immeuble prestigieux. À vingt-quatre ans, ce jeune Américano-Yéménite était loin d’imaginer avoir en commun des origines avec le café qui occupe une place centrale au Yémen.

Autodidacte et fort débrouillard, il quitte sa famille et les États-Unis pour se rendre sur la terre de ses ancêtres et prospecter auprès des cultivateurs de café.

” Il lui dit qu’il appartenait à une famille yéménite qui avait cultivé le café depuis des siècles et qu’il retournerait bientôt au pays pour faire revivre l’art du café yéménite et l’amener sur le marché du café de spécialité. “

En plus de vouloir importer le café du Yémen, il veut lui redonner ses lettres de noblesse, mais également payer tous ces cultivateurs, cueilleurs, trieurs, les emballeurs, à leurs justes valeurs.

” Toute tasse de café requiert donc une vingtaine de mains, du producteur au consommateur. Et pourtant, elle ne coûte que deux ou trois dollars. Même une tasse à quatre dollars relève du miracle, compte tenu du nombre de personnes impliquées, compte tenu de l’attention et de l’expertise prodiguées aux grains dissous dans cette tasse à quatre dollars. Une attention et une expertise telles que en fait, même à quatre dollars, on peut soupçonner que, au cours du processus, des gens – peut-être même des centaines de gens – ont été escroqués, sous-payés, exploités. “

Hélas en 2015, alors que son projet ambitieux d’améliorer les conditions de travail et de changer l’image du Yémen aux yeux du monde prend forme, une guerre civile éclate.

Les bombes saoudiennes tombent, l’ambassade américaine ferme ses portes, et Mokhtar se retrouve coincé au Yémen, mais il refuse de sacrifier ses rêves et de laisser tomber tous ceux qui comptent et croient en lui.

Ce que j’en dis :

Êtes-vous prêt à vivre une aventure extraordinaire ? Car c’est ce qui vous attend dès les premières pages de cette histoire vraie aussi captivante que passionnante.

What else ?

Il est même fort possible que vous appréciez davantage votre prochaine tasse de café, en tout cas vous risquez fort de le voir différemment.

What else ?

Dave Eggers est un formidable conteur, tout en portant un regard éclairé et juste sur l’histoire du café, il emporte le lecteur dans une aventure bouleversante en plein milieu d’une guerre, où notre héros si courageux soit-il, risque de tout perdre.

What else ?

Ce récit instruit autant qu’il divertit, parfois drôle mais aussi inquiétant, et ne manque pas de suspense. Il est préférable de l’accompagner de quelques cafés car une fois commencé il est impossible de le lâcher avant le final où le champagne risque de s’inviter à la fête.

What else ?

Après Zeitoun que j’avais déjà trouvé formidable malgré le sujet douloureux qu’il relatait, j’ai retrouvé avec plaisir la plume de Dave Eggers et son talent d’écrivain, et j’ai hâte de poursuivre mes découvertes, notamment Les héros de la frontière.

En attendant je ne peux que vous recommander le moine de Moka, pour découvrir vous aussi l’histoire de ce jeune Américain musulman, un homme hors du commun. .

What else ?

Filez chez votre libraire…

What else ?

Je remercie infiniment Léa, fondatrice du Picabo River Book Club et les Éditions Gallimard pour cette aventure aussi enrichissante que palpitante.

Pour info :

Dave Eggers est né à Boston dans le Massachusetts.

Écrivain américain, scénariste il est aussi fondateur du magazine littéraire The Believer, de Might Magazine et de la maison d’édition McSweeney’s.

Il est l’époux de Vendela Vida également auteure.

Dave Eggers a écrit quatre livres populaires: A Heartbreaking Work of Staggering Genius (Une œuvre déchirante d’un génie renversant), You Shall Know Our Velocity, How We Are Hungry, et What Is the What: The Autobiography of Valentino Achak Deng.

Il est par ailleurs coscénariste, avec Vendela Vida, du film Away We Go(2009) réalisé par Sam Mendes.

Son livre Le Cercle traite de la toute-puissance des nouvelles technologies à cause desquelles les individus renoncent de leur plein gré chaque jour un peu plus à leur vie privée.

Il vit à Chicago et San Francisco. Il est enseignant à l’école 826 Valencia.

“ La montagne vivante ”

La montagne vivante de Nan Shepherd aux Éditions Christian Bourgeois

Traduit de l’anglais par Marc Cholodenko

 » Me voici donc allongée sur le plateau, sous le cœur central de feu depuis lequel a été lancée cette masse grommelante et grinçante de roc plutonique, au-dessus de moi l’air bleu, et entre le feu du rocher et le feu du soleil, les éboulis, le sol et l’eau, la mousse, l’herbe, la fleur et l’arbre, les insectes, les oiseaux et les bêtes, le vent, la pluie et la neige – là montagne au complet. Lentement j’ai trouvé mon chemin à l’intérieur. “

Toute sa vie durant, Nan Shepherd (1893/1981) a arpenté les montagnes écossaises de Cairngorm, un endroit aux hivers rudes et aux conditions de vies assez précaires.

” Certains portent à ces lieux sauvages un amour fervent et ne demandent rien de mieux que d’y passer leur vie. Ceux-là héritent du savoir de leurs pères et parfois l’enrichissent. Les autres, rétifs à ces conditions primitives, pour qui il n’y a que sentimentalisme à les célébrer, s’en vont. “

À travers La montagne vivante l’auteure nous entraîne au cœur de ses pérégrinations, elle nous invite à découvrir la faune et la flore, la montagne enneigée, les rivières, partage avec nous ses méditations, et nous présente ses camarades d’un jour ou d’une vie croisés ici et là sur les chemins montagneux lors de ses explorations.

” (…) souvent la montagne se donne le plus complètement quand je n’ai pas de destination, quand je ne cherche pas un endroit particulier, quand je suis sortie rien que pour être avec la montagne comme on rend visite à un ami sans autre intention que d’être avec lui. “

Ce récit, écrit dans les années 1940, durant les dernières années de la Seconde Guerre mondiale, est resté dans un tiroir pendant trente ans avant d’être publié en Grande-Bretagne, il est aujourd’hui enfin traduit et publié en France.

San Shepherd a mené toute sa vie une quête, elle est allée à la recherche de la « nature essentielle » des Cairngorms. Cette quête l’a conduite vers l’écriture de ce récit de méditation sur la magnificence des montagnes et sur l’imaginaire du monde sauvage qui nous entoure.

Ce que j’en dis :

En publiant pour la première fois en Français  » La montagne vivante « , les Éditions Christian Bourgeois nous offre l’occasion de faire connaissance avec Nan Shepherd, véritable pionnière du Nature writing, un univers jusqu’à présent plutôt masculin, comme l’ont prouvé les textes, à l’époque, de Bruce Chatwin (En Pantagonie), John McPhee (En Alaska), Peter Matthiessen (Léopard des neiges), mais aussi J.A. Baker (Le Pélerin).

Nan Shepherd connaît bien sa montagne, et en est même amoureuse, de ce fait elle entre en communion parfaite avec elle et nous livre une véritable déclaration d’amour, un bel hommage à cette montagne qui lui a tant donné.

Son regard féminin, posé sur cette faune et cette flore mais également sur les paysages qui changent selon le temps et les saisons, l’entraîne vers de profondes méditations et nous offre un spectacle touchant et un bien-être extraordinaire.

Ce livre apaise telle une balade, il aspire au dépaysement, il nous fait voyager au cœur d’un endroit sauvage en compagnie d’une femme tantôt exploratrice et tantôt poétesse.

Elle nous ensorcelle, nous captive, et nous fait aimer cette montagne, si belle et pourtant si rude.

Tel un peintre qui nous laisserait une toile en souvenir, Nan Shepherd nous laisse un récit magnifique et inoubliable sur la nature et les paysages de Grande Bretagne.

Elle rejoint les écrivains qui grâce à leurs romans préservent à leurs manières toutes les richesses de notre planète, et nous offrent des voyages exceptionnels.

Amoureux de la nature, la montagne vivante vous attend pour une balade inoubliable.

Pour info :

Nan (Anna) Shepherd (1893/1981) était une auteure et poète moderniste écossaise.

Le paysage et la météo écossais ont joué un rôle majeur dans ses romans et sont au centre de sa poésie. Shepherd a enseigné l’anglais au Aberdeen College of Education pendant la majeure partie de sa vie professionnelle.

Elle est aujourd’hui représentée sur les billets de 5 £ d’Écosse.

Je remercie les Éditions Christian Bourgeois pour cette balade écossaise de toute beauté.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois au Éditions de l’Olivier

– Alors, il est comment le Goncourt 2019 ?

Excellent !

Mais encore…

Et si tu le lisais, parce que franchement il vaut le coup.

Ce que j’en dis :

Goncourt ou pas, ce livre que j’ai eu la chance de recevoir pour mon anniversaire (avec plein d’autres, j’ai des copines formidables) était prévu dans mes lectures.

D’une part parce que malgré mes nombreuses lectures annuelles, je ne connaissais pas encore cet auteur dont on disait le plus grand bien, (alors qu’il était présent dans ma monstrueuse bibliothèque, qui s’est enrichie de nouveaux titres de l’auteur dernièrement pour compléter ma collection), et d’autre part pour faire honneur à ce chouette cadeau parti de Bretagne vers  » L’autre rive » avant d’être réceptionné par mes petites mains après avoir prononcé le mot de passe, qu’il m’avait fallu décodé au préalable, du morse en plus, typique des bretons ce jeu de piste.

Bon je sais, je vous raconte ma vie, au lieu de vous parler de ma lecture et alors ? L’histoire du livre à son importance aussi, elle en fait un objet précieux, un souvenir joyeux et donne davantage d’émotion à ce qui va suivre, une fois les premières pages tournées, en tout cas pour moi.

Je fais donc connaissance ENFIN, avec la plume de Jean-Paul Dubois et dès le départ je suis subjuguée, conquise, sous le charme.

Car en premier lieu, c’est avant tout par l’écriture que l’envie d’aller découvrir l’histoire se révèle ou pas ? Et présentement, le talent est bien là, et le désir d’aller plus loin dans l’aventure bien vivant.

Une écriture subtile, soignée, qui éveille les sens, pleine d’humanité et fait parfois passer du rire aux larmes, si douces soient-elles.

” L’enfermement a une odeur déplaisante. Des remugles de macération de mauvaises pensées, des effluves de sales idées qui ont traîné un peu partout, des relents aigres de vieux regrets. L’air libre, par définition, n’entre jamais ici. Nous respirons nos haleines en vase clos, des souffles communs chargés d’éclats de poulets bruns et de sombres projets. Même les vêtements, les draps, les peaux finissent par s’imprégner de ces exhalaisons auxquelles on ne s’habitue jamais. Au retour des promenades, quand l’air du dehors s’arrête au seuil des tourniquets, la transition est à chaque fois brutale et une vague nausée se charge aussitôt de nous rappeler que nous vivons et respirons dans un ventre qui nous charrie continuellement, longtemps nous digère, avant, le moment venu, de nous expulser pour se libérer plutôt que pour nous rendre la liberté. “

Au fur et à mesure, les souvenirs de cet homme qui purge une peine de prison avec pour codétenu un Hells Angel, se libèrent, franchissent les murs de cette cellule et nous font frissonner de plaisir mais également d’effroi, entraînant un sentiment de révolte face à tant d’injustice.

C’est bouleversée que je referme ce livre, la tête emplie du récit de Paul Hansen qui malgré toute sa bonté, toute sa générosité se retrouve emprisonné pour n’avoir pu empêcher l’inévitable.

L’auteur nous fait cadeau de l’histoire d’une vie, parsemée de joie, de peine, de partage mais aussi d’iniquité, à travers des contrées variées, parfois hostiles mais souvent envoûtantes, et nous montre bien, qu’effectivement : Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Ce n’est donc pas à mon sens un prix, si prestigieux soit-il qui définit un grand livre et qui orientera mon choix de lecture mais bien évidemment sa qualité littéraire, et me fera dire au final que ce roman, c’est vraiment de la bonne came.

Les fidèles de l’auteur seront comblés et pour les autres, tel que moi, l’aventure ne fait que commencer puisque d’autres titres m’attendent…

Un peu plus de voies impénétrables et cette année je ne lisais pas le Goncourt… mais j’aurais quand même lu Dubois.

Pour info :

Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement.

Journaliste, il commence par écrire des chroniques sportives dans Sud-Ouest. Après la justice et le cinéma au Matin de Paris, il devient grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur.

Il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l’Olivier : L’Amérique m’inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002).

Écrivain , Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans (Je pense à autre choseSi ce livre pouvait me rapprocher de toi). Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996), le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une vie française (Éditions de l’Olivier, 2004).

Je remercie infiniment Guilan pour ce magnifique cadeau et ce formidable jeu de piste, parsemé d’énigmes qui m’ont amenées vers lui.

“ L’écho du temps ”

L’écho du temps de Kevin Powers aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carole d’Yvoire

” La rumeur qui l’emporta fut exprimée avec une assurance si incontestable qu’elle devait à coup sûr être fausse : elle avait fui vers le sud-ouest, vers les cuvettes des Blues Ridge Mountains alors que le feu brûlait encore dans les braises de la Plantation Beauvais. On aurait pu la trouver dans les hautes terres là-bas, bien au-dessus des prairies nappées de brouillard, là où les épicéas et les sapins poussaient à travers les décombres des arbres morts du passé.

On comprend sans mal pourquoi elle essaya de disparaître. Et si les endroits où l’on disait qu’elle s’était réfugiée n’étaient que des substituts de l’idée de fuite dans l’esprit roussi de ceux qu’elle avait abandonné, peu importe. L’erreur appelle l’erreur. Ça au moins, c’est certain. “

En 1865, en Virginie, au cours d’une nuit, la Plantation Beauvais disparaît sous les flammes. Cette même nuit, Emily Reid Levallois reste introuvable, et différentes rumeurs commencent à circuler. A-t-elle péri dans l’incendie, ou est-elle en fuite pour échapper à son mari tyrannique ?

Et quand est-il de ces deux esclaves, Rawls et Nurse ?

” Quiconque se trouvant proche des limites de la Plantation Beauvais en 1865, quand mai succéda à avril, aurait vu dix mille choses passer dans l’histoire. Des choses dont les noms avaient été charriés tout au long du cours indifférent du temps. Mais l’hiver revint dans le comté pareil à un invité qui aurait oublié son manteau.

Bien des années plus tard, ce sera au tour de Georges Seldom, de s’interroger sur son passé, lui qui avait été trouvé, sous le porche d’une maison avec seulement un mot épinglé sur la poitrine : « Prenez soin de moi. Je vous appartient maintenant »

De la guerre de Sécession à l’Amérique contemporaine, Kevin Powers voyage à travers le temps en fouillant l’histoire violente et déchirante de son pays à travers des personnages emblématiques du Sud, tout en explorant ce qu’il restera une fois que le passé laissera sa place au présent.

Ce que j’en dis :

Quand tu aimes sortir des sentiers battus, c’est tout à fait le genre de récit que tu aimes croiser sur ton chemin : atypique, surprenant, enrichissant, passionnant, extraordinaire.

Bien évidemment, il se mérite d’où l’intérêt pour en profiter au maximum de lui accorder une belle plage de lecture afin de ne pas s’y perdre en cours de route.

L’auteur donne la voix à de nombreux personnages et nous fait voyager entre les années 50 et les années 8o, de l’époque de l’esclavage en passant par la guerre de Sécession, jusqu’à maintenant, tel  » un écho du temps « .

L’histoire se dessine au fur et à mesure et donne sens petit à petit, à ce titre mystérieux.

Avec singularité et une belle part de lyrisme, Kevin Powers confirme son talent de conteur en nous offrant ce deuxième roman que je vous encourage à découvrir.

Aussi envoûtant que déroutant, mais alors quel roman.

Pour info :

Kevin Powers est né à Richmond, en Virginie.

À dix-sept ans, il s’engage dans l’armée et combat en Irak en 2004 et 2005. À son retour, il obtient une bourse d’étude en poésie à l’Université d’Austin, au Texas.

Finaliste du National Book Award et traduit dans 23 pays, Yellow Birds (Stock, Livre de poche), son premier roman, a reçu de nombreux prix.

Info dernière minute (12/11/2019)

Kevin POWERS,

lauréat du Grand Prix de Littérature Américaine 2019

Le Grand Prix de Littérature Américaine 2019 a été attribué à Kevin POWERS pour son roman L’Écho du temps publié aux éditions Delcourt et traduit par Carole d’Yvoire.

Il l’a emporté face à Valeria Luiselli

Je remercie les Éditions Delcourt pour ce voyage dans le temps absolument inoubliable.

“ Paz ”

Paz de Caryl Férey aux Éditions Gallimard

“ L’affaire qui l’occupait sentait la pisse froide. Lautaro avait doublé les récompenses pour obtenir des infos, sans résultat. Les cadavres s’accumulaient. Plus d’une trentaine, dont la moitié hors de sa juridiction, et tous n’avaient sûrement pas encore été découverts : un bombardement de morts, par petits bouts éparpillés comme des munitions à fragmentation touchant la population civile. Les médias n’étaient pas au courant, focalisés sur les premières élections depuis les accords de paix. Ça ne durerait pas.  »

Lautaro Bagader est chef de la police criminelle de Bogota, il est aussi le fils du Procureur général de la Fiscalia et le frère d’un ancien du FARC, aujourd’hui disparu.

À la veille des élections présidentielles, des corps mutilés sont retrouvés qui n’est pas sans rappeler les massacres de la Violencia des années 50.

” – Nous soupçonnons une organisation criminelle de grande envergure d’être l’auteur de ces massacres : le Clan du Golfe est la première sur notre liste. (…)

– La paix a été signé par presque tous les belligérants ; vous vous doutez bien que si vous ou vos tueurs êtes responsables de ces massacres, aucune négociation politique et judiciaire ne sera admise. “

Diane Duzan, une journaliste d’investigation à El Espectador insatisfaite des informations de la police, au sujet de tous ces morts retrouvés à travers le pays, décide de mener sa propre enquête.

” Le processus de paix n’avait pas changé grand-chose, il n’y avait jamais eu autant de coca cultivée dans le pays – plus de trois cent mille hectares. La proximité avec la frontière équatorienne faisait de Nariño un passage obligé pour le trafic de drogue, rendu plus dangereux par la dissidence des combattants d’extrême gauche et l’arrivée des cartels mexicains sur le territoire. La guerre pour le contrôle de la production tuait les hommes mieux que les mauvais alcool et les balles perdues des bars où les raspachines se réunissaient le week-end , un hécatombe qui frappait les pères et voyait les fils s’engager parmi les combattants des différentes forces armées, pour le malheur des veuves chefs de famille. “

Au cœur de la Colombie, une fois encore la violence et la corruption font rage, tout comme la drogue et la prostitution dans un climat politique sous haute tension.

À travers cette tragédie familiale aux allures shakespeariennes, Caryl Férey nous plonge dans les coulisses historiques de l’horreur colombienne.

Ce que j’en dis :

Absolument fan de ce baroudeur depuis la lecture de Mapuche, puis Zulu, et ainsi de suite … il était certain que je prendrais grand plaisir en m’aventurant dans son dernier roman, Paz. J’ai enfilé mon gilet pare-balle par précaution puisqu’il était question de Violencia et bien à l’abri dans mon salon, j’ai filé direction la Colombie.

A peine arrivée, j’en ai pris plein les yeux, de même que Lautaro, se réveillant la main sur les fesses d’une femme… Ça commence fort, mais le meilleur reste à venir.

Enfin le meilleur pour le lecteur, car pour ceux qui se baladent dans cette histoire, c’est pas gagné. La violence est omniprésente, en même temps vu le contexte on y est préparé.

Et quoiqu’en disent certaines mauvaises langues (à mon avis des jaloux qui écrivent avec leurs pieds ) ce thriller c’est une « tuerie ».

Bien sûr, c’est brutal, et même si le processus de paix est en cours, il est certain que ce n’est pas simple pour les colombiens.

Caryl Férey nous épargne du mieux possible en minimisant autant que faire se peut certaines situations mais s’il veut rester crédible, lui qui n’hésite pas à enquêter sur place, à se rendre sur le terrain avec ses acolytes, il ne peut évidemment pas tout supprimer sinon quel intérêt.

Alors si tout comme moi, vous aimez ceux qui écrivent avec leurs tripes mais aussi leur cœur, ce livre est fait pour vous comme il le fut pour moi, et ce n’est pas quelques scènes un peu hard qui vont vous empêcher de découvrir ce voyage en Colombie. Y’a de la haine, de la corruption, de la prostitution, des massacres, des trahisons, une famille divisée, mais y’a aussi de l’amour, ça laisse un peu d’espoir non ?

C’est signé Caryl Férey, de la bonne came de Colombie pure et dure.

Pour info :

Paz est disponible en version audio, lue par Michel Vigné, depuis le 10 octobre 2019 dans la collection Écoutez Lire.

2 CD MP3 / 20 h d’écoute environ.

Biographie (Emprunté sur le site des Étonnants voyageurs)

L’idole du romancier Caryl Ferey n’est pas un homme de lettres : c’est Joe Strummer, le mythique leader des Clash, dont le punk contestataire a bercé son adolescence. Un « modèle d’éthique » dont il envie l’intransigeance et la droiture morale et avec lequel il partage une véritable rage, palpable dans chacun de ses polars.

Dopé au rock, Caryl Ferey se lance à 17 ans dans l’écriture d’une saga « romantico-destroy » : un pavé impubliable, sorte de road-movie à la Mad Max, magnifiant les aventures et les excès de son adolescence bretonne. L’excès est l’un des leitmotiv de sa vie : il en fera l’éloge en 2006 dans un court recueil de textes publié par Gallimard. Méprisant le « confort bourgeois », avide de mouvement, de rencontres, Caryl Ferey s’embarque sitôt majeur dans un tour du monde qui le conduira en Océanie, sur les traces du grand Brel, autre figure importante de son panthéon personnel.

Il tombe alors amoureux de la Nouvelle-Zélande : le « pays du long nuage blanc » sera dix ans plus tard le décor des deux thrillers au lyrisme brutal et aux dialogues ciselés, Haka (1998, « ressuscité » chez Folio Policier en 2003) et Utu (2004), qui l’imposent dans le milieu du polar français. Loin des clichés édéniques, ces deux romans mettent en scène les durs à cuire Jack Fitzgerald et Paul Osbourne, flics des antipodes, en butte aux relents du passé colonial du pays du « kiwi » et aux violences du libéralisme à tout crin des années 1980. Après le Prix SNCF du polar français reçu en 2005 pour Utu, Zulu, dont l’action se situe cette fois dans l’Afrique du Sud post-apartheid, lui vaut en 2008 une ribambelle de distinctions : Prix des Lecteurs des Quais du Polar de Lyon, Grand Prix du Roman Noir Français au festival du film policier de Beaune, prix Nouvel Obs du roman noir, prix des lectrice du magazine Elle… Une adaptation pour le cinéma est présentée a Cannes en 2013, gros succès.

Caryl Ferey sévit aussi régulièrement sur les ondes : il écrit de nombreuses pièces radiophoniques pour France Culture. En novembre 2008, la station a notamment diffusé en direct sa fiction « Crevasses », une création post-apocalyptique mêlant théâtre, musique, rap et slam, à laquelle ont collaboré la rappeuse Casey et l’écrivain Jean-Bernard Pouy. Friand d’expérimentations, Caryl Ferey s’est également frotté à Internet, en écrivant le texte de la web-fiction Muti proposé sur le site du Monde lors de la Coupe du Monde de football de 2010 : un véritable roman-feuilleton interactif entrainant l’internaute dans les bas-fonds de Cape Town…

Après ses polars sud-américains, Mapuche en 2013, opus noir et déjanté sur la communauté indigène Mapuche, Condor, roman engagé qui nous transporte dans une folle enquête à travers les grands espaces chiliens, Caryl Ferey est parti se perdre en Sibérie pour nous livrer l’étonnant Norilsk : récit de ses « vacances » par -30° dans une ville minière en autarcie, réputée la plus poluée du monde.
Mais le prolifique écrivain globe-trotter est déjà de retour avec un polar, publié chez Série Noire, Plus jamais seul. L’occasion de rapatrier son héros préféré en Bretagne : le truculent McCash. Cet ex-flic borgne, inspiré par un camarade d’école ayant perdu un oeil dans un accident de moto, est un héros récurrent de Caryl Ferey. McCash, aussi attachant que cynique, décide d’enquêter sur la mort de son meilleur ami. Une enquête qui va le conduire jusqu’en Méditerranée, où il aura fort à faire face aux trafiquants d’être humains et exploiteurs de toute espèce. Un roman noir et engagé où on retrouve les préoccupations politiques de Caryl Ferey, mais où on rit aussi beaucoup !

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette virée colombienne sous haute tension.

“ Barbès trilogie ”

Barbès trilogie de Marc Villard aux Éditions Gallimard

La nuit tombe sur Barbès. Toutes les familles tassées dans les taudis alentour se scindent en deux groupes bien distincts. Les parents prennent l’air à la fenêtre, dardant un œil sans illusion sur les pitreries de Foucault ou Sabatier pendant que leur rejetons descendent retrouver la rue, les copains, leurs coups foireux, leurs deals de merde. C’est l’heure où Barbès nous la joue Casbah. Les Antillais ne sont pas les derniers à insuffler du relax dans la tension. Ils sortent leurs congas, les filles remuent leur cul et sur les rythmes inversés de Kingston – c’est Dennis Brown qui tient la corde ces temps-ci – font trembler toutes les vitres du Triangle d’or. Des morveux de dix ans aux prunes tirent sur des joints de hasch dans les arrière-cours pendant que l’Hôtel du crack affiche complet, distribuant ses pipes à tous les étages.

Les dingues du rock arpentent les rues, les yeux exorbités, l’angoisse au cœur, répétant telle une litanie à chaque visage connu rencontré :

— T’en as, mec ? “

Barbès, quartier populaire et cosmopolite du nord de Paris, où se côtoient les classes sociales assez défavorisées, bien souvent sans-papiers.

C’est là qu’entre en scène Tramson, un éducateur de rue, sensé protéger les mineurs qu’on lui confie, en gardant un œil sur eux au milieu des drames qui les guettent quotidiennement.

” Tramson marchait, le cœur à la casse, dans les rues naufragées.

Il marchait dans cette félicité mouvante, car il aimait la rue, la nuit, la foule dérisoire et sublime. Il aimantait volontiers son regard à ces yeux qui jaillissaient du néant, leur offrant le don fugitif de son visage sans illusion.

Parfois, dans les rues nègres, il lui venait des doutes quant à cet amour instinctif pour le bitume. Alors l’amant mutait en chasseur. Tramson était dur, obstiné et terriblement sentimental. “

Tel un ange gardien, il prend sous son aile les âmes en déroute, les homos malmenés, les prostituées sous la coupe de mac tortionnaire, où tombées dans l’enfer de la drogue.

Qu’ils se nomment, Fari, Agnès, Félix, Dani, Fred, Samir, Farida, Mélissa, tous tentent de survivre dans cette ville lumière qui en a fait rêver plus d’un mais qui hélas vire bien trop souvent au cauchemar.

La délinquance pullule à Barbès, combines foireuses, meurtres, suicides, prostitution, drogue, la violence en tout genre a pris ses quartiers.

Tramson fait de son mieux, quitte à y perdre son âme car ici au milieu du chaos on s’entraide beaucoup, on s’aime aussi, et on rêve un peu, beaucoup…

Ce que j’en dis :

Quiconque se souvient de Tchao Pantin, magnifique roman d’Alain Page qui fut adapté par la suite au cinéma, où notre regretté Coluche y avait un rôle puissant et tellement touchant au côté de Richard Anconina, devrait lire et apprécier à sa juste valeur cette trilogie qui réunit pour la première fois trois cours romans de Marc Villard.

On se retrouve plonger à Barbès, un quartier de Paris  » crasseux  » dans les années quatre-vingt au côté de paumés qui se retrouvent bien souvent sous la coupe de la mafia locale.

Marc Villard, véritable poète, slam et nous offre des personnages de caractères avec grand style. Des personnages bouleversants auxquels on s’attache forcément.

Au gré des pages, la musique s’invite dans le décors tout comme certains livres très recommandables.

Très cinématographiques et très réalistes, ces scénarios vont à l’essentiel avec élégance en posant un regard acéré sur cette banlieue d’âmes en peine.

Rebelle de la nuit, avait été édité en 1987 par Claude Mesplède au Mascaret. La porte de derrière avait été publié à la Série Noire par Patrick Raynal en 1993. Et enfin Quand la ville mord avait été demandé par Jean-Bernard Pouy pour sa collection Suite Noire en 2006.

Réunis et édités aujourd’hui chez Gallimard suite à la suggestion de Stéfanie Delestré.

Les connaisseurs apprécieront de redécouvrir ces récits, pour les autres je ne peux que vous inviter à découvrir Barbès, Tramson et ses protégés et apprécier cette plume envoûtante qui illumine toute cette noirceur,

Une formidable découverte.

Pour info :

Marc Villard, né à Versailles, a publié 500 nouvelles,16 romans et 10 recueils de poèmes.

Il dirige la collection Polaroid où il édite des novellas de Marcus Malte, Marin Ledun, Carlos Salem, Nicolas Mathieu …

Trois de ses livres ont été adaptés en BD par Chauzy et Peyraud : Rouge est ma couleur, La guitare de Bo Diddley et Bird. 

La cinéaste Dominique Cabrera a réalisé un film d’après son texte Quand la ville mord. Il est lui-même scénariste du film Neige de Juliet Berto.

Derniers ouvrages parus : Barbès trilogie (Gallimard), Terre promise (La Manufacture de Livres).

Je remercie Babelio et les Éditions Gallimard pour cette virée épique et sublime à Barbès.

L’usine à lapins

L’usine à lapins de Larry Brown aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Pierre Furlan

” Le canon du pistolet s’approcha à quinze centimètres de sa cible. Peut-être l’homme dans le fauteuil s’était-il endormi, ou du moins, s’était-il laissé emporter par les effluves parfumés des lotions du coiffeur. Le pistolet fit feu, un sang écarlate gicla sur le coiffeur silencieux. Le choc de la détonation réduisit un instant la musique en silence. “

Pendant qu’un homme se fait descendre dans un salon de coiffure, Arthur la soixantaine tente d’adopter un chaton pour sa femme, Helen, histoire de l’attendrir un peu, n’arrivant plus à la satisfaire au pieu. Perturbé par son impuissance, il craint de la perdre, son épouse étant beaucoup plus jeune que lui. Ce n’est pourtant pas un cadeau, elle est alcoolique, nymphomane et le trompe sans scrupules dès que l’occasion se présente.

” Arthur se demanda pourquoi cet histoire de chat devait s’ajouter à tous les autres problèmes – celui de ses érections et celui de l’alcoolisme d’Helen. Il se disait qu’un souci à la fois aurait dû suffire. Helen avait besoin d’aide, mais elle ne voulait pas en entendre parler. “

C’est en se rendant dans une animalerie qu’il va faire la connaissance d’Eric et de son inséparable Pit- bull.

Autour d’eux gravitent des loosers, hauts en couleur, poursuivis par la poisse, mais aussi par les flics. Ils se démènent pour survivre dans ce sud crasseux, tout en cherchant désespérant l’amour.

Jusqu’à ce qu’une collision accidentelle sème le chaos et entraîne cette contrée dans un véritable bain de sang.

” Et merde, où étaient les flics quand on avait besoin d’eux ? “

Ce que j’en dis :

C’est ma troisième excursion livresque dans les écrits de Larry Brown, et penser qu’un jour mes découvertes prendront fin puisque malheureusement il a quitté ce monde est toujours un déchirement.

Comme d’autres auteurs américains que j’affectionne particulièrement, il avait le talent pour nous offrir des romans noirs où les désespérés, les poissards, les bouseux, les laissés pour compte, étaient mis en lumière dans les coins les plus reculés des États-Unis. Les oubliés de l’Amérique étaient ses stars.

L’usine à lapins son dernier roman, auparavant publié chez Gallimard en 2005 et chez folio en 2008, fait dorénavant partie de la collection totem de chez Gallmeister avec une traduction révisée. Les fans de Larry Brown et de cette maison d’édition ne peuvent que se réjouir.

Derrière cette couverture, assez cocasse, se cache une petite merveille où les bêtes volent parfois la vedette aux humains et se révèlent même parfois bien plus malignes et moins dangereuses malgré les apparences.

L’histoire a beau être très sombre, parfois assez violente, on s’attache à chacun des personnages plus désespérés les uns que les autres. On comprend aisément leurs penchants pour l’alcool et autres substances illicites qui les aident certainement à supporter ces vies de merde. (N’ayons pas peur des mots, on n’est pas chez Disney, mais dans le Mississippi de Larry Brown.)

Et malgré la violence véhiculée dans cette histoire, malgré les rêves brisés, et les âmes perdues, ce récit absolument irrésistible fait sourire assez sournoisement.

Alors même si l’usine à lapins est dorénavant fermée, il ne tient qu’à vous de la faire revivre en vous plongeant dans cette histoire aussi succulente qu’un bon civet.

Des hommes, des femmes, des bêtes, de la picole, de la fumette, et même du sexe, et ouais tout y est, alors surtout ne tardez pas trop, ce serait dommage de passer votre chemin et de rater cette incontournable escapade américaine.

Pour info :

Larry Brown (1951-2004) est né et a vécu dans le Mississippi, près d’Oxford. Passionné par la pêche, la chasse et la lecture plus que par les études, il a exercé des métiers aussi divers que bûcheron, peintre en bâtiment ou droguiste, puis pompier pendant dix-sept ans, avant de se consacrer uniquement à la littérature. Il est le seul écrivain à avoir reçu à deux reprises le prestigieux Southern Book Award for Fiction.

Je remercie les éditions Gallmeister pour cet irrésistible aventure américaine.