» Aimer et prendre l’air « 

Aimer et prendre l’air de Sophie Simon aux éditions JC Lattès 



« Qui se soucie de la vérité quand le mensonge est confortable ? « 

Qu’il est donc difficile de quitter, de mettre le mot fin à une histoire même si on sent la dernière page si proche.
Amy, actrice new-yorkaise au talent reconnu, songe une fois de plus à quitter Jack, son mari. Il sont mariés depuis si longtemps. La célébrité l’ à embelli alors que Jack n’a fait que vieillir.

« Et puis, un couple, n’est-ce pas sa longévité qui est admirable, exceptionnelle ? L’accomplissement d’une vie de vertu et de grandeur, de dons et d’abandons, de confiance, de bienveillance ? L’amour conjugal n’est-il pas finalement le plus triomphant des amours, Et le plus remarquable ? « 


Cet été sera pourtant différent, même si tout paraît identique aux étés précédents. L’arrivée de leur couple d’amis avec lequel ils partagent leurs vacances n’y changera rien, étant lui-même au bord de la rupture.

 » Toute chose prend fin: voilà une évidence qui nous unit. »

Leur relation de couple est devenue foireuse mais ils s’y cramponnent quand même. Ils se disputent souvent, ne font quasiment plus l’amour, mais ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Ils préfèrent passer leurs vies ensemble, malheureux mais heureux de ne pas être séparés. Car chacun d’eux a peur du changement, peur de vieillir, de finir seul, peur que tout tombe en ruine. Même une amitié, si belle soit-elle peut un jour finir ruinée de tous bons sentiments. Ils s’accrochent à leurs blessures, aux chagrins dont ils ne veulent pas guérir parce que c’est si bon d’avoir mal.


Nous voulons tous que les choses restent inchangées. On se contente d’une vie sans bonheur parce qu’on a peur. Comme un enfant en bord de mer, on a peur de la vague qui approche, peur de la grosse vague qui pourrait tout balayer sur son passage, et nous mener vers une nouvelle vie, avec un nouveau décor, vers de nouvelles personnes.

À travers ce roman, sous ses airs de comédie se cache un drame: La fin d’un monde idéal et la fin de l’amour. Un drame pourtant joyeux et cocasse qui n’est pas sans rappeler les divines comédies de Woody Allen. On s’aime, on se déteste, on rit, on pleure mais toujours avec le sourire aux lèvres, et toujours avec une pointe d’ironie.
Sophie Simon, à travers ce roman très cinématographique, nous offre une sublime tragi-comédie. Un joli regard de femme sur la vie de couple et sa fin de vie. Comme un vieux canapé, aussi confortable soit-il, il est temps d’en changer. À travers ses mots, sensibles plein de sensualité, elle explore, dissèque le couple. Un combat permanent entre les hommes et les femmes pour durer dans la longèvité ou pas.
La vie, la vraie avec ses bons et ses mauvais jours. Il suffit juste de s’ aimer et prendre l’air.

Tout comme Gary tout seul , Aimer et prendre l’air m’a conquise. Un roman qui sonne vrai, aussi touchant que burlesque, que j’adorerais voir dans les salles obscures. De l’encre à la bobine et pourquoi pas ?

Woody Allen

– Allo Woody, j’ai un scénario à te proposer …

 

Sophie Simon

Sophie Simon vit à Paris, après des débuts au cinéma pour Patrick Grandperret et Cédric Klapisch, elle s’est lancèe dans l’écriture et c’est une belle réussite. On la découvrit avec  Américan clichés, un recueil de nouvelles, puis Gary tout seul un sublime roman que j’avais dévoré et adoré.  Aimer et prendre l’air est son troisième livre aux Éditions JC Lattès.

Je remercie Sophie et les Éditions JC Lattès pour cette délicieuse lecture.

 » Soul of London « 

Soul of London de Gaëlle Perrin-Guillet aux Éditions Fleur Sauvage


 » – La rumeur court qu’il n’y a pas que des chiens qui auraient été retrouvés mort dans ces tunnels. Qu’avez-vous à répondre à cela ? 

   – je ne suis malheureusement pas au courant. Vous savez aussi bien que moi qu’hormis les affaires de chiens écrasés ou, en l’occurrence pour cette affaire donnée, morts sans explications, je ne suis plus dans le circuit criminel. Voyons, Morris ! Vous êtes plus intelligent que cela. Qu’aurait donc de bien utile à vous apprendre un handicapé comme moi cloîtré dans son bureau chaque jour ? « 



En 1892 dans les bas-fonds de Londres on découvre d’étranges cadavres d’ animaux puis vient le tour des humains, tous sauvagement assassinés. Henry, flic boiteux, se retrouve sur la premiére affaire, aidé de Billy un jeune orphelin qu’il a recueilli. Son aide lui est précieuse, tout autant que l’attachement qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Une vieille affaire se retrouve sur leur chemin et Henry va très vite mettre tout son cœur de flic pour résoudre ces affaires. Même si son handicap le pénalise, il n’a pas dit son dernier mot. C’est élémentaire comme dirait Sherlock Holmes.

 » Tout ceci est l’œuvre du Diable, vous m’entendez ! Le Diable. « 


À travers ce Thriller, fort bien documenté, nous nous retrouvons en plein cœur d’une histoire terrifiante, en compagnie d’un duo d’enquêteurs atipyques fort attachants. Ce n’est pas seulement une bonne intrigue que l’on découvre page après page, pas seulement des personnages charmants mais une qualité d’écriture qui sublime l’histoire et forme un tout absolument réussi.

 » Le blanc prenait le dessus sur toutes les autres couleurs, absorbant la moindre nuance pour la recouvrir de paillettes argentées qui brillaient sous la lumière pâle de l’hiver. Les façades rouges perdaient de leur clinquant, les enseignes des magasins se figeait et ternissaient sous le givre qui occultait parfois jusqu’aux inscriptions gravées dans le métal. Les gens perdaient aussi leurs couleurs en se revêtant de lourds manteaux noirs pour se fondre dans un monde monochrome. » 

Tout comme dans ma précédente lecture de l’auteure de  » Haut-le-Chœur » j’ai trouvé une grande force dans le récit, une atmosphère angoissante, et des personnages principaux de haut-vol. Une plume que j’apprécie, qu’elle soit reconnue ou pas comme dans cette nouvelle qui concourait anonymement pour le Trophée Anonym’us que je vous propose de découvrir en cliquant sur le lien ici. Une nouvelle qui avait retenu toute mon attention avant même de connaitre officiellement l’auteur.

Une auteure que je ne peux que vous conseiller de découvrir très vite. Et qui vous permettra de soutenir les Éditions Fleur Sauvage.

Gaélle-Perrin-Guillet, lyonnaise, Secrétaire de mairie, la petite quarantaine, écrivaine,  belle de corps et d’esprit, aimant partager des petites mousses avec les copains et les copines, auto-publie d’abord deux romans  » Le sourire du diable  » et  » Au fil des morts  » avant de participer à deux recueils des  » Auteurs du noir face à la différence  » ( Aux Éditions Jigal et L’atelier Mosesu ). Viendra ensuite le très remarqué  » Haut-Le-Coeur » publié aux Éditions Rouge Sang qui obtint le Prix du Polar 2014 Dora Suarez. Écrit également pour la jeunesse  » la nuit du chat noir », et a participé dernièrement au receuil de Nouvelles USA DREAM, De Lens à New-York.


 » Soul of London  » est sa première publication chez Fleur Sauvage et a obtenu le Prix Des Lecteurs 2017.

 

 

Une auteure à suivre absolument.

Gaëlle Perrin-Guillet

 

 

 

 » La chambre d’ami « 

La chambre d’ami de James Lasdun des Éditions Sonatine

 » … En étant ainsi sans cesse en mouvement, il avait le sentiment de faire quelque-chose en vue de la solution du problème sans avoir à confronter le choix irréversible entre révéler à Charlie ou continuer à lui cacher. Il sentait, plus ou moins confusément, que l’activité à laquelle il se livrait était vaine, voire un peu malsaine. Qu’est-ce qu’il aurait de plus, après tout, s’il trouvait quelque renseignement intéressant sur le type? Mais ce sentiment était fugace et restait sans effet. En s’adonnant ainsi à ces petites tournées en ville, il semblait satisfaire une envie profonde. Il n’était pas loin de penser qu’il se livrait là, de quelque obscure manière, à un travail sur le matériau rebelle de sa propre existence.  » 


En acceptant de passer ses vacances chez son cousin Charlie, en échange de son talent de cuisinier, Matthew ne s’attendait pas à se retrouver au cœur d’un véritable drame.

Pourtant ce décor de rêve au milieu des montagnes était on ne peut plus accueillant. Malgré tout le Paradis peut vite se transformer en cauchemar, il suffit d’un rien pour réveiller de vieilles rancunes. Une occasion inespérée se présente à Charlie pour rendre la monnaie de sa piéce à son cousin, et lui permettre de sortir enfin la tête de l’eau. Règlement de compte à l’horizon entre ces deux cousins germains.
Mais Chloé , la femme de Charlie aussi belle soit-elle pourrait bien devenir tout aussi cruelle pour ne pas perdre son mari et son train de vie.


« Telle était Chloé, pleine de petites surprises… »

Dans ce huit clos terriblement addictif, délicieusement pervers, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Un trio de personnages machiavéliques qui joue avec nos nerfs et nous plonge dans un suspens de manière délicieuse. Et tout comme ces trois protagonistes,  » Tel est pris qui croyait prendre » je me suis fait bien  piégée.

 » Assez typique de Charlie, se surprit-il à penser, cette façon de s’arranger pour que quelqu’un d’autre souffre à sa place. « 

Une plume élégante pour une intrigue surprenante où se mèlent la passion, la trahison, l’adultère, le meurtre et l’argent.Toutes les piéces du puzzle s’emboitent à merveille et le tableau final nous laisse sans voix.

Un livre impossible à lâcher, et c’est avec regret qu’on le quitte, tout en gardant un plaisir non dissimulé sachant que « La chambre d’ami  » est le troisième roman de l’auteur. Il me reste donc à découvrir « L’homme licorne  » et « Sept mensonges » .

Comme le dit : Joyce Carol Oates : « – Encore un de ces livres dont on ne peut s’empêcher de tourner les pages, jusqu’à une incroyable conclusion ? Eh bien, pour une fois, figurez-vous c’est vrai !  »

James Lasdun , poète, romancier et nouvelliste vit aux États-Unis . Un auteur à suivre.

James Lasdun

 

 

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette excellente lecture .

 

 » Le cœur sauvage « 

Le cœur sauvage de Robin Macarthur aux Éditions Albin Michel

Collection Terres D’Amérique


 » La longue route conduit vers la joie. « 

Comme j’aimerais me retrouver en Amérique sur la route 100 dans le fin fond du Vermont, vers Silver Creek, et connaître la suite de ces fragments de vie croisés au détour de ces Nouvelles à l’atmosphère si particulière.



 » Il se passe quoi, avec les champs ? Cette façon qu’ils ont de rendre possibles toutes les directions. D’ouvrir des perspectives aux maisons, aux terrasses, aux voix. Cette façon dont le mot même – « champ » – te donne l’impression d’être à la fois domestiquée et sauvage, mi-loup mi-humain, capable de t’avancer vers cette terrasse avec sa fumée et ses rires, ou bien vers les bois, où tu pourrais tranquillement, sans bruit, commencer à marcher. « 


Je pourrais avoir des nouvelles d’Ange, retrouver Sally au coeur de la forêt, regarder Katie prendre son envol , partager une bière avec Pete et l’écouter me conter les souvenirs de ses amours perdus . Puis monter avec Annie et Clare dans leur Karmann Ghia et foncer sur leur route imaginaire créée par leurs rêves d’adolescentes rebelles à l’heure des premières fois .Puis je m’arrêterais à la ferme de Cora et je goûterais une tartine de pain beurrée en compagnie de Kevin son petit- fils en caressant Tony son chat. Plus tard je passerais prendre Vale à sa caravane derrière chez sa grand – tante pour faire un tour à Marlboro, histoire d’y étrenner ses bottes de cow-boy la clope au bec, puis au retour tard dans la nuit, on attendrait Jimmy en écoutant hululer la chouette rayée.



« La chouette rayée Hulule à nouveau, et son cri vient mourrir entre mes jambes. Je me demande si Hazel l’entend là-haut sur la colline – Hazel qui m’a un jour raconté que les chouettes annoncent la mort de quelque-chose de vieux et le début de quelque-chose de neuf… »

Le lendemain j’irais à la rencontre de cet homme de retour dans la maison familiale dont il est le nouveau propriétaire. Je l’écouterais me conter ses souvenirs tellement chargés de regrets qu’ils l’empêchent d’aimer vraiment.



 » Et je leur envie leur liberté, à elle comme à eux, tout en me demandant qui je serais, et ce que je penserais du monde, si je n’étais pas d’ici. Je me demande également si cette liberté me rendrait plus jovial, plus insouciant, plus à même d’aimer.
Mais qui en a quoi que ce soit à foutre ? Je regarde ces deux malheureux rouges-gorges qui tentent de copuler, et je me dis qu’à tout prendre, je choisirais cet attachement, tout comme je choisirais d’aimer malgré les souffrances causées par l’amour. Et c’est lorsque j’ai ce genre de pensées – la plupart du temps, cela m’arrive loin de chez moi, après plusieurs verres de Malbec argentin ou de bourbon haut de gamme – que je suis victime des mensonges de la nostalgie, qu’ils s’insinuent au plus profond de moi et baignent mes souvenirs de cet endroit dans une jolie lumière gris perle. « 


 

En repartant je m’arrêterais au mobile- home d’Apple qui attend patiemment le retour de son fils Sparrow qui s’est engagé chez les marines. Mon voyage toucherait à sa fin , j’aurais eu encore la chance de croiser deux tourtereaux qui s’aimèrent pour le meilleur et pour le pire jusqu’à la mort et même au-delà. Ma route s’achéverait avec Joan et Hannah mère et fille à nouveau réuni pour s’aimer encore un peu avant le grand départ …



 » Il y a deux mondes auquels je n’appartiendrai jamais. Chez moi et ailleurs. »

J’ai pourtant l’impression de l’avoir fait ce voyage, de les avoir croisé ces taiseux, sauvages et énigmatiques. L’impression de les avoir entendu ces coyotes hurler sur la ligne de crête assise sur l’une de ces terrasses, une bière bien fraîche à la main en regardant le soleil se coucher derrière Whiskey Mountain. Cette Amérique que j’aime, où les cœurs sauvages battent à l’unisson, où les lucioles brillent de mille feux, après le coucher du soleil capturé par la terre et libéré chaque matin pour une nouvelle journée pleine d’espoir. Une balade chez les culs-terreux à Plouc-City dans l’Amérique profonde, loin des paillettes et des strass.

En effet, je l’ai fait ce voyage, à travers ce magnifique recueil de nouvelles qui les unes après les autres donnent naissance à un sublime roman. Un véritable chant d’Amour où bat « Le cœur sauvage » des âmes américaines. Un sentiment profond d’émerveillement m’a envahi et c’est avec regret que je referme ce livre en espérant retrouver très vite la plume de Robin Macarthur avec d’aussi excellentes nouvelles ou pourquoi pas un beau roman, une belle histoire.

Une nouvelle étoile Américaine, une nouvelle voix, un énorme coup de cœur.


Robin MacArthur est originaire du Vermont, où elle vit toujours aujourd’hui. Elle a créé avec son mari un groupe de musique folk baptisé Red Heart the Ticker, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires au cours des dernières années.
Je remercie Ophélie et les Éditions Albin Michel pour ce merveilleux voyage en Terres d’Amérique.

 

 

 

 

 

 » Havre nuit « 

Havre nuit d’Astrid Manfredi aux Éditions Belfond


 » C’est ainsi que la pluie habitera tes pensées, noiera tes idéaux d’adolescent et tu seras pris d’une frénésie de poésie sous ce climat brumeux et crachotant. L’absence de fleuve rend la cité assoiffée de l’eau du ciel qui se répand avec assiduité sur vos têtes. Il n’y a rien à aimer dans cette ville à l’architecture aussi bilieuse que l’est l’âme de ses habitants. Rien à y rêver. « 

Se balader au Havre, sur un air de Bashung et découvrir l’histoire d’amour impossible d’Alice et Lazlo sous la plume d’Astrid Manfredi.

 » La nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine … »


Le Havre, ville sauvage à l’univers graphique, lieu idéal pour cette tragédie amoureuse contemporaine. Le Havre témoin de cette idylle perdue d’avance.

L’adolescence, l’instant précis où les destins s’entremêlent, le moment propice au coup de foudre, les rencontres électrisantes, la naissance d’amour impossible.

Puis vient l’âge adulte, Alice et Lazlo, nos deux acteurs, ont pris des chemins différents et se sont éloigné davantage l’un de l’autre, tout en restant très proche par l’ironie du sort, l’un serial Killer et l’autre flic.

« Elles sont jeunes. Elles sont belles. Elles sont blondes. Elles sont mortes. Leurs anniversaires, elles les fêteront sans bougies et n’iront plus à la patinoire en hiver. Ni s’esquinter les orteils sur les galets. Elles ne pesteront plus contre le ciel nomade du Havre interdisant le bikini à la plage…

Leurs mères les pleureront un temps. Mais des mômes,elles en auront d’autres. Alors Il faut bien accepter les coups durs et élever ceux qui restent avant de les laisser partir. Toujours trop tôt. Au cimetière, les jeunes filles reposeront sous des tombes blanches où leurs copines déposeront des roses. Certaines s’épancheront. D’autres non.  » 


À travers des flashbacks très cinématographiques, de courts chapitres très séquencés, avec une poésie en toile de fond et un romantisme noir, Astrid nous offre un magnifique récit sombre, aussi touchant que glaçant.

Sa plume est noire, tranchante, acérée, tout comme  » La Petite Barbare  » 

Un style d’écriture qui n’appartient qu’à elle, où la violence bouleverse les âmes et les corps tout en poésie. Un style qui griffe, qui écorche, qui intrigue et met en lumière des destins sombres.

 » C’est dans la nuit du 31 décembre que le collègue t’appelle. Les douze coups de minuit ont sonné depuis un bail Et l’ennui a plombé ta soirée. À poil sur le lit, tu reluques le cuir de tes escarpins. Tu es seule. Personne à contacter. Amère à boire ta tragédie. À te perdre dans la contemplation des breloques du lustre. Tu as prévu un stock d’oubli alcoolisé, car tu sais que cette nuit sera la plus longue de l’année. Que des constats inquiètants se feront. Alors que tu es affalée entre des draps douteux, ton lit se transforme en goélette à souvenirs. Tu actionnes les voiles pour que filent les heures.  » 


Havre nuit, tantôt touchant, tantôt bouleversant, tantôt effrayant mais toujours poétique, du romantisme noir de toute beauté.
 » La nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine. » 

Astrid Manfredi

Astrid Manfredi est née le 4 novembre 1970. Elle a suivi des études de littérature française à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Elle a créé le blog de chroniques littéraires Laisse parler les filles. Elle intervient ponctuellement pour le Huffington Post, toujours autour de la littérature. Havre nuit est son deuxième roman après La Petite Barbare, tous deux publiés aux éditions Belfond .
 La Petite Barbare a reçu le prix Régine Deforges du premier roman en 2016. 




Merci à Camille et aux Éditions Belfond pour cette lecture sombre et brillante.

 » Bombes « 

Bombes de Dominique Delahaye aux Éditions de La Manufacture Des Livres 

 

– Greg, mon ami, t’as une tête de crevard! Ça va ? 

– Moyen. Je suis un peu dans la merde. Je ne vais pas te raconter ma vie, mais j’ai des types au cul.

– Qu’est-ce que t’as encore fait ? T’as tagué un car de CRS ou quoi ?

– Arrête tes conneries. 

– C’est quoi, les flics ? 

– Non, les flics à la limite, ça serait moins grave. Des méchants, des vrais.

Greg est grapheur à Lyon, un grapheur militant. À travers son art, il défend ses idées.Un soir,  accompagné de son pote Choukri, il s’attaque aux symboles des catholiques intégristes.

 » Choukri se met au travail. La buse est adaptée. Il vaporise un large faisceau de peinture, un voile qui s’épaissit peu à peu et qu’il faut savoir arrêter à temps. Si l’on veut éviter les coulures, ce qui n’est pas toujours le cas. Choukri connaît des crew qui aiment le crash, la peinture qui dégouline comme le sang leur révolte. 
          Greg observe du coin de l’œil. Comme à chaque fois, le rouge explose dans la nuit. Un rouge brillant, sombre et plein. Il aime les couleurs franches, qui claquent. « 


La soirée se passait plutôt bien jusqu’à l’arrivée d’un groupe de jeunes qui commence par les insulter puis par les canarder avec des pierres. Choukri chute et c’est le drame…

Salif est infirmier, il vit sur la péniche d’une amie. En ce moment il héberge Emilie une jeune zadiste et son chien Joop.

Annabelle est une jeune fille bourgeoise qui s’encanaille avec son amoureux malgré des valeurs qu’elle défend .

Suite à cet accident, sans le savoir, sans le vouloir, leurs chemins vont se croiser. La tension monte, c’est l’escalade vers une violence inouïe qui nous coupe le souffle jusqu’au final déchirant d’un réalisme surprenant.

Quand l’art mal interprété devient un slogan qui engendre la haine.

Dominique Delahaye nous offre un grand roman noir.

Dés le début du récit tu ressens une force dans l’écriture et une certaine poésie voyage entre ces lignes.

 » Le froid est venu de la rivière, comme d’habitude. il est descendu des montagnes, des bourrasques glacées entre les berges maçonnées. Le flot a grossi, jusqu’à se répandre sur les quais où quelques semaines plus tôt, on se prélassait encore sur les pierres tièdes. La nuit surprend désormais la ville en plein après-midi. Humide comme une haleine de cave, elle invite à se recroqueviller, à filer aux ras des murs, à se claquemurer.  » 


Après quelques lignes tu es déjà captivé par le style et tu te laisses porter par l’histoire. Page après page la tension s’installe, et ce qui aurait pu être juste un banal fait divers se transforme en véritable course-poursuite, à travers Lyon. C’est on ne peut plus réaliste et tellement visuel que tu verrais bien Luc Besson l’adapter au cinéma. De l’encre à la bobine ,ça le ferait trop, c’est ton coté cinéphile qui resurgit car ce récit dégage une énergie incroyable. Malgré la peur qui ne te quitte plus, tu poursuis ta lecture, une lecture addictive impossible à quitter avec une qualité d’écriture aussi belle que la musique qui l’accompagne.
« Du pur bop. De l’adrénaline et une mélodie si bien troussée qu’elle vous pousse dans vos retranchements si vous voulez être à la hauteur au moment crucial du solo. Les fantômes des grands anciens rôdent sur scéne. Bienveillants, mais jusqu’à un certain point.  » 


Un roman noir social qui résonne avec une force incroyable dans le contexte actuel. Une véritable « Bombe  » littéraire qui ne peut que ravir les lecteurs adeptes des romans engagés à la plume noire, tranchante mais aussi poétique qui se trouve absolument à sa place à La Manufacture Des Livres.

Un gros coup de cœur, à ne pas rater amis Lecteurs .


Dominique Delahaye a enseigné en école élémentaire et a mené des activités syndicales et associatives. Il écrit depuis une quinzaine d’années des nouvelles et des romans noirs, des scénarios de BD, des chansons et des spectacles théâtraux. Il est un des fondateurs du festival du « Polar à la plage » du Havre. Il est également musicien et animateur du collectif « Polaroïds rock ». Il vit et navigue à bord d’une péniche.


Je remercie Pierre pour cette lecture percutante. 

 

 

 

 

 

 

 » La Mécanique de l’instant « 

La Mécanique de l’instant de Rebecca Done chez Fleuve Éditions 

 

« Mon cœur se mit à battre si vite qu’il aurait pu servir de ligne de base à un morceau d’acid house. Je savais que j’avais envie de l’embrasser mais je savais aussi que je n’avais aucune envie de finir en prison…

Prof + éléve = Pervers . La formule on ne peut plus simple.  » 


L’amour a ses raisons que la raison ignore, mais apparement il ne fait pas bon s’aimer quand on a pas atteint l’âge requit. Dix ans d’écart entre Jess et Matthew, ce n’est pas dramatique en soi, seulement Jess est l’élève et Matthew le professeur là ça coince. Il vont pourtant s’aimer, s’aimer même beaucoup et ça va mal finir pour Matthew qui ne passera pas devant le maire ni devant le curé mais devant le juge et direction le pénitencier…

Dix sept ans plus tard Jess retrouve Matthew sur son chemin, malgré sa nouvelle apparence, elle le reconnu de suite. il semblerait même que leurs cœurs battent encore l’un pour l’autre et même si désormais l’âge n’a plus d’importance, il y a certaines choses du passé et du présent qu’on ne peut oublier.


 » Se tenir sur ses gardes au cas où quelqu’un ferait le rapprochement histoire d’éteindre l’étincelle avant qu’elle ne déclenche un incendie ravageur. « 


Je reconnais que ce style de roman ce n’est plus mon genre de prédilection. Au départ l’histoire peut sembler banale mais j’avoue que c’est sa construction qui a réussit à me captiver et a rendu ce roman un peu plus intéressant. Le suspens qui s’ajoute à la romance est savament dosé jusqu’au final. On voyage entre le passé et le présent et on découvre enfin la face cachée de cette histoire d’amour interdite. Les secrets de chacun sont mis à jour et on n’est pas à l’abri d’un nouveau scandale.


Une romance clandestine, un sujet tabou, un suspens omniprésent, une écriture fluide, des personnages attachants, font de ce roman une lecture agréable dans l’ensemble même si ça manque un peu d’originalité et que la fin reste comme suspendu dans le temps.


Rebecca Done est diplomômée en écriture créative de la Nor wich School of Art &  Design. La mécanique de l’instant est son premier roman. Elle vit à Norwich où elle travaille en tant que conceptrice-rédactrice freelance.

Je remercie les Éditions Fleuve pour cette lecture romantique. 

 

 

 » Une mère « 

Une mère d‘Alejandro Palomas aux Éditions Le Cherche Midi 


 » Tout dans notre vie a un sens; toutes les fins sont aussi des commencements. Mais sur le moment nous ne le savons pas.  »   Mitch Albom

 

À Barcelone, un 31 décembre, on s’apprête à fêter la Saint-Sylvestre. Chez Amélia, la table est dressée, elle attend en compagnie de son fils Fernando leurs invités : la famille. Ses deux filles,  Sylvia et Emma ; Olga la compagne d’Emma et l’oncle Eduardo. Cette année tous seront présents, même les absents ont leur place autour de cette table, un couvert de plus pour ne pas oublier…



 » Un jour de novembre étrangement doux, quelque-chose s’est produit et ensuite il n’y a plus eu de retour en arrière possible: un petit boulon de l’échafaudage qui nous maintenait au-dessus du réel s’est dévissé, est tombé dans le vide et a dévalé la rue. Nous l’avons entendu rouler sur le bitume sans y attacher d’importance. C’était une erreur. »

Est-ce l’alcool qui délient les langues ce soir ou un besoin de se libérer d’une certaine culpabilité qui pèse parfois un peu trop ?



 » Nous avons cru à ce qu’on croit parce que quelqu’un dans un coin de notre histoire, nous dessine des cartes au trésor avec de fausses pistes. Puis, quand ces cartes nous mènent au coffre promis, les verrous sautent et c’est la surprise. Au fil du temps, on apprend que les cartes sont celles de celui qui les dessine et non de celui qui part à la chasse, et que la vie sourit davantage à celui qui dessine le mieux qu’à celui qui met le plus d’ardeur à sa quête. 

Alejandro Palomas nous offre à travers ce magnifique premier roman le portrait d’une famille espagnol hors norme. À travers cette histoire gigogne, mélangeant les époques on fait connaissance avec chacun des personnages présents ou pas à cette soirée. Un récit à tiroir chargé de souvenirs et de regrets aussi. La vie de chacun s’entrecroise de manière assez rocambolesque. L’histoire passionne et fascine, on s’attache à tous les membres de cette famille. On rit et pourtant parfois c’est dramatique.

« Il faut dire que ça fait  partie des choses qu’on fait plutôt bien dans la famille: rire de la situation quand les tonalités dramatiques frisent la catastrophe et que l’abîme du danger nous appelle, de tout l’attrait de sa noirceur. »

Une écriture maitrisée, une ambiance digne des films de Pedro Almodóvar, ce livre se déguste, se savoure. Un sens de la dérision, une prose truculente font de ce livre une divine comédie espagnol absolument fabuleuse, touchante, et pleine d’humanité. Il ne manque ni d’amour ni d’humour, et ce romantisme échevelé m’a conquise. Un superbe moment de lecture que je vous recommande quand la morosité s’installe. Une lecture aussi belle que divertissante qui ne se refuse pas.
À découvrir absolument.


 » – Pew, raconte-moi une histoire

– Quel genre d’histoire, petite ? 

– Une histoire qui finit bien

– Cela n’existe pas. 

– Quoi, les fins heureuses? 

— Les fins.  »  extrait de garder la flamme de Jeanette Winterson 

J’espère retrouver prochainement la plume d’Alejandro Palomas. Que ce premier roman n’est que le début de son parcours d’écrivain.

Alejandro Palomas

D’abord traducteur des ouvrages de Gertrude Stein, Katherine Mansfield, Willa Cather ou encore Jack London, Alejandro Palomas devient ensuite journaliste et scénariste ‒ il a été finaliste de nombreux prix littéraires en Espagne. Énorme succès dans ce pays, traduit dans une dizaine de langues, Une mère est son premier roman publié en France.


Je remercie Catherine et les Éditions Cherche Midi pour cette divine lecture aussi déjantée qu’émouvante . 

 

 

 » Dieu pardonne lui pas! « 

Dieu pardonne lui pas! de Stanislas Petrosky aux Éditions Lajouanie 


Confession d’une lectrice  » Dealerdelignes » dealeuse de came livresque, des lignes toujours des lignes, encore des lignes …

–  Chère dealeuse, jurez-vous de dire la Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité, levez-votre verre et dîtes : – Je le jure, croix de bois, croix de fer si je mens je vais en enfer !

– Vous mettriez pas une petite pression là ? Toute façon « Le mensonge mène à rien, toujours être franc, direct… » 


– Allez direction le Havre, Requiem nous attend …uiem

–   » Patron j’ai trouvé où vous planquiez le Paradis, merci de m’avoir ouvert la voie. « 

– Et cette boite là c’est quoi ? L’enfer ou le paradis ?

–  » Là on entre par la grande porte avec tapis rouge et trompettes chez les déglingués !  » 

– Et c’est là qu’il s’est infiltré Estéban ?

– C’est cela oui ! Un mec est mort et il enquête.

– Un mec , quel mec ?

 » – Je ne voudrais pas te couper dans ton élan, curé de mon cœur, mais il n’y a pas un truc qui te semble louche dans cette histoire, à part ces bas du plafond, moi une chose me chagrine …

– La petite m’interpelle, j’aurais loupé un détail ? Il y aurait une couille dans le potage ? Un os dans le paté ? … » 

–  La prochaine étape du Merd’alors …

– Abus de breuvages alcoolisés ? Va savoir. « 

– Oui je crois bien, pression, pression, impression, va falloir un peu de photoshop sur ce coup.  » La voilà la solution, pardi ! Mais oui c’est ça, parfois c’est si proche de toi que tu ne remarques pas. Merci Patron pour l’intuition, il suffit de dire la vérité, en la modifiant un poil ! Et c’est ce que je vais faire car là il va falloir un petit coup de main, et là, mon pote tu vas être scié !  » 

– T’as l’intention de mentir Dealeurdelignes ?

– C’est pas le genre de la maison. La langue de bois je laisse ça aux politicards, c’est tendance en ce moment. Non là c’est du sérieux, un homme est mort quand même.


– Oui mais qui ?

– Tu fais comme moi tu lis « Je m’appelle Requiem et je t’ … » un peu de pub au passage en sortant du PUB, ça peut faire de mal à personne, tu cliques ici pour la précédente chronique. Et après tu liras celui-ci. Tu me suis Lecteur ?

 » Chapitre où ma mine inspire l’amitié »

Parce que si Dieu pardonne lui pas ! Moi aussi je pardonne ces petits cafouillages, car moi aussi quand j’ai trop de pression dans le cornet je mélange un peu, et parce que Requiem j’ai été vachement content de le retrouver, même s’il a un goût de chiotte pour les Nanas qu’il tire, on lui pardonne, il a bon cœur. Puis toute façon c’est un roman policier mais pas que. 



Donc on va pas se formaliser, ni le verbaliser, on n’est pas flic toute façon. Tu l’auras compris Lecteur, tout ce qui est en vert, c’est tiré du livre, et comme Stanislas et son nouveau Requiem,  » Si je peux t’arracher un sourire ça illumine ma journée.  » 


Donc voilà, même si j’ai préféré le premier celui-ci m’a fait passé un bon moment, je me suis bien éclatée, j’ai retrouvé avec plaisir la verve de Requiem, j’ai apprécié me faire apostropher par l’auteur et j’attends le prochain patiemment. Et si le problème se représente c’est direct chez les AA que je l’envoie l’auteur, une fois ça passe deux fois bonjour les dégats. Tu me suis l’auteur ? Déconne pas on l’aime bien Estéban, on voudrait pas manquer le prochain rendez-vous.

Merci pour cette lecture POILANTE,  le message est bien enregistré, vais bientôt me lever , marcher, et te mettre mon pied au C .. non mais sérieusement ! Tu verras, tu perds rien pour attendre.

La messe est dite.

– Je jure d’avoir dit la Vérité, rien que la Vérité, sans aucune pression dans le buffet, mais je compte bien me faire rincer un de ces jours  au Havre ou ailleurs  dans le premier Pub qui accueillera ma pomme et celle de Sébastien. On trinquera à la santé d’Estéban et à celle de Paul Colize en passant.

Cadeau: petit extrait trés réaliste de Zanzara de Paul Colize, portrait de Sébastien Mousse

« À sa place, je ne la ramènerais pas. Même sans gueule de bois, il a le teint cireux. Il n’a plus un poil sur le caillou et porte de fines lunettes fumées derrière lesquelles ses yeux globuleux bougent par à coup comme ceux d’un reptile. » 

Stanislas Petrosky

AMEN !

 » Des hommes sans femmes  » 

Des hommes sans femmes de Haruki Murakami aux Éditions Belfond 



 » Un jour soudain, vous êtes devenus des hommes sans femmes. Ce jour arrive sans qu’il y ait eu auparavant la moindre allusion ou le moindre avertissement, sans que vous ayez éprouvé de pressentiment ou de prémonition, sans toc-toc, sans petits toussotements. Vous avez tourné à un angle et vous savez déjà que c’est arrivé. Mais impossible de revenir en arrière. Dés ce tournant pris, voici le seul monde qui sera le vôtre désormais. Un monde que l’on appellera celui des  » hommes sans femmes » .

Un pluriel froid et sans fin. « 

Murakami fascine à bien des égards. Sa plume nous emprisonne, nous captive, nous charme. Il nous emporte dans sons univers, alliant à merveille le réel et le fantastique.


Lire Murakami, c’est comme entrer dans un rêve merveilleux et ne plus vouloir le quitter, même si parfois il peut être très étrange. Il nous surprend et nous fait voyager dans un univers qui n’appartient qu’à lui.


Son œuvre ne cessera de nous renverser, de nous donner le vertige.

Cette fois encore la magie opère à travers ces septs nouvelles. Il explore la place des  femmes dans la vie des hommes. Qu’elle soit présente ou absente, la femme laisse toujours une trace, un souvenir, un manque. La solitude s’installe tout doucement dans ces cœurs d’hommes abandonnés. Le doute s’immisce, les questions se bousculent.


 » Son imagination, tel un instrument coupant acéré, le torturait sans pitié, longuement. Il lui arrivait aussi de songer qu’il aurait été beaucoup plus heureux s’il avait tout ignoré. Mais dans la vie, en toutes circonstances, il valait mieux savoir que de ne pas savoir. Il en était convaincu. Quelles que soient les souffrances terribles qui s’ensuivraient, il fallait qu’il sache. Seul le savoir permettait de devenir plus fort. » 

Une douce mélancolie imprégne ces nouvelles, et une certaine musicalité résonne dans les souvenirs de chaque homme, des souvenirs tantôt heureux et tantôt malheureux.

 » La musique a le pouvoir de revivifier les souvenirs, avec une intensité telle que l’on en est parfois blessé. « 

L’isolement engendré par ces abandons rend les hommes fragiles et solitaires. Murakami explore leur part d’ombre et rend ces héros vulnérables et attendrissants.

 » Des hommes sans femmes » ,est un magnifique recueil de nouvelles puissantes et originales. Entre confession et souvenir, les hommes se livrent et se délivrent en toute intimité sous la plume d’un virtuose écrivain.

Une fois de plus Haruki Murakami m’a comblé, son écriture m’a emporté dans un univers masculin plutôt secret à travers des portraits d’hommes attendrissants.

 » – Mais peut-être que vivre ce genre d’expérience douloureuse-la solitude, par exemple-, c’est nécessaire quand on est jeune, non ? Ça aide à grandir…

-Tu crois ? 

– Comme les arbres qui doivent survivre à des hivers rigoureux pour devenir plus gros et plus puissant. Quand le climat est toujours doux et clément, ils ne peuvent pas développer d’anneaux de croissance.  » 

Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami rencontre le succès avec ses deux premiers livres, Écoute le chant du vent, qui lui vaut de remporter le prix Gunzo en 1979, et Flipper, 1973 (2016).
Suivront, notamment, Chroniques de l’oiseau à ressort (nouvelle édition Belfond, 2012), Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (2002), Après le tremblement de terre (10/18, 2002), Les Amants du Spoutnik (2003), Kafka sur le rivage (2006), Le Passage de la nuit (2007), Saules aveugles, femme endormie (2008), L’éléphant s’évapore (2008), Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (2009), Sommeil (2010), La Ballade de l’impossible (nouvelle édition, 2011), 1Q84 (Livres 1 & 2, 2011 ; Livre 3, 2012), Les Attaques de la boulangerie (2012), Underground (2013), L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (2014) et L’Étrange Bibliothèque (2015). La plupart de ses romans ont paru chez Belfond et sont repris chez 10/18.
Plusieurs fois favori pour le prix Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu le prestigieux Yomiuri Literary Prize, le prix Kafka 2006, le prix Jérusalem de la Liberté de l’individu dans la société en 2009, le grand prix de la Catalogne 2011 et le prix Hans Christian Andersen en 2016.


Haruki Murakami , le maître au sommet de son art.

Haruki Murakami