“ Je serai le dernier homme ”

Je serai le dernier homme de David Coulon aux éditions Lajouanie

Je me souviens de ma femme, de ma fille.

Je me souviens.

Nous nous aimions.

Nous étions loin de la douleur du monde.

À l’époque. “

Un homme sort de chez sa maîtresse en pleine nuit et rejoint son domicile en passant par les chemins de traverse. Assez alcoolisé, il tente d’éviter les contrôles de police.

” Je roule, sans le savoir encore, vers l’horreur absolue. “

Il lui semble entendre un coup de feu. Par sécurité il s’arrête, descends de voiture et tend l’oreille. C’est là qu’une silhouette apparaît et tente de lui piquer sa voiture. Intervenant aussitôt, il éjecte l’intruse qui se heurte à une pierre et tombe raide…La soirée qui avait plus tôt bien commencé avec une femme dans les bras et en train de virer au cauchemar avec un cadavre sur les bras. Et c’est dans le coffre de sa voiture qu’il tente de cacher le cadavre.

À vouloir éviter un simple amende, c’est maintenant la prison qui le guette.

” Une espèce de trip pour te foutre la trouille. ”

À se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment, il était évident que de mauvaises décisions allaient suivre. Quelle idée aussi de s’enfuir avec une passagère quasiment nue mais vraisemblablement morte…

Les interrogations s’enchaînent pour ce fêtard qui ne s’est même pas présenté. Notre inconnu n’a pas fini de nous étonner et son retour parmi les siens va lui réserver quelques surprises.

” On ne connaît jamais les gens qu’on aime. “

Pour une première rencontre avec la plume de David Coulon, je suis comblée. Je découvre un récit hors norme, au rythme soutenu en parfaite harmonie avec l’histoire qui me coupe le souffle. Un style particulier, brutal, nerveux, vif’ pour une histoire toute aussi particulière à la fois sans limite et surprenante. Un suspens macabre, qui tourne à l’obsession pour cet anonyme qui se retrouve une fois de plus dans de beaux draps.

Encore un beau spécimen de roman policier mais pas que, qui rejoint les éditions Lajouanie. Derrière cette magnifique couverture se cache le cauchemar d’un homme incapable de prendre la bonne décision…

Amateur de thriller, ce livre est pour vous. Foncez !

David Coulon est psychologue et romancier.

Né dans le sud de France en 1974, David Coulon a commencé par écrire beaucoup de nouvelles, en publier en revue papier (L’ours Polar, Lignes Noires, etc…) et à la radio (RTBF). Puis, il est devenu psychologue, metteur en scène de théâtre (compagnies La Fille Du Guignol, et Kopasker), comédien. Sur son site, vous trouverez quelques uns de ses écrits, mais pas tous, fort heureusement pour votre santé mentale, et la sienne ! Vous trouverez également des infos/actus sur les pièces de théâtre en cours de création, ou en jeu. Il vit désormais en Normandie où il exerce toujours la profession de psychologue. A côté de cela, il dirige plusieurs ateliers théâtre et ateliers d’écriture.

Son premier roman, « Dernière fenêtre sur l’aurore », a été publié en juillet 2013, aux Editions Asgard. Intéressé par les individus en phase de rupture mentale dans un univers social qui les broie, ses écrits font le grand écart entre univers très noir, mais parfois aussi humour. Il en va de même pour les pièces mises en scène dans le cadre de la compagnie Kopasker.

En 2015, il a reçu le grand prix VSD du polar, pour son roman Le village des ténèbres, coup de cœur de Franck Thilliez

Je remercie les éditions Lajouanie pour m’avoir permis de découvrir ce roman d’une noirceur absolue.

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“ Jesse le héros ”

Jesse le héros de Lawrence Millman aux éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (État-Unis) par Claro

” Le révérend : Le professeur Munson va vous appeler un peu plus tard dans la soirée. Il aimerait que vous envisagiez de placer Jesse dans une sorte d’institution.

C’est ce qu’ils disent tous. Ôtez ce garçon de nos pattes, faites le enfermer chez les fous. Personne comprend… “

En 1968, Jesse vit à Hollinsford dans le New Hampshire, élevé par son père. Son comportement a toujours laissé à désirer, à la limite de l’anormal, d’ailleurs il essuie très souvent les railleries des autres à l’école ou dans la rue. Et avec l’adolescence et les poussées hormonales, ça ne va pas s’arranger.

 » Jesse dit qu’il voulait juste être un adulte. Il savait que ça allait pas tarder, mais il pouvait pas attendre. Il était quelqu’un d’impatient.

Un adulte, mon cul ! T’as quasiment brisé le cœur de papa ! Tu le sais, ça ? On devient pas un adulte en violant des gamines. C’est un truc de pervers. “

Et quand son frère, Jeff, qu’il idolâtre rentre enfin du Vietnam, rien ne se passe comme prévu. Pour échapper à cet enfermement, il prend la fuite, sans se douter un instant qu’il allait prendre part à une escalade meurtrière à la noirceur extrême.

” Je crois pas qu’il le fasse exprès…

Qu’il le fasse exprès ou pas, c’est toujours des embrouilles.

Le pauvre garçon… “

Jesse n’est pas un héros ordinaire, à défaut de partir au Vietnam il va mener son propre combat pour lutter contre des décisions qu’on tente de prendre pour lui. Et c’est avec une violence inouïe sans aucune empathie, qu’il va semer les cadavres sur son passage. On assiste à la véritable naissance d’un tueur en série, à un comportement pervers tout en se demandant si derrière cette attitude ne se cache pas une maladie mentale dont on parlait peu à l’époque.

Un roman noir magnifique, d’une intense violence, à la fois dérangeant, perturbant qui nous offre un héros effrayant, enragé, excessif mais dont on ne peut qu’essayer de comprendre en espérant qu’il ne finira en héros à titre posthume.

Une pépite de la littérature américaine extirpé de l’oubli par les éditions Sonatine pour mon plus grand plaisir.

Amoureux des romans noirs sans concession, ce livre est fait pour vous.

Lawrence Millman est né à Kansas City dans le Missouri. C’est un écrivain voyageur. Il est l’auteur de onze livres, et a reçu pour certains des prix prestigieux tel le Prix Northern Lights, un Thomas Lowell Award.

Dans le Groenland, une montagne porte son nom.

Je remercie les Éditions Sonatine pour ce roman noir extirpé de l’enfer et de l’oubli.

“ Féroce ”

Féroce de Danielle Thiéry aux éditions Flammarion

” Les adolescents et les jeunes adultes étaient les plus nombreux à disparaître chaque année, plus que les adultes et, naturellement, beaucoup plus que les jeunes enfants.

Il y en avait quelques dizaines de milliers, dans la base SALVAC, qui se cumulaient d’année en année. ”

Après une découverte d’ossements d’enfants dans l’enclos des lions du zoo de Vincennes, il est évident que cela soulève quelques questions. Alice de Clavery, la jeune criminologue est en alerte. Elle fait vite le lien avec une ancienne disparition d’enfant qui l’obsède depuis six ans. À l’époque c’était au Zoo de Thoiry que la petite Swan avait disparu.

Un prédateur rôde. Les enfants sont en danger.

 » Ce n’est pas ta faute, Magnus, si c’est à ce moment de leur vie qu’ils sont à point, si forts et si fragiles. Plus petits, ils ne cessent de couiner après leur mère. Plus grands, ils sont déjà coulés dans un moule unique, formatés, ingouvernables.  »

D’un autre côté, la brigade de l’Office est au taquet pour démanteler un réseau pédophile. Mais lorsque l’adjoint du commissaire Marion est retrouvé en mauvaise posture, les mains pleine de sang, le service se retrouve en plein chaos. Se rajoutent deux disparitions dont celle d’une enfant.

Pour la première fois, La commissaire Marion doute et le pire reste à venir…

 » Secoués une fois de plus dans la période la plus sombre de leur histoire, plus nombreux étaient les flics, jour après jour, attaque après attaque, à se demander s’ils ne feraient pas mieux de changer de métier. Pendant quelques jours la rue les plaignait, les congratulait. Puis une partie de la population trouvait normal qu’ils soient les premières cibles des furieux se réclamant d’un Dieu bien commode tandis que d’autres applaudissaient en clamant qu’un bon flic est un flic mort. ”

Je suis une grande fan de Danielle Thiéry depuis ses débuts d’écrivaine avec son premier polar Affaire classée qui avait fait une entrée remarquable.

Alliant son travail à sa plume, ses polars prennent une dimension authentique. Nous plongeons chaque fois au cœur d’une nouvelle enquête en suivant le parcours de la commissaire Edwige Marion.

Cette fois l’auteure se surpasse et nous offre une histoire féroce où les prédateurs sont hélas de plus en plus nombreux et survivent en s’adaptant cruellement au monde moderne et à ses nouvelles technologies. La police est mise à mal et devra s’unir davantage pour résoudre cette affaire et clore celle du passé.

Féroce recèle une grande maîtrise de l’intrigue à travers une plume fluide et bien rythmée qui nous fait rugir de plaisir.

Danielle Thiéry , première femme commissaire divisionnaire de l’histoire de la police française n’a rien à envier à ses collègues policiers écrivains, tout comme dans sa brigade à l’époque, elle règne et excelle dans l’univers du polar. Qu’elle dégaine le flingue ou la plume, la dame est dans la place pour notre plus grand plaisir.

Une figure incontournable du polar made in France.

Je remercie les Éditions Flammarion pour ce polar férocement addictif.

“ Les excursions de l’écureuil ”

Les excursions de l’écureuil de Gyróir Elíasson aux éditions La Peuplade

Traduction de l’islandais par Catherine Eyjófsson

Je n’ai pas encore commencé à bouger, mais je me redresse maintenant sur un coude et mordille la housse de mon édredon, engendrant un frottement agréable tandis que je parcours du regard ce monde à part, quadrangulaire, qu’on peut isoler d’un tour de clef et peintre de couleurs vives. On peut toujours changer les mondes. “

Sigmar est un petit garçon à l’imagination débordante. Pour pallier à sa solitude, il s’invente un monde irréel peuplé d’animaux. Il prends l’apparence d’un écureuil et s’immerge dans un de ses dessins pour partir à l’aventure.

” Je ne dessine pas davantage. Au lieu de quoi, je me déplace vers un grand espace vide et commence à écrire ce que je vois se dérouler sous mes yeux : l’ écureuil se met à bouger. Sans sortir de la page, mais en s’enfonçant dans le papier brun. Les arbres qui entourent la cabane frémissent. J’écris et suis déjà entré à moitié dans le dessin. Le climat y est chaud, le paysage est beau et je n’ai pas envie de faire marche arrière. (…) Je vais plus loin, je saute le pas, je suis devenu écureuil.“

Un nouveau monde s’offre à lui, ses rêves peuvent prendre vie. Peut-être va-t-il retrouver ce garçon mystérieusement disparu, ou tout simplement se faire des amis pour ne plus jouer seul ?

À travers cette fable, l’auteur islandais amène le lecteur à s’interroger sur le pouvoir de l’imaginaire face au tangible, derrière un univers fantasque où se cache une grande solitude.

Un roman publié il y a trente ans en Islande, qui m’a fait penser au Petit Prince de Saint Exupery, un autre petit aventurier. Des enfants, prêt à tout pour ne pas rester isolé quitte à s’inventer un autre monde peuplé d’amis imaginaires.

Un récit parfois confus, tout comme peut l’être une histoire où le narrateur est un gamin comme présentement, mais qui plaira à tous les naïfs capables de garder leur âme d’enfant.

Gyrõir Elíasson est l’un des écrivains les plus important de sa génération en Islande. On lui a attribué en 2011 le Prix de Littérature du Conseil Nordique. Il vit à Reykjavik.

Je remercie Camille et les éditions La Peuplade pour ce conte fantaisiste et leur souhaite la bienvenue dans l’univers livresque.

Braconniers

Braconniers de Tom Franklin aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par François Lasquin

“ Désormais, quand je reviens ici, à Dickinson, je n’y suis plus vraiment chez moi. Après tout, j’ai quitté cet endroit, j’ai fait des études, il ne reste pas grand-chose de mon accent traînant, j’ai même épousé Une Yankee. Et lorsque j’y reviens, comme c’est le cas à présent, pour y chasser des détails qui enrichiront mes récits, j’ai l’impression de braconner sur des terres qui ne m’appartiennent plus. Mais j’ai toujours besoin de mon Alabama à moi, de le révéler tel qu’il est, vert, luxuriant, mortifère. Alors j’y reviens, avec le langage que j’ai acquis. Je retourne à ces lieux où la vie s’éteint à petit feu, et j’y braconne des histoires. ”

S’imaginer au coin d’un feu de cheminée dans une cabane de trappeurs et écouter ces nouvelles braconnées en Alabama, loin des lieux touristiques par un conteur, capable de plonger dans ses souvenirs pour nous offrir des histoires authentiques.

Le sud profond de cette région, un cadre parfait pour cette atmosphère sombre et violente, où l’on devient un homme après son baptême de chasse, si l’on a fait couler le sang.

 » Ce soir- là, assis sur mon flanc de colline, j’étais un homme, qui avait déjà versé le sang et ne demandait qu’à en verser encore.  »

Tel un braconnier, l’auteur vole ces fragments de vies à ces gens au plus profond de leur intimité, en passant par leurs secrets bien enfouis, leurs rêves inaboutis, inavouables, ravagés parfois par la drogue et l’alcool et subissant une pauvreté pas toujours méritée.

 » La pauvreté, je vais vous dire ce que c’est. C’est quand on se fait plaquer par sa femme parce qu’on n’a pas été foutu de dégoter un boulot vu que du boulot y’en a nulle part.  »

Entre ces lignes circulent des armes à feu, de la violence, des âmes perdues, des corps blessés en mal d’amour, des chasseurs, des pêcheurs, des animaux, des glandeurs, des ivrognes, des vivants, des morts, des pacifistes et des criminels. Tous ont une histoire, leur histoire, même si elles finissent mal en général.

 » (…) redoutant – tout en l’espérant du fond du cœur.  »

En digne chasseur, Tom Franklin traque et reste à l’affût du moindre détail qui enrichit sa prose et la rends admirable. Une plume puissante qui fait rêver.

«  Ça serait facile d’oublier tout ce qu’on sait de la vie en contrebas, de s’imaginer qu’on est au fond de quelque abysse marin, un gouffre où des silhouettes noires se meuvent entre les colonnes, où des bancs de créatures indécises flottent comme des nuages.  »

Et finir en beauté, avec cette nouvelle «  braconniers  » qui à elle seule est un petit diamant noir. Une histoire tragique qui a obtenu une multitude de prix aux USA, et dont on rêve qu’elle grandisse et devienne un roman.

Des braconniers dont il faut pourtant se méfier…

 » Ils ont besoin que d’une chose, c’est qu’on leur foute la paix. Dans la forêt, ils sont chez eux. Les gens devraient savoir qu’il faut pas venir leur chercher d’emmerdes.  »

Déjà conquise par son magnifique roman Dans la colère du fleuve, co-écrit avec sa femme, Beth Ann Fennelly, une histoire passionnante de bootleggers, j’ai été ravie de retrouver la plume talentueuse de Tom Franklin. Un auteur qui rejoint mon palmarès des grands noms de la littérature américaine, et qui me donne envie de poursuivre ma traque en terres d’Amérique à travers cette prodigieuse collection des éditions Albin Michel.

Si ça ce n’est pas de bonnes nouvelles !

Tom Franklin est élevé dans la région rurale de Clarke County, au sud-ouest de l’Alabama, non loin du cadre où se dérouleront la plupart de ses romans. Il s’inscrit à l’Université de l’Alabama à Huntsville, puis à l’Université de l’Arkansas.

Sa carrière littéraire, influencée par les œuvres sudistes de Cormac McCarthy et Flannery O’Connor, s’amorce avec la publication en 1999 de Braconniers (Poachers), un recueil de nouvelles.

En 2001, il obtient une bourse Guggenheim.

Son premier roman, paru en 2003, La Culasse de l’enfer (Hell at the Breech), dont le récit est fondé sur des faits historiques, se déroule en 1890 quand Macy Burke, un adolescent blanc miséreux, tire accidentellement sur le riche commerçant Arch Bedsole.

Tom Franklin obtient le Los Angeles Times Book Prize, dans la catégorie romans policier/thriller, en 2010 et le Gold Dagger Award en 2011 pour Le Retour de Silas Jones (Crooked Letter, Crooked Letter) qui raconte l’amitié entre deux adolescents que la classe sociale et la couleur de la peau devraient séparer, dans le milieu étouffant et tendu d’une petite ville du Mississippi des années 70.

Il est le mari de la poétesse Beth Ann Fennelly avec qui il écrit et publie, en 2013, Dans la colère du fleuve (The Tilted World), roman qui a pour toile de fond la crue du Mississippi de 1927.

Tom Franklin est professeur à l’université du Mississippi.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ces bonnes nouvelles d’Amérique.

“ L’oiseau, le goudron et l’extase ”

L’oiseau, le goudron et l’extase d’ Alexander Maksik aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Sarah Tardy

“ Et puis un jour,comme ça, soudain, elle est entrée en moi. S’est posée. Une chose lourde comme du plomb, dont la forme et les contours varient constamment, aussi bien dans ses représentations passées que présentes. (…) Et puis quel que soit son nom, cette chose s’est emparée de moi : une sensation écœurante, paralysante, de poids terrible. Je ne sais pas comment appeler ça. Je n’ai jamais su. (…) Elle m’a fait tomber le livre des mains. Elle m’a fait fermer les yeux et c’est alors que là, dans le noir, j’ai vu s’infiltrer dans mon corps un épais goudron. ”

À travers cette attaque aussi surprenante qu’inattendue, la vie de Joseph sera à jamais vécue au bord d’un précipice. Et lorsqu’un été, sa mère va commettre l’indicible alors qu’il découvrait la passion amoureuse, sa vie sera pour toujours entachée de désespoir.

« Aujourd’hui encore, j’entends des sons que seuls ma mère et ces enfants ont pu entendre. Et peut-être, Strauss lui-même. Les deux clics métalliques des ceintures. Ses chaussures sur l’asphalte. Le métal dur qui entre en contact avec le crâne. J’ai fait des tests sur des os. Je me suis frappé l’arrière de la tête avec un marteau. J’ai essayé de savoir. Depuis presque vingt ans, j’entends ces bruits. Du métal qui casse l’os. « 

Sa mère finira derrière les barreaux, et pourtant c’est Joe qui est emprisonné dans sa vie malgré tout l’amour qui le lie à Tess, tout comme son père.

 » Être près d’elle me rendait heureux. C’est aussi simple que ça. Avec elle j’avais presque l’impression d’être trop stable. Peut-être était-elle mon antidote. Peut-être avais-je guéri de cette chose étrange qui vivait en moi quelle qu’elle soit. »

À travers ce roman bouleversant, on voyage tantôt dans le passé et tantôt dans le présent. Joseph se livre, se délivre du poids qui encombre sa vie entre amour et tragédie. C’est l’histoire d’un homme torturée par une douleur qui l’étouffe, le tétanise mais que la beauté de l’amour libère.

«  Écoute, j’essaie de survivre. »

« Peu importe la façon dont tu vis, il y a toujours des victimes. « 

En virtuose, Alexander Maksik entraîne le lecteur dans une tragédie contemporaine et aborde de nombreux thèmes tels que les violences conjugales, les traumatismes familiaux, la folie, l’univers carcéral féminin, la vengeance, le désespoir, la douleur des hommes, mais aussi l’amour, la liberté, la fidélité au cœur de la nature omniprésente. Une plume pleine de rage, écorchée qui te touche en plein cœur et au lyrisme qui te charme et t’enchante.

Un roman magnifique aussi mystérieux que douloureux, une écriture puissante aussi déchirante que délicate.

 » Les phrases des autres nous racontent tellement mieux.  »

Gros coup de cœur ❤️

Alexander Maksik vit à Hawaï. Il est diplômé de l’Iowa Writers’s Workshop et a été publié dans Harper’s, Tin House, Harvard Review et The New York Times Magazine. Indigne (Rivages, 2013), traduit en plus de douze langues est son premier roman, puis en 2014 Belfond publie La Mesure de la dérive, son deuxième roman traduit en français. Il fut finaliste du prix du Meilleur Livre étranger et traduit en une dizaine de langues. Sélectionné parmi les dix meilleurs livres de l’année du Guardian et du San Francisco Chronicle, L’oiseau, le goudron et l’extase est son troisième roman à paraître en France.

Avec la romancière Colombe Schneck il est co- directeur artistique d’une résidence d’écrivains, la Can Cab Literary Residence en Catalogne (Espagne).

Je remercie les éditions Belfond pour cette sublime lecture.

“ Aide-moi si tu peux ”

Aide-moi si tu peux de Jérôme Attal aux Éditions Pocket

– Qu’est-ce que tu racontes, Cague ? Ça y est ? T’es sur place ?

– Oui, et ce n’est pas joli à voir. Une gorge tranchée jusqu’à l’os et un testicule en goguette, si vous voulez un rapport complet. Je viens de trouver l’arme du crime… ”

Stéphane Caglia, capitaine de police se retrouve sur une étrange affaire. Un banquier de là Défense vient d’être retrouvé assassiné, et une adolescente est portée disparue.

Pour s’aider à résoudre cette énigme, il fredonne un air musical qu’il vénère.

(…) chaque fois que je le peux, je me réfugie en pensée dans les années 80. »

Une nouvelle équipière So British l’accompagne et c’est en fin limier qu’il se retrouve sur les traces d’un suspect fan des Beatles.

Et même s’il est toujours nostalgique du passé, il va bien falloir s’adapter pour résoudre cette double enquête bien ancrée dans le présent.

“ Je n’aime pas être adulte. On se rajoute du soucis et on se pose des questions dont on se contrefichait lorsqu’on était môme.”

Une plongée dans l’univers actuel du web, en passant par YouTube et Facebook mais avec la nostalgie des années 80. L’enquête avance à travers une playlist vintage, on Voyage 🎶🎵🎶🎵Voyage 🎶🎵🎶🎵d’un tube à l’autre telle Une boule de flipper 🎶🎵, et ça roule. On avance🎶on avance 🎶on avance 🎶 faut retrouver la Disparue…

Disparue 🎶elle a disparue 🎶au coin de la rue …

Car on l’a jamais revu…

Après avoir adoré Les jonquilles de Green Park ( retrouvé ma Chronique ici, ainsi que des infos sur l’auteur ) j’étais plutôt impatiente de renouer avec le style de l’auteur. J’y ai retrouvé ce que j’avais aimé, l’humour, l’esprit, le côté décalé, l’originalité des personnages. Par contre j’ai trouvé l’intrigue plutôt légère et je n’ai pas été complètement conquise par l’histoire. Je n’ai pas été envahi par les mêmes émotions même si la plume de l’auteur est une véritable bouffée d’oxygène et un vrai délire.

Une lecture plaisante, agréable, tout en musique mais qui ne restera pas un tube inoubliable dans mon Top 50.

Je remercie les Éditions Pocket pour cette lecture très année 80.

 » Mange tes morts « 

Mange tes morts de Jack Heath aux Éditions Super 8  

Traduit de l’anglais (Australie) par Charles Bonnot

«   Nouvelle affaire, annonce-t-il. Cameron Hall, quatorze ans, vu pour la dernière fois hier après-midi à 16 heures. Demande de rançon par téléphone.

– Une vraie demande ? 

– Pour autant qu’on sache ? « 

Un enfant a disparu, l’horloge tourne mais la police patauge. Alors, avant que ça vire au drame on tente le tout pour le tout, on appelle ‘Le Pendu’ à la rescousse, le fameux Timothy Blake.

Blake doit son surnom au don qu’il possède. Aucunes énigmes aussi ardues soient-elles ne lui résistent. Il en fait d’ailleurs son gagne pain, et cela lui permet de mettre du sel dans son café et de la viande dans son congélateur.

 » C’est comme jouer au pendu, mais à l’envers. Si tu résous l’énigme, tu as droit au gars sur la potence.  » 

Car s’il bosse pour le FBI, ce n’est pas une question d’argent, même si ça lui remplirait ses poches bien vides, non c’est bien pire…

 » Ah, vous ne la connaissez pas, celle-là ? L’État a passé  un marché avec un cannibale et ils font appel à lui pour faire disparaître les corps après les exécutions.  » 

Alors, s’il veut combler son addiction répugnante, il va devoir retrouver cet enfant.

«  L’espace d’une seconde je me vois tel que je suis vraiment : un monstre;  » 

La faim justifie-t-elle les moyens ?

Voilà un roman qui devrait en surprendre plus d’un. À notre époque où le recyclage est tendance, où il est important pour l’État de faire des économies et si en plus ça nourrit son homme, voilà peut-être une idée à explorer pour les plus courageux, en dehors des végétariens bien évidemment. 

Jack Heath nous offre à travers ce récit très cinématographique un thriller aussi original que terrifiant. Une lecture loin d’être indigeste, un menu cinq étoiles dans le guide des thrillers à dévorer. Une recette au goût savamment dosée qui peut estomaquer, parfois même dégouter mais qui s’avère addictive et absolument savoureuse au final. Mange tes morts se révèle absolument efficace, il faut juste avoir parfois le cœur bien accroché pour ne pas l’avoir au bord des lèvres. 

Un mets idéal pour les amateurs de repas littéraire très spécial. 

Que vous soyez Fan de la série Dexter ou du film Le silence des agneaux, ce menu livresque est fait pour vous. Une intrigue excellente, un récit bien rythmé, très visuel, ne laissant aucun répit avec un personnage répugnant mais attachant. Une histoire de malade qui se dévore d’une traite, et même qu’on en redemande. 

Se déguste sans faim jusqu’à la fin, mais vous incitera peut- être à devenir végétarien. 

Un thriller Saignant à souhait. 

Jack Heath est né en 1986 en Australie. Il peut déjà se prévaloir d’une imposante bibliographie jeunesse : une vingtaine de romans, régulièrement traduits et retenus pour le petit et le grand écran. Mange tes morts, son premier texte pour adultes, ne saurait être conseillé, de son propre aveu, aux moins de 18 ans. 

Je remercie Nadia et les Éditions super 8 pour cette lecture absolument à point.

“ Le vieux pays ”

Le vieux pays de Jean- Pierre Rumeau aux Éditions Albin Michel

“ – C’est un plaisir de vous rencontrer monsieur Meunier. Il semble que vous soyez la plus grande curiosité de ce coin qui pourtant n’en manque pas. ”

Monsieur Meunier alias Pasdeloup habite à Goussainville, un endroit qui se situe au bout des pistes de Roissy. Un étrange endroit que l’on appelle Le vieux pays.

« J’ai trouvé ici un cercueil inhabité, le couvercle grand ouvert, et je m’y suis installé. Il y avait peu d’êtres vivants dans le voisinage, le lieu était selon mon cœur, inimaginable pour le commun des mortels. J’y ai créé un vieux pays qui n’appartient qu’à moi, avec mon passé, ma loi et mes frontières, avec mon cimetière et mes souterrains. »

Pasdeloup protège son territoire et en général personne n’ose se mettre en travers de son chemin.

“ C’est comme vous voulez. Vous avez des yeux trop zarbi, ça donne pas envie de vous contrarier. ”

Avec ses yeux vairons, il en a refroidi plus d’un. C’est pendant son service militaire qu’il devint cet être froid, dur, quelque peu insensible.

“ (…) le fil qui reliait les neurones de son cerveau avait, brûlé jusqu’au bout et provoqué dans son crâne une gigantesque mise à feu, une explosion démentielle, brisant définitivement chez lui la peur de la mort, les barrières usuelles de la morale et, il faut bien le dire, une certaine forme d’humanité. Une bête sauvage. ”

Alors quand d’étranges coïncidences l’amènent à suspecter un complot terroriste, il part en croisade contre le mal pour ne pas perdre son lieu de villégiature entre autres.

“ (…) il faut être sage, poursuivre son chemin et relire un peu de cynique impérial, pour saluer cette nuit d’été et ces putains d’étoiles qui se foutent du malheur des hommes.  »

Jean- Pierre Rumeau nous offre un premier roman atypique et met en scène un personnage cynique, méprisant, caractériel, dépourvu de tendresse mais capable de bienveillance. Un être plutôt original auquel on ne peut s’empêcher de s’attacher.

Utiliser les vestiges de Goussainville est plutôt astucieux, un décor qui sied à merveille à cette histoire.

De même que les faits réels mêlés à la fiction donnent à ce récit une authenticité et plongent le lecteur dans un univers très réaliste.

L’auteur fait une entrée remarquable tant par son style que par son histoire. Le vieux pays et ses fantômes marquent la naissance de cet auteur qui nous fait cadeau d’ un premier roman très réussi.

Une belle découverte.

Jean-Pierre Rumeau est né en 1952 et vit à Fontainebleau. Diplômé du CNSA de Paris, il se tourne à l’issu de ses études vers le métier de cascadeur – films, publicités, télé, spectacles d’action. Parallèlement, il met en scène des pièces de théâtre (Le Neveu de Rameau au Ranelagh qui tourne depuis 2001, et lance des one-mans show, notamment Nicolas Canteloup). Il est également auteur dramatique et scénariste et travaille actuellement à un long métrage. Le Vieux Pays est son premier roman.

je remercie Babelio et les Éditions Albin Michel pour m’avoir permis de découvrir ce roman plein de surprises.

“ La chambre des merveilles ”

La chambre des merveilles de Julien Sandrel aux éditions Calmann Lévy

(…) Il y aurait un avant et un après ce samedi : 7 janvier 2017. Pour toujours il y aurait cet avant, cette minute précédente que je désirais figer pour l’éternité…”

Un matin comme les autres, on se prépare pour affronter sa journée, pour Thelma, le travail et pour Louis, le collège. Chacun a déjà la tête ailleurs et pourtant, ce matin, Louis est prêt à partager un secret avec sa mère mais la voyant déjà accro à son téléphone, il file à fond la caisse sur son skate, un peu furax. Thelma tente de le retenir mais il est déjà loin. Juste le temps d’une dernière pensée et c’est le drame…

 » C’est incroyable toutes les pensées qui jaillissent en l’espace de quelques secondes. C’est incroyable à quel point quelques secondes peuvent ensuite s’ancrer douloureusement dans un cerveau. (…) C’est drôlement con, une dernière pensée. ”

La vie de Thelma et Louis bascule et pas vers le grand canyon.

« Putain de camion» comme l’a dit Renaud qui conduit Louis aux urgences puis sous respirateur.

“ Une incongruité de plus dans cette vie décidément sans dessus dessous. ”

Le pronostic vital est engagé, et si dans quatre semaines rien ne change, il faudra lui dire au revoir et pour Thelma, une vie sans Louis, c’est juste pas possible.

“ Il a fallu que j’abandonne mes autolamentations et mes autoflagellations pour pouvoir regarder l’espoir en face et ne plus le lâcher. ”

C’est vrai quoi, ne dit-on pas : Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Alors on croise les doigts et on y croit.

“ Je pense éclater en sanglots. À la place j’éclate de rire. ”

Et c’est grâce à un mystérieux carnet que tout va être possible, oublier la tristesse, découvrir la joie et garder espoir.

Mais comment cela est-il possible me direz-vous ?

Il vous suffit de me faire confiance et de vous plonger dans La chambre des merveilles.

Ce livre est un véritable bonbon plein de surprises, des saveurs différentes, parfois amères et parfois savoureuses qui au final t’explose le cœur. Une fois passé le drame, il suffit de se laisser porter par cette plume pertinente, pleine d’humour et d’esprit qui soulève avec dérision des sujets plutôt sensibles, tels que le harcèlement au travail ou les difficultés d’une mère célibataire.

 » J’ai préféré une relation simple et exclusive mère-fils plutôt qu’un triangle invivable. J’ai choisi l’option décomposée plutôt que recomposée. ”.

Mais avant tout, de l’amour d’une mère qui se lance des défis pour ramener son fils à la vie.

 » Et finalement je me suis dit qu’il fallait qu’elle m’aime sacrément pour faire ça. Ça m’a fait du bien de palper ses sentiments, de l’entendre me parler comme elle faisait. (…) et là je me suis remis à sourire et je ne me suis plus arrêté parce que j’ai commencé à me représenter maman vivant mes rêves. « 

Si avant moi le monde entier a déjà eu le coup de foudre pour La chambre des merveilles, ce n’est sûrement pas anodin, et je tiens à saluer l’imagination de l’auteur pour rendre un sujet si douloureux absolument délicieux.

Un auteur qui a du garder son âme d’enfant avec la maturité d’un adulte.

Alors cape ou pas cape ?

Envie de mettre des couleurs dans ta vie ?

Alors rejoins Thelma et Louis et même si sa grand- mère a pris la place de Brad Pitt je t’assure ça vaut le voyage.

Un trio hallucinant, un pari fou pour une histoire unique.

Un joli pied de nez à la morosité.

J’ai adoré ❤️

Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France. Aujourd’hui, il réalise enfin son rêve d’enfant en publiant son premier roman, La chambre des merveilles

Je remercie les Éditions Calmann Levy pour cette divine lecture toute en couleur.