» Manège « 

Manège de Daniel Parokia aux Éditions Buchet- Chastel


Tu me fais tourner la tête, mon manège à moi c’est toi, je suis toujours à la fête quand tu me tiens dans tes bras…..

 » La musique était lente. Un calme et une pudeur – le sérieux de l’amour aussi, autant que l’espoir d’aimer – se dégageaint de la chanson. « 

Il y a dans nos vies des milliers de chansons, et certaines directement associées à un moment bien précis. Pour Matteo, c’est Non ho l’età  de Gigliola Cinquetti qui lui rappelle une vieille histoire d’amour.

 » Un souvenir d’autant plus vif qu’à peu près à la même époque il avait acheté un scooter et était tombé amoureux pour la première fois. De Mathilda, justement. 

Pour lui, Gigliola faisait partie des cadres sociaux de sa mémoire – une mémoire douloureuse -, car l’expérience de ce primo amore avait été assez cuisante pour lui laisser des traces indélébiles, loin de la chanson sucrée qui, pour toujours, le lui rappellerait. « 

Et c’est en se faisant renverser par une voiture à un carrefour qu’il va retrouver cette amoureuse qui n’est autre que la conductrice. Après le coup de foudre, le coup de tôle…

Vingt-six ans ont passé, pourtant en un instant tous les souvenirs de cet été lui reviennent, mais une fois encore Mathilda s’est envolée.

 » Mais on était trente ans plus tard ou presque et s’il voulait retrouver Mathilda, il fallait qu’il sorte de sa rêverie. Le voulait-il vraiment ? « 

À travers des flashback l’histoire nous est contée. On voyage entre les années 90 et les années 60, entre amour et chagrin, entre regrets et remords, dans le Lyon d’hier et d’aujourd’hui.

 » Tout cela ne le menait pas très loin. Le pire était que cette enquête le plongeait dans des abîmes de la mélancolie. Comment sa vie avait-elle pu lui échapper à ce point ?  En réalité, il le savait parfaitement. Même s’il n’y pensait plus aujourd’hui depuis longtemps. Il se rappelait maintenant toute  l’histoire avec une acuité douloureuse. « 

Et même si comme le dit une chanson : Les histoires d’amour finissent mal, en général … Celle-ci est bien sympathique à lire. Un joli roman d’ambiance qui entraîne le lecteur dans le charme cossu de l’ouest lyonnais.


Ça sent bon les prémices de l’amour, les vacances, les bonheurs simples. Mais aussi la fascination pour Matteo de découvrir le luxe et la richesse, lui si loin de cet univers,  mais qui risquent hélas de l’étourdir un certain temps. L’amoureux est aveugle et ignore la trame qui se prépare en coulisses à son insu. 

Un beau roman, une belle histoire, savoureuse comme une douce mélodie. Une danse à deux, un tour de manège qui s’arrête à la fin de l’été pour reprendre peut-être, quelques années plus tard…

Daniel Parokia


Daniel Parokia vit à Lyon. Professeur émérite depuis 2012, Il est proche, en tant que philosophe de l’œuvre de François Dagognet. Son premier roman,  Avant de rejoindre le grand soleil, publié en 2015 chez Buchet Chastel, a été particulièrement remarqué ( sélection prix de Flore ) Ce deuxième roman devrait en ravir plus d’un. 

Je remercie Claire et les Éditions Buchet Chastel pour cette romance pleine de suspens dans une ambiance très fitzgeraldienne. 


 » Le dernier violon de Menuhin »

Le Dernier violon de Menuhin de Xavier-Marie Bonnot aux Éditions Belfond 



 » Émilie est morte. Je quitte Paris pour la Province. Au pays de l’enfant sauvage. À bientôt. « 



 Rodolphe Meyer se rends dans l’Aveyron, sa grand-mère, Émilie vient de décéder. 

 » J’adore la route. Pour cette patience qu’elle impose. Et pour laisser l’esprit filer au bout de la perspective infinie. » 

Elle lui a laissé en héritage une vieille ferme, isolée et assez délabrée, hantée par Victor l’enfant sauvage. Une mort qui va réveiller ses souvenirs, les bons comme les mauvais, mais aussi les regrets et les manques. 



 » La mort fait ce qu’elle veut. Elle perquisitionne la pensée et rouvre  les vieux dossiers. Et puis elle juge…Elle soupèse votre deuil… C’est la correctionnelle du descendant.  » 

Rodolphe était un célèbre violoniste adulé du public. Mais l’alcool a eu raison de son succès. C’est accompagné de son violon qu’il arrive dans la propriété ancestrale.


 » – On n’achète pas un tel instrument. On se prête à lui. Rien de plus. Ce fut pour moi une obsession, je n’avais pas d’autre solution que de passer le reste de ma vie avec le dernier violon de Menuhin. Même si je ne jouais presque plus en public, il me suffisait de sentir sa présence, de vivre avec lui, pour être heureux. et je crois que je l’ai été.  » 

Son arrivée ne va pas passer inaperçue. Certains signes vont le perturber et précipiter son destin d’une manière plutôt étrange. Il va faire connaissance avec sa part sauvage et devra la détruire s’il ne veut pas perdre son âme. 

« L’enfant devine chacune de mes intentions… Nos pensées sont reliés par je ne sais quel fil invisible. « 

À travers ce roman je découvre la plume de Xavier-Marie Bonnot. Un style noir et poétique qui m’a enchanté et captivé dés les premières lignes. 

Je me suis aventurée au côté de Rodolphe, dans le monde passionnant d’un violoniste. Un  artiste qui dés son plus jeune âge fut subjugué par cet instrument en écoutant l’Ave Maria joué par Menuhin. 

Le violon lui parlait le langage du cœur et de l’âme. Même si cette passion l’a privé des plaisirs de la jeunesse, une enfance volée par un père ambitieux. Lorsqu’il jouait pas de place pour l’amusement.  De là naquit un virtuose. 

Un homme qui sera constamment habité par la musique, chaque souvenir, chaque pensée le ramèneront à un morceau de choix. 

Un roman magnifique, qui nous plonge dans la vie d’un violoniste, un homme tourmenté malgré sa passion. Mais aussi un regard aussi réaliste que sarcastique sur la vie et la mort. Une histoire bouleversante, brillamment contée. Un roman intimiste au cœur de la solitude des hommes après la gloire. 

 » – C’est drôle, vous ressemblez à …

(…)

– Je sais. On me dit souvent que je ressemble à quelqu’un que tout le monde connaît mais dont tout le monde a oublié le nom. Et vous savez quoi ? C’est vrai que tout le monde ou presque me connaît… mais personne ne se souvient plus de mon nom. »

Pour ma part, je me souviendrai longtemps de Rodolphe Meyer et du dernier violon de Menuhin, et je suivrai l’écriture de Xavier-Marie Bonnot un virtuose de la plume. 

Xavier-Marie Bonnot

Xavier-Marie Bonnot vit à Paris. Écrivain et réalisateur de documentaires, il est l’auteur du Pays oublié du temps (Actes Sud, 2011, prix Plume de Cristal), de Premier homme (Actes Sud, 2013, Prix Lion noir), de La Dame de pierre (Belfond, 2015, Prix du meilleur roman francophone au festival de Cognac) et de La Vallée des ombres (Belfond, 2016). Le Dernier Violon de Menuhin est son neuvième roman.



Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture musicale sans fausses notes. 

 » Sucre noir « 

Sucre noir  de Miguel Bonnefoy aux Éditions Rivages 


 
 » Partout, les planches se brisaient. Les arbres ne supportaient plus la coque. Le marin qui se tenait près du lit, regarda le coffre que serrait Henry Morgan dans ses bras. 

    – Capitaine, l’or est lourd. Permettez que je vous aide.

Il tendit la main quand Henry Morgan lui cracha des grumeaux de sang au visage. Un rire de malice lui déforma les lèvres. 

   – Je l’emporte avec moi, dit-il. La mort doit bien avoir un prix. « 

 

Un navire échoué au milieu des arbres, à bord le capitaine Henry Morgan  et ce qu’il reste de son équipage, sans oublier l’immense trésor réuni par ses pirates. Ils s’apprêtent à vivre leurs derniers instants dignement sans quitter le bateau.

Environ trois cent ans plus tard, au même endroit dans les Caraïbes, une légende s’est construite autour de ce fameux trésor. Il  continue de hanter de nombreux explorateurs et ira jusqu’à bouleverser l’existence de la famille Otero.



 » – Moi,  je ne veux tromper personne, Serena. À force de creuser, je finirai bien par trouver le trésor de Henry Morgan. Je n’ai pas traversé tout le pays pour déterrer une légende.  » 

Une famille qui découvrira bien plus que ce trésor et créera sa propre légende à travers la fabrication du rhum caribéen. Ce rhum restera le plus emblématique de tous et le plus chargé en histoire de l’âge d’or de la piraterie.



 » L’avantage d’être pauvre, sourit-il, c’est qu’on peut toujours s’enrichir. » 

La famille Otero prospère et chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie, tout en étant toujours attiré par les horizons lointains. Mais sur cette terre indomptée, la destinée bouleverse la convoitise et les rêves se consument en un instant.



 » Libre, elle n’était fidèle qu’à la liberté. » 

 

Dés que vous parcourerez ce roman, vos yeux vont s’écarquiller et votre cœur va s’emballer. Attendez-vous à vivre une grande aventure, à faire un beau voyage sur cette terre sauvage pleine de trésors inestimables. Vous serez envoutés, page après page par la richesse de l’écriture. Vous serez possédés par ces hommes et ces femmes en quête d’amour. Vous jouerez aux aventuriers à la recherche du trésor du capitaine Morgan en vous enivrant de Rhum. Et vous constaterez qu’il est inutile d’aller aux caraïbes pour vous enrichir, pour trouver un trésor. Il suffisait juste de vous rendre chez votre libraire et pour quelques euros vous aurez une pépite entre les mains. Un trésor de la littérature, écrit de sa plus belle plume par un pirate des mots qui désormais navigue dans mon cœur pour toujours et à jamais.


Sucre noir, une perle, un bijou, un diamant, qui mérite une place de choix dans les coffres de pirates, dans votre cœur et dans votre bibliothéque.

Un sublime voyage livresque.

Né en 1986, Miguel Bonnefoy est un écrivain français et vénézuélien. Il est l’auteur du très remarqué Voyage d’Octavio ( Rivages 2015), qui a remporté de nombreuses distinctions ( dont le Prix de la vocation, le Prix des cinq continents de la francophonie  » mention spéciale « ) et a été traduit dans plusieurs langues.

Un Livre qu’il me tarde de découvrir
Je remercie Thierry et les Éditions Rivages pour ce fabuleux voyage qui a conquis mon cœur de lectrice.

 

 

 

 » Parmi les miens « 

Parmi les miens de Charlotte Pons aux Éditions Flammarion

 


 » Ma mère inanimée et sa voiture pliée ont été retrouvées dans les gorges d’une petite route qui ne mène à aucune destination… »

Manon se retrouve à l’hopital au chevet de sa mère en compagnie de son père, son frère Gabriel et sa sœur Adèle.



 » Le chirurgien enlève ses lunettes et se masse la ride du lion – typiquement le genre de geste qui, dans un film annonce les emmerdes. Dans la vraie vie aussi. « 

Leur mère est dans le coma en état de mort cérébrale. Toujours vivante mais déjà loin, dans un autre monde, vers une autre destination. Les paroles ont dépassé les pensées de Manon, elle laisse échapper qu’elle préférerait qu’elle meure mais tous ne l’entendent pas de cette façon.

« Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfants devenus adultes ne tient pas à grand chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser.  » 

Manon, toute jeune maman, ne supporte pas de voir sa mère dans cet état. Elle quitte son rôle de mère momentanement et se retrouve parmi les siens pour s’occuper de la sienne.



 » Mais voilà que l’imminence de sa mort bouleverse la donne et je commence à compter tous les ratés et les trop tard.  » 

C’est parfois quand on est sur le point de perdre un proche que l’on en apprend davantage sur son passé. Leurs souvenirs mis en commun réveillent des secrets enfouis et de surprenantes révélations voient le jour sur celle qui n’a plus de mot mais seulement des maux.



Charlotte Pons nous offre un premier roman très touchant avec une pointe d’humour caustique comme j’aime trouver quand le tragique pointe son nez. À travers ce récit elle nous met face au dilemme à laquelle cette famille se retrouve confrontée : l’euthanasie. Un sujet difficile qui souléve la culpabilité et attise les remords. Car même s’il est de leur devoir d’aider leur mère, la voir s’éteindre à petit feu leur est insupportable, mais de là à commettre un meurtre avec préméditation…

Une lecture que j’ai abordé avec une certaine appréhension suite à mon accident de voiture très récent. Ça réveille les blessures mais ça permet aussi de relativiser. Une lecture que j’ai donc poursuivi plus allègrement et une nouvelle plume que j’ai fortement apprécié. Une histoire familiale assez bouleversante où la vérité est mise à nue dans une belle mise en scéne. Une tragédie ordinaire sous une forte tension psychologique qui déchaîne les consciences. Une écriture sans concession, vive, mordante mais terriblement humaine. Un premier roman absolument abouti , une auteure qui réussi son coup d’essai admirablement et qui je l’espère continuera sur sa lancée.

Une belle découverte de la rentrée grâce à Masse Critique de Babelio que je remercie au passage. 

Charlotte Pons


Charlotte Pons a passé huit ans au sein d’une rédaction parisienne comme journaliste culture et chef d’édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d’écriture Engrenages  & Fictions. Parmi les miens est son premier roman.

 

 

 » La tanche « 

La tanche de Inge Schilperoord aux Éditions Belfond 

Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin 

« Maintenant je dois faire bien attention, se dit Jonathan. Maintenant. Cela commence maintenant. « 

À sa sortie de prison, Jonathan retourne vivre  avec sa mère. Sa libération n’est dû qu’à un manque de preuve pour ses actes de pédophilie.  


À la vue de leur maison  parmi les restes de la démolition, il sentit une angoisse s’insinuer en lui. Comme si tout cela n’était pas normal. Comme si tout compte fait il n’avait pas sa place ici. Comme si tout compte fait sa place était totalement ailleurs. Mais il n’aurait pas su dire où ni quoi faire pour le découvrir. « 

Il a commencé un travail important sur-lui-même avec le psychologue de la prison, pour gérer ses pulsions. En organisant rigoureusement ses journées, il compte bien y parvenir mais la présence d’une jeune fille dans les parages ne va pas l’aider à tenir ses bonnes résolutions et vont même les mettre à rude épreuve. Il compte sur une tanche blessée, qu’il a pêché pour l’aider. La tanche est aussi appelée  » Poisson médecin », on lui confère des pouvoirs de guérison spectaculaire. 

 » – Tu es venue m’aider…(…) Tu vas m’aider ?  » 


Il  mise tout sur la tanche. Ils vont se sauver mutuellement, enfin peut-être ?

« Comment les fantasmes les plus épouvantables qui s’étaient lentement insinués dans son esprit étaient devenus réalité. »


Pas simple de s’attaquer à un sujet pareil et de réussir à captiver le lecteur. C’est pourtant ce qu’a réussi Inge Schilperoord avec ce premier roman. Étant psychologue judiciaire, elle a dû en rencontrer des tordus de ce genre et c’est sûrement ce qui rends ce roman puissant et authentique. Un sujet abject et difficile, tellement inconcevable !  Alors en faire une histoire aussi troublante et bien menée ça mérite qu’on s’y intéresse. Ce n’est pas réjouissant mais étrangement profond. Un premier roman qui ne peut pas passer inaperçu même si ce sujet est on ne peut plus dérangeant. Un récit sombre paré d’une belle écriture, et même si j’avoue avoir eu peur de m’aventurer dans cette histoire, je reconnais le talent de l’auteure qui a réussi à rendre celle-ci supportable et même plaisante à lire. 

Une belle découverte, un récit aussi choquant que bouleversant. Une auteure à suivre absolument. 

Inge Schilperoord

Inge Schilperoord est née en 1973. Elle est rédactrice et journaliste pour des journaux prestigieux en Hollande, Psychologie Magazine, NRH Handelsblad et Het Parool. Elle est également psychologue judiciaire. C’est dans le cadre de son travail, au contact de plusieurs repris de justice, que lui est venue l’idée de son premier roman, La Tanche.  Très remarqué aux Pays-Bas, finaliste de tous les plus grands prix littéraires, Il a été couronné du  Bronze Owl, meilleur roman de l’année. Inge Schilperoord partage son temps entre La Haye et Gand. 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture percutante. 


 » Les lumières de Cape Cod « 

Les lumières de Cape Cod de Beatriz William aux Éditions Le Cercle Belfond

 

 » (…)

           – La vérité, c’est que tu n’as qu’une seule question à te poser avant de faire quoi que         ce soit.

           – Laquelle ? 

           – Veux-tu qu’elle devienne ta femme ou est-ce simplement pour passer du bon temps ?    »   




Dans les années 60 à Cape Cod, la famille Hardcastle s’apprête à vivre un grand moment retransmit à la télévision, achetée pour l’occasion. Tiny, la femme de Franck est présente sans être vraiment là, elle semble quelque peu contrariée. Pourtant, tout lui sourit ou presque ? Elle a épousé un bon parti et s’apprête à devenir la nouvelle First Lady, enfin si Franck est élu… Alors qu’elle est donc cette ombre qui semble s’incruster dans ce tableau idylique ? Serait-ce l’arrivée de sa sœur qui l’ennuie, Pepper est parfois si insolente sous ses airs de femme fatale. Ou alors le retour de Caspian, le cousin de son mari qui la perturbe ?


Bon sang ! C’était toujours pareil avec les désastres, on ne les voyait jamais venir.  » 

Tiny était pourtant prédestinée à cette vie. Elle a reçu une bonne éducation et son chemin semblait tout tracé, sa ligne de conduite tellement exemplaire, tout ce qu’on attend d’une bonne fille et d’une charmante épouse d’un futur président.



 » Mais vous me connaissez. Je fais ce que je dois faire, c’est ma bon sang de personnalité, ma bon sang de nature, ma culpabilité, mon désir de faire plaisir aux autres. Je fais ce que l’on attend d’une bonne épouse, même bafouée. Je sublime la colère en quelque chose de plus convenable .  » 



Alors qui est ce mystérieux corbeau ? Qui tente de menacer la réputation de Tiny ? Combien de temps encore avant que l’image de l’épouse modèle se fissure ? Peut-on aimer vraiment, ou seulement faire semblant ?

 » En matière de secrets, ma chère, ce n’est pas le nombre qui compte, mais leur importance.  » 

 

Beatriz Williams nous fait voyager entre le présent et le passé à travers différents personnages, tout en nous offrant de magnifiques portraits de femmes dont celui de Tiny prise au piège de la passion. Un suspens s’installe, astucieusement mis en place dés le départ et tient en haleine le lecteur jusqu’au final. Une romance qui m’a souvent fait penser à Lady Diana avec une pointe de la série télévisiuelle  » Scandal « . 



La course au pouvoir, les trahisons, les infidélités, les amours secrets , la famille, l’éducation de la bourgeoisie, les ingrédients idéals pour une histoire romanesque, mélodramatique, sentimentale. Une romance où la rebelion des femmes indépendantes pointe son nez et va bouleverser la bonne société américaine. 

Un roman qui m’a davantage plu pour son suspens, sa construction et son écriture que pour le coté romantique. Une lecture agréable dans l’ensemble même si j’avoue ce n’est pas mon style de prédilection.

Une lecture idéale pour les romantiques un peu rebelles dans l’âme.

Beatriz Williams
Beatriz Williams est née en 1972 à Washington. Après une carrière dans le conseil financier, elle s’est tournée vers l’écriture de romans historiques, publiés sous le nom de Juliana Gray. Les lumières de Cape cod est le troisième volet d’une trilogie entamée avec L’été du cyclone ( belfond 2015; Pocket 2016) et La Vie secrète de Violet Grant ( Belfond 2016. Pocket en juin 2017 ) Elle vit actuellement dans le Connecticut.


 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette roman américaine. 

 

 » Ne dis rien à papa « 

Ne dis rien à papa de FrançoisXavier Dillard aux Éditions Belfond 

« – Là, je suis là, monsieur, j’ai peur, venez me chercher !

(…)

– Mon Dieu, mais qu’est-ce qui a bien pu t’arriver ? Ne t’inquiètes pas, tu es en sécurité maintenant, nous sommes là…Mark…Mark ! J’ai trouvé quelqu’un Ici, viens vite et appelle des secours, Il nous faut un hélico. 

    Je commence à ressentir une froide torpeur, comme si tout mon être était aspiré dans le néant. Je serre la main du type de toutes mes faibles forces. 

– Je veux partir de cet endroit, s’il vous plaît, emmenez-moi…

J’ai encore la force d’entendre des bruits de pas, une agitation, des mouvements, quelques cris et puis un autre homme penché vers moi. Un policier, il y a dans ses yeux un grand vide et ses traits sont décomposés. Il a l’attitude d’un homme qui vient de croiser la Mort en personne. 

  – Il faut appeler tout le monde, mon vieux, tout le monde… Je reviens du jardin. C’est épouvantable… Ils sont tous là ! « 


En Australie, quatre jours se sont écoulés avant que la police fasse cette macabre découverte… 

Sur un autre continent, un couple et leurs deux enfants coulent des jours quasi paisibles, en dehors des frictions entre Arno et Victor, les jumeaux, aux caractères différents. L’un plutôt introverti et l’autre extraverti. 

L’arrivée d’un nouveau voisin réveille dans le couple de vieille rancoeur au sujet du passé resté secret de madame. 

Une ambiance étrange s’installe sournoisement. Certains ont l’air d’avoir des secrets lourds à porter, voir même très encombrants. 

De manière troublante le Mal s’incruste…

« Comme un diable surgit des entrailles de la terre. » 

À travers des flash, la vérité s’insinue pas à pas et torture les protagonistes de l’histoire, y compris le lecteur. 

« La mort, Il l’avait côtoyée de si  près qu’elle était devenue une compagne qui ne l’effrayait plus et dont il avait appris et maîtrisé l’usage et les modalités. Elle pouvait revêtir différentes formes, faire son ouvrage avec douceur, sans bruit et sans douleur ou, parfois, être un épisode de souffrances, de pleurs et de cris. Il connaissait tous les aspects de cette cruelle partenaire. Il l’avait affrontée aussi, se battant contre elle comme un damné… »

Chaque famille a ses secrets plus ou moins avouables et quand la vérité éclate c’est pas toujours beau à voir, ni à entendre. 

François-Xavier Dillard a le pouvoir de te coller les fesses à ta banquette jusqu’à la dernière page. Une fois commencé son thriller, impossible de le quitter. Je m’étais déjà retrouvée piégée dans Fais-le pour maman, et bien pour Papa je vous le dis c’est du pareil au même. Autre histoire tortueuse mais au final même piège à lectrices. 

Il a un pouvoir  qui n’est pas donné à tous les auteurs de Thriller, mis à part quelques-uns dans la même lignée comme Hervé Commère et Patrick Bauwen pour ne citer qu’eux. 

J’adore quand l’auteur manie aussi bien la plume que l’intrigue. Je me suis régalée à travers ces jeux de pistes et ce labyrinthe qui te scotchent au dénouement. Tout s’imbrique à merveille et ce grand manipulateur a réussi son coup. 

Comme il se dit dans le monde livresque, un véritable page-turner, sous une tension extrême tout le long du récit. Une histoire de famille épouvantable. Tout est là pour kidnapper le lecteur pour des heures de tourmentes sans temps mort sous haute tension. 


François-Xavier un auteur talentueux, avec un style accrocheur qui en seulement 4 romans a réussi  à s’implanter brillamment dans le monde des Thrillers incontournables.  

Un Thriller captivant , une histoire démoniaque et un auteur que je continuerai à suivre. 

Faites- le pour moi, lisez-le et dites-moi tout après votre lecture. 

François-Xavier Dillard


François-Xavier Dillard est né à Paris en 1971, il a fait des études de droit et de gestion avant d’intégrer un grand groupe énergétique français au service des ressources humaines puis à la communication. Il est l’auteur de « Un vrai jeu d’enfant « et « Fais-le pour maman« , parus chez Fleuve noir. Après « Austerlitz 10.5, », co-écrit avec Anne-Laure Beatrix, Ne dis rien à papa est son deuxième roman à paraître chez Belfond.

Je remercie Camille et les Éditions Belfond pour ce Thriller captivant.  


 » Le dernier baiser « 

Le dernier baiser de James Crumley aux Éditions Gallmeister 



 » (…) détective de luxe, frétillant sur la piste d’un chien de bar alcoolique, bouffon au service de Madame. « 


Sughrue, détective privé dans le Montana est chargé par Madame de retrouver Monsieur l’écrivain avec un budget illimité. Une fois de plus Monsieur s’est fait la malle avec son cleb’s, donc pour retrouver le maître suivre la piste du chien Fireball. 

 » – Vous croyez qu’il fuyait quoi, le vieux ?

   – Il avait peut-être juste besoin d’un shoot de solitude dis-je, ou Bien une orgie de cavale. Je ne sais pas. « 


En attendant faut les retrouver sans trop picoler sur la route. Bar après bar ça va pas être simple. 


 » Il sirotait des bières en les faisant durer, espérant rincer le goût de la mort qu’il avait dans la bouche.  » 



Sa rencontre avec Fireball reste un moment absolument inoubliable autant pour Sughrue que pour moi même. Rencontrer un tel spécimen laisse des traces. 



« Fireball sortit de derrière le bar en trottinant, les bajoues flasques ourlées de sang. Il se hissa sur le repose-pieds, puis sur un tabouret, puis sur le comptoir, où Il traça lentement son chemin en renversant des bouteilles pour les prendre par le goulot dans sa gueule et les vider. Puis Il lapa tout le contenu de son cendrier, rota et redescendit à terre comme il était monté… »

Avouez que ça donne envie de continuer la lecture, et ne vous inquiétez pas, le meilleur reste à venir. 
L’aventure ne s’arrête pas là, même s’il a retrouvé Monsieur, lui aussi a peut-être bien du taf à lui proposer et sa compagnie n’est pas des plus déplaisante. On picole bien et on deconne aussi pas mal . Alors en avant pour la balade au quatre coins de l’Ouest américain sur la piste d’une nana disparue il y a 10 ans. 



« Maintenant j’essaie de garder deux verres d’avance sur le réel et trois de retard sur les ivrognes. » 



 Bienvenue dans ce roman emblématique divinement illustré par Thierry Murat. James Crumley nous présente pour la première fois un détective de haut vol, inimitable et rarement sobre. 

Aussi délicieux qu’une bière bien fraîche sauf que là tu peux en abuser sans modération, pas de gueule de bois au réveil. Le plaisir du lecteur est immense autant pour la qualité de la plume que pour l’histoire. Un bon polar, bien noir, poisseux, et un duo qui ne manque pas de sel accompagné d’un cabot très attachant. Ici il n’y a que l’humour qui est mordant, le reste corrosif, caustique et absolument bien dosé. 

C’est tellement bon qu’on en redemande. Alors n’hésitez pas, foncez. 

 Dernier Baiser savouré mais pas le dernier Crumley. Un autre m’attend et je m’en réjouis. 

James Crumley
James Crumley est né au Texas en 1939. Il sert deux ans dans l’armée, aux Philippines, puis continue ses études et sort diplômé de l’Université de l’Iowa. Au milieu des années 1960, il part vivre et enseigner dans le Montana, un État qu’il ne quittera plus. Il y côtoiera notamment Richard Hugo et James Lee Burke. Il décède en septembre 2008, à Missoula. 

Quelques mots sur la Maison d’Édition Gallmeister :

Gallmeister, ce sont 170 romans publiés, dont un traduit de l’anglais d’Angleterre, deux de l’anglais du Canada et zéro de tout autre idiome. Car le royaume de prédilection de la maison, c’est la terre d’Amérique. Celle des grandes plaines battues par le vent des Appalaches, des motels de l’Arkansas, des tripots du Dakota exhalant la Budweiser, de la Bible Belt peuplée de prédicateurs armés et d’idolâtres obèses. Celle de Steinbeck, de Fitzgerald, d’Hemingway, dont Olivier Gallmeister est un inconditionnel. 

Ce «maître de chant» (traduction de Gallmeister) a un sacré pif pour dénicher les excellents auteurs étrangers. Ceux qui marquent, ceux qui marchent. 

10 ans déjà pour mon plus grand plaisir. 

Le prochain…

 » Génération Propaganda « 

Génération Propaganda de Benoît Marchiso aux Éditions Playlist Society




Quand on est cinéphile et mélomane, il est bon parfois de se pencher sur des livres que l’on voit passer sur les réseaux sociaux et qui nous interpellent étrangement.

Ma curiosité m’a amené à découvrir tout un pan d’histoire de la musique au cinéma qui m’était totalement inconnu grâce à ce récit très enrichissant 

GÉNÉRATION PROPAGANDA : L’histoire oubliée de ceux qui ont conquis Hollywood.


À l’époque où je regardais les clips, j’étais loin d’imaginer que se cachait derrière ces images cette société Propaganda constituée d’une belle équipe de six fondateurs totalement avant-gardiste. 

« À l’époque on s’amusait autant qu’on travaillait. C’est à dire énormément. » 

Ces génies réunis mettent en avant les futurs talents. 

« Propaganda bouleverse l’esthétique audiovisuelle et innove sans cesse et ça marche. « 

Responsable de la naissance des clips et de l’émission MTV.



Propaganda  va acquérir de la notoriété en même temps que les groupes qu’ils font connaître. Une belle ascension pour chacun. 
« ..dés que MTV a explosé, beaucoup de jeunes Américains ont commencé à s’intéresser aux clips, et le mouvement a été lancé. « 

Les clips permettent de découvrir des talents qui deviennent de véritables phénomènes. La consécration pour les groupes grâce au vidéo de Propaganda films. 



« La clef du succès de cette diversification réside dans sa fidélité au principe de départ de Propaganda Films: c’est une société fondée par Et pour les réalisateurs…
… Il n’a pas fallu longtemps avant que les agences de publicité de Madison Avenue et de la côte Ouest s’intéressent aux rois de la génération MTV. » 

Du clip à la pub jusqu’au cinéma  

 » Si l’industrie de la publicité s’intéresse rapidement à Propaganda Films, c’est parce que celle-ci a su imposer une esthétique inédite et expérimentale qui a marqué tout un pan de la culture de masse des années 1980 Et 1990. Forte de cela, l’entreprise va lentement contaminer le monde de la pub. Et s’approcher tranquillement de son objectif final : le cinéma.  » 


Même si les débuts au cinéma furent difficiles, Propaganda Films participa à la création des séries Twin Peaks et Beverly Hills 90210 Et révéla des metteurs en scène comme David Fisher, Michael Bay, Spike Jonze, Mark Romanek et Antoine Fuqua. 

En 15 ans d’expérience elle aura favorisé l’essor des plus grands tel que Gun N’ roses et Madonna entre autres… 

Pourtant inconnue du grand public cette société est responsable des plus belles images cultes des années 80 à 90. Avec ses clips, ses films, la société a joué un rôle essentiel dans l’histoire de la télévision et du cinéma américain. 
 Une vraie bible, contée à la manière d’un récit légendaire à travers des témoignages des principaux acteurs de cette épopée. Une mine d’informations, une multitude de détails pour le plus grand bonheur des lecteurs avides de culture.  

 » Le souvenir de cette ascension fulgurante laissera un goût amer le jour où viendra la chute. »

Premier récit qui met en lumière cette société hélas disparue par une Maison d’édition à suivre indiscutablement. 

Une très belle découverte, très enrichissante et passionnante. 

Benoît Marchisio collabore régulièrement avec SoFilm et travaille pour France télévision. Polyglotte et curieux, Il a développé un fort intérêt pour l’écriture transmédia afin d’éclairer d’une nouvelle lumière le cinéma, la télévision et la radio.

Il a participé à l’écriture avec Paul Verhoeven de Total Spectacle en 2016 chez Playlist Society. 

Je remercie Benjamin Fogel pour cette belle découverte culturelle.



 » Les années à rebours « 

Les années à rebours de Nadia Terranova aux Éditions Quai Voltaire



 » S’il y a une chose qui unissait Aurora et Giovanni, c’était la volonté d’enterrer leurs noms de famille. »

Aurora, une jeune fille effacée, timide, mais trés bonne éléve. Giovanni un jeune homme exalté, envoûtant, dernier de la classe qui rêve de révolution. Aurora est l’aînée de sa fratrie à l’inverse de Giovanni qui est de son côté le petit dernier. Deux êtres que tout oppose mais que les bancs de la FAC vont réunir.



 » Ses deux vies, à l’université et en dehors ne coïncidaient pas encore. » 

De nombreux ébats langoureux, après les débats révolutionnaires, où l’on refait le monde en compagnie d’utopistes pendant que les brigades Rouges commencent à faire parler d’elles. 

Aurora et Giovanni s’apprêtent à s’unir pour le meilleur et pour le pire et à devenir parents. 

 » Nous ne lui suffirons jamais pensa-t-elle. Il sait mais il essaie de me faire croire qu’il ne désire rien d’autre que devenir père. « 



Giovanni rêve de devenir un héros politique mais en s’adonnant aux vices de l’alcool et de la drogue il va mettre en péril son couple. Malgré tous les obstacles et le jugement de sa famille, Aurora élèvera seule leur enfant. 

 » Les adultes ne sont au fond que des enfants qui ont survécu. « 


Les années à rebours est un roman magnifique, l’histoire d’un couple ancrée dans la réalité d’une époque – les années de plomb, l’invasion de la drogue, la désillusion des années 1980, le fléau du sida. 

L’histoire d’une passion, de deux êtres qui se sont rencontrés très tôt, très jeunes et sont entrés ensemble dans la tourmente du monde adulte. Ils se sont aimés, perdus, retrouvés puis se sont détestés telle une valse à deux temps dans le tourbillon de la vie. 

Pour un premier roman c’est une belle réussite autant par la plume qui ne manque pas de panache et qui captive le lecteur jusqu’au dénouement final, que par l’ histoire, terrible, bouleversante , bien construite, et très stylée.

Une bien belle découverte, un joli coup de cœur. 

J’espère que vous lui ferez vous aussi un bel accueil tant mérité. 

Nadia Terranova


Nadia Terranova est née à Messine. Elle a suivi des études de philosophie et d’histoire. Elle vit à Rome depuis 2003. Les années à rebours est son premier roman, pour lequel elle a reçu, en Italie, le prix Bagutta Opera Prima, le prix Brancati, le prix Fiesole et le prix Grotte de la Gurfa. 

Je remercie les éditions Quai Voltaire La Table Ronde pour cette romance italienne pleine de charme.