« Trois jours avec Norman Jail »

 « Trois jours avec Norman Jail », d’Eric Fottorino (Gallimard)

Quand on commence un billet, une chronique ou un avis, appelez cela comme vous voulez, on se retrouve, comme l’écrivain, confronté à la page blanche, à la recherche des premiers mots à partager pour tenter de donner envie à d’autres lecteurs de découvrir à leur tour notre dernière lecture, notre dernier coup de coeur.
Et pour ce livre à l’écriture sublime, c’est d’autant plus difficile.
« Un jour j’ai réalisé que le mot ‘Écrire’ contenait toutes les lettres du mot ‘Crier’. Un homme qui écrit est un homme qui crie. »

« Trois jours avec Norman Jail » nous raconte l’histoire d’une rencontre. Un quasi tête à tête entre une jeune étudiante en littérature, et un écrivain, Norman Jail, l’homme d’un seul roman. Une rencontre qui ferait rêver plus d’un lecteur, moi la première.

Partager, échanger, s’interroger, tenter de tout découvrir sur ce mystérieux auteur. S’immerger dans sa vie, déterrer les secrets, tenter de comprendre pourquoi d’autres livres n’ont pas suivi le premier…
« Le reste de sa vie, Norman Jail l’avait passé à noircir des milliers de pages, n’en publiant aucune. Son oeuvre était un monument aux mots. »

« Je ne suis pas un buveur, je suis un buvard. »

À travers ces conversations, l’histoire s’installe, entre réel et imaginaire, et Éric Fottorino nous balade dans un récit brillant, où se révèle également une analyse profonde de l’auteur face au processus d’écriture. Une véritable passion pour les mots.
« Un livre est un essaim de mots parfaitement alignés, sans hésitations ni repentirs. Les traces de lutte à mort ont disparu : les violences, les accrocs, la rage, l’abattement, l’à-quoi-bon. Tout ce qui fait un livre à l’état brut, ses impasses, ses sorties de route, ses doutes à n’en plus finir. »

 Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises, l’histoire de cet homme est édifiante. En approchant de la fin, on s’aperçoit une fois encore que les écrivains sont de grands manipulateurs, qu’ils transforment la vérité au gré de leurs envies, et nous lecteurs, envoûtés par ces agencements de belles phrases, nous y tombons à pieds joints.
« Il avait beaucoup parlé, j’avais beaucoup écouté. »

« C’était sans doute cela, un écrivain, un être pour qui plus rien ne compte, excepté ce qu’il était. »

Un récit remarquable, une plume que j’ai pris plaisir à retrouver, après l’avoir découverte avec « Chevrotine », son précédent et magnifique roman (noir).

 Je vous invite à savourer ce roman, avec à portée de mains carnet et stylo, car si comme moi vous aimez les belles phrases, ici elles foisonnent, pour notre plus grand plaisir de lecteurs amoureux de belle littérature.
Gros coup de cœur.

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10 réflexions sur “« Trois jours avec Norman Jail »

  1. Ah oui, tout ça quand même ! 😆 Pourquoi, qui l’eut cru ? En voyant le titre, je me demandais si j’allais aller le voir ou pas, mais comme tu es une bonne dealeuse, je me suis dit que juste pour la visite et boire un café, c’était déjà bon ! 😉

    Dis-moi, grande spécialiste des romans américains, aurais-tu déjà lu John Fante ? Je sais que tu nous parles d’un roman du film de l’autre, mais le père, l’as-tu lu ?

    Aimé par 1 personne

  2. Une belle critique qui donne envie. Tu rends justice aux belles phrases de l’auteur, et en tant qu’amoureux des belles phrases moi aussi je ne peux qu’être séduit par ce livre!

    Très joli blog au fait. (Mais je pense que c’est parce qu’on a le même habillage donc ça me tape dans l’oeil ^^)

    Aimé par 1 personne

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