« Les contes défaits  » 

Les contes défaits d’Oscar Lalo aux Éditions Belfond



 » Cette vieille histoire qui m’appartient dont il ne faut pas avoir honte. Peau d’âme, noire neige, le petit poussé, bref tous ces contes défaits »



Dés le départ, la couv’ et le titre m’ont donné envie de me plonger dans ce récit. Amoureuse des contes depuis l’enfance, j’étais curieuse et impatiente de découvrir cette version de contes défaits qui ne sera pas le conte de fée auquel je m’attendais.
Je vais pourtant y croiser de nombreux lutins mais hélas sous la garde du grand méchant loup, et d’une sorcière dictatrice. Le « home sweet home » est devenu la chambre de l’enfer.
Les joies des colonies de vacances se transforment en cauchemar.


« Je fus pourtant extrait du dortoir des garçons baptisés » la chambre de la grand-mère”. La chambre de la grand-mère est comme chacun sait, la préférée du loup. Mais ça c’est une autre histoire. Enfin c’est toute l’histoire. »

De façon admirable, l’indicible nous est conté. Oscar Lalo joue avec les mots, explore le monde du silence. Ce qui ne se dit pas, ce qui se cache, ce qui fait mal et empêchera l’enfant de rejoindre le monde des adultes sereinement. Les blessures restent et il n’aura de cesse de faire éclater la vérité.
« Elle était coupable, sinon témoin. Et il est des situations où un témoin est coupable d’avoir été témoin. Coupable d’avoir été témoin sans avoir témoigné à temps. Complicité de crime vaut crime. »



Sans voyeurisme aucun, mais avec délicatesse, »les contes défaits » nous subjugue par sa profondeur. Les maux s’envolent sous sa plume et nous bouleversent. Un premier roman formidablement bien conté. Oscar Lalo qui a passé sa vie à écrire : des plaidoiries, des cours de droit, des chansons, des scenarios, fait une entrée remarquable en littérature.


Je compte sur vous pour l’accueillir avec toute l’attention qu’il mérite, ouvrez lui la porte de votre bibliothèque, je vous promets un très beau moment de lecture.

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 » Une bouche sans personne « 

Une bouche sans personne de Gilles Marchand aux Éditions Aux forges de Vulcain



« L’histoire n’est pas juste. C’est comme ça et l’on y peut rien »



L’homme à l’écharpe rejoint chaque soir ou presque, Sam,Thomas et Lisa dans le bar de celle-ci. Ils partagent quelques verres, quelques cigarettes en écoutant les BEATLES. Certain s’épanche assez facilement sur leur vie passée et d’autre garde leur boite à souvenirs bien cadenassée.


Jusqu’à un certain soir …

« -Bon OK: tu es comptable, tu mesures autour d’un mètre quatre-vingt. Tu aimes les livres, les Beatles et la belote, et tu ne quittes jamais ton écharpe. C’est tout ce qu’on sait! « …
« …enfin, j’ai la certitude que tu as quelque chose sur le cœur. Le genre de poids qui t’écrase et t’empêche de respirer. Je me trompe peut-être, mais je ne crois pas; alors si tu dois t’en décharger un jour, autant que tu saches que c’est certainement avec nous que ce sera le plus simple. On ne jugera pas, on commentera peut-être même pas. Juste on sera là, un verre à la main. Comme d’habitude mais avec un ami qu’on connaitra un peu mieux. »



À compter de ce soir là, de comptable le jour, il devient conteur le soir. Le bar des amis devient une salle de spectacle, accoudé au zinc il joue sa scène, et soir après soir son histoire se dévoile …

« Ca a déjà commencé ?
-Il n’y a pas les trois coup ou quelque chose comme ça ?
-Nous ne sommes pas au théâtre!
-Non mais taisez-vous on va rien comprendre ! »
-CHUT !



Oui CHUT ! Je ne vous en dirai pas plus. Faite comme moi, installez-vous dans votre fauteuil préféré, laissez- vous porter par ces mots, et attendez-vous à vivre un moment de lecture inoubliable.

Gilles Marchand nous livre un récit où la beauté de l’amitié tient une grande place. Un récit chargé d’émotions mais pas dénué de fantaisies. On pense à Vian et à Gary tellement la plume est belle, réjouissante, pleine d’humour qui rends la vie de ce comptable bien plus drôle qu’on ne pourrait s’y attendre. Les larmes de joie et de tristesse se font concurrence. La folie côtoie la mélancolie avec brio. On s’attache aux personnages, on succombe au style et le final nous transperce le cœur. Les frissons s’éveillent, l’impensable de L’Histoire nous est révélé …
Un roman mémorable à ne rater sous aucun prétexte.

Gilles Marchand

Gilles Marchand est rédacteur pour le Who’s Who et également chroniqueur pour le site polars, K-libre ( ça me met du coup une petite pression)
En attendant, cette prochaine rentrée littéraire nous réserve de belles surprises. Ne passez pas à côté de celle-ci. Une bien belle histoire, un gros coup de cœur.

 » L’Histoire laisse des traces.

Merci â David Meulemans et les Éditions  Aux forges de Vulcains pour m’avoir permis cette superbe lecture en avant-première.

 » Le Grand jeu « 

Le grand Jeu de Céline Minard aux Éditions Rivages

Étrange roman, voilà ma toute première impression après ces quelques heures de lecture.


J’ai d’abord cru que je me retrouvais dans un roman style Into the wild,puis je me suis retrouvée  face à de véritables sujets de philo de Bac .


 » Est-ce qu’on apprivoise le nourrisson avant de dresser l’enfant ? « 

Ou encore :

« Peut-on s’oublier au point de s’accueillir ?  » 

En fait j’ai accompagné une femme dans une retraite philosophique et j’ai tenté de jouer le jeu pour trouver des réponses au sujet principal de l’épreuve qu’elle s’est imposée :  » Comment Vivre ? »


« Les choses importantes de la vie ne sont que vide, pourriture, insignifiance, cabots qui se mordent, gamins qui se chamaillent, qui rient et pleurent l’instant d’aprés . »

La solitude, l’éloignement nous entrainent inévitablement vers des interrogations profondes .La vie serait-elle un jeu? Une grande roue de la fortune ou de l’infortune? Pleine de défis, de promesses, de pertes, de profits , de conflits intérieurs, de rituels , de solitudes ? Nous offre t’elle une seconde chance ?

« Est-ce que le plaisir peut être défini par l’absence de douleur ? »

Dans son refuge high-tech , cette femme s’interroge. L’isolement qu’elle s’impose la met à l’épreuve . La faune et la flore y jouent un rôle important et une rencontre inattendue va pourtant bouleverser ses plans .

« Qui suis-je ? Qu’ai-je négligé qui conduit au bonheur ? »

Un roman surprenant,curieux,insolite ,déroutant ,un sacré risque que prend l’auteur après son magnifique roman « Faillir être flingué »,elle joue avec le feu ,et risque quelques flinguages au passage…

Alors « Le grand jeu »  va-t’il gagner le Coeur des lecteurs ou pas ?

Le mien a gagné quelques belles citations ,quelques interrogations et m’a donné envie d’une retraite mais uniquement pour lire,lire,lire encore et toujours .

« Je m’exerce et cherche à savoir si l’on peut vivre hors jeu … »

À découvrir si les jeux et les enjeux d’une quête spirituelle vous tentent ou si comme moi le dernier roman de Céline vous intrigue quitte à en ressortir déconcertée .

Merci aux Editions Rivages pour cette découverte.

 

« Spada »

Spada de Bogdan Teodorescu aux Éditions Agullo


À Bucarest règne un climat d’insécurité, des Tziganes opérant en dehors des lois sont retrouvés assassinés. Un sérial Killer baptisé POIGNARD joue les justiciers.
 » Depuis plusieurs mois, un homme a dégainé un poignard pour faire ce qu’il croit être juste. Pour corriger ce qu’il croit être injuste. »
Le pouvoir actuel se montre incapable de faire face. La délinquance augmente de façon inquiétante, et la population souffre. (En France? Non,non…En Roumanie.)
« Il y a plus de pauvreté dans nos maisons et plus d’insécurité dans nos rues. »


Les journalistes ne sont pas en reste, les coups bas pleuvent de tous cotés. Trahison et rébellion, entrainent un conflit social et ethnique. Une animosité divise les Roms et les Roumains.
« Le bruit et la fureur reprennent dans une population étonnée et indifférente, attentive aux détails mais se désintéressant de tout, inquiète pour le lendemain, dégoutée d’hier et lasse d’aujourd’hui … »


Un sacré panier de crabes que nous offre Bogdan Teodorescu (journaliste, professeur, écrivain) avec ce roman de politique-fiction.

La Roumanie en toile de fond, un sujet plutôt universel assez brulant qui en insurgera certains et plaira à d’autres.
Un roman qui te permet d’en savoir un peu plus, toi qui déteste les informations télévisées et la politique.
Autre pays, autre écrivain, autre sujet, les Éditions Agullo sortent des sentiers battus, et nous proposent un second roman au style nerveux et engagé.


Un roman qui tient ses promesses, faut juste aimer la politique, mais la qualité de l’écriture et de l’histoire vous fera oublier ce coté un peu assommant.
Un lecture que j’ai apprécié, un auteur que je suivrai très certainement et une maison d’édition adoptée.
« Le Poignard a eu du courage …Je vous dis que c’est le seul moyen de nettoyer la Roumanie! »