» Yaak Valley, Montana « 

Yaak Valley, Montana de Smith Henderson aux Éditions Belfond

« Beaucoup de gens viennent ici pour fuir quelque-chose. Mais la plupart d’entre-nous trainent de sacrées casseroles en plus de leurs valises. « 


En 1980 dans le Montana, derrière ce décor somptueux de carte postale se cache un univers bien sombre, celui que l’on cache, celui qui fait honte au pays, les déclassés, là où rôde la pauvreté. C’est là que Pete Snow officie en tant qu’assistant social. Pas besoin de costard pour se rendre où il va, ça ferait tâche chez toutes ces familles décomposées vivant dans la misère, et puis c’est pas son style, avec son look défraichi, limite sdf il se fond dans le décor.
Il mène de front plusieurs batailles avec acharnement. Il y a cette famille détruite par la drogue, et ce garçon qui vit en marginal avec son père dans la forêt. Et pire que tout, sa fille qui est censée être avec sa mère et qui a disparu. Il est lui-même au bord du gouffre mais il continue ses combats et tentera de sauver ces âmes perdues en plus de la sienne.


« Tu as laissé le poison entrer dans tes yeux et à présent, il risque de contaminer ton cœur et tous ceux que tu aimes. Le mal est contagieux. Chaque geste compte, maintenant et pour toujours. »
Cette année, nous sommes vraiment gâtés coté premier roman.

Le Montana
Yaak Valley Montana monte les marches du podium des romans noirs. Nature-writting social qui étincelle, aux personnages cabossés, miséreux, indomptables comme la foudre, des furieux en quête de vérité, en chemin vers la rédemption pour d’autres. Dans cette région sublime se cache l’enfer. Smith Henderson a construit admirablement son récit. Un roman audacieux, sans fausse note mais qui sent bon le blues aux voix rocailleuses. C’est brutal, sombre, puissant, sauvage, dérangeant, captivant. Une écriture dense et intense tel un brasier. Aussi belle que les paysages que l’auteur dépeint, aussi percutante qu’une rencontre avec un ours de cette région, un brin féroce mais inoubliable. Quelle plume! Quelle histoire! Quelle narration!

« Ambiance musicale: Clique ici et régale toi … »

 » Elle est la preuve vivante que le pire est toujours certain. Que le monde n’a pas besoin de permission, qu’il ne cesse de se dépasser lui-même dans l’horreur. »
Smith Henderson a grandi dans le Montana au sein d’une famille de cow-boys et fermiers. Il fût même éducateur spécialisé un temps, avant de se diriger vers la publicité. Une part de lui-même, de ses souvenirs l’aura très certainement inspiré pour quelques lignes authentiques de son roman. Pas étonnant que ça sonne juste, que ça respire la véracité, que ça dégage tant d’émotions.

Smith Henderson
Yaak Valley, Montana est son premier livre qui rejoint mon panthéon Américain au coté de Peter Heller, Cormac McCarthy, Jim Harrisson, Ron Rash, Richard Ford. Les sublimes plumes de l’Amérique profonde.

Il est grandement salué par la critique et a été couronné par le John Creasy Dagger Award Et le Montana Book Award. Il vit désormais à Los Angeles.
Un auteur à suivre et à apprécier à sa juste valeur. Coup de cœur garantie.
Une belle rencontre en vue Samedi au Festival America 2016.
Merci à Brigitte et aux Éditions Belfond pour cette sublime lecture.

 

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 » Là où les lumières se perdent « 

Là où les lumières se perdent de David Joy aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

 » Les gens comme moi étaient enchainés à cet endroit, mais Maggie était sans entraves. Elle s’était enfuie d’ici à l’instant où ses yeux avaient regardé au loin. Si j’avais eu un rêve, ça avait été qu’elle m’emmène avec elle. Mais les rêves étaient absurdes pour les personnes comme moi. On finit toujours par se réveiller.
…Une telle fille ne pouvait pas rester. Pas éternellement, et certainement pas longtemps. »

À peine commencer, et tu sais déjà que tu as entre les mains un grand roman noir.Tu est déjà attachée à Jacob et tu as vraiment envie de découvrir son histoire, si sombre soit-elle.
Jacob est un jeune homme de 18 ans, qui vit en Caroline du Nord dans une région perdue des Appalaches. Il est le fils du baron de la drogue. Il est malgré lui un McNeely. Une véritable Malédiction.

Charlie McNeely le paternel, le fameux baron, n’a rien d’un bon père, bien au contraire, et il n’hésite pas à se servir de son fils pour ses sales besognes.

Photo extraite du film JOE

« L’argent l’emportait toujours sur la moralité. »

Jacob rêve de liberté, d’une vie meilleure, mais il doute que cela lui soit permis. Il a grandi au milieu de la violence, et croit bien plus en la mort qu’en la vie, même si l’amour qu’il porte à Maggie lui donne un peu d’espoir, un peu comme des lucioles qui éclaireraient par de brèves apparitions toute cette noirceur.

Photo extraite du film « Les amants du Texas « 

« Je savais tout ça depuis que j’étais gamin. C’était ma réalité : la souffrance, la honte et tout ce qui s’ensuivait. Attendre la mort était donc une chose que je connaissais depuis longtemps et ce n’était pas la mort qui me rongeait. C’était l’attente. « 

Du coté de sa mère ce n’est pas plus reluisant, elle vit seule dans l’attente de son prochain verre, sa prochaine dose. Jacob veille sur elle du mieux qu’il peut jusqu’à un certain jour où tout va basculer …

« En l’espace de quelque brèves minutes, mourir était devenu simple. C’était de vivre que j’avais peur. »

Tu l’as compris, ce roman est d’une force émotionnelle terrible. Et son écriture, son style lyrique, ne peuvent que t’émouvoir davantage. Une force se dégage de ce premier roman, l’amour côtoie la haine, la mort s’invite dans la vie, le mal et le bien combattent en permanence et bousculent les pensées de Jacob.

Comment échapper de l’enfer où tu es né? Comment affronter cette malédiction? Comment quitter ce père et sauver son âme?
La toile se resserre, Jacob est prisonnier de cette vie, seul l’amour de Maggie l’aide dans toute cette tourmente.

« Après une vie de déception, c’était la seule manière de supporter les choses, les sourires l’emportaient sur les larmes. Le rire l’emportaient sur la douleur. »

C’est en larme que j’ai quitté ce livre, mais heureuse d’avoir découvert une nouvelle plume américaine qui n’a rien à envier aux plus grands. Mon coté cinéphile m’a encore fait penser à quelques films  » Les amants du Texas » (film dramatique américain écrit et réalisé par David Lowery… un autre David ,un autre talent d’Amérique ) et  » Un hiver de glace » adaptation d’un superbe livre de Daniel Woodrell ou encore “Joe” adapté du roman noir de Larry Brown. Tous d’une noirceur poignante comme ici à travers ces lignes.
Du rural noir, qui te colle un uppercut en plein cœur. Un récit déchirant, sauvage, qui résonnera en toi pour longtemps, qu’il te plaira à conseiller à tous les amoureux du noir, des belles plumes, des histoires où l’amour l’emporte sur la haine, même si tes larmes coulent autant que le sang versé.
Je l’ai aimé ce roman, je l’aime, et je l’aimerai longtemps ,surement même toujours. C’est bien plus qu’un coup de cœur, c’est carrément un coup de foudre.

David Joy

David Joy est né à Charlotte en Caroline du nord en 1983. “Là où les lumières se perdent” est son premier roman et QUEL ROMAN
Nous n’en saurons pas plus, cet homme garde ses secrets… Un autre barbu taiseux …

Merci à Muriel et  aux Éditions Sonatine pour cette sublime lecture.

 » En douce « 

« En douce  » de Marin Ledun aux Éditions Ombres Noires


Bal du 14 juillet, soirée idéale pour provoquer une rencontre. Émilie entre en action et use de ses charmes pour piéger Simon et l’enlever.
« Comme au cinéma : arrêt sur image, fondu enchainé et ralenti. « 
Le scénario idéal pour enfin obtenir réparation, et faire face aux fantômes du passé. Et ce n’est pas sa jambe de bois qui freinera la réalisation de son projet.


« Si la vie te semble trop absurde, si tu es déçu par trop de choses et trop de gens, ne cherche pas à comprendre pourquoi, Recommence…
…Il lui semblait que c’était ce qu’on lui avait imposé toute sa vie : passer à autre chose, subir, encaisser, prendre sur soi, serrer les poings et les dents, recommencer, recommencer encore, sans jamais chercher à analyser ni à poser les bonnes questions. Surtout pas. Pourtant ce qu’elle souhaitait par dessus tout tenait précisément en ce mot de dix lettres : comprendre. Embrasser le monde par la pensée. Saisir le sens de sa vie. « 
Comprendre enfin cette tragédie, voilà ce qu’Émilie souhaite plus que tout. Cette femme blessée, aveuglée par sa haine, s’apprête à assouvir enfin sa vengeance.


Dans ce huis clos en pleine campagne, Marin Ledun nous offre un somptueux roman noir. Sans excès de violence sanguinaire mais avec une bonne dose de torture psychologique, jour après jour la tension monte crescendo. Toujours très proche de ses personnages, Marin nous offre une fois de plus des portraits forts, des acharnés de la survie, des cabossés déterminés, que rien n’arrêtera.
« Niant l’incendie qui la ravageait de l’intérieur, elle se raccrocha à l’idée de survie. »
Du noir social qui plonge le lecteur dans la tourmente de cette femme en tête à tête avec cet homme qui a fait d’elle un bourreau. Un roman magnifique, une plume incisive, un livre qui te bouscule et t’interpelle. Un roman vrai, puissant, à découvrir très vite.
Si tu es déjà fan de Marin Ledun, ce roman noir te comblera, et si tu ne l’es pas encore tu es juste en passe de le devenir. Accro tu seras, toi aussi …ce n’est qu’une question de temps, qu’une question de lignes, des lignes noires à dealer sans modération.


Marin Ledun est romancier et essayiste. Il a déjà publié de nombreux romans noirs, dont ‘Les visages écrasés’ qui remporta plusieurs prix ( Trophée 813 du meilleur roman francophone 2011, Grand prix 2012 du Festival International du film policier de Beaunes ) et sera très prochainement adapté au cinéma.
À découvrir également  » Le ventre des mères «  « L’homme qui a vu l’homme » suivi de « Au fer rouge » « No more Nathalie » mais aussi des romans pour la jeunesse tel que « Lux ». Il ne tient qu’à vous de passer de très bons moments de lecture.

 

Merci à Olivia et Aux Éditions Ombres Noires pour ce superbe moment de lecture.

« Trophée des Anonym’us »


Dealerdelignes ne pouvait pas passer à coté du Trophée Anonym’us crée il y a 3 ans par Éric Maravélias, auteur de « La faux Soyeuse  » et d’Anne Denost.

Éric Maravélias


L’an passé j’étais membre du jury pour la premiére fois et je récidive cette année  avec un petit plus puisqu’est né entre temps mon blog, je viendrai donc dealer les nouvelles anonymes par ici et vous pourrez vous aussi découvrir chaque semaine une nouvelle anonyme inédite;

Le trophée anonym’us récompensera au final après délibérations du jury des Archanges la meilleure d’entre elles. Jury Comprenant pas moins de 40 membres.


Qui dit anonyme dit auteur secret, double détente au programme, lire et chercher l’auteur de la nouvelle,un jeu de piste à travers les mots ,sympa le concept vous verrez.

Ian Manook le  parrain de cette nouvelle saison ouvre le bal des plumes avec un petit discours :

 

Ian Manook

 

 

Ecrire une nouvelle, ce n’est pas faire court, mais c’est faire dense. La densité, l’épaisseur, la matière, c’est la marque de cet exercice. Un exercice d’autant plus difficile que cette densité fait cruellement défaut aujourd’hui. Tout, autour de nous, se complaît dans l’apparence et la superficialité et certains pensent, à tort, que l’art de la nouvelle relève de la même technique de pirouette. C’est faux. Comme est fausse l’idée qu’une nouvelle ne serait qu’un roman avorté. Une nouvelle, au contraire, c’est la cristallisation d’un roman. Une autre façon de l’écrire. Comme une graine qui contient déjà tout ce que peut devenir une fleur ou un arbre. Celui qui méprise la graine au motif que l’arbre est plus grand n’a rien compris. C’est pourquoi j’ai le plus grand respect pour les nouvellistes. Ils sont les purs jardiniers de nos jardins, de nos vergers et de nos champs littéraires. Ils n’ont de comparables que les poètes, trop souvent moqués ou maudits, qui labourent et ensemencent comme eux nos écritures et notre langue. Pas étonnant que ce soit, en plus d’un vrai romancier, un authentique poète, Eric Maravellias, qui soit à l‘origine de ce trophée. Je tiens à lui redire ici toute mon admiration ainsi qu’à tous les participants. Bravo à vous.
Ian Manook

Participeront à cette aventure, les auteur(e)s suivant(e)s :

Team Féminine : (13 Auteures)

– Danielle Thiery – Anouk Langaney – Gaëlle Perrin Guillet – Sandra Martineau – Marie Delabos- Marie Van Moere – Ellen Guillemain – Valérie Allam – Stéph Champlcos-Clémente – Florence Medina -Armelle Carnonel –  Yannick Dubart- Maud Mayeras .

Team Masculine :(15 Auteurs)

Ian Manook (Le Parrain) – Jacques Saussey – Dominique Maison – François Médéline – Ghislain Gilberti – Jérémy Bouquin – Colin Niel – Nils Barellon – Olivier Chapuis – David Charlier – Cicéron Angledroit – Benoit Séviras – Patrick K.Dewdney – Michel Drouard – Lozère Esteban – 

Une belle Team d’auteurs déjà édités et non édités pour cinq d’entre-eux .

Voici la nouvelle d’ouverture  du trophée 2016/2017 « Mauvaise pioche  » de Danü Danquigny qui a remporté l’an passé le trophée avec sa nouvelle  » les aigles endormis »

Vous pouvez la lire en  format pdf cliquez  ici 

 

J’espére vous retrouver très vite pour partager avec vous cette belle aventure .

 

 » le syndrome de la vitre étoilée « 

Le syndrome de la vitre étoilée de Sophie Andriansen chez Fleuve Éditions

Un peu de rangement dans ma pal et hop mon choix est fait. Je découvre une histoire à tiroirs, c’est très commode pour y glisser toutes ses pensées, ses souvenirs. Certains tiroirs bien rangés, d’autres un peu en bordel, normal c’est la commode de la vie, du passé, du présent et du futur. On y fourre tout pèle-mêle et parfois du ménage s’impose. On range, on tri, on jette, on s’accommode.
Elle est belle cette histoire, elle est belle cette commode, elle en a des tiroirs. Un tiroir à secrets, un tiroir à rêves, un tiroir d’amour et un d’amitié, et même un familial, un tiroir plein de raccommodages, un d’espoirs, un tiroir expérimental, un tiroir à questions, un autre à réponses …..Mais allons nous trouver un polichinelle dans un de ces tiroirs?


 » Être épanouie sans être mère, sans avoir d’enfants , réveille presque toujours une agressivité qui ne dit pas franchement son nom. »
Sophie Adriansen, nous offre avec beaucoup d’humour l’histoire de Stéphanie. Un vrai parcours du combattant débute quand elle décide de donner la vie à son tour. C’est pas gagné . À travers tous ces fragments de vies on partage avec elle ses espoirs, ses doutes, ses envies, ses coup de blues, et ses coups de gueule … C’est tantôt amusant et tantôt grinçant.
Un récit bien mené, un personnage attachant, une présentation très originale de cette vie tourmentée comme une boule de flipper et même si l’horloge tourne tout est encore possible .


Sandra Adriansen est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages en littérature générale et jeunesse. Formée au scénario à la Fémis, elle se consacre désormais entièrement à l’écriture après une première vie dans laquelle les chiffres primaient sur les lettres .

 
Merci le Fleuve éditions pour ce sympathique moment de lecture.