» Par amour « 

Par amour de Valérie Tong Cuong aux Éditions JC Lattès

 » Il n’y avait plus d’endroit où d’envers, de tort ou de raison, de bon ou de mauvais côté : tout cela venait de disparaître dans le fracas de la défaite. Désormais, il y aurait seulement la vie et la mort.  » 

 Juin 1940, réveil brutal et douleureux pour les habitants du Havre. La seconde guerre mondiale est en marche. La Vie des gens ordinaires va devenir un combat de chaque instant. 

 » La guerre était une immense vague qui nous portait de creux en crêtes, gare à ceux qui quittaient l’écume, ils seraient envoyés par le fond. « 


À travers ce roman choral, Valérie nous offre une magnifique fresque familiale. La guerre est là, mais ici il n’est pas question de barbarie, ici on parle d’amour, d’espoir, de courage, parfois de chagrin mais aussi de pardon. 

 » – N’aie pas honte, a-t’elle chuchoté, fébrile, n’aie pas honte de vouloir vivre, de chercher à protéger ceux que tu aimes, personne d’autre ne le fera à ta place.  » 

 Ce roman nous transporte en plein coeur de l’intimité de cette famille, de ces deux sœurs Muguette et Émilie. Tout  l’amour qu’elles se portent l’une et l’autre les aidera à tenir malgré les obstacles et les séparations qu’on leur impose. 

«  J’ignorais qu’il faut traverser ce genre d’événement tragique – la perte de ce que l’on a de plus précieux au monde -, pour mesurer ce que le corps et l’âme ressentent, ce trou indescriptible au milieu de soi-même. J’ignorais que lorsque cela arrive, Il ne reste plus qu’à constater combien les efforts pour s’y préparer ont été inutiles. » 


Du Havre en passant par l’Algérie nous découvrirons des secrets d’Histoire, longtemps cachés, peu connus, révèlés sous la plume délicate et sensible de Valérie Tong Cuong après un immense travail de recherche long et épineux qui donne une émotion supplémentaire au roman déjà bouleversant. 

Un récit fort, touchant d’où se dégage de multiples sentiments auprès de tous ces personnages fort attachants. 

 » Certaines choses surviennent dans un ordre que l’on avait pas prévu, voilà tout. »

 Une plume que je ne cesse d’apprécier à chacune de mes lectures depuis  » l’atelier des miracles » 

Par amour, un véritable cri du coeur, un récit en hommage aux hommes et aux femmes qui ont connus les souffrances de la guerre. Aux enfants qui ont dû vivre séparer des leurs. Une page d’Histoire de toutes ces vies héroïques qui survivront Par amour

 » Par amour, n’importe quel être humain peut se surpasser. On tient debout pour l’autre plus encore que pour soi-même. » 



Un gros coup de cœur pour un Grand roman. 

Valérie Tong Cuong est née en 1964. Elle a étudié la littérature et les sciences politiques, puis passé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Ses livres sont traduits dans dix-huit langues.

De 1997 à 2009, elle a chanté et écrit pour Quark, un groupe pop-rock indépendant dont le premier album a été sélectionné par El Païs comme l’un des meilleurs albums de l’année. Le quatrième album du groupe, ECHO, est sorti en novembre 2010. 

Je remercie Valérie pour sa délicate attention. 


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 » Tonton et ses chinoiseries « 

Tonton et ses chinoiseries de Samuel Sutra aux éditions Flamant Noir 



« – De ce que je sais, il est question d’enlèvement, de torture, de meurtre et de retorture derriere, histoire d’être carrés dans le déroulement. Mais Il t’en dira plus tout à l’heure. » 

La bande de canailles est convoquée au complet chez Tonton, le grand patron. Une nouvelle affaire de truande serait au menu du jour. 



 » Tonton un escroc de première connu de tous les fichiers de police. « 

Né dans une famille d’escroc son destin était déjà tout tracé. Il a de sacrés références le Taulier et il sait s’entourer pour mener à bien ses plans. Sa fine équipe, une fois réunie déchire un max. Une bande fidèle et prête à tout pour Tonton un brin mégalo. 

 » Je suis un truand snob. J’ai plusieurs Van Gogh, mais je ne les regarde jamais » 

Cette fois ils se préparent à réaliser le  » Coup du siècle  » , un coup qui pourrait bien les faire entrer dans la légende. À condition de ne pas se faire pincer par la flicaille. 



 » Un coup qui réussit, on en profite quelques mois. Alors qu’un coup qui foire comme il faut, en cabane, on peut en profiter pendant vingt ans ! « 

Alors attention, faudra assurer et pas se faire serrer. Mais on peut compter sur «  Le pire du milieu « 


À travers cette nouvelle édition du premier Tonton de Samuel Sutra, j’ai retrouvé avec plaisir cette bande de truands pour une troisième aventure pour ma part. Aussi réussi que les suivants même si je l’ai trouvé plus soft, normal c’était les débuts. Et les suivants confirment le talent indéniable de l’auteur pour nous embarquer à chaque fois dans un suspens hors du commun, bourré d’humour avec une gouaille pleine d’esprit, de subtilité qui font de ses romans des moments de lecture savoureux avec les zygomatiques au maximum.

Une ambiance très visuelle, cinématographique qui n’est pas sans rappeler Audiard et Lautner. 

Un aperçu par Ici pour découvrir d’autres exploits de Tonton et sa bande. 

Une chose est certaine, tant qu’ils ne seront pas à l’ombre, derrière les verrous, je continuerai à suivre ces gangsters légendaires. Alors souhaitons longue vie à ces bandits de grand chemin et à leur créateur. Et je ne serais pas contre une Nana dans l’équipe, même si Gérard trouve à redire : 

 » Monter un coup avec une femme, c’est courir le risque de devoir débattre sur la couleur des flingues. « 

Grand plaisir de lecture garantie.


Samuel Sutra se distingue par sa façon de maîtriser avec autant de talent la légèreté et le loufoque que le style le plus noir et profond. 

Un œil sur la Voie Lactée et les mains sur sa feuille blanche, Il écrivit son premier Tonton avec pour seul désir de laisser une trace de lui à ses enfants. Quelques années plus tard, sa modeste ambition révèle un immense talent. Son écriture à la fois jubilatoire et sensible, ses répliques brillantes, produisent un univers et des textes uniques.

Tonton, un personnage haut en couleur, grâce auquel l’auteur s’est fait connaître au travers de cette série, est un bandit comme on n’en fait plus : gouailleur, malin, viril…

Sa plume  » noire « , dévoilée dans deux de ses ouvrages, montre qu’il sait parfaitement sortir de l’écriture burlesque et produire également avec génie des textes très différents. 

Il est aujourd’hui l’auteur de 9 romans. 


Je remercie Nathalie des Éditions Flamant Noir pour cette truculente lecture.


 » La part des nuages  » 

La part des nuages de Thomas Vinau aux Éditions 10/18



 » les livres sont des magiciens qui peuvent faire disparaître les montres. « 


Voici l’histoire de Joseph, un homme de 37 ans qui va comme le monde, autant que faire se peut. Il avance dans sa vie, un jour après l’autre dans la limite de ses possibilités . Il est papa d’un petit garçon, Noé. Sa femme s’est fait la malle et c’est son tour de s’occuper de leur fils. Un moment que Joseph appréhende, son fils étant en quelque sorte sa bouée qui l’empêche de couler. En attendant son retour, il va se réfugier dans le cerisier et retrouver son âme d’enfant. La tête dans les nuages il va réapprendre à ranimer ses rêves. 



 » Il en Faut peu pour se sentir libre. Il y a des instants, des éclats, qui vous sauvent en un quart de seconde de la putréfaction spontanée. Allumer un feu. Atteindre le sommet d’une colline. Libérer un cerf-volant. Les dernières minutes d’un marathon. Le fruit cueilli en haut de l’arbre. La première clope. Toucher la main de celle qui. Une fuite effrénée dans les rues. Sécher les cours. Tenir tête a un gros bras. Esquiver la police. Galoper. Atteindre en apnée l’autre bout de la piscine. Frauder. Résister. Arriver en haut de l’arbre. L’aube après une nuit blanche. Pisser dans un jardin. Appuyer sur l’accélérateur en laissant dans son dos les lumières de la ville. Danser avec une fille. Lever le poing dans une manifestation. Sauter du pont de la rivière. Surprendre une bête sauvage. Explorer une maison abandonnée. Se perdre, drogué, dans la nuit. Marcher sur les mains. Aimer quelqu’un. Il en faut peu parfois pour se sentir libre.  » 


Se poser, fermer les yeux, penser à tout ce qui nous fait du bien et libérer la pression qui nous oppresse. C’est la sensation qui nous gagne en parcourant les pages de ce récit aérien . Une belle leçon de vie qui nous rappelle qu’il est essentiel d’apprécier les choses simples, les petits moments qui font les grands bonheurs et le plus important : qu’il ne faut jamais quitter notre âme d’enfant. Grandir mais pas trop. Aimer souvent. Rêver tout le temps…



 » Ce livre est une fenêtre qui pousse dans les terrains vagues, une petite fenêtre sauvage et mal peignée … »

Un moment de lecture fortement agréable. Une pause poétique en toute simplicité  qui transperce le cœur. Des mots pour guérir les maux, des rêves pour s’envoler toujours plus haut vers le bonheur.

Un roman qui fait du bien.

Amateur de mots-miettes, de mots-poussières et de poèmes-allumettes, Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse. Auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de poèmes, il publie en 2011 son premier roman, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux , aux éditions Talma. Un road-movie d’inspiration autobiographique, à « l’écriture pudique et organique », qui fait le tour des blogs littéraires et fait sortir le jeune auteur de son microcosme littéraire. Influencé par les poètes américains (Richard Brautigan), et militant du minuscule, Thomas Vinau signe en 2012 un Bric à brac hopperien , portrait du peintre américain Edward Hopper « réalisé à partir de listes, de notes et de chutes autobiographiques » (Ed.Talma.).

Thomas Vinau vit aujourd’hui près du Lubéron, plante des radis et taille des lilas, écoute les insectes grouillants qui organisent le monde, non loin des chauve-souris qui s’endorment, la tête au pied des mots…



Bibliographie sélective :
2008: Le Trou , Editions du Cygne
2009: Hopper City , Nuit Myrtide.2010: Tenir tête à l’orage 2011: Nos cheveux blanchiront avec nos yeux , Alma-

2012: Les derniers seront les derniers , Le Pédalo Ivre.

2012: Ici ça va , Alma

2012: Bric à brac hopperien , Alma.

 » Trouble « 

Trouble de Stéphanie De Mecquenem aux Éditions Lajouanie


 » Puis, les volatiles se turent. Victoire se figea. Avaient-ils senti le danger? Les poils de ses bras se hérissèrent et un filet de sueur perla sur sa nuque. Prise de panique, elle se mit à courir le plus vite possible vers le sommet de la montagne. Les fougères lui cinglaient le visage, mais elle n’avait qu’un but : atteindre la clairière là-haut. Ses cuisses étaient en feu, elle avait l’impression de courir depuis des heures quand, enfin, les arbres semblèrent s’écarter sur son passage. Victoire ressentit un soulagement indéfinissable. Elle se retourna, prête à en découdre, mais personne n’apparut derrière elle. « 

 


Sur un campus universitaire de Montréal, de jeunes étudiantes se suicident. Ça plombe un peu l’ambiance et ça commence sérieusement à inquiéter la Coroner Tiphaine Dumont fraichement nommée à ce poste. Deux hommes vont se joindre à elle pour son enquête, Sir Jeffrey son logeur, un retraité Anglais bourré d’humour et le procureur qui insidieusement lui a tapé dans l’œil.

 

Ce trio on ne peut plus hétéroclite va mettre à jour un réseau de cybercriminalité qui aurait déclenché cette vague de décès.

Mais au final s’agit-il de meurtre ou de suicide ?


 

 » Aucun son ne sort de ma bouche. Pourtant, je hurle du plus fort que je peux. Pourquoi est-ce que je n’entends rien ? Pourquoi est-ce qu’ils continuent? 

      Ils voient bien que quelque chose cloche. Mes bras pèsent une tonne. Je ne parviens pas à les repousser. Je veux qu’ils me laissent tranquille et pourtant je reste là, les bras ballants, et ils me retournent comme une crêpe. Mais qu’est-ce qui m’arrive ?  Pourquoi est-ce que je me sens si mal ? C’est la première fois que j’ai l’impression d’être dissociée de mon corps. Quelque chose s’insère en moi. Je hurle de plus belle, mais je n’entends toujours aucun son sortir de ma bouche. « 

What is the question ?


À travers ce  roman à suspense aussi exaltant que troublant, Stéphanie De Mecquenem s’attaque à un sujet d’actualité qui commence à faire des ravages, tout particulièrement chez les jeunes adolescents vulnérables : Le harcélement par internet. La cybercriminalité, nouvelle arme absolument destructrice, qui peut mettre en danger tous les foyers.

Avec délicatesse elle campe son histoire et séme le  » Trouble  »  avec des personnages forts attachants que j’ai découvert pour la première fois sans être pour autant perturbée dans ma lecture.

Un sujet sensible, inquiétant qui nous concerne tous, absolument bien traité dans ce récit, inspiré d’une histoire vraie qui l’a particulièrement touchée.

Une ambiance  » So British  » dans la lignée d’Agatha Christie une des premières reine du crime.

Un polar bien documenté qui révèle un important travail en aval afin de nous offrir cette intrigue crédible, réaliste, et absolument bien construite .

Une belle plume, captivante qui éveille l’envie de se pencher sur ces précédents romans.

Roman policier mais pas que … c’est cela et bien plus encore.

Une bien belle découverte.

Stéphanie De Mecquenem
Stéphanie de Mecquenem a vécu une dizaine d’années en Amérique du nord où elle était avocate. Depuis son retour en France elle se consacre à l’écriture.  Elle a publié deux romans, Mauvais sang et Le Silence des Cris et de nombreuses nouvelles. Elle vit aujourd’hui à Paris.

Je remercie les Éditions Lajouanie pour cette belle enquête « so british » made in France.

 

 

 

 

 

 » Le rêve de Ryôsuke « 

Le rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa aux Éditions Albin Michel 


 » Sous un ciel hésitant entre le bleu pâle et le gris s’étendaient à perte de vue les flots à la crête blanche. De cette immensité liquide, infinie, émergeait un relief abrupt. 

          Ce qu’il avait sous les yeux était à des lieues de l’image qu’il s’était faite d’Aburi. Les pentes étaient trop escarpées, les arêtes trop vives. Des pitons rocheux pointaient çà et là, rivalisant vers le sommet qui les surplombait. En dépit de la verdure qui s’y accrochait, la moitié des parois restait à nu. La falaise tombait à pic jusqu’aux brisants fouettés par les vagues. 

         Cette île, était-ce vraiment leur destination ? « 


Quand Ryôsuke aperçoit l’île, il n’est pas au bout de ses surprises. En plus de ne pas être à première vue paradisiaque, il va vite s’apercevoir qu’elle est aussi, peu accueillante . Il débarque avec ses rêves, ses secrets tout comme Tachikawa et Kaoru, les deux autres saisonniers qui ont voyagé avec lui.

 » Les villageois étaient loin de former un bloc uniforme. Chacun avait sa personnalité. Certains venaient asticoter Ryôsuke et Tachikawa, tandis que d’autres s’interposaient. Il y avait des bavards et des taiseux. Quelques-uns étaient avenants, comme Toshio qui approchait dès qu’on croisait son regard, d’autres paraissaient garder leurs distances avec le groupe. « 


Malgré tout ils vont mener à bien ce pour quoi ils ont été embauché, tout en s’attachant à cette île malgré les difficultés rencontrées chaque jour. Une véritble amitié va naitre entre eux et chacun va s’employer à aider l’autre au mieux. Car ils sont chacun à la recherche de leur voie.

Cette île est réputée pour ces chèvres sauvages qui vont peut-être permettre à Ryôsuke de réaliser son rêve s’il arrive à faire face aux coutumes des habitants de l’île.

 » C’est l’île aux mystères. »



Après avoir été conquise par le premier roman de Durian Sukegawa : Les Délices de Tokyo ( Pour la chronique, clique ici ), j’étais impatiente de découvrir ce nouveau roman. Une fois encore, l’écriture est pleine de charme, avec des personnages attachants qui se reconstruisent après des drames personnels et avancent jour après jour vers une vie meilleure en acceptant même parfois les échecs.

Une histoire émouvante où le monde animal ajoute une part de tendresse au rêve de Ryôsuke, tout comme l’amitié. Une belle histoire, un beau roman divinement bien conté.

Durian Sukegawa a un don pour nous toucher, nous bouleverser, nous charmer. Son écriture délicate, poétique, s’impose avec douceur dans la littérature japonaise.

Un roman qui réveille nos rêves enfouis et nous donne envie de nous surpasser pour les réaliser.

Et vous jusqu’où iriez- vous pour réaliser vos rêves ?

Durian Sukegawa, nom de plume de Tetsuya Sukekawa, est un romancier et poète japonais. Homme atypique, diplômé de philosophie, musicien et artiste de rue, il a de nombreuses fois défrayé la chronique, notamment avec son groupe l’Association des poètes qui hurlent – groupe de punk rock déclamant de la poésie contemporaine – ou une émission de radio prisée des jeunes qui trouvent en lui un interlocuteur à qui se confier.

 » Les marches de l’Amérique « 

Les marches de l’Amérique de Lance Weller aux Éditions Gallmeister 



 » – Quand tu as derrière toi autant d’années que moi j’en ai, tu te mets à penser à tous les pas que tu as fait pour arriver là où tu te trouves, et tu te mets à penser à tous les pas qui te restent à faire. Et tu t’aperçois que le premier nombre ne cesse d’augmenter tandis que le second ne cesse de diminuer. Il s’amenuise. Tu te dis que si tu veux retourner dans un endroit que tu as bien aimé à une certaine époque, eh bien, tu ferais peut-être mieux de te mettre en route avant de tomber à court de pas. C’est comme ça qu’ils pensent, les vieux, et c’est pour ça que je me retrouve ici, dans ce désert.  » 


Alors Il est temps de se mettre en route pour cette longue marche de l’Amérique en compagnie de Tom, Pigsmeat et Flora. 

À leur toute première rencontre, Tom avait 8 ans et Pigsmeat 10 ans, mais ce ne fût pas ce jour-là qu’ils devinrent inséparables. Chacun fera un bout de route seul avant. 

 » – Écoute. Tu n’en es qu’au début de ton voyage. Et de l’autre côté de cette rivière, il y a des choses à voir que tu ne trouveras nulle part ailleurs que là où elles sont. Des paysages et des ciels si beaux que tu en auras des douleurs dans les dents. Mais tu rencontreras le mal aussi. Le mal en abondance. Alors Il va falloir que tu sois équipé. « 



Tom quitta la maison familiale au alentour de ses 16 ans, chargé de haine contre ce père qui ne fit que le maltraiter, laissant sa mère seule…

 » Il avait en lui quelque-chose de rentré, inaccessible et douloureux – ses poings palpitaient au bout de ses poignets et sa mâchoire s’agitait comme s’il refermait en lui une sorte de violence, dont il ne savait que faire. » 

Une violence qui ne le quittera plus, qui enlèvera des vies, mais en sauvera aussi pendant sa longue marche..

Flora, une jeune mulâtre, esclave d’un homme riche, subira son sort enfermée pendant plusieurs années. Son maître fera d’elle une esclave sexuelle. Jusqu’au jour où elle croisera la route de Tom et Pigsmeat, nos deux compères enfin réunis et finira par se joindre à eux. 

« Comme il a été dit, Tom et Pigsmeat avaient connu ensemble des années de difficultés et de misère. Ils avaient essayé le banditisme, mais ni l’un ni l’autre n’avait le cœur assez dur pour se comporter de manière aussi vile et, poussés par leur mauvaise conscience ils avaient rendu ou donné tout ce qu’ils avaient gagné. « 


Sur un chariot, ils poursuivent ensemble leur route. Tom Et Pigsmeat escortent Flora qui a décidé de ramener à son ancien maître, le corps de son fils unique. Ils avancent jour après jour au milieu de la violence dans un monde en pleine construction. 

 » – Si ce n’est pas les États-Unis, c’est quoi ? demanda Flora …

– Rien. C’est nulle part, je crois bien…

Tom prit alors la parole et leur dit que ce n’était encore rien d’autre que des marches frontières, rien d’autre qu’un territoire sauvage situé entre deux pays, où les hommes pouvaient aller mais où la loi ne les suivait pas. Il leur dit que c’était par le fer, le feu et le sang, qu’on ferait de ce pays autre chose que des marches sauvages,mais qu’on pouvait compter sur les hommes pour cela , parce que c’était ce qu’il faisait toujours : partout où ils allaient, les hommes apportaient avec eux le fer, le feu et le sang. »

L’Amérique est en marche…

Lance Weller à travers une écriture lyrique nous brosse un portrait de la naissance de l’Amérique parsemé de combats violents pour s’approprier les territoires des indiens. Une fresque monumentale sur le destin de ces hommes et de ces femmes qui pas après pas construire l’Amérique au milieu de la barbarie.

Une lecture délicieuse autant que douloureuse. Un Grand roman chargé d’Histoire, de blessures enfouies et de souvenirs aussi tristes soient-ils.

Un Grand auteur, une Plume sublime, l’Histoire peinte avec des mots.

Lance Weller

Lance Weller est né en 1965. Son premier roman, Wilderness, a été nominé pour plusieurs prix littéraires dont le prix Médicis étranger en France en 2013. Publié également aux Éditions Gallmeister. Il vit à Gig Harbor, dans l’État de Washington, avec sa femme et des chiens. 




Je remercie Marie et les Éditions Gallmeister pour cette toile livresque absolument magnifique.


 » Les filles de Roanoke « 

Les filles de Roanoke d‘Amy Engel aux  Éditions Autrement.



 » Rentrée à Roanoke, je sombre dans le sommeil, mes pensées noires et embrouillées. Je rêve des filles de Roanoke, perdues ou brisées. Regards fixes Et corps fracassés. Jane. Sophia. Penelope. Eleanor. Camilla. Emmeline. Allegra. Elles m’appellent, me supplient de les aider. Je les cherche, les cherche tant et plus, sans jamais en trouver une. »



Lane est de retour au Kansas aprés une longue abscence. Elle est elle aussi une fille de Roanoke. Sa cousine a disparu et c’est pour la retrouver qu’elle est revenue dans cette maison qu’elle a fui. Elle y vivait avec ses grands- parents et sa cousine depuis le décès de sa mère.

 » Revoir Roanoke me plonge dans une angoisse familière, suivie d’une montée d’adrénaline. Alors que ma tête sait que cet endroit m’est néfaste, mon cœur idiot et traitre fredonne ‘Maison’ « 


Mais derrière cette facade, dans ce domaine familial se cache une histoire sordide, un secret de famille absolument monstrueux qui s’est poursui de génération en génération.

 » Car derrière les secrets à l’exécrable vérité, sous la honte et la colère qui battent comme un cœur, perdure une forme d’amour abjecte.  » 


Lane est prète à tout, même si remuer le passé pour mettre à jour la vérité en blessera plus d’un au passage.

 » Si je comprend bien, les faits ne posent pas de problème, mais il ne faut surtout pas en parler, c’est là que ça devient gênant. « 


Entre passé et présent nous faisons connaissance avec cette famille riche qui semble mener une vie si douce. Mais ne jamais se fier aux apparences, derrière les plus beaux regards se cachent souvent des monstres de la pire espèce.

Toutes les filles de la lignée connaissent un destin tragique. Ici  » Soit nous fuyons, soit nous mourons. » 




Amy Angel aborde à travers ce roman noir le sujet tabou de l’inceste dont on ne doit pas parler par crainte ou par pudeur mais qui détruit à petit feu chaque être qui le subit comme un poison sournois. Une plume talentueuse qui m’a fait penser aux romans contemporains de Joyce Carol Oates. Un roman magnifiquement construit qui distille petit à petit les secrets qu’il renferme. Une histoire angoissante, révoltante où l’empathie nous gagne page aprés page pour toutes ces filles que nous ne sommes pas prêtes d’oublier.
Les filles de Roanoke, une histoire aussi captivante que bouleversante, une plume à suivre absolument. Un formidable roman noir, un gros coup de cœur.

Amy Engel


Amy Engel a passé son enfance dans divers pays du monde (Iran, Taïwan) et vécu un peu partout aux États-Unis, de la Californie à Washington D.C.
Avant de se consacrer à plein temps à l’écriture, elle a exercé le métier d’avocate.
The Book of Ivy (2014)  est son premier roman.
Elle vit à Kansas City en Missouri avec son mari et ses deux enfants.



Les filles de Roanoke a fait l’objet d’enchères en France et aux États-Unis, où il est sorti en mars 2017 en Lead title chez Hodder publishing.

Ce roman a été traduit de l’anglais par Mireille Vignol.


Je remercie Corinne et les Éditions Autrement pour cette lecture fascinante et troublante.  

 

 

 » le camp « 

Le camp de Christophe Nicolas aux Éditions Pocket 

 

 » Le corp est entièrement nu, à part un anneau métallique autour de son cou. le corps est celui d’un jeune adulte cachectique…

– il a des tiges qui s’enfoncent dans le cou, sur le coté … et une plus grosse qui semble fichée dans la colonne vertébrale.  » 


Un homme est retrouvé mort, dans un drôle d’état, pas loin d’un camp militaire. Il y a de quoi se poser des questions.

Six ans plus tard, du jour au lendemain tous les habitants du même village disparaissent. Marie devait y retrouver Cyril parti pour aider Flora à déménager. Elle se retrouve inconsolable suite à cette étrange  disparition.

 » Durant cet instant, Marie perdit tout contact avec la réalité. Plus rien de ce qui l’entourait n’avait de sens. Elle ne comprenait plus où elle était, ce qu’elle faisait là, à quelle comédie elle se prêtait. Elle avait perdu tous ses repères, tout avait disparu…

Ce qui se passait ici n’était pas normal. Non ce n’était pas convenable. Alors, Marie sut qu’elle devait agir, sans penser aux conséquences. Elle avait cru qu’elle n’avait rien à perdre ( ma vie ? la belle affaire) mais elle s’était trompée. Sauver le beau, sauver le bon, pour se sauver soi-même. Agir au nom de l’humanité et faire ce qui était juste.  » 


De son coté, Cyril vit une expérience insolite avec ceux que l’on appelle désormais  » Les disparus de la Draille » 

 » La sensation d’être mort à l’intérieur, mais un mort en colère.  » 

Cyril  tout comme Marie n’aura de cesse de retrouver son âme sœur.

Ils vont vivre séparément un véritable enfer. Quelques jours pour l’un , des mois pour l’autre.



 » Le monde avait changé ; les règles n’étaient plus les mêmes. »

L’armée semble être derrière tout ça. Le camp, sous ses airs de  base militaire, cacherait-il une base expérimentale ?


 » Parce que la guerre, ce n’est pas beau à voir. Il y aura des morts. Et les gens crèvent rarement en silence. « 


Quand du jour au lendemain tout s’écroule, le monde tel qu’on le connaît a disparu, même l’électricité s’est éteinte. La civilisation se retrouve en danger soumise aux nouvelles règles qu’on lui impose sous peine de mort si on ne s’y plie pas. Y’a de quoi flipper et se révolter. Digne d’un des plus grands épisodes d’X Files. Mulder aurait adoré, rappelez-vous : – la vérité est ailleurs…

 » La vérité est invisible… 

Le foisonnement des théories contradictoires est la meilleure chance de dissimuler la vérité. »  


Christophe Nicolas nous livre un récit sous haute tension malgré la coupure de courant qui perturbe les terriens.

Dans ce Thriller Noir post-apocalyptique nous allons découvrir un camp où se cache une horreur indicible.  Un véritable cauchemar qui sépare ceux qui s’aiment et réveille la lâcheté de certains. Absolument terrifiant.

Moi qui ne suis pas Fan de SF, sauf quelques exceptions comme la trilogie SILO d’Hugh Howey, je me suis régalée grâce au talent d’écriture de Christophe Nicolas. J’avoue que si je n’avais pas lu son dernier roman  » CHUTE  » ( ma chronique ici) je serais passée à côté de celui-ci.

Alors vous aussi, foncez et preparez- vous à vivre un moment où se mêlent l’angoisse et l’espoir avec brio. Une réussite totale.


Christophe Nicolas publie sa première nouvelle en 2001 dans le premier numéro de l’anthologie périodique Emblèmes, aux éditions de l’Oxymore. L’éditeur lui confie la direction du seizième numéro de la série, sous-titré Cinq Sens annoncé pour octobre 2005, puis décalé, et qui ne verra finalement pas le jour à la suite de la fermeture définitive de la maison d’édition.
Guitariste, il participe en 2006 à la création de Darwin Errata, un collectif « rock et humaniste » qui donnera des concerts en France et à Barcelone jusqu’en 2009.
Il est également auteur de romans : Un autre,  un thriller fantastique paru en 2010, et Projet Harmonie en 2012, au sujet duquel Ayerdhal écrit sur la quatrième de couverture : « Au fil de pages qui se tournent toutes seules, ce Projet Harmonie marie avec aisance le thriller et un thème d’anticipation que n’aurait pas renié Philip K. Dick ».

Projet Harmonie a été sélectionné pour le prix révélation adulte 2013 des Futuriales et pour le prix Imaginales des lycéens 2014.
Le camp paraît en 2016 aux éditions Fleuve.
Puis Chute en 2017.
Ses romans sont repris en poche chez Pocket.

 » Les rumeurs du Mississippi « 

Les rumeurs du Mississippi de Louise Caron aux Éditions Aux forges de vulcain



 » On m’a privée de la vérité au profit d’une fausse sérénité…

J’ai décidé de me battre avec des mots, non pas clandestinement sur des tracts comme l’avait fait mon père, Mais à la une des journaux. « 


Sara Kaplan est journaliste au New-York Times. Un jour, elle reçoit une lettre confession d’un homme qui s’accuse d’un crime pour lequel un autre homme, Chayton Cardello, est sur le point d’être exécuté.

 » Dans la soirée du 4 juillet 2008, j’ai étranglé une fille à l’odeur épicée, aux yeux comme des trous noirs, près du lac à quelques miles de notre ranch. Quand le shérif adjoint s’est pointé chez nous le lendemain, ma mère l’a embobiné d’un mot, d’un regard, d’un sanglot. Du coup il m’a laissé tranquille. »


Cet homme qui s’accuse s’appelle Niko Barnes, un vétéran de la guerre d’Irak. Il se considère comme un homme SANS: sans diplôme, sans fortune, sans femme, sans amis, sans le moindre espoir que ça s’arrange. 

Sara Kaplan se met en devoir de lever le voile sur ce mystérieux coupable et part enquêter, là où a eut lieu l’assassinat. Elle va y mener un véritable travail d’investigation. Cette affaire lui tient à cœur, son père était lui aussi vétéran de guerre. Il a longtemps souffert de symptôme Post- traumatique avant que cela finisse en tragédie.



 » On devrait pouvoir se dépouiller de sa mémoire sans traîner des chagrins qui vous entravent. »

Elle recueille un bon nombre de témoignages et pas mal de confidences, les langues se délient. L’affaire Barnes / Cardello ranime les souvenirs, chacun règle ses comptes avec le passé. Même Sara Kaplan tente de régler les siens.



 » À la suite, j’avais noté Et souligné : Sara arrête de vouloir régler tes comptes avec l’armée. »

Cette affaire réveille sa colère contre l’armée américaine. Son acharnement ne plaira pas à tout le monde, mais sa détermination n’aura pas de limite.



 » J’avais de nouveau rendez-vous avec le manque. J’apprenais à apprivoiser la douleur. Tapie dans mon corps, elle me minait. À cela s’ajoutait l’incertitude de l’avenir. « 

Louise Caron nous offre bien plus qu’un roman. À travers cette histoire, ce portrait de femme battante, elle nous livre une réflexion sur les dégats de la guerre sur l’homme, ses traumatismes. Véritable sujet tabou aux états-Unis où le nombre de suicides chez les vétérans de guerre ne cesse d’augmenter. Une vraie épidémie, qui fait plus de morts que la guerre elle-même. L’auteur  pose également un regard réaliste et poignant sur un coin de l’ Amérique profonde.

Des phrases percutantes, un style brillant, éloquent, plaisant et ce n’est pas quelques petites imperfections qui enlèveront sa qualité au récit.

Quand les mots vous parlent, quand les mots vous touchent, au point de ne pas quitter le roman avant la fin, même quand les émotions se libèrent et vous brouillent la vue.

Belle couv’, belle plume, beau style, une histoire qui respire l’authenticité, un très beau et grand moment de lecture.


Louise Caron est Docteur en neurobiologie et en biochimie, comédienne, metteur en scène, auteure.
Elle entame, en 1983, une formation de comédienne au théâtre-école de Montreuil.
En 2007, elle quitte Paris pour les Cévennes. Depuis, elle consacre son temps à l’écriture et au théâtre.
Son premier roman, « Se départir », est paru en 2012. Sa pièce « Comme un parfum d’épices dans les odeurs de menthe », lauréate du prix d’écriture théâtrale « NIACA » en 2012, a été publiée en septembre 2014.
En 2015, elle publie « Chronique des Jours de cendre » puis en 2017, « Les murmures du Mississippi ».


Une auteure à suivre.

Je remercie David des Éditions aux forges de Vulcain pour cette lecture vibrante.