Vera

 Vera de Karl Geary aux Éditions Rivages 

Traduit de l’anglais ( Irlande ) par Céline Leroy




 » Elle leva la tête et sans vouloir être effronté, tu t’autorisas à la regarder.

  Elle n’était pas du tout vieille, pas comme tu l’avais imaginé – cela te surprit – mais elle n’était pas jeune non plus. Elle était belle.  » 

 Sonny, un jeune irlandais de seize ans ne s’attendait pas à faire une telle rencontre en donnant un coup de main à son père. Un seul regard suffit pour qu’il tombe amoureux. 

 » Tu rêvais d’être le héros qui la sauverait , même avec tout ce que tu ignorais d’elle.  » 

Elle vit dans les beaux quartiers de Dublin. Une femme chic, pleine de charme, comme son prénom Vera. Sonny qui tente d’échapper à son destin sans horizon rêve de partager l’univers de Vera. 

 » Tu menais une vie ordinaire et sans envergure tu le savais très bien. 


Malgré le peu d’éloquence dont elle faisait preuve, Sonny est sous le charme. 

 » Tu n’avais jamais compris comment faisait les gens qui te disaient tout un tas de choses sans ouvrir la bouche.  » 

En dépit de tout ce qui les sépare, ils vont vivre une passion vertigineuse, intense, ravageuse, fascinante, splendide…




 » Tout en elle était triste surtout quand elle souriait.  » 

À travers ce magnifique premier roman, l’auteur nous offre une œuvre sensible, touchante , à fleur de peau. Une histoire émotionnellement très forte avec un pouvoir de séduction extraordinaire. Une plume qui nous transporte aussi intensément que cette belle histoire d’amour interdit par la morale. 

Des mots qui touchent, électrisent, bouleversent, jusqu’à vous faire chavirer. 

Un roman aussi séduisant que la beauté de Vera sous le regard de Sonny. 

 » Vera et toi, à la dérive, ni absents ni présents.  » 

À souligner également le magnifique travail de la traductrice, Celine Leroy qui a réussi à faire passer l’état de grâce qui habite ce roman. 

Une lecture qui m’a captivée, une histoire qui m’a envoûtée et une plume qui m’a conquise. Pour un premier roman c’est remarquable. 

«  Nous sommes des serre- livres, toi et moi, tu vois ce que je veux dire ? Ton esprit se projette, il va de l’avant, tu penses à l’avenir. Moi, je pense au passé, je pense… »

Coup de cœur de rentrée littéraire. 


 

Karl Geary est nè à Dublin en 1972. Très jeune Il quitte l’Irlande pour l’Amerique. Repéré par un agent, Il devient acteur, jouant dans de nombreux films et séries. Aujourd’hui scénariste, il vit entre Brooklyn et l’Écosse. Publié il y a quelques mois au Royaume-Uni, Vera, son premier roman, a été un triomphe. Le livre est en cours de traduction dans une dizaine de pays. 

Je remercie les Éditions Rivages pour cette lecture aussi sublime qu’inoubliable. 


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 » Afin que rien ne change  » 

Afin que rien ne change de Renaud Cerqueux aux Éditions Le Dilettante 


 » J’estimais les dimensions de ma prison à sept mètres de large sur un peu plus de long et trois mètres sous plafond. Environ cent quarante-sept mètres cubes. Cinquante mètres carrés. Une cave ou un bunker enfoui sous le terrain d’un cinglé se préparant à l’apocalypse. De quoi aménager un souple de rêve pour une petite famille parisienne. ( …) 

Je pouvais être n’importe où sur terre.  » 




Emmanuel Wynne, la quatrième fortune de France a été enlevé par un mec déguisé en Roswell. Il se retrouve nu et enchaîné dans une pièce sombre, froide et insalubre. Privé de sa liberté et de sa dignité, son calvaire commence 

«  Son intention était claire. Il voulait me briser. Exploiter le froid, la fatigue, la faim, pour faire de moi son chien.  » 

Cet enlèvement est on ne peut plus étrange, pas de demande de rançon malgré la fortune du kidnappé. Le ravisseur évoque « une expérience ». Une petite plongée bien loin des paradis fiscaux mais proche de l’enfer, juste une année …

 » À chaque nouvelle conjecture, je sombrais un peu plus dans la folie. » 


 » Une expérience  » que je vous invite à découvrir car je suis sûre que vous en rêvez tous. Pas d’être enfermé et privé vous aussi de votre liberté et de votre confort, mais de laisser votre place aux grosses fortunes pour qu’elles comprennent enfin comme c’est indécent de nous balancer à la face leurs salaires monstrueux. Comment c’est de bosser 10 h par jour pour un salaire de misère, leur faire connaître le dur labeur des salariés exploités et malmenés. Les priver de leur confort et tous leurs avantages ne serait-ce qu’une semaine. Oui, mettre en marche la révolte de la classe moyenne. 

À travers ce roman noir cynique, on découvre une véritable satyre sociale, une vision absurde et caustique de l’entreprise. Une plume féroce, admirable, réaliste, sans concession. Une fable moderne du monde actuel, qui fera grincer les dents longues et fantasmer les petites gens. Si seulement cela était possible de réveiller les consciences afin que justement tout change. 



Afin que rien ne change, une plume grinçante, un scénario inventif, un récit qui sonne vrai et m’a captivé jusqu’au final. 

Une très belle découverte de la rentrée littéraire. 


Romain Cerqueux est né en 1977 et vit à Brest. Touche-à-tout, talentueux et curieux, Il est scénariste de BD ( Dérapages, Le Syndrome de Warhol) et joue aussi dans un groupe de pop rock brestois, Stockolm. 



Il publie en 2016 aux Éditions Le Dilletante Un peu plus bas vers la terre, un recueil de nouvelles percutant où l’auteur nous promène dans un monde absurde et halluciné, univers que l’on retrouve dans Afin que rien ne change, son premier roman. 

Je remercie les Éditions Le Dilettante pour cette lecture démoniaque. 


  » Hemlock Grove « 

Hemlock Grove de Brian Mcgreevy aux Éditions Super 8

Traduit de l’anglais ( USA) par Cécile Leclère 


 » Quand il y a de la dynamite sur des rails, Il vaut mieux réfléchir à deux fois avant de monter dans le train. »

En Pennsylvanie, à Hemlock Grove , l’ambiance paisible de cette bourgade a changé d’un coup d’un seul… on a retrouvé une jeune fille assassinée assez sauvagement et pourtant aucun indice dans les parages. On s’interroge d’autant plus sur cette mystérieuse mort. 

« On ne trouvait personne à accuser, aucune cible, rien à faire, sauf pour la poignée de chasseurs tentant de pister cette créature qui n’avait pas laissé plus de trace qu’un fantôme… »



Quand une seconde victime est retrouvée après ce qui semble être une nouvelle attaque fatale, certains témoignages sont sans appel. 

 » Un gigantesque chien noir, aussi grand qu’un homme de cent cinquante kilos peut-être doté d’yeux jaunes luisants. » 


Ça plombe un peu l’ambiance, même si aucune balle n’a été tiré. Et c’est dans ce contexte qu’un jeune gitan fraîchement débarqué dans le coin, qui se fait passé pour un loup garou pour se faire mousser au bahut, va sympathiser avec un jeune de son âge qui semble avoir des pouvoirs particuliers. Ensemble ils vont mener l’enquête pour tenter de piéger cette étrange créature meurtrière.  

 » Les plus sensibles parmi vous préféreront peut-être fermer les yeux maintenant. « 

 Vous voilà prévenu ! En vous aventurant à Hemlock Grove, vous pourriez y croiser des êtres plutôt étranges. Quand on sait que certaine fille peuve tomber enceinte d’un ange, y’a de quoi se poser des questions sur ce qui se passe dans cette localité. 

N’ayant pas vu la série, j’ai vraiment apprécié cette virée à Hemlock Grove. Un style que je préfère nettement lire que de visionner. Une histoire captivante et bien construite, impossible à lâcher. Et c’est pas quelques coups de pattes qui vont m’effrayer même si le message de prévention m’a plutôt fait rire mais tombait à point nommé avant la suite qui me donne encore des frissons rien que d’y penser. Tu l’auras compris ce n’est pas pour les mauviettes , ça fait peur mais ça ne manque ni d’humour ni de panache. Une lecture plaisante, effrayante, sous une écriture incandescente. Une virée dans un monde irréel à la frontière du rêve américain. À découvrir si l’on n’a pas froid aux yeux  et qu’on aime lire dangereusement.

Brian Mcgreevy



Brian Mcgreevy qui a travaillé aussi sur la série Netflix en trois saisons tirée de son livre, est né dans la région de Pittsburgh. À l’âge de 15 ans, arguant de  » différences d’ordre créatif  » Il laisse tomber le lycée. Il est membre fondateur de la Maison de production El Jefe, basée au Texas

 » Underground Railroad  » 

Underground Railroad de Colson Whitehead aux Éditions Albin Michel 

« Si les cow-boys de l’Ouest monopolisaient à présent l’attention du public, c’était Randall et ses semblables qui incarnaient les vrais pionniers, eux qui, tant d’années plus tôt, s’étaient bâti une vie dans l’enfer humide de la Géorgie. Ses homologues chérissaient en lui le visionnaire, le premier de la région à se convertir au coton, à sonner cette charge si rentable. « 



En Géorgie avant la guerre de Sécession chaque Maître possédant une plantation de coton, possédait également son lot d’esclaves. Des esclaves noirs qui n’avaient aucun droit et pouvaient être vendus ou achetés comme une simple marchandise, avec ou sans famille et suivaient le sort de la plantation à laquelle ils étaient rattachés.

«  Elle fut marqué au fer rouge – ce n’était ni la première fois ni la dernière fois – et enchaînée aux autres acquisitions du jour. Le convoi entama cette nuit là sa longue marche vers le sud, en trébuchant sur ses chaînes derrière la carriole du marchand.  » 




Cora, seize ans est l’une de ces esclaves, propriété de Randall. Sa mère l’ayant abandonnée lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant, Elle survit autant que faire se peut à la violence de sa condition. Caesar, un jeune esclave fraîchement arrivé tente de la convaincre de s’enfuir avec lui pour  gagner la liberté. Cora qui avait senti les regards insistants du Maître des lieux ne fut pas longue à se laisser convaincre. 

«  Une jeune esclave qui pondait des petits étaient comme une presse à billets : de l’argent qui engendrait de l’argent. » 

C’est à ce moment là qu’elle prit connaissance de  » l’Underground Railroad  » qui allait leur permettre de s’échapper aussi loin que possible de la plantation vers une vie meilleure. 

« Quelle énergie avait-il fallu pour rendre un tel projet possible. Cora et Caesar remarquèrent les rails. Deux rails d’acier qui parcouraient le tunnel à perte de vue, rivés à la terre par des traverses de bois. Les rails filaient vers le sud et vers le nord, présumaient-ils : ils surgissaient d’une source inconcevable et coulaient vers un terminus miraculeux.  » 


Au péril de leurs vies, Cora et Caesar  vont tenter de rejoindre les États libres du nord. Une véritable odyssée, depuis la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee. Mais ils devront se méfier à chaque instant et éviter les chasseurs d’esclaves qui les traquent pour obtenir une récompense une fois ramenés à leur Maître. Et dans certains États, on n’hésiterait pas à les tuer sur place. 

 »  En Caroline du Nord, la race Noire n’existait pas, sinon au bout d’une corde. » 

Mais tout est à tenter plutôt que de continuer à subir la violence et les privations de la liberté. 

À travers ce récit grandiose Colson Whitehead matérialise d’une manière admirable l’Underground Railroad. Il nous fait découvrir une page d’Histoire assez méconnue. Le chemin de fer clandestin était un réseau de routes secrètes qui était utilisé par les esclaves noirs américains pour se réfugier au-delà de la ligne Madon- Dixon qui séparait la Pennsylvanie du Maryland. Créé au début du 19 éme siècle, c’est entre 1850 Et 1860 que l’Underground Railroad  fût le plus performant. Pas loin de 100000 esclaves se seraient échappés grâce à ces trains.

  Colson Whitehead  décrit à travers ce portrait de Cora, les misères de la servitude des esclaves puis son évasion spectaculaire et dramatique sur les routes cachées, mettant sa vie en danger tout comme celle des abolitionnistes qui tentaient de les aider. Les aides étant considérées comme un délit, ils étaient immédiatement jugés et pendus. L’auteur retrace toute cette période avec une force d’écriture aussi puissante et bouleversante que les combats menés par les esclaves en ces temps là. Une histoire traitée sous le mode romanesque. Un roman fort qui dénonce le racisme qui empoisonne toujours le monde contemporain. 

Un roman déjà récompensé par le Prix Pulitzer et le Prix Arthur-C-Clarke , également en lice pour le Man Booker Prize. 

Roman traduit de l’américain par Serge Chauvin le traducteur attitré de L’auteur. 

À découvrir absolument.  Un de mes coups de cœur de la rentrée littéraire. 

« Dans la mort le Noir devenait un être humain. Alors seulement il était l’égal du Blanc.  » 


Colson Whitehead


Né à New York, en 1969, Colson Whitehead est l’un des auteurs américains les plus passionnant de sa génération, découvert en France par la traduction de son premier roman virtuose, L’Intuitionniste (Gallimard, 2003). Ont suivi notamment, toujours chez Gallimard, Ballade pour John Henry (2005), Le Colosse de New York et Apex ou le cache-blessure (2008), plus récemment le futuriste Zone 1 et Sag Harbor (2014), roman d’essence autobiographique, qui tous ont confirmé l’exceptionnel talent de Colson Whitehead à inventer des machines romanesques hautement séduisantes, irriguées en profondeur par une méditation sur les mythologies américaines telle que les a véhiculée la culture populaire, mais aussi par une réflexion très politique sur la question raciale, la place de l’homme noir dans la société, son invisibilité.


Des thématiques qui sont une nouvelle fois au cœur de The Underground Railroad. Avant d’être distingué par le Pulitzer de littérature, le sixième roman de Colson Whitehead avait été élu déjà « Meilleur roman de l’année 2016 » par la presse américaine (42 journaux et magazines). Salué par Barack Obama, remarqué par le réalisateur Barry Jenkins (Moonlight, Oscar du meilleur film 2017) et ses producteurs, qui en ont acheté les droits audiovisuels, The Underground Railroad s’est d’ores et déjà vendu à plus de 750 000 exemplaires outre-Atlantique.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette magnifique lecture passionnante et touchante. 

 » Les ailes du rocher « 

Le rocher avec des ailes deAnne Hillerman aux Éditions Rivages




 » Depuis qu’il était policier, il avait passé plus de mois à patrouiller qu’il ne pouvait en garder le compte. Sa grand-mère n’avait pas eu tort quand elle l’avait mis en garde contre les chindis, ces esprits tourmentés et malfaisants qui surgissent après le crépuscule. La plupart des crimes dont Chee avait dû s’occuper s’étaient produits dans les heures sombres qui suivent minuit. Les ténèbres de l’extérieur semblent convoquer celles qui hantent les individus. « 





Jim Chee est un policier Navajo, tout comme sa compagne Bernie Manuelito. Ils s’apprêtent à prendre leurs premières vraies vacances et partir à Monument Valley. À peine arrivée, Bernie doit retourner d’urgence à Shiprock s’occuper de sa mère, tandis que Jim se joint à la police locale suite à une disparition inquiétante sur un plateau de tournage à Monument Valley.

« Il lui expliqua que cet établissement historique portait le nom du couple qui avait permis à Monument Valley de figurer sur la carte grâce à leur vision prémonitoire de ce que pouvaient rapporter les structures massives de grès rouge qui s’élèvent au-dessus du sol de la vallée et la main-d’œuvre potentielle que représentent les Navajos. Ils avaient incités John Ford à utiliser ces paysages dans des films devenus des classiques du cinéma comme La chevauchée fantastique, La Charge héroïque et La Prisonnière du désert. Ces structures rocheuses avaient fini par incarner le paysage auquel on associe le western.  » 




Ce site naturel des État-Unis situé à la frontiére entre l’ Arizona et l’Utah, fait parti d’une réserve des Navajos et du plateau du Colorado. Un endroit très prisé par les cinéastes mais aussi très protégé. Alors quand une équipe de film se permet certaines actions pour leur film de zombies, c’est plutôt mal perçu. On ne bafoue pas les croyances ancestrales des Navajos.
Jim Chee oubliera ses vacances et mènera son enquête de front tout en aidant son cousin qui tente de créer des excursions touristiques.

De son coté, Bernie persiste à penser que l’homme qu’elle avait arrêté avant ses congés, un soir sur une route désertique, cache un truc pas net. Tout en s’occupant de sa famille, elle reprend l’enquête avec l’aide du lieutenant Leaphorn en arrêt depuis ses blessures récoltées dans leur précédente affaire. Une aide inespérée qui va se révéler trés précieuse.
À travers ces deux enquêtes, nous découvrons également l’univers du cinéma qui donna naissance au western, mais aussi l’implantation touristique dans ces lieux mythiques, la pauvreté et l’alcoolisme qui touchent les Navajos, ainsi que les problèmes pour préserver l’environnement, qui touchent la terre entière actuellement. Une auteure qui s’implique à sa manière dans son récit. Tout comme son père dont elle a repris les personnages qu’il a créés , elle défend et protège la nature et les traditions Navajos.

Après avoir lu la plume de Tony Hillerman, j’ai pris grand plaisir à découvrir celle de sa fille, sans comparaison je les apprécie toutes les deux. Passionnée par tout ce qui touche aux indiens, j’ai adoré me retrouver à Monument Valley que j’ai eu la chance de voir lors de mon voyage en terre indienne en 2012, souvenirs inoubliables.

Écrire des enquêtes policières Navajos en y mélant le souvenir de leurs traditions, de leurs croyances est à mon sens une belle façon de leur rendre hommage.

La reléve est assurée, et les aventures de Jim et Bernie continuent pour ma plus grande joie. Alors si comme moi vous aimez les grands espaces américains, la culture indienne, n’hésitez pas à découvrir Anne Hillerman avec pour seul conseil de commencer par le premier La fille de la femme-araignée.

Depaysement garantie et culture enrichie, que demander de plus sinon le prochain roman ?

Anne Hillerman

Anne Hillerman est née en octobre 1949 aux États-unis à Lawton dans l’Oklahoma. Elle est la fille du grand romancier Tony Hillerman dont elle a reprit les personnages de ses fictions policières.

Craig Johnson, auteur de la série Walt Longmire en pense le plus grand bien :
 » Digne fille de son père qui lui a notamment appris comment raconter une bonne histoire. La Fille de la Femme-araignée est une heureuse reprise de l’héritage, qui saisit le souffle et la beauté du Sud-Ouest américain comme seule un(e) Hillerman peut le faire. »  
Alors n’hésitez plus, foncez à toute allure et vivez une belle aventure américaine chez les Navajos. 
 

 » Manège « 

Manège de Daniel Parokia aux Éditions Buchet- Chastel


Tu me fais tourner la tête, mon manège à moi c’est toi, je suis toujours à la fête quand tu me tiens dans tes bras…..

 » La musique était lente. Un calme et une pudeur – le sérieux de l’amour aussi, autant que l’espoir d’aimer – se dégageaint de la chanson. « 

Il y a dans nos vies des milliers de chansons, et certaines directement associées à un moment bien précis. Pour Matteo, c’est Non ho l’età  de Gigliola Cinquetti qui lui rappelle une vieille histoire d’amour.

 » Un souvenir d’autant plus vif qu’à peu près à la même époque il avait acheté un scooter et était tombé amoureux pour la première fois. De Mathilda, justement. 

Pour lui, Gigliola faisait partie des cadres sociaux de sa mémoire – une mémoire douloureuse -, car l’expérience de ce primo amore avait été assez cuisante pour lui laisser des traces indélébiles, loin de la chanson sucrée qui, pour toujours, le lui rappellerait. « 

Et c’est en se faisant renverser par une voiture à un carrefour qu’il va retrouver cette amoureuse qui n’est autre que la conductrice. Après le coup de foudre, le coup de tôle…

Vingt-six ans ont passé, pourtant en un instant tous les souvenirs de cet été lui reviennent, mais une fois encore Mathilda s’est envolée.

 » Mais on était trente ans plus tard ou presque et s’il voulait retrouver Mathilda, il fallait qu’il sorte de sa rêverie. Le voulait-il vraiment ? « 

À travers des flashback l’histoire nous est contée. On voyage entre les années 90 et les années 60, entre amour et chagrin, entre regrets et remords, dans le Lyon d’hier et d’aujourd’hui.

 » Tout cela ne le menait pas très loin. Le pire était que cette enquête le plongeait dans des abîmes de la mélancolie. Comment sa vie avait-elle pu lui échapper à ce point ?  En réalité, il le savait parfaitement. Même s’il n’y pensait plus aujourd’hui depuis longtemps. Il se rappelait maintenant toute  l’histoire avec une acuité douloureuse. « 

Et même si comme le dit une chanson : Les histoires d’amour finissent mal, en général … Celle-ci est bien sympathique à lire. Un joli roman d’ambiance qui entraîne le lecteur dans le charme cossu de l’ouest lyonnais.


Ça sent bon les prémices de l’amour, les vacances, les bonheurs simples. Mais aussi la fascination pour Matteo de découvrir le luxe et la richesse, lui si loin de cet univers,  mais qui risquent hélas de l’étourdir un certain temps. L’amoureux est aveugle et ignore la trame qui se prépare en coulisses à son insu. 

Un beau roman, une belle histoire, savoureuse comme une douce mélodie. Une danse à deux, un tour de manège qui s’arrête à la fin de l’été pour reprendre peut-être, quelques années plus tard…

Daniel Parokia


Daniel Parokia vit à Lyon. Professeur émérite depuis 2012, Il est proche, en tant que philosophe de l’œuvre de François Dagognet. Son premier roman,  Avant de rejoindre le grand soleil, publié en 2015 chez Buchet Chastel, a été particulièrement remarqué ( sélection prix de Flore ) Ce deuxième roman devrait en ravir plus d’un. 

Je remercie Claire et les Éditions Buchet Chastel pour cette romance pleine de suspens dans une ambiance très fitzgeraldienne. 


 » Le dernier violon de Menuhin »

Le Dernier violon de Menuhin de Xavier-Marie Bonnot aux Éditions Belfond 



 » Émilie est morte. Je quitte Paris pour la Province. Au pays de l’enfant sauvage. À bientôt. « 



 Rodolphe Meyer se rends dans l’Aveyron, sa grand-mère, Émilie vient de décéder. 

 » J’adore la route. Pour cette patience qu’elle impose. Et pour laisser l’esprit filer au bout de la perspective infinie. » 

Elle lui a laissé en héritage une vieille ferme, isolée et assez délabrée, hantée par Victor l’enfant sauvage. Une mort qui va réveiller ses souvenirs, les bons comme les mauvais, mais aussi les regrets et les manques. 



 » La mort fait ce qu’elle veut. Elle perquisitionne la pensée et rouvre  les vieux dossiers. Et puis elle juge…Elle soupèse votre deuil… C’est la correctionnelle du descendant.  » 

Rodolphe était un célèbre violoniste adulé du public. Mais l’alcool a eu raison de son succès. C’est accompagné de son violon qu’il arrive dans la propriété ancestrale.


 » – On n’achète pas un tel instrument. On se prête à lui. Rien de plus. Ce fut pour moi une obsession, je n’avais pas d’autre solution que de passer le reste de ma vie avec le dernier violon de Menuhin. Même si je ne jouais presque plus en public, il me suffisait de sentir sa présence, de vivre avec lui, pour être heureux. et je crois que je l’ai été.  » 

Son arrivée ne va pas passer inaperçue. Certains signes vont le perturber et précipiter son destin d’une manière plutôt étrange. Il va faire connaissance avec sa part sauvage et devra la détruire s’il ne veut pas perdre son âme. 

« L’enfant devine chacune de mes intentions… Nos pensées sont reliés par je ne sais quel fil invisible. « 

À travers ce roman je découvre la plume de Xavier-Marie Bonnot. Un style noir et poétique qui m’a enchanté et captivé dés les premières lignes. 

Je me suis aventurée au côté de Rodolphe, dans le monde passionnant d’un violoniste. Un  artiste qui dés son plus jeune âge fut subjugué par cet instrument en écoutant l’Ave Maria joué par Menuhin. 

Le violon lui parlait le langage du cœur et de l’âme. Même si cette passion l’a privé des plaisirs de la jeunesse, une enfance volée par un père ambitieux. Lorsqu’il jouait pas de place pour l’amusement.  De là naquit un virtuose. 

Un homme qui sera constamment habité par la musique, chaque souvenir, chaque pensée le ramèneront à un morceau de choix. 

Un roman magnifique, qui nous plonge dans la vie d’un violoniste, un homme tourmenté malgré sa passion. Mais aussi un regard aussi réaliste que sarcastique sur la vie et la mort. Une histoire bouleversante, brillamment contée. Un roman intimiste au cœur de la solitude des hommes après la gloire. 

 » – C’est drôle, vous ressemblez à …

(…)

– Je sais. On me dit souvent que je ressemble à quelqu’un que tout le monde connaît mais dont tout le monde a oublié le nom. Et vous savez quoi ? C’est vrai que tout le monde ou presque me connaît… mais personne ne se souvient plus de mon nom. »

Pour ma part, je me souviendrai longtemps de Rodolphe Meyer et du dernier violon de Menuhin, et je suivrai l’écriture de Xavier-Marie Bonnot un virtuose de la plume. 

Xavier-Marie Bonnot

Xavier-Marie Bonnot vit à Paris. Écrivain et réalisateur de documentaires, il est l’auteur du Pays oublié du temps (Actes Sud, 2011, prix Plume de Cristal), de Premier homme (Actes Sud, 2013, Prix Lion noir), de La Dame de pierre (Belfond, 2015, Prix du meilleur roman francophone au festival de Cognac) et de La Vallée des ombres (Belfond, 2016). Le Dernier Violon de Menuhin est son neuvième roman.



Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture musicale sans fausses notes. 

 » Sucre noir « 

Sucre noir  de Miguel Bonnefoyaux Éditions Rivages 

 » Partout, les planches se brisaient. Les arbres ne supportaient plus la coque. Le marin qui se tenait près du lit, regarda le coffre que serrait Henry Morgan dans ses bras. 

    – Capitaine, l’or est lourd. Permettez que je vous aide.

Il tendit la main quand Henry Morgan lui cracha des grumeaux de sang au visage. Un rire de malice lui déforma les lèvres. 

   – Je l’emporte avec moi, dit-il. La mort doit bien avoir un prix. « 

Un navire échoué au milieu des arbres, à bord le capitaine Henry Morgan  et ce qu’il reste de son équipage, sans oublier l’immense trésor réuni par ses pirates. Ils s’apprêtent à vivre leurs derniers instants dignement sans quitter le bateau.

Environ trois cent ans plus tard, au même endroit dans les Caraïbes, une légende s’est construite autour de ce fameux trésor. Il  continue de hanter de nombreux explorateurs et ira jusqu’à bouleverser l’existence de la famille Otero.



 » – Moi,  je ne veux tromper personne, Serena. À force de creuser, je finirai bien par trouver le trésor de Henry Morgan. Je n’ai pas traversé tout le pays pour déterrer une légende.  » 

Une famille qui découvrira bien plus que ce trésor et créera sa propre légende à travers la fabrication du rhum caribéen. Ce rhum restera le plus emblématique de tous et le plus chargé en histoire de l’âge d’or de la piraterie.



 » L’avantage d’être pauvre, sourit-il, c’est qu’on peut toujours s’enrichir. » 

La famille Otero prospère et chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie, tout en étant toujours attiré par les horizons lointains. Mais sur cette terre indomptée, la destinée bouleverse la convoitise et les rêves se consument en un instant.



 » Libre, elle n’était fidèle qu’à la liberté. » 

Dés que vous parcourerez ce roman, vos yeux vont s’écarquiller et votre cœur va s’emballer. Attendez-vous à vivre une grande aventure, à faire un beau voyage sur cette terre sauvage pleine de trésors inestimables. Vous serez envoutés, page après page par la richesse de l’écriture. Vous serez possédés par ces hommes et ces femmes en quête d’amour. Vous jouerez aux aventuriers à la recherche du trésor du capitaine Morgan en vous enivrant de Rhum. Et vous constaterez qu’il est inutile d’aller aux caraïbes pour vous enrichir, pour trouver un trésor. Il suffisait juste de vous rendre chez votre libraire et pour quelques euros vous aurez une pépite entre les mains. Un trésor de la littérature, écrit de sa plus belle plume par un pirate des mots qui désormais navigue dans mon cœur pour toujours et à jamais.


Sucre noir, une perle, un bijou, un diamant, qui mérite une place de choix dans les coffres de pirates, dans votre cœur et dans votre bibliothéque.

Un sublime voyage livresque.

Né en 1986, Miguel Bonnefoy est un écrivain français et vénézuélien. Il est l’auteur du très remarqué Voyage d’Octavio ( Rivages 2015), qui a remporté de nombreuses distinctions ( dont le Prix de la vocation, le Prix des cinq continents de la francophonie  » mention spéciale « ) et a été traduit dans plusieurs langues.

Un Livre qu’il me tarde de découvrir

Je remercie Thierry et les Éditions Rivages pour ce fabuleux voyage qui a conquis mon cœur de lectrice.

 » Parmi les miens « 

Parmi les miens de Charlotte Pons aux Éditions Flammarion

 


 » Ma mère inanimée et sa voiture pliée ont été retrouvées dans les gorges d’une petite route qui ne mène à aucune destination… »

Manon se retrouve à l’hopital au chevet de sa mère en compagnie de son père, son frère Gabriel et sa sœur Adèle.



 » Le chirurgien enlève ses lunettes et se masse la ride du lion – typiquement le genre de geste qui, dans un film annonce les emmerdes. Dans la vraie vie aussi. « 

Leur mère est dans le coma en état de mort cérébrale. Toujours vivante mais déjà loin, dans un autre monde, vers une autre destination. Les paroles ont dépassé les pensées de Manon, elle laisse échapper qu’elle préférerait qu’elle meure mais tous ne l’entendent pas de cette façon.

« Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfants devenus adultes ne tient pas à grand chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser.  » 

Manon, toute jeune maman, ne supporte pas de voir sa mère dans cet état. Elle quitte son rôle de mère momentanement et se retrouve parmi les siens pour s’occuper de la sienne.



 » Mais voilà que l’imminence de sa mort bouleverse la donne et je commence à compter tous les ratés et les trop tard.  » 

C’est parfois quand on est sur le point de perdre un proche que l’on en apprend davantage sur son passé. Leurs souvenirs mis en commun réveillent des secrets enfouis et de surprenantes révélations voient le jour sur celle qui n’a plus de mot mais seulement des maux.



Charlotte Pons nous offre un premier roman très touchant avec une pointe d’humour caustique comme j’aime trouver quand le tragique pointe son nez. À travers ce récit elle nous met face au dilemme à laquelle cette famille se retrouve confrontée : l’euthanasie. Un sujet difficile qui souléve la culpabilité et attise les remords. Car même s’il est de leur devoir d’aider leur mère, la voir s’éteindre à petit feu leur est insupportable, mais de là à commettre un meurtre avec préméditation…

Une lecture que j’ai abordé avec une certaine appréhension suite à mon accident de voiture très récent. Ça réveille les blessures mais ça permet aussi de relativiser. Une lecture que j’ai donc poursuivi plus allègrement et une nouvelle plume que j’ai fortement apprécié. Une histoire familiale assez bouleversante où la vérité est mise à nue dans une belle mise en scéne. Une tragédie ordinaire sous une forte tension psychologique qui déchaîne les consciences. Une écriture sans concession, vive, mordante mais terriblement humaine. Un premier roman absolument abouti , une auteure qui réussi son coup d’essai admirablement et qui je l’espère continuera sur sa lancée.

Une belle découverte de la rentrée grâce à Masse Critique de Babelio que je remercie au passage. 

Charlotte Pons


Charlotte Pons a passé huit ans au sein d’une rédaction parisienne comme journaliste culture et chef d’édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d’écriture Engrenages  & Fictions. Parmi les miens est son premier roman.

 

 

 » La tanche « 

La tanche de Inge Schilperoord aux Éditions Belfond 

Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin 

« Maintenant je dois faire bien attention, se dit Jonathan. Maintenant. Cela commence maintenant. « 

À sa sortie de prison, Jonathan retourne vivre  avec sa mère. Sa libération n’est dû qu’à un manque de preuve pour ses actes de pédophilie.  


À la vue de leur maison  parmi les restes de la démolition, il sentit une angoisse s’insinuer en lui. Comme si tout cela n’était pas normal. Comme si tout compte fait il n’avait pas sa place ici. Comme si tout compte fait sa place était totalement ailleurs. Mais il n’aurait pas su dire où ni quoi faire pour le découvrir. « 

Il a commencé un travail important sur-lui-même avec le psychologue de la prison, pour gérer ses pulsions. En organisant rigoureusement ses journées, il compte bien y parvenir mais la présence d’une jeune fille dans les parages ne va pas l’aider à tenir ses bonnes résolutions et vont même les mettre à rude épreuve. Il compte sur une tanche blessée, qu’il a pêché pour l’aider. La tanche est aussi appelée  » Poisson médecin », on lui confère des pouvoirs de guérison spectaculaire. 

 » – Tu es venue m’aider…(…) Tu vas m’aider ?  » 


Il  mise tout sur la tanche. Ils vont se sauver mutuellement, enfin peut-être ?

« Comment les fantasmes les plus épouvantables qui s’étaient lentement insinués dans son esprit étaient devenus réalité. »


Pas simple de s’attaquer à un sujet pareil et de réussir à captiver le lecteur. C’est pourtant ce qu’a réussi Inge Schilperoord avec ce premier roman. Étant psychologue judiciaire, elle a dû en rencontrer des tordus de ce genre et c’est sûrement ce qui rends ce roman puissant et authentique. Un sujet abject et difficile, tellement inconcevable !  Alors en faire une histoire aussi troublante et bien menée ça mérite qu’on s’y intéresse. Ce n’est pas réjouissant mais étrangement profond. Un premier roman qui ne peut pas passer inaperçu même si ce sujet est on ne peut plus dérangeant. Un récit sombre paré d’une belle écriture, et même si j’avoue avoir eu peur de m’aventurer dans cette histoire, je reconnais le talent de l’auteure qui a réussi à rendre celle-ci supportable et même plaisante à lire. 

Une belle découverte, un récit aussi choquant que bouleversant. Une auteure à suivre absolument. 

Inge Schilperoord

Inge Schilperoord est née en 1973. Elle est rédactrice et journaliste pour des journaux prestigieux en Hollande, Psychologie Magazine, NRH Handelsblad et Het Parool. Elle est également psychologue judiciaire. C’est dans le cadre de son travail, au contact de plusieurs repris de justice, que lui est venue l’idée de son premier roman, La Tanche.  Très remarqué aux Pays-Bas, finaliste de tous les plus grands prix littéraires, Il a été couronné du  Bronze Owl, meilleur roman de l’année. Inge Schilperoord partage son temps entre La Haye et Gand. 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture percutante.