» Underground Railroad  » 

Underground Railroad de Colson Whitehead aux Éditions Albin Michel 

« Si les cow-boys de l’Ouest monopolisaient à présent l’attention du public, c’était Randall et ses semblables qui incarnaient les vrais pionniers, eux qui, tant d’années plus tôt, s’étaient bâti une vie dans l’enfer humide de la Géorgie. Ses homologues chérissaient en lui le visionnaire, le premier de la région à se convertir au coton, à sonner cette charge si rentable. « 



En Géorgie avant la guerre de Sécession chaque Maître possédant une plantation de coton, possédait également son lot d’esclaves. Des esclaves noirs qui n’avaient aucun droit et pouvaient être vendus ou achetés comme une simple marchandise, avec ou sans famille et suivaient le sort de la plantation à laquelle ils étaient rattachés.

«  Elle fut marqué au fer rouge – ce n’était ni la première fois ni la dernière fois – et enchaînée aux autres acquisitions du jour. Le convoi entama cette nuit là sa longue marche vers le sud, en trébuchant sur ses chaînes derrière la carriole du marchand.  » 




Cora, seize ans est l’une de ces esclaves, propriété de Randall. Sa mère l’ayant abandonnée lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant, Elle survit autant que faire se peut à la violence de sa condition. Caesar, un jeune esclave fraîchement arrivé tente de la convaincre de s’enfuir avec lui pour  gagner la liberté. Cora qui avait senti les regards insistants du Maître des lieux ne fut pas longue à se laisser convaincre. 

«  Une jeune esclave qui pondait des petits étaient comme une presse à billets : de l’argent qui engendrait de l’argent. » 

C’est à ce moment là qu’elle prit connaissance de  » l’Underground Railroad  » qui allait leur permettre de s’échapper aussi loin que possible de la plantation vers une vie meilleure. 

« Quelle énergie avait-il fallu pour rendre un tel projet possible. Cora et Caesar remarquèrent les rails. Deux rails d’acier qui parcouraient le tunnel à perte de vue, rivés à la terre par des traverses de bois. Les rails filaient vers le sud et vers le nord, présumaient-ils : ils surgissaient d’une source inconcevable et coulaient vers un terminus miraculeux.  » 


Au péril de leurs vies, Cora et Caesar  vont tenter de rejoindre les États libres du nord. Une véritable odyssée, depuis la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee. Mais ils devront se méfier à chaque instant et éviter les chasseurs d’esclaves qui les traquent pour obtenir une récompense une fois ramenés à leur Maître. Et dans certains États, on n’hésiterait pas à les tuer sur place. 

 »  En Caroline du Nord, la race Noire n’existait pas, sinon au bout d’une corde. » 

Mais tout est à tenter plutôt que de continuer à subir la violence et les privations de la liberté. 

À travers ce récit grandiose Colson Whitehead matérialise d’une manière admirable l’Underground Railroad. Il nous fait découvrir une page d’Histoire assez méconnue. Le chemin de fer clandestin était un réseau de routes secrètes qui était utilisé par les esclaves noirs américains pour se réfugier au-delà de la ligne Madon- Dixon qui séparait la Pennsylvanie du Maryland. Créé au début du 19 éme siècle, c’est entre 1850 Et 1860 que l’Underground Railroad  fût le plus performant. Pas loin de 100000 esclaves se seraient échappés grâce à ces trains.

  Colson Whitehead  décrit à travers ce portrait de Cora, les misères de la servitude des esclaves puis son évasion spectaculaire et dramatique sur les routes cachées, mettant sa vie en danger tout comme celle des abolitionnistes qui tentaient de les aider. Les aides étant considérées comme un délit, ils étaient immédiatement jugés et pendus. L’auteur retrace toute cette période avec une force d’écriture aussi puissante et bouleversante que les combats menés par les esclaves en ces temps là. Une histoire traitée sous le mode romanesque. Un roman fort qui dénonce le racisme qui empoisonne toujours le monde contemporain. 

Un roman déjà récompensé par le Prix Pulitzer et le Prix Arthur-C-Clarke , également en lice pour le Man Booker Prize. 

Roman traduit de l’américain par Serge Chauvin le traducteur attitré de L’auteur. 

À découvrir absolument.  Un de mes coups de cœur de la rentrée littéraire. 

« Dans la mort le Noir devenait un être humain. Alors seulement il était l’égal du Blanc.  » 


Colson Whitehead


Né à New York, en 1969, Colson Whitehead est l’un des auteurs américains les plus passionnant de sa génération, découvert en France par la traduction de son premier roman virtuose, L’Intuitionniste (Gallimard, 2003). Ont suivi notamment, toujours chez Gallimard, Ballade pour John Henry (2005), Le Colosse de New York et Apex ou le cache-blessure (2008), plus récemment le futuriste Zone 1 et Sag Harbor (2014), roman d’essence autobiographique, qui tous ont confirmé l’exceptionnel talent de Colson Whitehead à inventer des machines romanesques hautement séduisantes, irriguées en profondeur par une méditation sur les mythologies américaines telle que les a véhiculée la culture populaire, mais aussi par une réflexion très politique sur la question raciale, la place de l’homme noir dans la société, son invisibilité.


Des thématiques qui sont une nouvelle fois au cœur de The Underground Railroad. Avant d’être distingué par le Pulitzer de littérature, le sixième roman de Colson Whitehead avait été élu déjà « Meilleur roman de l’année 2016 » par la presse américaine (42 journaux et magazines). Salué par Barack Obama, remarqué par le réalisateur Barry Jenkins (Moonlight, Oscar du meilleur film 2017) et ses producteurs, qui en ont acheté les droits audiovisuels, The Underground Railroad s’est d’ores et déjà vendu à plus de 750 000 exemplaires outre-Atlantique.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette magnifique lecture passionnante et touchante. 

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6 réflexions sur “ » Underground Railroad  » 

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