» Tout est brisé « 

Tout est brisé de William Boyle aux Éditions Gallmeister



 » Il savait que Nick lui manquerait alors encore plus désespérément. Pas à cause des baisers ni des caresses. Mais à cause de la conversation, de la compagnie, de ce qui l’empêchait de se sentir aussi seul qu’il se sentait à présent. Il n’était pas fait pour être célibataire. Il avait besoin de quelqu’un. Ne pas avoir d’amour, c’était se sentir oublié, totalement vide et totalement seule. « 

Jimmy est de retour chez sa mère, dans un piteux état, le cœur brisé, fauché, déprimé, et toujours alcoolisé. Et hélas, ce n’est pas l’ambiance familiale qui va l’aider à remonter la pente.

 » Ça l’avait toujours étonné. À jeun, il passait son temps à se plaindre de la laideur généralisée. Ivre ou avec la gueule de bois, le monde lui semblait d’une beauté parfaite, et il n’y voyait qu’un défaut, lui-même;  » 



Il y retrouve son grand-père de retour d’un sejour à l’hopital qui tyrannise sa mère Jessica. Sa mère, elle-même au bout du rouleau, épuisée, mais ravie de retrouver son fils qu’elle avait cru perdu. Pas simple pour chacun de recoller les morceaux quand tout est à ce point brisé.

L’histoire d’une famille malmenée par la vie, poursuivie par la malchance avec une matriarche qui refuse de baisser les bras, dans une ville qui ne dort jamais.

 » Un New-Yorkais qui a quitté sa ville a l’impression, à chaque fois qu’il y revient, de retrouver le New York des mauvais films, au rythme tout ce qu’il y a de plus faux, à la monstruosité artificielle. Il avait toujours pensé que la noirceur de New York était délibérée, et il lui semblait maintenant que le nouvel aspect ensoleillé de la ville devait lui aussi correspondre au choix de quiconque tirait les ficelles. 

Tout ce bruit venant de la rue. un coup de klaxon, peut-être. (…) Les taxis qui se déplaçaient avec une précision digne d’un jeu vidéo. Les gens aux épaules voûtées, les gens aux beaux vêtements, les gens dont l’ombre était gravée dans le trottoir. »

 

Malgré la noirceur de l’histoire, point de pathos ni de déprime à l’horizon pour le lecteur.  Au contraire, William Boyle décrit avec sensibilité les différents sujets de cette histoire. Qu’il s’agisse de solitude, de désespoir, de vieillesse, d’addiction, de la famille, du manque d’amour ou même de l’homosexualité, tout y est dépeint de manière mélancolique sans superflu. Un beau portrait d’une mère courage dans une ambiance sombre, une femme qui se sacrifie pour ses hommes, père et fils qui ne sont pourtant pas tendres avec elle.

Un roman brillant, une plume enivrante, une histoire étourdissante et touchante.

Tout est brisé mais toujours debout même si l’équilibre est fragile, tout comme New-York, souvent brutalisée, mais toujours battante.

 


William Boyle est né et a grandi dans le quartier de Gravesend, à Brooklyn, où il a exercé le métier de disquaire spécialisé dans le rock américain indépendant. Il vit aujourd’hui à Oxford, dans le Mississippi. Son premier roman, Gravesend, a été publié par les éditions Rivages en 2016. 


 

Je remercie Léa et les Éditions Gallmeister pour cette lecture d’une incroyable beauté sombre.

 

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