» Courir au clair de lune avec un chien volé  » 

Courir au clair de lune avec un chien volé de Callan Wink aux Éditions Albin Michel 

Traduit de l’américain par Michel Lederer


 » Je me suis glissé dans cette bouteille de whiskey et j’y suis resté. 

(…) Je n’avais encore jamais pensé ainsi au whiskey, mais c’est bien ce qu’on recherche – être suspendu dans cet éclat ambré. Ce qu’on recherche sans toujours y parvenir, parce que ce matin je n’en trouve pas le chemin.  » 

Rien de tel qu’un recueil de nouvelles pour révéler le talent d’un jeune écrivain. Dans l’Ouest américain, un décor grandiose où ses nouvelles prennent vie. Des lieux que l’auteur connait bien, et qu’il partage avec nous au travers de ses neuf nouvelles. Il nous fait découvrir à sa manière son univers via des histoires aussi sauvages que les grands espaces d’où se dégagent avec sincérité, de la mélancolie, de l’amour, un grand appétit de vivre et un élan de liberté.

 » J’ai plongé mes yeux dans les siens, et ce que j’y avais vu pendant des mois – de la colère, de la tristesse, de la sollicitude – avait disparu. Elle a simplement regardé à travers moi, dans un avenir où je n’existais pas. « 


Des nouvelles qui ont autant de corps qu’un bon shot de whisky, rudes, brûlantes, qui t’ennivrent et te bouleversent.

 » Ainsi les gens nous étonnent. Ils sont capable de se mentir les uns aux autres, comme la fait mon frère avec moi, et comme je lui ai menti ce soir de septembre, à Panther Creek. Or il apparaît désormais que ces deux mensonges ne pouvaient qu’aboutir à une impondérable vérité. « 

Il dépeint la fragilité de l’existence, de l’amour, du temps qui passe. Une fenêtre ouverte sur l’Amérique, terre des indiens auxquels il n’oublie pas de rendre hommage.

 

 » Trois événements, chacun à dix ans d’intervalle,  s’entremêlent. Coïncidence, ou avantage – le sang relié par le sang. « 

Des personnages tiraillés par le poids des responsabilités et qui rêvent en secret de liberté.




« C’était étrange, à la réflexion, mais seuls le jeune et le vieux semblent être à même de profiter des occasions offertes par la vie. C’est l’entre-deux qui est une belle vacherie. Le moment où on comprend pour la première fois qu’on ne peut pas faire, ni être tout ce qu’on désire être, mais où on s’accroche encore à l’espoir qu’en faisant les bons choix, tout finira par s’arranger.  » 

Ci-dessus un magnifique extrait qui fait penser aux moments que Callan Wink partageait avec Jim Harrison à travers de belles parties de pêche au cours des dernières années. Des moments rares, précieux, de beaux échanges dans le sud-ouest du Montana sur la Yellowstone River. Callan Wink a grandi dans le Michigan à moins d’une demi-heure de la ferme familiale des Harrison. Ils se rencontrèrent grâce à un ami commun, Dan Lahren, un guide de pêche réputé à Linvingston.

Et où qu’il soit désormais, Big Jim doit veiller sur ce jeune poulain fougueux et doué pour l’écriture.

J’espère sincèrement retrouver cette nouvelle plume drôle, âpre, vibrante d’intelligence et d’humanité qui mérite toute l’attention des lecteurs amoureux de la collection Terres D’Amérique. Une belle découverte que l’on doit à Francis Geffard.

Callan Wink est né dans le Michigan et vit aujourd’hui à Livingstone, dans le Montana. Il est écrivain et guide de pêche à la ligne sur Yellowstone River dans sa région. Il a fait sensation en 2011 en étant le plus jeune auteur à publier une nouvelle dans le New Yorker. D’autres textes y ont été publiés par la suite, ainsi que dans la revue britannique Granta et dans plusieurs anthologies. 

Son premier livre , Courir au clair de lune avec un chien volé, a été vendu aux enchères aux États-Unis, où il a reçu un accueil critique unanime, et les droits ont été cédés dans de nombreux pays. 


Je remercie les éditions Albin Michel pour cette découverte tonitruante. 

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Hillbilly Elégie

Hillbilly Élégie de J.D Vance aux Éditions Globe


 » (…) il n’y a pas de méchants dans cette histoire. Il y a juste une drôle de bande de Hillbillies qui luttent et cherchent leur voie – pour eux et, par la grâce de Dieu, pour moi aussi.  » 



J.D Vance a grandit dans les Appalaches au coté des siens. Dans cette immense région des États-Unis la pauvreté règne en maître. L’industrie du charbon et de la métallurgie a périclité entraînant une hausse du chômage irrémédiable. Une région touchée de plein fouet par les crises successives.


 » Il ne faut pas s’étonner si nous sommes des gens pessimistes. » 

 » c’est dans ces montagnes que le sort des blancs de la classe ouvrière semble le plus rude. Avec sa faible mobilité sociale, sa pauvreté, les divorces et la consommation de drogue, ma région est un concentré de misère.  » 

Un ton sans détour pour nous raconter cette Amérique blanche et pauvre donc il est issu et qui a porté Trump au pouvoir.

 » (…) les Hillbillies apprennent dés leur plus jeune âge à ignorer toute vérité inconfortable ou à croire qu’il en existe de plus justes. Cette tendance contribue à leur résilience psychologique, mais elle les empêche aussi d’avoir une image honnête d’eux-même.  » 


Il nous plonge dans ses racines, son enfance jusqu’à son ascension sociale. Il n’hésite pas à parler de la classe ouvrière oubliée.

 » Certains en concluraient que je viens d’une famille de fous. Moi, ces récits me donnaient le sentiment d’appartenir à la famille royale des Hillbillies, car c’étaient de bonnes vieilles histoires où le bien affrontait le mal, et les miens étaient toujours du bon coté. « 



Sa volonté et le soutien de sa grand-mère qui a palié au mieux jusqu’à sa mort à l’inaptitude de ses parents, lui permirent de changer de classe sociale.

 » Quand je m’étais engagé, je l’avais fait en partie parce que je n’étais pas prêt à mener une vie d’adulte. À présent, je savais précisément ce que je voulais faire de ma vie et comment y arriver. trois semaines plus tard, les cours commençaient à Ohio State.  » 

Un magnifique roman autobiographique, qui soulève des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

Un récit passionnant, touchant et plein d’humanité conté par un homme qui sait de quoi il parle.

Là où les Américains voient des Hillbillies, des rednecks ou des white crash, J.D Vance vois ses voisins, ses amis, sa famille.

« Comme le disait Mamaw, on peut arracher un garçon au Kentucky, mais on ne peut pas arracher le Kentucky de son cœur.  » 

À DÉCOUVRIR ABSOLUMENT

J.D Vance est né en 1984 a grandi entre Middletown, Ohio, Jackson et Kentucky. ancien marine, il est diplômé de l’Ohio State University et de la Yale Law School. Avocat de formation, il travaille et vit à San Francisco 

Je remercie les matchs de la rentrée littéraire 2017 de PriceMinister pour cette lecture essentielle et enrichissante. 

 » Islanova « 

Islanova de Jérôme Camut et Nathalie Hug aux Éditions Fleuve Noir 



 » Quand il fut à distance, Julian s’arrêta brièvement pour observer le désastre. Il eut alors la sensation que sa famille se disloquait en même temps que sa maison et que, s’il ne se ressaisissait pas, il échouerait à la sauver elle aussi.  » 

 

Après avoir surpris sa fille Charlie et Leny son beau-fils en mauvaise posture plutôt embarrassante pour chacun d’eux, Julian pète un câble. Sans le savoir, c’est le début d’un enchainement de catastrophes imprévisibles.

 

 » Il n’avait pas assez plu au printemps et la canicule augurait une catastrophe écologique. « 

Ils se retrouvent contraints de quitter leur maison que les flammes menacent. Charlie, persuadée que son père va la séparer de Leny, décide de fuguer et persuade Leny de rejoindre la ZAD ( Zone à défendre ) située sur l’île d’Oléron.

 » Tout fini toujours par s’arranger quand on s’aime.  » 

Là-bas se trouve Vertigo, un homme charismatique qu’elle écoute sur les ondes depuis des mois. Il est le leader de l’ Armée du 12 octobre.

 » – N’y entre pas qui veut, c’est vrai. Mais si tu arrives à leur prouver que la cause est plus importante que tout le reste pour toi, alors c’est qu’une formalité !  » 

Mais Charlie est loin de s’imaginer que derrière la ZAD se cachent des activistes prêts à tous les sacrifices pour défendre leur cause. 


 » Où que vous soyez, soldats de l’Armée du 12 octobre, mobilisez-vous. Je vous sais nombreux, efficaces, et volontaires. La bataille que nous avons engagée ne se limite pas à la France. Non, cette bataille est mondiale, elle scellera le sort de l’humanité.  » 

 

Elle se retrouve embrigadée et va plonger sa famille dans le chaos le plus total.

« Ne va pas croire qu’Islanova est un rêve. Islanova, c’est peut-être la fin d’un cauchemar, si on s’y met tous.  » 

 

Et vous, êtes-vous prêt à rejoindre ISLANOVA ?

Jérôme Camut et Nathalie Hug, ces deux têtes bien pensantes qui écrivent à quatre mains nous ont concocté un thriller de haut-vol qui trouve sa place dans les événements chaotiques de notre société. À travers quasiment 800 pages ( que l’on ne voit pas passer ), ils abordent des thèmes d’actualité tel que l’écologie, le terrorisme, l’embrigadement, la disparité des ressources, la redistribution de l’eau de manière planétaire via l’histoire d’une famille recomposée, où la jeunesse rebelle fait des siennes. 

 » Le monde brûle, et nous on regarde ailleurs.  » 

Ils soulèvent en nous de nombreuses questions sans nous donner de leçon, mais réveillent plutôt une prise de conscience. 



Un projet ambitieux absolument réussi qui j’espère trouvera de nombreux adeptes. Quand la plume des écrivains s’impose pour ne pas oublier la mitraille du 13 novembre 2015, mais aussi pour préserver notre planète ça mérite toute notre attention. 

Tel un pavé dans la mare, ce pavé s’impose dans ce marasme médiatique. Réponse romanesque de Jérôme Camut et Nathalie Hug aux contradictions de notre société. 

 


Jérome Camut est né en 1968. Après des études de cinéma, il travaille dans la production et participe à l’écriture d’un scénario. C’est ainsi qu’il découvre l’addiction des mots, qui ne le quittera plus.

Née en 1970, Nathalie Hug a d’abord travaillé dans l’industrie pharmaceutique jusqu’en 2004 où sa rencontre avec Jérôme Camut bouleverse sa vie et l’incite à se consacrer à l’écriture. 

Ensemble, ils ont déjà écrit deux séries très remarquées, les voies de l’ombre et W3. Le 12 octobre 2017 ils sont entrés au catalogue de Fleuve Éditions avec ISLANOVA. 

 

Je remercie les Éditions Fleuve pour ce Thriller rebelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La librairie de l’île 

La librairie de l’île de Gabrielle Zevin aux Éditions Pocket 

Traduit de l’anglais par Aurore Guitry 



 » – (…) Le Roman que vous m’avez conseillé hier est le pire que j’ai jamais lu en quatre-vingt-deux ans. Je souhaiterais être remboursée. 

Les yeux du libraire vont de la vieille au livre.

– Quel est le problème ? 

– Les problèmes, vous voulez dire, monsieur Fikry…



Madame Cumberbatch n’est pas satisfaite de sa lecture, mais hélas pour elle, il n’y avait pas le bandeau Satisfait ou remboursé. Si au moins elle en avait pris soin mais même pas. 

A.J lui présente ses excuses, Mais ne se sent aucunement désolé. Qu’est-ce que croient ces clients qui veulent acheter un livre avec la garantie qu’il va leur plaire ? Il enregistre le retour. La cliente a cassé le dos de l’ouvrage. Il ne pourra jamais le remettre en rayon. « 

C’est comme pour cette nouvelle représentante, il va bien falloir qu’il s’y fasse puisque le précédent est décédé… 

Que voulez-vous que ça me fasse ? Je le connaissais à peine. On ne se voyait que trois fois par an, pas vraiment suffisant pour se lier d’amitié. Et d’ailleurs, il ne venait que pour essayer de me vendre des livres. Cela ne correspond pas à ma définition de l’amitié.  » 

Pas très sympathique ce libraire, je dirais même plutôt antipathique, jusqu’au jour où un de ses livres de grande valeur disparaît et un enfant surgit dans sa vie. Ce n’est pas un livre qui va changer sa vie mais un bébé. Qui l’aurait cru ? La mère de l’enfant peut-être, en laissant ce mot dans le couffin ? 

«  Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte.  » 

Complètement perdu au départ, il va vite tomber sous le charme de cette enfant très précoce. Après un passage à vide, sa vie va prendre des allures de bonheur. On dirait même que l’amour se pointe à l’horizon. Il est temps de tourner de nouvelles pages et de commencer une nouvelle histoire…

 » Parfois les livres attendent le bon moment pour nous trouver. » 

Étant complètement passée à côté du grand format, qui portait qui plus est un titre différent et une couverture moins attrayante, sur les conseils de Léa ( très grande lectrice ) j’ai découvert ce roman et j’ai été ravie de cette lecture. L’histoire est on ne peut plus drôle, pleine d’esprit et regorge d’une multitude d’informations sur le milieu du livre. Une histoire non dépourvue de suspense qui nous régale de mille façon. Je serais curieuse d’avoir l’avis de madame Cumberbatch. 


En attendant vous aurez le mien et j’espère que vous vous laisserez tenter par ce roman qui fait un bien fou et qui devrait d’ailleurs être lu par tous les amoureux des livres. 

Il m’a bien trouvé celui-ci, et il a bien fait. 



Gabrielle Zevin née en 1977, est écrivain et scénariste. Diplômée de Harvard en littérature anglaise et américaine, elle vit à Los Angeles et a déjà publié huit romans aux États-Unis, dont quelques-uns pour la jeunesse, qui ont été traduits en France et publiés chez Albin Michel. La librairie de l’île a paru sous le titre L’histoire épatante de M. Fikry & autres trésors chez Fleuve Éditions en 2015. 


Je remercie les Éditions pocket pour cette lecture rafraîchissante et enrichissante. 

 » Le cœur battant de nos mères « 

Le cœur battant de nos mères de Brit Bennett aux éditions Autrement

Traduit de l’anglais par Jean Esch


 » Tous les secrets ont un goût particulier avant d’être révélés, et si nous avions pris la peine de faire tourner celui-ci dans notre bouche, nous aurions peut-être perçu l’aigreur d’un secret pas assez mûr, cueilli trop tôt, chapardé et transmis précocement. Mais nous ne l’avons pas fait.  » 

Dans cette communauté noire de Californie, on a beau faire très attention, le moindre écart de conduite ne reste pas caché bien longtemps. De plus s’il s’agit d’un acte puni par l’église, le secret est d’autant plus lourd à porter et finit par franchir les lèvres.



 » Dés qu’un secret est révélé, tout le monde devient prophète.  » 



Être si jeune, attendre un enfant et ne pas le garder, cela fait beaucoup alors il est temps de se faire oublier et de profiter de sa bourse pour filer dans une grande université. Nadia n’hésite pas longtemps. Qui plus est, sans sa mère c’était devenu beaucoup trop difficile.



 » Son père déposait sa tristesse sur un banc d’église, Nadia emportait la sienne dans des endroits où nul ne pouvait la voir.  » 

Elle laissera derrière elle Luke qui n’a franchement pas été à la hauteur, et Aubrey, sa meilleur amie.

 » Maintenant elle est adulte, du moins elle le pense. Mais elle n’a pas encore appris les mathématiques du chagrin. Le poids de ce qui reste pèse toujours plus lourd que ce qui reste.  » 



La vie continue, ici et ailleurs, mais ils sont tous liés à jamais par le poids des secrets.




 » Suffisait-il de s’agenouiller devant l’autel et de réclamer de l’aide ? Ou bien fallait-il inviter tout le monde dans sa tristesse intime pour être sauvé ?  » 

 

Brit Bennett m’a séduite autant par l’élégance de son écriture que par l’histoire magnifiquement contée. Sans comparaison aucune car chacune a son style qui lui est propre mais j’avais l’impression d’être dans un roman de Joyce Maynard. 

À travers ce roman initiatique qui donne la voix aux mères du Cénacle, l’auteure aborde des sujets difficiles tel que le suicide, l’avortement, le racisme, la religion, mais aussi l’amour, l’amitié. Une histoire en plein cœur d’une communauté religieuse qui cache de nombreux secrets, quelques drames où bien souvent la raison l’a remporté sur l’amour. Des personnages forts que j’ai suivi avec intérêt, auxquels je me suis attachée d’emblée. Un récit où le désarroi de cette jeune fille après l’avortement qui suivit de prés la perte de sa mère m’a bouleversé et m’a emmené  vers une intrigue insoupçonnable. 

Un roman intemporel, fort, lumineux, avec une pointe de lyrisme et une douce sensibilité, aussi intense qu’émouvant.



Pour un premier roman, je ne peux que saluer le talent de l’auteure et attendre patiemment le prochain.

Une nouvelle plume américaine est née pour mon plus grand bonheur. 

 

Brit Bennet a 27 ans. Elle est diplômée de littérature à Stanford. Le Cœur battant de nos mères, son premier roman a été la révélation de 2016, classé dans les meilleures ventes du New York Times et du LA Times. Finaliste de nombreux prix littéraires, Brit Bennett fait partie des 5 meilleurs jeunes auteurs américains du prestigieux National Book Award. Le Cœur battant de nos mères a été acheté par la Warner pour une adaptation cinématographique. 


Je remercie les Éditions autrement pour cette magnifique lecture. 

 

 

 

 

 » De l’influence de David Bowie sur La destinée des jeunes filles  » 

 »  De l’influence de David Bowie sur La destinée des jeunes filles  » de Jean-Michel Guenassia aux Éditions Albin Michel 


 » Moi, je me plais dissimulé dans le clair-obscur. Ou perché tout en haut, comme un équilibriste au- dessus du vide. Je refuse de choisir mon camp, je préfère le danger de la frontière. Apparemment, ni vraiment l’un, ni vraiment l’autre. Si un soir vous me croisez dans le métro ou dans un bar, vous allez obligatoirement me dévisager, avec ambarras, probablement cela vous troublera, et LA question viendra vous tarauder : est-ce un homme ou une femme ? 

Et vous ne pourrez pas y répondre. « 

Sous ses allures androgynes, Paul se complaît à laisser planer le doute. Elevé par sa mère et sa compagne, il grandit au sein de cette famille hors norme, joliment déglinguée.


 » C’est une fille ou un garçon ? 

Ma mère me dévisageait et répondait :  » j’en sais encore rien.  » 

En son fort intérieur, sa mère a de grands espoirs pour lui. Mais pas sûr qu’ils soient en accord avec ses souhaits. Alors parfois il sera nécessaire de jouer un double-jeu.

 

« Pour sûr, ce n’est pas bien de mentir à sa mère, mais je n’ai pas menti, je n’ai rien dit. La vérité, c’est l’enfer (…) Il vaut mieux rester dans le doute que de patauger dans une guerre de tranchées ou se déchirer. L’ambiguité me va comme un gant.  » 

Paul ne connaît pas son père. Ça ne l’aide pas à trouver son identité, même si son attirance physique est exclusivement réservée à la gente féminine. Il n’hésite pas à se lancer dans une relation tel un trapéziste, sans filet. Sur un malentendu, ça peut fonctionner, enfin peut-être ?

Le hasard va le mener vers une rencontre qui risque de bouleverser sa vie. Et ce n’est autre qu’un androgyne célèbre qu’il va trouver sur sa route.

 » Il y a des événements insignifiant qui prennent tout à coup une dimension extraordinaire, au point de changer votre vie, et plus tard, quand vous essayer d’analyser à tête reposée ce qui est arrivé, de vous remémorer l’enchainement des faits qui ont tout fait basculer, vous vous rendez compte que c’est parti d’un détail dérisoire et qu’il était strictement impossible de le prévoir, ou de l’éviter.  » 

 

Connaissant tous les romans de Jean-Michel Guenassia depuis ce magnifique roman :  » Le club des incorrigibles optimistes » , j’avais hâte de me plonger dans son dernier récit. Sans m’aventurer sur la quatrième de couverture,  je démarre ma lecture en totale confiance, et une fois de plus je suis subjuguée  par l’histoire qui s’offre à moi. Je m’attache d’emblée à Paul, ce héros peu ordinaire. Je suis ses mésaventures complètement captivée par l’écriture de l’auteur, pleine de sensibilité.




À travers ce roman initiatique, Jean-Michel Guenassia nous fait cadeau d’un conte moderne  en parfaite osmose avec le contexte actuel, où le paraître a pris une place si importante. Il aborde des thématiques qui dérangent les bien-pensants de notre époque tels que l’homo-sexualité, le transgenre, de même que les relations entre une mère et son enfant élevé sans père mais par deux mères. Mais aussi l’adolescence, la quête d’identité, la tolérance, la différence. 

Des personnages plein d’humanité, empreint de réalisme, auxquels on se lie d’affection et que l’on quitte à regret. Impossible de ne pas dévorer cette histoire en une fois.

Une belle histoire, drôle, touchante, pleine d’esprit, de vie, d’amour mais aussi de colère et de souffrance.  

Un beau roman pour ces drôles de vies, qui nous fait découvrir avec grâce les chemins de l’incertitude. 

Une fois encore, je suis tombée sous le charme de la plume de l’auteur que je vous invite à lire prochainement. 

 

Jean-Michel Guenassia
Il est l’auteur de quatre romans à succès : Le Club des incorrigibles optimistes (Goncourt des lycéens 2009), véritable phénomène d’édition en France et dans le monde, La vie rêvée d’Ernesto G. (2012), Trompe-la-mort (2015), La Valse des arbres et du ciel (2016) : Ma Chronique Ici, tous parus chez Albin Michel. À ce jour, il a vendu plus d’un million d’exemplaires de ses livres.

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles est son cinquième roman. Souhaitons lui autant de succès que pour les précédents. 

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette sublime lecture. 
 

 

 

 

 » La chance du perdant « 

La chance du perdant de Christophe Guillaumot aux Éditions Liana Levi





 » Renato n’en fera qu’à sa tête. Il est comme ça, le Kanak. Il avance, franchit les embûches et règle les problèmes. Une bonne méthode pour obtenir des résultats, une mauvaise recette face à une hiérarchie tatillonne.  » 

À force d’agacer sa hiérarchie, Renato, simple flic a été muté à la brigade des courses et jeux, le plus beau placard du commissariat. 

 » La maison poulaga ne fait pas de cadeaux.  » 

Malgré sa taille de géant tout en muscle, il a le cœur sur la main. 

Loin de la Nouvelle-Calédonie qui lui manque énormément, il reste intègre face à la corruption qui circule aux alentours.

En s’intéressant à un tag sur une façade d’immeuble, il était loin de se douter qu’il était tombé sur le visage d’un homme désespéré qui venait de se suicider. Celui d’un joueur compulsif, interdit de casino qui a préféré en finir une fois pour toute. 

 » Le jeu semble être une drogue à part entière, tout comme le cannabis, la cocaïne ou même l’alcool. Il y a des moments de grâce, de dépression, des rechutes, certains s’en sortent au prix de grands efforts, d’autres s’enfoncent jusqu’à toucher le fond. À croire que l’être humain aime à se faire mal, comme si les aléas de la vie ne suffisaient pas. « 




Au sommet, on souhaite classer l’affaire, mais suite à l’apparition d’autres suicidés, tous retrouvés avec une même carte de jeu sur eux, Renato décide de poursuivre l’enquête aidé par Six, son coéquipier. 

 » Depuis qu’il a rencontré son coéquipier, qu’ils ont bossé ensemble en dehors de toutes règles hiérarchique, sa carrière est partie en vrille. Il a suffi d’une seule affaire, une enquête hors norme aux répercussions désastreuses. Dans ce genre de salade, lorsque les ennuis et les coups bas pleuvent, ils n’est pas nécessaire de se connaître depuis longtemps pour tisser des liens étroits.  » 

En unissant leurs forces et leurs déterminations, ils vont tout mettre en œuvre pour éclaircir cette affaire qui va les conduire dans les méandres des tripots clandestins. 

Restera-t-il un peu de temps au kanak pour s’occuper de sa grand-mère et découvrir pourquoi celle que l’on surnommait Diamant Noir, à une époque, a quitté son grand-père et l’île des Pins.

Pour Six rien ne va plus, mais rien à voir avec le jeu, même s’il s’agit d’une dame de cœur… 

Les dés sont jetés, ma lecture terminée et mon cœur de lectrice comblé. 

Christophe Guillaumot a gagné une nouvelle fan, et ce n’est pas dû à la chance du débutant car ce n’est pas son coup d’essai, mais à son talent d’écriture. Cette fois ce n’est pas son arme qu’il dégaine, il n’est pas en service recommandé au sein de la police des jeux mais au service des lecteurs et leur offre une histoire qui risque bien de les bluffer aussi sournoisement qu’une partie de poker. 

Voilà un flic qui écrit avec ses tripes et avec son cœur. Une histoire où résonne la réalité de son quotidien, je serais prête à le parier. 

Le reflet de notre société mise à mal par le pouvoir de l’argent qui pourrit l’âme humaine.  

En attendant, je ne peux que vous conseiller de miser quelques euros sur «  La chance du perdant  » et vous verrez vous y gagnerez un sacré bon moment de lecture et suis prête à parier là aussi que vous en redemanderez. 

Ah l’addiction quand elle nous tient ! 

Et puis que dire de ses personnages, à part que l’on a qu’une hâte celle de les retrouver. 

Une chance pour moi il m’en reste à découvrir de l’auteur. J’aurai plaisir à retrouver  » Le Kanak, ce colosse désarmant.  » 

Il rejoint le cercle :



Christophe Guillaumot


Christophe Guillaumot est né à Annecy. Il est capitaine de police au SRPJ de Toulouse, responsable de la section  »  courses et jeux « . En 2009, il obtient le prix du Quai des orfèvres pour Chasses à l’homme. Avec Abattez les grands arbres (2015)  et La chance du perdant, il impose une série mettant en scène le personnage de Renato Donatelli, dit le kanak, librement inspiré d’un collègue aujourd’hui décédé. Depuis 2010, Christophe Guillaumot est membre de l’organisation du festival Toulouse Polars du Sud.


 » Pas de printemps pour Éli « 

Pas de printemps pour Éli de Sandrine Roy aux Éditions Lajouanie 

«  Depuis plusieurs jours qu’ils étaient inséparables, elle s’étaient montrée insatiable, aussi avide de lui qu’il l’était d’elle. » 

Il n’y a pas à dire, ces deux là ils s’aiment et ne font pas semblant. Rappelez-vous  ils s’étaient rencontrés l’hiver dernier. Le beau Lynwood, ex-GI avait sauvé la belle Éli. 

 » Le destin les avait réunis, il n’imaginait pas sa vie loin d’elle. « 

Depuis ils roucoulaient dans les Pyrénées jusqu’à cet appel téléphonique qui vint déranger leur quiétude. Le père de Lynwood est décédé. Un retour au Texas s’impose…

À leur arrivée, le couple d’amoureux fit sensation, impossible de passer inaperçu. 

 » Éli avait l’air d’une fée sortie tout droit d’un conte fantastique, alors que Lynwood était un guerrier froid aux attitudes parfois antipathiques et au tempérament caractériel. « 

L’occasion nous est donnée d’en connaître un peu plus sur Lynwood, sur son passé, sa famille, mais chut, certaines choses doivent rester secrètes. 

À peine arrivé, des truands, trafiquants de drogue s’en prennent à ses proches. Lynwood est sur le pied de guerre. Aidé par Éli, il va mettre tout en œuvre pour que tout rentre dans l’ordre. 

 » Elle était un véritable aimant qui attirait l’affection autant que lui attirait le danger. « 



Des Pyrénées au Texas, entre l’amour et le deuil se glisse un nouveau danger qui met en péril toute une famille qui venait juste de se retrouver. 

Mais pas question pour Lynwood et Éli de repartir avant d’avoir régler les problèmes, ils feront l’amour plus tard…on peut compter sur eux. 


Il est écrit sur la couverture roman policier mais pas que … ce qui définit à merveille une fois encore ce nouveau roman de Sandrine Roy  que j’avais découvert avec Lynwood Miller (Ma chronique ici).




Pas de printemps pour Éli nous offre une nouvelle enquête pleine d’amour, et même beaucoup d’amour, ça dégouline comme on dit par chez moi en Lorraine et c’est le seul reproche que je ferai. Car en dehors de  » l’amourrrrr « ce roman est une fois encore bien construit et l’histoire captivante. Le suspense est au rendez-vous au pays des cow-boys et le mystère se lève sur le passé de Lynwood, de quoi l’aimer un peu plus. Éli va devoir apprendre à partager avec toutes les amoureuses de Lynwood et je sais qu’elle sont nombreuses. 

En résumé, j’ai bien aimé voyager en leur compagnie, un bon moment de lecture où le rose l’emporte sur le noir, l’amour sur la haine. Bien plus qu’un roman policier, une histoire d’amour qui ne cesse de grandir même dans la tourmente. 

Ambiance musicale mais pas que : 

« Ils s’aiment comme avant. Avant les menaces et les grands tourments. Ils s’aiment tout hésitants. Découvrant l’amour et découvrant le temps …

Et cette fois pas question que j’oublie de saluer le travail de la graphiste qui déchire avec ses couvertures toujours réussies et sublimes. Mes félicitations à Caroline Lainé, qui met en valeur ce roman d’amour mais pas que …


Sandrine Roy est née à Bordeaux et vit à Montauban. Pas de printemps pour Éli est le deuxième épisode des aventures de Lynwood Miller. 

 Je remercie Jean-Charles Lajouanie pour cette lecture intrigante. 



 » Nulle part sur terre « 

Nulle part sur terre de Michael Farris Smith aux Éditions Sonatine 

Traduit par Pierre Demarty

 

 » Retour au Mississippi  puisqu’elles n’avaient nulle part ailleurs où aller. « 

Une femme accompagnée d’une petite fille marche vers la Louisiane. Elle revient après une longue absence dans cette ville qui l’a vu grandir et partir.



 » Elle s’était si bien évertuée à oublier qu’elle ne savait plus quand où ni combien de fois, mais elle se rappelait que c’était à une époque de ténèbres où elle s’était retrouvée acculée au désespoir, cernée par les chiens enragés de la vie.  » 



Elle n’attend rien, elle a déjà tant galèré et semble avoir connu le pire, mais peut-être qu’elle se trompe…

Russel est de retour également, dans sa ville natale après onze ans passé en prison.

 » Il s’était promis de ne pas faire ça. Regarder par la vitre et s’apitoyer sur tout ce qu’il avait perdu, comme un pauvre malheureux dépité par son propre malheur, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. « 

Russel pense avoir réglé sa dette à la société, mais des esprits vengeurs en ont décidé autrement et l’attendent de pied ferme.

Deux âmes en peine aussi désolées que les paysages qui les entourent, en mode survie quand un mort rajoute une ombre au tableau.



 » Bon sang. J’aimerais bien savoir ce qui fait tourner le monde comme ça. Parce qu’il tourne d’une drôle de façon des fois. Pour certains en tout cas.  » 



 

Michael Farris Smith dépeint la noirceur de l’Amérique avec un style singulier qui lui est propre, même si sa plume nous rappelle de grands maîtres de la littérature américaine.

Une plume poétique, sans concession, portée par une langue qui ensorcelle, envoute. Le cœur du lecteur succombe à tout ce charme et gardera en lui longtemps le souvenir de cette rencontre avec ces personnages déchirés, poursuivis par la malchance, où la misère , la drogue, l’alcool, la violence règnent en maître dans ces contrées isolées de la Louisiane.

Un auteur qui m’avait déjà conquise avec son premier roman Post-apocalyptique  » Une pluie sans fin  » .

Un écrivain amoureux de la noirceur, attaché à la condition humaine qui s’affirme et confirme son talent.

Sombre et brillant, un roman inoubliable, indispensable. Un immense coup de cœur.

 


Michael Farris Smith est né aux États-unis. Il vit à Oxford dans le Mississippi avec sa femme et ses deux filles. Il est nouvelliste et romancier. Il est titulaire d’un doctorat de l’University of Southern Mississippi. Il a été professeur associé d’anglais au département de langues, littérature et philosophie à la Mississippi University for Women à Columbus. Après  » Une pluie sans fin  » (2013)  » Nulle part sur la terre  » (2017) est son deuxième roman.  » The fighter  » sortira en mars 2018.

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette lecture inoubliable.

 

 

 

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 » Les jonquilles de Green Park « 

Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal aux éditions Pocket 

 

 » – Je ne demande rien de bien exceptionnel. Si la guerre doit durer une éternité, je voudrais juste pouvoir vivre jusqu’au mois d’avril. Pour voir une fois encore, les jonquilles de Green Park.  » 

 

À Londres, en 1940, les attaques aériennes lancées par les forces allemandes-nazies, n’empêchent pas la famille Bradford de continuer leurs vies. Chacun continue à vaquer à ses occupations favorites, le père toujours dans ses inventions farfelues, la mère toujours à pédaler sous les bombes, la fille toujours à tomber amoureuse et le fils toujours à inventer des histoires.

 » Redessiner le quotidien par l’imaginaire, c’est tout ce qu’il nous restait ici, après tout, dans notre adolescence grignotée par les bombes.  » 

Le fils c’est Tommy, un garçon plein de vie et plein d’envie, et pour résister à ce «  genre de souffrance à guichets fermés. «  il rigole avec les copains,  crée des aventures de super- héros pour oublier cette  guerre et ses horreurs, mais par dessus tout il tente d’ apporter des sourires sur le visage de Molly pour illuminer ses beaux yeux bleus.

 

Avec talent et beaucoup de fantaisie, Jérome Attal nous offre un beau récit initiatique. Une histoire pleine de sensibilité et d’humour qui m’a fait penser au magnifique film de Roberto Benigni, La vie est belle.


L’auteur réussit à raconter une belle histoire dans un contexte tragique. Et même si j’ai tremblé souvent à chaque tir ennemi, c’est surtout une explosion de joie qui m’a envahit en parcourant ces pages, un beau pied de nez à cette saleté de guerre.


 » L’écriture, de mon point de vue, c’est un peu le bonbon magique de l’existence. » 

Un roman magique, qui fait du bien, une petite douceur à déguster sans modération.

 

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française ( Vanessa Paradis, Jennifer, Florent Pagny, Johnny Hallyday, Michel Delpech). Il est également l’auteur de dix romans dont Pagaille monstre (2009), Folie furieuse (2010), L’Histoire de France racontée aux extraterrestres (2012), Presque la mer (2014), et Les Jonquilles de Green Park (2016), tous repris chez Pocket. En 2017, il publie L’appel de Portobello Road aux éditions Robert Laffont. 

Les jonquilles de Green Park  a reçu le prix Saint-Maur en poche. 

 

Je remercie les éditions Pocket pour cette lecture pleine de belles émotions.