» Vices « 

Vices de Gipsy Paladini aux Éditions Fleuve Noir

 » Tala a choisi sa spécialisation, instauré ses codes, organisé ses procédures, fondé ses unités, et six mois de méandres administratifs plus tard, la BJV – Brigade des jeunes victimes – avait pu être inauguré. « 

 

Une nouvelle brigade est en place créée par Tala un ancien des Stups. Dans cette unité spéciale on gère les dossiers délaissés et pourtant primordiaux, tel que les suicides, le harcèlement, les viols, les disparitions.

 » (…) une majorité des criminels ne le seraient pas devenus si enfant, adolescent ou jeune adulte, victime ou incriminé, s’ils avaient été mieux traités. Chaque individu à un processus propre. C’est notre travail de le cerner pour mieux réorienter les blessés et les égarés (…) Soyons les médecins de la société future. Prévenons pour ne pas avoir à guérir. « 

Une équipe spéciale, un peu cramée, plus amène pour affronter les ténèbres urbaines.

Néanmoins de bons flics qui vont œuvrer pour que justice soit faite.

À travers deux enquêtes, nous allons faire connaissance avec eux, les apprivoiser, et très vite nous y attacher avec une forte envie de les retrouver pour de nouveaux sauvetages chez cette jeunesse malmenée par notre monde de plus en plus cruel.

 » Dans un monde peuplé de requins, les poissons rouges servent de festin. »

Je retrouve la plume de Gipsy Paladini découverte auparavent via Le bruit des ailes qui tombent, et une fois encore son style incisif a tout pour me plaire. 

Nouveau thriller, nouveaux flics, nouvel univers. Nouvelle équipe d’enquêteurs plutôt mystérieux qui se révéleront petit à petit, chacun a ses secrets, ses casseroles et ses blessures qui font d’eux des flics plus vrais. D’ailleurs ces deux histoires pleine de Vices sont extrêmement proches de la réalité qui nous entoure. L’écriture enragée de l’auteure nous plonge dans cette noirceur effrayante, avec sa propre signature et toujours avec un attachement féroce à ses personnages. Un concept de présentation original qui présage une suite. Après cette mise en bouche réussie, l’impatience se fait sentir et j’ai hâte de retrouver cette bande de flics prête à tout pour sauver la jeunesse en danger.

Une arrivée en fanfare chez Fleuve, des retrouvailles à la hauteur de mes attentes, prête pour les prochains épisodes. 

À vos marque… Prêt… Lisez… Un peu de Vices ça peut pas vous faire de mal, bien au contraire. 

Fascinée par la face sombre de l’humanité, Gypsie Paladini parcourt le monde à la rencontre des populations qui hantent ses bas-fonds. Comme dans ses deux premiers livres, Sang poursang et J’entends le bruit des ailes qui tombent, les personnages de Vices nagent à contre-courant et, les os brisés par les vagues, poursuivent leur féroce rebellion contre les plans préétablis de la destinée.

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 » Retour à Duncan’s Creek « 

Retour à Duncan’s Creek  de Nicolas Zeimet aux Éditions Jigal

 » C’ est le problème des petits patelins, (…). Il ne se passe rien jusqu’au jour où il se passe quelque-chose.  » 

Duncan’s Creek, petit village de l’Utah où trois adolescents, liés depuis l’enfance par une sincère amitié, ont grandi. Sam, Jake et Ben ont des tas de souvenirs en commun. Souvenirs qui se rappellent à Jake sur la route qui le ramène vers ce patelin suite à un appel de Sam.

 » L’été de nos seize ans. notre dernier été ensemble. 

 Souvenirs de bonheur, de gaité, de moments partagés. Tous ces vœux qu’on échange en début d’année et qui ne se réalisent pas toujours, nous les avons touchés du doigt, en 1989, contre toute attente. 

  jusqu’à ce que de nouveaux événements dramatique ne viennent nous mettre des bâtons dans les roues.  » 

Depuis l’été 1989, le passé fut enterré et chacun fit sa route. Seul Ben est resté et vingt ans sont passés.

 » Le temps est une pourriture. Il vous prends tout, la jeunesse; l’innocence, l’insouciance. L’espoir. Tout ce qu’il vous laisse, ce sont les souvenirs. « 

Ils sont toujours liés par un secret, et le déterrer risque de fragiliser leurs existences. À trop remuer les souvenirs , on peut aussi réveiller les rancœurs…

  » On aurait pu facilement empêcher ce qui s’est passé, mais aucun de nous n’a pris l’initiative d’arrêter la machine. Elle était pourtant en train de s’emballer. On a merdé dans les grandes largeurs, et on a préféré enterrer tout ça… » 

Prendre la Route 66 à travers un thriller est toujours pour moi réjouissant,  » Seuls les vautours » de banquiers m’en avaient empêché jusqu’à présent. Grâce à Jimmy j’ai pu voyager en première classe, procéder à une  » Déconnexion immédiate  » du monde qui m’entourait et  » Comme une ombre dans la ville » j’ai tracé la route avec Jake vers Duncan’s Creek en toute confiance ( malgré mon récent AVP ). Le voyage a été mouvementé, les paysages grandioses, la musique plutôt bonne, l’aventure assez violente, la chaleur écrasante et quelques pauses se sont imposées d’elle-même. J’avais un peu de mal avec certaines sorties de route, quelques dérapages, avant de retrouver un rythme de croisière plus agréable. J’ai adoré certaines étapes et un peu moins d’autres mais j’avoue que parfois j’ai décroché et puis ça ne durait pas car le suspense omniprésent m’intriguait. J’avais très envie de découvrir la fin du voyage secrètement gardé par l’auteur jusqu’à l’arrivée des dernières pages. 

Nicolas Zeimet a un style narratif qui se démarque, une manière bien à lui de camper son intrigue, et certains passages pleins d’émotions s’imprègnent en nous telles de belles citations dans une ambiance particulière qui rend assez nostalgique. Je trouve juste dommage qu’il ai repris un thème déjà souvent traité. ( Que je ne dévoilerai pas pour les futurs lecteurs), Un voyage livresque agréable, même surprenant mais je reconnais que je garde une fois de plus ma préférence pour  » Seul les vautours « . Mais tout comme l’amitié bien présente dans ce roman, ce n’est pas quelques dérapages qui vont arrêter ma fidélité à l’auteur.

La preuve, j’attends déjà le prochain. 

Nicolas Zeimet est né en 1977. Il est traducteur et vit à Paris. Il se passionne pour l’écriture dès son plus jeune âge. Son premier roman, Déconnection immédiate, paru en 2011, est suivi en 2014 de Seuls les vautours, qui reçoit le Prix Plume d’Or 2015. ( En poche chez 10/18). Son troisième roman, Comme une ombre dans la ville, le consacre comme ‘ l’une des jeunes voix des plus douées du polar français.’ Gageons qu’avec Retour à Duncan’s Creek, ça ne s’arrête pas là !

 » Nul plaisir, vraiment, ne vaut la lecture ; on ne s’en lasse jamais tandis qu’on se lasse du reste.  »

Jane Austen.

Je remercie les Éditions Jigal pour ce voyage américain made in France.

Gueule de fer

Gueule de fer de Pierre Hanot aux Éditions La Manufacture de Livres

 » – M’sieur, vous nous montrez comment on devient champion ?

Se pressant devant le banc, les deux ados sont médusés par son palmarès.

– Souffrir et encore souffrir, dit Eugène. « 

Eugène Criqui, boxeur, débutait une carrière très prometteuse quand il fut mobilisé en 1914. Il quitte le ring pour les tranchées et démarre de ce fait un autre genre de combat.

« Août 1914

Contraint de renoncer provisoirement à la boxe, Eugène ne dérogera pas à son devoir de citoyen, comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement. (…)

⁃ Ah la boxe, quelle aventure extrême ! Offrir sa souffrance à des imbéciles, c’est en quelque sorte ce à quoi la guerre nous prédestine. « 

Mars 1915, en plein combat dans cette sale guerre, une balle explosive lui détruit sa mâchoire.

 » – Balle à fragmentation, vous l’avez échappé belle ! Entrée par la bouche et ressortie par le cou, l’ogive a toutefois fait du dégât au passage : dentition arrachée, langue sectionnée en deux, mâchoire inférieure démantibulée en plusieurs endroits…(…) Eugène n’a pas tout capté, la souffrance le dévaste.  »

Un nouveau combat pour Criqui, et de nombreuses opérations vont suivre pour le remettre en état. Naîtra bientôt Gueule de fer, une belle gueule d’ange revenue de l’enfer. Mais le chantier n’est pas terminé, il faut désormais repartir à la reconquête de son corps.

À force de volonté et de courage dés 1917 il reprendra la boxe et deviendra champion du monde à New York.

 » Réactiver le passé d’un homme dont on ne possède que des échos parcimonieux et souvent contradictoires, un exercice d’équilibriste en bascule sur une corde instable.

Encore fallait-il jusqu’au vertige s’acharner à ne point trahir. Eugène Criqui m’en a préservé : j’étais son partenaire au milieu du ring, son compagnon dans les tranchées, je l’ai rêvé, quasiment traduit, du corps et du cœur il est devenu mon frangin. « 

Avec brio, Pierre Hanot sort de l’oubli, un boxeur à la gueule cassée. Il nous livre un récit coup de poing, percutant, fort et touchant tel un uppercut en plein cœur.

L’histoire d’un guerrier qui va combat après combat prendre le chemin de la victoire non sans mal.

Un bel hommage sous une belle plume d’un écrivain au grand cœur pour faire revivre un héros injustement oublié.

Qu’on aime ou pas la boxe, on ne peut être qu’admirative devant tant de courage, devant cette résilience. Une belle leçon de survie dans un roman passionnant.

Un Livre aux qualités multiples, un bel ouvrage littéraire, très soigné.

Un Livre qui a une gueule d’enfer.

Pierre Hanot est né à Metz et vit en Lorraine. Tour à tour maçon, routard, professeur d’anglais. Chanteur et guitariste, il a réalisé plus de deux cent concerts dans les prisons françaises. Il revisite avec originalité le monde du noir et du polar à travers différents romans :

– Rock’n taules en 2005 ( récit)

– Les hommes sont des icebergs en 2006

– Serial Loser en 2008

– Les Clous du fakir en 2009

– Tout de tatou en 2013

– Aux Armes défuntes en 2012

Ambiance musicale : 15 Éme round de Bernard Lavilliers à écouter ici

Je remercie Pierre des Éditions La Manufacture de Livres pour cette lecture héroïque.

Punk Friction

Punk friction de Jess Kaan aux Éditions Lajouanie

«  (..) Desmond jeta un œil au cimetière d’Auchel, son horizon depuis onze ans maintenant. Voisins tranquilles, capables de se faire honorer à la Toussaint Et oublier le reste de l’année : le boulevard des allongés dans toute sa splendeur. Rien à voir avec les spectres revanchards des films américains. Une fois mort, le Français se reposait et arrêtait de râler. (…) À une centaine de mètres de lui à vol d’oiseau, un halo orangé transperçait la nuit de février. Un brasier entre les tombes dévorait une masse imposante.  »

Un barbecue au milieu d’un cimetière en plein hiver, ça fait déjà désordre, si en plus on y brûle un corps c’est d’autant plus inquiétant. S’agit-il d’un acte gratuit, d’une vengeance, d’un meurtre ? Une bande de punk qui squatte dans les parages est toute de suite visée. Pour la population ça ne peut-être qu’eux, bien évidemment.

« Quatre paumés du Nord, le genre de gosses comme Il en existe des milliers, une génération sacrifiée par un système à bout de souffle. Enfants cassés, enfants broyés, par des rouages socio-économiques les dépassant. Difficultés familiales au sein de tribus éclatées, borderline, échec scolaire lié à leur différence, aucune perspective et aucune possibilité de rémission : le quatuor avait fini à la rue où les tentations s’avéraient nombreuses. « 

Une enquête plutôt glauque pour Boris Lisziak, le bleu fraîchement sorti de l’école de police, heureusement il fait équipe avec le capitaine Demeyer, un vieux de la vieille qui a déjà tout vu.

 » Finalement, ils décidèrent de retourner dans les tréfonds de l’âme humaine. Au risque de perdre la leur ?  »

Une jeune lieutenant, en poste dans la cité va se joindre à eux, et s’imposer à ce duo pour le moins hétéroclite. Va falloir faire parler la population qui reste muette comme une tombe.

 » Éviter les ennuis, adopter profil bas. La recette de la tranquillité moderne et d’une société décrépite.  »

Jess Kaan à travers ce roman contemporain, policier mais pas que, nous entraîne dans le nord de la France où la délinquance juvénile reflète notre société actuelle. Face à la faillite de l’institution, et à la précarité des habitants qui tentent de survivre malgré tout, elle augmente considérablement.

Avec une plume assez cynique et une histoire qui sort des sentiers battus, tout en étant très proche de la réalité, l’auteur s’impose admirablement avec qui plus est des enquêteurs atypiques. C’est bon, ça change du déjà vu, et ça fait du bien.

Une fois encore les Éditions Lajouanie ajoute à leur équipe, une nouvelle recrue très prometteuse. La marque de fabrique est on ne peut plus respectée, avec ce roman policier mais pas que…

Jess Kaan est enseignant dans le nord de la France. Outre des romans noirs, Il écrit des nouvelles et publie régulièrement des chroniques dans de nombreux blogs et revues européennes.

Je remercie les Éditions Lajouanie pour cette ballade en enfer.

 » Une assemblée de chacal « 

Une assemblée de chacals de S. Craig Zahler aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens

 » Oswell appuya le bas de sa paume droite sur les pliures des feuilles blanches et réfléchit à ce qu’il s’apprêtait à coucher sur le papier. »

 

À bord du train qui le conduit en compagnie de son frère vers une vieille connaissance, Oswell décide de se confesser à sa femme à travers une lettre. Un mauvais pressentiment  le taraude, la mort l’attend peut-être au bout du chemin.

Il y a fort longtemps, bien avant qu’il se range, il faisait parti du Gang du grand boxeur, des bandits voleurs de banque. Bientôt à nouveau réunis, pour le mariage de Jim qui est sur le point d’épouser la fille du Shérif.

Un fantôme de leur passé de bandit, a choisi ce moment pour régler ses vieux comptes.

« (…) c’est alors que j’ai su avec certitude que nous avions fait une énorme erreur en nous ralliant à ces hommes, et je l’ai vu dans le regard de mes compagnons. « 

L’addition est lourde, la rancune tenace, ils ont rendez-vous avec le diable en personne. Et même s’ils se préparent au pire, ils étaient loin d’imaginer un mariage aussi sanglant.

 » Pour la première fois depuis que le pasteur s’était rendu maître du mariage, Beatrice leva la tête du lutrin et fit face aux invités. Les bouches s’ouvrirent et les yeux s’écarquillèrent ; des haut-le-cœur et des pleurs s’élevèrent de l’assistance. La plupart des membres de l’assemblées détournèrent le regard. Le sang pulsait dans les tissus sous sa peau argileuse. « 

Rien de tel qu’un bon western bien noir, pour faire une chevauchée sauvage dans le passé américain. Il fût un temps où seuls les écrans de télévision m’apportaient ce genre de distraction en compagnie de mon père. Et j’avoue que j’en raffolais. 

Une assemblée de chacals m’a plongé direct dans cette ambiance à la Sergio Leone avec en plus une pointe non négligeable de Tarantino. Les salopards sont de sortie, de vrais chiens enragés, prêts à tout pour sauver leur peau. Une ambiance mortelle, poisseuse, sous haute tension, avec des personnages bien campés. En plus de l’intrigue omniprésente, on remonte le passé via la confession d’Orwell et l’on comprends d’autant mieux où cette vengeance a pris vie. Un récit sanglant, percutant, noir à souhait, qui plonge le lecteur dans une explosion de violence sans concession. Un rythme soutenu, qui monte en puissance vers l’horreur. Un western noir, efficace, bien crade et bien sanglant. Les hors-la-loi sont de sortie et ça va faire mal…

S. Craig Zahler est né à Miami en Floride. En plus d’être écrivain, il est également, scénariste, réalisateur et musicien, Batteur et parolier d’un groupe de Heavy metal.

En 2015, il réalise son premier long-métrage,  Bone Tomahawk, avec Kurt Russell. Son précédent roman,  » Exécutions à Victory  » édité chez Gallmeister a reçu des critiques élogieuses. Les droits de ce roman ont été acquis par Hollywood et une adaptation est prévue avec Leonardo DiCaprio et Jamie Fox. 

Je remercie Clothilde et les Éditions Gallmeister pour cette lecture en plein Far-West.

 » Stone Junction « 

Stone Junction de Jim Dodge aux Éditions Super 8 

Traduit de l’anglais (USA) par Nicolas Richard

 » La naissance se déroula sans complications. Dix-neuf heures plus tard, après que l’infirmière eut amené Daniel pour sa troisième tétée, Annalee sauta hors du lit, s’habilla en hâte et quitta la maternité, tenant Daniel emmitouflé dans ses bras. (…) 

    – Okay, mon gars, dit-elle. C’est parti. « 

Et c’est ainsi que Daniel fit son entrée dans le monde et l’aventure ne faisait que commencer.

 » Peu après le cinquième anniversaire de Daniel, Annalee s’assit pour lui exposer scrupuleusement les avantages et les inconvénients possibles, inhérents à la fréquentation de l’école. Elle laissa le choix à Daniel. Il ne lui fallut pas longtemps.

   – Nan, dit-il, ça a l’air merdique, l’école.  »  

Mais n’allez pas croire qu’Annalee  était une mauvaise mère, elle avait déjà apprit à lire à Daniel, et ils fréquentaient assidument la bibliothèque à chacun de leur passage en ville. Et puis dans le Relais de bandits de grands chemins dont elle s’occupait, les hors-la loi apprenaient à Daniel des tas de combines de survies. Et bien plus encore quand ils furent recueillis par un conglomérat de magiciens. Daniel y découvrit la vie, la méditation. On lui enseigna la pêche, la dope, le crochetage de coffre-fort, le poker, la dissimulation, la métamorphose et même l’invisibilité.

Plus tard, sa mère étant partie dans des circonstances que je vous laisse découvrir, il n’aura de cesse de retrouver son assassin, avec autant de conviction qu’il en mettra pour retrouver son père.

 » – Et merde, qu’est-ce que ça peut foutre, hein ? Pourquoi se faire chier avec des broutilles quand la mort connait ton adresse… »  

Et à ces recherches s’ajoutent une autre mission pour lequel il semble avoir été formé, dérober un diamant au pouvoir magique…

 » Les disciplines dans lesquelles il excellait – des occupations essentiellement solitaires- étaient illégales dans la plupart des États. Faire pousser de la drogue, ouvrir des coffres-forts et jouer au poker, autant d’activités potentiellement lucratives, et, à défaut d’autre chose, prendre des risques ne lui faisait pas peur. « 

Ce livre est un objet littéraire identifié comme fantastique. Sept cents pages de pur bonheur. 

La magie opère dés les premières pages dans ce conte de faits pour adultes. On s’envole pour une aventure livresque hors du commun. On accompagne Daniel dans sa quête survoltée, parsemée d’épreuves à surmonter en chemin, tout en gardant un regard optimiste. On y célèbre la vie et on se souvient des morts. Parfois tendre, cynique, et en même temps féroce. 

Jim Dodge a l’imagination débordante, une belle verve, pétillante, truculente, mystérieuse, drôle, intelligente, inventive. Il a réussi à me faire rêver, rire, à me redonner mon âme d’enfant.

Un livre qui ne peu pas laisser indifférent, capable de changer la vie des lecteurs ou tout du moins de la rendre plus agréable pendant et après la lecture. 

Tout comme pour  » Carter contre le diable  » de Glen David Gold, les éditions super 8 nous font un beau cadeau en rééditant ce livre tout aussi extraordinaire. 

Un véritable émerveillement pour les lecteurs, une folle aventure livresque qui laisse des étoiles dans les yeux, et un pincement au cœur une fois terminé. 

Un beau coup de cœur pour toute cette fantaisie couchée sur du papier.

Une aventure fantasmagorique.

Jim Dodge est né en Californie. Il a notamment été bûcheron, berger, prof, ramasseur de pommes et joueur professionnel (le reste étant secret défense). Il a aussi écrit les trois merveilleux romans que sont  » L’oiseau de Cadèche, Not Fade Away, et Stone Junction,préalablement publié dans l’intrépide collection « Lot 49 » au Cherche Midi. 

Je remercie Nadia et les Éditions Super 8 pour cette lecture magique.

 » Le mystère Jérôme Bosch « 

Le mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf aux éditions Le ChercheMidi

Traduit de l’allemand par Joël Falcoz.

 » Le vieux renard du Prado avait peut-être raison. Si ce qu’Antonio se révélait exact, ce serait un découverte scientifique sensationnelle : des symboles cachés sur l’une des peintures les plus marquantes de l’histoire de l’art. Et il aurait participé à cette trouvaille.  »

En 2013

Un homme malveillant a voulu détruire la beauté d’un tableau avec de l’acide. Est-ce un profanateur d’œuvres d’art ou un déséquilibré ? En attendant cet acte de vandalisme considéré comme un attentat révéla un message caché.

 » Trop de personnes s’intéressaient soudainement au Jardin des délices et à ses mystères.  »

Le terroriste n’est autre qu’un prêtre dominicain. Le religieux est convaincu que l’œuvre dissimule un dangereux secret susceptible de nuire à l’église.

Michael Keie, restaurateur de tableau se voit confier la remise en état du triptyque. Après avoir découvert les symboles cachés, il va tenter en compagnie d’Antonio de Nebrija de déchiffrer ces signes étranges.

Le prêtre profanateur va remonter en 1510 pour leur conter l’histoire du tableau.

 » De nouveau, sa voix rappelait celle d’un conteur, capable de captiver son auditoire et de l’entraîner dans les arcanes du passé.  »

Nous voilà transportés dans les Flandres en l’an Grâce 1511 à la rencontre de Jérôme Bosch le peintre du Jardin des délices.

 » (…) vous devez écrire le message sous forme d’image. C’est vous l’insignis pictor. C’est vous le génie de la peinture, pas moi.

– Pour y parvenir, il me faudrait être un démon, un ange ou un dieu. Je ne suis qu’un homme !

– Ne vous sous-estimez pas. Vous disposez d’une grande sensibilité et d’une créativité prodigieuse. (…) Personne avant vous n’a peint de la sorte ! C’est seulement ainsi qu’il peut contempler le monde comme s’il lisait un livre ouvert devant lui. Il est alors forcé de se comporter comme un lecteur attentif. Cette idée est née sous votre pinceau, maitre Bosch.  »

Un tableau qui prédit l’avènement d’une ère nouvelle dans laquelle les femmes joueront un rôle prépondérant. En ces temps immémoriaux c’étaient elles qui domineraient le monde, de quoi en affoler plus d’un.

«  Le triptyque à été conçu pour semer le doute dans l’esprit de celui qui Le contemple.  »

Un tableau qui dénonce le système patriarcal défendu depuis des siècles par l’église catholique.

 » Au nom de la foi, un fou condamnait sans aucun scrupule des innocents parce qu’ils pensaient autrement et pratiquaient d’autres rites que ceux imposés par l’Église catholique. Tous croyaient pourtant au même dieu, à la même rédemption, au même paradis.  »

Pas surprenant que tant de personnes de tout temps cherchent à détruire cette toile.

 » Quand vous aurez compris le tableau, vous aurez la réponse à votre question (…)  »

Tout comme j’admire ce tableau de Jérôme Bosch, j’admire le récit de Peter Dempf.

En voyageant entre Madrid et Bois-le-Duc dans les Flandres, j’ai découvert à travers deux enquêtes parallèles l’une dans le présent et l’autre dans le passé, l’histoire de ce tableau et j’ai tenté moi aussi de percer ses secrets.

Tout comme dans la toile, le soucis du détail est bien présent, la qualité de l’écriture est aussi soignée que les coups de pinceau du Maître d’œuvre.

Le roman devient un thriller captivant, d’où l’on ressort contemplatif face à ce suspense magistral.

Le mystère reste entier jusqu’au final, voire au-delà.

Le livre à lui tout seul, avec sa couverture qui laisse apparaître le tableau est un bijou.

Peter Dempf nous offre à travers son récit un voyage dans le temps à travers un jeu de piste extraordinaire .

Un Thriller érudit, passionnant qui en a déjà éblouit plus d’un.

À votre tour … faites- moi confiance.

Peter Dempf est né à Augsbourg, écrivain mais également professeur d’histoire et de littérature allemande. Il a publié depuis 1983 une quinzaine de romans, des recueils de poèmes et des nouvelles. Le Mystère Jérôme Bosch est son premier roman publié en France.

Je remercie Benoît et les Éditions Le Cherche Midi pour ce suspens artistique.

 » L’obscure clarté de l’air « 

L’obscure clarté de l’air de David Vann aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 » Ô toi la Sombre, dit Médée à l’eau. Fais que tout ce qui lie puisse tomber enfin. Que tout ce qui est connu devienne confus. Que tout ce que nous sommes meure. Fais que je devienne la plus haïe des femmes, et la plus authentique. « 

Médée est la fille d’Éétès et d’Idyie. Elle devint une magicienne habile et une prêtresse d’ Hécate. Elle bravera tous les interdits pour maîtriser son destin, jusqu’à tuer son frère pour empêcher son père de la poursuivre dans sa fuite avec Jason.

« Son père, une menace depuis le tout début, un ennemi avant même sa naissance.  » 

Assoiffée de pouvoir, par amour pour Jason, elle se livra à toutes sortes de crimes.

 » Jason debout devant elle, improbable, comme elle ne l’aurait jamais imaginé. Un demi-Dieu, dans la grâce divine, un cadeau.  » 

Trahie par Jason, elle sera animée par un insatiable désir de vengeance.

Le portrait d’une femme tout en noirceur dévorée par sa passion.

Quand on ne lit pas systématiquement la quatrième de couverture, mais que l’on s’en tient au nom de l’auteur sur la couverture, ça réserve parfois quelques surprises inattendues. Connaissant la plume de David Vann à travers ses romans noirs d’un style que j’affectionne particulièrement, je ne pensais pas me retrouver sur un bateau en compagnie de Médée une déesse de la mythologie grecque.

Mais dans quelle galère je me suis embarquée ?

J’avoue ce n’est pas le genre d’histoire qui me fait rêver et sans la plume de l’auteur absolument fabuleuse je l’aurais vite abandonné.

David Vann revisite à sa manière le mythe de Médée, sous une plume lyrique et merveilleusement sombre.

Un roman ambitieux, particulier, déroutant, où seule l’écriture m’a captivité.

David Vann est né sur l’île Adak, en Alaska. Il est l’auteur de Sukkwan Island, prix Médicis étranger en 2010, traduit en dix-huit langues dans plus de cinquante pays, et de cinq autres romans et d’un récit, Dernier jour sur la terre, tous publiés chez Gallmeister. Il partage désormais son temps entre l’Europe et la Nouvelle-Zélande.

 » Carajuru « 

Carajuru de Sébastien Vidal  aux Éditions Lucien Souny 

 » –  Osveta est un ancien du 66e, il a quitté l’armée au printemps. Il devient célèbre en faisant échec à deux braqueurs à Brive, deux mecs du régiment. Et maintenant il meurt tué par balle. Il y a un morceau de l’histoire qui nous échappe ; « 

Nouvel avis de décès à Brive- la- Gaillarde, Walt va devoir se mettre au boulot, même si à priori ça ressemble à un suicide, certains détails sèment le doute. Il va falloir fouiller dans le passé de la victime pour éclaircir les zones d’ombre.

 » Ce qui m’intéresse c’est l’histoire depuis sa genèse.  » 

Walt était loin d’imaginer que cette situation allait réveiller ses cauchemars.

« Il se dit que les traumatismes étaient des rochers sous l’eau de la rivière : quand le niveau baissait, ils réapparaissaient. Et puis il y avait le facteur amour-propre. Pour un militaire, accepter de subir un traumatisme était en soi traumatisant. Walt se découvrait plus fragile qu’il ne le croyait. « 

Une vieille affaire l’obsède, perturbe sa vie, « La chose de mai 2005  » . Il n’a pas réglé cette mésaventure du passé qui semble étrangement liée au présent.

Walt et son équipe, à force de creuser dans les vieux souvenirs, vont exhumer de sales histoires et de pénibles secrets.

 » Décidément, nous allons de surprise en surprise avec cette enquête en habits de camouflage. « 

Et c’est dans une ambiance mortelle mais tout en poésie que l’enquête se poursuit.

 » Cela s’était fait dans une telle douceur qu’on ne pouvait dire si c’était la nuit qui s’était retirée ou le jour qui s’était imposé.  » 

 

Sébastien Vidal confirme son talent avec ce nouveau polar même si j’avoue avoir un peu paniqué au départ. À trop vouloir bien écrire, avec un vocabulaire alléchant, le langage peut devenir un peu pompeux pour le lecteur.

 » – (…) Comment tu sais tout ça ? 

– La lecture mon ami, la lecture ! Elle nous élève.  » 

Alors je me suis laissée porter par l’écriture façonnée, à travers cette nouvelle enquête policière où j’ai retrouvé Walt Brewski aussi doué dans son boulot que dans les bras de son amante.

 » Dans la pénombre profonde accompagné du craquement épais du cuir, deux corps s’épousaient et se reconnaissaient, deux âmes s’élevaient au-dessus de la mêlée.  » 

À la limite du thriller, beaucoup plus hard que Woorara ( Ma chronique ICI ) Carajuru nous réserve d’intenses émotions sous haute tension, la violence monte crescendo et n’empêche pas quelques sourires éclatants. Une récit très visuel qui donne de la puissance à notre imagination, toutes scènes confondues. C’est chaud, c’est fort, on en redemande. Tout comme pour «  La chose de mai 2005 »  où chaque regard a son importance, et même lorsque les nuages se pointent à l’horizon, ils sont prémices aux bonnes nouvelles, parole de Chef indien.

Alors, tout comme moi, laissez-vous élever par l’écriture de Sébastien Vidal, et vous verrez que ça vaut le coup d’œil. C’est surprenant, captivant, explosif, et érotique.

Carajuru à découvrir pour se faire balader via une histoire mortelle, le meilleur et la suite sont dans le livre…

Sébastien Vidal est née en Corrèze et vit à Saint Jal avec son épouse et ses deux enfants. Il a été gendarme pendant 25 ans dans diverses unités d’interventions. Passionné pour le rugby, il a écrit un magnifique roman où le ballon ovale est à l’honneur : Un ballon sur lecœur (ma chronique ICI). Il est également supporter du CAB, et ses gaillards.

En janvier 2017, parait Woorara (ma chronique ICI) son premier Polar, qui rencontre immédiatement un énorme succès. Il entame avec Woorara une trilogie des Sentiments Noirs (colère, haine, convoitise, jalousie, rancune, honte, qui génèrent la trahison, le mensonge, la vengeance) bref les sentiments qui nous entraînent du coté obscur … Suivra Carajuru en Novembre 2017 le second volet, il traite particulièrement de la honte et de la colère tandis que Woorara mettait en exergue la haine et la vengeance. Le troisième volet parlera particulièrement de la cupidité. Un dernier opus sur lequel il travaille actuellement.

Les trois histoires se déroulent en Corrèze, sa région, chère à son cœur.

La suite bientôt… en tout cas je l’espère.

Je remercie Lucien Souny pour ce polar à l’atmosphère aussi poétique qu’explosive.