Gueule de fer

Gueule de fer de Pierre Hanot aux Éditions La Manufacture de Livres

 » – M’sieur, vous nous montrez comment on devient champion ?

Se pressant devant le banc, les deux ados sont médusés par son palmarès.

– Souffrir et encore souffrir, dit Eugène. « 

Eugène Criqui, boxeur, débutait une carrière très prometteuse quand il fut mobilisé en 1914. Il quitte le ring pour les tranchées et démarre de ce fait un autre genre de combat.

« Août 1914

Contraint de renoncer provisoirement à la boxe, Eugène ne dérogera pas à son devoir de citoyen, comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement. (…)

⁃ Ah la boxe, quelle aventure extrême ! Offrir sa souffrance à des imbéciles, c’est en quelque sorte ce à quoi la guerre nous prédestine. « 

Mars 1915, en plein combat dans cette sale guerre, une balle explosive lui détruit sa mâchoire.

 » – Balle à fragmentation, vous l’avez échappé belle ! Entrée par la bouche et ressortie par le cou, l’ogive a toutefois fait du dégât au passage : dentition arrachée, langue sectionnée en deux, mâchoire inférieure démantibulée en plusieurs endroits…(…) Eugène n’a pas tout capté, la souffrance le dévaste.  »

Un nouveau combat pour Criqui, et de nombreuses opérations vont suivre pour le remettre en état. Naîtra bientôt Gueule de fer, une belle gueule d’ange revenue de l’enfer. Mais le chantier n’est pas terminé, il faut désormais repartir à la reconquête de son corps.

À force de volonté et de courage dés 1917 il reprendra la boxe et deviendra champion du monde à New York.

 » Réactiver le passé d’un homme dont on ne possède que des échos parcimonieux et souvent contradictoires, un exercice d’équilibriste en bascule sur une corde instable.

Encore fallait-il jusqu’au vertige s’acharner à ne point trahir. Eugène Criqui m’en a préservé : j’étais son partenaire au milieu du ring, son compagnon dans les tranchées, je l’ai rêvé, quasiment traduit, du corps et du cœur il est devenu mon frangin. « 

Avec brio, Pierre Hanot sort de l’oubli, un boxeur à la gueule cassée. Il nous livre un récit coup de poing, percutant, fort et touchant tel un uppercut en plein cœur.

L’histoire d’un guerrier qui va combat après combat prendre le chemin de la victoire non sans mal.

Un bel hommage sous une belle plume d’un écrivain au grand cœur pour faire revivre un héros injustement oublié.

Qu’on aime ou pas la boxe, on ne peut être qu’admirative devant tant de courage, devant cette résilience. Une belle leçon de survie dans un roman passionnant.

Un Livre aux qualités multiples, un bel ouvrage littéraire, très soigné.

Un Livre qui a une gueule d’enfer.

Pierre Hanot est né à Metz et vit en Lorraine. Tour à tour maçon, routard, professeur d’anglais. Chanteur et guitariste, il a réalisé plus de deux cent concerts dans les prisons françaises. Il revisite avec originalité le monde du noir et du polar à travers différents romans :

– Rock’n taules en 2005 ( récit)

– Les hommes sont des icebergs en 2006

– Serial Loser en 2008

– Les Clous du fakir en 2009

– Tout de tatou en 2013

– Aux Armes défuntes en 2012

Ambiance musicale : 15 Éme round de Bernard Lavilliers à écouter ici

Je remercie Pierre des Éditions La Manufacture de Livres pour cette lecture héroïque.

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3 réflexions sur “Gueule de fer

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