Dealer de lignes

 » My absolute Darling « 

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My absolute Darling de Gabriel Tallent  aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Laura Derajinski 

 » Elle est grande, à quatorze ans, une carrure maigrichonne et dégingandée, des jambes et des bras longs, des hanches et des épaules larges mais délicates, un cou long et nerveux. Ses yeux sont l’atout physique le plus frappant, bleus et en amande sur son visage trop mince, ses pommettes hautes et saillantes, sa mâchoire aux larges dents tordues – un visage laid, elle le sait, et inhabituel. Ses cheveux sont épais et blonds, des mèches entières pâlies par le soleil. Sa peau est constellée de taches de rousseur cuivrées. Ses paumes, la peau lisse de ses avant-bras et l’intérieur de ses cuisses sont veinés de bleu.  » 

Julia préfère qu’on l’appelle Turtle, même si pour son père c’est Croquette. Telle une petite sauvageonne, elle arpente la forêt pied nus, mais jamais sans son pistolet. Un bien triste compagnon pour une jeune fille si jeune. Elle tente d’échapper à sa vie si particulière.

«  Elle pense, je vais rentrer, maintenant. Retourner dans ma chambre. J’ai promis, et promis, et promis encore, et il ne supportera pas de me perdre. À l’est, le cours d’eau scintille, dans la pénombre sauvage. Elle reste là longtemps à respirer, à absorber le silence. Puis elle avance. « 

C’est Martin qui l’a initiée aux armes à feu. Martin est ce qu l’on appelle un survivaliste. Il se prépare à une catastrophe supposée arriver dans un futur proche. Il tente de transmette tout son savoir et ses idées bien arrêtées à Turtle. Martin est son père. Un père qui aime un peu trop sa fille, beaucoup trop.

« Bon sang Croquette. Bon sang (…) Tu deviens si grande, si forte. Mon amour absolu. Mon amour absolu.  » 

 » Tu es la plus belle personne qui soit, dit-il. Voilà ce que je pense. Tout est parfait en toi, Croquette. Chaque détail. Tu es l’idéal platonique de toi-même. Chaque imperfection, chaque cicatrice est l’élaboration inimitable de ta beauté et de ton coté indomptable. Tu ressembles à une naïade. Tu ressembles à une fille élevée par les loups. Tu le sais ?  » 

Lors d’une fugue, Turtle a fait connaissance avec  Jacob, un lycéen.  Il est à la fois intrigué et fasciné par cette fille pas comme les autres. Une amitié s’installe, prends racine et grandit jour après jour. Mais comment pourra-t-elle échapper à l’emprise de ce père possessif, narcissique et violent ?

 » – Bordel. Ça va aller, Croquette.

(…)

Elle pense, ça n’est jamais allé, chez nous et ça n’ira jamais. Elle pense, Je ne sais même pas à quoi ça ressemble, d’aller bien. Je ne sais pas ce que ça signifie. Quand il est au meilleur de sa forme, on va mieux que bien. Quand il est au meilleur de sa forme, il s’élève largement au-dessus de la masse et il est plus incroyable que tout le reste . Mais il y a quelque chose en lui. Un défaut qui empoisonne tout. Que va-t-il advenir de nous… « 

Quitter Turtle m’a été difficile, tant je m’étais attachée à cette jeune sauvageonne à la vie si douloureuse auprès de ce père abusif. Tant d’amour et tant de haine, des sentiments mêlés qui laissent un goût amer et une certaine colère nous envahir. 

On ne peut qu’admirer son combat pour devenir la fille qu’elle rêve de devenir  pour préserver son âme. 

Entourée depuis toujours d’armes, synonyme de danger, de douleur, de destruction et si peu de protection.

Une histoire hors-norme, aussi démesurée que les séquoias qui l’encadrent. 

Un roman sombre, sidérant, obsédant, qui dérange, indigne, bouleverse. Un véritable coup de foudre pour cette histoire puissante qui ne peut laisser personne indifférent. 

En tant que lectrice, lorsque je tombe sur un roman qui m’embarque pour un si grand voyage, d’une force unique, cela crée un lien puissant et ni le temps, ni l’espace ni rien au monde ne pourra briser ce lien. Ce qui au départ n’était juste qu’une histoire, avec son personnage récurrent, deviendra mon amie. Quand elle rit, je ris, quand elle pleure, je pleure, quand elle a mal je souffre aussi. C’est un voyage qui mélange toutes les expériences, l’amour et le pardon, le triomphe et la tragédie, l’espoir et la douleur, il y a des hauts, des bas. Et si j’endure la lutte et me bats à ses cotés pour surmonter la douleur alors plus rien ne pourra m’ arrêter. Ce livre m’aidera à me souvenir que quelque soit l’avenir qui m’est réservé, chacune de mes peurs, chacun de mes moments de bonheur ou de chagrin me trouvera chaque fois plus forte, parce que je ne serai plus jamais seule. 

Turtle est avec moi, pour toujours à jamais.

Gabriel Tallent est né en 1987 au Nouveau-Mexique et a grandi en Californie. Il a mis huit ans à rédiger My Absolute Darling, son premier roman qui a aussitôt été encensé par la critique et fait partie des meilleures ventes aux États-Unis. Il vit aujourd’hui avec sa femme à Salt Lake City.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette lecture aussi puissante que poignante en compagnie d’une jeune fille inoubliable.

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