“ Goodbye, Loretta ”

Goodbye, Loretta de Shawn Vestal aux éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique

Traduit de l’américain par Olivier Colette

Dans les années soixante-dix en Arizona, au sein d’une communauté de mormons vit Loretta, une jeune fille de quinze ans.

Pas facile de vivre une adolescence épanouie avec toute la rigueur imposé par le code moral de cette congrégation qui met l’accent sur la famille, ne consomme ni alcool, ni tabac, ni café et jeûne un jour par mois.

Chaque soir elle fait le mur et rejoint son petit ami, jusqu’au jour où son père la surprend et décide de la marier de force à Dean Harder, un homme de trente ans ans de plus qu’elle, déjà marié et père de sept enfants.

” Pour Loretta, cette partie de la journée est la pire, car elle lui rappelle clairement qu’aucune parcelle de sa vie ne lui appartient. “

Loretta se glisse dans ce nouveau rôle qu’on lui impose, d’« épouse-sœur » mais s’accroche à ses rêves.

” Ce que Loretta croyait impossible s’est révélé simple, aussi simple que cette vie. Elle se rappelle s’être demandé comment elle allait cacher sa vraie personnalité, avant de découvrir que c’était un jeu d’enfant, puisque personne ne lui posait jamais de questions sur elle-même.

D’ailleurs, ce soir, quand Dean viendra dans sa chambre, ce sera pareil, en plus intense. Ce n’est pas elle qui sera avec lui, mais son ombre, et ce ne sera pas la fin du monde, juste un obstacle de plus qu’elle franchira en se retirant en elle-même. La chair ne lui fait pas peur. “

La chance de fuir cette vie se présente finalement sous les traits de Jason, le neveu de Dean. Une nouvelle aventure commence aux allures de road trip qui les mènera peut-être vers le chemin de la liberté tout en faisant face à la dure réalité.

Ce que j’en dis :

C’est toujours avec un certain plaisir que je me plonge dans un roman de la collection Terres d’Amérique. Pour avoir croisé la route de mormons lors d’un voyage j’étais loin d’imaginer à quel point leurs vies pouvaient être si particulière malgré un vague aperçu qui m’avait laissé assez stupéfaite.

Ce roman nous offre une immersion fascinante dans leurs communautés plutôt méconnues, durant les années 70. Un monde à part. On y découvre leur quotidien, leurs mœurs, leurs croyances, la polygamie à travers les yeux de Loretta, une jeune fille qui tente de s’émanciper de la vie qu’on lui impose.

On y croise également d’autres personnages assez surprenant et même dérangeant, des hommes qui se disent croyants mais se laissent pervertir par l’argent et n’hésitent pas à exploiter physiquement et sexuellement des femmes-enfants.

Un premier roman qui sort de l’ordinaire tout à fait séduisant, qui nous embarque au cœur de la mythologie de l’Ouest Américain, tant sacrée que profane.

Une très belle découverte.

Shawn Vestal s’est fait connaître par ses nouvelles, d’abord publiées dans de célèbres revues littéraires puis réunies dans un recueil intitulé Godforsaken Idaho (non traduit en français), qui a été récompensé par le PEN/Robert W. Bingham Prize. Il est par ailleurs éditorialiste pour The Spokesman-Review. Goodbye, Loretta est son premier roman.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ce voyage aux allures Vintage.

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L’ange gardien

L’ange gardien de Christa Faust aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Christophe Cuq

” Les choses que nous avons faites dans le passé décident-elles de ce que nous sommes ? Ou sommes-nous continuellement réinventés par les choix que nous effectuons pour le futur ? Je pensais avoir la réponse à ces questions. Aujourd’hui je n’en suis plus trop sûre. “

Angel Dare a rejoint le programme de protection des témoins. Ex-actrice du porno, elle bosse désormais dans un Diner, sous une autre identité. Elle pensait avoir échapper à son ancienne vie, mais c’était sans compter la venue de Vic Ventura, son ancien amant. Surgit de nulle part, accompagné de son fils, le voilà à nouveau dans ses pattes.

À peine remise de sa surprise, des mexicains armés débarquent et Vic se prends une balle. Il est grand temps de mettre les voiles et d’essayer de sauver leurs peaux. On fêtera les retrouvailles et on fera connaissance avec le marmot une autre fois.

Je n’avais aucune idée d’où je me trouvais ni de vers où nous roulions. Vu tout ce que j’avais traversé ces dernières années, je m’étais plus ou moins faite à l’idée de mourir de mort violente, mais là, c’était différent. Je n’étais pas seule dans la voiture. “

Là voilà à nouveau en fuite, mais cette fois elle a des bagages. Et en plus va falloir qu’elle joue les nounous, ou plutôt les anges gardiens, vu la taille du gosse.

Le gosse en question c’est Cody, et apparemment il tient de son père, même s’il combat en professionnel.

” Son gros problème, c’est qu’il perd trop vite son calme. Si le combat tourne pas comme il veut dans le premier round, il s’énerve et commence à faire des erreurs. Mais on voit seulement parce qu’il est jeune. Le gamin a juste besoin de prendre un peu de bouteille. Le milieu du fight, c’est un milieu dur, et je parle pas de tout ce qui se passe sur le ring. Ce milieu il vous avale, il vous broie et il vous recrache à la seconde où vous baissez votre garde. “

Angel va s’immerger dans l’univers du combat extrême et tenter de tenir la promesse faite à Vic. Même s’il n’y a pas de mal à se faire du bien au passage.

” Je repensai alors à Vic et à Cody, et à la raison initiale de ma présence ici. Un frisson de culpabilité me traversa. Il fallait que j’arrête d’écouter ma chatte et que je reste concentrée sur mon objectif : sortir Cody du pétrin dans lequel il s’était fourré. Tout le reste devait passer au second plan.

Je tirai toutefois sur mon débardeur afin de dévoiler un peu plus mon décolleté. Après tout, ça ne coûtait rien de soigner son apparence. “

Ce que j’en dis :

Sexy un jour, sexy toujours, pas la peine de chasser le naturel il revient au galop. Mais c’est pas pour autant qu’elle baisse sa garde.

Même si les rounds se suivent , et qu’elle encaisse encore une fois de nombreux uppercuts, elle n’est pas encore au tapis.

Après l’industrie du sexe, de Money Shot ( ma chronique ici), là voilà dans le milieu des bodybuilders, c’est pas moins trash, ni moins brutal, c’est juste le costume qui change.

Toujours des embrouilles où la drogue n’est jamais très loin…

J’ai retrouvé avec plaisir la nana sexy qui n’a pas froid au yeux mais le feu aux fesses. Dés le premier coup de feu, ça part en live et il en sera de même jusqu’au final. Pas de temps mort, ni même le temps de compter jusqu’à dix, ça dezingue à mort et c’est pas pour me déplaire. Encore plus hard, encore plus dingue, ça monte crescendo et c’est la victoire assurée pour mon palmarès des coups de cœur livresque. Je fini comme elle, le cœur brisé et je suis impatiente de la retrouver sur la route américaine.

Un roman noir, sexy, violent, déchirant mais non démuni d’humour, de quoi rendre fou d’amour de nombreux lecteurs.

Christa Faust est née et a grandi à New-York. Elle a travaillé dans les peep- show de Times Square et dans l’industrie du porno pendant une dizaine d’années. Elle est l’auteur de onze romans et vit aujourd’hui à Los Angeles.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce Shot d’adrénaline pure.

“ Un intrus”

Un intrus de Charles Beaumont aux éditions Belfond, collection Vintage

Traduit de l’américain par Jean-Jacques Villard

Préface de Roger Corman, traduite de l’américain par Michael Belano

« Ma’ame, je voudrais savoir si vous avez des enfants à l’École supérieur ? » J’ai répondu oui, une fille. Alors il a dit : « J’aimerais savoir ce que vous pensez de voir votre enfant dans la même école qu’un tas de nègres, peut-être dans la même classe. » (…) – Il à demandé si j’étais prête à travailler pour l’empêcher. (…) – Naturellement, ai-je répondu, mais que peut-on faire ? « Énormément », a-t-il déclaré.

À Caxton, une petite ville sudiste des États-Unis, les habitants sont un peu perturbés par l’annonce de la Cour suprême qui vient de tomber. Nous sommes en 1954, la ségrégation dans les écoles publiques vient d’être déclarée anticonstitutionnelle .

Malgré l’étonnement et l’agacement que cette nouvelle suscite, on laisse faire.

(…) nous avons usé de toutes les ficelles, mais cela n’a servi à rien. Les nègres fréquenteront l’école à dater de demain, autant se faire toute suite à cette idée.

Mais un intrus vient de débarquer et s’oppose ouvertement à cette décision. Tel un ver dans le fruit, il va tenter de répandre son fiel raciste, pourrir l’ambiance et semer la haine sur son passage.

« Vous êtes l’éprouvette du pays, son cobaye ! C’est pour cela je dis que vous avez entre vos mains non seulement l’avenir de Caxton, mais celui de l’AMÉRIQUE. »

La population s’inquiète.

” Ce soir,se dit-il, c’était le début. Une guerre va se déclarer dans ma ville, et je ne sais même pas de quel côté je suis. “

Ce que j’en dis :

Les éditions Belfond nous offre l’occasion de redécouvrir une pépite de la littérature américaine grâce à cette réédition dans leur collection Vintage.

À travers ce roman « Politique  » doté d’une conscience sociale, on se retrouve au cœur d’une page d’Histoire. Un récit passionnant qui allie suspense et fait historique dans une atmosphère plutôt sombre et inquiétante. Une belle plume assez puissante pour une histoire déchirante. Manipulation psychologique, intolérance, violence, racisme, autant de sujets abordés avec précision dans ce roman engagé qui réveille les âmes.

Même plus de cinquante ans après, le racisme et les préjugés n’ont pas disparu, ce qui rend ce roman encore plus pertinent. Un livre qui devrait à mon avis figurer au programme dès le collège.

Un Vintage noir coup-de-poing paru aux États-Unis en 1959, adapté au cinéma par Roger Corman en 1962.

Né Charles Leroy Nutt à Chicago en 1929, Beaumont a très vite abandonné le lycée et multiplie les petits boulots avant de se consacrer à l’écriture. C’est en 1950 qu’il vend une de ses histoires au magazine Amazing stories, une étape décisive sur la route du succès. En 1954, son récit Black Country est la première œuvre de fiction à paraître dans le journal Playboy. Beaumont collabore fréquemment avec le magazine et publie de nombreuses nouvelles dans différents périodiques grand public comme Esquire, ou dans des publications de sciences-fiction et de fantasy.

L’univers télévisuel est son second domaine de prédilection, il est notamment scénariste pour la série The Twilight Zone ( la Quatrième dimension), et collaboreactivement avec Roger Corman pour lequel il écrit les scénarios de L’Enterré vivant, La Malédiction d’Arkham, Le Masque de la mort rouge…

Atteint du syndrome de Werner, maladie caractérisée par un vieillissement précoce, Charles Beaumont meurt très jeune, à 38 ans, en Californie.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette réédition historique passionnante.

“ Baby Doll ”

Baby Doll d’ Hollie Overton aux éditions Mazarine

Traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier

” Parvenue en haut de l’escalier, Lily hésita. Où avait-elle la tête ? À sa dernière tentative d’évasion, elle avait failli perdre la vie. Pouvait-elle vraiment le défier ? Elle fut sur le point de redescendre, puis son regard se posa sur Sky, irradiant l’innocence, et elle comprit que pour son enfant, elle ne pouvait pas reculer. Fais le pour Sky, se dit-elle. Lily tourna la poignée et la porte s’ouvrit sans résistance. “

La liberté se cache-t-elle derrière cette porte ? Après 8 ans, 3110 jours d’enfermement, 74640 heures de peur, le calvaire va-t-il prendre fin ?

Lily va-t-elle retrouver sa vie ? Sa famille ? Sa sœur jumelle ? Son premier amour ?

” C’est peut-être un de ces rêves qui devient réels. “

Son enlèvement a détruit bien plus que sa vie, c’est sa famille entière qui fut également touchée. Et si son retour était pire que sa disparition ? Quel chamboulement allait-il déclencher ?

Mais elles avaient déjà fait un voyage en enfer. Cela pouvait-il être pire ? “

” (…) tout ce qu’elles feraient à part de cet instant serait enregistré, consigné puis disséqué et livré en pâture au monde. “

Si je reste vague en vous donnant juste quelques indices et bien moins que la quatrième de couverture, c’est surtout pour vous laisser découvrir au maximum ce thriller absolument génial.

Une fois ouvert ce livre, c’est comme pour Lily, quand elle franchit la porte, impossible de revenir en arrière. D’emblée l’histoire vous kidnappe de manière spectaculaire et il vous sera impossible de la quitter avant l’épilogue.

À travers ce roman choral qui donne la voix à chaque personnage intervenant dans l’histoire, l’auteur nous offre un récit captivant plein de rebondissements.

J’avoue que si le sujet m’a fait peur, car je ne suis pas fan de l’étalage de violence, ce fut une belle surprise d’y trouver l’essentiel sans abus inutile bien au contraire. J’ai autant apprécié l’écriture que la construction du récit. Pour un premier roman, je reconnais que c’est époustouflant. Un grand et très bon thriller que je vous recommande vivement.

Je ne suis pas prête d’oublier Baby Doll et je suivrai cette auteure avec attention. Si tous les thrillers étaient de cette trempe, il est clair que j’en lirais plus souvent.

Une très belle surprise.

Hollie Overton et sa sœur jumelle ont été éduquées par leur mère. À l’âge adulte, elle a appris que son père était un criminel. Membre du Gang Overton, qui avait défrayé la chronique au Texas dans les années 60, il a passé plusieurs années en prison pour meurtre. Hollie Overton a travaillé comme scénariste pour des séries à succès telles que Cold Case. Elle vit maintenant à Los Angeles avec son mari, Baby Doll est son premier roman. Il a déjà été publié dans 13 pays.

Je remercie Léa du Picabo River Book Club et les Éditions Mazarine qui m’ont permis de découvrir ce thriller sidérant.

Les brumes de Key West

Les brumes de Key West de Vanessa Lafaye aux éditions Belfond

Traduit de l’américain par Laurence Videloup

 » Elle à la gorge serrée, autant en pensant à ce qu’elle va commettre qu’à cause de l’effort physique qu’elle vient de faire. Si seulement, pense-y-elle, elle pouvait rembobiner la matinée, revenir à l’aube et aller au marché plutôt qu’au parc. Si seulement elle pouvait ne pas avoir vu ce qu’elle y a vu et s’installer sous le cocotier dans son fauteuil préféré avec un verre de limonade… Mais ce n’est pas possible. “

En Floride, au cours de l’année 1993, en plein jour, à la vue de tous, une femme de quatre-vingt-seize ans abat froidement un homme, membre du Ku Klux Klan.

« (…) Les gars, vous n’allez pas en revenir quand vous saurez qui est là, dans notre cellule. » Elle ménage son effet avant de déclarer : « C’est Alicia Cortez . »

Mais pourquoi Alicia Cortez arrivée en 1919 de La Havane après avoir été bannie par les siens s’est-elle rendue coupable d’un tel acte ?

Il est vrai que son arrivée n’est pas passée inaperçue.

” « Nombre de personne viennent ici pour recommencer à zéro. » (…) « Bienvenue en Amérique.»

Très vite elle comprend que derrière le salon de thé de sa tante, est une façade qui cache un tout autre commerce. Mais très vite elle trouvera sa place grâce à ses talents de guérisseuse.

Qui suis-je ici ? c’était bon de pouvoir ajouter « guérisseuse » à la liste. Car même si redresser le salon de thé et lui assurer une réputation grandissante en tant que restaurant pouvait lui procurer une certaine satisfaction, rien ne lui donnait plus de joie que de dispenser les moyens de soulager la souffrance. “

Petit à petit, elle se rapproche de John, un séduisant vétéran, propriétaire du bar d’à côté. Mais ici, le racisme est profondément ancré. Le Ku Klux Klan fait des émules en ville. Il serait étonnant que cette histoire d’amour naissante plaise à tout le monde.

« Dans le coin, des tas de familles blanches ont du sang noir dans les veines, depuis l’esclavage et les hommes blancs qui ont enjambé la barrière. Pas grave, sauf que de temps en temps, bébé a pas la bonne couleur, et alors tout le monde joue la surprise. Mais la ville entière est construite sur un marécage de secrets. » (…) « Le meilleur conseil que je peux vous donner, mademoiselle, c’est de rester en dehors du marécage. »

Le drame semble inévitable…

Après avoir de découvert la plume de Vanessa Lafaye, à travers son premier roman Dans la chaleur de l’été ( ma chronique ici) qui m’avait bouleversé, j’étais impatiente de retrouver son univers et une fois de plus je suis conquise et émue.

En s’inspirant d’événements historiques, tout en prenant une certaine liberté afin que le récit coule de manière fluide, elle nous offre un récit extrêmement fort. Il nous plonge véritablement dans l’atmosphère de l’époque via une histoire d’amour mixte qui subit, le sectarisme, la jalousie, la haine. On découvre la ségrégation, l’arrivée un Klan, la prohibition mais aussi la grippe espagnole qui fit pour la deuxième fois des ravages.

La construction du récit nous transporte vers le passé, aux côtés de personnages terriblement poignants. Comme son précédent roman, il se dégage des émotions puissantes, à couper le souffle et à tirer les larmes.

Un roman fascinant, déchirant, une plume talentueuse qui me laisse le cœur en vrac depuis qu’elle s’est éteinte en février 2018.

Je ne peux que vous encourager à découvrir ces deux romans exceptionnels publiés chez Belfond.

Véritable coup de cœur

” Le seul moyen d’être libre c’est de cesser de lutter. “

Née en Floride à Tallahassee, Vanessa Lafaye a étudié en Caroline du Nord, puis à Paris. Une aventure européenne qui lui a fait découvrir l’Angleterre, où elle s’est installée avec son époux et leurs enfants. Après avoir travaillé dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, elle se consacrait désormais à l’écriture et au chant- Elle dirigeait la chorale de sa ville de Malbourough. Après Dans la chaleur de l’été (Belfond 2016 ; Pocket 2017), Les brumes de Key West est son deuxième roman. Vanessa Lafaye est décédée en février 2018.

“ Salut à toi ô mon frère ”

Salut à toi ô mon frère de Marin Ledun aux éditions Gallimard

” -Rose, c’est toi qui m’as encore piqué mon tee-shirt bleu, tu sais, celui avec des paillettes ?

Le réveil est brutal. En dessous ça grouille. Dans tous les sens du terme et dans toute la maison. Ça s’agite en grand nombre. En quinconce. C’est rempli d’une masse confuse et en mouvement. “

Dans cette famille atypique qui comprend, un père, une mère et six enfants dont deux filles et quatre garçons, sans oublier un chien et deux chats, un membre manque à l’appel. C’est le branle-bas de combat. Rien ne va plus.

” – Monsieur et madame Mabille-Pons, je n’irai pas par Quatre chemins, l’affaire est grave. “

Gus a disparu, et c’est Personne qui est sur l’affaire. Ça commence mal, et même très mâle, avec ce Personne qui trouble Rose.

Personne dans le rôle du flic, ça ne s’invente pas, c’est même écrit noir sur blanc, même si il est plutôt vert-pêche pour une certaine demoiselle.

” – Où est la chambre de votre frère ? S’enquiert Personne, en tête de meute.

– Je ne suis pas une balance …“

Non mais sérieux, il croit peut-être que parce qu’il a du charme, la sœur de Gus va le trahir ? Dans la tribu Mabille-Pons c’est un pour tous et tous pour un. Et même si tout accuse Gus du pire, personne n’y croit, oui même Personne a des doute.

” Tout le monde s’agite, tout le monde fait semblant, mais le cœur n’y est pour personne. L’absence de Gus et notre impuissance nous hantent tous. ”

Dans cette famille on n’adopte pas que les enfants, on adopte aussi une attitude face au racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, on lutte pour le droit au désordre et on se mobilise pour innocenter, lui ô notre frère.

Salut à toi ô mon frère

Salut à toi le Colombien

Salut à toi le p’tit Français

Salut à toi le voleur

Salut à toi le rôdeur

Salut à toi le vagabond

Salut à toi le maraudeur

Salut à toi le braqueur

Salut à toi le musicien

Salut à toi le rasta

Salut à toi l’Opel Manta “

Quand une gothique prénommée Rose, amoureuse de poésie et de Personne en particulier nous raconte cette histoire, cela donne un récit survolté et cynique, du noir avec une pointe de rose, dans une ambiance dix mille volts sans temps mort, ça déménage.

À travers une plume aussi drôle que sarcastique, Marin Ledun nous offre un roman savamment orchestré qui ne laisse au lecteur aucun répit. La famille Mallausène a du soucis à se faire, les Malavita également (pour les connaisseurs).

Imaginez un peu, le bouquet final d’un feu d’artifice en boucle, et vous saurez tout de suite dans quoi vous vous embarquez. Attendez-vous à une profusion de sourires, des instants de suspense, des retombées de malice et des waouhs en chaîne.

L’auteur nous régale, et se renouvelle tout en gardant son esprit engagé.

C’est excellent, même si une énigme reste entière :

Mais où est passé le tee-shirt bleu à paillettes ?

On ne nous dit pas tout, une suite peut-être ?

En tout cas je l’espère de tout cœur.

Salut à toi Marin

Salut à toi l’écrivain

Salut à toi le tatoué

Salut à toi l’engagé

Salut à toi ô mon frère

Marin Ledun a publié une quinzaine de romans noirs, dont La guerre des vanités, Les visages écrasés, L’homme qui a vu l’homme, et En douce ( ma chronique ici) , tous primés. Il écrit également des romans pour la jeunesse et des pièces radiophoniques pour France Culture. Avec Salut à toi ô mon frère, il signe son retour à la Série Noire.

Je remercie les éditions Gallimard pour cette lecture explosive.

Sleeping Beauties

Sleeping Beauties de Stephen King et Owen King

Traduit de l’anglais ( États-Unis) par Jean Esch

” D’ après les Indiens Blackfeet, les papillons de nuit marron apportent le sommeil et les rêves. “

Un phénomène inexplicable s’empare des femmes à travers le monde. Après leur endormissement, une sorte de cocon de soie les enveloppe et il vaut mieux ne pas tenter de les réveiller sous peine de les voir se transformer en véritable sauvage capable du pire.

(…) en Australie, des médecins annonçaient une épidémie de maladie du sommeil qui semblait atteindre seulement les femmes.

Ce que l’on nomme désormais la fièvre Aurora touche toutes les femmes. Toute, sauf une, Evie, qui semble immunisée contre ce mal étrange.

Celui-ci pouvait prendre fin, ou bien se transformer en cataclysme planétaire. Comment savoir ?

Le monde se retrouve livré à la violence des hommes.

Evie survivra-t-elle à la fureur des hommes privés si soudainement des femmes.

 » Il faut enfoncer la touche EFFACER pour repartir de zéro. Qu’en penses-tu ? “

Quand on démarre la lecture d’un roman de Stephen King, on sait d’emblée que l’aventure va nous embarquer vers un univers particulier. Cette fois c’est le duo père-fils, qui nous offre un récit qu’ils ont écrit à quatre mains.

Contrairement à mes attentes, si la première partie m’a conquise, et laissait présager une histoire de dingue, il en a été tout autre pour la seconde partie que j’ai eu un mal fou à terminer. Les longueurs inutiles s’enchaînaient et je perdais tout intérêt à ma lecture, je m’enlisait.

Pourtant ce roman avait tous les ingrédients pour en faire une histoire fantastique, on ne peut plus originale. Et il était également intéressant de découvrir le résultat d’une écriture à deux.

Je ressort de cette lecture plutôt déçue, et je trouve vraiment dommage que ce duo King, ne nous ai pas offert un récit plus abouti, plus passionnant.

Je suis malgré tout certaine qu’il trouvera son public, quand on est fan on accepte les imperfections.

Je serais plutôt curieuse de mon côté, de connaître la manière dont il a été écrit. Si vous avez des infos, je suis preneuse.

Malgré un avis mitigé, je suis tout de même ravie d’avoir franchi la dernière ligne de ce pavé. Je risque dorénavant de regarder les papillons avec quelques appréhensions…

Stephen King a écrit plus de 50 romans, autant de best-sellers, et plus de 200 nouvelles. Couronné de nombreux prix littéraires, il est devenu un mythe vivant de la littérature américaine. Il a reçu la médaille de la National Book Foundation en 2003 pour sa contribution aux lettres américaines, et un Grand qmaster Award en 2007 pour l’ensemble de son œuvre.

Owen King, son plus jeune fils, est également écrivain et à publié divers ouvrages, du roman au recueil de nouvelles en passant par la bande dessinée, pas encore traduit en France.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette aventure inquiétante sous la plume d’un duo de renom.

“ Les Pâques du commissaire Ricciardi ”

Les Pâques du commissaire Ricciardi de Maurizio De Giovanni

Traduit de l’italien par Odile Rousseau

” La vieille était arrivée au commissariat tout essoufflée. C’était la concierge du bordel, une célébrité, connue dans tout le quartier à cause de la force de ses bras qui contrastaient avec sa silhouette menue et lui permettaient d’assurer un service d’ordre efficace, jetant à la rue les clients ivres et importuns qui cherchaient toujours à en avoir plus pour leur argent. (…) Quand il s’était trouvé face à elle, il avait compris qu’elle était vraiment troublée : les joues rouges, le souffle court, l’air désespéré.

« Brigadier, venez tout de suite, tout de suite. Y s’est passé quelque chose de terrible. » “

À Naples, une semaine avant Pâques, une prostituée de luxe plus connue sous le nom de Vipera est retrouvée sans vie dans la chambre du bordel où elle officiait. L’oreiller, dernier témoin de ce crime odieux n’est hélas d’aucun secours.

” Malgré l’affront fait par la mort, le commissaire comprit que Vipera avait dû être très belle. “

Vipera était d’une beauté envoûtante qui ne laissait personne indiffèrent. Le commissaire Ricciardi devra démêler un sacré sac de nœud où se mêlent de l’avidité, de la jalousie et une rancune tenace, afin de résoudre l’énigme de la mort de cette femme.

” Pour le Jeudi saint, le printemps choisit un costume gris.

La matinée se présenta voilée, sous un soleil pâle et maladif qui ne se sentait pas la force d’exercer son métier. Une lumière laiteuse atténuait les contours, les noyant dans une brume incertaine. Les rares passants du petit matin se déplaçaient le long des murs, surpris par l’humidité de l’air : le printemps continuait à étonner et à décevoir, se trompant lui-même sur son propre compte. “

À travers une intrigue tout en finesse, je fais connaissance avec le commissaire Ricciardi et je découvre son don particulier. Un personnage d’emblée très attachant, que j’aurai plaisir à retrouver dans ses précédentes enquêtes pour le connaître davantage.

L’auteur dépeint le fascisme napolitain des années 30, à travers une plume raffinée, délicate. Un récit où l’amour voyage à travers la mort, la beauté à travers la haine.

Un roman imprégné de lyrisme qui ravira les lecteurs exigeants, comme quoi on peut écrire du polar et y apporter une écriture singulière.

Du suspens, de la poésie et des personnages particuliers pour un voyage en Italie absolument génial.

Une très belle découverte grâce aux concours des éditions rivages et je les remercie.

” Dans la pénombre du soir qui descendait, Ricciardi était à son bureau, assis dans un fauteuil, ses yeux clairs grands ouverts sur le vide.

Combien de temps faudra-t-il attendre encore ? Et, surtout, comment cela allait-il se terminer ?

Il n’y avait qu’à attendre.

Seulement attendre. “

Maurizio De Giovanni est né à Naples, le cadre de tous ses romans. Auteur star, lauréats du prestigieux prix Scerbanenco, son œuvre a été traduite dans de nombreux pays et plusieurs fois adaptée à la télévision. Après les quartes volumes du cycle des Saisons, il entame le cycle des Fêtes avec Le Noël du commissaire Ricciardi.

Une ombre au tableau

Une ombre au tableau de Myriam Chirousse au éditions Buchet / Chastel

“ Greg sorti son téléphone et prit une photo qu’il envoya à Mélissa. Cette maison lui plairait-elle ? Bien sûr, évidemment qu’elle lui plairait. Il y avait un grand salon, une cuisine équipée, deux salles de bains, trois chambres à l’étage dont une suite parentale avec balcon, un dressing, un garage, une terrasse, un jardin bien exposé avec cet arbre en fleur (…) et cette piscine magnifique, bordée de dalles claires et de palmiers, un vrai lagon.

Son regard s’arrêta sur la piscine. Mais il y avait une ombre au tableau. ”

Sur la Côte d’Azur, Greg Delgado, un employé de banque qui rêve d’une réussite sociale cherche une nouvelle maison qui serait à la hauteur de ses ambitions. Un ami, agent immobilier lui propose une affaire dans une résidence de standing. Il se jette sur cette opportunité sans même consulter sa femme, Melissa. Afin qu’elle n’en prenne pas ombrage, il lui cache la noyade du fils des anciens propriétaires.

La maison est achetée et la nouvelle vie du couple et de leur petit garçon commence sous cet été caniculaire.

Malgré tout, Melissa s’y sent mal à l’aise. Elle a comme un pressentiment…

Melissa posa une main sur son front pour empêcher les pensées de valser sous son crâne. Il s’était passé quelque chose, forcément. Il s’était passé quelque chose et elle n’était pas au courant.

À mesure que les Delgado s’intègrent dans la résidence, leurs voisins s’immiscent dans leur vie… Derrière ce paradis se cache peut-être l’enfer.

À travers ce roman au allure de thriller psychologique, on découvre une histoire troublante, obsédante. Telle la température de cet été caniculaire, la tension monte jour après jour. Une ombre apparaît, le doute s’installe, et crée une ambiance suspecte.

Une belle escapade littéraire au bord de la piscine sous un été brûlant qui se consume à petit feu sans l’ombre d’un doute.

Une belle surprise pour une première rencontre avec la plume stylée de Myriam Chirousse.

Myriam Chirousse vit à Bras d’Asse. Elle est traductrice d’espagnol ( en particulier de Rosa Montero) et a déjà publié chez Bûchette/ Chastel trois romans, Miel et vin ( 2009), La paupière du jour (2013) et Le sanglier (2016).

Je remercie les éditions Buchet / Chastel pour ce thriller épineux.

“ Possession ”

Possession de Paul Tremblay aux éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hubert Tézenas

« Je ne vais pas bien, Merry. Je ne voulais pas te faire peur. Excuse-moi. »

Sa voix se brisa, et elle se cacha le visage derrière ses mains.

« C’est pas grave, dis-je. Mais tu seras vite guérie, hein ? Et on se racontera des histoires normales, comme avant. Ce sera rigolo.

– Non. Tu vas devoir te souvenir de celle des deux sœurs. Tu vas devoir te souvenir de toutes mes histoires parce qu’il y a…parce que j’ai des fantômes plein la tête et que j’essaie de les en chasser, mais tu vas devoir te souvenir surtout de celle-là, de l’histoire des deux sœurs. D’accord ? Il le faut, Merry. S’il te plaît, dis ” d’accord “. »

À Beverly, une banlieue cossue de Boston dans le Massachusetts, vit la famille Barrett, parfait stéréotype de la classe moyenne. Une vie ordinaire, on ne peut plus banale, paisible jusqu’au jour, ils se retrouvent agressés par des forces extérieures. Marjorie une des deux filles, semble possédée par un esprit maléfique.

” (…) Toutes les merdes affreuses horribles et innommables qui vont te tomber dessus, et elles vont te tomber dessus, crois-moi et sur les autres aussi… Je le sais. On me l’a dit et je l’ai vu. Personne n’y échappera. “

À court d’argent, leur histoire ayant fait la une des journaux, ils acceptent l’offre généreuse d’une chaîne de télévision qui va faire de leur quotidien étrange une émission de la télé-réalité en direct.

” Je raconterai à la caméra que Marjorie me faisait hyper-peur et qu’une chose maléfique vivait en elle .

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’émission rencontre un certain succès. Pourtant du jour au lendemain, tout s’arrête.

Que s’est-il passé dans cette maison ? Le secret demeure entier, à moins que La dernière survivante lève le voile à travers ses confessions à Rachel…

Avec cette couverture envoûtante agrémentée d’un commentaire très prometteur de Stephen King, ce livre ne pouvait que m’attirer l’œil voir même les deux une fois la lecture démarrée. Et c’est sans aucune appréhension n’étant pas une froussarde, que je me suis lancée dans l’aventure.

L’angoisse s’installe tranquillement, à travers un récit palpitant. Cette famille banale qui se retrouve en mauvaise posture et se met en scène au grand jour à la vue de tous, est plutôt une idée innovante que l’auteur nous présente de manière alléchante. On devient à notre tour spectateur, et on attend la suite avec impatience. De manière originale et un peu perverse on découvre les dessous peu reluisants de la télé-réalité. C’est assez flippant quand on y pense de profiter de la détresse des gens pour faire de l’audimat.

En attendant, cette histoire est bien ficelée, assez démoniaque, plutôt surprenante, addictive, anticonformiste et la fin est bluffante, seul bémol je n’ai absolument pas eu peur , dois-je m’inquiéter ?

Stephen King aurait bluffé ? Là c’est pour lui que je m’inquiète…

Mise à part ce détail je ressors de cette lecture plutôt satisfaite, le style et la construction du récit m’a conquise tout comme l’histoire dans son ensemble. Une bien belle réussite pour un premier roman. J’espère seulement que les âmes sensibles ne s’arrêteront pas aux peurs de Stephen King car ils se priveraient d’un très bon thriller.

Je vous encourage donc vivement à le découvrir.

Considéré comme le nouveau Stephen King, Paul Tremblay est né en 1971 dans le Colorado. Lauréat du prix Bram Stoker, Possession est son premier roman publié en France. Les droits d’adaptation cinématographique ont été achetés dès la sortie du livre par Robert Downey Jr.

Je remercie les Éditions Sonatine pour ce thriller machiavélique.