Meurtres sur la Madison

Meurtres sur la Madison de Keith McCafferty aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens

« C’est le guide de pêche connu sous le nom de Rainbow Sam qui découvrit le corps. Ou, plutôt, le client qui lançait depuis la proue de son bateau, travaillant une Girdle Bug devant un amas de rondins qui séparait en deux le courant de la Madison River. (…) Le corps immergé sous le bois flotté se libéra de son attache, remonta soudain à la surface et se mit à flotter à plat ventre, l’hameçon enfoncé dans l’entrejambe de ses waders. “

Ce jour-là, la Madison River, cette fameuse rivière très réputée du Montana, réserva une drôle de surprise aux pêcheurs. Pensant avoir réussi une belle prise, le pêcheur qui n’avait jusqu’à présent attrapé qu’une toute petite truite, rayonnait.

(…) Vous n’êtes peut-être pas béni des dieux pour ce qui est de la pêche à la truite, mais vous venez de vous offrir une sacrée histoire. “

La prise revient à l’intrépide shérif Martha Ettinger, l’homicide semblant évident.

C’est durant son enquête qu’elle va faire la connaissance de Sean Stranahan, lui-même pêcheur, peintre et ex- enquêteur privé qui s’est récemment installé dans les rocheuses à la suite d’une séparation douloureuse. Sean est également sur une affaire que lui a confié Velvet Lafayette, une femme troublante qui recherche son jeune frère disparu. Envoûté par cette sirène du Sud, il part à la recherche du garçon. Deux affaires qui semblent étrangement liées. C’est ensemble, que Martha et Sean vont remonter une piste glissante qui risque de faire de l’ombre au plus gros  » business  » du Montana : la pêche à la mouche.

 » Ce qu’il y a avec la pêche, c’est que ça donne de l’espoir. Chaque lancer apporte un peu d’espoir et si l’on peut se perdre dans cet espoir, alors les soucis et le chagrin s’évanouissent à l’arrière-plan. La tempête intérieure se calme pour un moment. « 

Ce que j’en dis :

Quand une nouvelle plume débarque chez Gallmeister, cela attise bien évidemment ma curiosité , et davantage quand elle est recommandée par le grand Craig Johnson.

Que l’on aime ou pas la pêche, cette histoire offre un dépaysement total. Pour ma part elle a ravivé quelques bons souvenirs notamment mes parties de pêche avec mon grand-père et également de belles scènes du film  » Et au milieu coule une rivière « , magnifique adaptation du roman de Norman Maclean.

Aux États-Unis, la pêche à la mouche est très réputée et attire un grand nombre de passionnés. Cette histoire nous la fait découvrir à travers une enquête passionnante. L’auteur nous insuffle tout son amour pour la nature, les rivières et rien de tel qu’un connaisseur pour donner vie avec justesse à une histoire.

Basé sur des faits réels, avec des personnages authentiques, ce récit a tout pour plaire.

Une aventure au grand air absolument magnifique.

Meurtre sur la Madison est le premier volet d’une série plantée au cœur de l’Ouest américain, à suivre absolument.

Keith McCafferty est le rédacteur en chef de Field & Stream, magazine consacré à la pêche, la chasse et la vie au grand air. Il a contribué à diverses publications, dont le Chicago Tribune, sur des sujets allant des moustiques aux loups, du mercenariat aux exorcismes, et à pas mal bourlingué à travers le monde. Il est lauréat de nombreux prix, dont le Robert Traver Awward (qui récompense de la littérature relative à la pêche).

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette pêche extraordinaire.

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“ Fleurs de sang ”

Fleurs de sang de Jérôme Frioux -Troublant aux éditions De Saxus

 » Tous les voisins de « La Compagnie des orchidées » sont là, désemparés, les bras ballants, ne sachant que faire, que dire. Un silence de fin du monde s’est abattu sur le marché aux fleurs où, hier encore, une fébrilité joyeuse et naïve saluait le passage de la reine d’Angleterre.

Aujourd’hui, la fête est finie. La faucheuse est passée. ”

Franck, un fleuriste renommé du marché aux fleurs de Paris est retrouvé sans vie dans la serre de sa boutique. Tout porte à croire qu’il a été assassiné.

C’est le commissaire Durrieu qui se retrouve sur l’affaire. Un flic bourru et irascible qui tient sa brigade d’une poigne de fer.

Thom, l’ex-flic, ancien inspecteur prête main forte à son ex-patron. Suite à la mort de son jumeau pendant une arrestation, il avait quitté la police. Il se retrouve mêlé à l’affaire par l’amitié qu’il portait à Franck.

 » – Franck était un homme calme, discret. Gentil, prévenant. Mais quelque chose m’a toujours intrigué, chez lui…

– Tu peux expliquer ?

– Mon flair de super-flic, je suppose… J’ai toujours eu l’impression qu’il avait un secret, qu’il cachait quelque chose. Mais te dire quoi …

– T’as rien de plus précis ?

– En tout cas, c’était un solitaire. Il faisait fréquemment des voyages en Afrique du Nord et au Proche-Orient aussi, je crois. C’est un spécialiste des orchidées et des plantes tropicales.  »

Cet assassinat va mettre à jour un drôle de trafic…

Ce que j’en dis :

Quand on aime les polars sans hémoglobine à outrance ce roman est idéal. Une intrigue qui distille parcimonieusement les indices et offre une belle galerie de personnages qui intensifie le nombre de suspects. Il rend ce récit addictif et invite le lecteur à ne pas interrompre sa lecture pour connaître au plus vite le dénouement final. Il faut malgré tout être attentif, car la construction du récit passe parfois d’un moment à un autre sans toujours prévenir, un peu perturbant si l’on n’y prends pas garde. Une lecture malgré tout très agréable avec des personnages très attachants, et un final plein de surprise qui ravira tous les fans d’ Agatha Christie.

Pour un premier roman c’est réussi, une belle découverte.

Les auteurs :

Jérôme Frioux- Troublant vient du spectacle vivant. De mette en scène à régisseur, il est passé par tous les métiers du théâtre. Secrétaire général de  » La scène du balcon  » , association qui crée des spectacles et des festivals, il anime en parallèle des ateliers d’écriture intergénérationnels en partenariat avec la Ville de Paris. Fleurs de sang est son premier roman.

Bruno Leroy est fleuriste. Il a été le conseiller technique et botanique pour ce roman.

Je remercie les éditions De Saxus pour ce polar très fleuri.

Idaho

Idaho d’ Emily Ruskovich aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Simon Baril

” Wade a passé son bras autour de la taille d’Ann. Il y avait du désarroi dans son geste, de la tristesse dans son sourire, même dans son rire, et le sentiment partagé que tous deux n’étaient pas arrivés là par hasard, que cette histoire remontait loin.

Le jour où il n’aura plus cette conscience-là, elle le regrettera. Se penchant contre lui, elle a humé l’odeur du feu sur ses vêtements. Elle a regardé son beau visage tourné vers les flammes, puis elle a regardé les flammes elles-mêmes. L’air au dessus de la fumée brûlait imperceptiblement, miroitant tels des reflets sur l’eau, donnant l’impression que les montagnes au loin tremblaient sous le reflet de la chaleur.

– Nous y voilà, a-t-elle lâché sans savoir ce qu’elle voulait dire exactement.

– Nous y voilà, a-t-il approuvé avant de le serrer plus fort contre lui. “

Neuf années ont passé depuis le drame inimaginable que Wade a vécu, depuis ce fameux jours où sa famille fut détruite.

Désormais c’est auprès d’Ann qu’il partage sa vie au milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Mais hélas ses souvenirs s’envolent, sa mémoire s’efface, jour après jour.

 » Il a perdu ses filles, mais il a également perdu le souvenir de les avoir perdues. En revanche, il n’a pas perdu la perte. La douleur est aussi présente dans son corps que sa signature l’est dans sa main. “

Plus la mémoire de Wade s’en va, plus Ann est hantée par son passé. Elle est déterminée à comprendre cette famille qu’elle n’a pourtant jamais connue. Elle s’efforce de lever le voile sur ce qui est arrivé ce terrible jour d’août.

 » C’est la texture des souvenirs, n’ont pas l’émotion, qui a disparu.  »

Ce que j’en dis :

Si hélas les souvenirs de Wade le quittent, les miens restent intacts sur cette lecture absolument magnifique. Décidément cette année les éditions Gallmeister nous ont gâté à chaque nouvelle parution.

À travers ce roman, qui débute sur un drame mais dont le mystère reste entier, nous allons partager la vie d’un couple aimant, confronté à la maladie d’Alzheimer. Quand la mémoire s’enfuit on pourrait penser que les douleurs du passé accompagnent cette fuite, mais pour Wade il n’en est rien, il sera heureusement soutenu par Ann.

En remontant le fil du temps l’auteure nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir. Une plume remarquable, touchante, pleine de poésie qui véhicule une multitude d’émotions.

Au cœur de l’ Idaho et d’une nature omniprésente, un décor majestueux pour le tourbillon de la vie qui défile sous nos yeux avec fulgurance.

Un premier roman troublant, magnétique, fascinant, envoûtant, un nouveau talent à découvrir absolument.

Un immense coup de cœur.

Emily Ruskovich a grandi dans les Hoodoo Mountain, dans le nord de l’Idaho. En 2015, elle a remporté un Oliver Henry Award, prestigieux prix qui récompense les meilleurs nouvelles américaines et canadiennes. Idaho est son premier roman.

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce roman brillant et captivant.

Nord-Michigan

Nord-Michigan de Jim Harrison aux Éditions 10/18

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sara Oudin

Quand Rosealee approcha, Joseph, d’habitude si réservé en public, fut saisi d’un élan d’affection. Il lui prit la main et l’embrassa. Elle en fut toute décontenancée et lui jeta un regard éperdu. Dire qu’il avait failli détruire leur amour, tel un fou qui mettrait le feu à sa propre grange ou qui abattrait son cheptel. S’il n’avait pas été là, assis sur sa pierre, il aurait été tenté de disparaître pour échapper à tous ses tourments. Mais il savait qu’une fuite aussi simple, à moins d’un suicide, n’était pas dans sa nature, et que l’année décisive qui avait débuté aussi facilement avec le charme d’octobre ne glisserait pas irrémédiablement dans le passé, comme tant de celles qui l’avaient précédé. “

Joseph est instituteur dans une bourgade rurale du Nord-Michigan. Il vit au côté de sa mère dans la ferme familiale.

Grand amoureux de la nature, il pratique la chasse et la pêche, et partage ses nuits avec Rosealee, son amie d’enfance. Quand survient une nouvelle élève de dix-sept ans, Catherine. Une fille très libérée qui va vite lui mettre la tête à l’envers mais pas que…

Il pensa avec tristesse qu’il avait davantage fait l’amour avec elle en un seul après-midi qu’il ne le faisait avec Rosealee en toute une semaine. Peut-être pour le décharger de toute culpabilité, Catherine lui avait assuré, en se rhabillant, qu’elle avait déjà eu des amants.(…) Assis sur son talus, il se sentait jeune et stupide. Et puis triste aussi de n’avoir pas su, jusqu’à cet après-midi-là, que la vie pouvait, en de très rares occasions, offrir des choses aussi absolues et aussi merveilleuses que celles qui naissent parfois de notre imagination. “

Lui qui n’a jamais fauté, et encore moins avec une de ses élèves n’a pas pu résister au fruit défendu.

L’interdit devient sa nouvelle passion, mais va le plonger dans la tourmente, mais peut-être est-il enfin temps de profiter de la vie…

Il s’arrêta à l’idée que la vie n’était qu’une danse de mort, qu’il avait traversé trop rapidement le printemps et puis l’été et qu’il était déjà à mi-chemin de l’automne de sa vie. Il fallait vraiment qu’il s’en sorte un peu mieux parce que chacun sait à quoi ressemble l’hiver. “

Ce que j’en dis :

Lire les romans de ce grand écrivain laisse toujours présager de beaux moments de lectures. Une fois encore sa plume m’a transporté vers le Michigan qu’il aimait tant.

À travers ce roman d’amour, il nous offre le portrait d’un homme du milieu agricole du Michigan, dans les années 50. Un homme qui se retrouve perturbés par les démons de midi.

Au milieu d’une nature omniprésente, d’un décor bucolique et d’une plume lyrique, ce récit touche en plein cœur.

Un petit roman d’une densité incroyable, que je nuis pas prête d’oublier. Si le cœur de Joseph balance entre deux femmes, le mien palpite intensément pour l’écriture de Jim Harrison qui m’a subjugué une fois encore.

Un beau roman, de belles histoires d’amour à déguster sans modération.

Un véritable coup de cœur.

Né dans le Michigan, Jim Harrison est aujourd’hui considéré comme le chantre de la littérature américaine. Scénariste, critique gastronomique, journaliste sportif et automobile, il est l’auteur d’une œuvre considérable, parmi laquelle on compte de grands succès comme Légendes d’automne, Dalva, Un beau jour pour mourir. Il a publié une autobiographie, En marge, et de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont De Marquette à Veracruz, L’été où il failli mourir. Son dernier roman, Pêchés capitaux, a paru aux éditions Flammarion. Jim Harrison est décédé le 26 mars 2016 à l’âge de 78 ans.

Je remercie les Éditions 10/18 pour cette belle histoire d’amour.

“ Roman noir ”

Roman noir d’ Agnès Michaux aux Éditions Joëlle Losfeld

Pondara avait été le décor amer de son premier roman, celui des dernières vacances avec Petit Frère. Il était temps de désendeuiller l’été. Si elle revenait à Pondara, c’était avec l’espoir de tourner la page, de retrouver l’élan. Elle avait pris la mesure de son passif – des débuts prometteurs, un joli petit succès, même, pour un premier roman, déjà vieux de dix ans, et puis, la lente et sûre déliquescence de son inspiration et de son enthousiasme, comme du nom de ses lecteurs. Malgré cela, elle voulait croire à la possibilité de la seconde chance contre une époque qui préférait le neuf à la rédemption. ”

Après avoir connu le succès, Alice Weiss une jeune auteure s’est un peu endormie sur ses lauriers. Il est temps de renaître et de raviver la créativité ensommeillée. Arrivée à l’aéroport de Pondara, tentant de remettre à sa place un passager un peu collant, elle prends la place d’une autre, qui était attendue et s’approprie son identité. Cette personne n’est autre que Celia Black une autre écrivaine, auteur de best-seller. Arrivée à la villa, elle est accueillie comme si elle était vraiment Celia, elle décide donc de continuer son petit jeu…

” Mais que faire ? Être une autre fatiguait. Être soi était douloureux. “

En parallèle, une femme est retrouvée morte sur la jetée, apparemment noyée. Cette mort étrange interpelle Fritz Kobus, l’intervenant- chef de la brigade de Pondara. Une femme meurt, une autre apparaît…

” Le subtil dialogue de l’ordre et du chaos. Du vrai et du faux. Du rêve et de la réalité. Comment trouver l’équilibre ? “

Les masques vont devoir tomber si l’on veut connaître la vérité.

” Dès le début de cette histoire, le mélange permanent d’excitation et de danger avait été addictive. “

Ce que j’en dis :

À travers cette intrigue surprenante située sur cette Riviera imaginaire, l’auteure réussit à nous transporter dans une histoire pleine de mystères et d’hypocrisies. Se joue sous nos yeux, un duel permanent entre le vrai et le faux.

Derrière ce vol d’identité, et cette enquête, Agnès Michaux nous offre un « Roman Noir “ sournois et bluffant, une belle digression sur la légitimité, l’imposture et la création.

Grande amoureuse des mots, elle n’hésite pas à utiliser pour son récit un vocabulaire riche et parfois complexe.

Autant vous dire qu’on ne s’ennuie pas et que l’on prend grand plaisir à lire ce ” Roman noir ” qui sort des schémas classiques du genre.

À lire absolument quand on aime être agréablement surpris.

Agnès Michaux est écrivaine et traductrice. Spécialiste des écrivains anglo-saxons et de la Venise du XIXe siècle.

Elle fait plusieurs longs séjours à Philadelphie, New York, Venise, rentre en France où elle est engagée à Canal +.

Animatrice et chroniqueuse à Canal+ (Nulle part ailleurs, La Grande Famille, C. Net, Le Journal du Cinéma, Bande(s) à part), elle a également travaillé sur France Inter, notamment dans l’émission de Stéphane Bern, Le Fou du roi.

Elle est l’auteur de deux documentaires sur le cinéma : À la recherche de Stanley Kubrick (1998) et Sur les traces de Terrence Malick (2000).

Elle est aussi l’auteure de plusieurs romans dont Stayin’ Alice (2005), Le Témoin (2009), Les sentiments (2010), Codex Botticelli (2015), Système (2017)…

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour cette lecture pleine de surprises.

“ Les chasseurs de gargouilles ”

Les chasseurs de gargouilles de John Freeman Gill aux éditions Belfond

Traduit de l’américain par Anne-Sylvie Homassel

” À L’ÉPOQUE, TOUT LE MONDE LE SAVAIT : New York était la ville la plus chaotique de tout le pays, la plus dévastée par le crime, la plus couverte de graffitis. Nous étions nombreux à nous enorgueillir quelque peu de cette distinction. Il y avait pourtant bien des aspects de ma ville natale qui m’étaient alors inconnus. Par exemple, j’étais loin de savoir que New York était au bord de la faillite, que ses maires successifs avaient fait des promesses extravagantes qu’ils étaient incapables de financer,qu’à chaque printemps la ville devait emprunter des fortunes pour continuer à éclairer les rues et à fournir des uniformes à sa police. Il y a des choses qu’on ne raconte pas aux enfants. (…) La ville était sur la mauvaise pente. En situation instable. ”

Année 1970, la ville de New-York est en pleine crise financière. C’est également la crise dans la famille Watts où l’argent se fait rare.

La vie de Griffin, 13 ans vole en éclat, ses parents se séparent. Son père Nick, antiquaire passionné s’est donné pour mission de sauver de la démolition les gargouilles sur les immeubles new-yorkais, précieux témoignages d’un autre temps, d’une histoire architecturale bouleversante, sacrifiés peu à peu sur l’autel du modernisme.

« Griffin, je vais te dire quelque chose. Ça va à toute vitesse. Entre la rénovation urbaine et tout ces immeubles modernes pourris, sans âmes, tous pareils, qu’on te colle partout – les HLM, les tours de bureaux comme tu en vois de Tokyo à Londres, les immeubles d’habitation tout mastocs, d’abord en brique blanche, puis jaune et maintenant rouge -, crois-moi, ce n’est plus qu’une question de quelques mois ou quelques années avant que tout le patrimoine ornemental privé de la ville disparaisse. »

Profitant de l’agilité de son fils, Nick n’hésite pas à se servir de lui pour détrousser les façades des immeubles les plus inaccessibles.Grisé, Griffin se prend au jeu, il ferait n’importe quoi pour obtenir les faveurs de son père. Il se lance dans une chasse au trésor la plus fantastique de sa vie.

” Si bien que je transformai la chose en jeu. Ces murs en surplomb devinrent les flancs de de bois de deux grands trois-mâts dissimulant sous leurs contrevents de rangées de canons. Et j’étais là -moi, le gamin des rues,téméraire et fugueur qui m’étais engagé sur un navire de pirates pour explorer le monde…“

Mais la folie de Nick ne semble pas avoir de limites, et le voilà mêlé au vol du siècle, celui d’une façade en fer forgé d’un vieux building, condamné à la destruction…

Ce que j’en dis :

En grande amoureuse de New-York, je ne pouvais pas passer à coté de ce roman.

Cette ville y est magnifiquement représentée par l’auteur, des passages sublimes illustrent ce roman et mets en lumière la ville qui ne dort jamais. Une ville qui se renouvelle jour après jour.

” La ville avait la métamorphose dans la peau. “

Apparemment, le patrimoine historique américain est mal protégé, et ces fameux détrousseurs d’immeubles tentent à leur manière d’en sauver une partie, il est bien dommage que l’argent mère de tous les vices fasse partie de l’équation.

En attendant, même si certaines descriptions historiques étaient un peu barbantes à mon goût, ce roman m’a transporté, on sent derrière ces mots tout l’amour que l’auteur porte à sa ville.

Ce récit nous fait partager la vie de cette famille plongée dans le chaos, les tourments des adolescents et les relations parfois difficile entre le père et son fils, faites de passion, d’adulation mais aussi de déception.

Un roman magnifique, enrichissant, intense et même souvent drôle porté par une plume singulière et élégante. Une belle déclaration d’amour à travers une quête qui semble impossible.

Un beau récit, qui plaira à tous les amoureux de New-York, de l’art et des aventures fantastiques.

John Freeman Gill est né à New York. Passionné de sa ville natale, il écrit régulièrement sur le sujet. Son travail a notamment été publié dans le New York Times Book of New York et More New York Stories. Il écrit, entre autres, pour The New York Times, The Atlantic et The New York Observer. Les chasseurs de gargouilles est son premier roman.

Diplômé de Yale, John Freeman Gill vit à New York avec sa femme et leur trois enfants.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture passionnante.

“ Là où vivent les loups ”

Là où vivent les loups de Laurent Guillaume aux Éditions Denoël

« Monet chercha la sortie du regard. Il était grand – un mètre quatre-vingt -seize – et gros, très gros.(,,,) Ses traits qui auraient pu être séduisants étaient noyés dans les replis de la chair. Ses yeux exprimaient une lassitude définitive et une mauvaise humeur permanente. Personne n’aimait Monet, lui le premier. “

Le train arrive au terminus de la gare de Thyanne. C’est là que descend Priam Monnet. Un physique imposant qui ne passe pas inaperçu. Monnet est un flic insociable sur la mauvaise pente. Son purgatoire personnel c’est d’être flic à l’ IGPN, la police des polices.

Monet savait bien que les questions allaient bon train dans leurs tronches de flics. Aucun poulet n’aime voir débarquer les bœufs dans son service, c’est une intrusion, un viol dans leur intimité professionnelle. Du coup, ils affectaient une solidarité surjouée . “

Il a pour mission d’inspecter ce petit poste de la police des frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes. Un bled perdu dans une vallée ingénieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit.

Monnet n’a qu’une envie, accomplir ce pour quoi il est là au plus vite, quitter cet endroit paumé et retrouver sa vie citadine à Paris.

Hélas, on découvre un cadavre, dans les bois, apparemment un migrant qui serait tombé de la falaise. Seulement l’instinct de Monnet doute, ses vieux réflexes ont la peau dure. En digne enquêteur perspicace et pugnace, il va s’éterniser un peu dans le coin et éclaircir cette sombre affaire, quitte à déterrer les secrets de la petite ville de Thyanne.

Ça ne va pas plaire à tout le monde et il est clair qu’on ne va pas lui faciliter la tâche.

Ce que j’en dis :

Voilà un polar comme j’aime, aussi atypique que ce flic proactif qui débarque de Paris et en impose direct. Que ce soit son physique ou son langage, aucun des deux ne passent inaperçus . Il ne fait pas de cadeau mais fait bien son boulot.

Dans une ambiance survoltée, l’auteur nous a concocté une intrigue policière dynamique qui sort des schémas classiques du polar avec un petit côté engagé qui n’est pas pour me déplaire bien au contraire. Une pointe d’humour acerbe accompagne cette histoire réaliste conté par un connaisseur. Son ancien métier de flic rôde autour de sa plume et donne à son roman une étonnante véracité.

Dans ce huis clos au grand air, où tout le monde se connaît, seul un Monchus pouvait réussir à faire éclater la vérité.

Un récit qui réserve des surprises étonnantes auxquelles on est loin de s’y attendre.

Depuis Mako que j’avais découvert par hasard, et qui m’avait déjà alpagué, l’auteur ne cesse de s’affirmer roman après roman et tout comme Monnet, il s’impose dans le décor du polar et ne passe pas inaperçu.

Là où vivent les loups à découvrir d’urgence.

Dépaysement et suspense de haut vol au rendez-vous, ça ne se refuse pas.

Ancien flic et désormais consultant international en lutte contre le crime organisé, Laurent Guillaume écrit des romans et des scénarios lorsqu’il ne voyage pas. Son expérience à la BAC, aux stups et en Afrique de l’Ouest comme coopérant imprègne ses histoires, sombres et tourmentées.

Mako (2009), son premier roman a obtenu le prix VSD du polar 2009. Il est était également lauréat du prix des Lecteurs 2015 du festival Sang d’encre.

Ma collection

Laurent Guillaume a coscénarisé avec Olivier Marchal et Christophe Gavat le téléfilm de France 2 Borderline. Il a créé et scenarisé avec Olivier Marchal la série Section Zéro pour Canal +.

Une série qui déchire.

Là où vivent les loups est son neuvième roman.

Je remercie les Éditions Denoël pour cet excellent polar atypique.

“ Des nouvelles du monde ”

Des nouvelles du monde de Paulette Jiles aux Éditions Quai Voltaire

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch

(…) maintenant il gagnait sa vie en allant de ville en ville, dans le nord du Texas, ses journaux et ses revues à l’abri dans un carton à dessin étanche, et le col de son manteau relevé pour se protéger des intempéries. Il se déplaçait sur un très bon cheval, avec la crainte que l’on tente de lui voler, crainte infondée pour l’instant. Il était donc arrivé à Wichita Falls le 26 février, il avait punaisé ses affiches et enfilé sa tenue de lecture dans l’écurie.  »

Le capitaine Jefferson Kyle Kid, parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des nouvelles du monde, devant un public prêt à se libérer de quelques cents pour l’entendre. Kyle est un vieil homme, veuf qui a connu trois guerres et était auparavant imprimeur. Même si l’argent se fait rare, il profite de sa liberté et sillonne les routes malgré la souffrance que lui inflige son corps fatigué.

C’est lors d’une étape à Wichita Falls, qu’il fit la connaissance de cette jeune orpheline.

” Âgée d’une dizaine d’années, elle était vêtue à la manière des Indiens d’une robe droite en daim, ornée de quatre rangées de dents d’élan cousues sur le devant. Une couverture épaisse reposait sur ses épaules. Elle portait dans ses cheveux couleur de sucre d’érable deux plumes de duvet dont les minuscules tiges s’enroulaient autour d’une mèche et encadraient une plume d’aigle royale, attachée par un fil tout fin. (…) Elle avait les yeux bleus et la peau d’une étrange couleur vive, comme quand une peau claire a été brûlée et burinée par le soleil. (…) Il s’agit de Johanna Leonberger, capturée à l’âge de six ans, il y a quatre ans, près de Castroville. Dans la région de San Antonio. “

Une pièce d’or lui est offerte pour qu’il ramène Johanna à la seule famille qui lui reste près de San Antonio. Elle avait été enlevée et élevée par l’essentiel indiens Kiowa quatre auparavant. Le capitaine accepte la mission, sachant combien le voyage sera long est difficile.

« Tu représentes une masse d’ennuis, dit-il. On sera bien content tous les deux quand tu seras avec les tiens et que tu pourras transformer leur vie en enfer. »

Le périple qui les attend à travers des territoires vierges sur des routes impitoyables, s’avère périlleux. Le capitaine devra se méfier des voleurs, des Comanches, et des Kiowas autant que de l’armée fédérale, et en même temps tenter d’apprivoiser la petite sauvage.

Et pourtant jour après jour, une complicité s’installe et une aventure tout autre prends forme…

Ce que j’en dis :

À travers d’autres romans j’avais déjà croisé la petite sauvage aux yeux bleus mais cette fois l’aventure fut bien différente. J’ai partagé avec Johanna et le Capitaine Kidd, « Kep Dun » comme elle le surnomme, une aventure extraordinaire. Un voyage fabuleux qui m’a été conté par une plume riche et puissante. Au côté de deux personnages aussi attachants l’un que l’autre, j’ai voyagé dans le passé et découvert une époque lointaine où les nouvelles transmises par la parole permettaient à tous de découvrir le monde. C’était également une chance pour les nombreux illettrés de ne pas rester en marge de la société.

Une relation particulière est née entre le vieil homme et l’enfant, pleine de tendresse et de pudeur comme le serait un grand-père en charge de sa petite fille, et c’est par ces deux personnages que l’auteur explore des sujets universels tels que la transmission, les origines, l’honneur et la confiance.

Un roman fascinant, raffiné, intense, rempli d’humanité planté dans un décor du Texas du dix-neuvième siècle, magnifié par une belle plume poétique.

Une belle découverte, un récit qui offre un voyage émouvant et passionnant.

Un beau coup de cœur.

Paulette Jiles

Paulette Jiles est née dans le Missouri. Poète, auteur de mémoires et romancière, elle a notamment publié aux États-Unis The Colour of Lightning et Lighthouse Island. Elle vit dans un ranch près de San Antonio, au Texas.

Je remercie les éditions Quai Voltaire pour ce voyage bouleversant.

Le diable s’habille en licorne

Le diable s’habille en licorne de Stanislas Petrosky aux Éditions Lajouanie

” Tout a commencé par un courriel émanant de l’évêché de Dunkerque pour le Vatican. C’est arrivé dans le bureau du frère Falvo qui m’a fait suivre. Monseigneur Gillio aurait un cas d’envoûtement dans son diocèse “

Requiem, mon curé préféré est de retour, il est bien le seul pour qui je ferais le déplacement s’il venait officier dans l’église de mon quartier. Mais à choisir, je préfère le retrouver dans un bouquin de son créateur. Et si le deuxième opus m’avait laissé un peu dubitative cette fois-ci il n’en fut rien.

” Mais, le Patron, comme vous dites, peut en témoigner, vous m’avez bien fait rire dans des moments sombres de ma vie. “

Et pourtant son retour apparemment ne plait pas à tout le monde.

” Tu fais chier Esteban, tu me fais vraiment chier, je vais t’avoir encore dans les pattes ! “

Oui et alors ? L’histoire ne va pas s’arrêter là quand même. La fête ne fait que commencer, il n’a encore tiré sur personne ni tiré personne. Surtout que cette année le diable s’habille en licorne c’est tendance , Prada c’est bien trop Hasbeen, même si l’habit ne fait pas le moine, il a tout compris l’auteur, tandis que certains jouent la carte du chat lui il est à fond dans la licorne, de quoi satisfaire Coquette et le gosier. D’ailleurs en parlant d’habit, t’as vu la couverture qui habille ce chef-d’œuvre ? (ou en passe de le devenir) pas con l’auteur il s’entoure des meilleurs et n’hésite pas à les remercier au passage, en toute sincérité.

– OK Caroline, donc si je dis à quelqu’un que je le trouve très con, et que c’est sincère, parce que le type face à moi tient une couche de connerie aussi épaisse que la banquise, je le respecte ?

Éclat de rire général dans la classe, la petite Lainé rougit jusqu’au bout des oreilles.(…)Je l’aime bien la petite Lainé, elle aime répondre la première, histoire de tirer la couverture, mais elle est adorable.

( * Ceci est un hommage appuyé à Caroline Lainé, charmante rombière qui élabore mes couvertures qui te font baver en librairie, respect l’artiste…)

Ce que j’en dis : je plussoie ❤️🦄d’ici à ce que des tatoueurs s’inspirent de ses œuvres, heureusement Michel Ange n’est plus de ce monde (paix à son âme).

Trêve de compliments faut avancer dans la chronique, et aider l’auteur à vendre son bouquin. Remarque ça devrait pas être très difficile l’auteur s’est surpassé, il est tellement bien que je ne vais pas en dire plus, je vais laisser la surprise aux futurs lecteurs et leurs laisser découvrir le secret de la Licorne. Tu me suis Tintin ? Bon d’accord, elle était facile celle-là, mais j’ai au moins le mérite d’essayer ( d’être drôle) même si l’auteur sent sort bien mieux que moi. Tu ne me crois pas ? Lis ce bouquin et lis les autres aussi ( mes chroniques ici et ) et tu verras que cette année le carnaval de Dunkerque va te réserver de belles tranches de rires grâce à Requiem ce curé hors normes qui débarque chez les Ch’tis . Bienvenue qu’ils disent, les pauvres s’ils savaient…

Tu l’as compris, La licorne j’adore ( Dior m’a pardonné) la couv’elle déchire, collection 2018, copie interdite sous peine de finir à confesse, une nouvelle aventure digne de ce nom, croix de bois, croix de fer si je mens j’irai en enfer. Alors maintenant lis-le beauté divine ! Et éclate toi bien.

L’énergumène qui se cache derrière le pseudo de Stanislas Petrosky est français et vit en Normandie, à quelques kilomètres du Havre. Son ancienne profession, thanatopracteur, n’est probablement pas pour rien dans son goût pour le crime, la transgression et l’humour noir. Cet auteur inclassable voue un culte immodéré à Frédéric Dard. Sa plume est trempée dans la même encre. La preuve : Nadine Monfils puis Patrice Dard ont préfacé les deux premières aventures de ce drôle d’ecclésiastique…

Je remercie qui de droit pour sa délicate attention 🍻

“ Homo Sapienne ”

Homo Sapienne de Niviaq Korneliussen aux Éditions La Peuplade

Préface de Daniel Chartier

Traduction du danois par Inès Jorgensen

Validation linguistique à partir du texte original groenlandais par Jean-Michel Huctin

” – Arnaq… Je voudrais juste savoir.

– Alors viens. Tu peux pas le savoir avant d’avoir essayé ! ON N’A QU’À FAIRE L’AMOUR !

Elle rigole depuis sa chambre.

Comment ce serait, comment réagirait-elle si je venais, qu’arriverait-il à notre amitié, comment ce serait d’essayer avec elle, de quoi a-t-elle l’air nue, elle a sûrement l’air sexy, comment embrasse-t-elle,comment fait-elle l’amour, comment réagirait-elle si je venais, comment est-elle, comment puis-je m’imaginer y aller ? Non, ça ne me viendrait pas à l’idée. Je trouve que mes pensées sont bizarres. Mais j’en ai assez des saucisses. Saucisses à hot-dog, saucisses pur porc, saucisses de Francfort, saucisses cocktail, rouges, brunes, jaunâtres, grandes, petites. You name it. J’en ai assez. Je n’ai plus de goût pour les saucisses. Veux décaper mon corps sous la douche, pour que la puanteur de saucisse disparaisse sans traces dans les conduits.

Projet :

No more sauvage.

À travers ce roman choral, cinq jeunes ( Deux lesbiennes, un gay, une bisexuelle et une transsexuelle) du Groenland de la ville de Nuuk se livrent et se délivrent du poids et des peurs engendrées par leurs différences. Sujet interdit, ici ou ailleurs qu’il est temps de libérer au grand jour sans avoir peur de jugement.

La jeunesse une période déjà compliquée en soi se révèle absolument encore plus complexe quand l’identité sexuelle s’avère confuse.

” Sans me poser de questions, j’ai découvert que j’étais différente des autres filles.“

Sur « L’île de la colère » le Groenland ainsi baptisé par l’écrivaine, les tabous éclatent, les cœurs s’ouvrent, les voies s’élèvent, c’est la fin d’un long moment de silence.

Ce que j’en dis :

Totalement avant-gardiste, cette jeune écrivaine révolutionne la littérature avec cette œuvre universelle.

Une véritable quête d’identité sexuelle pour toute la jeunesse d’aujourd’hui, la fameuse génération y.

Aussi percutante qu’audacieuse, cette nouvelle voie si jeune s’impose à travers cette criante vérité. Des mots justes, touchants, parfois bruts où l’amour en sort vainqueur.

Une belle découverte, un roman qui ne peut laisser personne de glace.

Née en 1990, Niviaq Korneliussen a grandi à Nanortalik, au sud du Groenland. Homo Sapienne marque un tournant dans l’histoire littéraire groenlandaise en rejoignant un lectorat en dehors de la terre natale. L’écrivaine s’affirme avec ce premier roman comme la nouvelle étoile du Nord.

Ce qu’elle en dit : « Les histoires de chasseurs du passé, les récits sur l’influence de la nature, cela ne m’a jamais intéressée. Dans ma jeunesse, j’ai cherché en vain un livre qui me parle, qui raconte ce que moi et mes amis vivions et les quest qui nous préoccupaient. Je n’ai jamais trouvé ce livre. Je crois que c’est ce que j’ai voulu écrire, ce livre que je n’ai jamais pu lire. »

Je remercie les Éditions de La Peuplade pour cette découverte révolutionnaire.