Saō Paulo confessions

Saõ Paulo confessions de Gérard Bon aux Éditions de La manufacture de livres

“ – Il a disparu comme ça, d’un coup.

– Disparu ?

– Oui, volatilisé, désintégré ! dit-elle d’une voix tendue comme un fil sur le point de rompre. Vous savez, c’est un peu comme dans ces romans de gare. Le monsieur quitte son domicile un beau matin et ne reviens pas. ”

Franck Cage a disparu, en un clin d’œil juste quelques semaines avant son retour musical. Pourtant tout semblait bien rouler comme sa Porsche qui l’attend désespérément sur un parking. La femme du rocker se confie à Dino Emanueli et lui demande son aide.

” Ce n’était pas tout à fait le genre de dossier dont le rêvais. Mais il était sans doute écrit que cette dame en détresse s’adressait à moi, sur les conseils d’un ami de son père. Qui sait ce qu’on avait pu lui raconter à mon sujet ? Que je collectionnais les succès ? “

Il tombe sous le charme de cette femme assez troublante et décide de prendre en charge cette affaire. Commence alors pour Dino une plongée dans le mystère de Saõ Paulo et dans le passé du sulfureux musicien.

Doit-on s’accrocher à un vague espoir ? S’installer dans le grand découragement de l’attente ? Ou tirer une croix sur le passé ? “

Ce que j’en dis :

À travers ce polar qui flirte avec le roman noir, l’auteur dépeint une ville brésilienne gangrenée par la corruption. Une ville dominée par l’argent et la spéculation immobilière. On fait connaissance avec cet avocat épicurien et charmeur qui n’hésite pas à mettre beaucoup de sa personne pour aboutir à ses fins, au risque de se perdre en route. Entre stratégies et plaisirs l’enquête se poursuit dans une atmosphère poisseuse loin des plages paradisiaques.

Une plume que je découvre, un polar qui sort de l’ordinaire avec un avocat qui ne manque pas d’humour même si je l’aurais préféré un peu plus caustique.

Un belle rencontre qui me donne envie de poursuivre vers ses précédents polars.

Gérard Bon

Né à Nice, Gérard Bon étudie à l’école supérieur de journalisme de Lille. Reporter pour deux agences de presse internationales, il se spécialise dans les affaires politiques et judiciaires et les relations diplomatiques. À ce titre, il a suivi plusieurs voyages présidentiels officiels au Brésil, en Afrique du Sud, en Libye.

Depuis 25 ans, il séjourne régulièrement au Brésil. Il est l’auteur d’une trilogie de romans policiers mettant en scène un héros récurrent, Cavalier, ainsi que Ci-gît mon frère (2012) et Retour à Marseille (2016), à La Manufacture de livres.

Je remercie La Manufacture de livres pour ce polar étonnant.

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“ Le garçon sauvage ”

Le garçon sauvage de Paolo Cognetti aux Éditions 10/18

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

Cela faisait une dizaine d’années que je n’avais plus remis les pieds à la montagne. J’y avais pourtant passé tous mes étés jusqu’à l’âge de vingt ans. Pour l’enfant de la ville que j’étais, qui avait été élevé en appartement, avait grandi dans un quartier où il était impossible de descendre dans la cour ou dans la rue, la montagne représentait l’idée de la liberté la plus absolue. (…) à trente ans j’avais presque oublié comment c’était, être seul en forêt, ou plonger nu dans un torrent, ou courir sur le fil d’une crête avec rien d’autre que le ciel tout autour. Ces choses, je les avais faites, elles étaient mes souvenirs les plus heureux. Le jeune citadin que j’étais devenu me semblait tout l’opposé de cet enfant sauvage, et l’envie d’aller à sa recherche s’imposa en moi. Ce n’était pas tant un besoin de partir que de revenir ; ni tant de découvrir une part inconnue de moi que d’en retrouver une ancienne et profonde que je croyais avoir perdue. “

Paolo Cognetti, oppressé par sa vie milanaise et confronté à une panne d’écriture décide de partir vivre le temps d’un été dans le Val d’Aoste. Là, il parcourt les sommets, suspendu entre l’enfance et l’âge adulte. Il renoue jour après jour avec la liberté et retrouve l’inspiration.

” Ainsi mes explorations prirent la tournure d’une enquête, une tentative de lire les histoires que le terrain avait à raconter. “

Il plonge au cœur de la vie sauvage qui peuple encore les montagnes, côtoie la solitude, et les habitants du coin avant d’entamer sa désalpe, réconcilié avec l’existence.

” Je représentais à la fois l’habitant le plus en vue et l’indigent, le noble propriétaire et son fidèle gardien, le juge, l’invité, l’ivrogne, l’idiot du village : j’avais tant de moi dans les jambes qu’il m’arrivait parfois le soir de devoir sortir et m’en aller dans les bois pour me retrouver un peu seul. “

Néanmoins, ce séjour initiatique ne parvient pas à le libérer de l’espèce humaine.

(…) la solitude me faisait l’effet d’un palais des glaces : partout où je regardais, je trouvais mon image reflétée, déformée, ridicule, multipliée à l’infini. Je pouvais me libérer de tout d’elle. “

Ce que j’en dis :

À travers ce récit autobiographique, Paolo Cognetti nous offre une véritable bouffée d’oxygène. Un roman habité de poésie, la sienne et celle d’Antonio Pozzi qu’il partage avec nous, sans oublier de belles citations de Thoreau qu’il m’a donné envie de découvrir.

Sa plume est sensible et dégage de belles émotions. Il célèbre la nature, sa faune et sa flore avec humilité. À sa façon, il tente d’apprivoiser la solitude pour mieux appréhender la foule qu’il a fui. Il observe, enregistre, tente de comprendre sans juger mais dans le but de transmettre ce qu’il voit.

Tout plaquer et partir se ressourcer, qui n’en n’a pas rêver, le temps d’une saison, d’une année, ou le temps d’une lecture comme présentement.

Ce récit s’adresse aux amoureux de la nature et des beaux mots. À ceux qui préfèrent le chant des oiseaux aux bruits de la circulation, aux rêveurs épris de liberté.

Un beau roman d’apprentissage, une belle plume que j’aurai grand plaisir à retrouver dans son dernier roman Les huit Montagnes qui a reçu le Prix Strega, et j’espère sincèrement que ses autres récits seront bientôt traduits en Français.

Paolo Cognetti est né à Milan en 1978, il est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles, d’un guide littéraire de New York, et d’un carnet de montagne. Il a étudié les mathématiques et la littérature américaine avant de monter sa maison de production de cinéma indépendant. Il partage sa vie entre sa ville natale, le val d’Aoste et New-York. Son roman Sofia s’habille toujours en noir, paru chez Liana Levi en 2013, lui a valu de figurer dans la sélection du prix Strega, l’un des plus prestigieux prix italien. Après Le garçon sauvage, il signe un nouveau roman aux éditions Stock, Les Huit Montagnes.

“ L’enfant de poussière ”

L’enfant de poussière de Patrick K. Dewdney aux Éditions Au Diable Vauvert

Illustrations de Fanny Etienne-Artur

Les gens du clan ne s’occupent pas des enfants abandonnés, car selon leurs croyances il n’est pas sage de consacrer du temps à une descendance qui n’est pas du même sang. Si une lignée doit s’éteindre, c’est qu’une volonté qui échappe aux hommes est à l’œuvre et qu’il est donc futile de s’y opposer. Certains considèrent même qu’il peut être dangereux de changer ainsi le cours du monde. Ainsi, dans l’enfer hostile de la Forêt de Pierres et des Hautes-Terres, les orphelins tels que moi étaient abandonnés, et on les laissait périr de froid, de faims, ou entre les crocs des prédateurs. “

Syffe est orphelin des rues, il ignore tout de ses origines. Il loge avec Brindille, Merle et Cardou chez la mère Tarron dans une fermette à l’extérieur des murs de Corne- Brune, au pied de la colline du verger.

Il survit librement de rapines et de corvées, jusqu’au jour où il se retrouve contraint d’entrer au service du seigneur local. Il passe la moitié de son temps à apprendre la chirurgie auprès d’un maître d’apprentissage et l’autre moitié, il est le serviteur d’un affreux propriétaire.

” (…) je découvris réellement le sentiment d’injustice. Les vestiges, ce qu’il me restait de conceptions toutes faites sur le fonctionnement du monde, de notions un peu stupides qu’avaient nourries les contes brunides et claniques, les méritants récompensés et les méchants punis, se voyaient définitivement bouleversés. « 

“ (…) Mes yeux se brouillèrent de larmes, parce que je ne comprenais pas, je ne comprenais rien du tout, et tout était allé si vite. Ma vie entière venait d’être réduite à néant. J’étais un fugitif dans ma propre ville et on me cherchait pour me pendre. ”

Son existence bascule, il se retrouve accusé de meurtre. Condamné à prendre la fuite malgré son innocence, il épouse le destin rude d’un enfant-soldat.

” Irrité par mon air absent, le Var s’arrêta tout à coup pour me transpercer du regard. « Je ne sais pas si tu es au courant », fit-il, en haussant le ton, « mais je vais faire de toi un guerrier. Chaque mot que je prononce, chaque geste que je fais vise à t’y préparer. Et tu as intérêt à m’écouter quand je te parle, Sleitling, parce qu’un jour cela fera peut-être la différence entre un Sleitling mort et un Sleitling vivant. »

Ce que j’en dis :

Il est bon de sortir des sentiers battus et de se retrouver au cœur de Corne-Brune pas loin de la forêt de Pierres au côté de Syffe naît sous la plume d’un véritable conteur.

L’auteur m’avait auparavant embarqué dans des romans noirs de toute beauté et c’est sans aucune appréhension que je me suis aventurée dans ce nouveau roman faisant absolument confiance à son talent. Et point de déception, bien au contraire.

Dès les premières pages, je suis captivée par le récit, le style, l’écriture et jamais je n’aurais cru qu’un tel monde imaginaire me réjouirait autant. Ce livre est magique, il a le pouvoir de rendre réel un monde irréel. D’emblée on s’attache à Syffe et à ses amis. D’aventure en aventure on va découvrir son histoire, les pages défilent sans temps morts, sans longueurs, c’est juste fantastique.

Je suis une novice dans le roman fantasy, mais une chose est sûre, j’y ai pris autant de plaisir qu’en lisant la mort de roi Tsongor de Laurent Gaudé.

Je suis vraiment admirative devant la puissance narrative de ce roman, et j’ai hâte de retrouver Syffe pour de nouveaux exploits.

Un roman surprenant, bluffant, passionnant et agréablement illustré, qui en font un magnifique objet de collection.

À lire pour se faire plaisir et vivre une aventure extraordinaire, à offrir pour faire vraiment plaisir à tous les amoureux du genre.

Patrick K Dewdney et Fanny Étienne -Artur (l’illustratrice) au salon de l’Imaginales d’Épinal en mai 2018

Né en Angleterre, Patrick K Dewdney vit dans le Limousin depuis l’enfance. Après avoir publié poésie et roman noir, il a reçu le prix Virilo pour Écume (ma chronique ici). Projet d’une vie, l’Enfant de poussière ouvre la saga de fantasy historique de Syffe.

Je remercie les éditions Au diable Vauvert pour cette histoire extraordinaire.

Ma collection

“ Tu ne perds rien pour attendre ”

Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi aux Éditions pocket

“ La panthère vit dans les fourrés, disait un proverbe. La sûreté urbaine était ses fourrés, à lui. Il allait devoir traquer toutes les pourritures qui pullulaient dans cette ville. ”

Jean-Marc est policier à Libreville au Gabon. Il n’est pas devenu flic par hasard. Après avoir perdu sa mère et sa sœur, toutes deux fauchées par une voiture conduite par le fils du ministre, qui ne fut jamais inquiété, il rêve d’éradiquer la violence dans sa ville et de rendre justice. Un soir il fait une rencontre surprenante.

– Voir un fantôme est un mauvais présage. Vous devriez aller voir un marabout ou un pasteur. “

Il ne sais pas encore que cette rencontre absolument pas fortuite. Il va pourtant mettre tout en œuvre pour résoudre cette affaire irréelle.

” – Elle veut que je retrouve celui ou ceux qui l’ont tuée. C’est pour ça, j’ai besoin que vous me disiez tout ce que vous savez d’elle et ce qui lui est arrivé. Dans mon métier, nous ne choisissons pas les affaires sur lesquelles nous travaillons, mais ce sont elles qui nous choisissent. J’ai l’impression que c’est le cas avec votre fille. “

Ce que j’en dis :

Depuis un moment déjà j’étais tentée par cette plume venue d’ailleurs. Ce polar tombait à point nommé pour voyager au Gabon et découvrir l’envers du décor des cartes postales à travers une enquête qui allie réel et surnaturel. Une chose est sûre, le dépaysement est garanti, même si l’intrigue est assez légère, le récit n’en demeure pas moins inintéressant. L’auteur nous plonge au cœur de son pays d’origine en utilisant des expressions gabonaises, qu’un glossaire nous aide à comprendre. Il dépeint avec réalisme la corruption engendrée par la mafia, et nous fait découvrir certaines croyances ancestrales. Une lecture agréable, un style inventif, des personnages attachants, qui me donnent envie de poursuivre ma balade gabonaise à travers ses autres polars.

Une belle découverte. Un beau voyage livresque.

Janis OTSIEMI est né en 1976 à Franceville au Gabon. Il vit et travaille à Libreville. Il a publié plusieurs romans, poèmes et essais au Gabon.

Roman social et urbain, style assez direct, récit émaillé d’expressions savoureuses, Janis OTSIEMI signe des romans miroir de la société gabonaise telle qu’il la vit et la perçoit aujourd’hui ! Il a obtenu le Prix du Roman Gabonais pour « La vie est un sale boulot « 

UNE RÉVÉLATION

Je remercie les Éditions Pocket pour ce polar réellement étonnant.

 » La nuit de l’ogre « 

La nuit de l’ogre de Patrick Bauwen aux Éditions Albin Michel

” Je suis le docteur Kovak. Je vis pour ces instants. La surprise. L’action. L’adrénaline. Cela agit comme une drogue. Et cette nuit, je n’ai pas eu ma dose. Il m’en faut plus. Un événement, n’importe lequel. “

À force de prier, le Dieu de l’adrénaline pure et dure l’a entendu c’est clair. Il ne peut en être autrement, sinon tout ce qui va suivre n’aurait peut-être même pas eu lieu.

” Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit ? La surprise, l’adrénaline, la danse avec la mort…

Ma portière s’ouvre. Et ça commence. “

Et c’est parti ! Une inconnue s’installe à ses côtés et sollicite son aide. Malgré son apparence ensanglantée il n’hésite pas une seconde pour la secourir. L’urgence quelque soit la situation ça le connaît.

 » Tout semblait irréel. “

Il était loin de se douter où allait le conduire ce service. De la fac de médecine au sous-sol de Paris, la mort rôde est prends des allures étranges.

” Long manteau. Col relevé. Barbe épaisse. Lunettes rondes de couleur noire. Sa tête est coiffée d’un chapeau melon. L’apparition possède quelque chose d’ancien et d’incongru, comme une photographie de couleur sépia qui se serait détachée des pages d’un très vieil album. “

Ce que j’en dis :

Il est clair que concernant l’histoire je ne vais pas vous en dire plus, ce serait gâcher votre plaisir de lecture.

Dès le départ l’auteur nous interpelle, le lecteur simple spectateur se retrouve acteur, à l’écoute, sur le qui-vive.

Une histoire palpitante qui met le cœur à rude épreuve dans cette traque démoniaque . À la fois glaçant et glauque, le suspense s’installe et nous plonge dans l’angoisse. Un récit rythmée par une cadence infernale et une précision chirurgicale à l’égale de son métier, médecin urgentiste où l’auteur puise très certainement son inspiration.

Après le jour du chien (chronique à découvrir ici) la nuit de l’ogre nous captive et lève le voile sur certaines énigmes du passé, d’où l’intérêt de les lire dans un ordre précis, et ne pas se priver d’un autre thriller tout aussi surprenant.

Aussi noir que les ténèbres, la nuit de l’ogre a illuminé mes nuits blanches. Je suis à mon tour victime d’une addiction à la plume de Patrick Bauwen.

C’est grave docteur ? Le seul remède possible, le prochain, vite c’est urgent !

Patrick Bauwen dirige un service d’urgence dans un hôpital de la région parisienne. Il partage sa vie entre ses deux passions : l’écriture et la médecine d’urgence. L’œil de Caine (2007) aobtenu le Prix Polar des lecteurs du Livre de poche et le Prix Carrefour du premier roman, Monster (2009) à obtenu le Prix Maison de la Presse, et Seul à savoir (2010) a reçu le Prix Littré. Le jour du chien (2017) a reçu le Prix Polar Babelio.

Je remercie Patrick pour sa dédicace de folie et les Éditions Albin Michel pour ce thriller palpitant.