“ Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique ”

Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique de Balli Kaur Jaswal Aux éditions Belfond Traduit de l’anglais (Syngapour) par Guillaume-Jean Milan

Elles’était déplacée personnellement pour informer les femmes, leur expliquant que les cours, gratuits, auraient lieu deux fois par semaine, avec une exigence d’assiduité. Ses cibles principales : les veuves âgées qui auraient ainsi un passe-temps plus utile que les commérages dans l’entrée du la garde. C’était les plus susceptibles de fréquenter les cours et d’en faire un succès. “

En allant à Southall déposer une annonce de demande de mariage pour sa sœur au temple, Nikki tomba sur une billet qui attira aussitôt son attention. On recherchait une animatrice pour donner des cours d’écriture à des femmes, pour l’association communautaire sikhe. Aucune qualification particulière n’était demandée, aucune expérience souhaitée. Une super aubaine pour Nikki qui recherchait désespérément un second petit boulot.

Nikki s’arrêta et regarda autour d’elle. Il n’y avait que des femmes, la tête couverte (…) chacune avait une histoire. Elle s’imaginait parler à une pièce pleine de femmes pendjabies. Ses sens étaient maintenant submergés par la couleur des kameez, les froufrous du tissu et les crayons qui tapotent, l’odeur de parfum et de curcuma mêlés. Et son but se révéla dans toute sa clarté. « Certaines personnes ne connaissent même pas l’existence de cet endroit, disait-elle. Il faut que ça change. » L’œil ardent, avec acharnement, elles écriraient leurs histoires pour que le monde entier les lise. “

Sa première rencontre avec les femmes qui se sont inscrites à ce cours va lui réserver quelques surprises. Elle qui pensait former de futures romancières se retrouve confrontée à une dizaine d’indiennes, de tous âges, la plupart veuves et qui plus est analphabètes. Un sacré challenge s’annonce mais c’est sans compter sur l’imagination très fertile de toutes ces femmes. Un florilège d’histoires très coquines et même plutôt osées se racontent dorénavant à chaque cours.

(…) Tant que les hommes n’ont pas vent de ces histoires, on ne risque rien. Nikki pensait au langar et à la frontière stricte qui courait comme un champ magnétique invisible entre hommes et femmes. « J’imagine que ce ne sera pas un problème, nota-t-elle. Aucune de vous ne bavarde vraiment avec les hommes n’est-ce pas ?- Bien sûr que non. On est des veuves. On n’a plus de contact avec les hommes. C’est interdit, dit Preetam. “

Ce qui au départ amusa plus Nikki que de l’effrayer, se révéla pour elle très vite l’occasion d’aider ces femmes de manière détournée. Car chaque histoires soulevaient de sérieux problèmes que les femmes rencontraient chaque jour face à la soumission aux hommes, mais aussi face à la solitude et même parfois à la violence. Nikki est une jeune femme émancipée qui se rebelle contre certaines traditions qui n’accordent aucune liberté aux femmes. C’est l’occasion pour elle de faire évoluer les choses et de tenter d’améliorer la condition des femmes. ”

– Ça va aller. C’est seulement que … ils disent des trucs terriblement insultants et j’en avais assez de fermer ma gueule. “

La fréquentation du club augmente de manière inattendue, et désormais Nikki souhaite plus que tout libérer la parole des femmes au delà de ces murs. Mais même si l’union fait la force, ce n’est jamais sans danger.

 » Les autres histoires sont aussi osées ? Demanda Olive.

– Plus ou moins.

– Espiègles et cochonnes ! Qui les lit, à part toi et les veuves ?

– Personne, pour l’instant. Mais ça pourrait bien changer…“

Ce que j’en dis : Voilà le genre de roman idéal pour la pause estivale. En plus de divertir, il enrichit notre culture. À travers une histoire pleine de rebondissements et remplie d’humour, on découvre la culture indienne et hélas ses travers. Tous les personnages ont leur importance, petit à petit une intrigue prend forme pour nous réserver de belles surprises. Grâce au courage de Nikki, à sa volonté de venir en aide à ses consœurs on découvre le combat quotidien de ces femmes soumises, et le choc des cultures. Une histoire croustillante, émouvante, qui soulève le problème des femmes occidentales qui doivent faire face aux traditions ancestrales malgré un immense désir de liberté. Un récit parsemé d’amour et d’humour, aussi épicé que les plats traditionnels, aussi coloré que les saris de leur pays. Une histoire qui allie modernité et traditions. Dépaysement garanti, un beau voyage en compagnie de femmes touchantes qui vont unir leurs forces pour atteindre leur but et résoudre une terrible affaire. Ne vous privez surtout pas de ce roman  » Bollywood ” qui risque d’en surprendre plus d’une. Née à Singapour, Balli Kaur Jaswal a passé sa vie entre le Japon, la Russie, les États-Unis et l’Europe. Premier de ses romans publié en France, le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique, a rencontré un fort succès lors de sa publication internationale et a été sélectionné par Reese Witherspoon pour son fameux book club. Je remercie Carine du cercle des Éditions Belfond pour m’avoir fait voyager aux pays des mille et une nuit.

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