“ K.O. ”

K.O. D’Hector Mathis aux Éditions Buchet.Chastel

 » Un roman c’est un ballet, la musique emporte tout et la musique c’est les mots ! On y croise des visages et des silhouettes. Les personnages dansent une chorégraphie qu’ils pensent être la leur, mais en vérité il n’y a que la musique, tout le reste est en fonction, rien n’existe en dehors d’elle. Ils obéissent voilà tout. Pour faire résonner la mélodie, j’avais des tonnes de mots à faire valser (…) Comme le jazz. Tout pareil. Je ne m’en remettrais pas de comprendre tout maintenant. J’avais le sentiment que ça ne s’arrêtait plus, que le monde était à ma portée, entièrement, déchiffré, crocheté, musical à tout point de vue ! La littérature me jetait son âme dans les feuilles mortes. Alors je me suis servi. “

Sitam est un jeune homme fou de jazz, de littérature et de la môme Capu. Il loge avec elle chez un ami d’un ami parti en voyage. Il est fauché comme les blés, mais fou amoureux. La vie est belle, mais un soir tout bascule…

” Faut dire qu’elle me tenait par le bout du cœur, la môme. Même qu’on s’était fait des amourettes sous la pluie (…) Nous étions deux, heureux comme on peut l’être quand on cavale dans la rencontre. (…) C’est alors que la ville s’est hérissée. Toutes aiguilles dehors ! Les sirènes se sont mises à s’égosiller. Le silence crevé, éventré comme une toile. Y avait des hurlements, perçants, déchirés dans les cordes. (…) La guerre. La saloperie de guerre en terrasse, en dégradés de rouge et en lambeaux de civils… “

Sirène, coup de feu, explosions, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante, invivable. Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir. Ils montent in extremis dans le dernier train en partance pour « la grisâtre », le pays natal de Sitam.

C’est le début de leur odyssée. Ensemble il vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…

” Qu’est-ce que c’est beau l’horizon quand il bave ses couleurs jusqu’au délire. On commettait comme une indiscrétion à ce moment précis. Ce ciel-là on n’était pas censé le voir. On était entrés sans frapper, au moment le plus délicat. (…) C’est là que j’ai compris ce que je m’en allais chercher. (…) J’allais droit vers la littérature, depuis le départ, et Capu à mes côtés. Je traquais mon roman…“

Ce que j’en dis :

Il aura fallu peu de page pour que je tombe amoureuse de cette nouvelle plume. Le charme qui se dégage de cette écriture est incroyable, et vous l’aurez remarqué, je n’ai pu m’empêcher de vous citer quelques passages.

Un récit poétique où résonne une musicalité étonnante. Des mots délicatement couchés sur le papier, comme des notes sur une partition. Tout comme au cinéma, la musique accompagne chaque moment, tantôt touchante, souvent bouleversante et parfois terrifiante.

À travers cette histoire qui pourrait très bien se passer de nos jours, on ressent comme une urgence de s’exprimer, à travers les thèmes abordés tels que la poésie, la musique, la maladie, la mort, l’amitié, la précarité, l’errance, mais aussi l’amour.

Un style incisif, troublant, admirable. Un voyage au bout de la nuit en plein chaos qui risque de mettre K.O plus d’un lecteur.

Sincèrement, rarement un premier roman m’a autant bluffé.

N’attendez pas qu’il soit primé pour le lire, car il le sera c’est certain.

Ce roman est fantastique.

 » La littérature c’est un cimetière accueillant, qui abrite tous les amis que je n’ai pas eus et ceux qui m’ont quitté. Je digresse en compagnie des morts ! “

Né en 1993, Hector Mathis grandit aux environs de Paris entre la littérature et les copains de banlieue. Diagnostiqué précoce à l’âge de six ans, il obtient son baccalauréat bien avant sa majorité. Écrivant sans cesse, s’orientant d’abord vers la chanson, il finit par se consacrer pleinement au roman. Frappé par la maladie à l’âge de vingt-deux ans, il jette aujourd’hui l’ensemble de ses forces dans l’écriture.

Je remercie Claire et les éditions Buchet.Chastel pour cette sublime lecture.

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