» La perfection du crime « 

La perfection du crime d’Helen Fields aux Éditions Marabout

Traduit de l’anglais par Luce Michel

” Ce lieu de repos convenait à la femme. Elle avait de la chance. Peu de gens quittaient le monde depuis un tel point de vue. (…) Quand les premières gouttes tomberaient, la fournaise serait telle que seule une inondation serait capable de mettre un terme à une puissance destructrice. ”

Dans un coin perdu des Highlands, un corps se consume. Après l’incendie il ne reste que les os, quelques dents et un morceau de tissu pour aider à son identification.

L’enquête pour homicide est confiée à l’inspecteur Luc Callanach, qui vient juste de prendre ses fonctions. Il devra faire ses preuves et se faire accepter par l’équipe sous ses ordres. Accompagné de sa coéquipière, Ava Turner qui se démène déjà sur une autre affaire concernant des nourrissons, il va tenter de mettre un terme à ce meurtrier aussi méticuleux soit-il.

Ensemble ils vont mener de front ces deux enquêtes et entamer une véritable course contre la montre pour tenter d’éviter de nouvelles victimes.

Ça ne va pas être simple d’arrêter un tel psychopathe.

” Il brûlait d’une soif de connaissance comme d’autres étaient follement attirés par l’argent. Dans ses conditions, se trouver une égale était compliqué. Raison pour laquelle il avait été contraint de tuer. Si elle n’avait pas été sacrifiée, il aurait été à tout jamais entouré de femmes incapables de satisfaire son intellect. (…) Il débarrasserait le monde d’un fléau. ”

Ce que j’en dis :

Pas toujours simple de résumer un thriller sans trop en dire pour ne surtout pas dévoiler l’histoire, mais suffisamment pour donner envie de le lire.

Ce thriller psychologique est surprenant. Il est en plus doté d’une écriture plutôt agréable. Sans style, la lecture devient pesante et perds tout intérêt, en tout cas pour moi, ce qui n’est pas le cas ici.

Avec des chapitres courts qui vont à l’essentiel tout en étant suffisamment argumentés et intrigants pour accrocher le lecteur, l’auteur réussit en quelques pages à planter le décor, donner le ton de l’histoire et présenter ses personnages principaux. Mais surtout, il captive et donne envie de poursuivre pour découvrir comment ces enquêteurs vont s’en sortir pour boucler ces deux affaires avec si peu voir pas d’indices.

La perfection du crime est la première enquête de l’inspecteur Callanach, que j’ai vraiment bien apprécié. Il réunit tous ce qu’on peut attendre d’un bon thriller, du style, du suspense, un tueur assez barge, des flics intéressants et de caractères dans une atmosphère plutôt glauque. J’attends donc patiemment la prochaine sortie en espérant y retrouver autant de plaisir. Pour un premier écrit c’est plutôt réussi.

Une lecture idéale pour la période estivale qui devrait ravir tous les adeptes du genre. Certains vont se délecter de certaines scènes plutôt horribles. Âmes sensibles vous voilà prévenues.

Ancienne avocate, Helen Sarah Fields se consacre désormais à l’écriture. Ce volume est le premier de la série des enquêtes de l’inspecteur Callanach qui rencontre un énorme succès outre-Manche avec près de 200 000 exemplaires vendus. Elle est pour la première fois traduite en France.

Souhaitons lui autant de succès dans notre pays.

Je remercie les Éditions Marabout pour cette première enquête très addictive et pleine de surprises.

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 » Janvier noir « 

Janvier noir d’Alan Parks aux Éditions Rivages

Traduit de l’anglais (Écosse) par Olivier Deparis

Ce n’était pas un hasard si Nairn l’avait fait venir ici, l’avait prévenu pour Lorna Skirving. Il ne lui restait plus qu’à découvrir pourquoi. “

1er janvier 1973

McCoy, inspecteur de police de Glasgow se rend à la prison où l’attend un détenu qui désire lui parler. C’est lors de ce rendez-vous particulier qu’il apprend que le lendemain, une femme prénommée Lorna va se faire descendre. Nairn, le détenu, demande à l’inspecteur d’empêcher ce meurtre.

2 janvier 1973

Malgré son intervention, McCoy ne va pas pouvoir empêcher le pire moment de sa journée.

«  Le gamin lui sourit, comme pas tout à fait là. Son regard était vide, loin. Il tint le pistolet devant lui, le contempla. Des flocons qui s’étaient amassés dans ses cheveux fondaient et coulaient sur son visage. Il s’essuya les yeux et sourit à nouveau. McCoy comprit alors ce qu’il allait faire.

Il s’élança, ses semelles en quête d’adhérence sur le sol glissant. Il lui restait quelques foulées à parcourir lorsque le gamin mît le canon contre sa tempe. Il le suppliait d’arrêter, il l’avait presque rejoint lorsqu’il le vit fermer les yeux et presser la détente. “

McCoy se retrouve à présent avec un meurtre et un suicide sur les bras, sans oublier Wattie, un jeune adjoint qu’on lui a imposé. Il va tenter d’éclaircir cette sombre histoire.

Chaque jour de janvier va se teinter de noirceur à l’image de Glasgow.

” Plus tard, les flics ayant travaillé sur Janvier noir expliqueraient aux jeunes qu’ils n’imaginaient pas ce que cela avait été. Cinq victimes en une semaine. Au pub, désormais retraités et bedonnants, poussés à la boisson par le désœuvrement, ils évoquaient leurs souvenirs (…) Les jeunes hocheraient la tête en souriant (…) ils se diraient : « Ça n’a pas pu être aussi méchant. » Ils se trompaient. “

Ce que j’en dis :

La particularité des romans noirs c’est principalement leurs atmosphères, l’ambiance sinistre qui s’en dégage.

Ici à Glasgow, il est difficile de dissimuler la pauvreté, la misère, la corruption et la faible espérance de vie face à la violence des gangs et à la drogue qui circule.

La beauté de cette ville cachait une prospérité qui s’appuyait sur la mort.

Alan Park dépeint à merveille toute la noirceur de Glasgow, avec des personnages qui ne manquent pas de profondeur.

On y fait la connaissance de McCoy, un écorché plutôt rebelle à la hiérarchie que l’on retrouvera prochainement pour de nouvelles enquêtes.

Janvier noir est un roman noir de bonne facture, limpide et fluide avec un personnage non démuni d’humanité, dans un univers glauque.

Une belle balade sordide et poisseuse dans le Glasgow des années 70.

Un auteur prometteur que je suivrai de près.

Alan Parks est né en Écosse et a fait ses études à l’université de Glasgow. Après avoir travaillé dans l’univers de la musique, il se tourne vers l’écriture. Janvier noir est son premier roman, publié en Écosse par le prestigieux éditeur Canongate. Il a prévu un cycle de 12 romans qui retraceront l’histoire criminelle récente de Glasgow. Son premier roman, Bloody January, est publié en France par Payot Rivages.

Je remercie les Éditions Rivages pour cette belle balade écossaise.

“ Regarde-moi ”

Regarde-moi d’ Aga Lesiewicz aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais par Julia Taylor

” – J’ai reçu des e-mails bizarres… Un e-mail, en fait. Avec la photo d’une scène de crime, tu sais, de quand je travaillais pour la police.

– Qui te l’a envoyée ?

– Je sais pas…

– Est-ce que tu as essayé de demander de quoi il s’agissait ?

– Non… Je devrais peut-être.

– Tu pourrais essayer d’en parler à la police, si c’est une de leurs photos…

– Non, c’est une photo de moi, avec mon appareil à la main, sur la scène de crime. L’affaire du Violoniste, tu t’en souviens ? Je t’en ai parlé. “

Kris est photographe free-lance à Londres. Elle partage sa vie avec le beau et séduisant Anton artiste célèbre de street art. Ils mènent une vie de bohème plutôt sympa, jusqu’au jour où Kris découvre dans sa boîte mail un mystérieux message accompagné d’une étrange photo. Apparemment, un mystérieux inconnu cherche à lui nuire.

” – Un de tes amis ?

– Si c’était un canular, je pense que je le saurais déjà. Mes amis ne sont pas des psychopathes. Un peu dingues peut-être, mais pas à ce point-là… “

Bientôt, d’autre messages se succèdent, accompagnés de vidéos très intimes filmées dans son appartement. Jusqu’à ce montage macabre, mettant en scène sa propre mort. Sa vie devient un enfer et jour après jour, la paranoïa la gagne.

” On dirait que les différentes parties de ma vie a été infectées par un virus malveillant. “

Kris succombe peu à peu à la terreur. Comment va-t-elle faire pour démasquer l’expéditeur de ses menaces et reprendre sa vie en main ? À qui se fier ? Comment quitter ce cauchemar ?

” Se demander pourquoi quelqu’un pense qu’on mérite de recevoir un tas de merde. “

Ce que j’en dis :

Alterner ses lectures avec un thriller urbain, pourquoi pas ?

Être attirée par ce titre qui vous fait de l’œil et vous apostrophe , allons-y … Regardons-le…

Dès les premières pages je suis piégée et il est certain que je ne vais pas lâcher ce livre avant de découvrir qui essaye de détruire la vie de cette photographe.

L’auteur réussit à m’accrocher et à me plonger dans l’angoisse tout en me mettant en garde subrepticement contre les contenus privés de mes ordinateurs.

Un thriller urbain qui met en avant le métier de photographe et également le street art tout en soulignant les dangers que l’on peut rencontrer face à la cybercriminalité et autres nouvelles technologies en matière d’espionnage.

Malgré la naïveté qui accompagne le personnage principal et son côté un peu trop :  » Femme en chaleur » , l’intrigue est plutôt pas mal et attise ma curiosité.

Un livre fourmillant de détails, peut-être un peu trop encombrant pour en faire un excellent thriller. Une lecture plutôt aisée qui m’a permis de passer un moment agréable sans trop de prise de tête. Une lecture idéale pour la période estivale.

Aga Lesiewicz est née en Pologne mais vit en Angleterre depuis plus de trente ans. Après des études de littérature anglaise, elle a travaillé comme présentatrice à la radio, scénariste et productrice à la télévision, notamment pour les chaînes BBC World, Disney ou encore Discovery. Elle vit à Londres où se déroulent les intrigues de ses romans. 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture intrigante.

“ Kentucky straight ”

Kentucky straight de Chris Offut aux éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Voici le miroir

Où s’éteint la douleur

Voici le pays

Que nul ne visite “

De Mark Stand

Ce que j’en dis :

Quand pour un recueil de nouvelles , l’auteur choisit un tel exergue on sait déjà dans quel univers on va s’aventurer.

Le Kentucky, ce territoire des Appalaches, considéré comme le berceau du whisky américain regorge de distilleries clandestines. Si l’argent se fait rare l’alcool de contrebande coule à flot.

Un état classé numéro un dans la liste des États américains pour possession d’armes à feu avec 134 armes pour 100 habitants.

À travers ces neuf nouvelles, tout à fait représentatives on se retrouve au cœur d’histoires des oubliés de l’Amérique.

Tout les soirs, maman disait qu’elle avait peur que je vise trop haut. Warren ne me parlait pas du tout. Je me baladais dans les collines en pensant à ce que je connaissais sur la forêt. Je sais dire le nom d’un oiseau à son nid et d’un arbre à son écorce. Je sais qu’une odeur de concombre signifie qu’une vipère cuivrée n’est pas loin. (…) Ça m’a fait drôle de passer un test pour apprendre que je vivais en dessous du seuil de pauvreté . Je crois que c’est de savoir ça qui a déboussolé papa pour de bon. Quand il est mort, maman a brûlé ses cartes, mais j’ai gardé celle du Kentucky. Là où on vit, c’est pas dessus. “

Chris Offut est né et a grandi dans le Kentucky, il nous offre des histoires authentiques, puisées très certainement dans ce qui l’entoure. Ses personnages sont les bouseux, les pèquenauds du coin, les mineurs, les laisser pour comptes qui passent le plus souvent leurs temps avec un verre de whisky dans une main et une arme dans l’autre.

” Les coyotes, c’est le côté humain des chiens. Les clébards, c’est le côté canin de l’homme. “

Des histoires rugueuses, brutales profondes rythmées par le blues qui les accompagne. Des nouvelles aussi sauvages que la faune qui l’habite. Noires, violentes, situées dans les coins reculés de l’ Amérique, là où le fusil reste toujours à portée de mains et les poings rarement dans les poches.

Et c’est avec une plume talentueuse que Chris Offut nous parle de la misère et du désespoir.

À déguster sans modération accompagné d’un 18 ans d’âge.

” Sa voix avait un ton définitif qui réduisit les hommes au silence. “

Chris Offutt est né en 1958 et a grandi dans le Kentucky dans une ancienne communauté minière sur les contreforts des Appalaches. Issu d’une famille ouvrière, diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, puis un roman autobiographique. Le Bon Frère est son premier roman. Il est également l’auteur de chroniques pour le New York Times, Esquire et quelques autres revues et a été scénariste de plusieurs séries télévisées américaines parmi lesquelles True Blood et Weeds

Les éditions Gallmeister nous offre une nouvelle traduction pour ce recueil inédit dans la collection Totem. Titre publié auparavant chez Gallimard ( La Noire) en 1999, puis chez Folio ( 2002).

Un auteur emblématique du Sud des États-Unis dans la lignée de Daniel Woodrell, Larry Brown et Ron Rash

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce blues déchirant.

“ Le miel du lion ”

Le miel du lion de Matthew Neill Null aux éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Bruno Boudard

Helena était un coin fiché dans une entaille perdue des montagnes septentrionales de Virginie-Occidentale. Un lieu constamment battu par les tempêtes, balayé par les vents, accablé par le soleil, fouetté par la grêle, enseveli sous la neige. (…) Une région rude, à laquelle les gens n’avaient jamais vraiment réussi à s’acclimater aux gens. ”

En 1904, en Virginie dans les Appalaches, les bûcherons que l’on surnomme : ” Les Loups de la forêt “, sont amenés par le train à Helena. Ils viennent dans cette ville afin de se reposer et prendre un peu de bon temps. Helena dépend entièrement de l’exploitation forestière.

À présent, c’était un lieu peuplé de gens de passage. Une dizaine venaient travailler toute la journée, une dizaine repartaient le lendemain – ce depuis que la voie ferrée était apparue pour emporter ailleurs bois et charbon. Le pays se fardait de boutiques, de tavernes et de bordels, telle une fille impudique qui essaie de se maquiller. “

Des milliers d’hectares de forêt détruits au profit d’une compagnie industrielle.

Dans un râle métallique, l’arbre vrilla et s’effondra – à la fois vite et comme au ralenti, dans une bruine de mélasse, ainsi qu’ils le font tous. Il fendit la forêt à la façon d’une lame ; le paysage tressauta et se brouilla sous le choc. Craquement de branches, éruption d’oiseaux. Comme le marteau de la justice qui s’abat sur le monde. “

Tous ces bûcherons venus des quatre coins du monde dans l’espoir d’une vie meilleure se retrouvent face à des conditions de travail pénibles et dangereuses. La dureté de leur quotidien, les amène à organiser clandestinement un syndicat. Une grève se prépare et pour certains c’est l’heure de faire des choix.

 » Un jour, un gars a oublié de crier : ” Attention ! “ et j’en ai vu un rouler sur quatre ritals. On n’aurait même pas rempli un seau avec ce qui restait d’eux. Ils les ont enterrés tous les quatre dans la même boîte et ce maudit arbre a été transformé en mille journaux. Des messieurs comme il faut les lisent en buvant leur café du matin, puis se torchent le trou du cul avec et les jettent dans leurs cabinets. Ces gens-là ont pas la moindre idée de ce qui s’est passé et il veulent pas le savoir. Surtout pas ! “

Ce que j’en dis :

Dès que se présente un nouveau roman dans la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel, je fonce, curieuse et à la fois certaine de passer un moment particulier.

À travers une formidable galerie de personnages, l’auteur nous fait découvrir l’univers difficile des « Loups de la forêt », mais également l’impact désastreux sur l’environnement face à la déforestation intensive. Il nous offre un regard sur une société confrontée à la lutte des classes sociales, au racisme, au préjugé, à la cupidité, à la violence et à la misère. Une histoire du passé qui résonne étrangement dans le présent tant les thèmes abordés sont toujours d’actualité.

Une lecture qui demande une attention particulière, à la fois pour sa richesse d’informations foisonnantes mais surtout pour profiter de la plume lyrique et puissante de l’auteur.

Un roman noir, touchant, féroce et plein d’humanité qui révèle une nouvelle plume américaine absolument magnifique.

Un premier roman vraiment formidable, que je vous encourage à savourer.

Matthew Neill Null est un écrivain américain originaire de Virginie-Occidentale. Il a étudié le Creative Writing à l’Iowa Writers’ Workshop et ses nouvelles ont été publiées dans plusieurs anthologies, dont la Pen/O. Henry Prize Stories. Le miel du lion, son premier roman, l’a imposé comme une nouvelle voix des plus prometteuses dans le paysage littéraire américain. Il est aussi l’auteur d’un recueil de nouvelles, Allegheny Front, qui paraîtra prochainement en français chez Albin Michel.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette lecture passionnante.