“ Les jours de silence ”

Les jours de silence de Phillip Lewis aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut

«  Il était habituel pour les enfants d’Old Buckram de commencer l’école mais de ne pas aller au bout, et, comme on pouvait s’y attendre, aucun des ainés de mon père ne reçut guère d’éducation au-delà des années de lycée obligatoires. Je me rappelle avoir un jour demandé naïvement à mon grand- père s’il était allé à l’université. Il me répondît sèchement : « Non, petit, mais je suis passé à côté d’un certain nombre d’universités. Sans m’arrêter. » (…) Mon père, toutefois, parmi ces nombreux enfants, se distinguait. À un degré déconcertant. (…) Dans une famille où savoir lire était considéré comme une simple nécessité et aucun cas comme une vertu, il apprit sans guide. Il avait toujours un livre, avant même de savoir quoi en faire. “

Sur un contrefort élevé des Appalaches se dresse une étrange demeure de verre et d’acier réputée maudite dans le petit village d’Old Buckram. C’est ici que vit la famille Aster.

Le père, Henry Senior, intellectuel autodidacte développa très tôt une passion incommensurable pour les mots.

” M. Smeth avait dit à mon grand-père : « Il est franchement bizarre, ce garçon ; vous savez ?

– Vous pensez, si on le sait. » “

La mère, Eleonore, insoumise et lumineuse partage ses journées entre la contemplation de la nature et l’élevage de pur-sang.

Et avec eux, leurs enfants, Threnody, une adorable fillette et Henry Junior, petit garçon très sensible et attentif, qui voue une véritable adoration à son père. Un père qui lit et noircit jour et nuit des pages et des pages, qui composeront un jour, le roman de sa vie.

Quand l’homme se fut retiré, je demandai à Père pourquoi il passait tant de temps à lire. Il lâcha un rire et se mit à nettoyer ses lunettes (…) « J’adore lire, dit-il. J’adore les mots, le langage. Il en a toujours été ainsi. Il n’est rien qui me plaise davantage.

– Et pourquoi passes-tu autant de temps à écrire ? »

Je vis qu’il réfléchissait. Je lui avais posé une question dont il ignorait la réponse, mais qu’il avait passé sa vie à chercher. “

Dix années plus tard, Henry Junior sous prétexte de poursuivre ses études, fuit cette maison et son intranquillité chargé de silence qui le ronge. Fuir pour essayer de comprendre pourquoi un jour son père est parti, emportant son mystérieux manuscrit…

” Le monde entier qui s’étendait tel un arc à l’horizon semblait vaste et vide. “

Ce que j’en dis :

À travers ce roman et un style raffiné, l’auteur nous offre le portrait sibyllin d’une famille du vieux Sud, amoureux des mots, des livres et de leurs histoires, sans pour autant parvenir à exprimer ses plus belles joies comme ses terribles peines.

Il explore en profondeur la passion démesurée de la lecture et de l’écriture d’un homme épris depuis toujours des mots. Une passion qui conduit jour après jour dans la douceur du silence.

Il aborde également, le deuil, la solitude mais aussi l’abandon, parfois nécessaire pour ne pas sombrer dans la folie.

Un premier roman d’apprentissage puissant, accompli, qui s’impose avec délicatesse, à son rythme, d’une manière très personnelle chère à l’auteur.

Un roman bouleversant, qui laisse son empreinte dans la mémoire des lecteurs.

Philippe Lewis en compagnie de membres du Picabo River Book Club, lors d’un petit déjeuner organisé par Léa et les Éditions Belfond , à l’occasion du festival America

Né en Caroline du Nord, Phillip Lewis a étudié à l’université North Carolina de Chapel Hill et à l’école de droit Norman Adrian Wiggins, où il a été rédacteur en chef de la Campbell Law Review. Avec son premier roman, Les Jours de silence, il nous plonge dans le décor fascinant des montagnes des Appalaches d’où, comme son narrateur, il est originaire. Il vit actuellement à Charlotte, en Caroline du Nord.

Je remercie les Éditions Belfond et Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club pour l’organisation d’un super petit déjeuner avec l’auteur et pour cette formidable lecture.

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“ La toile du monde ”

La toile du monde d’Antonin Varenne aux éditions Albin Michel

” Sous les lampes à pétrole charmantes et désuètes, les représentants de la nouvelle Amérique, enthousiastes et déterminés, ont rendez-vous avec le monde électrifié. “

En 1900, à bord d’un paquebot français, Aileen Bowman, une journaliste célibataire de trente-cinq ans, est en route pour Paris afin de couvrir l’événement qui s’y prépare pour le New-York Tribune.

Aileen avait été accueilli à la table des hommes d’affaires comme une putain à un repas de famille, tolérée parce qu’elle était journaliste. Le premier dîner, dans le grand salon du luxueux Touraine, avait suffi à la convaincre qu’elle naviguait à bord d’une ménagerie (…) En sa présence, les maris n’avaient pas laissé leurs épouses parler. De peur sans doute qu’elles expriment, par sottise ou inadvertance, de la curiosité pour cette femme scandaleuse : la socialiste du New York Tribune, la femme aux pantalons, Aileen Bowman la rousse. “

Né d’un baroudeur anglais et d’une Française utopiste, élevée dans le décor sauvage des plaines du Nevada, Aileen est une femme affranchie de tout lien et de toute morale, passionnée et fidèle à ses idéaux humanistes.

” Elle sentait la colère monter, s’accélérer le cycle des arguments tronqués, son mépris pour le genre féminin, si sujet à la servitude volontaire qu’ Aileen était tentée d’excuser les hommes qui en abusaient. Ces dindes rôties, dans leurs corsets qui en avaient tué plus d’une, récoltaient ce qu’elles méritaient. Ces bourgeoises qui se moquaient d’avoir le droit d’entrer à l’université si leurs armoires étaient bien garnies, ces pondeuses de mômes qui se plaignaient du nombre de bouches à nourrir et se laissaient engrosser sans protester, la masse de ces bonnes femmes, noyées dans leur quotidien, occupées à cuire et gagner le pain, se plaignant à jamais mais terrifiées à l’idée de se révolter. “

Au fil du récit on se retrouve transporté au cœur de l’exposition universelle de Paris, dans une ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers des bordels où les peintres puisent leurs inspirations où la personnalité extravertie d’Aileen se confond avec la ville lumière.

Un magnifique portrait en miroir où se dessine la toile du monde, de l’Europe à l’Amérique, du dix-neuvièmes un vingtième siècle, du passé au présent, en compagnie d’Aileen une femme libérée, extravertie, qui se dirige vers un destin inattendu.

Lac Tahoe

Ce que j’en dis :

Depuis ma découverte du formidable roman d’aventure, Trois mille chevaux-vapeur en 2014, je suis devenue une fan inconditionnelle de la plume d’Antonin Varenne. Équateur suivit en 2017, et La toile du monde clôture cette formidable épopée.

Antonin Varenne est un conteur hors pair, capable de nous plonger dans le passé à travers une époque en pleine construction qui présage déjà des beaux jours à la ville lumière.

Il dépeint à merveille toute l’effervescence qui se déploie autour de cette exposition universelle démesurée. Une ambiance particulière, virevoltante où s’intègre très vite cette journaliste libérée adepte du saphisme qui compte bien vivre l’aventure parisienne jusqu’au bout de la nuit. Aussi douée pour la plume que pour la fête, bien loin de la place qu’on accorde aux femmes en ce temps-là. Aileen, rebelle franco-anglaise, une héroïne qui sied à merveille à cette histoire et lui donne un côté sauvage, extravertie, absolument réjouissant.

Un magnifique portrait de femme entourée d’une foule de personnages surprenants qui donnent un souffle de liberté et une douce folie à ce formidable récit.

Une fois encore je tombe sous le charme de son style et de sa plume, et c’est avec panache qu’Antonin Varenne clôt la trilogie des Bowman.

La toile du monde une petite merveille qui ravira les collectionneurs d’écrivains talentueux.

Après une maîtrise en  philosophie, Antonin Varenne parcourt le monde : Islande, Mexique… la Guyane et l’Alaska sont les deux derniers pays en date qu’il a découverts. Avec Fakirs (2009), il reçoit le Grand Prix Sang d’encre ainsi que le Prix Michel Lebrun, puis le  prix Quais du Polar /20 Minutes avec Le Mur, le Kabyle et  le Marin (2011). En 2014 est sorti Trois mille chevaux vapeurs chez Albin Michel, un grand roman d’aventures.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette fabuleuse toile livresque.

“ Prodiges et miracles ”

Prodiges et miracles de Joe Meno aux Éditions Agullo

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Morgane Saysana

La jument blanche fit son apparition un lundi. Ni le grand-père ni le petit- fils n’avaient la moindre idée de qui l’avait envoyée. Au début, il n’y eut que les violents soubresauts du pick- up brinquebalant sur la route sans marquage, traînant dans son sillage un van de luxe gris argent, ses dix roues chahutant l’air en soulevant un nuage de poussière aussi vertigineux qu’un clocher. (…) Lorsqu’un homme affublé de lunettes noires de policier s’extirpa de derrière le volant, s’étirant les jambes comme s’il venait de parcourir un long trajet, Jim lui demanda de quoi il en retournait. “

1995 dans l’Indiana, Mount Holly une petite ville semble s’éteindre peu à peu. C’est là que vit Jim Falls un vétéran de la guerre de Corée. Il élève des poulets dans sa ferme, aidé par son petit fils métis prénommé Quentin.

Sa fille lui a laissé sur sur les bras ce garçon sans père, lors d’un passage éclair avant de disparaître une fois de plus pour rejoindre une bande de paumés. Junkie un jour, junkie toujours.

L’élevage familial de poulet ne rapporte pas assez et les dettes s’accumulent, l’avenir n’est guère réjouissant, alors quand cette jument entre dans leur vie, on aurait tendance à croire au miracle.

” Dans ses fantasmes les plus intimes, le garçon rêvaient d’installer sur le cheval la selle anglaise brodée d’argent, la bride faite sur mesure, puis de glisser ses pieds dans les étriers noirs et chromés pour se hisser sur le dos de la monture, et de parcourir ventre à terre, tel un éclair, la terre maculée de boue, l’animal et le garçon fonçant jusqu’à se muer en une tache blanche et floue, tenace, une étincelle, une brume de pâleur incolore persistante, une unique chose dénuée de couleur. “

Quentin, plutôt taciturne jusque là, à force d’attendre le retour de sa mère reprend vie et s’attache à cette magnifique jument.

Elle semble taillée pour la course, et sa beauté redonne une touche d’espoir dans la noirceur de leur vie.

” L’aube ce matin là était froide, les champs nappes de rosée. Le bruit des bottes sur l’herbe, lisse, verte, brune, jaune. L’odeur du café dans un vieux thermos en métal. Les volailles bruyantes, leurs caquètements le raffut primitif du jour qui point. Le cheval silencieux dans son box. Le soleil pareil à un animal mythique entamant déjà sa course vers l’ouest. “

Seulement voilà, un tel bonheur attire forcément les convoitises. Mais pour Jim Falls pas question de baisser les bras et de s’avouer vaincu. Puisque cette jument lui appartient, il mettra tout en œuvre pour ne pas la perdre et donner à son petit fils une vie meilleure.

” J’ai pas grand-chose en ce bas monde, souffla le grand-père tandis que l’adolescent l’aidait à boucler sa ceinture. J’ai pas grand-chose. Alors, Seigneur, laissez-nous la conserver, celle-là, au moins. Rien que celle-là. “

Ce que j’en dis :

Dès que la couverture est apparue sur la toile, l’envie de découvrir ce qu’elle cachait était déjà bien présente . Qui plus est, connaissant et appréciant cette maison d’éditions qui m’a déjà permis de belles découvertes littéraires, d’horizons divers, j’étais on ne peut plus confiante quand à la qualité du récit. Grâce à Léa, créatrice du magnifique Picabo River Book Club, qui organisa un nouveau partenariat en collaboration avec les éditions Agullo, j’ai eu la chance d’être retenue et de recevoir cette petite merveille.

Toujours prête pour une nouvelle aventure américaine.

Dés les premières page, je suis sous le charme de l’écriture soignée et pleine de poésie. L’histoire à peine commencée me captive déjà et il en sera ainsi jusqu’à la dernière page. Un récit que j’ai fini le cœur serré et la vue brouillée. Mais qu’on se le dise, nous ne sommes pas ici au cœur d’un comte de fée mièvre mais dans un somptueux roman noir qui mérite bien des éloges.

Joe Meno a offert au vieil homme une magnifique jument et aux lecteurs, une superbe histoire pleine de rebondissements et d’émotions dans une contrée sauvage, sublimée par sa plume lyrique et illuminée par la beauté de l’équidé.

 » Le cheval renâcla doucement. Le garçon caressait l’animal en décrivant des cercles de plus en plus petit. « Tout était nul avant que tu te pointes. Mais maintenant tu es mon amie. Ma seule amie. N’essaie pas de repartir. Si tu tentes de t’enfuir je te suivrai. Je te jure.» “

Vous aussi, suivez l’aventure extraordinaire de ce grand- père, de son petit-fils et de cette jument et vous verrez que “ Prodiges et miracles ” cache bien plus qu’une simple histoire de cheval mais plutôt un rodéo littéraire digne des plus belles plumes américaines. Une couse folle dans l’Indiana qui devrait récolter quelques cocardes aux passages et finir sur les podiums prestigieux.

Je lui décerne la première : coup de cœur de Dealerdelignes.

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Joe Meno est né en 1974, et a publié son premier roman à l’âge de 24 ans. Il est l’auteur de sept romans et plusieurs recueils de nouvelles, et a reçu notamment le prestigieux prix Nelson Algren. Il écrit régulièrement pour le magazine underground Punk Planet, ainsi que pour le New York Times et Chicago Magazine. Il vit aujourd’hui à Chicago.

Je remercie Léa du Picabo River Book Club et les éditions Agullo pour cette chevauchée fantastique au cœur de l’Indiana.

“ Au loin ”

Au loin d’ Hernan Diaz aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste

” Mon nom est Håkan (…) Håkan Söderström. Je n’ai jamais eu besoin de mon nom de famille. Personne ne me le demandait. Personne arrivait à prononcer mon prénom. Je parlais pas anglais. (…)

Håkan donnait l’impression de parler aux flammes mais de ne voir aucun inconvénient à ce que des oreilles l’écoutent. (…)

Il était toujours impossible de distinguer le ciel de la terre, mais l’un comme l’autre avaient viré au gris. Après avoir ravivé le feu, Håkan reprit la parole. En marquant de longues pauses, et d’une voix parfois presque inaudible, il parla jusqu’au levée du soleil, toujours en s’adressant au feu, comme si ses mots devaient se consumer sitôt prononcés. “

Lorsque Håkan , un jeune paysan suédois débarqua aux États-Unis, il était accompagné de son frère. Sur le quai, la foule très importante les sépara en un instant.

Ce qui aurait du être une découverte de l’Amérique va s’avérer une toute autre aventure.

Seul et sans un sou , il n’aura pourtant qu’un seul but : retrouver son frère Linus à New-York, même si pour cela, il devra traverser tout le pays à pied.

En remontant à contre-courant le flux continu des pionniers qui se ruent vers l’Ouest, il poursuit ses recherches semées d’embûches.

Bien trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer.

” Durant ces tempêtes, dont les hurlements oblitéraient tout autodérision lui, Håkan puisait son seul soulagement dans la quasi-certitude de ne croiser âme qui vive. Sa solitude était totale et, pour la première fois, depuis des mois, en dépit des grondements et des lacérations, il trouva la paix. “

Sur cette route, il va croiser des personnages truculents et souvent hostiles : une tenancière de saloon, un naturaliste très original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des indiens, des hommes de loi.

Au loin, l’Amérique se construit, et lui se forge une légende sans même s’en douter. Il devient un héros malgré lui.

Il se réfugie, loin des hommes, au cœur du désert, pour tenter de ne plus être étranger à lui-même et aux autres.

” Håkan s’était flétri et ridé, la brûlure du soleil avait raviné ses joues et son front. Ses yeux restaient perpétuellement plissés, sans que cela ne résulte d’un froncement de sourcils délibéré. C’était juste là sa nouvelle physionomie – celle, continûment grimaçante, d’un jeune homme harcelé par une lumière aveuglante ou en butte à un problème insoluble. Sous le surplomb accidenté des sourcils désormais soudés, ses yeux, presque entièrement dissimulés au creu d’une étroite tranchée, ne brillait plus de crainte ou de curiosité mais d’une faim stoïque. Une faim de quoi– il n’aurait su dire. “

Ce que j’en dis :

Au loin de somptueux paysages, des grands espaces et une terre pillée petit à petit aux indiens par les pionniers chercheurs d’or. Au loin dans ce désert, un homme, seul, erre à la recherche de son frère.

Au hasard des pistes, tous vont se croiser et parfois faire un bout de chemin ensemble. Håkan va durant ce périple, découvrir la solitude et la dure réalité du rêve américain brisé par des conditions de survies si difficiles, en terre inconnue.

Hernán Díaz revisite à merveille  » le western nature writing” en nous offrant un roman d’une richesse aussi démesurée que les grands espaces qui l’accompagnent. À travers ce roman initiatique, autour d’un personnage central, il nous plonge dans la conquête de l’Ouest d’une manière moins conventionnelle, et toute aussi évocatrice pour nous faire voyager dans le passé, dans cette Amérique en passe de devenir.

Un magnifique roman d’aventure qui aborde le thème de l’immigration avec une grande lucidité.

Au loin m’a envoûté à travers ces paysages à couper le souffle. Au loin m’a charmé par sa plume évocatrice et sublime. Au loin m’a conquise à travers ce héros bouleversant et extraordinaire.

Un roman qui rejoint mon Panthéon d’auteurs inoubliables à découvrir et à suivre absolument.

Un magnifique écrin, une traduction soignée se rajoutent à ce bijou littéraire précieux.

J’ai adoré ce récit inoubliable à la plume aussi racée que les paysages qui l’accompagnent.

Pour tous les amoureux de la littérature américaine et des grands espaces qui inspirent à vivre une voyage lisvresque exceptionnelle.

Gros coup de cœur.

Hernán Díaz a surgi de nulle part. Sans agent, il envoie son manuscrit par la poste chez Coffee House Press, la maison d’édition de Mineapolis à but non lucratif. Et voilà que ce parfait inconnu devient finaliste du prix Pulitzer et figure dans la liste du PEN Faulkner Award.

« Un premier roman, un petit éditeur indépendant, un finaliste du Prix Pulitzer » titrait récemment le New York Times en s’étonnant d’être passé à côté du très beau roman d’ Hernán Díaz, à sa parution.

Né en Argentine, Hernan Diaz vit depuis 20 ans à New York. Il est aujourd’hui directeur adjoint de l’Institut Hispanique de l’université de Columbia. Finaliste du prix Pulitzer, Au loin est son premier roman.

Je remercie Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club et les Éditions Delcourt de m’avoir offert cette découverte, une aventure livresque grandiose.

“ Une maison parmi les arbres ”

Une maison parmi les arbres de Julia Glass aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Josette Chicheportiche

” Mais cette maison donne vraiment l’impression d’avoir abrité en elle le cœur de Lear. Pas étonnant qu’il ait quitté New York. C’était sa ruche, sa tanière, et que les pièces soient toutes de taille modeste rendait l’endroit rassurant. Lear ne voulait ni d’un palais ni d’une villa ni d’un presbytère, il voulait un havre de paix, une retraite de tous les jours, la cellule d’un moine, le terrier d’un blaireau. “

Suite à un banal accident, Morty Lear, auteur estimé de livres pour enfants, meurt. Tomasina Daulair son assistante hérite de tous ses biens : sa belle maison dans le Connecticut, mais aussi la lourde gestion de son patrimoine artistique. Au fil des années une véritable amitié s’était tissée entre eux. Elle vivait auprès de lui, et cette mort soudaine laisse une douleur vive et un vide immense.

” Elle doit se rappeler qu’il n’y a pas de Morty à chercher. “

Morty semblait marqué par son étrange jeunesse et très ébranlé par la perte de son amant emporté par le sida. Il s’était entièrement reposé sur Tommy jusqu’à ne plus pouvoir se passer d’elle, et c’est ainsi qu’elle lui consacra toute sa vie et ne vécu qu’à travers lui.

Lorsqu’un célèbre acteur engagé pour incarner Morty se présente, Tommy et lui sont amenés à fouiller dans les affaires très personnelles de Morty.

” Tout autour de lui – sur les murs, sur les surfaces des tables, sans nul doute dans les nombreux tiroirs et meubles de rangement – ce sont des centaines, probablement des milliers d’objets définissant une vie. Pas juste n’importe quelle vie, et pas juste la vie d’un homme célèbre, mais la prochaine vie que Nick endossera tel un costume magistralement taillé. Un rôle sur mesure. ”

Certaines découvertes plutôt surprenantes amènent Tommy à s’interroger, connaissait-elle vraiment l’homme dont elle partageait la vie depuis quarante ans ?

“ Non, je ne me vois pas comme un conteur. (…) Je me vois comme quelqu’un qui fabrique des histoires – un bâtisseur, un maçon. Chaque décision que prennent mes personnages est une brique, chaque relation une couche de mortier. Les dessins que je fais ? Des fenêtres et des portes. Si, quand j’ai fini, les lumières s’allument et que le toit ne fuit pas, j’ai de la chance. Je suis chez moi. ”

Ce que j’en dis :

Si Morty ne se voit pas comme un conteur il en est tout autrement pour Julia Glass qui s’avère être une formidable raconteuse d’histoire.

À travers cette magnifique fresque qui nous révèle l’univers d’un écrivain dessinateur pour enfants, on découvre également l’envers du décor et les multiples facettes qui se cachent derrière la création d’un livre.

L’écriture et le dessin permettent parfois d’exorciser des traumatismes liés à l’enfance. Des blessures difficiles qui ne se referment jamais tout à fait.

Avec style et tout en finesse elle aborde différents thèmes tels que l’amitié, l’amour, la passion du métier d’écrivain illustrateur, le dévouement, la famille, le deuil, les souvenirs, les relations au milieu d’une nature omniprésente.

Tout comme pour Morty Lear, La maison dans les arbres est un livre à apprivoiser tranquillement pour l’apprécier à sa juste valeur.

Un récit qui m’a charmé par sa plume touchante et délicate. Une fiction extraordinaire où les personnages magnifiquement incarnés nous offrent un regard profond sur l’âme humaine.

Julia Glass est née à Boston dans le Massachusetts. Elle vit à Marblehead, avec son compagnon, le photographe Dennis Cowley, et leurs deux enfants, et travaille comme journaliste indépendant et éditrice. Elle est diplômée de Yale depuis 1978,

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce beau roman d’une belle sensibilité.

“ Helena ”

Helena de Jérémy Fel aux Éditions Rivages

” Çe ne pouvait pas être être vrai. Ce n’était pas de cette façon que cela aurait du se passer. De n’importe quel cauchemar on se réveillait un jour. “

Lors d’un été caniculaire au Kansas, Hayley prends la route pour assister à un tournoi de golf, en hommage à sa mère trop tôt disparue. C’est sur le chemin qu’elle va faire connaissance avec Norma, une femme qui vit seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs en tentant tant bien que mal de garder un équilibre familial. Tommy, dix-sept ans, un des fils de Norma semble assez perturbé, il ne parvient à apaiser sa propre souffrance qu’en l’infligeant à autrui.

Mais le démon n’en avait pas fini avec lui. Tommy n’avait pas tardé à le revoir en rêve. (…) Certaines nuits, il l’entendait lui parler alors qu’il était éveillé. Et dans les rêves qui suivaient, il lui montrait des choses qu’il ne voulait pas voir, des choses perverses, des choses sales, des choses dont il ne pouvait, au bout du compte, nier la beauté. “

Comment expliquer aux autres qu’une vie simple, sans histoires, abritait en son sein le plus inavouable des cauchemars. “

Tous les trois vont se retrouver piégés dans une spirale infernale où la violence règne en maîtresse absolue. Ils tenteront de s’en extraire au risque de tout perdre, y compris leur vie.

Morts, ils lui appartenaient totalement. Morts, ils lui appartenaient tous. “

Ce que j’en dis :

Après avoir fait la connaissance de l’auteur et de sa plume en 2015 à travers son premier roman noir : Les loups à leur porte publié également aux éditions Rivages, j’étais on ne peut plus impatiente de découvrir son nouveau récit.

Après nous avoir embarqué en plein milieu de l’Indiana, direction le Kansas aux côtés de personnages guère plus sympathiques, même si de première abord ils cachent bien la part sombre qui sommeille en eux.

Une histoire située dans un endroit inventé de toute pièce mais bien ancré dans l’univers américain, là où, les coins reculés de l’Amérique regorgent d’espèces humaines bien souvent terrifiantes.

Jérémy Fel a l’art et la manière pour instaurer un climat de tension dans une ambiance étrange et sordide qui m’a fait penser à l’univers d’Alfred Hitchcock et de Stephen King.

Parfois, certains de ces sales volatiles le pistaient quand il vadrouillait à l’extérieur. Il avait commencé à lancer des pierres pour pouvoir les atteindre. L’ogre ne devait pas sortir de son antre en journée, c’était pour cela qu’il envoyait ces charognards à sa recherche.

Des espions dévoués qui eux, pouvaient le suivre n’importe où. “

Ce roman choral qui donne la voix aux protagonistes principaux se révèle angoissant à souhait, à peine le temps de reprendre son souffle que d’autres péripéties scabreuses se profilent à l’horizon. Et même si la violence est bien présente, on ne doit pas oublier l’élément déclencheur : c’est l’amour maternel ou son absence d’amour qui fera toute la différence.

Un grand roman noir psychologique qui distille son intrigue au fil des pages et garde de ce fait son lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

Une fois de plus, je suis conquise.

À votre tour de découvrir les secrets d’Helena.

Moi-même et Jérémy Fel 2018 le livre sur la Place

Jérémy Fel a été scénariste de courts – métrages et libraire. Il travaille actuellement à l’adaptation de son premier roman, Les loup à leur porte (prix Polar en série 2016) Helena est son second roman.

je remercie Jérémy et les Éditions Rivages pour ce voyage terrifiant au Kansas.

“ Dans la cage ”

Dans la cage de Kevin Hardcastle aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (Canada) par Janique Jouin

” Il avait participé à près de trente combats en tout. Il avait perdu deux fois sur décision de l’arbitre et n’avait jamais été mis K.O. dans la cage. Il y avait peu de gymnases où s’entraîner dans l’Ouest, mais davantage de combats, et il roulait parfois des heures dans la même journée pour que des boxeurs essaient de le tuer à l’entraînement ou que des catcheurs le fracassent sur des tapis de sol usés et contre des murs en parpaings capitonnés tandis qu’il luttait pour se remettre debout. “

Daniel est un ancien champion de boxe et de free fight. Il a dû raccrocher les gants après une grave blessure et dire adieu à ses rêves.

Douze ans plus tard, il est devenu soudeur et même une existence ordinaire au côté de sa femme et de sa fille à Simcoe, une petite ville de l’Ontario où il a grandi.

Mais dans cette région minée par le chômage il est parfois difficile de joindre les deux bouts. Daniel offre parfois ses services à Clayton, un caïd qu’il connaît depuis son enfance. Jusqu’au jour où ça dérape…

« Je crois que Clayton nous a entraînés dans un truc dont on ne peut pas se sortir, quoi qu’en pense cet enfoiré ». Dit Daniel

(…) « Quels que soient les problèmes qu’on a, c’est pas comme ça qu’on va les résoudre, continua-t-elle. Plus maintenant.

– C’est comme si le truc m’avait échappé, dit-il. Je ne l’avais pas vu venir.

– Les choses sont différentes aujourd’hui, rien à voir avec l’époque où tu as commencé à travailler avec lui, dit Sarah. Vous allez vous faire tuer, au train où ça va. Je l’ai compris rien qu’en parlant à Clayton. »

Daniel hocha la tête.

« Je ne veux pas finir comme lui, ça c’est une certitude, dit-il. “

Écœuré par la violence qui monte crescendo dans ce milieu, Daniel décide de s’affranchir et de remettre les gants.

” « Personne ne lui a jamais proposé un boulot décent, dit-elle. Tu le crois, ça ? C’est un type bien. Il y a de quoi se poser des questions…»

Mais hélas, on ne se libère pas d’une telle emprise avec quelques coups de poing.

Ce que j’en dis :

Quand on aime certains auteurs tels que Craig Davidson et Donald Ray Pollock et qu’ils saluent le petit nouveau, on ne peut que se réjouir de le découvrir nous aussi.

Dès les premières pages, une tension baignée de noirceur s’installe et ne quittera pas le récit et là je m’y sens déjà très bien. Mais voilà je poursuis ma lecture et je découvre un style particulièrement très détaillé même trop détaillé, ce qui me gâche une partie de mon plaisir et c’est vraiment dommage. Malgré tout je m’accroche et je fais bien car l’histoire est à la hauteur de mes espérances en dehors de ce bémol, alors je lui pardonne.

Un premier roman noir plutôt réussi, une histoire pleines d’émotions qui laisse peu de place à l’espoir quand hélas certaines personnes naissent sous une mauvaise étoile.

Un auteur à suivre en espérant qu’il va corriger ces petites imperfections qui nous donneraient encore plus de plaisir à le lire.

Kevin Hardcastle est un jeune auteur canadien originaire de l’Ontario, boxeur et fan d’arts martiaux. Il a étudié le « Creative Writing » à Toronto et à Cardiff, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues au Canada, ainsi que dans des anthologies internationales. Son premier recueil, Debris, paraîtra prochainement aux éditions Albin Michel. Dans la cage est son premier roman.

Je remercie les Éditions Albin Michel et Léa, créatrice du Picabo River Book Club pour m’avoir permis de découvrir le combat d’une vie peu ordinaire à travers ce roman.

“ Taxi ”

Taxi de Carlos Zanón aux Éditions Asphalte

Traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton

” On l’appelle Sandino, mais ce n’est pas son prénom. C’est un surnom. (…)

Sandino n’aime pas conduire, mais il est chauffeur de taxi.

Un chauffeur triste, un chauffeur dragueur, un chauffeur gentil.

(…) Enfants, il observait la ville depuis cette terrasse, cette ville avec toutes les histoires qui allaient lui arriver. Là, dans ces bâtiments, vivaient et dormaient la femme qui l’aimerait un jour, ses amis et ses ennemis. C’est dans ces rues que se déroulerait tout ce qui n’avait pas encore eu lieu. “

Sandino l’insomniaque parcourt Barcelone à bord de son taxi, accompagné de ses clients toujours prompts à se confier.

Sa femme attend patiemment son retour pour parler, faire une mise au point, le quitter.

Infidèle, il sait ce qui l’attend et préfère fuir une fois de plus cette discussion fatidique. Commence alors une véritable odyssée de sept jours et six nuits à travailler sans relâche.

” On avance pour ne pas avoir à regarder derrière soi. Sinon, à quoi bon partir. ”

Dans cette fuite en avant, il tâche de venir en aide à Sofia, une de ses collègues qui a eut la mauvaise idée de s’approprier un bien oublié dans sa voiture.

Un service qui risque de le mettre véritablement en danger.

C’est comme mettre une balle dans le barillet d’un revolver, l’enlever et la remettre pour jouer à la roulette russe par ennui. N’importe quoi pour se sentir exister à nouveau et essayer de disparaître en même temps. “

Ce que j’en dis :

Carlos Zanón possède un style de narration propre à lui-même et nous offre une nouvelle fois un roman noir profond et des personnages complexes non démunis d’humanité.

Sandino, notre chauffeur de taxi a beau connaître sa ville par cœur, il s’est perdu en chemin et prend de nombreux détours, qui hélas ne le mettent pas à l’abri de mauvaises rencontres. Il va lui falloir bien plus qu’un GPS et surtout une bonne dose de courage pour venir en aide à sa collègue qui s’est fourré dans une drôle de galère.

À travers ce portrait d’un chauffeur de taxi, on plonge dans la noirceur de Barcelone dépeinte à merveille par une plume lyrique qui donne un peu de lumière et d’espoir à cette ville qui part à la dérive tout comme cet homme.

Un roman sombre, une belle errance urbaine où les âmes vagabondes se perdent dans l’espoir de se retrouver.

Né à Barcelone, Carlos Zanón est écrivain, scénariste, parolier et critique. Après cinq recueils de poésie, il s’est consacré au roman : Soudain trop tard et N’appelle pas à la maison (publiés chez Asphalte puis repris au Livre de poche) ont assis définitivement sa carrière d’auteur de noir. J’ai été Johnny Thunders a remporté le prix Dashiell Hammet 2015, récompensant le meilleur roman noir de l’année en langue espagnole.

Taxi est son quatrième roman publié aux éditions Asphalte.

Je remercie les éditions Asphalte pour cette belle balade à Barcelone.

“ Moi, témoin ”

Moi, témoin de Niki Mackay aux Éditions Marabout

Traduit de l’anglais (Écosse) par Claire Allain

” – Je… J’aimerais vous embaucher, murmure-t-elle, les yeux rivés au sol.

À nouveau, son air grave me dissuade d’éclater de rire.

– Et pourquoi diable voudriez-vous m’embaucher ?

– Je pense que je suis innocente. ”

Il y a six ans, Kate Reynolds a été retrouvé le corps couvert de sang de sa meilleure amie. Celle-ci gisait dans ses bras, sans vie. Elle fut vite reconnue comme coupable idéale et gagna direct un ticket d’entrée pour un séjour de six années derrière les barreaux.

À sa sortie de prison, convaincue de son innocence, elle engage une ex flic convertie en détective privé pour l’aider à se blanchir. Cette femme, Madison Attallee n’est autre que l’officier de police qui l’avait découverte sur la scène de crime.

Convaincue de la culpabilité de Kate, Madison accepte néanmoins l’affaire. Se replongeant dans le dossier, avec frénésie, elle commence à douter.

Je ressens une petite poussée d’adrénaline en ouvrant le couvercle. Tordu ? Un peu rapace ? Non, pas vraiment. C’était ce que j’essayais d’expliquer à Rob : ce sont les énigmes qui m’attirent. La soif d’assembler les indices qui atterrissaient sur mon bureau, pour comprendre ce qui pousse les gens à commettre des crimes abominables. Ce qui motive leurs choix, et ceux que l’on a fait pour eux, à leur insu. Ce qui nous fait basculer, en somme. Neuf fois sur dix, les criminels sont des gens comme tout le monde avant leur passage à l’acte. Et puis, ils perdent un truc, ou quelque chose se brise, et ils font une sortie de route. Ils basculent. Deviennent malsains, dangereux. “

Mais tout le monde ne l’entend pas de cette oreille et compte bien laisser le passé là où il est enterré quel qu’en soit le prix.

Enfin libérée de sa cage, Kate, elle aussi, est prête à tout pour que la vérité éclate.

” « – C’est du pur délire ! Elle n’a aucune idée du mal qu’elle nous a fait, merde. De ce qu’on a traversé. Elle a mis cette famille en pièce. »

J’acquiesce. À quoi bon lui dire qu’elle était déjà en pièce cette famille. Que son crime n’était rien de plus que la cerise sur un gâteau en état de décomposition. “

Ce que j’en dis :

Toujours agréable de découvrir une nouvelle plume et d’autant plus quand d’entrée le style est accrocheur, fluide, et t’embarque très vite dans une histoire plutôt bien menée qui réserve de belles surprises malgré un sujet déjà traité de nombreuses fois. C’est bien connu, les prisons sont pleine d’innocents.

Ce que j’ai apprécié dans ce roman choral, c’est d’une part l’alternance dans la narration entre les deux personnages principaux et les trois autres protagonistes. Puis ensuite viens l’attachement à la détective, elle-même poursuivie par ses propres démons, au caractère bien trempé, et d’un naturel assez caustique.

Une histoire qui aborde de nombreux thèmes fidèles aux codes du thriller psychologique , tels que la manipulation mentale, l’abus de pouvoir, les erreurs judiciaires, le mensonge, la trahison, les secrets de famille, les pervers narcissiques, avec des personnages en parfaite harmonie.

Une intrigue bien campée en compagnie d’une nouvelle héroïne audacieuse et surprenante qui gardera son suspense jusqu’au final.

Même si je ne suis pas une fan inconditionnelle de ce style de lecture, j’ai passé un agréable moment et je le recommande vivement aux amoureux du genre. Il devrait faire des heureux.

Je remercie Masse Critique de Babelio de m’avoir permis de découvrir cette nouvelle plume pleine de surprises.

Après un diplôme de journalisme et un début de carrière à temps partiel dans la presse professionnelle pour le bâtiment, Niki Mackay décide de donner la priorité au personnage auquel elle a donné vie dans plusieurs début de romans jamais achevé. C’est ainsi que débute la carrière de la détective Maddison Attallee, et celle d’une auteure à l’indéniable talent.

“ Made in Trenton”

Made in Trenton de Tadzio Koelb aux Éditions Buchet. Chastel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marguerite Capelle

Dans le New Jersey en 1946, tout juste sortie des horreurs de la guerre, travailler dans l’industrie florissante de Trenton est une des clés de l’émancipation pour les américains des classes populaires.

Malgré les craintes qui le faisaient trembler, personne ne lui avait alors demandé quoi que ce soit d’autre que son nom. Quand il l’avait dit pour la première fois à voix haute, il avait senti la panique transpercer sa poitrine, un abîme sans limites. Cela faisait des jours qu’il passait pour lui-même, sans rien dire d’autre, à personne, comme une prière à un dieu disparu qu’il s’était mis à réciter dès l’instant où il avait vu l’annonce manuscrite dans la vitrine du café- restaurant – On recrute – et qu’il répétait à l’infini, comme une incantation, tentant frénétiquement de repousser le moment fatidique. ”

Le rêve américain envahit la population et le mystérieux Abe Kunstler, nouveau venu à l’usine est bien décidé à se tailler une part du gâteau.

Travailleur, obstiné, bon camarade, buveur émérite, Abe est l’archétype du col bleu, sauf que Abe a un secret.

” – une liste trop longue de choses entreposées dans une pièce dont la porte menaçait à tout instant de s’ouvrir à la volée sur un désastre de révélations . “

De l’après guerre au Vietnam, l’histoire d’Abe Kunstler nous montre combien ce rêve américain est une machine implacable qui broie tous ceux qui ne sont pas nés dans la bonne classe, le bon corps, ou la bonne couleur de peau.

Confronté à une société américaine au conformisme impitoyable, enlisé dans une vie de mensonges et menacé de voir son terrible secret révélé, jusqu’où Abe sera-t-il prêt à aller pour préserver l’existence qu’il s’est durement forgé ?

Il se couvrit le visage de sa main odorante ; l’autre, il la posa sur son corps, un pèlerinage auprès de son ancien moi qui ne lui plaisait guère, mais qui était aussi essentiel, naturel d’une certaine manière à l’homme qu’il était devenu. “

Ce que j’en dis :

Si j’ai choisi de garder pour moi le secret de Abe Kunstler c’est avant tout que je trouve dommage qu’il soit révélé sur la quatrième de couverture. Même si le roman en révèle bien plus, je préfère découvrir ce genre d’information primordiale au cours de ma lecture. Néanmoins il est fortement intéressant de découvrir l’imagination et la machination phénoménale mise en place par Abe pour justement donner l’illusion parfaite à ce secret.

Pour un premier roman, l’auteur fait une entrée remarquable avec un récit plutôt original qui nous plonge dans une noirceur absolue dans l’Amérique de l’après-guerre.

La plume de Tadzio Koelb est rude et assez sophistiquée et demande parfois une attention particulière afin de ne pas perdre le fil de cette histoire.

Un texte fort, plutôt violent qui réserve de belles surprises et qui plaira aux lecteurs exigeants.

Une très belle découverte de cette rentrée littéraire.

Tadzio Koelb, est auteur, journaliste et traducteur américain. Ses articles ont été publiés par The New York Times et The Times Liberaty Supplement, entre autres prestigieux journaux. Il enseigne à l’Université de Rutgers (New Jersey) et vit à New-York. Il a traduit en anglais le roman Paludes d’André Gide.

Made in Trenton est son premier roman.

Je remercie les Éditions Buchet.Chastel pour cette révélation saisissante.