“ Un pays obscur ”

Un pays obscur d’Alain Claret aux Éditions de La Manufacture de livres

Il s’était réveillé au milieu des autres hommes dans la remise, les mains attachées dans le dos, un bandeau sur les yeux. Sa tête pulsait de douleur et la nausée le faisait trembler. Les soldats gueulaient autour de lui, les hommes du village leur répondaient avec de long discours mêlés de sanglots. Les coups sourds des armes automatiques ponctuaient les cris et les prières, l’air étouffant chargé de l’odeur cuivrée du sang et de la peur. Il savait ce qui se passait ; les soldats punissaient le village d’avoir accueilli des Rebelles, ils allaient enrôler de force les paysans et tuer ceux qui résistaient ou refusaient. Le silence s’était fait peu à peu dans la remise, après il entendit les cris des femmes. Il s’était évanoui ou endormi quand son corps se vida de sa nausée. “

La vie de Thomas, un jeune journaliste, bascule un jour en Lybie, où il se retrouve en captivité dans d’horribles conditions. Retenu prisonnier dans une cave loin de la lumière du jour, dans l’attente d’incertaines transactions politiques avec pour seul soutien, ses souvenirs.

Enfin libéré, mais traumatisé, sa vie est toujours un enfer. Son retour au monde s’avère très difficile. C’est dans la maison de son père qu’il va tenter de se reconstruire.

Le jour, il avait l’impression de bander ses forces pour affronter les gens et la vie qui l’entourait, la nuit il revivait ce qu’il avait vécu. Les insomnies étaient bizarrement ce qu’il y avait de mieux. Au début, il dormait à l’hôtel ou chez des gens mais c’était pire, alors il était revenu dans cette maison qui avait été le refuge de son père. La maison le réveillait comme une vieille amie qui se trouve délaissée. “

Il allait devoir fouiller dans le passé pour reconstituer le miroir brisé, dans son refuge entouré de cette mystérieuse forêt.

” Il fallait qu’il comprenne l’homme qu’il était devenu. Parfois il pensait qu’il était mort là-bas et qu’il ne le savait pas. “

Jusqu’au jour où d’étranges disparitions de femmes surviennent et où une vieille connaissance réapparaît dans sa vie. Chacun se bat avec ses propres démons, et bascule inexorablement vers un monde étrange.

” Bien plus tard il se souviendrait de ce moment passé au bord de la mare comme celui où tout avait basculé dans la folie. “

Ce que j’en dis :

Si ses vieux souvenirs l’ont aidé à tenir le coup pendant sa détention, dorénavant ce sont les souvenirs de cette terrible période qu’il doit affronter pour exorciser la peur, compagne de sa nouvelle vie.

En alternant passé et présent, l’auteur nous offre un véritable puzzle à reconstituer en mélangeant les souvenirs jusqu’à les rendre confus, déroutant parfois le lecteur mais sans jamais le perdre grâce à une présentation subtile qui ménagera son suspense jusqu’au final.

Ce récit à l’écriture parfaitement maîtrisée qui alterne poésie et sensualité m’a absolument conquise, tant par sa plume que par son histoire bouleversante.

Un magnifique roman d’ambiance, rythmé par une intrigue surprenante.

Un véritable coup de cœur pour cet auteur que j’ai découvert pour mon plus grand bonheur.

Il va ravir les lecteurs exigeants et les amoureux du noir lumineux.

Pour info :


Alain Claret est né en 1956, à Grenoble, dans une famille ouvrière. À la fin de ses études secondaires, il rompt avec un avenir universitaire. Décidé à devenir écrivain, il part s’installer à Paris.

Il exerce différents boulots alimentaires et fréquente les jeunes artistes bohêmes de la capitale : peintres, poètes, comédiens. Il est membre de plusieurs troupes de théâtre pour lesquelles il œuvre en tant qu’auteur et dramaturge. Il travaille l’écriture théâtrale avec les comédiens et les metteurs en scène, essaie de créer un univers et des personnages au service de la scène.

Il crée au début des années1980  la revue littéraire Anarkos qui se veut à la recherche d’une écriture romanesque contemporaine. La revue est présente au salon du livre (1982). Son propos et son slogan : ni lieu, ni sens, sont salués par le président Mitterrand lors de l’inauguration du salon.

Son expérience théâtrale le conduit à l’écriture de scénarii pour le cinéma et la télévision où il défend la notion d’auteur à un moment où le milieu audiovisuel et les maisons de production soutiennent l’idée de professionnalisation de l’écriture.

Son ambition reste la recherche d’une écriture romanesque contemporaine.

En 1991, il publie un premier roman aux éditions Flammarion – Clichy-Section – qu’Alain Bosquet, critique au Figaro Littéraire, éreinte, ne voyant pas d’avenir à ce genre de littérature.

Pendant dix ans, il continue son travail de recherche, construit une œuvre noire et romanesque qui veut dépasser les frontières de la littérature contemporaine issue des théories structuralistes de la fin des années soixante.

En 2002 il publie aux Éditions Robert Laffont, Si le Diable m’étreint, premier titre d’une série de romans noirs qui auscultent les réalités complexes de notre époque. Un travail que Gérard Meudal dans Le Monde décrit ainsi : « Alain Claret n’a pas seulement l’ambition de raconter une histoire, ce qu’il sait manifestement faire, mais il a aussi celle de plonger le lecteur dans un cauchemar qui, à bien des égards, rappelle pourtant la réalité. »

Sociétaire de la SGDL et de la SACD, il vit à Paris avec sa femme et ses trois enfants.

Je remercie La Manufacture de livres pour ce roman à la plume aussi singulière qu’addictive. Une merveilleuse découverte.

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13 réflexions sur ““ Un pays obscur ”

      1. Les casseroles !!! 😆 Pas de honte de ce que j’ai lu dans ma vie, même les 2 Harlequins et un autre de la même trempe. Ok, ils ne sont pas dans ma biblio, je les avais emprunté. Pour le reste, on ne rentre pas dans mon bureau, ni dans notre chambre. Mes livres, c’est entre eux et moi 😀

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