“ Leurs enfants après eux ”

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu aux Éditions Actes Sud

” À Berlin, un mur était tombé et la paix, déjà, s’avançait comme un rouleau compresseur. Dans chaque ville que portait ce monde désinsdustrialisé et univoque, dans chaque bled déchu, des mômes sans rêve écoutaient maintenant ce groupe de Seattle qui s’appelait Nirvana. Ils se laissaient pousser les cheveux et tâchaient de transformer leur vague à l’âme en colère, leur déprime en décibels. Le paradis était perdu pour de bon, la révolution n’aurait pas lieu ; il ne restait plus qu’à faire du bruit. “

Août 1992, dans l’Est de la France, au cœur d’une vallée, les hauts-fourneaux se sont éteints, seul le soleil brûle encore et offre à tous un été caniculaire.

Pour tuer l’ennui, Anthony et son cousin enfourchent leurs vélos et filent au bord du lac se créer de nouveaux souvenirs.

” Ici, la vie était une affaire de trajets. On allait au bahut, chez ses potes, en ville, à la plage, fumer un pet’ derrière la piscine, retrouver quelqu’un dans le petit parc. On rentrait, on repartait, pareil pour les adultes (…) . Chaque désir induisait une distance, chaque plaisir nécessitait du carburant. À force, on en venait à penser comme une carte routière. Les souvenirs étaient forcément géographiques. “

Sur place, ils volent un canoé et rejoignent l’autre rive, se rapprochant de la plage des culs-nus.

Sans s’en douter, Anthony vogue vers son destin, vers le premier amour, celui qu’on n’oublie pas et qui change tout, celui qui décide de toute la suite.

” Anthony vivait l’été de ses quatorze ans. Il faut bien que tout commence. « 

Le temps de quatre étés, les moments se suivent et dans la vallée on tente de survivre et la jeunesse tente de trouver sa voie dans un monde qui s’éteint à petit feu.

” Au travail comme ailleurs, les idées reçues gouvernaient, qui ne servaient qu’à enrober, s’intoxiquer de bonheur pour ne pas crever de l’évidence des faits. ”

C’est l’histoire de la France de l’entre-deux, des zones pavillonnaires, de la cambrousse, des cités HLM. La France qui écoute Johnny un verre de picon à la main, qui aime les fêtes foraines et regarde Interville et Champs Élysée à la télé, des hommes usés par le travail et des femmes fanées par l’ennui de la routine.

L’histoire d’un coin de France éloigné des comptoirs de la mondialisation qui erre entre la mélancolie et le déclin, la dignité et la colère.

” La vie allait se poursuivre c’était le plus dur. La vie se poursuivait. ”

Ce que j’en dis :

Depuis le moment où j’ai su que ce roman était en lice pour le Goncourt, jusqu’au bout j’y ai cru , et j’ai bien fait de faire confiance à l’enfant du pays. Certains me prendront pour une chauvine et d’autres sauront reconnaître comme moi le talent là où il est c’est à dire entre les pages et à travers les lignes noires, encrées sur les pages blanches de ses deux romans.

Pour son second roman, Nicolas Mathieu, nous offre une fresque politique sociale, un roman choral, où l’on suit le destin des habitants d’une vallée où se côtoient des classes sociales bien différentes. On assiste au déclin d’une ville meurtrie par la fermeture de l’usine.

Il décortique dans les règles de l’art et avec brio, toute une jeune génération qui rêve de partir vers un avenir meilleur que celui réservé à leurs parents. Il pose également un regard acerbe et surtout réaliste sur le milieu de l’éducation, sur cette gare de triage, qui laisse peu de place aux rêves face au déterminisme social.

Il nous parle de ce qu’il connaît vraiment, des choses qui lui tiennent à cœur, histoire peut-être de régler ses comptes avec le passé, parfois encombrant.

Avec habilité, et élégance ils nous parle des gens, de la jeunesse, des petites vies sans prétentions, sans pour autant porter de jugement, mais bien au contraire en les élevant au sommet, en leur rendant hommage à travers ses romans.

La vie des autres résonnent parfois dans les souvenirs de la nôtre car Nicolas Matthieu place toujours les bons mots sur les émotions avec une grande justesse.

Il signe une fois encore un récit formidable, illuminé par une plume singulière qui mérite toute l’attention qu’on lui porte.

Un très beau roman noir contemporain à ne surtout pas rater.

Un énorme coup de cœur pour ma part.

Pour info :

Photo empruntée aux Pictos

Nicolas Mathieu est né à Épinal en 1978. Après des études d’histoire et de cinéma, il s’installe à Paris où il exerce toutes sortes d’activités instructives et presque toujours mal payées. En 2014, il publie chez Actes Sud Aux animaux la guerre, adapté pour la télévision par Alain Tasma. Aujourd’hui, il vit à Nancy et partage son temps entre l’écriture et le salariat.

Leurs enfants après eux a reçu le prestigieux Prix Goncourt en novembre 2018 mais a également reçu en septembre le Prix des Médias, feuille d’or de la ville de Nancy.

La Lorraine est fière de l’enfant du pays.


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“ Dernière journée sur terre ”

Dernière journée sur la terre d’Éric Puchner aux éditions Albin Michel

Collection Terres d’ Amérique

Traduit de l’américain par France Camus- Pichon

Après son formidable roman Famille Modèle, Eric Puchner reprend son thème de prédilection et explore la complexité de l’univers familial, mais également l’amitié.

On y croise des personnages envahis de doutes qui s’interrogent sur l’avenir.

Il nous entraîne tour à tour dans une librairie …

Le Libraire passa un quart d’heure en quête du livre idéal qui éviterait au Client d’avoir le cœur brisé, tout en éveillant pour toujours chez son fils l’amour de la lecture. (…) Et que fit le client ? Comment remercia-t-il le Libraire pour le temps que celui-ci venait de lui consacrer ? En sortant son smartphone pour chercher le livre sur Amazon et … en le commandant sur ce foutu site ! Comment je le sais ? Parce que c’est moi le Libraire. J’espionnais le Client derrière la table des Coups de cœur de la Librairie. (…) Comme l’homme ne levait pas les yeux de son portable, Rogelio lui flanqua un tract sur la poitrine, puis, d’un geste vif et curieusement élégant, lui plaqua l’agrafeuse sur le cœur tel un défibrillateur et appuya sur la détente. “

En passant par des quartiers où se côtoient des familles parfois étranges…

” En fait, il existe un certain type de quartier que l’on voit dans les petites villes de Nouvelle- Angleterre, où chaque demeure a son téléviseur allumé pendant le dîner, où les pelouses paraissent minuscules et vides au crépuscule, où l’espace étroit entre les maisons vous rappelle la courte et précieuse distance qui vous sépare de la mort. “

On y croise un groupe punk has-been, des ados en centre de vacances, mais également un jeune prêt à tout pour sauver ses chiens.

Une plongée dans l’Amérique entre l’absurde et le surnaturel, abordée de manière plutôt originale avec une certaine lucidité et une bonne dose d’humour.

Un florilège d’histoires plus ou moins passionnantes, parfois délirantes voir décapantes, pour partager avec nous de drôles de vies sur terre.

« Alors, qu’as-tu appris à ton atelier d’écriture ? » demanda mon père, et je récitai une série de consignes. Montrer, ne pas raconter. Écrire sur ce que l’on connaît. Rester patient – il faut des années pour terminer certaines nouvelles, et elles ne sont jamais comme on voudrait. »

Pour info :

Professeur de littérature à l’université, Eric Puchner est l’auteur de La Musique des autres (Albin Michel, 2008), un recueil de nouvelles très remarqué à sa sortie, et Famille modèle, son premier roman (Albin Michel, 2011), qui a été unanimement salué par la critique et a bénéficié d’un formidable bouche-à-oreille.

En trois livres seulement, il s’est imposé comme l’un des jeunes écrivains américains les plus doués de sa génération, réussissant à mêler hilarité et désespoir pour offrir une radioscopie bouleversante de l’Amérique d’aujourd’hui.

Je remercie les éditions Albin Michel pour cette virée surprenante en Amérique.

“ l’éternité n’est pas pour nous ”

L’éternité n’est pas pour nous de Patrick Delperdange aux Éditions Équinox

– Pourquoi tu tiens tellement à aller jusqu’à cette baraque ? dit Danny derrière lui.

– Vaut mieux passer la nuit là-bas que dehors, non ?

– Et s’ils veulent pas de nous, ces gens ?

– Je les déciderai, d’une manière ou d’une autre », fit Sam. “

Sam et Danny, deux vagabonds cherchent un refuge en pleine campagne. Ils ont fui le foyer d’hébergements où résidait Danny, après les problèmes rencontrés par ce dernier avec un gars qui l’importunait.

” Il était toujours question de violence dans ce que devinait Danny. Il était comme un chien qui sent l’orage et dont le poil se hérisse lors d’une soirée tranquille, mis en alerte par Dieu sait quels signes. “

Pas loin, Lila une prostituée, attends le client assise sur sa chaise en plastique, au bord de la chaussée. Quand elle voit débarquer Julien et sa bande, elle sait déjà que ça va mal finir. Mais elle était loin d’imaginer la tournure qu’allait prendre cette fin de soirée pour elle et sa fille.

(…) « C’est terrible, reprit le docteur d’une voix blanche. Je ne sais pas ce qui est en train de se passer depuis hier, mais je croirais bien que le diable vient de jeter son dévolu sur notre chère petite ville. »

Cet endroit serait-il maudit ?

Les loups sortent du bois et guettent leurs proies.

Une tornade de violence s’abat sur la ville. Durant quelques heures, ces personnages armés de courage pour certains et de lâcheté pour d’autres vont nous entraîner dans une terrifiante aventure.

Ce que j’en dis :

J’ai découvert la plume noire et lyrique de Patrick Delperdange avec son précédent roman : Si tous les Dieux nous abandonnent , du rural noir pur et dur tel que j’apprécie. Avec ce nouveau récit, l’auteur monte en puissance et atteint un pic d’émotions et de frayeurs plutôt impressionnantes pour une histoire qui se passe sur deux jours.

Situé un endroit paumé, ce huis clos mets en scène des marginaux, des désœuvrés, des pauvres qui subissent l’arrogance des riches, des gens de peu, des personnages d’une volonté incroyable qu’ils soient du bon ou du mauvais côté de la frontière du mal.

À travers une écriture sans concessions, un style sordide et violent, souvent trash où pointent des doses d’humour, de quoi détendre un peu l’atmosphère oppressante tout en gardant une part d’humanité et d’espoir, l’auteur nous offre un roman poignant qui ne manque pas de piquant ni de poésie.

Un bon shot de whisky aux effets enivrants et dévastateurs qui t’emmène au plus profond de l’âme humaine, au cœur de la forêt, là où sommeille le mal qui n’attend, qu’une étincelle pour qu’une vague de violence incendiaire détruise tout sur son passage, épargnant parfois les quelques arbres robustes qui arrivent à rester debout.

Si les Dieux nous abandonnent et que L’éternité n’est pas pour nous, profitez dès à présent pour découvrir sa plume avant qu’il ne soit trop tard …

Il n’est pourtant pas américain, ni même français et pourtant ce barbu belge a réussi en deux romans à me bluffer et à combler mon appétit livresque du noir.

Un petit noir bien serré à déguster sans modération.

Vivement le prochain.

Pour info:

Patrick Delperdange, écrivain belge, vit et travaille à Bruxelles. Prix Simenon pour son roman « Monk », Prix du Jeune Théâtre pour la pièce « Nuit d’amour » (éditions Actes Sud/Papiers), il a ensuite publié bon nombre d’ouvrages en littérature jeunesse, dont une trilogie fantastique chez Nathan, « L’œil du Milieu ». Parallèlement à cela, il est également le scénariste de plusieurs bandes dessinées.

Patrick Delperdange est également l’auteur de Chants des gorges, paru aux éditions Sabine Wespieser et réédité chez Espace Nord en 2014. Ce roman a été couronné par le prix littéraire le plus prestigieux de Belgique francophone, le prix Rossel, ainsi que par le prix Rossel des jeunes, doublé historique puisque ces deux prix n’avaient jamais encore été attribués au même ouvrage.

Après : Si tous les Dieux nous abandonnent publié chez Gallimard à la Série Noire, il signe un nouveau roman : L’éternité n’est pas pour nous aux Éditions Equinox (dirigé par Aurélien Masson), qui vous étreint le cœur, dans la lignée des œuvres de Larry Brown et de Daniel Woodrell, des grands maîtres américains.

Je remercie les éditions Équinox pour ce roman rural noir belge qui m’a transporté à la frontière de l’Amérique.

“ Le poids du monde ”

Le poids du monde de David Joy aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

” Ce qui l’effrayait, c’était ce qu’il savait dans son rêve. Il semblait avoir la certitude incontestable, presque divine, qu’avec le temps il deviendrait comme son père. Que certaines choses étaient transmises qui ne se reflétaient pas dans les miroirs, des traits qui étaient peints à l’intérieur. C’était ça qui le terrifiait. Et toutes les nuits, avant de se réveiller en frissonnant, il entendait les mots du Tout-Puissant, le seigneur qui disait :« Au bout du compte, c’est toujours le sang qui parle. »

Thad Broom a connu l’horreur de la guerre au Moyen-Orient, mais à présent il a quitté l’armée. Il est de retour dans son village natal des Appalaches et s’installe pas loin de sa mère dans une vieille caravane. Il renoue très vite avec Aiden McCall son meilleur ami.

Aiden avait toujours cru qu’avec le temps le monde s’ouvrirait à lui, que la vie deviendrait plus facile. Mais tandis qu’il approchait de son vingt-cinquième anniversaire, rien ne s’était arrangé. Tout était de plus en plus dur. La vie avait le don de vous vider. Quoi qu’il fasse, il avait l’impression qu’une puissance supérieure en avait après lui, et ce genre de certitude finissait par vous engourdir au bout d’un moment. “

On ne peut pas dire que la chance fasse partie de leur vie. Alors quand leur dealer passe l’arme à gauche après un stupide accident et qu’ils se retrouvent avec une quantité de drogue et un paquet de fric, est-ce enfin le bout du tunnel ou le début de nouvelles emmerdes ?

Peut-être que c’était ça le but de cette foutue vie, attendre la mort. “

Ici même la nature, pourtant si belle parfois, te rappelle toujours que rien n’est éternel.

” Le fond de l’air était frais pour la fin du mois d’août, un rappel que bientôt l’été serait fini. Dans un peu plus d’un mois, les feuilles commenceraient à lentement rougeoyer, embrasant les montagnes de leur feu automnal. Puis, quelques semaines plus tard, la couleur disparaîtrait. Le fait que ça s’achevait si vite n’était pas anodin. Il y avait une leçon à tirer de ce souffle de beauté éphémère. Les bonnes choses ne duraient jamais, et quand tout s’écroulait, ça se produisait en un clin d’œil. C’était vrai pour tout sur cette montagne. “

Seule l’amitié peut parfois sauver une vie…

” Au bout du compte, la seule chose qui différenciait une personne d’une autre, c’était le fait d’avoir quelqu’un pour sauter à l’eau et vous empêcher de vous noyer. “

Ce que j’en dis :

En 2016, je découvrais cette nouvelle plume américaine, publiée également chez Sonatine, avec son tout premier roman noir : Là où les lumières se perdent (ma chronique ici). Coup de foudre immédiat pour ce géant du noir rencontré la même année au festival America à Vincennes. Comme vous pouvez le constater, le terme géant lui sied à merveille.

David Joy nous livre un nouveau roman noir aussi bouleversant que magnifique. À travers ces portraits saisissants et d’un réalisme incroyable, il nous plonge au cœur des Appalaches où le terme désenchanté résonne en écho à l’infini. Ici le désespoir est monnaie courante, bien plus que le dollar qui demeure bien difficile à gagner dans cet endroit en cours de désertification où il est bien difficile d’échapper à son destin.

Mais pourtant cette histoire aussi noire soit-elle, se révèle être une belle histoire d’amitié entre deux garçons qui n’ont quasiment rien d’autre pour survivre dans ce monde cruel.

L’écriture de David Joy est absolument grandiose, tant par sa singularité que par toutes les émotions qu’elle dégage. Chacune de ses histoires transpercent le cœur et restent à jamais inoubliable.

En seulement deux romans, il a enflammé mon cœur de lectrice, grande amoureuse du noir et garde une place de choix dans mon panthéon américain.

C’est aussi noir qu’une nuit sans lune mais aussi lumineux qu’un ciel parsemé d’étoiles.

Hâte de retrouver cet immense écrivain.

Pour info :

David Joy est un jeune auteur américain né en 1983 à Charlotte en Caroline du Nord. Titulaire d’une licence d’anglais obtenue avec mention à la Western Carolina University, il y poursuit naturellement ses études avec un master spécialisé dans les métiers de l’écrit. Il a pour professeur Ron Rash qui l’accompagnera et l’encouragera dans son parcours d’écrivain. Après quelques années d’enseignement, David Joy reçoit une bourse d’artiste du conseil des Arts de la Caroline du Nord. Il se met à écrire pour le Crossroads Chronicle et pour lui-même. Son premier roman, Là où les lumières se perdent, remporte un franc succès et est finaliste du prix Edgar du meilleur premier roman en 2016.
David Joy est également l’auteur d’essais. Growing Gills: A Fly Fisherman’s Journey a été finaliste de deux prix littéraires : le Reed Environmental ainsi que le Ragan Old North State for Creative Non Fiction. Il vit aujourd’hui à Webster en Caroline du Nord au beau milieu des Blue Ridge Mountains et partage son temps entre l’écriture, la chasse, la pêche et des travaux manuels.

Je remercie les éditions Sonatine pour cette magnifique tragédie contemporaine absolument grandiose.

“ La mort selon Turner ”

La mort selon Turner de Tim Willocks aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais par Benjamin Legrand

La fille semblait aussi morte que n’importe quel cadavre. Elle était noire, dans les quinze, seize ans, et allongée face contre terre, sa joue gauche reposant sur la terre craquelée du parking. Des mouches rampaient sur ses yeux et ses lèvres desséchées. Un hématome s’épanouissait sur sa pommette. Apparemment, elle ne respirait plus. ”

Après une soirée particulièrement arrosée, un jeune Afrikaner issu d’un milieu aisé renverse en voiture une jeune noire et disparaît avec ses amis.

” – On a tous croisé cette fille dans la rue. On est passé devant tous les jours. Pourquoi a-t-elle tant d’importance maintenant qu’elle est morte ?

– Parce que se soucier d’elle maintenant qu’elle est morte, c’est le seul droit qui lui reste. “

Dans ce pays où règne la violence et la corruption, cette mort aurait tendance à vite être oubliée, mais Turner, un flic noir de la criminelle en a décidé autrement. Même s’il doit affronter Margot Le Roux, la mère du chauffeur et ses hommes de main.

” – Mais c’est mon fils, mon combat » (…) Ce sera bref mais beau, dit-elle, surtout beau pour vous si vous jouez vos cartes comme il faut. Si vous les jouez de travers, jamais plus vous ne dormirez paisiblement, parce que le but de ma vie sera de vous détruire. “

On ne peut pas dire que l’on réserve un bon accueil à Turner, dans cette région aride et désertique. Mais rien n’arrêtera cet homme qui a soif de justice.

” Peu importait le passif merdique qui était le vôtre, vous pouviez encore blâmer la malchance. Mauvais endroit, mauvais moment, mauvais parents. Vous aviez tout de même de l’espoir. Deux décennies de plus, et vous réalisiez qu’il n’existait pas de monde meilleur, nulle part. Une meilleure vie, peut-être, mais pas un meilleur monde. L’homme est un salopard vicieux, purement et simplement, et cinglé, en prime. “

La confrontation est terrible entre ce flic déterminé à rendre justice au péril de sa vie et cette mère décidée à protéger son fils, quel qu’en soit le prix à payer.

Que justice soit faite même si les cieux dégringolent… “

Ce que j’en dis :

En tant qu’acheteuse compulsive, toujours friande de bonne came, il me semble avoir tous les livres de Tim Willocks et pourtant c’est avec celui-ci que je fais connaissance avec sa plume que je présentais grandiose. Et je ne m’étais pas trompée. La première fois que j’avais autant été embarqué dans un récit qui mettait en scène l’ Afrique du Sud et les Township, c’était avec le fabuleux Zulu de Caryl Férey, qui a été ensuite magnifiquement adapté au cinéma.

J’ai retrouvé la même tension et la même violence omniprésente dans ce pays, décrite avec une précision chirurgicale. L’auteur ne nous épargne pas et nous offre un récit puissant, noir à souhait.

Et pourtant Tim Willocks prend un énorme risque en choisissant de commencer son histoire par la fin, puis remonter le temps pour revivre dans les moindres détails cette histoire terrifiante. Très vite, le ton est donné , les scènes s’enchaînent et nous plonge en enfer au côté d’un justicier fervent défenseur de l’injustice.

Tim Willocks nous conte un opéra d’une noirceur absolument hypnotique. Une écriture furieuse, sublime, intense qui donne une force et une grandeur incroyable à l’histoire.

C’est presque avec regret que l’on referme ce livre, que l’on quitte Turner mais avec le bonheur d’avoir lu un formidable roman et d’avoir découvert une plume exceptionnelle où la poésie côtoie la violence sans fausses notes.

C’est extrêmement noir mais absolument brillant.

N’ayez pas peur de vous aventurer entre ses pages, Turner veille…

Pour info :

Tim Willocks est un romancier britannique né en 1957 à Stalybridge. Chirurgien et psychiatre de formation, il est également ceinture noire de karaté et grand amateur de poker. Son premier roman Bad City Blues, publié en 1991, est adapté au cinéma par Dennis Hopper. Il a, depuis, écrit plusieurs polars à succès dont Green River ou Les Rois écarlates, avant de se lancer dans une entreprise littéraire titanesque avec une série de romans historiques à la force romanesque époustouflante initiée avec La Religion puis Les Douze Enfants de Paris. Ces deux ouvrages mettent en scène le personnage inoubliable de Mathias Tannhauser, mercenaire lettré et apatride jeté au cœur des fracas du XVe siècle. Tim Willocks est également l’auteur d’un roman jeunesse publié chez Syros, Doglands. Producteur et scénariste, l’écrivain a également travaillé avec Michael Mann, rédigé une vingtaine de scénarios, et co-écrit un documentaire avec Spielberg, The Unfinished Journey.
Je remercie les éditions Sonatine pour cette virée grandiose en Afrique du Sud.