“ La mort selon Turner ”

La mort selon Turner de Tim Willocks aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais par Benjamin Legrand

La fille semblait aussi morte que n’importe quel cadavre. Elle était noire, dans les quinze, seize ans, et allongée face contre terre, sa joue gauche reposant sur la terre craquelée du parking. Des mouches rampaient sur ses yeux et ses lèvres desséchées. Un hématome s’épanouissait sur sa pommette. Apparemment, elle ne respirait plus. ”

Après une soirée particulièrement arrosée, un jeune Afrikaner issu d’un milieu aisé renverse en voiture une jeune noire et disparaît avec ses amis.

” – On a tous croisé cette fille dans la rue. On est passé devant tous les jours. Pourquoi a-t-elle tant d’importance maintenant qu’elle est morte ?

– Parce que se soucier d’elle maintenant qu’elle est morte, c’est le seul droit qui lui reste. “

Dans ce pays où règne la violence et la corruption, cette mort aurait tendance à vite être oubliée, mais Turner, un flic noir de la criminelle en a décidé autrement. Même s’il doit affronter Margot Le Roux, la mère du chauffeur et ses hommes de main.

” – Mais c’est mon fils, mon combat » (…) Ce sera bref mais beau, dit-elle, surtout beau pour vous si vous jouez vos cartes comme il faut. Si vous les jouez de travers, jamais plus vous ne dormirez paisiblement, parce que le but de ma vie sera de vous détruire. “

On ne peut pas dire que l’on réserve un bon accueil à Turner, dans cette région aride et désertique. Mais rien n’arrêtera cet homme qui a soif de justice.

” Peu importait le passif merdique qui était le vôtre, vous pouviez encore blâmer la malchance. Mauvais endroit, mauvais moment, mauvais parents. Vous aviez tout de même de l’espoir. Deux décennies de plus, et vous réalisiez qu’il n’existait pas de monde meilleur, nulle part. Une meilleure vie, peut-être, mais pas un meilleur monde. L’homme est un salopard vicieux, purement et simplement, et cinglé, en prime. “

La confrontation est terrible entre ce flic déterminé à rendre justice au péril de sa vie et cette mère décidée à protéger son fils, quel qu’en soit le prix à payer.

Que justice soit faite même si les cieux dégringolent… “

Ce que j’en dis :

En tant qu’acheteuse compulsive, toujours friande de bonne came, il me semble avoir tous les livres de Tim Willocks et pourtant c’est avec celui-ci que je fais connaissance avec sa plume que je présentais grandiose. Et je ne m’étais pas trompée. La première fois que j’avais autant été embarqué dans un récit qui mettait en scène l’ Afrique du Sud et les Township, c’était avec le fabuleux Zulu de Caryl Férey, qui a été ensuite magnifiquement adapté au cinéma.

J’ai retrouvé la même tension et la même violence omniprésente dans ce pays, décrite avec une précision chirurgicale. L’auteur ne nous épargne pas et nous offre un récit puissant, noir à souhait.

Et pourtant Tim Willocks prend un énorme risque en choisissant de commencer son histoire par la fin, puis remonter le temps pour revivre dans les moindres détails cette histoire terrifiante. Très vite, le ton est donné , les scènes s’enchaînent et nous plonge en enfer au côté d’un justicier fervent défenseur de l’injustice.

Tim Willocks nous conte un opéra d’une noirceur absolument hypnotique. Une écriture furieuse, sublime, intense qui donne une force et une grandeur incroyable à l’histoire.

C’est presque avec regret que l’on referme ce livre, que l’on quitte Turner mais avec le bonheur d’avoir lu un formidable roman et d’avoir découvert une plume exceptionnelle où la poésie côtoie la violence sans fausses notes.

C’est extrêmement noir mais absolument brillant.

N’ayez pas peur de vous aventurer entre ses pages, Turner veille…

Pour info :

Tim Willocks est un romancier britannique né en 1957 à Stalybridge. Chirurgien et psychiatre de formation, il est également ceinture noire de karaté et grand amateur de poker. Son premier roman Bad City Blues, publié en 1991, est adapté au cinéma par Dennis Hopper. Il a, depuis, écrit plusieurs polars à succès dont Green River ou Les Rois écarlates, avant de se lancer dans une entreprise littéraire titanesque avec une série de romans historiques à la force romanesque époustouflante initiée avec La Religion puis Les Douze Enfants de Paris. Ces deux ouvrages mettent en scène le personnage inoubliable de Mathias Tannhauser, mercenaire lettré et apatride jeté au cœur des fracas du XVe siècle. Tim Willocks est également l’auteur d’un roman jeunesse publié chez Syros, Doglands. Producteur et scénariste, l’écrivain a également travaillé avec Michael Mann, rédigé une vingtaine de scénarios, et co-écrit un documentaire avec Spielberg, The Unfinished Journey.
Je remercie les éditions Sonatine pour cette virée grandiose en Afrique du Sud.
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