“ Le poids du monde ”

Le poids du monde de David Joy aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

” Ce qui l’effrayait, c’était ce qu’il savait dans son rêve. Il semblait avoir la certitude incontestable, presque divine, qu’avec le temps il deviendrait comme son père. Que certaines choses étaient transmises qui ne se reflétaient pas dans les miroirs, des traits qui étaient peints à l’intérieur. C’était ça qui le terrifiait. Et toutes les nuits, avant de se réveiller en frissonnant, il entendait les mots du Tout-Puissant, le seigneur qui disait :« Au bout du compte, c’est toujours le sang qui parle. »

Thad Broom a connu l’horreur de la guerre au Moyen-Orient, mais à présent il a quitté l’armée. Il est de retour dans son village natal des Appalaches et s’installe pas loin de sa mère dans une vieille caravane. Il renoue très vite avec Aiden McCall son meilleur ami.

Aiden avait toujours cru qu’avec le temps le monde s’ouvrirait à lui, que la vie deviendrait plus facile. Mais tandis qu’il approchait de son vingt-cinquième anniversaire, rien ne s’était arrangé. Tout était de plus en plus dur. La vie avait le don de vous vider. Quoi qu’il fasse, il avait l’impression qu’une puissance supérieure en avait après lui, et ce genre de certitude finissait par vous engourdir au bout d’un moment. “

On ne peut pas dire que la chance fasse partie de leur vie. Alors quand leur dealer passe l’arme à gauche après un stupide accident et qu’ils se retrouvent avec une quantité de drogue et un paquet de fric, est-ce enfin le bout du tunnel ou le début de nouvelles emmerdes ?

Peut-être que c’était ça le but de cette foutue vie, attendre la mort. “

Ici même la nature, pourtant si belle parfois, te rappelle toujours que rien n’est éternel.

” Le fond de l’air était frais pour la fin du mois d’août, un rappel que bientôt l’été serait fini. Dans un peu plus d’un mois, les feuilles commenceraient à lentement rougeoyer, embrasant les montagnes de leur feu automnal. Puis, quelques semaines plus tard, la couleur disparaîtrait. Le fait que ça s’achevait si vite n’était pas anodin. Il y avait une leçon à tirer de ce souffle de beauté éphémère. Les bonnes choses ne duraient jamais, et quand tout s’écroulait, ça se produisait en un clin d’œil. C’était vrai pour tout sur cette montagne. “

Seule l’amitié peut parfois sauver une vie…

” Au bout du compte, la seule chose qui différenciait une personne d’une autre, c’était le fait d’avoir quelqu’un pour sauter à l’eau et vous empêcher de vous noyer. “

Ce que j’en dis :

En 2016, je découvrais cette nouvelle plume américaine, publiée également chez Sonatine, avec son tout premier roman noir : Là où les lumières se perdent (ma chronique ici). Coup de foudre immédiat pour ce géant du noir rencontré la même année au festival America à Vincennes. Comme vous pouvez le constater, le terme géant lui sied à merveille.

David Joy nous livre un nouveau roman noir aussi bouleversant que magnifique. À travers ces portraits saisissants et d’un réalisme incroyable, il nous plonge au cœur des Appalaches où le terme désenchanté résonne en écho à l’infini. Ici le désespoir est monnaie courante, bien plus que le dollar qui demeure bien difficile à gagner dans cet endroit en cours de désertification où il est bien difficile d’échapper à son destin.

Mais pourtant cette histoire aussi noire soit-elle, se révèle être une belle histoire d’amitié entre deux garçons qui n’ont quasiment rien d’autre pour survivre dans ce monde cruel.

L’écriture de David Joy est absolument grandiose, tant par sa singularité que par toutes les émotions qu’elle dégage. Chacune de ses histoires transpercent le cœur et restent à jamais inoubliable.

En seulement deux romans, il a enflammé mon cœur de lectrice, grande amoureuse du noir et garde une place de choix dans mon panthéon américain.

C’est aussi noir qu’une nuit sans lune mais aussi lumineux qu’un ciel parsemé d’étoiles.

Hâte de retrouver cet immense écrivain.

Pour info :

David Joy est un jeune auteur américain né en 1983 à Charlotte en Caroline du Nord. Titulaire d’une licence d’anglais obtenue avec mention à la Western Carolina University, il y poursuit naturellement ses études avec un master spécialisé dans les métiers de l’écrit. Il a pour professeur Ron Rash qui l’accompagnera et l’encouragera dans son parcours d’écrivain. Après quelques années d’enseignement, David Joy reçoit une bourse d’artiste du conseil des Arts de la Caroline du Nord. Il se met à écrire pour le Crossroads Chronicle et pour lui-même. Son premier roman, Là où les lumières se perdent, remporte un franc succès et est finaliste du prix Edgar du meilleur premier roman en 2016.
David Joy est également l’auteur d’essais. Growing Gills: A Fly Fisherman’s Journey a été finaliste de deux prix littéraires : le Reed Environmental ainsi que le Ragan Old North State for Creative Non Fiction. Il vit aujourd’hui à Webster en Caroline du Nord au beau milieu des Blue Ridge Mountains et partage son temps entre l’écriture, la chasse, la pêche et des travaux manuels.

Je remercie les éditions Sonatine pour cette magnifique tragédie contemporaine absolument grandiose.

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12 réflexions sur ““ Le poids du monde ”

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