“ La métallo ”

La métallo de Catherine Ecole-Boivin aux Éditions Albin Michel

« On l’appelait Mézioù, une forte en gueule. On n’avait pas intérêt d’y approcher les pattes car elle cartonnait des bras autant que nous. Sinon, durant nos dimanches copains à vélo elle était increvable. Après son départ, des comme elle, y’en a plus eu dans nos ateliers. Les femmes coquettes nouvellement embauchées demandaient à travailler dans les bureaux. Faut dire, on rapportait l’usine avec nous à la maison, dans nos cheveux et jusqu’à dans nos slips quand on avait été de corvée de bacs à graisse du laminoir. Yvonnick, c’était un homme comme nous. »

Yvonnick n’est pas une femme comme les autres. En plus d’avoir un prénom et des bras d’homme, elle a une force de caractère extraordinaire. Et elle en a bien besoin pour affronter cette vie difficile. Depuis le départ de son homme, elle a repris sa place à la forge.

” Je ne veux plus devenir secrétaire, passer une blouse blanche pour travailler. Je veux des marques d’ouvrier sur moi et de l’huile de moteur sous mes semelles. “

Jeune veuve et mère d’un enfant fragile, elle devient métallo. Commence alors une lutte ouvrière où elle devra se faire respecter par les hommes.

” J’invente la posture de la courageuse, la virile. Je n’ai pas de couilles mais j’ai de la place pour en avoir. “

Jour après jour, son courage force le respect, elle est fière de son travail et de sa communauté solidaire. Hélas une nouvelle menace se pointe en 1968, il est dorénavant question de rentabilité, de chiffres d’affaires, de restructuration…

” J’ignore comment nous allons garder notre histoire, notre mémoire à tous et celle de tous ceux venus poser leur existence pénible et parfois heureuse ici. “

Ce que j’en dis :

Malgré une couverture qui ne rend pas justice à ce récit, il serait dommage que vous passiez votre chemin, car derrière se cache une pépite littéraire qui rend hommage à toute une génération d’ouvriers hors du commun.

Inspiré d’un authentique témoignage, l’auteure Catherine Ecole-Boivin nous offre le destin d’une femme, Yvonnick.

C’est aussi l’histoire de celles et de ceux qui ont travaillé pour l’industrie Française dans les années 50, de son apogée jusqu’à son déclin dans les années 80.

” Il ne reste rien de nous si personne ne nous raconte quelque part. “

Une plume de caractère, métallique ciselée dans l’acier, aussi étincelante qu’une usine en pleine nuit où brille le feu du brasier, aussi brûlante que les flammes des hauts-fourneaux, aussi travaillée et puissante que le courage de ces ouvriers qui acceptaient tant pour des salaires de misère.

Homme ou femme, même combat et pourtant salaires inégaux pour tâches identiques, apparemment certaines choses ne changeront jamais, mise à part le hashtag #balancetonporc ou #balancetonpatron inexistant à l’époque.

Un récit qui défend également la cause des femmes qui ont combattu à tous les niveaux autant à la maison que sur leur lieu de travail pour se faire une place et gagner le respect.

Comme le dit si bien Bernard Lavilliers dans son texte Fench Vallée, ici pas de place pour les manchots, les shootés du désespoir fument la came par les cheminées et les usines désossées ont rencard avec la mort…mais c’est bien plus sa magnifique chanson Les mains d’or (à écouter ici) qui résonne entre ces pages.

Rarement un récit m’a autant touché par l’humanité qu’il dégage, par la puissance de l’écriture et l’hommage extraordinaire rendu à ce peuple ouvrier dont mon père a fait partie.

 » L’histoire vraie des hommes, des femmes et des enfants remarquables qui n’auront jamais leurs noms dans les livres d’histoires.  »

Authentique, brillant, admirable, féministe, engagé, historique, à lire pour ne jamais les oublier.

Pour info :

Catherine Ecole-Boivin à Brive la Gaillarde. Copyright de Marie Hélène,

Originaire de la Hague, historienne de formation, diplômée en Science de l’éducation, doctorante au CREN de Nantes, Catherine École Boivin est surnommée la glaneuse ou la défricheuse d’histoires car elle conte dans ses livres « les mémoires des humbles et de ceux à qui on n’a pas donné la parole durant leur vie ». Son premier livre Jeanne de Jobourg, paroles d’une paysanne du Cotentin a eu un succès en Basse-Normand. Suivi de plusieurs autres depuis. 

Elle est sociétaire de la SGDL et de la SOFIA, et membre de la Société des auteurs de Normandie et des écrivains combattants. Elle a reçu du préfet de Loire-Atlantique la médaille de bronze de la jeunesse et des sports. Elle est adhérente de la Maison du roman populaire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne).

Le 18 novembre 2012, elle reçoit le prix littéraire du Centre régional du livre de Basse-Normandie dit « Reine Mathilde » lors du salon du livre de Cheux (Calvados), pour son roman chez Albin Michel Les Bergers blancs, l’histoire des bergers guérisseurs aux pieds nus de la Hague.

Catherine Ecole-Boivin habite depuis presque 20 ans en Loire Atlantique. Biographe et romancière, elle prépare en 2018 un doctorat en sciences humaines à l’université de Nantes. Elle est également professeure à Saint Nazaire.

Je remercie les éditions Albin Michel pour ce livre en hommage à toutes les mains d’or.

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