“ L’herbe de fer ”

L’herbe de fer de William Kennedy aux Éditions Belfond, collection Vintage.

Traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier

Albany, pendant la Grande Dépression, Francis Phelan revient au bercail, mais dans un triste état et semble complètement perdu.

 » Francis pensait à son talent à lui tel qu’il s’exerçait, jadis, sur les terrains de base-ball, par des après-midi tout embués de lumière ; comment il savait suivre le trajet de la balle dès que la batte la frappait, et fondre sur elle comme un vautour fond sur une poule ; comment il l’amadouait et la captait et plein vol, soit qu’elle se dirige droit sur lui, soit qu’elle se rapproche de lui en sifflant comme un serpent dans l’herbe. Il l’enserrait dans son gant creusé comme la serre d’un oiseau de proie…(…) Aucun joueur de baseball dans aucune équipe ne déplaçait son corps avec autant de dextérité que Francis Phelan, une sacrée machine à saisir la balle, la plus rapide de toute. “

Qu’est-ce qui a bien pu arriver à Francis Phelan pour qu’il finisse clochard et alcoolique, lui ce grand joueur de base-ball, à qui aucune balle ne résistait ?

” Au plus profond de lui-même, là où il pouvait pressentir une vérité qui échappait aux formules, il se disait : ma culpabilité est tout ce qui me reste. Si je perds cela, alors tout ce que j’aurais pu être, tout ce que j’aurais pu faire aura été en vain. “

Il tente de reprendre le dessus, mais les fantômes du passé l’assaillent et semblent vouloir régler leurs comptes.

Va-t-il fuir une fois encore, ou va-t-il réussir cette fois à se pardonner? Va-t-il réussir sa quête de rédemption ?

” Maintenant que mes souvenirs reviennent au grand jour, est-ce que tu crois que je vais enfin pouvoir commencer à oublier ? “

Ce que j’en dis :

Pour quelqu’un qui apprécie énormément la littérature américaine, j’ai pourtant beaucoup de lacunes mais grâce à la collection vintage des éditions Belfond, je découvre à chaque réédition de merveilleuses pépites.

L’herbe de fer ne déroge pas à la règle. Ce roman possède une verve exceptionnelle et un style incroyable qui mélange poésie et ironie avec talent. Le récit nous emporte, nous captive et nous bouleverse avec grâce. Francis Phelan, est un clochard avec une certaine éducation et des principes. Il est attendrissant, attachant et son histoire nous touche de bien des façons, entre les rires et les larmes qu’elle déclenche. Un roman aussi triste qu’insolent tout comme son héros pas ordinaire et tous les personnages que vous croiserez dans ce magnifique livre.

 » Tous deux connaissaient sur le bout des doigts le rituel du trimardeur avec ses tabous, son protocole. Ils s’étaient assez parlé pour savoir qu’ils croyaient tous deux en une sorte de fraternité des sans-espoir ; cependant les cicatrices qu’ils portaient aux yeux montraient bien qu’une telle fraternité n’avait jamais existé, que la seule chose qu’ils partageaient vraiment, c’était l’éternelle question : comment vais-je me tirer d’affaire pendant les vingt prochaines minutes ? Ce qui leur faisait peur à tous les deux, c’était les désintoxiqués, les flics, les matons, les patrons, les moralistes, les diseurs de vérité, et ils avaient également peur l’un de l’autre. Ce qu’ils adoraient, c’était les raconteurs d’histoires, les menteurs, les putains, les boxeurs, les chanteurs, les chiens qui remuent la queue, et les bandits d’honneur. Rudy, en somme, se disait Francis, ça n’est qu’une cloche, mais qui vaut mieux que lui ? “

Extraite de l’adaptation cinématographique

Il n’est jamais trop tard pour découvrir des bijoux littéraires, mais c’est sans conteste un devoir que de les partager et de jouer les passeurs de mots pour qu’à votre tour vous succombiez aux charmes de cette plume.

Laissez-vous tenter et faites un bout de chemin avec cette cloche cabossée en quête de pardon et épris de liberté.

Pour info :

D’origine irlandaise, William Kennedy est né en janvier 1928 à Albany dans l’État de New York, où il a grandi. Diplômé de l’université Siena de Loudonville en 1949, il est journaliste dans l’État de New York et à San Juan, Porto Rico, où il s’essaie également à la fiction. En 1963, il retourne à Albany, l’une de ses principales sources d’inspiration, qui sera le décor de nombre de ses œuvres. Il travaille alors pour des journaux et poursuit l’écriture de ses romans.


Son premier livre, The Ink Truk (1969), évoque un chroniqueur haut en couleur nommé Bailey, gréviste en chef dans un journal. Pour le roman qui suit, Jack Legs Diamond (Belfond, 1988 ; 10/18, 1994), William Kennedy combine histoire, fiction et humour noir, et s’attaque au personnage de Jack « Legs » Diamond, un gangster irlando-américain tué à Albany en 1931. Billy Phelan (Belfond, 1990 ; 10/18, 1994) chronique, lui, la vie d’un voyou rusé, qui s’amuse à contourner la politique locale.


C’est avec L’Herbe de fer (Belfond, 1986 ; 10/18, 1993), publiée pour la première fois aux États-Unis en 1983, que William Kennedy reçoit les honneurs en remportant le prix Pulitzer de la fiction 1984. Un roman audacieux, qui nous plonge dans la vie chaotique de Francis Phelan – le père de Billy Phelan –, vagabond alcoolique errant dans les rues d’Albany pendant la Grande Dépression. L’auteur publie la même année O Albany!, un récit passionnant sur la politique et l’histoire de sa ville.


William Kennedy a aussi écrit les romans Le Livre de Quinn (Belfond, 1991), Vieilles carcasses (Belfond, 1993), Le Bouquet embrasé (Actes Sud, 1996), Roscoe (2002) et Changó’s Beads and Two-tone Shoes (2011), qui complètent notamment le « Cycle d’Albany » ; les scénarios des films Cotton Club, réalisé par Francis Ford Coppola, et d’Ironweed : la Force du destin de Héctor Babenco, avec Jack Nicholson et Meryl Streep dans les rôles principaux ; et deux pièces de théâtre Grand View (1996) puis In the System (2003).

Avec son fils, Brendan Kennedy, il est également le coauteur de deux livres pour enfants : Charlie Malarkey and the Belly-Button Machine (1986) et Charlie Malarkey and the Singing Moose (1994).


« Avec L’Herbe de fer qui lui a valu le ‟genius grant” de la fondation Mac Arthur, le National Book Award et le prix Pulitzer, William Kennedy est devenu une gloire nationale… Son style, qui doit quelque chose à Joyce, à Fitzgerald, à Beckett, reste foncièrement original. »
The New York Times Book Review

Je remercie les éditions Belfond pour cette pépite de la littérature américaine.

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8 réflexions sur ““ L’herbe de fer ”

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