“ Marlena ”

Marlena de Julie Buntin aux Éditions La belle colère

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Barbe-Girault

Je n’ai jamais cru au concept de spectateur innocent. L’acte de regarder change tout. Ce n’est pas parce qu’on ne touche à rien qu’on est exonéré. Vous pourriez être tenté de m’excuser parce que je n’avais que quinze ans, que j’étais dépassée par les événements, que je ne savais pas comment gérer, que je ne pouvais pas comprendre cette manière qu’ont tous les choix, même les plus petits, de créer par effet domino, jusqu’à ce qu’on soit irrémédiablement adulte, la personne qu’on était destinée à devenir. Ou bien, dans le cas de Marlena, la personne qu’on n’aura jamais la chance de devenir. Le monde se fiche que vous soyez seulement une fille. “

Suite au divorce de ses parents, Cat 15 ans, emménage avec sa mère et son frère dans une maison préfabriquée à Silver Lake dans l’État du Michigan.

À peine arrivée, elle fait la connaissance de Marlena, sa voisine d’une beauté renversante. Celle-ci habite en face dans une espèce de « grange » avec son petit frère et un homme rachitique qui semble être son père.

Marlena est assez folle et accro aux cachetons. Tout les séparent mais elle vont se rapprocher et devenir meilleure amie.

” Jour après jour, je faisais des sacrifices, même si pour moi ce n’en étaient pas vraiment, je me redéfinissais auprès d’elle, jusqu’à ce qu’on forme le duo suprême – elle impulsive et intrépide, moi prévoyante et vigilante ; elle dangereuse, moi inspirant confiance ; elle jolie, moi gentille ; elle stone, moi bourrée ; et ainsi de suite. “

Pendant une année, elles vont vivre une époque troublante, pleine de transgression à travers une amitié aussi passionnelle que dérangeante.

” Ce que Marlena ne pigeait pas, et que je n’aurais jamais pu lui avouer, c’est que même si on se faisait profondément, gravement, irrémédiablement, dangereusement chier à Silver Lake, j’étais plus heureuse que je ne l’avais jamais été. Je me sentais libre. J’avais merdé à un point inimaginable, mais le monde ne s’était pas arrêté de tourner. “

Jusqu’à la mort de Marlena…

Vingt ans après, la vie de Cat est au point mort. Elle vit dorénavant à New-York avec Liam, son petit ami, mais n’a toujours pas d’enfant. Employée d’une petite bibliothèque, elle est hantée par les fantômes du passé et lutte chaque jour pour ne pas sombrer dans l’alcool, comme pour se punir des souvenirs du passé qu’elle ne cesse de revivre pour tenter de comprendre la mort de sa meilleure amie. Chercher des réponses qui n’existent peut-être pas…

” Liam savait pour Marlena, mais uniquement les grandes lignes – quand des proches en dehors du Michigan étaient mis au courant, ce qui n’arrivait presque jamais, c’était tout ce qu’ils obtenaient. Plus jeune, j’avais eu une amie qui était morte. Nous étions proches. Je n’en parlais pas. Lorsqu’on devient adulte, l’être qu’on était à l’adolescence prend une importance fabuleuse, ou bien devient complètement risible. Je voulais être le genre de personne capable de balayer d’un geste cette époque-là ; au lieu de quoi, j’en avais bien peur, elle me définissait. ”

Ce que j’en dis :

L’adolescence est une période charnière avant le passage vers l’adulte, et selon la manière dont elle est vécue, elle laisse parfois des traces et ne laisse pas toujours indemne.

À travers cette histoire qui met en scène deux adolescentes, l’auteur nous fait part de leur vie tumultueuse qui coûtera malheureusement la vie à l’une d’elle et marquera à jamais la vie de l’autre.

Entre le Michigan et New-York, l’auteur entrelace habilement deux temporalités pour retracer la vie de ces deux amies et ce qui en découle.

Julie Buntin nous offre un grand roman sur l’amitié, mais aussi sur la famille et les répercussions qu’entraîne un divorce., et sur les addictions si difficiles à quitter.

À la fois roman psychologique et témoignage, ce roman offre une réflexion profonde sur ce qui nous rattache au passé et nous empêche d’avancer, d’où la nécessité de lâcher prise pour se libérer et peut-être s’envoler.

Un récit qui dégage beaucoup d’émotions, une plume de qualité pour une lecture qui exige davantage d’attention par moment et j’avoue avoir préféré le Michigan à New-York, l’adolescence à l’âge adulte, mon petit coté nostalgique pour ce duo qui aurait du finir inséparables.

Un roman parfaitement en osmose avec les éditions de La belle colère, fidèle à leur thème de prédilection : l’adolescence, littérature young/adult.

Un premier roman réussit qui aidera peut-être certains parents à mieux comprendre leurs ados, ces rebelles incontrôlables.

Une belle découverte même si ce n’est pas le coup de cœur que j’avais espéré au départ.

Pour info :

Julie Buntin est originaire du nord du Michigan. Son premier roman Marlena a été finaliste pour le prix du National Book Critics Circle John Leonard, nommé meilleur livre de l’année par plus d’une douzaine de journaux y compris le Washington Post. Elle a enseigné l’écriture creative à l’université de New-York, l’université Columbia et le Yale Writers Workshop. Elle est également rédactrice en chef adjointe et directrice des programmes d’écriture à Catapult.

Je remercie les éditions de la belle colère pour cette histoire où l’amitié survit à tout et nous plonge dans nos propres souvenirs.

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