“ Le camp des autres ”

Le camp des autres de Thomas Vinau aux Éditions 10/18

” Dans le ventre sauvage d’une forêt, la nuit est un bordel sans nom. Une bataille veloutée, un vacarme qui n’en finit pas. Un capharnaüm de résine et de viande, de sang et de sexe, de terre et de mandibules. Là-haut la lune veille sur tout ça. Sa lumière morte ne perce pas partout mais donne aux yeux qui chassent des éclairs argentés. Gaspard est recroquevillé contre le chien. À moitié recouvert par lui, il le sert dans ses bras trop courts. Le feu n’empêche pas d’avoir froid, le maintient dans un demi-sommeil parcouru de sursauts. Le feu n’empêche pas d’avoir peur, le monde entier autour d’eux grouille comme une pieuvre sombre. “

Gaspard un jeune garçon est en fuite avec son chien blessé. C’est là qu’il va tomber sur Jean-le-blanc, un étrange bonhomme, une espèce de sorcier dont il se méfie.

Jean-le-blanc a utilisé des mots simples, pour dire des choses simples. Il a dit J’ai choisi un camp. Le camp de ceux dont on ne veut pas. Le camp des nuisibles, des renards, des furets, des serpents, des hérissons. Le camp de la forêt. Le camp de la route et des chemins aussi. De ceux qui vivent sur les chemins. De la trime et de la cloche. (…) Les fuyards. Les insoumis. Les orphelins. (…) Aujourd’hui je vis là. Je suis un bâtard libre. Je ne suis d’aucun camp et ceux qui ne sont d’aucun camp sont les bienvenus ici.

De part ses pouvoirs de guérisseur, Jean a affaire à des gitans réunis autour de la Caravane à Pépére. Une belle bande de bohémiens, de voleurs, de déserteurs dirigé par un certain Capello, qui terrorisaient la population.

Gaspard, l’insoumis partira un matin sur la route pour les rejoindre.

C’est à cette époque, en 1907, que Georges Clemenceau créa les fameuses Brigades du Tigre, pour en finir une fois pour toute, avec cette bande de pillards, de voleurs et d’assassins qui étaient la terreur des campagnes.

Ce que j’en dis :

J’ai découvert la plume de Thomas Vinau à travers son précédent roman La part des nuages (ma chronique ici) qui m’avait enchanté, j’avais donc hâte de le retrouver.

Le camp des autres nous emmène dans une ambiance plutôt noire dans les années 1900 juste avant la création des Brigades du Tigre.

À travers une plume aussi poétique qu’enragée, il nous offre différents portraits de personnes vivants en marge de la société, en compagnie de Gaspard un enfant rebelle qui les a rejoints. Des hommes et des femmes d’ici et d’ailleurs que l’on a tenté d’exterminer au cours du véritable génocide des tziganes.

Il dépeint à merveille cette nature aussi hostile que protectrice, et cette société qui n’a guère changé de nos jours.

Il leur rend hommage, à travers cette histoire tel un cri du cœur à tous les sans- famille, les sans-abri, les sans-papiers, les sans-patrie.

Une écriture chargée d’émotions, de colère et d’humanité.

Un récit féroce et tendre à la fois qui conforte ma passion pour la plume de Thomas Vinau que je vais continuer à suivre avec attention.

Pour info :

Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse et vit au pied du Luberon. Il est auteur de nombreux recueils de poésie dont Bric à brac hopperien et Juste après la pluie, il de romans, notamment Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Ici, ça va, La part des nuages et Le camp des autres.

Je remercie les éditions 10/18 pour cette histoire au lyrisme touchant.

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