“ Le pays des oubliés ”

Le pays des oubliés de Michael Ferris Smith aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

” (…) Il sentait la douleur dans sa tête à cause des innombrables commotions cérébrales et vivait dans le monde brumeux d’un esprit ébranlé. Il sentait des pointes de douleur dans ses yeux et sa colonne vertébrale et des explosions de lumières vives et les bruits perçants et inattendus du monde moderne qui hurlait dans son cerveau. Doigts brisés, rotules luxées, entorses cervicales et crâne ouvert, et encore et encore et encore les poings et les jointures de doigts, les genoux et les coudes, et il sentait tout ça comme si chaque coup qu’il avait reçu et chaque coup qu’il avait donné continuaient d’exister dans un nuage de douleur invisible qui l’enveloppait et le retenait comme une âme migrante à la recherche de sa maison. Les années qui passaient et son corps qui rouillait et son esprit tel un gigantesque espace dégagé avec des vents hurlants et tournoyants et des tourbillons de souvenirs qui ne faisaient pas la différence entre maintenant et avant, et il sentait tout ça.  »

Jack a encaissé les coups depuis très longtemps. Abandonné devant l’armée du salut bébé, placé ensuite dans quatre familles d’accueil différentes, puis deux foyers sans compter les cinq écoles, de quoi perturber n’importe quel gamin.

Jusqu’à ce que Maryann le prenne sous son aile.

” (…) ses yeux semblaient voyager au-delà de la propriété et des étoiles jusqu’à un endroit qu’elle seule pouvait voir. Au début il avait pris son silence comme le signe qu’il avait fait quelque chose de mal ou qu’elle était mécontente de sa présence, mais au fil du temps il avait commencé à regarder vers l’horizon avec elle. Ce royaume vivant qui vivait dans ses yeux, il l’avait vu dans le plafond au-dessus de son lit dans les foyers et il l’avait vu à travers la fenêtre des chambres des familles d’accueil, et il le voyait là-bas au-delà de cette terre de poussière et d’os, là où le noir était aussi profond que le paradis ou l’enfer. (…) le garçon l’avait suffisamment vue dans la sérénité de la nuit pour croire qu’elle vivait avec des fantômes, et le matin il s’attendait parfois à voir leurs traces de pas cendreuses sur le sol usé. “

Aujourd’hui Maryann est au bout de sa vie, même sa propriété est sur le point d’être saisie. Jack va devoir mener une lutte de plus contre cette vie qui s’acharne sur leurs sorts. Ses nombreux combats l’ont fracassé, son corps est à bout et son esprit est ravagé par tous ses fantômes qui l’accompagnent.

S’il veut conserver la maison que lui lègue Maryann, il doit réunir une somme importante et la seule issue serait un dernier combat. Mais il devra également affronter Big Momma Sweet qui règne sur l’empire du vice du delta du Mississippi.

Un ultime combat, aux conséquences incertaines.

Ce que j’en dis :

Depuis ma découverte de sa plume à travers son premier roman noir  » Une pluie sans fin  » publié aux Éditions Super 8, je suis une fan inconditionnelle. A suivi « Nulle part sur la terre. ” (ma chronique ici) et son dernier  » Le pays des oubliés  » tout aussi formidable.

Il donne la voix aux oubliés de l’Amérique, aux exclus qui tentent de s’en sortir, son thème de prédilection qui lui sied à merveille. Une plume noire qui s’illumine par la poésie qui l’accompagne.

Cette fois Michael mets en scène un homme endetté, brisé, en quête de rédemption, une âme en déroute dans un coin misérable de l’Amérique qui n’a plus que ses poings pour ultime recours à sa perte. Un héros ordinaire qui devient extraordinaire et inoubliable sous la plume puissante et lyrique d’un auteur qui s’affirme encore davantage roman après roman.

Une histoire fascinante, bouleversante qui nous émotionne et nous laisse le cœur en miette.

Michael Farris Smith confirme sa place dans mon panthéon d’auteurs américains de romans noirs incontournables auprès de Larry Brown, Pete Dexter, David Joy ou encore Benjamin Whitmer.

Très heureuse d’avoir croisé sa route cette année encore, au magnifique festival America de Vincennes et à l’Amérique à Oron (Suisse) organisé par Marie Musy ❤️

Un gros coup de cœur une fois de plus et je trépigne déjà d’impatience en attendant le prochain.

Une fois n’est pas coutume : un livre, une chanson… Ben harper accompagnera celui-ci avec Amen Omen (à écouter ici).

Pour info :

Michael Farris Smith est un écrivain américain originaire du Mississipi dont le travail et la personnalité sont fortement marqués par son ancrage territorial dans le Sud des États-Unis.

Si ses voyages en France et en Suisse inspirent son premier roman, The Hands of Strangers (2011), son second récit, Une pluie sans fin (Super 8 editions, 2015), fresque post-apocalyptique qui dépeint un Mississipi dévasté par des intempéries diluviennes, a été salué pour l’originalité et l’intensité de sa langue.

Avec son deuxième roman Nulle part sur la terre, Michael Farris Smith continue de construire une vision littéraire unique, dépositaire de toute l’aridité, la poésie et l’humanité qui rythme l’existence sudiste.

Michael Farris Smith vit aujourd’hui à Oxford, dans le Mississipi.

Le pays des oubliés est son troisième roman publié chez Sonatine.
 

Je remercie les Éditions Sonatine pour ce roman noir inoubliable.

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7 réflexions sur ““ Le pays des oubliés ”

      1. J’ai lu « Nulle part sur la tête » mais pas son tout premier. J’avais adoré et là je me délecte de tant de noirceur 😍 Dans son premier on retrouve aussi cette ambiance de façon si marquée ?

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