“ Éphé[mère] ”

Éphé[mère] de John N. Turner aux Éditions de l’Aube

Elle était la petite dernière. Petite, elle l’était restée en taille. (…) Elle ne comptait pour rien. Elle n’avait personne derrière elle. Elle était celle dont l’avis ne comptait pas. Sa voix avait été oubliée, escamotée, soustraite à celle de l’assemblée. Pour la famille, c’était comme si Isa n’avait jamais existé.

Évidemment, elle existait, mais comme la cinquième bouche à nourrir de la fratrie, un corps de plus à vêtir, et non comme une enfant à part entière. Isa était un peu comme un animal domestique dont personne ne se souciait. C’était pratique parce qu’Isa ne disait rien, ne réclamait rien, ne désirait rien mieux que de disparaître. “

Qui est vraiment Isabelle. Que nous cache cette femme si effacée et taiseuse ?

Pour le découvrir, toutes les personnes qui ont croisé ou partagé sa vie, vont tour à tour prendre la parole pour nous raconter une histoire, son histoire.

De son amoureux d’enfance, en passant par sa mère, une sœur, une amie, une voisine, son mari, un journaliste, un médecin, un policier, tous ont quelque chose à dire, que ce soit un avis, un souvenir, un témoignage, une remarque , un soupçon.

Ils l’ont connue, aimée, désirée, ignorée, appréciée, oubliée.

À travers toutes ces confessions, le portrait d’une femme se profile mais seul le lecteur pourra assembler les fragments de cette vie et découvrir :

” Un secret inénarrable  »

Ce que j’en dis :

Porté par une écriture remarquable, ce récit absolument bluffant, m’a captivé et il m’aura fallu atteindre les dernières pages pour enfin réaliser l’étendue incroyable de cette histoire.

John N. Turner nous offre un roman choral d’exception à travers des personnages travaillés, où leurs psychologies est parfaitement étudiées et donnent à ce récit d’un réalisme surprenant une dimension particulière. Une analyse parfaite qui ferait pâlir Les plus grands comportementalistes.

On se retrouve au cœur d’un récit en chemin vers une vérité qui donne tout son sens à ce titre Éphé [mère].

Un histoire glaçante, surprenante, l’histoire d’un secret inénarrable que je vous recommande vivement.

Un auteur que je suis depuis ses débuts et je peux vous dire qu’il ne m’a jamais déçu. Après cette lecture vous n’aurez qu’une envie : découvrir ses précédents romans qui sont tous aussi passionnants.

Sous ce pseudonyme se cache un homme brillant, discret qui mérite toute votre attention, pas question de garder cela secret.

Pour info :

Derrière ce pseudonyme : John N Turner se cache un scientifique de renommée internationale. Il est bactériologiste, spécialiste notamment de l’anthrax ou « maladie du charbon » un des sujets principaux traités dans son premier roman Amérithrax, absolument grandiose, publié chez le même éditeur en 2014. Puis en 2015, il publie Alabama Shooting, une enquête saisissante qui retrace le parcours d’un professeur qui abattit froidement trois collègues à Huntsville, l’université d’Alabama.

John est passionné par la littérature américaine contemporaine, les grands espaces et la culture de ce pays-continent.

Nos chemins étaient faits pour se rencontrer.

Éphé [mère] est son troisième roman.

Je remercie l’auteur pour sa délicate attention et les Éditions de l’Aube pour ce roman bluffant absolument remarquable.

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“ Les sentiers de l’oubli ”

Les sentiers de l’oubli de Margaret Mizushima aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Chloé Royer

” Le lieutenant de police Mattie Lu Cobb aimait bien son nouvel coéquipier. On aurait même pu dire qu’elle était folle de lui. Contrairement aux précédents, il semblait lui correspondre. Elle appréciait le temps passé en sa compagnie et espérait pouvoir apprendre à lui faire confiance. (…) Grand et puissant, bardés de muscles, il était le seul du service à pouvoir la battre à la course. “

Au Colora à Timber Creek, l’inspectrice Mattie Cobb vient tout juste de finir sa formation cynophile, lorsqu’elle se retrouve sur une enquête avec son tout nouvel coéquipier Robo, un berger allemand.

Le corps d’une jeune fille de dix-sept ans vient d’être découvert dans les bois. Près d’elle, sa chienne blessée…

” Belle avait déterré la tête, le torse et les bras d’une jeune fille, dont le visage cireux était couvert de boue là où la chienne l’avait léché. Cheveux noirs, nez mutin. T-shirt taché de sang. Morte. “

La communauté est sous le choc, cette jeune fille était de la région.

Il est temps de mettre à l’épreuve Robo, et de voir si ce nouveau duo de flics va réussir sa première enquête ensemble. Aidé par Cole Walker, le vétérinaire l’enquête prend une drôle de tournure sur le fil du rasoir.

Entre corruption, trafic de drogue, la ville bien tranquille commence à perdre tout le charme des havres de paix.

Mais une chose est sûre :

” La leçon la plus importante dans cette affaire, cela dit, restait la suivante : il faut toujours écouter son chien “

Ce que j’en dis :

À travers ce roman qui marque le début d’une série, on fait connaissance avec un duo d’enquêteurs plutôt attachants et assez mignons. Il viennent tout juste de se rencontrer lors de la formation de Mattie à l’unité cynophile.

Leurs premières enquêtes va très vite mettre en pratique leurs enseignements et Robo, le berger allemand va devoir avoir le flair nécessaire pour réussir son baptême du feu.

Une écriture fluide et une enquête assez classique font de ce roman une lecture assez plaisante qui ravira les amoureux du suspens sans hémoglobine ou scènes trash à outrance.

Pour un premier roman c’est plutôt réussi même si j’ai trouvé l’ensemble plutôt gentillet.

À voir si par la suite ce sera un peu plus mordantE, un peu plus intriguante pour réussir à me charmer davantage.

Une belle découverte néanmoins.

Pour info :

Née dans le Texas, Margaret Mizushima a grandi au Texas et dans le Colorado.

Autrefois orthophoniste, elle a poursuivi son exploration des mots sous un angle plus artistique grâce à l’écriture.

Passionnée de nature et d’animaux, elle vit dans le Colorado entourée de chats et de chiens et vient souvent en aide à son mari, à la tête d’un cabinet vétérinaire. 

Les Sentiers de l’oubli est son premier roman publié en France.

Je remercie les éditions Belfond pour cette enquête au cœur du Colorado.

“ La dernière chance de Roman Petty ”

La dernière chance de Rowan Petty de Richard Lange aux éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Barbe- Girault

” Petty ne voyait pas d’objection à dépouiller plus bête que soi, bien au contraire, mais dans ce cas précis les ficelles étaient si grosses que ça le déprimait. Il n’y avait rien de beau là-dedans, rien d’élégant. Ça ne demandait même pas de culot. Les casinos exploitaient simplement la tendance du client à se cramponner aux idées reçues plutôt qu’à faire le calcul lui-même. (…)

Il en avait mal aux crânes à force d’y penser. Il respirait l’air recyclé de l’hôtel depuis une semaine, l’odeur dégueulasse de la clope et du désespoir, et la désillusion s’était propagée dans son corps comme une tumeur. Dans l’espoir de préserver la petite lueur de joie festive qu’il avait su trouver en lui pour Thanksgiving, il engloutit son scotch et se dirigea vers la sortie au pas de course. “

Petty Rowan est un bel escroc en passe de finir sur la voie de garage. Il est dans une mauvaise passe. Sa femme l’a quitté pour un autre mec, sa fille refuse de lui parler depuis des années et même sa voiture l’a planté.

Alors, lorsqu’une vieille connaissance lui parle de deux millions de dollars planqués à L.A que des soldats ont patiemment détourné d’ Afghanistan, ils voient cette opportunité comme une dernière chance de se refaire.

” Petty dansa d’un pied sur l’autre en l’attendant. Il avait toujours eu un faible pour les putes. Pas les camées qui fichent la trouille, ni les tourmentées qui ont une dent contre les mecs, mais celles qui assurent parce qu’elles voient leur job comme un business. Il en avait rencontré des drôlement intelligentes au fil des ans, des super vives d’esprit. “

En compagnie de Tinafey, une sublime prostituée qu’il vient de rencontrer et dont il s’est vite amouraché, il file en direction du Sud à la recherche du magot.

Commence alors un jeu bien plus dangereux qu’une partie de poker truquée auquel vont se retrouver mêlés, un vétéran blessé, un acteur hasbeen, et même sa fille.

Pour le gagnant ce sera :le jackpot, pour le perdant : une balle dans la tête.

” – T’es au courant que je suis pas le méchant qui veut te dépouiller, hein ? Moi, je suis le gentil, celui qui veut t’aider à le garder. “

Ce que j’en dis :

Comme dit ce vieil adage : arnaqueur un jour, arnaqueur toujours.

Dans cette ambiance américaine survoltée, Richard Lange nous fait découvrir la vie d’un looser, un paria de la société qui espère bien que ce dernier coup lui fera enfin vivre le rêve américain tant attendu et permettra au passage d’être enfin un bon père pour sa fille . Mettant en scène des personnages hauts en couleur comme cette star déchue , cette prostituée mais également un vétéran de guerre mal en point, il nous offre un roman noir qui ne manque ni de piquant ni d’humour à travers une intrigue captivante et originale.

Cette fois l’arnaque est presque louable puisqu’elle est liée à l’opération de la dernière chance et doit réussir quelques soient les risques.

Que ce soit l’écriture parfaitement maîtrisée ou cette virée dans les bas-fonds de Los Angeles, tout m’a plu dans ce récit et c’est avec joie que je poursuivrai ma découverte de cet auteur qui décrit si bien l’Amérique pleine d’espoir mais aussi de désespoir.

C’est noir et brillant, brutal et réaliste, c’est une belle surprise à découvrir absolument et promis c’est pas une arnaque.

Pour info :

Originaire de Californie, Richard Lange a passé une grande partie de sa vie à Los Angeles où il a étudié avec T.C Boyle, travaillé pour Larry Flint, dirigé un magazine musical. Il n’a cessé d’écrire sur cette ville durant ces vingt dernières années. Il a été révélé aux États-Unis et en France par son recueil de nouvelles, Dead Boys (Albin Michel, 2009), salué unanimement. Lauréat de la prestigieuse fondation Guggenheim, Lange a également été récompensé pour Angel Baby par le prix Dashiell Hammett que décerne chaque année l’International Assocation of Crime Waters.


Je remercie les éditions Albin Michel pour cette virée à Los Angeles pleine de belles surprises à la rencontre d’une star de la plume.

“ De loin on dirait des mouches ”

De loin on dirait des mouches de Kike Ferrari aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’espagnol (Argentin) et révisé par Tania Campos

” Dans la boîte à gants se trouve le Glock .45 que lui a offert son ami Loco Wilkinson. Il le sort, vérifie qu’il est chargé et que la sécu n’est pas enclenchée. Puis, le flingue pointé vers le sol et la bête de la paranoïa à l’affût, il avance vers le coffre pour prendre un chargeur de recharge.

Et alors l’histoire commence. “

Machi, un entrepreneur véreux, corrompu jusqu’à l’os. Il a fait fortune sous la dictature argentine et s’est fait au passage un paquet d’ennemis. Vu son comportement odieux, vulgaire et arrogant comme tout parvenu. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on ai tenté de le piéger en lui fourguant un cadavre dans sa bagnole de luxe.

” Depuis combien de temps est-il mort ?

Mais surtout, que vient foutre ce cadavre dans sa BM à deux cent mille dollars ? Et comment est-il arrivé là ? “

Et malgré ses millions, et ses gros flingues il se retrouve dans une sacré galère.

” Qui peut m’en vouloir à ce point ? Se lamenta-t-il. Je suis un type puissant après tout. Mais la brèche est ouverte et le doute menace de s’y engouffrer. “

La nuit risque d’être longue, il va enfin connaître l’enfer qu’il a tant infligé aux autres.

” C’est vraiment bizarre ce qui m’arrive, pense-t-il, et il serait vraiment bizarre de croire qu’il ne s’agit là que de coïncidences, évidemment. Mais ce qui serait encore plus bizarre, c’est que ce soit un complot contre moi. “

Le salaud va devoir payer et régler son ardoise avec cette drôle d’infortune qui lui tombe dessus.

Ce que j’en dis :

Il suffira seulement de six heures pour assister à la chute d’un dictateur, un odieux connard.

Dans son coffre il découvre une véritable bombe qui va lui exploser sa vie.

Le compte à rebours a commencé pour la mise à mort d’un salaud qu’on ne regrettera pas

Un régal, noir, déjanté servi par une plume qui fait mouche, atypique et soignée.

Une nouvelle plume d’Argentine talentueuse, un concentré de noirceur qu’il fut bon de déguster.

Bien serré, bien servi, ce roman noir a tout pour vous plaire.

Un Road movie d’enfer qui sort des sentiers battus à une vitesse non autorisée.

Vivement le prochain.

Pour info :

Kike Ferrari est né à Buenos Aires en 1972.

Aujourd’hui balayeur dans le métro, il concilie sa passion de l’écriture et son travail en écrivant régulièrement pour El Andén, le magazine du syndicat des travailleurs du métro de Buenos Aires, dont il est délégué.

Dans un pays où aucun écrivain ne peut vivre de l’écriture, Kike Ferrari fait partie d’une puissante nouvelle génération d’auteurs argentins et a réussi à devenir, avec sa personnalité hors-normes à la Bukowski et ses romans Operación Bukowski, Lo que no fue (Prix Casa de la Américas en 2009) et Punto Ciego (co-écrit avec son ami Juan Mattio), un auteur culte en Argentine et reconnu à l’international.

Je remercie les Éditions Albin Michel et Masse Critique de Babelio pour cette merveilleuse découverte.

“ Comme un enfant qui joue tout seul ”

Comme un enfant qui joue tout seul d’Alain Cadéo aux Éditions La Trace

On fait tous sa vie. Moi, j’ai défait la mienne. Ne me reviennent, curieux, comme les très anciens, que des images, curieux, comme les très anciens, que des images de ma petite enfance.

J’ai 37 ans. J’ai tout quitté, boulot, amis, relations, réseaux, plans de carrière, maison… et je repars… vers mon passé… tête baissée dans la nuit mauve… diaporama de mes pensées.

(…)

Il m’a fallu une minute pour briser ma carrière comme un enfant boudeur qui casse son jouet le plus convoité. “

Un beau jour, Raphaël décide de tout plaquer. Telle une renaissance, il se débarrasse de tout ce qui le retient et prends un nouveau départ, une nouvelle route vers une nouvelle vie.

« Tout est à vivre. Encore. “

Eléna entame sa cinquième saison au restaurant où elle travaille tout en veillant sur Lorenzo son fils.

” Par-dessus tout, elle a besoin de cette proximité avec l’Océan. Il la protège. Son bruit sourd et permanent, son odeurs, ses embruns , chassent toutes pensées mauvaises. Le soir, lorsqu’elle s’éloigne, elle est comme lavée, légère et sa fatigue est. Douce à emporter, précieuse. “

Entre ces deux êtres, un océan, qui vague après vague les conduit inexorablement l’un vers l’autre…vers un nouveau destin…

” Il n’y a pas de plus grande joie que celle que l’on éprouve lorsqu’en toute lucidité, on « sait » que l’on est dans l’exactitude de son parcours, au cœur même de son propre destin. “

Ce que j’en dis :

Tel un peintre, Alain Cadéo commence par esquisser par quelques mots, toujours bien choisis le début de son histoire. Puis les couleurs apparaissent par petites touches ici et là et illuminent les pages. Pour le lecteur soucieux du détail, c’est un délice de vagabonder à travers cette plume minutieuse, élégante où la poésie s’immisce avec délicatesse, comme un rayon de soleil.

Alain Cadéo est un amoureux des mots, et ça se sent, son écriture dégage de belles émotions et transporte le lecteur dans un monde féerique où chaque mot, chaque phrase pleine de tendresse fait rêver, telle une caresse.

Tel un saltimbanque, il nous emmène par des chemins de traverse, nous laissant contempler le paysage, à la rencontre de personnages toujours prêts à bousculer nos vies.

Dans ce dernier roman, il met en scène deux êtres solitaires que le destin va réunir au bord de l’océan, deux êtres égarés qui n’attendent qu’un éclairci pour ensoleiller leurs vies.

Comme un enfant qui joue tout seul, une véritable étoile, filant à vive allure vers l’océan pour rejoindre tous les êtres qui gardent l’espoir d’une nouvelle vie.

“ Il faut que je bouge. J’avais l’impression ces dernières heures d’être devenu une fleur séchée coincée entre les pages d’un livre qui sent le moisi. (…) La vie veut pas qu’on la vive pas. Électrique, elle vous rattrape par le froc et vous relance sur scène. ”

Pour info :

Après entre autres ” Zoé “ (ma chronique ici), ” Chaque seconde est un murmure “ (ma chronique ici) puis ” Des mots de Contrebande “ son dernier recueil de textes, Alain Cadéo retrouve dans ” Comme un enfant qui joue tout seul “ une écriture romanesque initiatique.

Cherchant avec exigence et rigueur des chemins de traverse, des sentiers non convenus, il est un perpétuel voyageur de l’âme, seule voie possible pour rencontrer l’autre, le vrai, le juste.

Cet homme est singulier, sincère, et généreux tout comme son écriture.

Je remercie Alain Cadéo pour sa délicate attention et les éditions La Trace pour m’avoir offert un magnifique voyage livresque.

“ Cherry ”

Cherry de Nico Walker aux Éditions Les Arènes

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard

Et pendant tout ce temps, j’ai essayé de jouer au dur parce que je croyais être un dur et que j’étais censé être un dur. Sauf que je ne l’étais pas. Et je peux vous dire maintenant qu’il y a plein de trucs mieux qu’essayer de se faire passer pour un dur, dont un, et pas des moindres, est d’être jeune, de baiser ta nana et d’en rester là. ”

C’est au cours de l’année 2003, lorsqu’il était étudiant en première année à Cleveland qu’il tomba amoureux d’Emily, une rencontre qui le marquera à vie.

Peut-on remonter dans le temps jusqu’au moment où on a rencontré celle qu’on a aimé le plus et se souvenir exactement de la façon dont ça s’est passé ? Non pas où vous étiez, comment elle était habillée où ce que vous avez mangé ce jour-là, mais plutôt ce que vous avez vu en elle qui vous a fait dire : oui, c’est pour ça que je suis venu ici. Je pourrais inventer une connerie mais, en réalité, je ne sais pas. J’aimais sa façon de jurer. Elle jurait avec une grande beauté.

Et son corps.

Quelle baiseuse…

Il est fou d’elle, et lorsqu’il pense l’avoir perdu, désabusé, il s’engage dans l’armée qui l’envoie comme médecin en Irak.

Le sergent recruteur Cole m’a frappé à la bite sans raison. Mais nous encaissions. Il fallait se souvenir que tout ça, c’était du bidon. Les sergents recruteurs faisaient juste semblant d’être des sergents recruteurs. Nous faisions semblant d’être des soldats. L’armée faisait semblant d’être l’armée. “

Pendant quasiment une année, il va découvrir l’horreur et l’absurdité de la guerre, les exactions de son pays, les antidouleurs et la violence pure.

 » Bref, ne jamais s’engager dans l’armée, putain. “

” Les gens n’arrêtaient pas de mourir : tout seul, par deux, pas de héros, pas de batailles. Rien. Nous étions juste de la piétaille, des épouvantails glorifiés ; là uniquement pour avoir l’air occupés, à arpenter la route dans un sens et dans l’autre, pour un prix exorbitant, cons comme des balais.

Il y avait des rumeurs de mort : les meurtres occasionnels, les fins atroces. Quelqu’un de la compagnie Bravo : le médecin a démissionné, a dit qu’il ne supportait plus de sortir du périmètre.

(…)

Nous étions arrivés à l’automne, donc ça faisait un point de repère. Nous approchions de la fin. En fait, un an c’est rien. Il faut ce temps là pour apprendre à assurer un minimum sur le terrain et ensuite, une fois que tu sais ce que tu fais, tu t’en vas. “

Son retour est accompagné de grave troubles post-traumatiques, il souffre comme de nombreux vétérans et pourtant il ne bénéficiera d’aucun suivi médical ni psychologique.

Il retrouve Emily avec qui il plonge dans la drogue qui ravage le Midwest.

Un addiction qui ne les lâche pas et nécessite un paquet de fric, chaque jour.

Pour faire face, il devient braqueur de banques..

” Nous nous sommes garés devant leWhole Foods. J’avais vue sur la banque. J’avais un flingue. Ce n’était pas mon flingue. Je ne sais plus qui me l’avait donné. Un truc marrant à propos des flingues. Si on sait que tu as l’habitude de faire des braquages, les gens te filent des flingues. C’est un peu comme financer des missionnaires. “

Ce que j’en dis :

Le récit de Nico Walker est si je peux me le permettre  » La cerise sur le drapeau  »

Dès les premières pages, les mots de l’auteur nous emprisonnent pour ne nous libérer qu’à la dernière page, en nous laissant des souvenirs emplis d’une multitude d’émotions qui vont de la compassion, en passant par la colère et la rage avec une bonne dose de tendresse pour cet homme toujours en détention à la prison d’Ashland dans le Kentucky.

À travers cet autobiographie romancée, Nico nous livre son histoire et se délivre de tout ce qui l’enchaîne à ses souvenirs parfois douloureux qui l’ont conduit en détention.

Étudiant il tombe amoureux puis se laisse embringuer par l’armée.

” C’était la première semaine de l’année 2005 et ça faisait déjà quelques temps qu’aux infos on parlait de mômes envoyés sur le terrain, qui se faisaient buter ou mutiler, si bien que Kelly et consorts avaient du mal à recruter assez de mômes. Mais voilà que je me pointais la gueule enfarinée, et c’était trop facile ; grâce à moi, il avait gagné sa journée. “

Trop jeune pour être autorisé à franchir la porte d’un bar pour boire de l’alcool mais suffisamment pour partir à la guerre…

Allez comprendre !

Pendant onze mois, il effectuera pas moins de 250 sorties en patrouille dont il sera décoré pour sa bravoure. Mais il reviendra en vrac, livré à lui-même, avant de finir héroïnomane puis braqueur de banque.

Une confession hallucinante, souvent irrévérencieuse, d’un réalisme cru lorsqu’il nous parle de la guerre, tellement absurde et terrifiante, une expérience absolument révoltante pour ces jeunes si mal préparés à cette violence.

C’est le genre de récit qui va diviser les troupes, une œuvre littéraire qui a franchi les barreaux d’une prison pour libérer un écrivain avant sa sortie par la grande porte qu’il n’aura pas besoin de défoncer.

Un livre inoubliable, brut, noir, plein de rage, mais qui ne manque ni d’amour ni d’humour.

C’est trash, osé, courageux, ça parle de sexe, de drogue, de guerre, de criminalité c’est l’histoire d’un jeune trou du cul, coupable d’avoir aimé trop vite, trop fort, avant de se brûler les ailes en Irak pour finir derrière les barreaux après une descente dans l’enfer de la drogue et quelques braquages assez gonflés, et qui réussit grâce à son courage et aux soutiens d’éditeurs à nous écrire un putain de chef-d’œuvre.

Cherry , la cerise sur le drapeau à découvrir absolument.

Souhaitons sa sortie de prison aussi triomphante que ce récit qui a conquis l’Amérique, et poursuit merveilleusement son chemin en France grâce à la persévérance d’ Aurélien Masson toujours à l’affût de monuments littéraires hors normes.

Pour info :

Vétéran de la guerre d’Irak, ancien drogué et condamné à treize ans de prison pour vol avec violence, Nico Walker sortira de prison en 2020.

C’est son premier roman qu’il a écrit en détention.

Je remercie les Éditions Les Arènes pour cette découverte grandiose absolument bouleversante et inoubliable.

“ Les mal-aimés ”

Les mal-aimés de Jean-Christophe Tixier aux Éditions Albin Michel

 » Elle lève les yeux sur la droite, étire son dos pour l’ai filer son regard par la minuscule fenêtre. Il rencontre la masse austère du bagne qui trône là-bas plus au nord. Une bâtisse imposante de deux niveaux, quatre ou cinq fois plus large que haute. On dit que chaque fenêtre est grillagée. D’ici, Blanche ne peut pas le vérifier. Elle ne s’en est jamais vraiment approchée, s’est simplement contentée de maintes et maintes fois les compter. Il y en a six paires par étage sur cette façade, comme autant de regards pesant et accusateurs. “

Aux confins des Cévennes en l’an 1884, une maison d’éducation surveillée ferma ses portes, libérant des adolescents décharnés. Il quittent ce lieu maudit sous les regards des paysans qui furent leurs geôliers.

Dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’étranges événements se produit. Des chèvres meurent décimées par une étrange maladie, des meules de foin prennent feu, la mort rôde et s’apprête à faire d’autres victimes. Une rumeur prends racine et commence à s’étendre.

Les enfants se vengent, souffle l’homme.

(…)

Ils angoissent tous. S’affolent. Paniquent.

– Rien n’arrêtera le feu vengeur. Il prendra tout ce qu’il y’a à prendre. Et chacun espère qu’il brûlera chez le voisin plutôt que chez lui. Par ici, les gens sont comme ça. Ils se serrent les coudes pour braver l’hiver et les catastrophes car ils ont peur d’avoir faim s’ils perdent leurs récoltes ou si leurs troupeaux crèvent. Mais quand vient une malédiction, c’est chacun pour soi ! Le malheur des uns n’attire que la méfiance et fait fuir les autres. Ils croient tous que la colère du ciel ou des entrailles de la terre est toujours méritée. Alors… “

Et si c’était les fantômes du passé qui venaient régler leurs comptes ?

Comme autant de silhouettes, autant de petits bagnards qu’ils obligeaient à rester dehors des heures durant dans la nuit glacée, en une file silencieuse et parfaite, rouant de coups le premier qui bougeait ou manifestait le moindre signe d’épuisement. Au nom de la discipline, au nom de l’ordre, au nom de l’idée que pour leur retirer le mal, la brutalité permettait de faire entrer ces notions dans leurs caboches su dures. “

Ce que j’en dis :

Happée dès les premières pages par ce roman habité d’une extrême noirceur, j’ai fait la connaissance d’une plume fabuleuse qui m’a embarquée dans le confins des Cévennes à une époque où l’on envoyait les enfants délinquants au bagne.

En incluant dans ce récit au début de chaque chapitre des billets d’écrous des pensionnaires, on découvre avec stupéfaction la dureté de l’époque.

Porté par une plume hypnotique qui n’a pas été sans me rappeler l’univers de Zola, de Victor Hugo et même de Franck Bouysse, Jean- Christophe Tixier nous offre une galerie de personnages habités par la culpabilité, rongés par les non-dits au cœur de la campagne où même la foi ne sauvera pas toutes les âmes perdues.

Inspirée de faits réels du passé, l’auteur raconte l’horreur des bagnes, la misère du monde rural, la violence incestueuse dans certains foyers, la honte qui entache tout un village sans espoir de rédemption.

Après avoir conquis la jeunesse, Jean-Christophe Tixier fait une entrée remarquable à travers ce premier roman sombre, bouleversant qui va briser plus d’un cœur.

Un énorme coup de cœur que je vous recommande vivement.

Pour Info :

Ancien enseignant et formateur, Jean-Christophe Tixier vit à Pau. Pendant vingt ans, il a enseigné l’économie dans un lycée. Un poste à temps partiel qui lui a permis de mener maintes autres activités en parallèle. Ainsi, il a été directeur de collège, a créé et dirigé un centre de formation pour jeunes en grandes difficultés, a créé une société de communication aux débuts d’Internet et créé des sites Internet…
Lorsqu’il ne se consacre pas à l’écriture (de romans, mais aussi d’audio-guides pour la jeunesse), ce passionné de littérature organise le salon du polar de Pau, Un Aller-Retour dans le Noir, ou dirige la Collection « Quelqu’un m’a dit » aux éditions In8.

“ L’envol du moineau ”

L’envol du moineau d’Amy Belding Brown

Traduit de l’anglais par Cindy Colin Kapen

” (…) à la fin du mois de juin 1675, la nouvelle arrive de Boston que les indiens ont attaqué le village de Swansea, dans la colonie de Plymouth. Des tribus païennes ont uni leurs forces pour former une armée qui se dirige désormais vers la baie du Massachusetts. À la mi-août, les indiens assiègent Quabaug, une ville front de Lancater. Deux semaines plus tard, par une chaude matinée de sabbat, ils atteignent Lancaster et attaquent des fermes au nord de la ville. “

Dans une colonie du Massachusetts en 1676 vit Mary Rowlandson auprès de son époux et de ses enfants dans une communauté de puritains venus d’ Angleterre.

Elle essaie d’être une bonne mère et une bonne épouse, mais elle souffre face à la rigidité morale et étouffante de son mari.

Des indiens Algonquins attaquent son village et la font prisonnière avec quelques rescapés. Elle se retrouve esclave de cette bande de sauvages en fuite, traquée par l’armée.

Contre toute attente, c’est au cœur de cette tribu, au milieu de ces sauvages qu’elle va trouver une certaine liberté, jusqu’à y perdre ses repères.

Lorsqu’elle sera enfin libérée et qu’elle retrouvera son ancienne vie, il n’est pas certain qu’elle réussisse à se réadapter et à supporter ce puritanisme et l’hypocrisie de la société blanche.

” Quelle étrange tournure les choses avaient prise. Son expérience avait été bien différente de ses attentes. C’étaient celui dont elle se méfiait le plus qui l’avait sauvée. Tandis que Joseph, en qui elle avait la plus grande confiance, n’était jamais venu la chercher. Pas même à Concord après sa libération.

L’amour. On attend d’elle qu’elle aime, honore et écoute son mari. Mais que signifie un tel amour ? Ce n’est ni du désir ni de l’affection. Ce n’est qu’une obligation de plus. “

Ce que j’en dis :

Apparemment cette magnifique couverture et son synopsis avaient tout pour me plaire, c’est tout à fait le genre d’histoire dont je suis friande en temps normal.

J’ai trouvé cette histoire basée sur la véritable histoire de Mary Rowlandson très intéressante et même souvent révoltante face à tout le mal fait au peuple indien et à tout ce puritanisme mais je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage de Mary et encore moins au style d’écriture de l’auteure. Deux points qui ont rendu ma lecture laborieuse à mon grand regret.

Je ressors donc mitigée d’un roman qui reçoit énormément d’éloges , salué par Jim Fergus , auteur du fabuleux roman ” La fille sauvage “ que j’avais adoré.

J’en suis la première surprise, mais hélas l’histoire aussi bouleversante soit-elle ne l’emporte pas sur l’écriture qui manque à mon sens de caractère.

Difficile pour certains auteurs de rivaliser avec mes derniers coups de cœur.

Je tiens à remercier Léa notre Maîtresse Yoda du Picabo River Book Club et les éditions Cherche Midi pour cette épopée romanesque inspirée d’une histoire vraie.

Pour info :

Amy Belding Brown vit dans le Vermont. L’envol du moineau est son premier roman publié en France.

“ Anna – Belle ”

Anna – Belle de Lina Bengtsdotter aux Éditions Marabout

Traduit du suédois par Anna Gibson

” Maintenant, pensa Charlie. Maintenant, je lui dis. Challe, je ne peux pas aller là-bas. (…)

Elle aurait dû être au lit avec deux cachets d’aspirine et un comprimé d’oxazépam, en plus de laser traîne. Au lieu d’être là, nauséeuse et chamboulée, coincée dans cette bagnole, en route vers l’endroit du monde où elle s’était juré de ne plus jamais revenir.  »

Charlie avait quatorze ans lorsqu’elle quitta Gullspång et espérait sincèrement ne plus jamais y remettre les pieds. Mais aujourd’hui elle est devenue inspectrice à la brigade criminelle de Stockholm, et suite à la disparition suspecte d’une jeune fille, Chelle, son chef, a décidé de l’envoyer sur place avec un collègue.

” Le centre de Gullspång ressemblait à une ville fantôme. Magasins désertés, vitres brisées, visage d’Annabelle sur les unes de tabloïd placardées sur les réverbères, en plein vent. Sans la petite foule en gilet jaune fluo massée devant la supérette Ica, on aurait pu croire l’endroit. Sur le vieux banc devant le magasin, trois hommes alignés. Des hommes cassés, canette de bière à la main.

(…) Tout est quand même resté à peu près pareil, songea Charlie. Le temps a passé, mais rien n’a changé, au fond. “

Apparemment rien n’a changé. Le chômage et l’alcool ont un peu érodé tout espoir d’un monde meilleur, et cette disparition n’aide pas la population a retrouvé confiance.

Annabelle a disparu depuis quatre jours. Est-ce une fugue, un enlèvement, un suicide, un meurtre ? Toutes les hypothèses sont permises.

Et pour Charlie, l’affaire n’est pas simple. Confrontée à ses vieux démons et aux souvenirs qui resurgissent du passé, elle va devoir s’accrocher, quitte à déterrer au passage ce qu’elle a mis tant d’années à enfouir.

” Ce n’était peut-être pas tellement étonnant au fond si les gens en général, avaient tendance à confondre hasard et destin. “

Ce que j’en dis :

Il est écrit sur le bandeau qui accompagne ce roman : Révélation du polar scandinave, plus de 100 000 lecteurs conquis. Je ne peux que confirmer et me rajouter à cette longue liste de lectrices conquises par cette nouvelle plume.

Pour un premier roman, l’auteur nous offre une intrigue qui semble au départ assez banale mais qui se révèlera bien plus complexe au final, puisqu’elle servira également à introduire le personnage de Charlie Lager, une flic borderline qui se retrouvera mêlée à l’histoire sans le vouloir.

L’auteure y dépeint également le désespoir d’une population isolée où il y a peu de chance pour un brillant avenir.

À travers une construction captivante, l’histoire se profile alliant passé et présent, où s’immiscent au passage certains secrets jusqu’à maintenant bien cachés.

Son métier d’enseignante en psychologie lui permet d’apporter un soin particulier à ses personnages, et les rends forts attachants, c’est donc avec un plaisir non dissimulé que je retrouverai son prochain thriller  » For the missing “ où l’on retrouvera Charlie, qui sortira d’abord en VO en juin prochain.

Un premier thriller très addictif, très réussi, et une plume que je retrouverai avec joie.

Une bien belle découverte.

Pour info :

Lina Bengtsdotter est originaire de Gullspång, petite ville du centre de la Suède où chômage et pauvreté fragilisent la population.

Après avoir vécu en Angleterre et en Italie, elle est désormais installée à Stockholm où elle enseigne le Suédois et la psychologie.

Elle est l’auteure de nombreuses nouvelles publiées dans la presse.

Annabelle est son premier roman.

Je remercie les éditions Marabout pour cette intrigue scandinave très réussie.

“ Ces liens que l’on brise ”

Ces liens que l’on brise d’Albert Wendt aux Éditions Au vent des îles

Traduit de l’anglais (Samoa) par Jean-Pierre Durix

” Combien de gens arrivent à garder ce lien d’amitié, de loyauté, pendant tout ce temps ? Pour elle, ce groupe formait une famille, même si elle n’avait pas idée de ce que pouvait être une grande famille. Le lien n’avait rien de biologique. Non, il s’agissait d’un mélange de maori, de niuéen, de samoan et de pākehā, et ça aussi c’était nouveau pour elle.

Aaron, Paul, Keith, Mere et Daniel cinq amis sont unis par leurs racines océaniennes et leurs origines modestes depuis l’enfance. Il semble avoir lié un pacte, un genre de contrat garantissant qu’ils seraient toujours copains et ne se laisseraient jamais tomber.

Cette tribu urbaine s’est formée dès l’école maternelle autour du personnage ambivalent d’Aaron. Cet être providentiel pour ses amis qui tire ses revenus de trafics illicites.

” Pour la première fois Laura venait de percevoir ce qui deviendrait au fil des années une contradiction familiale et effrayante dans la personnalité d’Aaron. Comme le décrivait Mere, « il va t’aimer à fond, sans conditions et jusqu’à la mort ; et pourtant un démon à l’intérieur de lui le poussera parfois à te faire du mal. ». “

La tribu a grandi à Auckland, en Nouvelle-Zelande, dans les années 1960. Aujourd’hui quadragénaires, ils ont pris des chemins différents, mais leur attachement reste entier.

Lorsque Aaron meurt, assassiné ils se retrouvent pour assister à ses funérailles.

Les deux vies parfaitement cloisonnées d’Aaron apparaissent subitement au grand jour à l’ouverture du testament, laissant apparaître des lignes de fracture qui mettent brutalement les membres de la tribu face à leurs contradictions. Pour la première fois, les dernières volontés du défunt risquent de désolidariser le groupe pourtant si uni.

Le code d’honneur exigeant que l’on venge Aaron l’emportera-t-il sur le respect de la loi ?

La solidarité du groupe résistera-t-elle à l’appât du gain ?

Ce que j’en dis :

Ce voyage livresque en Nouvelle-Zélande m’a fait découvrir une culture et des traditions ancestrales à travers une histoire où les liens de l’amitié d’une ” tribu ” apparemment indestructible se retrouvent malmenés et en danger suite au décès de l’un d’eux.

L’auteur puise dans sa propre histoire et ses souvenirs pour nous offrir un beau roman qui demande parfois une attention particulière mais qui se révèle attachant et passionnant au fil des pages.

Plus qu’un dépaysement, ce récit nous emporte, nous enrichit nous captive, et nous donne une vision d’un monde très éloigné du nôtre.

Une belle découverte.

Pour info :

Poète et romancier samoan, Albert Wendt écrit sur la vie quotidienne dans son archipel natal. Cet homme de lettres, peut-être le plus connu du Pacifique sud, tente d’offrir un contrepoint aux portraits souvent très romantiques ou à connotation raciste que brossent les étrangers des Polynésiens.

Né le 27 octobre 1939 à Apia, dans les Samoa occidentales (aujourd’hui Samoa), Albert Wendt possède des origines samoanes et allemandes, par son arrière-grand-père. Ayant suivi ses parents en Nouvelle-Zélande à l’âge de quatorze ans, il étudie à l’université Victoria de Wellington, où il obtient une maîtrise d’histoire en 1964. L’année suivante, il rentre aux Samoa pour enseigner. Il occupera par la suite cette fonction dans divers établissements supérieurs de son pays natal, des Fidji et de Nouvelle-Zélande. Auteur d’un essai fondateur intitulé Towards a New Oceania (1976), il promeut la culture et les arts des îles du Pacifique à travers plusieurs anthologies de poésie moderne, notamment Lali, A Pacific Anthology (1980). En 1977, il crée aux Samoa occidentales une annexe de l’université du Pacifique Sud.

Wendt réalise une synthèse entre histoire, mythes et tradition orale d’une part, fiction contemporaine d’autre part, unifiant ces éléments au sein de sa propre vision du monde. À travers ses œuvres de fiction, il dépeint ainsi les traditions et les mœurs des Papalagi (d’origine européenne) ainsi que leurs répercussions sur la culture samoane. Ce thème apparaît dès son premier roman, Sons for the Return Home (1973). Parmi les œuvres qui suivent, citons Pouliuli (1977), version polynésienne du Roi Lear, Leaves of the Banyan Tree (1979, Les Feuilles du banian), saga d’une famille samoane, Ola (1991), Black Rainbow (1992), Mango’s Kiss (2003, Le Baiser de la mangue), et le roman en vers The Adventures of Vela (2009). Albert Wendt publie également des recueils de nouvelles tels que Flying-Fox in a Freedom Tree(1974) et The Birth and Death of the Miracle Man (1986). Il est également l’auteur de plusieurs volumes de poésie tels que Inside Us the Dead : Poems 1961 to 1974 (1976, Au fond de nous les morts), Shaman of Visions (1984), Photographs (1995) et The Book of the Black Star (2002).

Je remercie l’équipe de Trames pour cette belle découverte.