“ Ces liens que l’on brise ”

Ces liens que l’on brise d’Albert Wendt aux Éditions Au vent des îles

Traduit de l’anglais (Samoa) par Jean-Pierre Durix

” Combien de gens arrivent à garder ce lien d’amitié, de loyauté, pendant tout ce temps ? Pour elle, ce groupe formait une famille, même si elle n’avait pas idée de ce que pouvait être une grande famille. Le lien n’avait rien de biologique. Non, il s’agissait d’un mélange de maori, de niuéen, de samoan et de pākehā, et ça aussi c’était nouveau pour elle.

Aaron, Paul, Keith, Mere et Daniel cinq amis sont unis par leurs racines océaniennes et leurs origines modestes depuis l’enfance. Il semble avoir lié un pacte, un genre de contrat garantissant qu’ils seraient toujours copains et ne se laisseraient jamais tomber.

Cette tribu urbaine s’est formée dès l’école maternelle autour du personnage ambivalent d’Aaron. Cet être providentiel pour ses amis qui tire ses revenus de trafics illicites.

” Pour la première fois Laura venait de percevoir ce qui deviendrait au fil des années une contradiction familiale et effrayante dans la personnalité d’Aaron. Comme le décrivait Mere, « il va t’aimer à fond, sans conditions et jusqu’à la mort ; et pourtant un démon à l’intérieur de lui le poussera parfois à te faire du mal. ». “

La tribu a grandi à Auckland, en Nouvelle-Zelande, dans les années 1960. Aujourd’hui quadragénaires, ils ont pris des chemins différents, mais leur attachement reste entier.

Lorsque Aaron meurt, assassiné ils se retrouvent pour assister à ses funérailles.

Les deux vies parfaitement cloisonnées d’Aaron apparaissent subitement au grand jour à l’ouverture du testament, laissant apparaître des lignes de fracture qui mettent brutalement les membres de la tribu face à leurs contradictions. Pour la première fois, les dernières volontés du défunt risquent de désolidariser le groupe pourtant si uni.

Le code d’honneur exigeant que l’on venge Aaron l’emportera-t-il sur le respect de la loi ?

La solidarité du groupe résistera-t-elle à l’appât du gain ?

Ce que j’en dis :

Ce voyage livresque en Nouvelle-Zélande m’a fait découvrir une culture et des traditions ancestrales à travers une histoire où les liens de l’amitié d’une ” tribu ” apparemment indestructible se retrouvent malmenés et en danger suite au décès de l’un d’eux.

L’auteur puise dans sa propre histoire et ses souvenirs pour nous offrir un beau roman qui demande parfois une attention particulière mais qui se révèle attachant et passionnant au fil des pages.

Plus qu’un dépaysement, ce récit nous emporte, nous enrichit nous captive, et nous donne une vision d’un monde très éloigné du nôtre.

Une belle découverte.

Pour info :

Poète et romancier samoan, Albert Wendt écrit sur la vie quotidienne dans son archipel natal. Cet homme de lettres, peut-être le plus connu du Pacifique sud, tente d’offrir un contrepoint aux portraits souvent très romantiques ou à connotation raciste que brossent les étrangers des Polynésiens.

Né le 27 octobre 1939 à Apia, dans les Samoa occidentales (aujourd’hui Samoa), Albert Wendt possède des origines samoanes et allemandes, par son arrière-grand-père. Ayant suivi ses parents en Nouvelle-Zélande à l’âge de quatorze ans, il étudie à l’université Victoria de Wellington, où il obtient une maîtrise d’histoire en 1964. L’année suivante, il rentre aux Samoa pour enseigner. Il occupera par la suite cette fonction dans divers établissements supérieurs de son pays natal, des Fidji et de Nouvelle-Zélande. Auteur d’un essai fondateur intitulé Towards a New Oceania (1976), il promeut la culture et les arts des îles du Pacifique à travers plusieurs anthologies de poésie moderne, notamment Lali, A Pacific Anthology (1980). En 1977, il crée aux Samoa occidentales une annexe de l’université du Pacifique Sud.

Wendt réalise une synthèse entre histoire, mythes et tradition orale d’une part, fiction contemporaine d’autre part, unifiant ces éléments au sein de sa propre vision du monde. À travers ses œuvres de fiction, il dépeint ainsi les traditions et les mœurs des Papalagi (d’origine européenne) ainsi que leurs répercussions sur la culture samoane. Ce thème apparaît dès son premier roman, Sons for the Return Home (1973). Parmi les œuvres qui suivent, citons Pouliuli (1977), version polynésienne du Roi Lear, Leaves of the Banyan Tree (1979, Les Feuilles du banian), saga d’une famille samoane, Ola (1991), Black Rainbow (1992), Mango’s Kiss (2003, Le Baiser de la mangue), et le roman en vers The Adventures of Vela (2009). Albert Wendt publie également des recueils de nouvelles tels que Flying-Fox in a Freedom Tree(1974) et The Birth and Death of the Miracle Man (1986). Il est également l’auteur de plusieurs volumes de poésie tels que Inside Us the Dead : Poems 1961 to 1974 (1976, Au fond de nous les morts), Shaman of Visions (1984), Photographs (1995) et The Book of the Black Star (2002).

Je remercie l’équipe de Trames pour cette belle découverte.

Publicités

4 réflexions sur ““ Ces liens que l’on brise ”

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s