“ Stoneburner ”

Stoneburner de William Gay aux Éditions Gallimard  » La Noire “

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean–Paul Gratias

” Les événements commençaient à prendre un peu de sens, et il eut soudain l’impression qu’il s’était fourré jusqu’au cou dans un bourbier sans nom, qu’il s’était lancé dans une aventure qui le dépassait. Une fois de plus, il avait signé un contrat sans lire les clauses imprimées en petits caractères, et l’envie lui vint de dévaler l’escalier de la tourelle et de regagner Ackerman’s Field le plus vite possible.

Lorsque l’avion entama un virage sur l’aile, Thibodeaux réagit aussitôt. “

Quand l’occasion se présente pour Thibodeaux de ramasser du fric, sans trop d’effort il saute sur l’occasion pour ensuite filer à bord de sa caisse avec une Belle blonde vers de nouveaux horizons.

En prenant la route, il était loin d’imaginer qu’on lancerait à leurs trousses un détective privé nommé : Stoneburner, un vétéran du Vietnam comme lui, une vieille connaissance tout aussi fracassée que lui.

” Je me suis demandé si Thibodeaux pouvait être le Thibodeaux avec qui j’étais parti à la guerre, sans être sûr d’avoir vraiment envie de le savoir. J’avais fait tout mon possible pour effacer Thibodeaux de ma vie et de ma mémoire. Il était lié à beaucoup trop d’événements désagréables, et à un moment, je m’étais dit que lorsque les bagages s’accumulaient en grand nombre, il fallait les jeter dans le fossé, pour réduire la charge. Un poids excessif vous ralentit, et celui qui voyage vite est toujours seul. “

Stoneburner pensait être débarrassée de cette amitié toxique, loin de la civilisation où il venait juste de s’installer en pensant se la couler douce. Il va pourtant accepter de bosser pour Cap Holder, un vieux débauché cynique, ex-shérif du coin, pour tenter de lui ramener la valise de fric et sa blonde sulfureuse en cavale avec le petit caïd qu’il a eu l’occasion de croiser…

” Aussi belle qu’une rivière de Whiskey dans le rêve d’un poivrot. “

Étourdis par tant de frics, nos deux flambeurs peu discrets, sèment les indices sur leur route entre le Tennessee, le Mississippi et l’Arkansas.

Pour Stoneburner et le baron de la drogue fort mécontent d’avoir été roulé, la poursuite s’avère aisée.

Reste plus qu’à leur mettre la main dessus avant que tout l’argent se fasse la malle.

” Thibodeaux était étendu sur le lit, les yeux fermés, les mains sous la nuque. (…) Son espérance de vie s’amenuisait, et il était confronté à une réalité angoissante : celle d’un délinquant fuyant la justice, et qui tentait une fois de plus de maîtriser le chaos, tout en admettant être de connivence avec un monde dont il ne se sentait plus complice. “

Ce que j’en dis :

On peut compter sur LA NOIRE de chez Gallimard pour nous offrir pour son retour, une deuxième parution toute aussi formidable que Le silence brutal de Ron Rash, en nous donnant l’occasion de découvrir enfin un roman noir qui a été écrit entre 2006 et 2007, mais que l’auteur avait préféré ranger dans un tiroir, trouvant celui-ci trop proche, par le ton de celui de son ami Cormac McCarthy : No Country for Old Men.

William Gay hélas disparu, n’aura pas le plaisir de profiter des éloges qui ne manqueront pas de pleuvoir après la lecture de ce récit absolument fabuleux.

Originaire du Tennessee et vétéran du Vietnam, William Gay s’est sans doute servi de son expérience et de son environnement pour écrire ce roman qui met en scène deux vétérans fracassés et une belle garce, un trio infernal qui ne cessera de nous surprendre dans cette cavale qui démarre sous des chapeaux de roues à bord d’une Cadillac.

Aussi captivée par l’histoire que charmée par la plume singulière qui rajoute autant de plaisir à la lecture, ce roman ne manque ni d’humour ni d’originalité.

Une aventure atypique 100% américaine dans une atmosphère sombre et brumeuse qui vous emportera à travers les États-Unis des années 70 en compagnie de deux paumés et d’une bombasse avec un humour féroce et une noirceur poétique.

C’est du grand art, noir et corsé et c’est à découvrir absolument.

Pour info :

Né en 1941 à Hohenwald dans le Tennessee, William Gay a servi quatre ans dans la marine pendant la guerre du Vietnam. De retour au pays, il a repris la charpenterie – son métier – et l’écriture.

Il est l’auteur de nombreuses nouvelles et de six romans. Quatre ont été traduit en France à ce jour, dont La mort au crépuscule (Folio policier), lauréat du Grand Prix de la littérature policière.

Il est mort en 2012 dans sa ville natale.

« Avant d’être considéré comme l’égal de Cormac McCarthy ou de Larry Brown, William Gay était un charpentier qui composait des phrases dans sa tête durant sa journée de travail. » The Washington Post

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette cavale à la noirceur délicieuse sur les routes américaine.

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