“ Heartland au cœur de la pauvreté dans le pays le plus riche du monde ”

Heartland au cœur de la pauvreté dans le pays le plus riche du monde

De Sarah Smarsh aux Éditions Christian Bourgeois

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Borraz

” Quand j’étais jeune, les États-Unis s’étaient persuadés que les classes sociales n’existaient pas ici. Je ne suis même pas sûre d’avoir rencontré le concept avant d’avoir lu un vieux roman anglais au lycée. Ce manque de reconnaissance tout à la fois invalidait ce que nous vivions et nous montrait du doigt si nous essayons de l’exprimer. Les classes sociales n’étaient pas abordées, et encore moins comprises. Ce qui veut dire que, pour un enfant de mon tempérament – qui avait tendance à fouiller tous les secrets de famille, à fouiner dans les placards à la recherche d’indices sur les gens mystérieux que j’aimais –, chaque journée était doucement empreinte de frustration. Le sentiment qui a défini mon enfance a été de m’entendre dire qu’il n’y avait pas de problème alors que je savais fichtrement qu’il y en avait un. “

Sarah Smarsh a grandi dans une ferme du Kansas entre 1980 et 1990. À travers les portraits saisissants qu’elle brosse de sa famille, elle nous offre un récit autobiographique sur les oubliés de l’Amérique, ceux dont on ne parle pas et que l’on croise seulement dans certains livres comme ceux de Faulkner.

En s’adressant à sa fille qu’elle n’a pas eu par choix, elle se libère de tout le poids de cette pauvreté et brise la chaîne de cet héritage transmis d’une génération à l’autre comme une maladie génétique.

Ta présence dans ma vie m’a à la fois aidé et causé du souci. Déjà quand j’étais au collège, je savais que l’esprit que je sentais auprès de moi serait ma perte ou ma rédemption – que tu serais soit un destin non voulu pleurant dans mes bras, soit un schéma rompu par ma seule volonté. (…) je suis reconnaissante pour les premières années de ma vie mais je ne les souhaiterais à aucun enfant. “

Son vécu lui permet une analyse parfaite, précise sur la vie de ces travailleurs pauvres, et sur les difficultés de survivre dans de telles conditions au cœur d’un pays le plus riche du monde sans être gagné par la honte.

Si jeune et déjà très lucide, sans pour autant renier ses origines, elle poursuivra ses études jusqu’à devenir journaliste. Un métier qui lui permettra d’aborder les questions économiques et sociales à travers des articles publiés dans le Guardian et le New-York Times, et aborder également toutes les inégalités économiques entre les différentes classes sociales.

Un sujet qui lui tient à cœur et qu’elle retranscrit magnifiquement avec beaucoup de compassion et de clarté dans ce premier livre Heartland qu’elle nous offre après quinze ans de dur labeur.

Un récit nécessaire face à cette Amérique qui oublie un peu trop facilement la classe ouvrière « pauvre“…

” Ce n’était pas que j’avais eu tort de me méfier des programmes gouvernementaux, j’ai soudain pris conscience, mais que j’avais eu tort de croire au rêve américain. C’était les deux faces d’une même pièce de monnaie truquée – l’une promettant une bonne vie en échange de votre travail et l’autre qui vous maintenait juste assez en vie pour que vous continuiez de travailler. “

Ce que j’en dis aussi plus personnellement :

Issue moi-même de la classe ouvrière, ayant subit de plein fouet la dictature d’une prof de français qui a mis fin à mon rêve de devenir professeur de français en me disant : Mlle, vous êtes fille d’ouvrier, vous serez ouvrière ! Je ne pouvais qu’être touché par ce récit même si je suis loin d’avoir vécu le même parcours que Sarah Smarsh. Mais il est clair que ce soit, en France, en Amérique ou ailleurs, chaque jour la classe moyenne travaille plus pour gagner moins et que l’on se trouve n’importe où dans le monde, il ne fait pas bon d’être pauvre…

Pour info :

Sarah Smarsh a couvert, comme journaliste, les questions socio-économiques, la politique et les politiques publiques pour, entre autres, le Guardian, le New York Times, le Texas Observer et le Pacific Standard.

Récemment récipiendaire d’une bourse Joan Shorenstein à la Kennedy School of Government de l’université Harvard et anciennement professeur d’écriture de non-fiction, Sarah Smarsh est souvent appelée à parler des inégalités économiques et de leur traitement par les médias.

Elle vit au Kansas. 

Heartland est son premier livre.

Je remercie les Éditions Christian Bourgeois pour m’avoir permis de découvrir le récit et le travail extraordinaire de cette auteure qui défend les minorités.

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9 réflexions sur ““ Heartland au cœur de la pauvreté dans le pays le plus riche du monde ”

  1. Certains profs devraient être flagellés pour avoir oser rabaissé un enfant qui n’avait pour rêves que de s’en sortir un peu mieux que ses parents et de s’élever au-dessus, mais la société n’aime pas que les gens s’élèvent, elle veut qu’ils restent à leur place… :/

    On les emmerde ! Et j’ai noté ce livre, donc, mon job est fait.

    Aimé par 1 personne

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