“ Ici n’est plus ici ”

Ici n’est plus ici de Tommy Orange aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Stéphane Roques

” Certains d’entre nous ont grandi avec des histoires de massacre. Des histoires sur ce qui est arrivé à notre peuple il n’y a pas si longtemps. Sur la façon dont on s’en est sorti. “

Les indiens étaient pourtant les premiers occupants du continent américain, néanmoins on n’a eu de cesse de les exterminer pour s’approprier leurs terres.

Après avoir perdu la majorité de leurs territoires, ils furent contraints d’intégrer des réserves et continuèrent à disparaître. Ravagé par le chômage, la pauvreté, l’alcool et la drogue, ce peuple faillit disparaître.

” Nous amener en ville devait être la nécessaire étape finale de notre assimilation, l’absorption, l’effacement, l’achèvement de cinq cents ans de campagne génocidaire. Mais la ville nous a renouvelés, et nous nous la sommes appropriée. “

Il faudra attendre les années 70 pour qu’enfin la population augmente et que les traditions reprennent vie.

” On appelle Indiens urbains cette génération née en ville. Il y a longtemps que nous nous déplaçons, mais la terre se déplace avec nous comme un souvenir. Un indien urbain appartient à la ville, et la ville appartient à la terre. (…) Les indiens urbains se sentent chez eux quand ils marchent à l’ombre d’un building. Nous sommes désormais plus habitués à la silhouette des gratte-ciel d’Oakland qu’à n’importe quelle chaîne de montage sacrées, aux séquoias des collines d’Oakland qu’à n’importe quelle forêt sauvage. “

Comme à Oakland où vivent des indiens façonnés par la rue et la pauvreté où ils ont grandi loin des réserves. Ils portent en eux des histoires douloureuses mais ont toujours envie de transmettre et de partager leurs cultures avec ceux de leur sang, en se réunissant à l’occasion d’un grand Pow-wow.

 » Les gens ne veulent rien de plus qu’une petite histoire qu’ils peuvent rapporter chez eux, pour la raconter à leurs amis ou à leur famille pendant le dîner, pour dire qu’ils ont vu un véritable Amérindien dans le métro, qu’il en existe encore. “

C’est l’histoire de douze d’entre eux que nous allons découvrir à travers ce roman. Douze hommes et femmes liés par le destin qui vont se retrouver plongés au cœur d’une violence destructrice comme leurs ancêtres il y a fort longtemps.

” Être indien en Amérique n’a jamais consisté à retrouver notre terre. Notre terre est partout ou nulle part. “

Ce que j’en dis :

Quand un indien prends la plume, c’est toujours avec beaucoup d’émotions que je me plonge entre les pages de cette nouvelle histoire et qu’une fois encore je découvre avec grand plaisir un nouveau talent dans le paysage littéraire.

Tommy Orange appartient à la tribu des Cheyennes, et même s’il a grandi à Oakland, il n’en demeure pas moins habité par le passé douloureux de ses ancêtres. Ce roman en témoigne et grâce à cette rage qui demeure en lui, il nous offre un récit aussi puissant qu’un uppercut, porté par une écriture singulière où la poésie s’invite au côté de la fureur.

À travers ce roman choral à la construction particulière, une peu à la manière des nouvelles mais qui s’enchaînent majestueusement les unes après les autres pour former une tribu de personnages où chaque voix fait écho à une histoire, leur Histoire.

L’histoire d’un peuple qui tente de transmettre à ses descendants leurs souvenirs et leurs traditions au cœur d’une ville où la nouvelle génération est déjà en marche.

Un récit sous haute tension, absolument déchirant qui reflète sans aucune exagération mais au contraire avec beaucoup de réalisme ce que ces hommes et ces femmes continuent de subir dans ce monde où le chaos s’invite bien trop souvent à la fête…

Tommy Orange s’impose tel un cri dans la nuit et permet à son peuple de ne pas s’éteindre même si trop souvent les balles continuent de siffler dans le paysage américain.

Une véritable révélation littéraire à découvrir absolument.

Pour info:

Né en 1982, Tommy Orange a grandi à Oakland, en Californie, mais ses racines sont en Oklahoma. Il appartient à la tribu des Cheyennes du Sud.

Diplômé de l’Institute of American Indian Arts, où il a eu comme professeurs Sherman Alexie et Joseph Boyden, il a fait sensation sur la scène littéraire américaine avec ce premier roman.

Je remercie infiniment les Éditions Albin Michel de m’avoir permis de découvrir cette merveille.

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6 réflexions sur ““ Ici n’est plus ici ”

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