“ La métallo ”

La métallo de Catherine Ecole-Boivin aux Éditions Albin Michel

« On l’appelait Mézioù, une forte en gueule. On n’avait pas intérêt d’y approcher les pattes car elle cartonnait des bras autant que nous. Sinon, durant nos dimanches copains à vélo elle était increvable. Après son départ, des comme elle, y’en a plus eu dans nos ateliers. Les femmes coquettes nouvellement embauchées demandaient à travailler dans les bureaux. Faut dire, on rapportait l’usine avec nous à la maison, dans nos cheveux et jusqu’à dans nos slips quand on avait été de corvée de bacs à graisse du laminoir. Yvonnick, c’était un homme comme nous. »

Yvonnick n’est pas une femme comme les autres. En plus d’avoir un prénom et des bras d’homme, elle a une force de caractère extraordinaire. Et elle en a bien besoin pour affronter cette vie difficile. Depuis le départ de son homme, elle a repris sa place à la forge.

” Je ne veux plus devenir secrétaire, passer une blouse blanche pour travailler. Je veux des marques d’ouvrier sur moi et de l’huile de moteur sous mes semelles. “

Jeune veuve et mère d’un enfant fragile, elle devient métallo. Commence alors une lutte ouvrière où elle devra se faire respecter par les hommes.

” J’invente la posture de la courageuse, la virile. Je n’ai pas de couilles mais j’ai de la place pour en avoir. “

Jour après jour, son courage force le respect, elle est fière de son travail et de sa communauté solidaire. Hélas une nouvelle menace se pointe en 1968, il est dorénavant question de rentabilité, de chiffres d’affaires, de restructuration…

” J’ignore comment nous allons garder notre histoire, notre mémoire à tous et celle de tous ceux venus poser leur existence pénible et parfois heureuse ici. “

Ce que j’en dis :

Malgré une couverture qui ne rend pas justice à ce récit, il serait dommage que vous passiez votre chemin, car derrière se cache une pépite littéraire qui rend hommage à toute une génération d’ouvriers hors du commun.

Inspiré d’un authentique témoignage, l’auteure Catherine Ecole-Boivin nous offre le destin d’une femme, Yvonnick.

C’est aussi l’histoire de celles et de ceux qui ont travaillé pour l’industrie Française dans les années 50, de son apogée jusqu’à son déclin dans les années 80.

” Il ne reste rien de nous si personne ne nous raconte quelque part. “

Une plume de caractère, métallique ciselée dans l’acier, aussi étincelante qu’une usine en pleine nuit où brille le feu du brasier, aussi brûlante que les flammes des hauts-fourneaux, aussi travaillée et puissante que le courage de ces ouvriers qui acceptaient tant pour des salaires de misère.

Homme ou femme, même combat et pourtant salaires inégaux pour tâches identiques, apparemment certaines choses ne changeront jamais, mise à part le hashtag #balancetonporc ou #balancetonpatron inexistant à l’époque.

Un récit qui défend également la cause des femmes qui ont combattu à tous les niveaux autant à la maison que sur leur lieu de travail pour se faire une place et gagner le respect.

Comme le dit si bien Bernard Lavilliers dans son texte Fench Vallée, ici pas de place pour les manchots, les shootés du désespoir fument la came par les cheminées et les usines désossées ont rencard avec la mort…mais c’est bien plus sa magnifique chanson Les mains d’or (à écouter ici) qui résonne entre ces pages.

Rarement un récit m’a autant touché par l’humanité qu’il dégage, par la puissance de l’écriture et l’hommage extraordinaire rendu à ce peuple ouvrier dont mon père a fait partie.

 » L’histoire vraie des hommes, des femmes et des enfants remarquables qui n’auront jamais leurs noms dans les livres d’histoires.  »

Authentique, brillant, admirable, féministe, engagé, historique, à lire pour ne jamais les oublier.

Pour info :

Catherine Ecole-Boivin à Brive la Gaillarde. Copyright de Marie Hélène,

Originaire de la Hague, historienne de formation, diplômée en Science de l’éducation, doctorante au CREN de Nantes, Catherine École Boivin est surnommée la glaneuse ou la défricheuse d’histoires car elle conte dans ses livres « les mémoires des humbles et de ceux à qui on n’a pas donné la parole durant leur vie ». Son premier livre Jeanne de Jobourg, paroles d’une paysanne du Cotentin a eu un succès en Basse-Normand. Suivi de plusieurs autres depuis. 

Elle est sociétaire de la SGDL et de la SOFIA, et membre de la Société des auteurs de Normandie et des écrivains combattants. Elle a reçu du préfet de Loire-Atlantique la médaille de bronze de la jeunesse et des sports. Elle est adhérente de la Maison du roman populaire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne).

Le 18 novembre 2012, elle reçoit le prix littéraire du Centre régional du livre de Basse-Normandie dit « Reine Mathilde » lors du salon du livre de Cheux (Calvados), pour son roman chez Albin Michel Les Bergers blancs, l’histoire des bergers guérisseurs aux pieds nus de la Hague.

Catherine Ecole-Boivin habite depuis presque 20 ans en Loire Atlantique. Biographe et romancière, elle prépare en 2018 un doctorat en sciences humaines à l’université de Nantes. Elle est également professeure à Saint Nazaire.

Je remercie les éditions Albin Michel pour ce livre en hommage à toutes les mains d’or.

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“ Dernière journée sur terre ”

Dernière journée sur la terre d’Éric Puchner aux éditions Albin Michel

Collection Terres d’ Amérique

Traduit de l’américain par France Camus- Pichon

Après son formidable roman Famille Modèle, Eric Puchner reprend son thème de prédilection et explore la complexité de l’univers familial, mais également l’amitié.

On y croise des personnages envahis de doutes qui s’interrogent sur l’avenir.

Il nous entraîne tour à tour dans une librairie …

Le Libraire passa un quart d’heure en quête du livre idéal qui éviterait au Client d’avoir le cœur brisé, tout en éveillant pour toujours chez son fils l’amour de la lecture. (…) Et que fit le client ? Comment remercia-t-il le Libraire pour le temps que celui-ci venait de lui consacrer ? En sortant son smartphone pour chercher le livre sur Amazon et … en le commandant sur ce foutu site ! Comment je le sais ? Parce que c’est moi le Libraire. J’espionnais le Client derrière la table des Coups de cœur de la Librairie. (…) Comme l’homme ne levait pas les yeux de son portable, Rogelio lui flanqua un tract sur la poitrine, puis, d’un geste vif et curieusement élégant, lui plaqua l’agrafeuse sur le cœur tel un défibrillateur et appuya sur la détente. “

En passant par des quartiers où se côtoient des familles parfois étranges…

” En fait, il existe un certain type de quartier que l’on voit dans les petites villes de Nouvelle- Angleterre, où chaque demeure a son téléviseur allumé pendant le dîner, où les pelouses paraissent minuscules et vides au crépuscule, où l’espace étroit entre les maisons vous rappelle la courte et précieuse distance qui vous sépare de la mort. “

On y croise un groupe punk has-been, des ados en centre de vacances, mais également un jeune prêt à tout pour sauver ses chiens.

Une plongée dans l’Amérique entre l’absurde et le surnaturel, abordée de manière plutôt originale avec une certaine lucidité et une bonne dose d’humour.

Un florilège d’histoires plus ou moins passionnantes, parfois délirantes voir décapantes, pour partager avec nous de drôles de vies sur terre.

« Alors, qu’as-tu appris à ton atelier d’écriture ? » demanda mon père, et je récitai une série de consignes. Montrer, ne pas raconter. Écrire sur ce que l’on connaît. Rester patient – il faut des années pour terminer certaines nouvelles, et elles ne sont jamais comme on voudrait. »

Pour info :

Professeur de littérature à l’université, Eric Puchner est l’auteur de La Musique des autres (Albin Michel, 2008), un recueil de nouvelles très remarqué à sa sortie, et Famille modèle, son premier roman (Albin Michel, 2011), qui a été unanimement salué par la critique et a bénéficié d’un formidable bouche-à-oreille.

En trois livres seulement, il s’est imposé comme l’un des jeunes écrivains américains les plus doués de sa génération, réussissant à mêler hilarité et désespoir pour offrir une radioscopie bouleversante de l’Amérique d’aujourd’hui.

Je remercie les éditions Albin Michel pour cette virée surprenante en Amérique.

“ Fracking ”

Fracking de François Roux aux éditions Albin Michel

La jeune femme désigna de la main quelque chose de vague à l’extérieur.

– Ces foutus puits, cette puanteur, ce gaz qui brûle jour et nuit, vos bêtes qui crèvent l’une après l’autre…(…)

Karen sortit sur le perron. Un soleil blanc illuminait les pâturages. Il faisait chaud mais il était encore trop tôt pour que l’on en souffrît, les hommes comme les animaux. Karen porta son regard au loin. Les pompes à balancier allaient et venaient de manière régulière, flegmatique, suçant le pétrole dans un mécanisme aussi imperturbable que les mâchoires de ses vaches qui mastiquaient ce qu’il restait d’herbe dans la prairie. “

Tandis que l’Amérique s’apprête à élire un bouffon, les Wilson tentent de survivre dans les vastes prairies du Dakota défigurées par l’exploitation providentielle du gaz de schiste.

” Les ressources en hydrocarbures du sous-sol schisteux, jusqu’alors inexploitables en raison d’impossibilités techniques de forage, l’étaient soudain devenues grâce à la mise au point de la fracturation hydraulique, dont le recours massif avait débuté il y a tout juste quatre ans et qui laissait la porte grand ouverte à toutes sortes de spéculations et de convoitises. Avec le fracking, le rêve éternel d’indépendance énergétique de l’Amérique allait enfin se réaliser. “

Ils se battent contre le cynisme des géants pétroliers qui intoxiquent leurs terres et leur eau, et contre tous ceux qui ont baissé les bras et se sont résignés en se laissant acheter et empoisonner.

” – J’ai du mal à croire qu’on puisse être heureux en bousillant la planète mais bon…

– Lisa, je sais ce que tu penses. De mon job, du pétrole, du Fracking. Tout ce que je dis c’est que le pétrole a sauvé des types comme moi. On serait rien sans ça. Et puis, l’industrie a toujours fait des dégâts collatéraux. “

Une fois encore, la terre est maltraitée au profit de l’argent malgré les répercussions désastreuses sur la planète et sur ses habitants.

” La guerre, certains en meurent et d’autres en vivent. “

Ce que j’en dis :

Quand j’ai débuté ma lecture, j’ai repensé à ce magnifique film Erin Brockovich où Julia Roberts mène une enquête suite à la découverte des gros problèmes de santé que rencontrent les habitants d’une bourgade d’Hinkley, en Californie. Des maladies dues à la pollution de l’eau potable par une entreprise qui utilise des produits toxiques. Mais également au film Promised Land avec Matt Damon qui avait justement pour sujet les droits de forage que tentait d’obtenir une firme de gaz naturel auprès d’une communauté rurale des États-Unis, touchée par la récession économique.

À travers ce récit, François Roux nous offre un regard acéré sur cette Amérique d’aujourd’hui. Une véritable radiographie d’un monde au bord de la rupture.

Fort de ses connaissances et en véritable conteur, il réussit via ce drame familial, à éveiller les consciences face aux dangers de toujours vouloir prendre les richesses de la terre pour remplir les poches de celles des hommes sans scrupules.

Un roman social engagé qui met en scène l’Amérique profonde à travers des portraits de famille très touchants et profondément humains.

Une lecture passionnante et instructive que j’aurais juste aimé plus dense afin de profiter davantage de sa plume et pour approfondir davantage ce sujet qui mérite vraiment une attention particulière si l’on souhaite éviter une catastrophe écologique planétaire.

Une écrivain que je vais continuer à découvrir indiscutablement.

Pour info :

François Roux est réalisateur de films publicitaires, de documentaires et de vidéo-clips. Il a également réalisé plusieurs courts métrages de fiction, sélectionnés dans de nombreux festivals, en France comme à l’étranger. Il est par ailleurs auteur et metteur en scène de théâtre : il a écrit et mis en scène Petits Meurtres en famille (2006) et est l’auteur de deux autres pièces, À bout de souffle (2007) et La Faim du loup (2010). Son premier roman, La Mélancolie des loups, a été publié en 2010 aux Éditions Léo Scheer.

Il a publié également aux éditions Albin Michel : le bonheur national brut en 2014, et Tout ce dont on rêvait en 2017.

Fracking est son quatrième roman.

Je remercie les éditions Albin Michel pour cette histoire aussi révoltante que passionnante.

“ La toile du monde ”

La toile du monde d’Antonin Varenne aux éditions Albin Michel

” Sous les lampes à pétrole charmantes et désuètes, les représentants de la nouvelle Amérique, enthousiastes et déterminés, ont rendez-vous avec le monde électrifié. “

En 1900, à bord d’un paquebot français, Aileen Bowman, une journaliste célibataire de trente-cinq ans, est en route pour Paris afin de couvrir l’événement qui s’y prépare pour le New-York Tribune.

Aileen avait été accueilli à la table des hommes d’affaires comme une putain à un repas de famille, tolérée parce qu’elle était journaliste. Le premier dîner, dans le grand salon du luxueux Touraine, avait suffi à la convaincre qu’elle naviguait à bord d’une ménagerie (…) En sa présence, les maris n’avaient pas laissé leurs épouses parler. De peur sans doute qu’elles expriment, par sottise ou inadvertance, de la curiosité pour cette femme scandaleuse : la socialiste du New York Tribune, la femme aux pantalons, Aileen Bowman la rousse. “

Né d’un baroudeur anglais et d’une Française utopiste, élevée dans le décor sauvage des plaines du Nevada, Aileen est une femme affranchie de tout lien et de toute morale, passionnée et fidèle à ses idéaux humanistes.

” Elle sentait la colère monter, s’accélérer le cycle des arguments tronqués, son mépris pour le genre féminin, si sujet à la servitude volontaire qu’ Aileen était tentée d’excuser les hommes qui en abusaient. Ces dindes rôties, dans leurs corsets qui en avaient tué plus d’une, récoltaient ce qu’elles méritaient. Ces bourgeoises qui se moquaient d’avoir le droit d’entrer à l’université si leurs armoires étaient bien garnies, ces pondeuses de mômes qui se plaignaient du nombre de bouches à nourrir et se laissaient engrosser sans protester, la masse de ces bonnes femmes, noyées dans leur quotidien, occupées à cuire et gagner le pain, se plaignant à jamais mais terrifiées à l’idée de se révolter. “

Au fil du récit on se retrouve transporté au cœur de l’exposition universelle de Paris, dans une ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers des bordels où les peintres puisent leurs inspirations où la personnalité extravertie d’Aileen se confond avec la ville lumière.

Un magnifique portrait en miroir où se dessine la toile du monde, de l’Europe à l’Amérique, du dix-neuvièmes un vingtième siècle, du passé au présent, en compagnie d’Aileen une femme libérée, extravertie, qui se dirige vers un destin inattendu.

Lac Tahoe

Ce que j’en dis :

Depuis ma découverte du formidable roman d’aventure, Trois mille chevaux-vapeur en 2014, je suis devenue une fan inconditionnelle de la plume d’Antonin Varenne. Équateur suivit en 2017, et La toile du monde clôture cette formidable épopée.

Antonin Varenne est un conteur hors pair, capable de nous plonger dans le passé à travers une époque en pleine construction qui présage déjà des beaux jours à la ville lumière.

Il dépeint à merveille toute l’effervescence qui se déploie autour de cette exposition universelle démesurée. Une ambiance particulière, virevoltante où s’intègre très vite cette journaliste libérée adepte du saphisme qui compte bien vivre l’aventure parisienne jusqu’au bout de la nuit. Aussi douée pour la plume que pour la fête, bien loin de la place qu’on accorde aux femmes en ce temps-là. Aileen, rebelle franco-anglaise, une héroïne qui sied à merveille à cette histoire et lui donne un côté sauvage, extravertie, absolument réjouissant.

Un magnifique portrait de femme entourée d’une foule de personnages surprenants qui donnent un souffle de liberté et une douce folie à ce formidable récit.

Une fois encore je tombe sous le charme de son style et de sa plume, et c’est avec panache qu’Antonin Varenne clôt la trilogie des Bowman.

La toile du monde une petite merveille qui ravira les collectionneurs d’écrivains talentueux.

Après une maîtrise en  philosophie, Antonin Varenne parcourt le monde : Islande, Mexique… la Guyane et l’Alaska sont les deux derniers pays en date qu’il a découverts. Avec Fakirs (2009), il reçoit le Grand Prix Sang d’encre ainsi que le Prix Michel Lebrun, puis le  prix Quais du Polar /20 Minutes avec Le Mur, le Kabyle et  le Marin (2011). En 2014 est sorti Trois mille chevaux vapeurs chez Albin Michel, un grand roman d’aventures.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette fabuleuse toile livresque.

“ Dans la cage ”

Dans la cage de Kevin Hardcastle aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (Canada) par Janique Jouin

” Il avait participé à près de trente combats en tout. Il avait perdu deux fois sur décision de l’arbitre et n’avait jamais été mis K.O. dans la cage. Il y avait peu de gymnases où s’entraîner dans l’Ouest, mais davantage de combats, et il roulait parfois des heures dans la même journée pour que des boxeurs essaient de le tuer à l’entraînement ou que des catcheurs le fracassent sur des tapis de sol usés et contre des murs en parpaings capitonnés tandis qu’il luttait pour se remettre debout. “

Daniel est un ancien champion de boxe et de free fight. Il a dû raccrocher les gants après une grave blessure et dire adieu à ses rêves.

Douze ans plus tard, il est devenu soudeur et même une existence ordinaire au côté de sa femme et de sa fille à Simcoe, une petite ville de l’Ontario où il a grandi.

Mais dans cette région minée par le chômage il est parfois difficile de joindre les deux bouts. Daniel offre parfois ses services à Clayton, un caïd qu’il connaît depuis son enfance. Jusqu’au jour où ça dérape…

« Je crois que Clayton nous a entraînés dans un truc dont on ne peut pas se sortir, quoi qu’en pense cet enfoiré ». Dit Daniel

(…) « Quels que soient les problèmes qu’on a, c’est pas comme ça qu’on va les résoudre, continua-t-elle. Plus maintenant.

– C’est comme si le truc m’avait échappé, dit-il. Je ne l’avais pas vu venir.

– Les choses sont différentes aujourd’hui, rien à voir avec l’époque où tu as commencé à travailler avec lui, dit Sarah. Vous allez vous faire tuer, au train où ça va. Je l’ai compris rien qu’en parlant à Clayton. »

Daniel hocha la tête.

« Je ne veux pas finir comme lui, ça c’est une certitude, dit-il. “

Écœuré par la violence qui monte crescendo dans ce milieu, Daniel décide de s’affranchir et de remettre les gants.

” « Personne ne lui a jamais proposé un boulot décent, dit-elle. Tu le crois, ça ? C’est un type bien. Il y a de quoi se poser des questions…»

Mais hélas, on ne se libère pas d’une telle emprise avec quelques coups de poing.

Ce que j’en dis :

Quand on aime certains auteurs tels que Craig Davidson et Donald Ray Pollock et qu’ils saluent le petit nouveau, on ne peut que se réjouir de le découvrir nous aussi.

Dès les premières pages, une tension baignée de noirceur s’installe et ne quittera pas le récit et là je m’y sens déjà très bien. Mais voilà je poursuis ma lecture et je découvre un style particulièrement très détaillé même trop détaillé, ce qui me gâche une partie de mon plaisir et c’est vraiment dommage. Malgré tout je m’accroche et je fais bien car l’histoire est à la hauteur de mes espérances en dehors de ce bémol, alors je lui pardonne.

Un premier roman noir plutôt réussi, une histoire pleines d’émotions qui laisse peu de place à l’espoir quand hélas certaines personnes naissent sous une mauvaise étoile.

Un auteur à suivre en espérant qu’il va corriger ces petites imperfections qui nous donneraient encore plus de plaisir à le lire.

Kevin Hardcastle est un jeune auteur canadien originaire de l’Ontario, boxeur et fan d’arts martiaux. Il a étudié le « Creative Writing » à Toronto et à Cardiff, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues au Canada, ainsi que dans des anthologies internationales. Son premier recueil, Debris, paraîtra prochainement aux éditions Albin Michel. Dans la cage est son premier roman.

Je remercie les Éditions Albin Michel et Léa, créatrice du Picabo River Book Club pour m’avoir permis de découvrir le combat d’une vie peu ordinaire à travers ce roman.

“ Une douce lueur de malveillance ”

Une douce lueur de malveillance de Dan Chaon aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Hélène Fournier

” Sans nicotine, son cerveau était comme brouillé par un sentiment d’effroi confus qui tournait en boucle, et il avait l’impression que le monde lui-même était plus hostile – qu’il en émanait, ne pouvait-il s’empêcher de penser, une douce lueur de malveillance. “

Dustin Tillman vit dans la banlieue de Cleveland avec sa femme et ses deux enfants. Ce quadragénaire mène une vie plutôt banale, tout en exerçant le métier de psychologue.

Il vient d’apprendre la libération de son frère adoptif, qui était en prison depuis trente ans. C’est suite à son témoignage, que Rusty a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches.

Des tests ADN récents prouvent son innocence, et inquiètent sérieusement Dustin.

Ça fait penser à ces drôles d’histoires qui font l’actualité a déclaré Lamber au Daily News. Mais vous ne pouvez pas imaginer une seule seconde que ça puisse arriver à l’un de vos proches. ”

Au même moment, il s’occupe d’un nouveau patient, un policier en congé longue maladie. Cette homme est obsédé par la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés. Il pense qu’ils ont affaire à un serial killer. Englué dans sa vie personnelle, il se laisse petit à petit convaincre d’accompagner son patient dans cette enquête qui dépasse largement son rôle de thérapeute.

” C’est tellement bon de sortir de soi ! On s’enfonce dans une autre vie et elle s’ enfonce dans une autre vie et elle s’enfonce en nous, et puis les forces s’équilibrent – certaines parties de soi ont été remplacées ou à tout le moins diluées. Toutes ces choses qui tournaient lentement et sans discontinuer dans notre esprit se sont volatilisées. Tu fais une enquête, elle te serre dans ses bras et requiert toute ton attention. “

Un travail de longue haleine commence et va le plonger dans les ténèbres. Il devra faire face à ses contradictions et aux défaillances de sa mémoire tout en essayant de protéger sa famille du douloureux passé qui resurgit.

” Et maintenant, bien sûr, ça me revient. Quand je pense à ce que Rusty a pu raconter à Aaron, cet ancien rêve refait surface, m’enveloppe, et il est toujours aussi saisissant. “

Ce que j’en dis :

Accrocher le lecteur avec un roman aussi atypique, c’est ce qui fait la force de Dan Chaon dans ce récit. Alliant différents genres tels que : le roman noir, le thriller psychologique, le roman à suspense, la quête de vérité, l’auteur nous offre un roman choral on ne peut plus surprenant. Tout tourne autour d’une véritable question : que s’est-il passé ce fameux 12 juin 1983. Une intrigue du passé qui va se confronter à une nouvelle du présent.

À travers des flash-back nous allons suivre un véritable jeu de piste qui nous mènera peut-être sur les traces d’un serial killer. Sans oublier tous les personnages magnifiquement représentés qui ont chacun leur rôle dans ce drame psychologique qui tourne pour certains à l’obsession.

Malgré l’ampleur du roman, jamais on ne s’y perd, même si le doute ne nous quitte jamais dans une atmosphère particulière et angoissante.

C’est inventif, surprenant, addictif, stylé, vertigineux ce roman avait tout pour me plaire et c’est réussi. Un roman inclassable qui trouve sa place dans la catégorie monument littéraire.

Je remercie Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club et les éditions Albin Michel pour m’avoir permis ce voyage livresque ingénieux.

Dan Chaon

Originaire du Nebraska, Dan Chaon est l’auteur de Parmi les disparus, Le Livre de Jonas, Cette vie ou une autre et Surtout rester éveillé, tous parus chez Albin Michel et salués par la critique. Dan Chaon enseigne à l’université à Cleveland (Ohio), où il vit aujourd’hui. Son nouveau roman, Une douce lueur de malveillance, a été consacré comme l’un des meilleurs romans de l’année par de nombreux quotidiens et magazines, dont le New York Times, le Washington Post et le Los Angeles Times.

“ Le miel du lion ”

Le miel du lion de Matthew Neill Null aux éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Bruno Boudard

Helena était un coin fiché dans une entaille perdue des montagnes septentrionales de Virginie-Occidentale. Un lieu constamment battu par les tempêtes, balayé par les vents, accablé par le soleil, fouetté par la grêle, enseveli sous la neige. (…) Une région rude, à laquelle les gens n’avaient jamais vraiment réussi à s’acclimater aux gens. ”

En 1904, en Virginie dans les Appalaches, les bûcherons que l’on surnomme : ” Les Loups de la forêt “, sont amenés par le train à Helena. Ils viennent dans cette ville afin de se reposer et prendre un peu de bon temps. Helena dépend entièrement de l’exploitation forestière.

À présent, c’était un lieu peuplé de gens de passage. Une dizaine venaient travailler toute la journée, une dizaine repartaient le lendemain – ce depuis que la voie ferrée était apparue pour emporter ailleurs bois et charbon. Le pays se fardait de boutiques, de tavernes et de bordels, telle une fille impudique qui essaie de se maquiller. “

Des milliers d’hectares de forêt détruits au profit d’une compagnie industrielle.

Dans un râle métallique, l’arbre vrilla et s’effondra – à la fois vite et comme au ralenti, dans une bruine de mélasse, ainsi qu’ils le font tous. Il fendit la forêt à la façon d’une lame ; le paysage tressauta et se brouilla sous le choc. Craquement de branches, éruption d’oiseaux. Comme le marteau de la justice qui s’abat sur le monde. “

Tous ces bûcherons venus des quatre coins du monde dans l’espoir d’une vie meilleure se retrouvent face à des conditions de travail pénibles et dangereuses. La dureté de leur quotidien, les amène à organiser clandestinement un syndicat. Une grève se prépare et pour certains c’est l’heure de faire des choix.

 » Un jour, un gars a oublié de crier : ” Attention ! “ et j’en ai vu un rouler sur quatre ritals. On n’aurait même pas rempli un seau avec ce qui restait d’eux. Ils les ont enterrés tous les quatre dans la même boîte et ce maudit arbre a été transformé en mille journaux. Des messieurs comme il faut les lisent en buvant leur café du matin, puis se torchent le trou du cul avec et les jettent dans leurs cabinets. Ces gens-là ont pas la moindre idée de ce qui s’est passé et il veulent pas le savoir. Surtout pas ! “

Ce que j’en dis :

Dès que se présente un nouveau roman dans la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel, je fonce, curieuse et à la fois certaine de passer un moment particulier.

À travers une formidable galerie de personnages, l’auteur nous fait découvrir l’univers difficile des « Loups de la forêt », mais également l’impact désastreux sur l’environnement face à la déforestation intensive. Il nous offre un regard sur une société confrontée à la lutte des classes sociales, au racisme, au préjugé, à la cupidité, à la violence et à la misère. Une histoire du passé qui résonne étrangement dans le présent tant les thèmes abordés sont toujours d’actualité.

Une lecture qui demande une attention particulière, à la fois pour sa richesse d’informations foisonnantes mais surtout pour profiter de la plume lyrique et puissante de l’auteur.

Un roman noir, touchant, féroce et plein d’humanité qui révèle une nouvelle plume américaine absolument magnifique.

Un premier roman vraiment formidable, que je vous encourage à savourer.

Matthew Neill Null est un écrivain américain originaire de Virginie-Occidentale. Il a étudié le Creative Writing à l’Iowa Writers’ Workshop et ses nouvelles ont été publiées dans plusieurs anthologies, dont la Pen/O. Henry Prize Stories. Le miel du lion, son premier roman, l’a imposé comme une nouvelle voix des plus prometteuses dans le paysage littéraire américain. Il est aussi l’auteur d’un recueil de nouvelles, Allegheny Front, qui paraîtra prochainement en français chez Albin Michel.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette lecture passionnante.

 » Dieu ne tue personne en Haïti ”

Dieu ne tue personne en Haïti de Mischa Berlinski aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Renaud Morin

” Il existe un proverbe créole, « Pas gen mort Bon-Dieu nan Haïti », qui signifie littéralement : « Dieu ne tue personne en Haïti », et, métaphoriquement, que personne n’y meurt de mort naturelle. Quand la souffrance semble dénuée de cause évidente, ils en invente une, et la chose qui permet de passer de cause à l’effet est le surnaturel. Quand on raisonne de cette manière, chaque mort est un meurtre, chaque infortune un crime ; et le monde s’éclaire alors d’une sorte d’affreuse logique meurtrière.

C’est précisément le genre d’histoire que je vais vous raconter ici. “

Jérémie, une petite ville d’Haïti nommée « La cité des Poètes » en raison du nombre d’écrivains , de poètes et d’historiens qui y sont nés semble coupée du monde faute de routes praticables. C’est là, qu’atterrit Terry White, ancien shérif de Floride, après avoir accepté un poste aux Nations unies.

 » Terry W . avait été shérif adjoint du conté deWatsonville, dans le nord de la Floride, non loin de la frontière avec la Géorgie, et rien dans son apparence ne démentait le stéréotype du policier sudiste : un bon mètre quatre-vingt, les épaules larges, la taille et les jambes épaisses, et de fortes mains de boxeur. “

Il s’intègre plutôt bien à la vie locale et découvre l’univers politique. Il sympathise avec Joël Célestin, un jeune juge, qu’il convainc de se présenter aux élections et de prendre la place de Maxime Bayard, un homme aussi charismatique que corrompu. Mais le charme irrésistible de Nadia, la femme du juge risque de le perturber méchamment …

 » Même si vous regardez, même si ça se passe sous votre nez, parfois vous ne voyez l’histoire. Et après vous vous demandez pourquoi vous êtes toujours surpris du cours des évènements. “

Ce que j’en dis :

Pas facile de parler d’un roman si dense qui m’a beaucoup plus dans l’ensemble pour sa richesse culturelle et cette multitude d’histoire dans l’histoire.

L’auteur nous dépeint Haïti, fort de son expérience, sa beauté mais aussi sa pauvreté qui ne fait que s’accentuer face à l’absence de route, un enjeu économique énorme dont cette petite ville est privée. À travers cette comédie satirique où derrière chaque pan du tissu social et culturel flotte le fantôme du vaudou, se prépare une campagne électorale.

Une pointe d’humour et de tragique , un portrait féroce du pouvoir, une histoire d’amour, une pincée de vaudou et voilà une incroyable histoire offerte par un conteur hors pair.

Une bien belle découverte.

Né à New York, Mischa Berlinski a été journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Son premier roman, Le Crime de Martiya Van der Leun ( Albin Michel, 2010), finaliste du National Book Award, a été traduit dans une dizaine de langues et récompensé par le prestigieux Whiting Award. Entre 2007 et 2011, il a vécu en Haïti avec son épouse, alors membre du personnel civil de la Mission des Nations unies en Haïti ( MINUSTHA), une expérience qui a nourri son deuxième roman, Dieu ne tue personne en Haïti.

Il vit aujourd’hui à New York avec sa famille.

je remercie les Éditions Albin Michel pour ce beau voyage livresque en Haïti

 » La nuit de l’ogre « 

La nuit de l’ogre de Patrick Bauwen aux Éditions Albin Michel

” Je suis le docteur Kovak. Je vis pour ces instants. La surprise. L’action. L’adrénaline. Cela agit comme une drogue. Et cette nuit, je n’ai pas eu ma dose. Il m’en faut plus. Un événement, n’importe lequel. “

À force de prier, le Dieu de l’adrénaline pure et dure l’a entendu c’est clair. Il ne peut en être autrement, sinon tout ce qui va suivre n’aurait peut-être même pas eu lieu.

” Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit ? La surprise, l’adrénaline, la danse avec la mort…

Ma portière s’ouvre. Et ça commence. “

Et c’est parti ! Une inconnue s’installe à ses côtés et sollicite son aide. Malgré son apparence ensanglantée il n’hésite pas une seconde pour la secourir. L’urgence quelque soit la situation ça le connaît.

 » Tout semblait irréel. “

Il était loin de se douter où allait le conduire ce service. De la fac de médecine au sous-sol de Paris, la mort rôde est prends des allures étranges.

” Long manteau. Col relevé. Barbe épaisse. Lunettes rondes de couleur noire. Sa tête est coiffée d’un chapeau melon. L’apparition possède quelque chose d’ancien et d’incongru, comme une photographie de couleur sépia qui se serait détachée des pages d’un très vieil album. “

Ce que j’en dis :

Il est clair que concernant l’histoire je ne vais pas vous en dire plus, ce serait gâcher votre plaisir de lecture.

Dès le départ l’auteur nous interpelle, le lecteur simple spectateur se retrouve acteur, à l’écoute, sur le qui-vive.

Une histoire palpitante qui met le cœur à rude épreuve dans cette traque démoniaque . À la fois glaçant et glauque, le suspense s’installe et nous plonge dans l’angoisse. Un récit rythmée par une cadence infernale et une précision chirurgicale à l’égale de son métier, médecin urgentiste où l’auteur puise très certainement son inspiration.

Après le jour du chien (chronique à découvrir ici) la nuit de l’ogre nous captive et lève le voile sur certaines énigmes du passé, d’où l’intérêt de les lire dans un ordre précis, et ne pas se priver d’un autre thriller tout aussi surprenant.

Aussi noir que les ténèbres, la nuit de l’ogre a illuminé mes nuits blanches. Je suis à mon tour victime d’une addiction à la plume de Patrick Bauwen.

C’est grave docteur ? Le seul remède possible, le prochain, vite c’est urgent !

Patrick Bauwen dirige un service d’urgence dans un hôpital de la région parisienne. Il partage sa vie entre ses deux passions : l’écriture et la médecine d’urgence. L’œil de Caine (2007) aobtenu le Prix Polar des lecteurs du Livre de poche et le Prix Carrefour du premier roman, Monster (2009) à obtenu le Prix Maison de la Presse, et Seul à savoir (2010) a reçu le Prix Littré. Le jour du chien (2017) a reçu le Prix Polar Babelio.

Je remercie Patrick pour sa dédicace de folie et les Éditions Albin Michel pour ce thriller palpitant.

“ Goodbye, Loretta ”

Goodbye, Loretta de Shawn Vestal aux éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique

Traduit de l’américain par Olivier Colette

Dans les années soixante-dix en Arizona, au sein d’une communauté de mormons vit Loretta, une jeune fille de quinze ans.

Pas facile de vivre une adolescence épanouie avec toute la rigueur imposé par le code moral de cette congrégation qui met l’accent sur la famille, ne consomme ni alcool, ni tabac, ni café et jeûne un jour par mois.

Chaque soir elle fait le mur et rejoint son petit ami, jusqu’au jour où son père la surprend et décide de la marier de force à Dean Harder, un homme de trente ans ans de plus qu’elle, déjà marié et père de sept enfants.

” Pour Loretta, cette partie de la journée est la pire, car elle lui rappelle clairement qu’aucune parcelle de sa vie ne lui appartient. “

Loretta se glisse dans ce nouveau rôle qu’on lui impose, d’« épouse-sœur » mais s’accroche à ses rêves.

” Ce que Loretta croyait impossible s’est révélé simple, aussi simple que cette vie. Elle se rappelle s’être demandé comment elle allait cacher sa vraie personnalité, avant de découvrir que c’était un jeu d’enfant, puisque personne ne lui posait jamais de questions sur elle-même.

D’ailleurs, ce soir, quand Dean viendra dans sa chambre, ce sera pareil, en plus intense. Ce n’est pas elle qui sera avec lui, mais son ombre, et ce ne sera pas la fin du monde, juste un obstacle de plus qu’elle franchira en se retirant en elle-même. La chair ne lui fait pas peur. “

La chance de fuir cette vie se présente finalement sous les traits de Jason, le neveu de Dean. Une nouvelle aventure commence aux allures de road trip qui les mènera peut-être vers le chemin de la liberté tout en faisant face à la dure réalité.

Ce que j’en dis :

C’est toujours avec un certain plaisir que je me plonge dans un roman de la collection Terres d’Amérique. Pour avoir croisé la route de mormons lors d’un voyage j’étais loin d’imaginer à quel point leurs vies pouvaient être si particulière malgré un vague aperçu qui m’avait laissé assez stupéfaite.

Ce roman nous offre une immersion fascinante dans leurs communautés plutôt méconnues, durant les années 70. Un monde à part. On y découvre leur quotidien, leurs mœurs, leurs croyances, la polygamie à travers les yeux de Loretta, une jeune fille qui tente de s’émanciper de la vie qu’on lui impose.

On y croise également d’autres personnages assez surprenant et même dérangeant, des hommes qui se disent croyants mais se laissent pervertir par l’argent et n’hésitent pas à exploiter physiquement et sexuellement des femmes-enfants.

Un premier roman qui sort de l’ordinaire tout à fait séduisant, qui nous embarque au cœur de la mythologie de l’Ouest Américain, tant sacrée que profane.

Une très belle découverte.

Shawn Vestal s’est fait connaître par ses nouvelles, d’abord publiées dans de célèbres revues littéraires puis réunies dans un recueil intitulé Godforsaken Idaho (non traduit en français), qui a été récompensé par le PEN/Robert W. Bingham Prize. Il est par ailleurs éditorialiste pour The Spokesman-Review. Goodbye, Loretta est son premier roman.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ce voyage aux allures Vintage.