“ Wild Side ”

Wild Side de Michael Imperioli aux Éditions Autrement

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié

Dans cet esprit, je voudrais commencer par le commencement le plus logique. Techniquement, messieurs ou mesdames, ma naissance devrait être le commencement le plus indiqué, ou le plus officiel, sans compter qu’on pourrait tout faire remonter à mes parents – comment ils se sont rencontrés, fréquentés et mariés, ma conception… Mais je vais vous épargner tous ces détails sordides et faire un bond jusqu’à l’année où il a commencé à se passer de sales trucs, où des gens sont morts et où la vie à laquelle j’étais accoutumé s’est transformée au point d’en devenir méconnaissable. “

Matthew vit avec sa mère à New-York dans le Queens et ne connaît que ce quartier depuis toujours. Suite au décès de son grand-père et de l’arrivée d’un héritage inattendu, ils emménagent à Manhattan. Une nouvelle vie s’offre à lui.

” Manhattan était faite pour les riches ou pour les pauvres, et nous n’entrions dans aucune de ces deux catégories. “

C’est là qu’il va faire la connaissance de la fascinante Veronica mais également d’un voisin musicien qui va l’embarquer dans ses aventures assez délirantes, un certain Lou Reed…

N’empêche, j’étais sous son charme. Il me fascinait. Avec lui, j’étais dans un tout autre univers. Le temps s’était arrêté, et j’oubliais tout de ma vie et du monde en général. “

Matthew s’attache et plonge dans un tourbillon d’amour, de débauche, de liberté au risque de se brûler les ailes.

” Parfois il est plus facile de vivre avec la vérité de son imagination qu’avec les faits. “

Ce que j’en dis :

N’ayant jamais vu un seul épisode de la série Les Soprano et peu de ses films, j’avoue avoir surtout été attiré par le lieu où se situait l’histoire, étant une grande amoureuse de New York.

Si l’histoire m’a vraiment plu, je n’ai pas été charmé par le style d’écriture de l’auteur. Je n’ai pas ressenti les émotions tant attendues ni réussi à m’attacher à Matthew qui avait plutôt tendance à m’agacer. Il m’est donc assez difficile de digresser davantage. Un roman qui était pourtant prometteur mais qui n’a pas réussi à m’emporter et pourtant la fin m’a réservé une belle surprise, et c’est vraiment dommage que ces émotions finales n’aient pas été plus nombreuses au cours de ma lecture.

Un roman qui plaira aux amoureux de l’attrape-cœur de J.D Salinger sans aucun doute.

Pour info :

Michael Imperioli est né dans l’État de New York. Il a incarné pendant dix ans Christopher Moltisanti dans la série culte Les Soprano et a joué dans les films de Martin Scorsese, Spike Lee, Abel Ferrara… Wild Side est son premier roman, il a été acclamé par la critique.

Je remercie les éditions Autrement pour cette aventure New Yorkaise.

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“ N’essayez jamais d’aider un kangourou ”

N’essayez jamais d’aider un Kangourou de Kenneth Cook aux Éditions Autrement

Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol

 » La pause se prolongea. L’histoire semblait terminée.

– Et qu’est-il arrivé au … euh… au salopard ?demandais-je.

Henry leva la tête.

– Bah, il est enterré un peu plus haut sur la piste.

Il ne faut pas croire tout ce qu’on nous raconte le long de la piste de Birdsville, mais vous seriez surpris de tout ce qu’on ne croit pas et qui est la pure vérité.  »

Chaque année la période estivale amène pour beaucoup d’entre nous, une folle envie de dépaysement, seulement parfois pour x raisons, on se retrouve coincé à la maison. Mais lorsque l’on est passionné comme moi par la lecture, on est sauvé, il suffit de bien choisir ses voyages livresques et l’aventure peut commencer.

En me plongeant dans le recueil de nouvelles de Kenneth Cook, dans cette édition inédite que nous propose les Éditions Autrement, j’étais sûre de ne pas sombrer dans la sinistrose mais au contraire de me payer de bonnes tranches de rire.

L’auteur est d’une part un conteur né mais également un véritable globe trotteur. Et puis il a le chic pour se retrouver dans des situations aussi absurdes que rocambolesques. Alors parcourir le bush australien en sa compagnie, un pur bonheur.

 » La rencontre de gars sympas au bistrot est à la source de la plupart de mes ennuis. Non seulement ces bonhommes aggravent ma tendance naturelle à l’alcoolisme, mais ils m’entraînent aussi dans toutes sortes d’aventures je préférerais ne pas être mêlé. Les copains de bar me portent la poisse depuis que j’ai commencé à fréquenter les bistrots, et ça ne date pas d’hier.  »

Apparemment dans le bush australien, on y rencontre de drôles de loustics, autant de la race animale que de la race humaine , et si on met les deux face à face, de bien plus étranges situations se produisent à hurler de rire ou de peur, selon les espèces.

 » On ne sait jamais quel pourcentage croire des histoires qu’on vous raconte sur les animaux dans le Nord. J’en ai entendu des dizaines, de celles de serpents qui poursuivent et réussissent à attraper un homme à moto, à celles de buffles qui chargent et renversent des véhicules, en passant par des cochons sauvages d’une taille et d’une férocité inimaginables qui éventrèrent des chevaux. Cela dit, mon policier semblait s’y connaître en crocodiles. “

Utilisant un style direct, sans artifice mais agrémenté d’un humour corrosif, l’auteur nous offres des histoires aussi farfelues que truculentes, un régal pour le lecteur qui osera s’aventurer par ici.

Un petit conseil au passage pour ne pas se lasser de toutes ses nombreuses nouvelles loufoques, ne pas hésiter à s’en faire un livre de chevet, ou le lire en alternant avec une autre lecture, ou même picorer par ci par-là et se laisser porter par toutes ses anecdotes hilarantes inspirées de ses tribulations.

 » Rien n’est particulièrement spectaculaire dans ce coin- là, car tout est extraordinaire. ”

Ici c’est du  » all inclusive  » : dépaysement, humour, parfait pour un voyage lointain hors norme pour seulement 21 €

Kenneth Cook (1929-1987) est un écrivain australien. À l’âge de trente-deux ans, il a publié Cinq matins de trop (Wake in Fright), qui est considéré comme un classique du roman noir dans son pays et a été adapté au cinéma en 1971, sous le titre Outback. Ses nouvelles écrites dans une veine plus humoristique, ont connu un large succès.

Je remercie les éditions Autrement pour ces aventures aussi succulentes que délirantes.

 » Nos souvenirs sont des fragments de rêves « 

Nos souvenirs sont des fragments de rêves de Kjell Westö aux Éditions Autrement

Traduit du suédois par Jean- Baptiste Coursaud

 » Et, au moment où j’écris ceci, malgré les quarante-sept années écoulées, je me souviens de cette journée comme si c’était hier – comme si mon existence n’avait été qu’une suite et un prolongement de ce trajet à vélo jusque chez les Rabell.  »

Alex, un jeune adolescent issu de la classe moyenne se lie d’amitié avec les enfants d’une puissante dynastie d’Helsinki, la famille Rabell. Tout les sépare, et pourtant un profond attachement va les unir et pimenter leur fougueuse jeunesse.

 » La vie commençait pour de bon, les plus intrépides d’entre nous essayaient tout se qui se présentait, et personne ne maîtrisait plus vraiment ce qu’il faisait.  »

La vie suivait son cours, tandis qu’une passion amoureuse naissait entre Stella et Alex et certains secrets de famille faisaient leur apparition.

 » Mais à cet instant-là il n’y avait plus rien à aimer : je devinais déjà qu’un incident terrible se déroulait pré de nous. Et donc j’étais tétanisé à mon tour – mais que pouvais-je faire ? Je n’étais qu’un simple invité à Ramsvik, je n’avais pas droit à la parole.  »

Portée sur quatre décennies, à travers une écriture fluide, limpide, une narration aussi élégante que passionnante. L’auteur finlandais Kjell Westö nous offre une formidable fresque romanesque.

Dans ce décor si particulier, au milieu d’un paysage en parfaite harmonie avec cette histoire aussi lumineuse que sombre comme peut l’être toute vie.

« Parce qu’il y a des ténèbres, et parce qu’il y a de la lumière. »

Via le portrait d’une génération, on voyage de l’enfance jusqu’à l’âge adulte avec des personnages forts, façonnés par leur vie. On découvre les interactions entre les classes sociales, le poids que représentent les héritages familiaux, l’amitié, l’amour le désamour, la trahison, tous ces souvenirs d’une vie fragmentée de rêves.

 » C’est l’amour qui fait que nous nous souvenons, c’est de l’amour que viennent les histoires. »

Un formidable roman d’un auteur qui m’était jusqu’alors totalement inconnu. Une plume que j’ai eu envie de découvrir attiré par ce titre qui s’accorde à merveille au roman. Un voyage Finlandais aussi surprenant que bouleversant en compagnie de personnages très attachants.

Un récit splendide, intense, époustouflant, irrésistible.

Une révélation de la rentrée littéraire qui m’a conquise.

Kjell Westö est né en 1961 à Helsinki. Il est l’auteur notamment du Malheur d’être Strake (2003), des Sept livres de Helsingfors (2008), publiés aux éditions Gaïa et d’Un mirage finlandais ( Autrement, 2016). KjellWestö est aujourd’hui considéré comme l’un des auteurs scandinaves les plus importants. Unmirage finlandais a reçu de nombreux prix et a été traduit en 15 langues. Nos souvenirs sont des fragments de rêves est son sixième roman.

Je remercie Camille, Émilie et les Éditions Autrement pour ce voyage finlandais exquis.

 » Le cœur battant de nos mères « 

Le cœur battant de nos mères de Brit Bennett aux éditions Autrement

Traduit de l’anglais par Jean Esch


 » Tous les secrets ont un goût particulier avant d’être révélés, et si nous avions pris la peine de faire tourner celui-ci dans notre bouche, nous aurions peut-être perçu l’aigreur d’un secret pas assez mûr, cueilli trop tôt, chapardé et transmis précocement. Mais nous ne l’avons pas fait.  » 

Dans cette communauté noire de Californie, on a beau faire très attention, le moindre écart de conduite ne reste pas caché bien longtemps. De plus s’il s’agit d’un acte puni par l’église, le secret est d’autant plus lourd à porter et finit par franchir les lèvres.



 » Dés qu’un secret est révélé, tout le monde devient prophète.  » 



Être si jeune, attendre un enfant et ne pas le garder, cela fait beaucoup alors il est temps de se faire oublier et de profiter de sa bourse pour filer dans une grande université. Nadia n’hésite pas longtemps. Qui plus est, sans sa mère c’était devenu beaucoup trop difficile.



 » Son père déposait sa tristesse sur un banc d’église, Nadia emportait la sienne dans des endroits où nul ne pouvait la voir.  » 

Elle laissera derrière elle Luke qui n’a franchement pas été à la hauteur, et Aubrey, sa meilleur amie.

 » Maintenant elle est adulte, du moins elle le pense. Mais elle n’a pas encore appris les mathématiques du chagrin. Le poids de ce qui reste pèse toujours plus lourd que ce qui reste.  » 



La vie continue, ici et ailleurs, mais ils sont tous liés à jamais par le poids des secrets.




 » Suffisait-il de s’agenouiller devant l’autel et de réclamer de l’aide ? Ou bien fallait-il inviter tout le monde dans sa tristesse intime pour être sauvé ?  » 

 

Brit Bennett m’a séduite autant par l’élégance de son écriture que par l’histoire magnifiquement contée. Sans comparaison aucune car chacune a son style qui lui est propre mais j’avais l’impression d’être dans un roman de Joyce Maynard. 

À travers ce roman initiatique qui donne la voix aux mères du Cénacle, l’auteure aborde des sujets difficiles tel que le suicide, l’avortement, le racisme, la religion, mais aussi l’amour, l’amitié. Une histoire en plein cœur d’une communauté religieuse qui cache de nombreux secrets, quelques drames où bien souvent la raison l’a remporté sur l’amour. Des personnages forts que j’ai suivi avec intérêt, auxquels je me suis attachée d’emblée. Un récit où le désarroi de cette jeune fille après l’avortement qui suivit de prés la perte de sa mère m’a bouleversé et m’a emmené  vers une intrigue insoupçonnable. 

Un roman intemporel, fort, lumineux, avec une pointe de lyrisme et une douce sensibilité, aussi intense qu’émouvant.



Pour un premier roman, je ne peux que saluer le talent de l’auteure et attendre patiemment le prochain.

Une nouvelle plume américaine est née pour mon plus grand bonheur. 

 

Brit Bennet a 27 ans. Elle est diplômée de littérature à Stanford. Le Cœur battant de nos mères, son premier roman a été la révélation de 2016, classé dans les meilleures ventes du New York Times et du LA Times. Finaliste de nombreux prix littéraires, Brit Bennett fait partie des 5 meilleurs jeunes auteurs américains du prestigieux National Book Award. Le Cœur battant de nos mères a été acheté par la Warner pour une adaptation cinématographique. 


Je remercie les Éditions autrement pour cette magnifique lecture. 

 

 

 

 

 » Les filles de Roanoke « 

Les filles de Roanoke d‘Amy Engel aux  Éditions Autrement.



 » Rentrée à Roanoke, je sombre dans le sommeil, mes pensées noires et embrouillées. Je rêve des filles de Roanoke, perdues ou brisées. Regards fixes Et corps fracassés. Jane. Sophia. Penelope. Eleanor. Camilla. Emmeline. Allegra. Elles m’appellent, me supplient de les aider. Je les cherche, les cherche tant et plus, sans jamais en trouver une. »



Lane est de retour au Kansas aprés une longue abscence. Elle est elle aussi une fille de Roanoke. Sa cousine a disparu et c’est pour la retrouver qu’elle est revenue dans cette maison qu’elle a fui. Elle y vivait avec ses grands- parents et sa cousine depuis le décès de sa mère.

 » Revoir Roanoke me plonge dans une angoisse familière, suivie d’une montée d’adrénaline. Alors que ma tête sait que cet endroit m’est néfaste, mon cœur idiot et traitre fredonne ‘Maison’ « 


Mais derrière cette facade, dans ce domaine familial se cache une histoire sordide, un secret de famille absolument monstrueux qui s’est poursui de génération en génération.

 » Car derrière les secrets à l’exécrable vérité, sous la honte et la colère qui battent comme un cœur, perdure une forme d’amour abjecte.  » 


Lane est prète à tout, même si remuer le passé pour mettre à jour la vérité en blessera plus d’un au passage.

 » Si je comprend bien, les faits ne posent pas de problème, mais il ne faut surtout pas en parler, c’est là que ça devient gênant. « 


Entre passé et présent nous faisons connaissance avec cette famille riche qui semble mener une vie si douce. Mais ne jamais se fier aux apparences, derrière les plus beaux regards se cachent souvent des monstres de la pire espèce.

Toutes les filles de la lignée connaissent un destin tragique. Ici  » Soit nous fuyons, soit nous mourons. » 




Amy Angel aborde à travers ce roman noir le sujet tabou de l’inceste dont on ne doit pas parler par crainte ou par pudeur mais qui détruit à petit feu chaque être qui le subit comme un poison sournois. Une plume talentueuse qui m’a fait penser aux romans contemporains de Joyce Carol Oates. Un roman magnifiquement construit qui distille petit à petit les secrets qu’il renferme. Une histoire angoissante, révoltante où l’empathie nous gagne page aprés page pour toutes ces filles que nous ne sommes pas prêtes d’oublier.
Les filles de Roanoke, une histoire aussi captivante que bouleversante, une plume à suivre absolument. Un formidable roman noir, un gros coup de cœur.

Amy Engel


Amy Engel a passé son enfance dans divers pays du monde (Iran, Taïwan) et vécu un peu partout aux États-Unis, de la Californie à Washington D.C.
Avant de se consacrer à plein temps à l’écriture, elle a exercé le métier d’avocate.
The Book of Ivy (2014)  est son premier roman.
Elle vit à Kansas City en Missouri avec son mari et ses deux enfants.



Les filles de Roanoke a fait l’objet d’enchères en France et aux États-Unis, où il est sorti en mars 2017 en Lead title chez Hodder publishing.

Ce roman a été traduit de l’anglais par Mireille Vignol.


Je remercie Corinne et les Éditions Autrement pour cette lecture fascinante et troublante.