» Pills Nation « 

Pills Nation d’Adrien Pauchet

Aux Éditions Aux Forges de Vulcain

Avec la collaboration de François Szabowski et Hugues Girard

 » – Alors tu es encore revenue… Je te croyais plus raisonnable

– Que veux-tu. Il n’y a pas d’âge pour être une Junkie répondit Suzanne d’amour espiègle. « 

Stone, le monde est stone pendant cet été caniculaire à Paris. Les gens tombent comme des mouches et si le taux de mortalité continue de grimper, les places au cimetière risquent de se raréfier. Mais en fait la canicule à bon dos et arrange bien les affaires de certains.

 » Cela n’avait pas été facile. Mais même les gens les plus intègres font parfois des entorses à leurs principes, quand c’est pour la noble cause.  »

Une nouvelle drogue a vu le jour, on la surnomme l’Orphée. Une drogue étrange et hors de prix .

 » – Tu sais ce qu’ y a toi, dans ces gélules ?

– J’sais pas. Quand Yacouba m’en a parlé, j’ai cru qu’y se foutait de moi. Mais quand je vois la gueule des clients.  »

Mais d’où vient donc cette drogue qui ressemble à du dafalgan, de la même couleur à une petite exception prêt et te ferait presque oublier ta douleur, mais là en l’occurrence plutôt la douleur morale que physique puisqu’elle permet de mettre ta période de deuil en sommeil et de dire un petit bonjour à tes proches disparus…

Mais attention danger, en plus de coûter un bras , c’est illégal donc pas remboursé par la sécu et en plus à t’aventurer du côté obscur même si c’est tendance en ce moment tu risques d’y laisser ta peau … Mais c’est clair que pour les dealers c’est une mine d’or tous ces morts qui ne s’attendent pas à cette petite visite surprise…

 » Il repensa alors à la gélule que lui avait donné le jeune employé des pompes funèbres. Il la retrouva au fin d’ une poche, observa un instant le petit dessin sinusoïdal gravé sur le cylindre, puis s’allongea sur le canapé et l’avala, avec l’espoir de passer au moins quelques heures de calme.  »

Caroline, capitaine de Police est sur cette enquête. Elle a un train d’avance sur ses collègues, elle connaît l’Orphée même si maintenant elle est plus copine avec la bouteille.

Qu’ils soient flics ou dealers, jeunes ou vieux, riches ou paumés, ils vont tous se retrouver vers une descente en enfer aussi vite que monte la température sous ce soleil de plomb. Une ambiance mortelle au pays des vivants pour avoir mis les pieds un peu trop tôt au paradis.

À travers ce polar qui frôle le fantastique on découvre un récit assez original, très rythmé et plutôt addictif.

Une fiction où se pointe à l’horizon un aperçu du futur si les manipulations génétiques venaient à perdurer. Une manière singulière de dénoncer ses dangers.

La mort omniprésente conduit les personnages vers le deuil qu’ils sont contraints d’accepter quitte à se faire aider par une pharmacie peu ordinaire, histoire de faire passer la pilule. Une façon détournée de montrer du doigt le reflet de la société sans en avoir l’air.

Un roman qui s’avale d’une traite, sans danger apparemment puisque je peux encore vous en parler. Et en temps que dealer moi même, je ne peux que vous encourager à vous pencher sur ces lignes atypiques.

Une couverture surprenante qui met en bouche et donne un véritable aperçu du contenu.

Adrien Pauchet est né en 1988. Voyageur paresseux et fondateur de la société de production orange verte, il écrit les histoires qu’il souhaiterait tourner. Pills Nation est son premier roman.

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 » Un funambule sur le sable « 

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand aux Éditions Aux forges de Vulcain 



«  Bonjour, je m’appelle Stradi.  » 



Stradi n’est pas un enfant comme les autres, il est né avec un violon dans la tête. Privé pendant longtemps du cursus scolaire, il rejoint enfin le chemin des écoliers. Il va devoir se confronter à l’attitude,  pas toujours très cool, des petits et des grands face à son handicap.

 » À la maison, la douleur avait pris beaucoup de place Et mon violon était toujours perçu comme un ennemi qui s’était incrusté de force et avait un bémol à l’harmonie du foyer. Pour Max, il était le vecteur de mon anormalité, mon handicap. Pour Lélie, il s’agissait d’un drôle de don.  » 




Malgré tout, Il est un pro de l’optimisme et va transformer cette malédiction en atout, c’est clair que ce n’est pas donné à tout le monde de communiquer avec les oiseaux. Qui n’en rêverait pas ? 

 » Mais il jouait juste. C’était ma manière de me réconforter. Cela aurait pu être pire. J’imaginais le calvaire que ma vie aurait été si mon violon n’avait eu aucun sens du rythme ou de la mélodie, s’il avait massacré chaque morceau que j’écoutais. Dans mon malheur il m’avait au moins épargné. « 



Sans jouer du violon, ni du pipeau, il va rencontrer l’amour. Son doux prénom, Lélie, fait chavirer son cœur. Ils vont s’aimer, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, plus du tout…


C’est ça l’amour, même avec un violon dans la tête qui joue la sérénade. Mais Il n’a pas joué sa dernière note. D’autres partitions restent à venir.


 » Un matin alors que mon frère et moi étions sur le point de partir au collège, le facteur a glissé un courrier des États – Unis dans notre boîte aux lettres. Il y est tombé comme tous les courriers, sans faire de manière, sans pousser des cris de cow-boy ou de trader de Wall Street.  » 

À l’âge adulte, Stradi va se heurter à de nouveaux problèmes. Trouver un boulot entre autre. Et ça va pas être simple. 

 » La société avait établi tout un tas de règles mais n’avait rien prévu pour les gens qui n’étaient pas capables de les suivre pour des raisons indépendantes de leur volonté. Elle les acceptait mais ne leur donnait pas une réelle chance à part de rester bien sagement assis sans trop dérangé et surtout, surtout sans oublier de dire merci.  » 

Mais n’oublions pas que notre Stradi à de la ressource, des idées, et des notes plein la tête, alors en avant la musique. 

 » Et je comprenais aujourd’hui, que les vrais héros ne sont pas ceux qui ont des supers pouvoirs, mais ceux qui en sont démunis et continuent d’avancer. « 



Gilles Marchand est un magicien. Avec seulement vingt-six lettres il crée des mots, qui mis bout à bout te donne une histoire pleine de charme, de douceur et de poésie. À sa façon, il arrive à transformer le tragique en comique. Il te fait rêver et t’emmène dans son univers plein de fantaisie où son imagination te redonne ton âme d’enfant, dessine des sourires sur tes lèvres et transperce ton cœur. Des milliers d’étoiles plein les yeux, tu te laisses porter page après page dans ce récit hors du commun. 



Après ma découverte « d »Une bouche sans personne  » ( Ma chronique Ici ), j’étais impatiente de découvrir  » Un funambule sur le sable « . Un roman qui, sous ses airs musicaux nous livre un certain regard sur l’handicap, un roman sur la différence totalement innovant qui dégage de belles émotions et réveille notre imagination. Un texte aussi puissant qu’une partition, aussi doux qu’un slow, aussi fort qu’un rock. 

Une belle leçon d’éducation pour tout ceux qui sont bourrés de fausses notes. Un concert de mots absolument réussi où résonne l’optimisme, le courage, la fantaisie, l’amour, l’amitié. Un véritable feu d’artifice pour le cœur. 

À lire, à offrir, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie … 



Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Son premier roman Une bouche sans personne, est paru en 2016 et a rencontré un grand succès. Il a notamment été le lauréat du Prix Libr’à Nous 2017. 

Un auteur à suivre absolument. 

je remercie David des Éditions Aux Forges de Vulcain pour cette lecture qui m’a remis le cœur à l’endroit. Et un grand merci à Gilles, qui fait de moi une super-woman à travers ce récit magnifique. 


 » Les rumeurs du Mississippi « 

Les rumeurs du Mississippi de Louise Caron aux Éditions Aux forges de vulcain



 » On m’a privée de la vérité au profit d’une fausse sérénité…

J’ai décidé de me battre avec des mots, non pas clandestinement sur des tracts comme l’avait fait mon père, Mais à la une des journaux. « 


Sara Kaplan est journaliste au New-York Times. Un jour, elle reçoit une lettre confession d’un homme qui s’accuse d’un crime pour lequel un autre homme, Chayton Cardello, est sur le point d’être exécuté.

 » Dans la soirée du 4 juillet 2008, j’ai étranglé une fille à l’odeur épicée, aux yeux comme des trous noirs, près du lac à quelques miles de notre ranch. Quand le shérif adjoint s’est pointé chez nous le lendemain, ma mère l’a embobiné d’un mot, d’un regard, d’un sanglot. Du coup il m’a laissé tranquille. »


Cet homme qui s’accuse s’appelle Niko Barnes, un vétéran de la guerre d’Irak. Il se considère comme un homme SANS: sans diplôme, sans fortune, sans femme, sans amis, sans le moindre espoir que ça s’arrange. 

Sara Kaplan se met en devoir de lever le voile sur ce mystérieux coupable et part enquêter, là où a eut lieu l’assassinat. Elle va y mener un véritable travail d’investigation. Cette affaire lui tient à cœur, son père était lui aussi vétéran de guerre. Il a longtemps souffert de symptôme Post- traumatique avant que cela finisse en tragédie.



 » On devrait pouvoir se dépouiller de sa mémoire sans traîner des chagrins qui vous entravent. »

Elle recueille un bon nombre de témoignages et pas mal de confidences, les langues se délient. L’affaire Barnes / Cardello ranime les souvenirs, chacun règle ses comptes avec le passé. Même Sara Kaplan tente de régler les siens.



 » À la suite, j’avais noté Et souligné : Sara arrête de vouloir régler tes comptes avec l’armée. »

Cette affaire réveille sa colère contre l’armée américaine. Son acharnement ne plaira pas à tout le monde, mais sa détermination n’aura pas de limite.



 » J’avais de nouveau rendez-vous avec le manque. J’apprenais à apprivoiser la douleur. Tapie dans mon corps, elle me minait. À cela s’ajoutait l’incertitude de l’avenir. « 

Louise Caron nous offre bien plus qu’un roman. À travers cette histoire, ce portrait de femme battante, elle nous livre une réflexion sur les dégats de la guerre sur l’homme, ses traumatismes. Véritable sujet tabou aux états-Unis où le nombre de suicides chez les vétérans de guerre ne cesse d’augmenter. Une vraie épidémie, qui fait plus de morts que la guerre elle-même. L’auteur  pose également un regard réaliste et poignant sur un coin de l’ Amérique profonde.

Des phrases percutantes, un style brillant, éloquent, plaisant et ce n’est pas quelques petites imperfections qui enlèveront sa qualité au récit.

Quand les mots vous parlent, quand les mots vous touchent, au point de ne pas quitter le roman avant la fin, même quand les émotions se libèrent et vous brouillent la vue.

Belle couv’, belle plume, beau style, une histoire qui respire l’authenticité, un très beau et grand moment de lecture.


Louise Caron est Docteur en neurobiologie et en biochimie, comédienne, metteur en scène, auteure.
Elle entame, en 1983, une formation de comédienne au théâtre-école de Montreuil.
En 2007, elle quitte Paris pour les Cévennes. Depuis, elle consacre son temps à l’écriture et au théâtre.
Son premier roman, « Se départir », est paru en 2012. Sa pièce « Comme un parfum d’épices dans les odeurs de menthe », lauréate du prix d’écriture théâtrale « NIACA » en 2012, a été publiée en septembre 2014.
En 2015, elle publie « Chronique des Jours de cendre » puis en 2017, « Les murmures du Mississippi ».


Une auteure à suivre.

Je remercie David des Éditions aux forges de Vulcain pour cette lecture vibrante.