“ Vraie folie ”

Vraie folie de Linwood Barclay aux éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Canada) par Renaud Morin

Rappelles- vous, précédemment à Promise Falls, les événements survenus.

«  Il avait commencé avec le meurtre horrible de Rosemary Gaynor. Et puis un certain nombre d’événements étranges s’étaient produits en ville. Des écureuils morts, une grande roue qui s’était mise en route toute seule, un prédateur sexuel à l’université et un bus en flamme qui avait dévalé une rue du centre-ville.

Et comme si ça ne suffisait pas, quelqu’un avait fait sauter le drive-in, tuant quatre personnes. ”

On ne peut vraiment pas dire que cette bourgade est paisible et tranquille.

Mais là, il semble que la situation s’est comme qui dirait aggravée.

– Il faut que vous veniez au poste, dit Carlson. On rappelle tout le monde.

– Que se passe-t-il ?

– C’est la fin du monde, répondis Carlson. Plus ou moins. ”

Depuis ce matin les sirènes d’ambulances n’ont pas chômé et les urgences accueillent à chaque instant de nouvelles victimes. Une véritable épidémie semble s’être abattue sur la ville. Le réseau hydraulique de la ville a été contaminé.

Pour l’inspecteur Barry Duckworth tout semble lié à l’insatiable meurtrier fanatique du nombre 23 qui sévit depuis quelques temps.

Mais ce n’est peut-être pas le seul meurtrier, il est temps de mettre un terme rapidement à ce carnage, même si pour cela un inspecteur et un privé devront unir leurs forces pour y parvenir.

Ce que j’en dis :

Après Fausses promesses (ma chronique ici) et Faux Amis (ma chronique ici) Vraie Folie clôture la trilogie et lève enfin le voile sur toutes les énigmes de Promise Falls.

Les catastrophes s’enchaînent à une vitesse vertigineuse et le climat est de plus en plus mortel. Une véritable tornade s’est abattue sur la ville.

Linwood Barclay ne laisse aucun répit à ses lecteurs et même si j’ai été moins emballé cette fois par l’écriture, j’ai apprécié de connaître enfin la vérité.

Ce final apocalyptique tient toutes ses promesses et sera d’autant plus apprécié si le lecteur a suivi chronologiquement les aventures de cette bourgade américaine.

Vous l’avez attendu, alors ne ratez pas ce dernier tome, et preparez-vous pour un final explosif.

Pour info :

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller.

Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), En lieux sûrs (2017) ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu.

Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce thriller démoniaque.


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“ Les sentiers de l’oubli ”

Les sentiers de l’oubli de Margaret Mizushima aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Chloé Royer

” Le lieutenant de police Mattie Lu Cobb aimait bien son nouvel coéquipier. On aurait même pu dire qu’elle était folle de lui. Contrairement aux précédents, il semblait lui correspondre. Elle appréciait le temps passé en sa compagnie et espérait pouvoir apprendre à lui faire confiance. (…) Grand et puissant, bardés de muscles, il était le seul du service à pouvoir la battre à la course. “

Au Colora à Timber Creek, l’inspectrice Mattie Cobb vient tout juste de finir sa formation cynophile, lorsqu’elle se retrouve sur une enquête avec son tout nouvel coéquipier Robo, un berger allemand.

Le corps d’une jeune fille de dix-sept ans vient d’être découvert dans les bois. Près d’elle, sa chienne blessée…

” Belle avait déterré la tête, le torse et les bras d’une jeune fille, dont le visage cireux était couvert de boue là où la chienne l’avait léché. Cheveux noirs, nez mutin. T-shirt taché de sang. Morte. “

La communauté est sous le choc, cette jeune fille était de la région.

Il est temps de mettre à l’épreuve Robo, et de voir si ce nouveau duo de flics va réussir sa première enquête ensemble. Aidé par Cole Walker, le vétérinaire l’enquête prend une drôle de tournure sur le fil du rasoir.

Entre corruption, trafic de drogue, la ville bien tranquille commence à perdre tout le charme des havres de paix.

Mais une chose est sûre :

” La leçon la plus importante dans cette affaire, cela dit, restait la suivante : il faut toujours écouter son chien “

Ce que j’en dis :

À travers ce roman qui marque le début d’une série, on fait connaissance avec un duo d’enquêteurs plutôt attachants et assez mignons. Il viennent tout juste de se rencontrer lors de la formation de Mattie à l’unité cynophile.

Leurs premières enquêtes va très vite mettre en pratique leurs enseignements et Robo, le berger allemand va devoir avoir le flair nécessaire pour réussir son baptême du feu.

Une écriture fluide et une enquête assez classique font de ce roman une lecture assez plaisante qui ravira les amoureux du suspens sans hémoglobine ou scènes trash à outrance.

Pour un premier roman c’est plutôt réussi même si j’ai trouvé l’ensemble plutôt gentillet.

À voir si par la suite ce sera un peu plus mordantE, un peu plus intriguante pour réussir à me charmer davantage.

Une belle découverte néanmoins.

Pour info :

Née dans le Texas, Margaret Mizushima a grandi au Texas et dans le Colorado.

Autrefois orthophoniste, elle a poursuivi son exploration des mots sous un angle plus artistique grâce à l’écriture.

Passionnée de nature et d’animaux, elle vit dans le Colorado entourée de chats et de chiens et vient souvent en aide à son mari, à la tête d’un cabinet vétérinaire. 

Les Sentiers de l’oubli est son premier roman publié en France.

Je remercie les éditions Belfond pour cette enquête au cœur du Colorado.

“ Ce qui ne tue pas ”

Ce qui ne tue pas de Rachel Abbott aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais par Laureline Chaplain

” – Nom de Dieu !

Le chuchotement blasphématoire de Jason disait tout. Sur le lit, un amas de drap s’entortillait autour des bras et des jambes de deux personnes. Homme ou femme, elle était trop loin pour distinguer. Une odeur métallique confirma ce qu’elle voyait. Les deux corps gisaient, inertes, sur une literie trempée d’un sang sombre et épais.

Malgré la chaleur de la nuit, un frisson parcourut sa nuque. Que s’était-il passé ici ? Elle eut subitement envie de prendre ses jambes à son cou, d’abandonner derrière elle cette scène brutale. “

Après avoir reçu un appel d’urgence, la police se rend sur place et fait une découverte effroyable. Dans la maison d’un photographe de renom, Mascus Norton. deux corps ensanglantés gisent dans la chambre conjugale, et un bébé hurle dans une pièce assez proche.

Marcus North est sans vie, contrairement à Evie sa compagne.

Cleo North, la sœur de Marcus est convaincue de la culpabilité d’ Evie. Depuis le départ elle n’appréciait pas la relation de son frère et de cette femme. Quelque chose la mettait terriblement mal à l’aise. Marcus ne peut pas être le bourreau qu’on lui décrit.

En attendant le dénouement de l’enquête, Evie se retrouve enfermée.

Le plus dur, c’est le sentiment d’avilissement. Surtout aujourd’hui. J’ai été transporté dans un fourgon carcéral jusqu’aux sous-sols du palais de justice, avant d’être conduite au banc des accusés. Celui-ci n’est pas ouvert, comme ceux que j’ai parfois vus à la télé, mais séparé de la salle d’audience par une vitre laminée, comme si je souffrais d’une maladie contagieuse ou que j’étais un animal féroce. C’est peut-être le cas. “

Stéphanie King, va devoir démêler ce sac de nœuds, afin de découvrir qui est le bourreau et qui est la victime ? Alors que Cleo et Evie livrent chacune leur version sur Marcus, l’enquêtrice se retrouve au milieu de la plus ahurissante affaire de sa carrière…

” – Si j’avais poignardé Mark dans l’idée de me venger, sa souffrance n’aurait pas été aussi brève. Ce n’est pas ça, la vengeance. La vengeance, c’est s’assurer que la personne qui vous a fait du mal le paie par une très lente agonie. Si j’avais voulu me venger, il ne serait pas mort. Il serait accablé par la même douleur qui me ronge depuis des années. “

Les apparences sont parfois trompeuses, derrière chaque visage se cachent des secrets insoupçonnables. un seul dit la vérité, mais lequel ?

Ce que j’en dis :

Attention, le dernier thriller de Rachel Abbott a des pouvoirs fortement addictifs sur le lecteur. Tout en jouant avec nos nerfs, elle nous manipule tout comme ses personnages et nous embrouille en multipliant les fausses pistes en semant le doute en nous et en nous révélant avec parcimonie quelques indices assez troublants.

Comme au cinéma, chaque personnage joue son rôle à la perfection et nous bluffe admirablement.

À travers cette intrigue on découvre la mise en place d’une terrible vengeance et le pouvoir suprême de la manipulation.

La reine du crime du polar anglais a frappé fort avec cette histoire où les faux-semblants et les rivalités féminines attisent la jalousie et mènent à la folie.

C’est tordu, tragique, étrange, et c’est divinement réussi.

Les amoureux du thriller psychologique vont se régaler, c’est certain.

Retrouvez ma précédente chronique La disparue de Noël, ici.

Pour info :

Née près de Manchester, Rachel Abbott a longtemps occupé un poste d’infographiste, avant de se lancer à la poursuite d’un vieux rêve, rénover de vieilles demeures en Italie, où elle vit désormais une partie de l’année.

La parution d’Illusions fatales (2014), son premier roman autopublié, classé numéro un des ventes en Angleterre, a marqué le début d’une formidable success story.

Après Une famille trop parfaite (2016) et La Disparue de Noël (2017) publiés dans la collection Le Cercle Belfond, l’auteure fait un retour en force sur la scène du thriller avec Ce qui ne tue pas.

 

Je remercie les Éditions Belfond pour ce thriller psychologique terriblement manipulateur.

“ Bad Man ”

Bad Man de Dathan Auerbach aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Nathalie Peronny

” Quelques voitures faisaient le tour du parking. Deux d’entre elles se dirigeaient déjà vers la sortie, à droite. Ben sentit son corps se projeter vers elles alors que ses pieds restaient plantés devant le magasin. L’indécision lui vrillait la poitrine. Chaque endroit qu’il n’inspectait pas était un endroit où pouvait se trouver Eric. Et pendant qu’il inspectait un endroit, il n’était pas en train de chercher ailleurs. Aucun choix ne semblait le bon. (…)

Tous les clients le dévisagèrent, une expression particulière sur les traits. Jugement, pitié peut-être ? Mais Ben ne les voyait pas. Il ne vit pas la caissière, seule, qui secouait la tête.

– Éric ! Vociféra-t-il.

Mais seul le silence lui répondît.

Eric avait disparu.

Ce qui ne devait être qu’un banal ravitaillement au supermarché entre frères, vire au cauchemar. Eric a échappé à la surveillance de Ben son grand-frère un instant et a malheureusement disparu.

Ben ne se le pardonne pas et continuera inlassablement de chercher son petit frère de seulement trois ans.

Cinq ans plus tard, toujours inconsolable tout comme sa famille, Ben décide de chercher un travail et se fait embaucher en tant que magasinier dans le supermarché où Eric avait disparu.

Après avoir réussi à affronter l’angoisse des premiers jours, il reprend ses recherches.

Quelqu’un sait forcément quelque chose et une présence étrange brouille ses pensées.

Il est bien décidé à résoudre enfin cette disparition et mettre un terme à cette ombre inquiétante qui plane sur la ville.

Ce que j’en dis :

Il n’est jamais simple de donner son avis lorsque l’on a été déçu par sa lecture, et pourtant le départ était prometteur mais hélas je me suis très vite ennuyée et très vite lassée.

En même temps lorsque qu’apparaît sur la couverture : successeur de Stephen King, on s’attend à de l’angoisse puissance maximum, des frayeurs énormes et une ambiance plutôt étrange et là à part l’ambiance étrange, je reste sur ma faim jusqu’à la fin. Du coup je suis terriblement déçue.

L’histoire est pas mal, et c’est dommage mais pour moi elle manque de style dans l’écriture et doit monter crescendo côté frayeur, sinon l’auteur risque quelques déconvenues.

Je suis contrariée car j’étais vraiment impatiente de découvrir ce nouvel auteur qui rend d’ailleurs par ce livre hommage à un de ses amis, mais hélas la magie n’a pas été au rendez-vous.

Que ça ne vous décourage pas, certains lecteurs et lectrices ont apprécié.

Comme je dis souvent : « Je lis de tout, mais je n’aime que le meilleur » et là ce n’est pas au niveau de King, c’est peut-être vendeur, mais attention à la chute si le livre tombe des mains des lectrices exigeantes telle que moi.

Un récit sympa qui s’en sortirait mieux sans la comparaison au grand maître du thriller, d’où ma grande déception.

Pour info :

Né dans le Sud des États-Unis, Dathan Auerbach vit aujourd’hui en Floride. En 2011, il commence à poster des nouvelles sur un forum consacré à la littérature d’horreur.
Ces dernières rencontrent un succès tel, qu’il réussit à faire financer son projet de roman via une campagne de dons, sur Kickstarter.com.
Ainsi paraît Penpal aux États-Unis, un premier roman (pas encore publié en France) qui fait sensation auprès de la critique et le fait remarquer de l’éditeur Doubleday. Bad Man est son deuxième roman, le premier à paraître en France.


Je remercie les éditions Belfond pour cette étrange lecture.

“ Le chant des revenants ”

Le chant des revenants de Jesmyn Ward aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” « Toutes les choses ont un pouvoir. »

Il a cogné sur une bûche.

« C’est mon arrière- grand-père qui me l’a appris. »

La bûche s’est fendue.

« Il disait qu’il y’a un esprit dans chaque chose. Dans les arbres, dans la lune, dans le soleil, dans les animaux. Il disait que c’est le soleil le plus important et il lui avait donné un nom : Aba. Mais on a besoin de tous les esprits, de tous les esprits de toutes les choses, pour qu’il y ait un équilibre. Pour que les récoltes poussent, que les animaux se reproduisent et qu’ils engraissent avant qu’on les mange. » (…) « Il faut un équilibre des esprits. Et un corps, c’est pareil, il m’a dit. » ”

Jojo est toujours à l’écoute quand son grand-père, Pop lui parle. C’est lui qui tente de lui donner une bonne éducation avec Mam sa grand-mère puisque sa mère Leonie, une toxicomane n’est pas à la hauteur.

Il vit avec sa mère et sa sœur, Michaela, chez leurs grands-parents dans une ferme du Mississippi.

Mam se meurt d’un cancer. Le père des enfants, un homme blanc séjourne en prison. Il ne reste plus que Pop pour soutenir la famille et faire de Jojo un homme.

Jusqu’au jour où le père est enfin libéré. Leonie embarque ses enfants et part avec une amie, direction Parchman, le centre pénitencier du Mississippi, pour retrouver son homme. Un voyage dangereux, encombrés de fantômes qui va une fois de plus malmener ces enfants.

” Il y a des gens : minuscules et distincts. Ils volent et marchent et flottent et courent. Ils sont seuls. Ils sont plusieurs. Ils se baladent sur le sommets. Ils nagent dans les rivières et dans la mer. Ils marchent en se tenant la main dans les parcs, dans les squares, disparaissent dans les bâtiments. Ils ne se taisent jamais. Leur chant est omniprésent : leur bouche ne remue pas et pourtant ça émane d’eux. Une mélodie dans la lumière jaune. Ça émane de la terre noire, des arbres et du ciel toujours éclairé. Ça émane de l’eau. C’est le plus beau chant que j’aie entendu, mais je n’en comprends pas un mot. “

Ce que j’en dis :

J’ai découvert cette formidable auteure à travers son premier roman Bois sauvage, en 2012. Un récit magnifique, marquant l’arrivée d’une nouvelle plume américaine talentueuse saluée d’emblée par le prestigieux prix du National Book Award.

À travers ce nouveau roman, Le chant des revenants, elle nous embarque dans un road-trip très particulier, un voyage dans le temps traversé par des fantômes où se côtoient les vivants et les morts.

Dans sa soif de réparer les injustices, l’auteure donne la voix à ceux partis trop tôt, mais également à ceux qui se battent face au racisme jour après jour.

Un monde brutal s’offre à nous, où sont plongés malgré eux ces deux enfants face à leur mère immature, sans une once d’instinct maternel.

Dans ce roman noir, fidèle aux croyances afro-américaines, le réel côtoie l’irréel, et donne à cette histoire, d’une beauté âpre une aura singulière.

Jesmyn Ward a un talent fou pour nous parler de ses racines, éveiller nos consciences face à cet éternel racisme toujours omniprésent, à travers des histoires touchantes et une plume magnifique où le lyrisme de son écriture illumine toute cette noirceur.

On ne s’étonnera donc pas, qu’elle reçu pour la deuxième fois, le National Book Award.

Un roman puissant, d’une beauté à couper le souffle.

Pour info :

Jesmyn Ward est née en 1977 à DeLisle, dans l’État du Mississippi.

Issue d’une famille nombreuse, elle est la première à bénéficier d’une bourse pour l’université.

Son premier roman, Ligne de fracture (Belfond, 2014 ; 10/18, 2019), a été salué par la critique. Mais c’est avec Bois Sauvage (Belfond, 2012 ; 10/18, 2019) qu’elle va connaître une renommée internationale, en remportant le National Book Award. 

Son mémoire, Les Moissons funèbres (éditions Globe, 2016 ; 10/18, 2019), s’est vu récompensé du MacArthur Genius Grant.

Avec Le Chant des revenants, sélectionné parmi les dix meilleurs romans de l’année 2017 par le New York Times, Jesmyn Ward devient la première femme deux fois lauréate du National Book Award.


Jesmyn Ward vit dans le Mississippi, avec son époux et leurs deux enfants.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce roman émouvant où le chant des revenants résonnera en moi fort longtemps.

 » Lectio Letalis « 

Lectio Letalis de Laurent Philipparie aux éditions Belfond 

 

«  Il ne s’agissait pas d’une simple affaire de maltraitance au travail, mais de quelque chose de beaucoup plus complexe. Tiéno scruta une nouvelle fois la scène de crime. Elle lui parut brutalement vide. Le diable s’était lui aussi fait la malle. Il manquait une pièce au tableau : le manuel sur lequel travaillait Alexandre. Le document devait contenir des informations qui pouvaient expliquer cette folie meurtrière, des annotations, des intercalaires… Tièno eut une sensation étrange, absurde quand on connaissait sa carrière, celle d’ entamer la pire enquête de sa vie.  » 

À Paris, le commandant Tièno ne s’attendait pas à trouver une telle scène en se rendant dans cette maison d’éditions. C’est le troisième employé qui se suicide, après la lecture d’un manuscrit qui a hélas disparu.

À Bordeaux, le lieutenant Gabriel Barrias, un ancien indic devenu flic, se retrouve sur une enquête toute aussi étrange, le meurtre d’une psychiatre  qui semble avoir été assassiné par rapace dans son cabinet pendant une de ses consultation.

Deux affaires apparemment très éloignées et qui pourtant ont pour point commun, une personne prénommée Anna Jeanson. Elle fut la seule survivante d’un suicide collectif, survenu dans une secte qui dressait des animaux à tuer, dix ans auparavant.

 » Le combat contre le mal s’annonçait rude, et particulièrement violent. « 

Ce que j’en dis :

Découvrir une nouvelle plume policière dans le paysage littéraire est toujours agréable et présage en général des histoires surprenantes, et bien menées . Ce thriller est un véritable page-Turner qui tient toutes ses promesses côté frayeurs à travers son enquête pleine de mystères et de suspens jusqu’au dénouement final.

Par contre j’ai parfois eu du mal avec l’écriture et avec certaines expressions comme par exemple  » visage émietté  » et la propension à exagérer certaines situations. À vouloir trop en faire ça peut gâcher le plaisir de certains lecteurs, ce qui fût le cas pour moi.

Ce thriller aux pouvoirs addictifs et à l’histoire atypique est plutôt bien présenté malgré quelques défauts ravira tous les amoureux du genre, j’en suis certaine.

C’est pas tous les jours que l’on peut se pencher sur un livre capable de conduire à la mort ses lecteurs.

Alors méfiez-vous quand même si vous entendez un cri perçant pendant votre lecture, je vous aurez prévenu.

Pour info :

Laurent PHILIPPARIE est un auteur de roman policier français.

Il a étudié au Lycée Pré de Cordy à Sarlat-la-Canéda puis des études de Sciences Criminelles à l’Université Montesquieu Bordeaux 4.

Diplômé de sciences criminelles, Laurent Philipparie est officier de police depuis dix-huit ans. Passionné de littérature policière, il est également conseiller technique d’auteurs. Son goût de l’écriture, il le fait partager à des lycéens, dans le cadre de missions interministérielles. Il s’est toujours intéressé à la littérature policière et interrogé sur l’autre côté du miroir. Ne regarde pas l’ombre est son premier roman, qui paraitra aux éditions Vents Salés en 2016.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce thriller sanglant assez surprenant.

“ Faux amis ”

Faux amis de Linwood aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Canada) par Renaud Morin

” L’écran du drive-in Constellation, haut comme un immeuble de quatre étages, était en train de s’écrouler.

Une fumée noire s’élevait en tourbillonnant depuis sa base, sur toute sa longueur, tandis qu’il basculait lentement vers l’avant, côté parking, comme sous l’effet d’une tornade.

(…) Il y eu un moment de sidération muette. À peine une seconde. Puis une symphonie étranglée et dissonante d’alarmes de voitures, hurlant de panique.

Et d’autres cris. Beaucoup, beaucoup d’autres cris. “

Lors de la dernière soirée du drive – in, avant sa fermeture définitive, une explosion terrifiante s’est produite. L’écran géant s’est effondré sur les spectateurs, faisant quatre morts.

” Quelqu’un avait merdé dans les grandes largeurs. “

L’inspecteur Duckworth se retrouve sur l’enquête. Un important détail le chiffonne. L’accident s’est produit à 23 heures 23 minutes.

– Qu’est-ce qu’il y a ? On dirait qu’un truc vous chiffonne ?

– Il y’a simplement qu’au bout d’un moment on ne croit plus aux coïncidences. “

De son côté, le détective privé Cal Weaver est embauché par la fille d’Adam Chalmers, une des victimes de l’explosion. Suite à son décès, sa maison a été visitée et a mis à jour un drôle d’endroit…

De nouveaux scandales sont sur le point de voir le jour.

L’inspecteur et le détective privé vont devoir la jouer fine et unir leurs forces.

Il se passait des trucs bizarres dans cette ville.  »

Ce que j’en dis :

Après le premier volet Fausses promesses (Retrouvez ma chronique ici), nous revoici plonger au cœur de Promise Falls, cette bourgade américaine pleine de mystères et de secrets. L’aventure se poursuit avec les mêmes personnages, les habitants de cette ville qui ont bien du mal à vivre tranquille.

À travers des chapitres courts qui vont direct à l’essentiel, l’auteur sème les indices, et lève le voile sur certains mystères annoncés dans le précédent opus.

Une écriture qui tient en haleine le lecteur, comme pendant une bonne série télévisuelle.

Les scènes s’enchaînent à un rythme infernal, et les intrigues parfois déroutantes s’ajoutent les unes aux autres sans totalement mettre fin à de nombreuses interrogations qui demeurent sans réponses.

Même si ce second volet est addictif, accrocheur et ravira tous les fans de suspens plutôt efficaces, l’auteur prends à mon avis un énorme risque en laissant plein d’énigmes en suspend. Car il faudra attendre le dernier volume pour enfin connaître les tenants et aboutissants de tous ces mystères. Et là sincèrement, j’espère que le final sera explosif et déclenchera un waouh et non un : tout ça pour ça !

Là, il est certain que je l’attend au tournant. J’espère une fin qui ne me laissera pas sur ma faim.

À suivre donc …

Pour info :

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller. Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), En lieux sûrs (2017) ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu. Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Je remercie les éditions Belfond pour cette intrigue déroutante à Promise Falls.

“ L’herbe de fer ”

L’herbe de fer de William Kennedy aux Éditions Belfond, collection Vintage.

Traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier

Albany, pendant la Grande Dépression, Francis Phelan revient au bercail, mais dans un triste état et semble complètement perdu.

 » Francis pensait à son talent à lui tel qu’il s’exerçait, jadis, sur les terrains de base-ball, par des après-midi tout embués de lumière ; comment il savait suivre le trajet de la balle dès que la batte la frappait, et fondre sur elle comme un vautour fond sur une poule ; comment il l’amadouait et la captait et plein vol, soit qu’elle se dirige droit sur lui, soit qu’elle se rapproche de lui en sifflant comme un serpent dans l’herbe. Il l’enserrait dans son gant creusé comme la serre d’un oiseau de proie…(…) Aucun joueur de baseball dans aucune équipe ne déplaçait son corps avec autant de dextérité que Francis Phelan, une sacrée machine à saisir la balle, la plus rapide de toute. “

Qu’est-ce qui a bien pu arriver à Francis Phelan pour qu’il finisse clochard et alcoolique, lui ce grand joueur de base-ball, à qui aucune balle ne résistait ?

” Au plus profond de lui-même, là où il pouvait pressentir une vérité qui échappait aux formules, il se disait : ma culpabilité est tout ce qui me reste. Si je perds cela, alors tout ce que j’aurais pu être, tout ce que j’aurais pu faire aura été en vain. “

Il tente de reprendre le dessus, mais les fantômes du passé l’assaillent et semblent vouloir régler leurs comptes.

Va-t-il fuir une fois encore, ou va-t-il réussir cette fois à se pardonner? Va-t-il réussir sa quête de rédemption ?

” Maintenant que mes souvenirs reviennent au grand jour, est-ce que tu crois que je vais enfin pouvoir commencer à oublier ? “

Ce que j’en dis :

Pour quelqu’un qui apprécie énormément la littérature américaine, j’ai pourtant beaucoup de lacunes mais grâce à la collection vintage des éditions Belfond, je découvre à chaque réédition de merveilleuses pépites.

L’herbe de fer ne déroge pas à la règle. Ce roman possède une verve exceptionnelle et un style incroyable qui mélange poésie et ironie avec talent. Le récit nous emporte, nous captive et nous bouleverse avec grâce. Francis Phelan, est un clochard avec une certaine éducation et des principes. Il est attendrissant, attachant et son histoire nous touche de bien des façons, entre les rires et les larmes qu’elle déclenche. Un roman aussi triste qu’insolent tout comme son héros pas ordinaire et tous les personnages que vous croiserez dans ce magnifique livre.

 » Tous deux connaissaient sur le bout des doigts le rituel du trimardeur avec ses tabous, son protocole. Ils s’étaient assez parlé pour savoir qu’ils croyaient tous deux en une sorte de fraternité des sans-espoir ; cependant les cicatrices qu’ils portaient aux yeux montraient bien qu’une telle fraternité n’avait jamais existé, que la seule chose qu’ils partageaient vraiment, c’était l’éternelle question : comment vais-je me tirer d’affaire pendant les vingt prochaines minutes ? Ce qui leur faisait peur à tous les deux, c’était les désintoxiqués, les flics, les matons, les patrons, les moralistes, les diseurs de vérité, et ils avaient également peur l’un de l’autre. Ce qu’ils adoraient, c’était les raconteurs d’histoires, les menteurs, les putains, les boxeurs, les chanteurs, les chiens qui remuent la queue, et les bandits d’honneur. Rudy, en somme, se disait Francis, ça n’est qu’une cloche, mais qui vaut mieux que lui ? “

Extraite de l’adaptation cinématographique

Il n’est jamais trop tard pour découvrir des bijoux littéraires, mais c’est sans conteste un devoir que de les partager et de jouer les passeurs de mots pour qu’à votre tour vous succombiez aux charmes de cette plume.

Laissez-vous tenter et faites un bout de chemin avec cette cloche cabossée en quête de pardon et épris de liberté.

Pour info :

D’origine irlandaise, William Kennedy est né en janvier 1928 à Albany dans l’État de New York, où il a grandi. Diplômé de l’université Siena de Loudonville en 1949, il est journaliste dans l’État de New York et à San Juan, Porto Rico, où il s’essaie également à la fiction. En 1963, il retourne à Albany, l’une de ses principales sources d’inspiration, qui sera le décor de nombre de ses œuvres. Il travaille alors pour des journaux et poursuit l’écriture de ses romans.


Son premier livre, The Ink Truk (1969), évoque un chroniqueur haut en couleur nommé Bailey, gréviste en chef dans un journal. Pour le roman qui suit, Jack Legs Diamond (Belfond, 1988 ; 10/18, 1994), William Kennedy combine histoire, fiction et humour noir, et s’attaque au personnage de Jack « Legs » Diamond, un gangster irlando-américain tué à Albany en 1931. Billy Phelan (Belfond, 1990 ; 10/18, 1994) chronique, lui, la vie d’un voyou rusé, qui s’amuse à contourner la politique locale.


C’est avec L’Herbe de fer (Belfond, 1986 ; 10/18, 1993), publiée pour la première fois aux États-Unis en 1983, que William Kennedy reçoit les honneurs en remportant le prix Pulitzer de la fiction 1984. Un roman audacieux, qui nous plonge dans la vie chaotique de Francis Phelan – le père de Billy Phelan –, vagabond alcoolique errant dans les rues d’Albany pendant la Grande Dépression. L’auteur publie la même année O Albany!, un récit passionnant sur la politique et l’histoire de sa ville.


William Kennedy a aussi écrit les romans Le Livre de Quinn (Belfond, 1991), Vieilles carcasses (Belfond, 1993), Le Bouquet embrasé (Actes Sud, 1996), Roscoe (2002) et Changó’s Beads and Two-tone Shoes (2011), qui complètent notamment le « Cycle d’Albany » ; les scénarios des films Cotton Club, réalisé par Francis Ford Coppola, et d’Ironweed : la Force du destin de Héctor Babenco, avec Jack Nicholson et Meryl Streep dans les rôles principaux ; et deux pièces de théâtre Grand View (1996) puis In the System (2003).

Avec son fils, Brendan Kennedy, il est également le coauteur de deux livres pour enfants : Charlie Malarkey and the Belly-Button Machine (1986) et Charlie Malarkey and the Singing Moose (1994).


« Avec L’Herbe de fer qui lui a valu le ‟genius grant” de la fondation Mac Arthur, le National Book Award et le prix Pulitzer, William Kennedy est devenu une gloire nationale… Son style, qui doit quelque chose à Joyce, à Fitzgerald, à Beckett, reste foncièrement original. »
The New York Times Book Review

Je remercie les éditions Belfond pour cette pépite de la littérature américaine.

“ Le meurtre du Commandeur ”

Le Meurtre du Commandeur de Haruki Murakami aux Éditions Belfond

Une idée apparaît (Livre 1)

Traduit du japonais par Hélène Morita

“ Dans le silence du bois, je pouvais presque percevoir jusqu’au bruit de l’écoulement du temps, du passage de la vie. Un humain s’en allait, un autre arrivait. Un sentiment s’en allait, un autre arrivait. Une image s’en allait, une autre arrivait. Et moi aussi, je me désintégrais petit à petit dans l’accumulation de chaque moment, de chaque jour, avant de me régénérer. Rien ne demeurait au même endroit. Et le temps se perdait. Un instant après l’autre, le temps s’écroulait puis disparaissait derrière moi, comme du sable mort. Assis devant la fosse, l’oreille aux aguets, je ne faisais qu’écouter le temps mourir. ”

Un beau jour, la femme du narrateur lui annonce son intention de divorcer. En panne d’inspiration, le jeune peintre quitte leur domicile et part pour un long voyage, seul, à travers le Japon. Puis un jour, il s’installe dans la montagne, dans une maison isolée appartenant à un artiste de génie, Tomohiko Amada, aujourd’hui sénile et vivant dans un hôpital.

Dans ma vie, les choses ont toujours fonctionné calmement, de manière cohérente, et souvent en accord avec la raison. C’est seulement dans la parenthèse de ces neuf mois que, de façon inexplicable, tout a été soudain plongé dans le chaos. Cette période, pour moi, a constitué un temps parfaitement exceptionnel, littéralement extraordinaire. J’étais semblable à un nageur au milieu d’une mer paisible avant d’être englouti brusquement dans un immense tourbillon non identifié, surgi de nulle part. “

Un riche homme d’affaires, Wataru Menshiki, habitant de l’autre côté de la vallée lui fait une proposition alléchante qu’il ne peut refuser. Il souhaite que le jeune peintre réalise son portrait. Un travail apparemment simple pour un portraitiste, mais le modèle semble contrarié la représentation de l’artiste.

” Lorsque c’est possible, il y a des choses qu’il vaut mieux continuer à ignorer. ”

Une nuit, il découvre un mystérieux tableau dans le grenier, une œuvre d’une grande violence, le meurtre d’un vieillard, Le Meurtre du Commandeur. Cette peinture obsède le narrateur. Et des choses étranges commencent à se produire, comme si une brèche s’était entrouverte sur un autre monde.

” La découverte que je fis du tableau de Tomohiko Amada, intitulé Le Meurtre du Commandeur, eut lieu quelques mois après mon installation dans cette maison. Je n’avais aucun moyen de le savoir à cette époque, mais cette toile allait radicalement transformer ma situation. “

Il était loin d’imaginer ce qui allait suivre, aussi étranges qu’inattendues certaines visites allaient tout changer…

” En moi, le réel et l’irréel avaient encore du mal à s’accommoder l’un à l’autre. “

Ce que j’en dis :

S’aventurer entre les pages d’un roman de Haruki Murakami est toujours prémisse d’un voyage livresque très particulier. Son univers nous emporte dans un monde où le réel côtoie l’irréel et laisse place à notre imaginaire.

Cette fois, à travers cette fresque composée de deux volumes, l’auteur explore l’univers d’un peintre, les ressorts de la création artistique et nous dépeint l’histoire de cet homme confronté au divorce.

Un roman qui se savoure patiemment, comme lorsqu’on admire un tableau, on découvre le décor, les personnages, l’histoire se dévoile peu à peu sous la plume de l’écrivain comme le ferait un peintre avec sa toile.

Les personnages entrent en scène et nous réservent de belles surprises et même une intrigue surprenante. Il est clair que le premier tome terminé, on se précipite sur le suivant, l’un n’allant pas sans l’autre comme un diptyque.

La magie propre à Murakami m’a envoûté et il est difficile de comprendre l’indignation que ces deux romans suscitent au Japon. Les scènes sensuelles présentes sont très mal perçues et l’on juge à Hong Kong l’œuvre indécente et l’on n’hésite pas à la censurer et même à l’interdire à la vente au moins de dix-huit ans.

Et pourtant cette odyssée initiatique aussi étrange soit-elle, a tout pour plaire et enchanter les nombreux fans de l’auteur.

Un roman fascinant, une histoire que je poursuis avec grand plaisir pour découvrir le mot de la fin et continuer ce rêve éveillé en compagnie de personnages atypiques et attachants.

Pour info :

MURAKAMI Haruki est né à Kyoto en 1949, mais grandit à Ashiya (Hyogo). Son père est le fils d’un prêtre bouddhiste et sa mère la fille d’un marchand d’Osaka. Les deux enseignaient la littérature japonaise. Mais Haruki, à cette époque, ne s’intéressait pas vraiment à la littérature de son pays et se plongeait plus volontiers dans des histoires de détectives américains ou de science-fiction. Point de vue artistique, les États-Unis représentent pour lui la seule culture valant la peine. En 1968, il déménage à Tokyo pour y étudier le théâtre à l’Université Waseda ; il y passera plus de temps à lire des scénarios qu’à être un élève assidu.

En 1974, MURAKAMI ouvre avec son épouse, TAKAHASHI Yoko avec qui il s’est marié trois ans plus tôt, un club de jazz : le « Peter Cat » dans le quartier de Kokobunji à Tokyo qu’ils tiendront jusqu’en 1981, date à laquelle il décide de devenir écrivain professionnel.

Entre 1986 et 1989, MURAKAMI vit en Grèce et à Rome pour ensuite se rendre aux États-Unis où il enseigne à l’Université de Princeton et à l’Université Tufts de Medford. En 1995, il ressent une sorte d’obligation de retourner dans son pays natal qui commence à souffrir d’une grave crise économique et sociale. C’est également à cette époque qu’eut lieu le terrible tremblement de terre de Kobe qui le marqua énormément et qui l’inspira pour son recueil de nouvelles « Après le tremblement de terre », ainsi que l’attaque terroriste contre le métro de Tokyo par la secte Aum Shinrikyo. Il reprendra d’ailleurs ce thème dans son roman « 1Q84 ».

MURAKAMI commence à écrire dans les années 1970. Son premier roman « Kaze no uta o kike », jamais traduit en français remporte le prix Gunzo des Nouveaux Écrivains. En 1973, il publie « 1973-nen no pinbōru » et reçoit le Prix Bunkaku en 1980.

Il devient très vite le romancier le plus populaire du Japon. Pour son roman « Noruwei no mori » publié en 1987, plus de quatre millions d’exemplaires sont vendus. Et ce succès ne se dément toujours pas à voir les chiffres de son dernier roman en date paru au Japon « 1Q84 » et qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires en un mois.

MURAKAMI Haruki a créé un style original reconnaissable immédiatement. Ce style bien à lui se compose d’humour, de légèreté, de simplicité, de clarté, mais aussi de surréalisme. Il ose faire voyager ses lecteurs du réalisme à l’imaginaire pur sans crier gare. Le lecteur est tellement prisonnier de l’univers de MURAKAMI que ça ne l’étonne absolument pas d’apercevoir des chats parler le plus naturellement possible, et tout ça, sans être choqué ou rebuté. Loin de lui la période pénible de l’après-guerre et des romans traditionnels autobiographiques. Pour preuve, le musée qu’il invente dans « Kafka sur le rivage » est presque devenu réel. Bon nombre de Japonais se sont rendus à l’arrêt de la gare qu’il décrit dans son roman pour demander aux employés le chemin le plus court pour arriver au musée. Quelle ne fut pas leur déception lorsque les pauvres employés éreintés devaient leur annoncer que ce musée n’a jamais existé.

Un des fils conducteurs de son œuvre est sans conteste la musique. MURAKAMI est un passionné de musique classique et de jazz, et il ne cesse au long de ses romans de citer toutes les œuvres qu’il admire depuis si longtemps, comme s’il ne pouvait s’empêcher de faire partager ses coups de cœur à ses lecteurs.

MURAKAMI est également le traducteur des œuvres de F. Scott Fitzgerald, de Truman Capote, de Raymond Carver, de Paul Theroux, de John Irving, de Tim O’Brien, et de bien d’autres encore.

Outre ses travaux littéraires, MURAKAMI Haruki est également connu en tant que coureur de marathon qu’il devint alors qu’il a déjà 33 ans. En 1996, MURAKAMI termine un marathon de 100 km lors d’une course autour du lac Saroma à Hokkaido. Il écrit à ce propos un excellent témoignage dans son livre « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond ».

MURAKAMI aime raconter qu’il a une hygiène de vie plutôt simple et saine : il écrit chaque jour durant 4 heures et court environ 10 kilomètres quotidiennement. Pour l’anecdote, à ses débuts, il fumait 60 cigarettes par jour pour pouvoir se concentrer sur son écriture, et un jour il décida d’arrêter. Il commença aussitôt à prendre du poids. Étant individualiste, il trouva que la course à pied était le meilleur sport pour lui.

L’écrivain le plus populaire du Japon s’est toujours éloigné de la littérature japonaise proprement dite, ce qui lui a valu énormément de critiques à ses débuts. On dit de ses romans qu’ils semblent être écrits dans une langue étrangère et avoir ensuite été traduits en japonais. Mais tout cela ne l’a jamais empêché d’être l’écrivain japonais le plus apprécié dans son pays et à l’étranger.

Je remercie les éditions Belfond pour ce voyage pictural où les rêves voyagent à l’infini.

“ Les jours de silence ”

Les jours de silence de Phillip Lewis aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut

«  Il était habituel pour les enfants d’Old Buckram de commencer l’école mais de ne pas aller au bout, et, comme on pouvait s’y attendre, aucun des ainés de mon père ne reçut guère d’éducation au-delà des années de lycée obligatoires. Je me rappelle avoir un jour demandé naïvement à mon grand- père s’il était allé à l’université. Il me répondît sèchement : « Non, petit, mais je suis passé à côté d’un certain nombre d’universités. Sans m’arrêter. » (…) Mon père, toutefois, parmi ces nombreux enfants, se distinguait. À un degré déconcertant. (…) Dans une famille où savoir lire était considéré comme une simple nécessité et aucun cas comme une vertu, il apprit sans guide. Il avait toujours un livre, avant même de savoir quoi en faire. “

Sur un contrefort élevé des Appalaches se dresse une étrange demeure de verre et d’acier réputée maudite dans le petit village d’Old Buckram. C’est ici que vit la famille Aster.

Le père, Henry Senior, intellectuel autodidacte développa très tôt une passion incommensurable pour les mots.

” M. Smeth avait dit à mon grand-père : « Il est franchement bizarre, ce garçon ; vous savez ?

– Vous pensez, si on le sait. » “

La mère, Eleonore, insoumise et lumineuse partage ses journées entre la contemplation de la nature et l’élevage de pur-sang.

Et avec eux, leurs enfants, Threnody, une adorable fillette et Henry Junior, petit garçon très sensible et attentif, qui voue une véritable adoration à son père. Un père qui lit et noircit jour et nuit des pages et des pages, qui composeront un jour, le roman de sa vie.

Quand l’homme se fut retiré, je demandai à Père pourquoi il passait tant de temps à lire. Il lâcha un rire et se mit à nettoyer ses lunettes (…) « J’adore lire, dit-il. J’adore les mots, le langage. Il en a toujours été ainsi. Il n’est rien qui me plaise davantage.

– Et pourquoi passes-tu autant de temps à écrire ? »

Je vis qu’il réfléchissait. Je lui avais posé une question dont il ignorait la réponse, mais qu’il avait passé sa vie à chercher. “

Dix années plus tard, Henry Junior sous prétexte de poursuivre ses études, fuit cette maison et son intranquillité chargé de silence qui le ronge. Fuir pour essayer de comprendre pourquoi un jour son père est parti, emportant son mystérieux manuscrit…

” Le monde entier qui s’étendait tel un arc à l’horizon semblait vaste et vide. “

Ce que j’en dis :

À travers ce roman et un style raffiné, l’auteur nous offre le portrait sibyllin d’une famille du vieux Sud, amoureux des mots, des livres et de leurs histoires, sans pour autant parvenir à exprimer ses plus belles joies comme ses terribles peines.

Il explore en profondeur la passion démesurée de la lecture et de l’écriture d’un homme épris depuis toujours des mots. Une passion qui conduit jour après jour dans la douceur du silence.

Il aborde également, le deuil, la solitude mais aussi l’abandon, parfois nécessaire pour ne pas sombrer dans la folie.

Un premier roman d’apprentissage puissant, accompli, qui s’impose avec délicatesse, à son rythme, d’une manière très personnelle chère à l’auteur.

Un roman bouleversant, qui laisse son empreinte dans la mémoire des lecteurs.

Philippe Lewis en compagnie de membres du Picabo River Book Club, lors d’un petit déjeuner organisé par Léa et les Éditions Belfond , à l’occasion du festival America

Né en Caroline du Nord, Phillip Lewis a étudié à l’université North Carolina de Chapel Hill et à l’école de droit Norman Adrian Wiggins, où il a été rédacteur en chef de la Campbell Law Review. Avec son premier roman, Les Jours de silence, il nous plonge dans le décor fascinant des montagnes des Appalaches d’où, comme son narrateur, il est originaire. Il vit actuellement à Charlotte, en Caroline du Nord.

Je remercie les Éditions Belfond et Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club pour l’organisation d’un super petit déjeuner avec l’auteur et pour cette formidable lecture.