» Stone Junction « 

Stone Junction de Jim Dodge aux Éditions Super 8 

Traduit de l’anglais (USA) par Nicolas Richard

 » La naissance se déroula sans complications. Dix-neuf heures plus tard, après que l’infirmière eut amené Daniel pour sa troisième tétée, Annalee sauta hors du lit, s’habilla en hâte et quitta la maternité, tenant Daniel emmitouflé dans ses bras. (…) 

    – Okay, mon gars, dit-elle. C’est parti. « 

Et c’est ainsi que Daniel fit son entrée dans le monde et l’aventure ne faisait que commencer.

 » Peu après le cinquième anniversaire de Daniel, Annalee s’assit pour lui exposer scrupuleusement les avantages et les inconvénients possibles, inhérents à la fréquentation de l’école. Elle laissa le choix à Daniel. Il ne lui fallut pas longtemps.

   – Nan, dit-il, ça a l’air merdique, l’école.  »  

Mais n’allez pas croire qu’Annalee  était une mauvaise mère, elle avait déjà apprit à lire à Daniel, et ils fréquentaient assidument la bibliothèque à chacun de leur passage en ville. Et puis dans le Relais de bandits de grands chemins dont elle s’occupait, les hors-la loi apprenaient à Daniel des tas de combines de survies. Et bien plus encore quand ils furent recueillis par un conglomérat de magiciens. Daniel y découvrit la vie, la méditation. On lui enseigna la pêche, la dope, le crochetage de coffre-fort, le poker, la dissimulation, la métamorphose et même l’invisibilité.

Plus tard, sa mère étant partie dans des circonstances que je vous laisse découvrir, il n’aura de cesse de retrouver son assassin, avec autant de conviction qu’il en mettra pour retrouver son père.

 » – Et merde, qu’est-ce que ça peut foutre, hein ? Pourquoi se faire chier avec des broutilles quand la mort connait ton adresse… »  

Et à ces recherches s’ajoutent une autre mission pour lequel il semble avoir été formé, dérober un diamant au pouvoir magique…

 » Les disciplines dans lesquelles il excellait – des occupations essentiellement solitaires- étaient illégales dans la plupart des États. Faire pousser de la drogue, ouvrir des coffres-forts et jouer au poker, autant d’activités potentiellement lucratives, et, à défaut d’autre chose, prendre des risques ne lui faisait pas peur. « 

Ce livre est un objet littéraire identifié comme fantastique. Sept cents pages de pur bonheur. 

La magie opère dés les premières pages dans ce conte de faits pour adultes. On s’envole pour une aventure livresque hors du commun. On accompagne Daniel dans sa quête survoltée, parsemée d’épreuves à surmonter en chemin, tout en gardant un regard optimiste. On y célèbre la vie et on se souvient des morts. Parfois tendre, cynique, et en même temps féroce. 

Jim Dodge a l’imagination débordante, une belle verve, pétillante, truculente, mystérieuse, drôle, intelligente, inventive. Il a réussi à me faire rêver, rire, à me redonner mon âme d’enfant.

Un livre qui ne peu pas laisser indifférent, capable de changer la vie des lecteurs ou tout du moins de la rendre plus agréable pendant et après la lecture. 

Tout comme pour  » Carter contre le diable  » de Glen David Gold, les éditions super 8 nous font un beau cadeau en rééditant ce livre tout aussi extraordinaire. 

Un véritable émerveillement pour les lecteurs, une folle aventure livresque qui laisse des étoiles dans les yeux, et un pincement au cœur une fois terminé. 

Un beau coup de cœur pour toute cette fantaisie couchée sur du papier.

Jim Dodge est né en Californie. Il a notamment été bûcheron, berger, prof, ramasseur de pommes et joueur professionnel (le reste étant secret défense). Il a aussi écrit les trois merveilleux romans que sont  » L’oiseau de Cadèche, Not Fade Away, et Stone Junction,préalablement publié dans l’intrépide collection « Lot 49 » au Cherche Midi. 

Je remercie Nadia et les Éditions Super 8 pour cette lecture magique.

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 » Le mystère Jérôme Bosch « 

Le mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf aux éditions Le ChercheMidi

Traduit de l’allemand par Joël Falcoz.

 » Le vieux renard du Prado avait peut-être raison. Si ce qu’Antonio se révélait exact, ce serait un découverte scientifique sensationnelle : des symboles cachés sur l’une des peintures les plus marquantes de l’histoire de l’art. Et il aurait participé à cette trouvaille.  »

En 2013

Un homme malveillant a voulu détruire la beauté d’un tableau avec de l’acide. Est-ce un profanateur d’œuvres d’art ou un déséquilibré ? En attendant cet acte de vandalisme considéré comme un attentat révéla un message caché.

 » Trop de personnes s’intéressaient soudainement au Jardin des délices et à ses mystères.  »

Le terroriste n’est autre qu’un prêtre dominicain. Le religieux est convaincu que l’œuvre dissimule un dangereux secret susceptible de nuire à l’église.

Michael Keie, restaurateur de tableau se voit confier la remise en état du triptyque. Après avoir découvert les symboles cachés, il va tenter en compagnie d’Antonio de Nebrija de déchiffrer ces signes étranges.

Le prêtre profanateur va remonter en 1510 pour leur conter l’histoire du tableau.

 » De nouveau, sa voix rappelait celle d’un conteur, capable de captiver son auditoire et de l’entraîner dans les arcanes du passé.  »

Nous voilà transportés dans les Flandres en l’an Grâce 1511 à la rencontre de Jérôme Bosch le peintre du Jardin des délices.

 » (…) vous devez écrire le message sous forme d’image. C’est vous l’insignis pictor. C’est vous le génie de la peinture, pas moi.

– Pour y parvenir, il me faudrait être un démon, un ange ou un dieu. Je ne suis qu’un homme !

– Ne vous sous-estimez pas. Vous disposez d’une grande sensibilité et d’une créativité prodigieuse. (…) Personne avant vous n’a peint de la sorte ! C’est seulement ainsi qu’il peut contempler le monde comme s’il lisait un livre ouvert devant lui. Il est alors forcé de se comporter comme un lecteur attentif. Cette idée est née sous votre pinceau, maitre Bosch.  »

Un tableau qui prédit l’avènement d’une ère nouvelle dans laquelle les femmes joueront un rôle prépondérant. En ces temps immémoriaux c’étaient elles qui domineraient le monde, de quoi en affoler plus d’un.

«  Le triptyque à été conçu pour semer le doute dans l’esprit de celui qui Le contemple.  »

Un tableau qui dénonce le système patriarcal défendu depuis des siècles par l’église catholique.

 » Au nom de la foi, un fou condamnait sans aucun scrupule des innocents parce qu’ils pensaient autrement et pratiquaient d’autres rites que ceux imposés par l’Église catholique. Tous croyaient pourtant au même dieu, à la même rédemption, au même paradis.  »

Pas surprenant que tant de personnes de tout temps cherchent à détruire cette toile.

 » Quand vous aurez compris le tableau, vous aurez la réponse à votre question (…)  »

Tout comme j’admire ce tableau de Jérôme Bosch, j’admire le récit de Peter Dempf.

En voyageant entre Madrid et Bois-le-Duc dans les Flandres, j’ai découvert à travers deux enquêtes parallèles l’une dans le présent et l’autre dans le passé, l’histoire de ce tableau et j’ai tenté moi aussi de percer ses secrets.

Tout comme dans la toile, le soucis du détail est bien présent, la qualité de l’écriture est aussi soignée que les coups de pinceau du Maître d’œuvre.

Le roman devient un thriller captivant, d’où l’on ressort contemplatif face à ce suspense magistral.

Le mystère reste entier jusqu’au final, voire au-delà.

Le livre à lui tout seul, avec sa couverture qui laisse apparaître le tableau est un bijou.

Peter Dempf nous offre à travers son récit un voyage dans le temps à travers un jeu de piste extraordinaire .

Un Thriller érudit, passionnant qui en a déjà éblouit plus d’un.

À votre tour … faites- moi confiance.

Peter Dempf est né à Augsbourg, écrivain mais également professeur d’histoire et de littérature allemande. Il a publié depuis 1983 une quinzaine de romans, des recueils de poèmes et des nouvelles. Le Mystère Jérôme Bosch est son premier roman publié en France.

 » Carajuru « 

Carajuru de Sébastien Vidal  aux Éditions Lucien Souny 

 » –  Osveta est un ancien du 66e, il a quitté l’armée au printemps. Il devient célèbre en faisant échec à deux braqueurs à Brive, deux mecs du régiment. Et maintenant il meurt tué par balle. Il y a un morceau de l’histoire qui nous échappe ; « 

Nouvel avis de décès à Brive- la- Gaillarde, Walt va devoir se mettre au boulot, même si à priori ça ressemble à un suicide, certains détails sèment le doute. Il va falloir fouiller dans le passé de la victime pour éclaircir les zones d’ombre.

 » Ce qui m’intéresse c’est l’histoire depuis sa genèse.  » 

Walt était loin d’imaginer que cette situation allait réveiller ses cauchemars.

« Il se dit que les traumatismes étaient des rochers sous l’eau de la rivière : quand le niveau baissait, ils réapparaissaient. Et puis il y avait le facteur amour-propre. Pour un militaire, accepter de subir un traumatisme était en soi traumatisant. Walt se découvrait plus fragile qu’il ne le croyait. « 

Une vieille affaire l’obsède, perturbe sa vie, « La chose de mai 2005  » . Il n’a pas réglé cette mésaventure du passé qui semble étrangement liée au présent.

Walt et son équipe, à force de creuser dans les vieux souvenirs, vont exhumer de sales histoires et de pénibles secrets.

 » Décidément, nous allons de surprise en surprise avec cette enquête en habits de camouflage. « 

Et c’est dans une ambiance mortelle mais tout en poésie que l’enquête se poursuit.

 » Cela s’était fait dans une telle douceur qu’on ne pouvait dire si c’était la nuit qui s’était retirée ou le jour qui s’était imposé.  » 

 

Sébastien Vidal confirme son talent avec ce nouveau polar même si j’avoue avoir un peu paniqué au départ. À trop vouloir bien écrire, avec un vocabulaire alléchant, le langage peut devenir un peu pompeux pour le lecteur.

 » – (…) Comment tu sais tout ça ? 

– La lecture mon ami, la lecture ! Elle nous élève.  » 

Alors je me suis laissée porter par l’écriture façonnée, à travers cette nouvelle enquête policière où j’ai retrouvé Walt Brewski aussi doué dans son boulot que dans les bras de son amante.

 » Dans la pénombre profonde accompagné du craquement épais du cuir, deux corps s’épousaient et se reconnaissaient, deux âmes s’élevaient au-dessus de la mêlée.  » 

À la limite du thriller, beaucoup plus hard que Woorara ( Ma chronique ICI ) Carajuru nous réserve d’intenses émotions sous haute tension, la violence monte crescendo et n’empêche pas quelques sourires éclatants. Une récit très visuel qui donne de la puissance à notre imagination, toutes scènes confondues. C’est chaud, c’est fort, on en redemande. Tout comme pour «  La chose de mai 2005 »  où chaque regard a son importance, et même lorsque les nuages se pointent à l’horizon, ils sont prémices aux bonnes nouvelles, parole de Chef indien.

Alors, tout comme moi, laissez-vous élever par l’écriture de Sébastien Vidal, et vous verrez que ça vaut le coup d’œil. C’est surprenant, captivant, explosif, et érotique.

Carajuru à découvrir pour se faire balader via une histoire mortelle, le meilleur et la suite sont dans le livre…

Sébastien Vidal est née en Corrèze et vit à Saint Jal avec son épouse et ses deux enfants. Il a été gendarme pendant 25 ans dans diverses unités d’interventions. Passionné pour le rugby, il a écrit un magnifique roman où le ballon ovale est à l’honneur : Un ballon sur lecœur (ma chronique ICI). Il est également supporter du CAB, et ses gaillards.

En janvier 2017, parait Woorara (ma chronique ICI) son premier Polar, qui rencontre immédiatement un énorme succès. Il entame avec Woorara une trilogie des Sentiments Noirs (colère, haine, convoitise, jalousie, rancune, honte, qui génèrent la trahison, le mensonge, la vengeance) bref les sentiments qui nous entraînent du coté obscur … Suivra Carajuru en Novembre 2017 le second volet, il traite particulièrement de la honte et de la colère tandis que Woorara mettait en exergue la haine et la vengeance. Le troisième volet parlera particulièrement de la cupidité. Un dernier opus sur lequel il travaille actuellement.

Les trois histoires se déroulent en Corrèze, sa région, chère à son cœur.

La suite bientôt… en tout cas je l’espère.

Je remercie Lucien Souny pour ce polar à l’atmosphère aussi poétique qu’explosive.

 » Dans la chaleur de l’été « 

Dans la chaleur de l’été de Vanessa Lafaye aux Éditions Pocket

Traduit de l’anglais par Laurence Videloup

 » Le barbecue en l’honneur du 4-juillet était le point d’orgue de la vie sociale de Heron Key, la seule fête à laquelle les Noirs pouvaient assister, du côté de la plage qui leur était réservé, bien sûr, mais lorsque le feu d’artifice commençait, personne ne pouvait séparer le ciel.  »

Henry est de retour après dix-huit ans et hélas rien n’a changé. Les Blancs d’un côté et les Noirs de l’autre comme sur un jeu d’échecs, mais ici l’avantage est toujours pour les Blancs. La ségrégation est toujours aussi présente et aussi violente.

Henry est un vétéran, il a connu l’enfer des tranchées en France et des années d’errance en Europe. Et maintenant, il se retrouve parqué avec ses compères dans un camp insalubre.

 » Et aujourd’hui, cette insulte finale : on le condamnait à vivre en enfer, ou presque, relégués dans un endroit paumé, où le pays pouvait oublier ce qu’il leur devait.  »

Missy non plus plus n’a pas changé en l’attendant. Toujours différente, mais plus belle et plus cultivée malgré sa couleur de peau.

 » Petite elle avait déjà peu d’amis. Parce qu’elle préférait les livres aux jeux dans les marais, les gamins du coin la trouvaient coincée. Aujourd’hui Missy avait toutes les chances de finir vieille fille. Trop intelligente pour les gars d’ici, trop fière pour jouer l’innocente. »

Selma attendait ce retour également, mais bien davantage. Henry avait des comptes à lui rendre mais pour l’instant, elle était tout simplement heureuse de l’avoir retrouvé.

Quand il se retrouva en mauvaise posture après la soirée du 4-juillet, sa couleur de peau faisant de lui un coupable idéal, en plus des rumeurs qui circulent dans la communauté, il put toujours compter sur Missy et Selma. Mais l’agression de cette femme blanche échauffe les esprits sous ce soleil de plomb et les tensions ne cessent de monter entre les Blancs et les Noirs.

 » Plein de gens, y sont prêts à croire un mensonge, si ça répond à un besoin.  »

Un ouragan se prépare, lui seul ne fera aucune différence à la couleur de peau pour donner la mort sur son passage…

Vanessa Lafaye nous offre à travers ce premier roman un récit terriblement poignant, d’une force égale à cet ouragan qui l’accompagne. À travers ses mots bouleversants, on partage la douleur de ces hommes et ces femmes déjà tant meurtris. Un combat de plus les attend quand les éléments se déchaînent.

Une histoire inspirée de faits réels qui ont marqué l’auteure, où elle honore ici leurs mémoires.

Un roman passionnant, brûlant de réalisme, où l’amour l’emporte sur la haine malgré tout.

Plein d’humanité, de sensibilité, tel un bon blues qui t’écorche le cœur, et te tire les larmes.

S’adresse à tous ceux qui se révoltent contre les injustices, à tous ceux qui aiment être remués, bouleversés. À tous les amoureux de la littérature américaine qui aiment les récits authentiques forts en émotions.

Une nouvelle plume américaine qui rejoint mes coups de cœur dans la même veine que  » la couleur des sentiments  » de Kathryn Stockett,  » La colline aux enclaves  » de Kathleen Grissom ,  » En attendant Babylone  » d’Amanda Boyden.

Née en Floride à Tallahassee, Vanessa Lafaye a étudié en Caroline du Nord, puis à Paris. Elle s’installe finalement en Angleterre avec son époux et leurs enfants. Après avoir travaillé dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, elle se consacre désormais à l’écriture et au chant – elle dirige la chorale de sa ville de Malborough. Dans la chaleur de l’été ( Belfond, 2016) est son premier roman.

 » un été près du lac « 

Un été près du lac de Heather Young aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Carla Lavaste

 » (…) je suis la seule à savoir ce qui s’est passé cet été- là et c’est à moi de décider de le partager ou non. Je détiens ce pouvoir depuis longtemps, mais aujourd’hui je ne sais plus très bien quoi en faire. Je suis la dépositaire de secrets qui ne sont pas les miens ; des secrets qui pourraient noircir le nom des morts sans défense. Des gens que j’ai aimés. Sans doute vaudrait-il mieux oublier tout cela.  »

En tombant sur un carnet vierge de toute écriture, Lucy décide de noircir ses pages en racontant l’histoire de sa famille et réveiller les fantômes oubliés.

En 1935, comme tous les ans, Lucy, Lilith et Emily la plus jeune des trois sœurs viennent passer l’été en famille dans leur chalet du Minnesota, sur les bords d’un lac.

«  Votre mère et moi vous amenons ici parce que, dans notre monde corrompu, cet endroit est un havre d’innocence. Nous voulons que vous soyez des enfants ici. Que vous nagiez, que vous jouiez dans la forêt, que vous regardiez les étoiles. Que vous profitiez des plaisirs simples de la nature et de la famille et que vous restiez innocents aussi longtemps que possible. « 

Mais un matin, c’est le drame et le destin de cette belle famille va basculer. Ils étaient loin de se douter que ce serait le dernier été paisible.

1999, Lucy vient de décéder. Elle lègue le chalet à Justine sa petite-nièce. Cherchant un prétexte pour mettre fin à une histoire d’amour qui lui pèse, cet héritage tombe à point nommé. Elle décide de s’y installer avec ses deux filles.

 » Les choses que nous faisons par amour sont celles que nous sommes le moins susceptibles de regretter. »

La maison est isolée et en piteux état. Ses filles déjà peu emballées déchantent très rapidement. Puis son aînée se comporte étrangement, et développe de manière obsessionnelle un intérêt soudain pour Emily, leur aïeule disparue.

La découverte des carnets lève le voile sur l’histoire et les secrets de la famille.

 » Sur la page de garde, une main tremblante avait écrit  » Pour Justine « . Sur la page d’après, commençait quelque chose qui ressemblait à un journal. (…) Elle lut, tournant les pages tout d’abord avec curiosité, puis avec appréhension et, pour finir, avec horreur.  »

À travers ce roman choral qui donne la voix à Lucy et Justine, on voyage entre passé et présent en découvrant l’histoire de ces deux femmes unies à jamais par les liens du sang. Soixante ans les séparent et pourtant si proches l’une de l’autre à bien des égards. À croire que les drames familiaux doivent se perpétuer d’une génération à l’autre.

 » Sauvée. Quel mot ! Si puissant et, dans le même temps, si passif. Il évoque une force qui nous dépasse, une énergie assez vigoureuse pour détourner le cours de notre vie lorsque nous sommes incapables de le faire nous-même. Dieu, l’amour d’un homme ou d’une femme, la naissance d’un enfant, le simple fait de grandir : autant de choses qui peuvent, pensons-nous, nous sauver. (…) en fin de compte le destin tragique de notre famille se résume à cela : aucun de nous n’a su comment se sauver.  »

Un premier roman absolument captivant, une écriture parfaitement maîtrisée, une intrigue bien ficelée, des secrets de familles à découvrir, des personnages forts attachants, tout est bien présent pour rendre ce moment de lecture on ne peut plus agréable et impossible à quitter avant la dernière page. Une nouvelle plume américaine à suivre assurément.

Une très belle découverte qui rejoint Le Cercle Belfond, une bien belle collection.

Heather Young a renoncé à une carrière dans le droit pour s’adonner à sa passion pour l’écriture. Un pari payant puisque son premier roman, Un été près du lac, a aussitôt été remarqué par le public et sélectionné dans la catégorie Meilleur premier roman du Edgar Award, le prestigieux prix du polar américain. Elle vit dans la Mill Valley, en Californie, avec son mari et leurs deux enfants.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture brillante et passionnante.

 » 115 « 

115 de Benoît Séverac aux Éditions La Manufacture de livres.

‘  » Au lieu de nous faire iech, vous feriez mieux d’aller voir ce que font les Gitans le soir. Ils sont pas nets, eux non plus. Mais peut-être que vous avez pas les couilles ?  » 

Une ou deux réflexions isolées ne portent pas à conséquence, parce que les Arabes et les Gitans se détestent, mais quand ça revient trop souvent ça veut dire que quelque chose couve et qu’il est temps de s’en inquiéter. ‘ 

Commence alors une nouvelle enquête menée par Nathalie Decrest, chef de groupe de la Brigade Spécialisée de Terrain de la Police Nationale après une descente dans un camp de Gitans. Elle ne s’attendait pas à y trouver caché dans un container deux albanaises et un enfant, cherchant plutôt de la drogue.

 » les trois parrains, quant à eux, demeurent muets. S’ils sont contrariés par la descente de police, ils n’en laissent rien paraître. Sans avoir à prononcer un mot, ils intiment l’ordre à leurs sous-fifres, menottés comme eux, de se taire. De vrais durs, habitués aux déboires avec la justice. Par la seule force de leurs regards, la consigne passe : il en cuira à celui qui bave.  » 

Nathalie devra une fois encore affronter la dure loi du silence des malfrats.

Ce soir là elle était accompagnée par Sergine Hollard, une vétérinaire afin qu’elle gère les volailles qui servaient à des combats. Guère ravie d’être là Sergine devra pourtant faire bonne figure. Un vieux contentieux sépare les deux femmes qui ne s’apprécient plus guère.

Sergine souhaiterait crée une clinique vétérinaire ambulante pour aider les animaux des sdf. Contrairement à eux-mêmes ils prennent grand soin de leurs bêtes  et sont prêts à de nombreux sacrifices pour leur bien-être. C’est là qu’elle rencontre Cyril, un jeune autiste qui vit dans la rue. Il est sous la coupe des sœurs jumelles Charybde et Scylla.

Ils sont nombreux à vivre dans la rue, dans l’attente de jour meilleur, d’une rencontre qui changerait leur condition de vie, qui sauverait certaines de la prostitution.

 » La rencontre qui changera tout, le retournement inattendu, le coup de main du destin qui arrêtera la roue de la fortune sur la bonne case…les gens de la rue veulent tous croire à cette chimère, mais au fond, ils savent bien que chaque année passée à la rue les éloigne d’un happy end. »

Les deux jeunes femmes, policière et vétérinaire,  déjà confrontées à la misère des gens en grande précarité vont en plus découvrir la violence qui s’y cache.

Pour nous livrer une histoire aussi authentique, l’auteur s’est immergé dans le monde de l’extrême pauvreté.

Dans ce roman noir social, notre société n’apparaît pas sous son meilleur jour. Elle reflète malheureusement l’envers du décor, celui de la rue, des SDF, de la prostitution. Des personnes mises à mal chaque jour en mode survie. 

L’auteur nous plonge dans la noirceur du monde, à travers un polar contemporain aussi réaliste que tous les faits divers qui encombrent les journaux chaque jour. Une écriture maîtrisée, dure, en parfaite harmonie avec l’histoire dépeinte à travers ces lignes. On y sent de la colère, de la révolte pour ces injustices via les deux personnages féminins plein d’humanité. Non démuni de sensibilité, plein de souffle et de cœur. 

115, un roman d’action sociale aussi brillant que la noirceur qui l’habite. 

Benoît Séverac enseigne l’anglais à l’école vétérinaire de Toulouse où il vit. Il a publié à la Manufacture de livres, Le Chien arabe, Prix de l’embouchure 2016, paru chez Pocket en 2017 sous le titre Trafics. En 2016 à paru chez Syros, Little Sister. Il est aussi l’auteur de Les Chevelus aux éditions Tme, traduit aux USA et de Silence, adapté au théâtre.

Je remercie les Éditions La Manufacture de Livres pour cette lecture déchirante tel un cri dans la nuit. 


 » Entre deux mondes « 

Entre deux mondes dOlivier Norek aux Éditions Michel Lafon



 » (…) ils se sont mis à squatter chaque maison vide, chaque immeuble abandonné, les jardins, les parcs, les ponts et c’est vite devenu invivable. Alors Il a fallu trouver un endroit pour les parquer. Le long de la côte, à l’écart du centre-ville, entre une forêt et les dunes, il y avait un ancien cimetière qui jouxtait une décharge. L’état a fait place nette à coup de bulldozer et on a invité les migrants à s’y installer il y a un an de ça. Au début, ils sont arrivés discrètement, une petite centaine de curieux tout au plus, puis l’info a traversé la planète et ils sont venus par milliers. La jungle était née. « 



Calais, sa plage, son port, sa jungle.

 » Il ne restait plus rien sur cette lande de ce que l’espoir y avait construit.  » 



La jungle et ses migrants venus de tous les horizons, tous dans la même galère mais loin d’être unis pour autant. C’est chacun pour soi enfin presque…

Deux flics, l’un d’ici et l’autre d’ailleurs. Ils ne se connaissent pas mais vont pourtant unir leurs forces pour sauver un enfant et peut-être se sauver eux- même.



 » Remarque, ça fait deux ans qu’on ferme les yeux, c’est pas pour les ouvrir aujourd’hui.  » 



Mais parfois Il est difficile de ne pas transgresser les règles surtout lorsqu’il s’agit du sort d’un gamin..

Adam a fui « (..) une population terrifiée et résignée qui continuait de vivre comme on joue à la roulette russe. » avec l’espoir de retrouver les siens.

Mais ne dit-on pas : flic un jour flic toujours ?

Alors quand il rencontrera Bastien le flic français, Adam aura tendance à laisser le naturel reprendre ses droits… Car on ne fuit pas une guerre pour se retrouver au pire endroit et fermer les yeux sur certaines atrocités.



 » Nous devenons tous des monstres quand l’Histoire nous le propose. « 




Après sa trilogie qui a fait un carton digne des élites au stand de tir, ( Ma Chronique Ici) Olivier Norek signe cette fois bien plus qu’un polar, j’aurais tendance à le qualifier de Roman Noir social. L’auteur dégaine sa plume et une fois encore c’est stupéfiant. Le ton du récit donne de l’authenticité à l’histoire. Plein d’humanité, on ne peut que se sentir impliqué et compatir pour ces migrants et ces deux flics qui ne lâchent rien. Un roman bouleversant qui reflète notre société actuelle avec ses méandres et ses dérives. 

Olivier Norek n’hésite pas à travers ses écrits à dénoncer le système et ses travers. Son statut de flic lui a donné l’occasion de découvrir le pire du pire. Ce dont on ne parle pas, même tout bas, et l’écriture permet quelques confessions de manière détournées. 

Un roman saisissant que je vous invite à lire urgemment. 

 » – Vous croyez aux fantômes, Passaro ? 

– Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ?

– Exact. Coincées entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penserà eux, oui. Des âmes, entre deux mondes.  » 




Olivier Norek est lieutenant de police à la SDPJ du 93. 

Auparavant, il a travaillé en tant que bénévole chez Pharmaciens sans frontières durant trois ans, où il participa à la réhabilitation d’un hôpital en Guyane, ainsi que de l’approvisionnement en matériel médical des hôpitaux et camps de réfugiés des territoires en guerre de l’ ex-Yougoslavie (1994-1995).

Il devient ensuite gardien de la paix, puis après avoir réussi le concours de lieutenant il choisit le 93 pour sa nouvelle affectation à la section enquêtes et recherches. (agressions sexuelles, enlèvement avec demande de rançon…) 


Il écrit quelques textes et participe à un concours de nouvelles. Il décide de se mettre en disponibilité ( 2013) pour écrire son premier roman  » Code 93  »  qui remporte un succès immédiat. Suivra  » Territoires  » (2014) puis  » Surtensions  » ( 2016). Tous récompensés par de nombreux prix littéraires. 



Puis en 2017 ,  » Entre deux mondes  » . 

Il a également travaillé à l’écriture de la sixième saison d’Engrenages, série de Canal plus. 

Les droits de ses romans sont déjà acquis en vue d’être portés à la télévision pour être adaptés en série. 

Je remercie les Éditions Michel Lafon pour cette lecture plus que nécessaire.  


 » Courir au clair de lune avec un chien volé  » 

Courir au clair de lune avec un chien volé de Callan Wink aux Éditions Albin Michel 

Traduit de l’américain par Michel Lederer


 » Je me suis glissé dans cette bouteille de whiskey et j’y suis resté. 

(…) Je n’avais encore jamais pensé ainsi au whiskey, mais c’est bien ce qu’on recherche – être suspendu dans cet éclat ambré. Ce qu’on recherche sans toujours y parvenir, parce que ce matin je n’en trouve pas le chemin.  » 

Rien de tel qu’un recueil de nouvelles pour révéler le talent d’un jeune écrivain. Dans l’Ouest américain, un décor grandiose où ses nouvelles prennent vie. Des lieux que l’auteur connait bien, et qu’il partage avec nous au travers de ses neuf nouvelles. Il nous fait découvrir à sa manière son univers via des histoires aussi sauvages que les grands espaces d’où se dégagent avec sincérité, de la mélancolie, de l’amour, un grand appétit de vivre et un élan de liberté.

 » J’ai plongé mes yeux dans les siens, et ce que j’y avais vu pendant des mois – de la colère, de la tristesse, de la sollicitude – avait disparu. Elle a simplement regardé à travers moi, dans un avenir où je n’existais pas. « 


Des nouvelles qui ont autant de corps qu’un bon shot de whisky, rudes, brûlantes, qui t’ennivrent et te bouleversent.

 » Ainsi les gens nous étonnent. Ils sont capable de se mentir les uns aux autres, comme la fait mon frère avec moi, et comme je lui ai menti ce soir de septembre, à Panther Creek. Or il apparaît désormais que ces deux mensonges ne pouvaient qu’aboutir à une impondérable vérité. « 

Il dépeint la fragilité de l’existence, de l’amour, du temps qui passe. Une fenêtre ouverte sur l’Amérique, terre des indiens auxquels il n’oublie pas de rendre hommage.

 

 » Trois événements, chacun à dix ans d’intervalle,  s’entremêlent. Coïncidence, ou avantage – le sang relié par le sang. « 

Des personnages tiraillés par le poids des responsabilités et qui rêvent en secret de liberté.




« C’était étrange, à la réflexion, mais seuls le jeune et le vieux semblent être à même de profiter des occasions offertes par la vie. C’est l’entre-deux qui est une belle vacherie. Le moment où on comprend pour la première fois qu’on ne peut pas faire, ni être tout ce qu’on désire être, mais où on s’accroche encore à l’espoir qu’en faisant les bons choix, tout finira par s’arranger.  » 

Ci-dessus un magnifique extrait qui fait penser aux moments que Callan Wink partageait avec Jim Harrison à travers de belles parties de pêche au cours des dernières années. Des moments rares, précieux, de beaux échanges dans le sud-ouest du Montana sur la Yellowstone River. Callan Wink a grandi dans le Michigan à moins d’une demi-heure de la ferme familiale des Harrison. Ils se rencontrèrent grâce à un ami commun, Dan Lahren, un guide de pêche réputé à Linvingston.

Et où qu’il soit désormais, Big Jim doit veiller sur ce jeune poulain fougueux et doué pour l’écriture.

J’espère sincèrement retrouver cette nouvelle plume drôle, âpre, vibrante d’intelligence et d’humanité qui mérite toute l’attention des lecteurs amoureux de la collection Terres D’Amérique. Une belle découverte que l’on doit à Francis Geffard.

Callan Wink est né dans le Michigan et vit aujourd’hui à Livingstone, dans le Montana. Il est écrivain et guide de pêche à la ligne sur Yellowstone River dans sa région. Il a fait sensation en 2011 en étant le plus jeune auteur à publier une nouvelle dans le New Yorker. D’autres textes y ont été publiés par la suite, ainsi que dans la revue britannique Granta et dans plusieurs anthologies. 

Son premier livre , Courir au clair de lune avec un chien volé, a été vendu aux enchères aux États-Unis, où il a reçu un accueil critique unanime, et les droits ont été cédés dans de nombreux pays. 


Je remercie les éditions Albin Michel pour cette découverte tonitruante. 

Hillbilly Elégie

Hillbilly Élégie de J.D Vance aux Éditions Globe


 » (…) il n’y a pas de méchants dans cette histoire. Il y a juste une drôle de bande de Hillbillies qui luttent et cherchent leur voie – pour eux et, par la grâce de Dieu, pour moi aussi.  » 



J.D Vance a grandit dans les Appalaches au coté des siens. Dans cette immense région des États-Unis la pauvreté règne en maître. L’industrie du charbon et de la métallurgie a périclité entraînant une hausse du chômage irrémédiable. Une région touchée de plein fouet par les crises successives.


 » Il ne faut pas s’étonner si nous sommes des gens pessimistes. » 

 » c’est dans ces montagnes que le sort des blancs de la classe ouvrière semble le plus rude. Avec sa faible mobilité sociale, sa pauvreté, les divorces et la consommation de drogue, ma région est un concentré de misère.  » 

Un ton sans détour pour nous raconter cette Amérique blanche et pauvre donc il est issu et qui a porté Trump au pouvoir.

 » (…) les Hillbillies apprennent dés leur plus jeune âge à ignorer toute vérité inconfortable ou à croire qu’il en existe de plus justes. Cette tendance contribue à leur résilience psychologique, mais elle les empêche aussi d’avoir une image honnête d’eux-même.  » 


Il nous plonge dans ses racines, son enfance jusqu’à son ascension sociale. Il n’hésite pas à parler de la classe ouvrière oubliée.

 » Certains en concluraient que je viens d’une famille de fous. Moi, ces récits me donnaient le sentiment d’appartenir à la famille royale des Hillbillies, car c’étaient de bonnes vieilles histoires où le bien affrontait le mal, et les miens étaient toujours du bon coté. « 



Sa volonté et le soutien de sa grand-mère qui a palié au mieux jusqu’à sa mort à l’inaptitude de ses parents, lui permirent de changer de classe sociale.

 » Quand je m’étais engagé, je l’avais fait en partie parce que je n’étais pas prêt à mener une vie d’adulte. À présent, je savais précisément ce que je voulais faire de ma vie et comment y arriver. trois semaines plus tard, les cours commençaient à Ohio State.  » 

Un magnifique roman autobiographique, qui soulève des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

Un récit passionnant, touchant et plein d’humanité conté par un homme qui sait de quoi il parle.

Là où les Américains voient des Hillbillies, des rednecks ou des white crash, J.D Vance vois ses voisins, ses amis, sa famille.

« Comme le disait Mamaw, on peut arracher un garçon au Kentucky, mais on ne peut pas arracher le Kentucky de son cœur.  » 

À DÉCOUVRIR ABSOLUMENT

J.D Vance est né en 1984 a grandi entre Middletown, Ohio, Jackson et Kentucky. ancien marine, il est diplômé de l’Ohio State University et de la Yale Law School. Avocat de formation, il travaille et vit à San Francisco 

Je remercie les matchs de la rentrée littéraire 2017 de PriceMinister pour cette lecture essentielle et enrichissante. 

 » Le cœur battant de nos mères « 

Le cœur battant de nos mères de Brit Bennett aux éditions Autrement

Traduit de l’anglais par Jean Esch


 » Tous les secrets ont un goût particulier avant d’être révélés, et si nous avions pris la peine de faire tourner celui-ci dans notre bouche, nous aurions peut-être perçu l’aigreur d’un secret pas assez mûr, cueilli trop tôt, chapardé et transmis précocement. Mais nous ne l’avons pas fait.  » 

Dans cette communauté noire de Californie, on a beau faire très attention, le moindre écart de conduite ne reste pas caché bien longtemps. De plus s’il s’agit d’un acte puni par l’église, le secret est d’autant plus lourd à porter et finit par franchir les lèvres.



 » Dés qu’un secret est révélé, tout le monde devient prophète.  » 



Être si jeune, attendre un enfant et ne pas le garder, cela fait beaucoup alors il est temps de se faire oublier et de profiter de sa bourse pour filer dans une grande université. Nadia n’hésite pas longtemps. Qui plus est, sans sa mère c’était devenu beaucoup trop difficile.



 » Son père déposait sa tristesse sur un banc d’église, Nadia emportait la sienne dans des endroits où nul ne pouvait la voir.  » 

Elle laissera derrière elle Luke qui n’a franchement pas été à la hauteur, et Aubrey, sa meilleur amie.

 » Maintenant elle est adulte, du moins elle le pense. Mais elle n’a pas encore appris les mathématiques du chagrin. Le poids de ce qui reste pèse toujours plus lourd que ce qui reste.  » 



La vie continue, ici et ailleurs, mais ils sont tous liés à jamais par le poids des secrets.




 » Suffisait-il de s’agenouiller devant l’autel et de réclamer de l’aide ? Ou bien fallait-il inviter tout le monde dans sa tristesse intime pour être sauvé ?  » 

 

Brit Bennett m’a séduite autant par l’élégance de son écriture que par l’histoire magnifiquement contée. Sans comparaison aucune car chacune a son style qui lui est propre mais j’avais l’impression d’être dans un roman de Joyce Maynard. 

À travers ce roman initiatique qui donne la voix aux mères du Cénacle, l’auteure aborde des sujets difficiles tel que le suicide, l’avortement, le racisme, la religion, mais aussi l’amour, l’amitié. Une histoire en plein cœur d’une communauté religieuse qui cache de nombreux secrets, quelques drames où bien souvent la raison l’a remporté sur l’amour. Des personnages forts que j’ai suivi avec intérêt, auxquels je me suis attachée d’emblée. Un récit où le désarroi de cette jeune fille après l’avortement qui suivit de prés la perte de sa mère m’a bouleversé et m’a emmené  vers une intrigue insoupçonnable. 

Un roman intemporel, fort, lumineux, avec une pointe de lyrisme et une douce sensibilité, aussi intense qu’émouvant.



Pour un premier roman, je ne peux que saluer le talent de l’auteure et attendre patiemment le prochain.

Une nouvelle plume américaine est née pour mon plus grand bonheur. 

 

Brit Bennet a 27 ans. Elle est diplômée de littérature à Stanford. Le Cœur battant de nos mères, son premier roman a été la révélation de 2016, classé dans les meilleures ventes du New York Times et du LA Times. Finaliste de nombreux prix littéraires, Brit Bennett fait partie des 5 meilleurs jeunes auteurs américains du prestigieux National Book Award. Le Cœur battant de nos mères a été acheté par la Warner pour une adaptation cinématographique. 


Je remercie les Éditions autrement pour cette magnifique lecture.