» De l’influence de David Bowie sur La destinée des jeunes filles  » 

 »  De l’influence de David Bowie sur La destinée des jeunes filles  » de Jean-Michel Guenassia aux Éditions Albin Michel 


 » Moi, je me plais dissimulé dans le clair-obscur. Ou perché tout en haut, comme un équilibriste au- dessus du vide. Je refuse de. Hoosiers mon camp, je préfère le danger de la frontière. Apparemment, ni vraiment l’un, ni vraiment l’autre. Si un soir vous me croisez dans le métro ou dans un bar, vous allez obligatoirement me dévisager, avec ambarras, probablement cela vous troublera, et LA question viendra vous tarauder : est-ce un homme ou une femme ? 

Et vous ne pourrez pas y répondre. « 

Sous ses allures androgynes, Paul se complaît à laisser planer le doute. Elevé par sa mère et sa compagne, il grandit au sein de cette famille hors norme, joliment déglinguée.


 » C’est une fille ou un garçon ? 

Ma mère me dévisageait et répondait :  » j’en sais encore rien.  » 

En son fort intérieur, sa mère a de grands espoirs pour lui. Mais pas sûr qu’ils soient en accord avec ses souhaits. Alors parfois il sera nécessaire de jouer un double-jeu.

 

« Pour sûr, ce n’est pas bien de mentir à sa mère, mais je n’ai pas menti, je n’ai rien dit. La vérité, c’est l’enfer (…) Il vaut mieux rester dans le doute que de patauger dans une guerre de tranchées ou se déchirer. L’ambiguité me va comme un gant.  » 

Paul ne connaît pas son père. Ça ne l’aide pas à trouver son identité, même si son attirance physique est exclusivement réservée à la gente féminine. Il n’hésite pas à se lancer dans une relation tel un trapéziste, sans filet. Sur un malentendu, ça peut fonctionner, enfin peut-être ?

Le hasard va le mener vers une rencontre qui risque de bouleverser sa vie. Et ce n’est autre qu’un androgyne célèbre qu’il va trouver sur sa route.

 » Il y a des événements insignifiant qui prennent tout à coup une dimension extraordinaire, au point de changer votre vie, et plus tard, quand vous essayer d’analyser à tête reposée ce qui est arrivé, de vous remémorer l’enchainement des faits qui ont tout fait basculer, vous vous rendes compte que c’est parti d’un détail dérisoire et qu’il était strictement impossible de le prévoir, ou de l’éviter.  » 

 

Connaissant tous les romans de Jean-Michel Guenassia depuis ce magnifique roman :  » Le club des incorrigibles optimistes » , j’avais hâte de me plonger dans son dernier récit. Sans m’aventurer sur la quatrième de couverture , je démarre ma lecture en totale confiance, et une fois de plus je suis subjuguée  par l’histoire qui s’offre à moi. Je m’attache d’emblée à Paul, ce héros peu ordinaire. Je suis ses mésaventures complètement captivée par l’écriture de l’auteur, pleine de sensibilité.


À travers ce roman initiatique, Jean-Michel Guenassia nous fait cadeau d’un conte moderne  en parfaite osmose avec le contexte actuel, où le paraître a pris une place si importante. Il aborde des thématiques qui dérangent les bien-pensants de notre époque tels que l’homo-sexualité, le transgenre, de même que les relations entre une mère et son enfant élevé sans père mais par deux mères. Mais aussi l’adolescence, la quête d’identité, la tolérance, la différence. 

Des personnages plein d’humanité, empreint de réalisme, auxquels on se lie d’affection et que l’on quitte à regret. Impossible de ne pas dévorer cette histoire en une fois.

Une belle histoire, drôle, touchante, pleine d’esprit, de vie, d’amour mais aussi de colère et de souffrance.  

Un beau roman pour ces drôles de vies, qui nous fait découvrir avec grâce les chemins de l’incertitude. 

Une fois encore, je suis tombée sous le charme de la plume de l’auteur que je vous invite à lire prochainement. 

 

Jean-Michel Guenassia
Il est l’auteur de quatre romans à succès : Le Club des incorrigibles optimistes (Goncourt des lycéens 2009), véritable phénomène d’édition en France et dans le monde, La vie rêvée d’Ernesto G. (2012), Trompe-la-mort (2015), La Valse des arbres et du ciel (2016) : Ma Chronique Ici, tous parus chez Albin Michel. À ce jour, il a vendu plus d’un million d’exemplaires de ses livres.

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles est son cinquième roman. Souhaitons lui autant de succès que pour les précédents. 

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette sublime lecture. 
 

 

 

 

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 » Nulle part sur terre « 

Nulle part sur terre de Michael Farris Smith aux Éditions Sonatine 

Traduit par Pierre Demarty

 

 » Retour au Mississippi  puisqu’elles n’avaient nulle part ailleurs où aller. « 

Une femme accompagnée d’une petite fille marche vers la Louisiane. Elle revient après une longue absence dans cette ville qui l’a vu grandir et partir.



 » Elle s’était si bien évertuée à oublier qu’elle ne savait plus quand où ni combien de fois, mais elle se rappelait que c’était à une époque de ténèbres où elle s’était retrouvée acculée au désespoir, cernée par les chiens enragés de la vie.  » 



Elle n’attend rien, elle a déjà tant galèré et semble avoir connu le pire, mais peut-être qu’elle se trompe…

Russel est de retour également, dans sa ville natale après onze ans passé en prison.

 » Il s’était promis de ne pas faire ça. Regarder par la vitre et s’apitoyer sur tout ce qu’il avait perdu, comme un pauvre malheureux dépité par son propre malheur, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. « 

Russel pense avoir réglé sa dette à la société, mais des esprits vengeurs en ont décidé autrement et l’attendent de pied ferme.

Deux âmes en peine aussi désolées que les paysages qui les entourent, en mode survie quand un mort rajoute une ombre au tableau.



 » Bon sang. J’aimerais bien savoir ce qui fait tourner le monde comme ça. Parce qu’il tourne d’une drôle de façon des fois. Pour certains en tout cas.  » 



 

Michael Farris Smith dépeint la noirceur de l’Amérique avec un style singulier qui lui est propre, même si sa plume nous rappelle de grands maîtres de la littérature américaine.

Une plume poétique, sans concession, portée par une langue qui ensorcelle, envoute. Le cœur du lecteur succombe à tout ce charme et gardera en lui longtemps le souvenir de cette rencontre avec ces personnages déchirés, poursuivis par la malchance, où la misère , la drogue, l’alcool, la violence règnent en maître dans ces contrées isolées de la Louisiane.

Un auteur qui m’avait déjà conquise avec son premier roman Post-apocalyptique  » Une pluie sans fin  » .

Un écrivain amoureux de la noirceur, attaché à la condition humaine qui s’affirme et confirme son talent.

Sombre et brillant, un roman inoubliable, indispensable. Un immense coup de cœur.

 


Michael Farris Smith est né aux États-unis. Il vit à Oxford dans le Mississippi avec sa femme et ses deux filles. Il est nouvelliste et romancier. Il est titulaire d’un doctorat de l’University of Southern Mississippi. Il a été professeur associé d’anglais au département de langues, littérature et philosophie à la Mississippi University for Women à Columbus. Après  » Une pluie sans fin  » (2013)  » Nulle part sur la terre  » (2017) est son deuxième roman.  » The fighter  » sortira en mars 2018.

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette lecture inoubliable.

 

 

 

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 » Les jonquilles de Green Park « 

Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal aux éditions Pocket 

 

 » – Je ne demande rien de bien exceptionnel. Si la guerre doit durer une éternité, je voudrais juste pouvoir vivre jusqu’au mois d’avril. Pour voir une fois encore, les jonquilles de Green Park.  » 

 

À Londres, en 1940, les attaques aériennes lancées par les forces allemandes-nazies, n’empêchent pas la famille Bradford de continuer leurs vies. Chacun continue à vaquer à ses occupations favorites, le père toujours dans ses inventions farfelues, la mère toujours à pédaler sous les bombes, la fille toujours à tomber amoureuse et le fils toujours à inventer des histoires.

 » Redessiner le quotidien par l’imaginaire, c’est tout ce qu’il nous restait ici, après tout, dans notre adolescence grignotée par les bombes.  » 

Le fils c’est Tommy, un garçon plein de vie et plein d’envie, et pour résister à ce «  genre de souffrance à guichets fermés. «  il rigole avec les copains,  crée des aventures de super- héros pour oublier cette  guerre et ses horreurs, mais par dessus tout il tente d’ apporter des sourires sur le visage de Molly pour illuminer ses beaux yeux bleus.

 

Avec talent et beaucoup de fantaisie, Jérome Attal nous offre un beau récit initiatique. Une histoire pleine de sensibilité et d’humour qui m’a fait penser au magnifique film de Roberto Benigni, La vie est belle.


L’auteur réussit à raconter une belle histoire dans un contexte tragique. Et même si j’ai tremblé souvent à chaque tir ennemi, c’est surtout une explosion de joie qui m’a envahit en parcourant ces pages, un beau pied de nez à cette saleté de guerre.


 » L’écriture, de mon point de vue, c’est un peu le bonbon magique de l’existence. » 

Un roman magique, qui fait du bien, une petite douceur à déguster sans modération.

 

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française ( Vanessa Paradis, Jennifer, Florent Pagny, Johnny Hallyday, Michel Delpech). Il est également l’auteur de dix romans dont Pagaille monstre (2009), Folie furieuse (2010), L’Histoire de France racontée aux extraterrestres (2012), Presque la mer (2014), et Les Jonquilles de Green Park (2016), tous repris chez Pocket. En 2017, il publie L’appel de Portobello Road aux éditions Robert Laffont. 

Les jonquilles de Green Park  a reçu le prix Saint-Maur en poche. 

 

Je remercie les éditions Pocket pour cette lecture pleine de belles émotions.

 

 

 

 

 

 

 

 » À malin, malin et demi  » 

À malin, malin et demi de Richard Russo aux Éditions  La Table Ronde dans la collection Quai Voltaire. 

Traduit de l’anglais par Jean Esch


 » Bon sang, la vie était un vrai merdier. » 

C’est rien de le dire et c’est pourtant le cas dans cette ville du New Jersey qui a déjà bien du mal de se remettre de la crise. Même les morts préfèrent rester sous terre. 

 » On aurait pu croire qu’ils somnolaient paisiblement sous les pierres tombales penchées qui évoquaient des bonnets portés de manière canaille. Sachant qu’ils risquaient de se réveiller dans un monde où le labeur était encore plus présent que dans celui qu’ils avaient quitté, pouvait-on leur reprocher d’arrêter la sonnerie du réveil pour se rendormir pendant encore un quart de siècle ? « 


Douglas Raymer y officit en tant que chef de la police. Il est veuf d’une femme qui s’apprêtait à le quitter. Il passe son temps à s’interroger. D’abord sur lui-même depuis qu’une de ses professeurs au collège lui avait écrit sur un de ses devoirs : « Qui es-tu, Douglas? « 

Il manque de confiance malgré l’uniforme. 

 » (…) » Ta mère doit être fière . »À vrai dire, sauf erreur, sa mère était plus soulagée que fière. Le fait qu’il entre dans la police avait apparemment eu raison de sa crainte de voir son fils en taule. Raymer n’avait pas le courage de lui dire que l’un n’empêchait pas l’autre.  » 


Et même si sa femme n’est plus, il aimerait connaître le nom de celui qu’elle devait  rejoindre. En attendant il vit dans le brouillard mais il peut compter sur Charisse son assistante, une jeune noire pour égayer ses journées. 

Dans la même journée, les péripéties s’enchaînent, c’est la pagaille à North Bath. La vie de ces habitants part à la dérive et bouleverse leurs quotidiens. 

 » L’agent Miller rechignait à quitter son poste confortable, mais il devinait qu’un homme pieds nus, vêtu uniquement d’un caleçon, qui courrait au milieu de la rue justifiait une enquête. Par conséquent il s’approcha de l’homme avec prudence, conformément aux méthodes détaillées dans le manuel de police, un document qu’il avait appris par cœur pour se protéger de la nécessité de  réfléchir dans le feu de l’action. » 

Que ce soit Sully, un buveur invétéré, Rub son acolyte bègue, Carl le magnat de la ville qui attend désespérément de retrouver sa forme avant- prostatite, Jérôme le frère jumeau de Charisse aussi amoureux de la syntaxe que de sa mustang, Alice la femme du maire toujours accompagnée de son téléphone cassé, Zach, Ruth sa femme et Janey leur fille, sans oublier Rub le chien qui a lui aussi une sale manie, tout ce petit monde observé à la loupe devra apprendre à affronter les grandes misères de leurs petites existences. 

 » Il lui a fallu des années et des années pour comprendre que la plupart des autres gens ne se sentaient pas bien eux non plus, et que la tâche de ce monde, c’était de vous donner l’impression que vous l’aviez déçu, que vous ne seriez jamais à la hauteur, véritablement. « 


En seulement deux jours, rien ne va plus à Nort Barth et c’est avec un regard brillant et caustique que l’auteur nous fait découvrir cette histoire époustouflante, abracadabrante pleine de rire et d’esprit. Avec une plume élégante et pleine d’humour Richard Russo nous offre une galerie de portraits absolument déjantés où une intrigue s’incruste habilement. Le talent de l’écrivain est indéniable pour captiver les lecteurs dans cette ville perdue de l’Amérique. Une ville sous ses airs endormis qui vit ses pires cauchemars mais toujours avec le sourire, telle une lumière au bout du tunnel. Un récit féroce, plein d’humanité, sans perfidie, qui met à nue la vie de chacun avec délicatesse pour ne froisser personne. Un roman formidable à découvrir absolument. 

Je n’ai pas aimé cette histoire je l’ai adoré. Une ambiance américaine et une plume comme j’aime. Un récit brillamment orchestré par un maître de la prose jubilatoire. Absolument divin. 



Richard Russo est né en 1949  aux États-Unis. Après avoir longtemps enseigné la littérature à l’université, il se consacre désormais à l’écriture de scénarios et de romans dans le Maine où il vit avec sa femme. Il est l’auteur de deux recueils de nouvelles et d’un récit. 


Ont paru aux Éditions de la Table Ronde, dans la collection Quai Voltaire : Un rôle qui me convient (1997 ), Le Déclin de l’empire Whiting (2002) – qui lui a valu le prix Pulitzer la même année – Un homme presque parfait (2003), Le Phare de Monhegan et autres nouvelles (2004), Quatre saisons à Mohawk (2005), Le Pont des soupirs (2008), Les Sortilèges du Cap Cod (2010), Mohawk (2011) et Ailleurs (2013). Deux de ses romans ont été adaptés à l’écran dont Un homme presque parfait (1994) avec Paul Newman dans le rôle principal. À malin, malin et demi ( Everybody’s cool) est paru en 2016 aux Etats-Unis. 

Je remercie les Éditions La Table Ronde pour cette lecture grandiose.


 » L’enfant-mouche « 

 

L’enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard aux Éditions Flammarion



 » Anne-Angèle a été mordue, le mal est passé en elle, il est passé. Et c’est tout. 

     L’histoire commence ici.  » 

Anne-Angèle était infirmière à Casablanca avant d’être dans l’obligation de se rendre en France suite au décès de sa sœur Mathilde.

«  Mathilde était mythomane, elle aimait s’inventer des histoires, des liens de parentés alors qu’elle et sa sœur étaient orphelines. C’est Anne-Angèle qui récolait les morceaux quand ça dérapait. « 

À peine l’enterrement terminé, Anne-Angèle va être confrontée aux dernières tribulations de sa sœur, et une fois de plus elle va tenter d’arranger les choses.

« Se laisser porter par la destinée a parfois du bon.  » 

D’aventure en aventure, elle va se retrouver avec une enfant sur les bras, une petite Marie baptisée Mouche.

Élever une enfant sous l’occupation ne va pas être une mince affaire, mais l’on aurait tort de s’inquiéter pour Marie, pour elle :  » Tout est affaire d’imagination.  » 

 

– Ne me racontez pas d’histoire !

– Si des tas d’histoires

Vous n’êtes pas au bout de vos surprises, ici point d’ennui, vous pouvez compter sur l’enfant- mouche pour vous distraire, vous faire sourire malgré le contexte où se situe cette histoire. La guerre est déclarée à la morosité. Et si besoin Marie fera une petite prière : – Dieu, si tu existes et quels que soient ta tête et ton pouvoir, que tu portes la barbe du Christ, le bouc du diable ou la moustache du Maréchal, fais en sorte que je n’aie pas à manger aujourd’hui la chair de Jupiter. Délivre-nous du mal et de la faim. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien, mais c’est tout… rien d’autre, s’il te plaît. 



Plutôt futée la petite Marie, un petit bout de femme pas ordinaire qui va nous faire vivre une aventure extraordinaire. Ce n’est pas une histoire qui nous est contée mais des milliers d’histoires qui défilent devant nos yeux complètement captivés. Je me suis attachée à cette enfant, j’ai tremblé pour elle, j’ai ri à ses facéties, j’ai admiré son courage, et c’est avec tristesse que je l’ai quitté un peu trop abruptement à mon goût. Mais une chose est sûre elle restera dans mes plus beaux souvenirs de lecture, et j’aurai grand plaisir à partager cette histoire, le destin inimaginable d’une enfant remarquable, tout comme l’a fait Philippe Pollet-Villard, en s’inspirant de l’enfance de sa mère, pour nous offrir ce fabuleux roman. Des souvenirs qui l’ont émus, et qu’il a admirablement réussi à transposer pour nous toucher en plein cœur…

Une plume qui m’a envoûtée, une histoire qui m’a séduite, un écrivain talentueux que j’ai été ravie de lire et de rencontrer. Un beau roman qui m’a permis en compagnie de  l’enfant-mouche de combattre le mal et d’oublier les douleurs.




Philippe Pollet- Villard, réalisateur de profession, est né à Annecy. Il est l’auteur de trois romans chez Flammarion : L’ homme qui marchait avec une balle dans la tête ( prix Ciné-Roman 2006 ), La Fabrique de souvenirs ( prix Marcel Pagnol ), et Mondial Nomade ( 2011 ). Il a également obtenu en 2008 le César puis L’Oscar du meilleur court-métrage pour Le Mozart des Pickpockets, hommage au Paris de Barbés et à ses petits malfrats. 

 

 

 

 

 

 » Tout est brisé « 

Tout est brisé de William Boyle aux Éditions Gallmeister



 » Il savait que Nick lui manquerait alors encore plus désespérément. Pas à cause des baisers ni des caresses. Mais à cause de la conversation, de la compagnie, de ce qui l’empêchait de se sentir aussi seul qu’il se sentait à présent. Il n’était pas fait pour être célibataire. Il avait besoin de quelqu’un. Ne pas avoir d’amour, c’était se sentir oublié, totalement vide et totalement seule. « 

Jimmy est de retour chez sa mère, dans un piteux état, le cœur brisé, fauché, déprimé, et toujours alcoolisé. Et hélas, ce n’est pas l’ambiance familiale qui va l’aider à remonter la pente.

 » Ça l’avait toujours étonné. À jeun, il passait son temps à se plaindre de la laideur généralisée. Ivre ou avec la gueule de bois, le monde lui semblait d’une beauté parfaite, et il n’y voyait qu’un défaut, lui-même;  » 



Il y retrouve son grand-père de retour d’un sejour à l’hopital qui tyrannise sa mère Jessica. Sa mère, elle-même au bout du rouleau, épuisée, mais ravie de retrouver son fils qu’elle avait cru perdu. Pas simple pour chacun de recoller les morceaux quand tout est à ce point brisé.

L’histoire d’une famille malmenée par la vie, poursuivie par la malchance avec une matriarche qui refuse de baisser les bras, dans une ville qui ne dort jamais.

 » Un New-Yorkais qui a quitté sa ville a l’impression, à chaque fois qu’il y revient, de retrouver le New York des mauvais films, au rythme tout ce qu’il y a de plus faux, à la monstruosité artificielle. Il avait toujours pensé que la noirceur de New York était délibérée, et il lui semblait maintenant que le nouvel aspect ensoleillé de la ville devait lui aussi correspondre au choix de quiconque tirait les ficelles. 

Tout ce bruit venant de la rue. un coup de klaxon, peut-être. (…) Les taxis qui se déplaçaient avec une précision digne d’un jeu vidéo. Les gens aux épaules voûtées, les gens aux beaux vêtements, les gens dont l’ombre était gravée dans le trottoir. »

 

Malgré la noirceur de l’histoire, point de pathos ni de déprime à l’horizon pour le lecteur.  Au contraire, William Boyle décrit avec sensibilité les différents sujets de cette histoire. Qu’il s’agisse de solitude, de désespoir, de vieillesse, d’addiction, de la famille, du manque d’amour ou même de l’homosexualité, tout y est dépeint de manière mélancolique sans superflu. Un beau portrait d’une mère courage dans une ambiance sombre, une femme qui se sacrifie pour ses hommes, père et fils qui ne sont pourtant pas tendres avec elle.

Un roman brillant, une plume enivrante, une histoire étourdissante et touchante.

Tout est brisé mais toujours debout même si l’équilibre est fragile, tout comme New-York, souvent brutalisée, mais toujours battante.

 


William Boyle est né et a grandi dans le quartier de Gravesend, à Brooklyn, où il a exercé le métier de disquaire spécialisé dans le rock américain indépendant. Il vit aujourd’hui à Oxford, dans le Mississippi. Son premier roman, Gravesend, a été publié par les éditions Rivages en 2016. 


 

Je remercie Léa et les Éditions Gallmeister pour cette lecture d’une incroyable beauté sombre.

 

 » Les sables de l’Amargosa « 

Les sables de l’Amargosa de Claire Vaye Warkins aux Éditions Albin Michel



 » L’Amargosa, c’était du sable et encore du sable, envolé de Central Valley et Grandes Plaines pour s’entasser en une longue traînée inerte quelque part entre là et Vegas. » 



Une terrible sécheresse a ravagé l’Ouest Américain. La californie offrait désormais un paysage d’apocalypse. Le pays devenait lunaire. 

 » Ici, tout n’était que cendres. Poussière et filaments. Ici, tout pouvait être anéanti d’un simple geste de la main… »



Beaucoup ont fui Central Valley devenue inhospitalière avant la fermeture des frontières. Seuls quelques marginaux résistants survivent dans le coin sous la menace de la dune qui avance au gré du vent en broyant tout sur son passage. 

 » La dune n’était pas sur le massif mauve devant eux, Mais bien au-delà des kilomètres et des kilomètres plus loin. Le blanc n’était pas une croûte de glace, une calotte de neige, mais une sécheresse ininterrompue, sourde à la prière, grâce à quoi les rivières, les lacs, les réservoirs et les nappes aquifères se vidaient, les cultures et les élevages succombaient, les végétations dépérissaient, ne laissant derrière elle que des racines sèches couvertes de résidus alcalins.  » 


Parmi eux, Luz, ancien mannequin, et Ray, un déserteur. Depuis leur rencontre, ils ne se sont plus quittés. Ils ont déserté la Maison oû ils avaient trouvé refuge après une rencontre avec une enfant que Luz se met en devoir de protéger. Ils reprennent la route vers l’Est pour tenter de rejoindre une colonie fondé par Levi un sourcier visionnaire. 

 » Ses mots avaient une façon de rendre réconfortant ce qui était compliqué, de transformer les nombreuses peurs de son auditoire en preuves de leur sensibilité et de leur bonne volonté. Il arrivait à faire surgir la confiance et la sérénité…(…) Il leur offrait, par ses paroles, un monde verdoyant – la désolation et les duretés de la colonie devenaient beauté et abondance de bienfaits.  » 



En ces temps incertains où la terre se révolte et semble vouloir reprendre possesssion de son territoire, ce roman résonne étrangement d’une brûlante actualité. Un genre de fiction prémonitoire pour réveiller les consciences. Un roman inquiétant et dérangeant portée par une belle plume où les paysages prennent vie de manière sidérante, tout autant que les personnages qui l’habitent. 

Complètement envoûtée par le récit, je me suis laissée porter à travers ces paysages, dans cette atmosphère apocalyptique et j’ai quitté à regret les dunes de l’Amargoza. 

Un formidable premier roman, audacieux, de toute beauté que je vous encourage à découvrir. 


Claire Vaye Watkins est l’auteur d’un recueil de nouvelles  » Nevada » édité chez Calmann- Lévy en 2012, qui lui a valu de nombreuses récompenses littéraires. 

Saluée par la National Book Foundation comme l’un des cinq auteurs de moins de trente- cinq ans les plus talentueux, et par le magazine Granta comme l’un des meilleurs jeune écrivain de la décennie, elle signe ici un roman qui a fait sensation sur la scène littéraire américaine. 

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ce fantastique voyage dans les dunes de l’Amargosa

 » Un funambule sur le sable « 

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand aux Éditions Aux forges de Vulcain 



«  Bonjour, je m’appelle Stradi.  » 



Stradi n’est pas un enfant comme les autres, il est né avec un violon dans la tête. Privé pendant longtemps du cursus scolaire, il rejoint enfin le chemin des écoliers. Il va devoir se confronter à l’attitude,  pas toujours très cool, des petits et des grands face à son handicap.

 » À la maison, la douleur avait pris beaucoup de place Et mon violon était toujours perçu comme un ennemi qui s’était incrusté de force et avait un bémol à l’harmonie du foyer. Pour Max, il était le vecteur de mon anormalité, mon handicap. Pour Lélie, il s’agissait d’un drôle de don.  » 




Malgré tout, Il est un pro de l’optimisme et va transformer cette malédiction en atout, c’est clair que ce n’est pas donné à tout le monde de communiquer avec les oiseaux. Qui n’en rêverait pas ? 

 » Mais il jouait juste. C’était ma manière de me réconforter. Cela aurait pu être pire. J’imaginais le calvaire que ma vie aurait été si mon violon n’avait eu aucun sens du rythme ou de la mélodie, s’il avait massacré chaque morceau que j’écoutais. Dans mon malheur il m’avait au moins épargné. « 



Sans jouer du violon, ni du pipeau, il va rencontrer l’amour. Son doux prénom, Lélie, fait chavirer son cœur. Ils vont s’aimer, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, plus du tout…


C’est ça l’amour, même avec un violon dans la tête qui joue la sérénade. Mais Il n’a pas joué sa dernière note. D’autres partitions restent à venir.


 » Un matin alors que mon frère et moi étions sur le point de partir au collège, le facteur a glissé un courrier des États – Unis dans notre boîte aux lettres. Il y est tombé comme tous les courriers, sans faire de manière, sans pousser des cris de cow-boy ou de trader de Wall Street.  » 

À l’âge adulte, Stradi va se heurter à de nouveaux problèmes. Trouver un boulot entre autre. Et ça va pas être simple. 

 » La société avait établi tout un tas de règles mais n’avait rien prévu pour les gens qui n’étaient pas capables de les suivre pour des raisons indépendantes de leur volonté. Elle les acceptait mais ne leur donnait pas une réelle chance à part de rester bien sagement assis sans trop dérangé et surtout, surtout sans oublier de dire merci.  » 

Mais n’oublions pas que notre Stradi à de la ressource, des idées, et des notes plein la tête, alors en avant la musique. 

 » Et je comprenais aujourd’hui, que les vrais héros ne sont pas ceux qui ont des supers pouvoirs, mais ceux qui en sont démunis et continuent d’avancer. « 



Gilles Marchand est un magicien. Avec seulement vingt-six lettres il crée des mots, qui mis bout à bout te donne une histoire pleine de charme, de douceur et de poésie. À sa façon, il arrive à transformer le tragique en comique. Il te fait rêver et t’emmène dans son univers plein de fantaisie où son imagination te redonne ton âme d’enfant, dessine des sourires sur tes lèvres et transperce ton cœur. Des milliers d’étoiles plein les yeux, tu te laisses porter page après page dans ce récit hors du commun. 



Après ma découverte « d »Une bouche sans personne  » ( Ma chronique Ici ), j’étais impatiente de découvrir  » Un funambule sur le sable « . Un roman qui, sous ses airs musicaux nous livre un certain regard sur l’handicap, un roman sur la différence totalement innovant qui dégage de belles émotions et réveille notre imagination. Un texte aussi puissant qu’une partition, aussi doux qu’un slow, aussi fort qu’un rock. 

Une belle leçon d’éducation pour tout ceux qui sont bourrés de fausses notes. Un concert de mots absolument réussi où résonne l’optimisme, le courage, la fantaisie, l’amour, l’amitié. Un véritable feu d’artifice pour le cœur. 

À lire, à offrir, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie … 



Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Son premier roman Une bouche sans personne, est paru en 2016 et a rencontré un grand succès. Il a notamment été le lauréat du Prix Libr’à Nous 2017. 

Un auteur à suivre absolument. 

je remercie David des Éditions Aux Forges de Vulcain pour cette lecture qui m’a remis le cœur à l’endroit. Et un grand merci à Gilles, qui fait de moi une super-woman à travers ce récit magnifique. 


Vera

 Vera de Karl Geary aux Éditions Rivages 

Traduit de l’anglais ( Irlande ) par Céline Leroy




 » Elle leva la tête et sans vouloir être effronté, tu t’autorisas à la regarder.

  Elle n’était pas du tout vieille, pas comme tu l’avais imaginé – cela te surprit – mais elle n’était pas jeune non plus. Elle était belle.  » 

 Sonny, un jeune irlandais de seize ans ne s’attendait pas à faire une telle rencontre en donnant un coup de main à son père. Un seul regard suffit pour qu’il tombe amoureux. 

 » Tu rêvais d’être le héros qui la sauverait , même avec tout ce que tu ignorais d’elle.  » 

Elle vit dans les beaux quartiers de Dublin. Une femme chic, pleine de charme, comme son prénom Vera. Sonny qui tente d’échapper à son destin sans horizon rêve de partager l’univers de Vera. 

 » Tu menais une vie ordinaire et sans envergure tu le savais très bien. 


Malgré le peu d’éloquence dont elle faisait preuve, Sonny est sous le charme. 

 » Tu n’avais jamais compris comment faisait les gens qui te disaient tout un tas de choses sans ouvrir la bouche.  » 

En dépit de tout ce qui les sépare, ils vont vivre une passion vertigineuse, intense, ravageuse, fascinante, splendide…




 » Tout en elle était triste surtout quand elle souriait.  » 

À travers ce magnifique premier roman, l’auteur nous offre une œuvre sensible, touchante , à fleur de peau. Une histoire émotionnellement très forte avec un pouvoir de séduction extraordinaire. Une plume qui nous transporte aussi intensément que cette belle histoire d’amour interdit par la morale. 

Des mots qui touchent, électrisent, bouleversent, jusqu’à vous faire chavirer. 

Un roman aussi séduisant que la beauté de Vera sous le regard de Sonny. 

 » Vera et toi, à la dérive, ni absents ni présents.  » 

À souligner également le magnifique travail de la traductrice, Celine Leroy qui a réussi à faire passer l’état de grâce qui habite ce roman. 

Une lecture qui m’a captivée, une histoire qui m’a envoûtée et une plume qui m’a conquise. Pour un premier roman c’est remarquable. 

«  Nous sommes des serre- livres, toi et moi, tu vois ce que je veux dire ? Ton esprit se projette, il va de l’avant, tu penses à l’avenir. Moi, je pense au passé, je pense… »

Coup de cœur de rentrée littéraire. 


 

Karl Geary est nè à Dublin en 1972. Très jeune Il quitte l’Irlande pour l’Amerique. Repéré par un agent, Il devient acteur, jouant dans de nombreux films et séries. Aujourd’hui scénariste, il vit entre Brooklyn et l’Écosse. Publié il y a quelques mois au Royaume-Uni, Vera, son premier roman, a été un triomphe. Le livre est en cours de traduction dans une dizaine de pays. 

Je remercie les Éditions Rivages pour cette lecture aussi sublime qu’inoubliable. 


 » Underground Railroad  » 

Underground Railroad de Colson Whitehead aux Éditions Albin Michel 

« Si les cow-boys de l’Ouest monopolisaient à présent l’attention du public, c’était Randall et ses semblables qui incarnaient les vrais pionniers, eux qui, tant d’années plus tôt, s’étaient bâti une vie dans l’enfer humide de la Géorgie. Ses homologues chérissaient en lui le visionnaire, le premier de la région à se convertir au coton, à sonner cette charge si rentable. « 



En Géorgie avant la guerre de Sécession chaque Maître possédant une plantation de coton, possédait également son lot d’esclaves. Des esclaves noirs qui n’avaient aucun droit et pouvaient être vendus ou achetés comme une simple marchandise, avec ou sans famille et suivaient le sort de la plantation à laquelle ils étaient rattachés.

«  Elle fut marqué au fer rouge – ce n’était ni la première fois ni la dernière fois – et enchaînée aux autres acquisitions du jour. Le convoi entama cette nuit là sa longue marche vers le sud, en trébuchant sur ses chaînes derrière la carriole du marchand.  » 




Cora, seize ans est l’une de ces esclaves, propriété de Randall. Sa mère l’ayant abandonnée lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant, Elle survit autant que faire se peut à la violence de sa condition. Caesar, un jeune esclave fraîchement arrivé tente de la convaincre de s’enfuir avec lui pour  gagner la liberté. Cora qui avait senti les regards insistants du Maître des lieux ne fut pas longue à se laisser convaincre. 

«  Une jeune esclave qui pondait des petits étaient comme une presse à billets : de l’argent qui engendrait de l’argent. » 

C’est à ce moment là qu’elle prit connaissance de  » l’Underground Railroad  » qui allait leur permettre de s’échapper aussi loin que possible de la plantation vers une vie meilleure. 

« Quelle énergie avait-il fallu pour rendre un tel projet possible. Cora et Caesar remarquèrent les rails. Deux rails d’acier qui parcouraient le tunnel à perte de vue, rivés à la terre par des traverses de bois. Les rails filaient vers le sud et vers le nord, présumaient-ils : ils surgissaient d’une source inconcevable et coulaient vers un terminus miraculeux.  » 


Au péril de leurs vies, Cora et Caesar  vont tenter de rejoindre les États libres du nord. Une véritable odyssée, depuis la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee. Mais ils devront se méfier à chaque instant et éviter les chasseurs d’esclaves qui les traquent pour obtenir une récompense une fois ramenés à leur Maître. Et dans certains États, on n’hésiterait pas à les tuer sur place. 

 »  En Caroline du Nord, la race Noire n’existait pas, sinon au bout d’une corde. » 

Mais tout est à tenter plutôt que de continuer à subir la violence et les privations de la liberté. 

À travers ce récit grandiose Colson Whitehead matérialise d’une manière admirable l’Underground Railroad. Il nous fait découvrir une page d’Histoire assez méconnue. Le chemin de fer clandestin était un réseau de routes secrètes qui était utilisé par les esclaves noirs américains pour se réfugier au-delà de la ligne Madon- Dixon qui séparait la Pennsylvanie du Maryland. Créé au début du 19 éme siècle, c’est entre 1850 Et 1860 que l’Underground Railroad  fût le plus performant. Pas loin de 100000 esclaves se seraient échappés grâce à ces trains.

  Colson Whitehead  décrit à travers ce portrait de Cora, les misères de la servitude des esclaves puis son évasion spectaculaire et dramatique sur les routes cachées, mettant sa vie en danger tout comme celle des abolitionnistes qui tentaient de les aider. Les aides étant considérées comme un délit, ils étaient immédiatement jugés et pendus. L’auteur retrace toute cette période avec une force d’écriture aussi puissante et bouleversante que les combats menés par les esclaves en ces temps là. Une histoire traitée sous le mode romanesque. Un roman fort qui dénonce le racisme qui empoisonne toujours le monde contemporain. 

Un roman déjà récompensé par le Prix Pulitzer et le Prix Arthur-C-Clarke , également en lice pour le Man Booker Prize. 

Roman traduit de l’américain par Serge Chauvin le traducteur attitré de L’auteur. 

À découvrir absolument.  Un de mes coups de cœur de la rentrée littéraire. 

« Dans la mort le Noir devenait un être humain. Alors seulement il était l’égal du Blanc.  » 


Colson Whitehead


Né à New York, en 1969, Colson Whitehead est l’un des auteurs américains les plus passionnant de sa génération, découvert en France par la traduction de son premier roman virtuose, L’Intuitionniste (Gallimard, 2003). Ont suivi notamment, toujours chez Gallimard, Ballade pour John Henry (2005), Le Colosse de New York et Apex ou le cache-blessure (2008), plus récemment le futuriste Zone 1 et Sag Harbor (2014), roman d’essence autobiographique, qui tous ont confirmé l’exceptionnel talent de Colson Whitehead à inventer des machines romanesques hautement séduisantes, irriguées en profondeur par une méditation sur les mythologies américaines telle que les a véhiculée la culture populaire, mais aussi par une réflexion très politique sur la question raciale, la place de l’homme noir dans la société, son invisibilité.


Des thématiques qui sont une nouvelle fois au cœur de The Underground Railroad. Avant d’être distingué par le Pulitzer de littérature, le sixième roman de Colson Whitehead avait été élu déjà « Meilleur roman de l’année 2016 » par la presse américaine (42 journaux et magazines). Salué par Barack Obama, remarqué par le réalisateur Barry Jenkins (Moonlight, Oscar du meilleur film 2017) et ses producteurs, qui en ont acheté les droits audiovisuels, The Underground Railroad s’est d’ores et déjà vendu à plus de 750 000 exemplaires outre-Atlantique.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette magnifique lecture passionnante et touchante.