» Manège « 

Manège de Daniel Parokia aux Éditions Buchet- Chastel


Tu me fais tourner la tête, mon manège à moi c’est toi, je suis toujours à la fête quand tu me tiens dans tes bras…..

 » La musique était lente. Un calme et une pudeur – le sérieux de l’amour aussi, autant que l’espoir d’aimer – se dégageaint de la chanson. « 

Il y a dans nos vies des milliers de chansons, et certaines directement associées à un moment bien précis. Pour Matteo, c’est Non ho l’età  de Gigliola Cinquetti qui lui rappelle une vieille histoire d’amour.

 » Un souvenir d’autant plus vif qu’à peu près à la même époque il avait acheté un scooter et était tombé amoureux pour la première fois. De Mathilda, justement. 

Pour lui, Gigliola faisait partie des cadres sociaux de sa mémoire – une mémoire douloureuse -, car l’expérience de ce primo amore avait été assez cuisante pour lui laisser des traces indélébiles, loin de la chanson sucrée qui, pour toujours, le lui rappellerait. « 

Et c’est en se faisant renverser par une voiture à un carrefour qu’il va retrouver cette amoureuse qui n’est autre que la conductrice. Après le coup de foudre, le coup de tôle…

Vingt-six ans ont passé, pourtant en un instant tous les souvenirs de cet été lui reviennent, mais une fois encore Mathilda s’est envolée.

 » Mais on était trente ans plus tard ou presque et s’il voulait retrouver Mathilda, il fallait qu’il sorte de sa rêverie. Le voulait-il vraiment ? « 

À travers des flashback l’histoire nous est contée. On voyage entre les années 90 et les années 60, entre amour et chagrin, entre regrets et remords, dans le Lyon d’hier et d’aujourd’hui.

 » Tout cela ne le menait pas très loin. Le pire était que cette enquête le plongeait dans des abîmes de la mélancolie. Comment sa vie avait-elle pu lui échapper à ce point ?  En réalité, il le savait parfaitement. Même s’il n’y pensait plus aujourd’hui depuis longtemps. Il se rappelait maintenant toute  l’histoire avec une acuité douloureuse. « 

Et même si comme le dit une chanson : Les histoires d’amour finissent mal, en général … Celle-ci est bien sympathique à lire. Un joli roman d’ambiance qui entraîne le lecteur dans le charme cossu de l’ouest lyonnais.


Ça sent bon les prémices de l’amour, les vacances, les bonheurs simples. Mais aussi la fascination pour Matteo de découvrir le luxe et la richesse, lui si loin de cet univers,  mais qui risquent hélas de l’étourdir un certain temps. L’amoureux est aveugle et ignore la trame qui se prépare en coulisses à son insu. 

Un beau roman, une belle histoire, savoureuse comme une douce mélodie. Une danse à deux, un tour de manège qui s’arrête à la fin de l’été pour reprendre peut-être, quelques années plus tard…

Daniel Parokia


Daniel Parokia vit à Lyon. Professeur émérite depuis 2012, Il est proche, en tant que philosophe de l’œuvre de François Dagognet. Son premier roman,  Avant de rejoindre le grand soleil, publié en 2015 chez Buchet Chastel, a été particulièrement remarqué ( sélection prix de Flore ) Ce deuxième roman devrait en ravir plus d’un. 

Je remercie Claire et les Éditions Buchet Chastel pour cette romance pleine de suspens dans une ambiance très fitzgeraldienne. 


 » Sucre noir « 

Sucre noir  de Miguel Bonnefoy aux Éditions Rivages 


 
 » Partout, les planches se brisaient. Les arbres ne supportaient plus la coque. Le marin qui se tenait près du lit, regarda le coffre que serrait Henry Morgan dans ses bras. 

    – Capitaine, l’or est lourd. Permettez que je vous aide.

Il tendit la main quand Henry Morgan lui cracha des grumeaux de sang au visage. Un rire de malice lui déforma les lèvres. 

   – Je l’emporte avec moi, dit-il. La mort doit bien avoir un prix. « 

 

Un navire échoué au milieu des arbres, à bord le capitaine Henry Morgan  et ce qu’il reste de son équipage, sans oublier l’immense trésor réuni par ses pirates. Ils s’apprêtent à vivre leurs derniers instants dignement sans quitter le bateau.

Environ trois cent ans plus tard, au même endroit dans les Caraïbes, une légende s’est construite autour de ce fameux trésor. Il  continue de hanter de nombreux explorateurs et ira jusqu’à bouleverser l’existence de la famille Otero.



 » – Moi,  je ne veux tromper personne, Serena. À force de creuser, je finirai bien par trouver le trésor de Henry Morgan. Je n’ai pas traversé tout le pays pour déterrer une légende.  » 

Une famille qui découvrira bien plus que ce trésor et créera sa propre légende à travers la fabrication du rhum caribéen. Ce rhum restera le plus emblématique de tous et le plus chargé en histoire de l’âge d’or de la piraterie.



 » L’avantage d’être pauvre, sourit-il, c’est qu’on peut toujours s’enrichir. » 

La famille Otero prospère et chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie, tout en étant toujours attiré par les horizons lointains. Mais sur cette terre indomptée, la destinée bouleverse la convoitise et les rêves se consument en un instant.



 » Libre, elle n’était fidèle qu’à la liberté. » 

 

Dés que vous parcourerez ce roman, vos yeux vont s’écarquiller et votre cœur va s’emballer. Attendez-vous à vivre une grande aventure, à faire un beau voyage sur cette terre sauvage pleine de trésors inestimables. Vous serez envoutés, page après page par la richesse de l’écriture. Vous serez possédés par ces hommes et ces femmes en quête d’amour. Vous jouerez aux aventuriers à la recherche du trésor du capitaine Morgan en vous enivrant de Rhum. Et vous constaterez qu’il est inutile d’aller aux caraïbes pour vous enrichir, pour trouver un trésor. Il suffisait juste de vous rendre chez votre libraire et pour quelques euros vous aurez une pépite entre les mains. Un trésor de la littérature, écrit de sa plus belle plume par un pirate des mots qui désormais navigue dans mon cœur pour toujours et à jamais.


Sucre noir, une perle, un bijou, un diamant, qui mérite une place de choix dans les coffres de pirates, dans votre cœur et dans votre bibliothéque.

Un sublime voyage livresque.

Né en 1986, Miguel Bonnefoy est un écrivain français et vénézuélien. Il est l’auteur du très remarqué Voyage d’Octavio ( Rivages 2015), qui a remporté de nombreuses distinctions ( dont le Prix de la vocation, le Prix des cinq continents de la francophonie  » mention spéciale « ) et a été traduit dans plusieurs langues.

Un Livre qu’il me tarde de découvrir
Je remercie Thierry et les Éditions Rivages pour ce fabuleux voyage qui a conquis mon cœur de lectrice.

 

 

 

 » Novembre « 

Novembre de Joséphine Johnson aux Éditions Belfond collection vintage



 » Il n’y a rien de majestueux dans notre existence. La terre tourne en vastes rotations mais nous zigzaguons sur sa surface comme des moustiques, nos journées absorbées par la masse des petites tâches, cette confusion qui forme notre existence nous empêche d’être vraiment vivant. Nous nous fatiguons, nos jours sont brisés en mille morceaux, nos années hachées en jours et en nuits, puis interrompues. Les heures de notre vie volées à nos heures d’activités. Ce sont des intervalles et des éléments volés – parmi quoi ? Ce qui est nécessaire à rendre la vie supportable. « 



La famille Haldmarne, après avoir été ruinée par la Grande Dépression, est venue tenter sa chance dans le Midwest. Pendant une année nous allons partager leur vie faite de labeur sans fin. 

 » Si un homme a en tête de mettre de l’argent de côté pour l’avenir, Il garde le nez dans le sillon et la main à la charrue même en dormant. »


Rien ne leur sera épargné, ni la sécheresse, ni les tempêtes de sable, ni les incendies. Plongée dans la misère cette famille bascule jour après jour vers une terrible tragédie. 

« Quand tout serait mort enfin, je pensais que nous serions délivrés de l’espoir, mais l’espoir est une obsession qui ne meurt jamais. »


Comment se protéger d’un destin funeste avec une vie si difficile, un travail si ingrat, pas d’argent pour se soigner et encore moins pour se nourrir. À quoi bon tout ça! 

 » Mais ce n’était pas une vie ! Si les jours ne sont que des déserts à traverser entre une nuit et une autre… » 


Novembre est un véritable chef-d’œuvre. Un premier roman écrit par une jeune femme de vingt-quatre ans qui a été consacré par le prix Pulitzer en 1935. 

Rien d’étonnant à cela. En parcourant ces pages, j’ai été en totale admiration devant cette plume lyrique, magnifiquement ciselée qui m’a touchée en plein cœur. Ce récit dégage avec force une multitude d’émotions. Une plongée extraordinaire dans un fragment de vie d’une famille américaine d’une réalité bouleversante. Un récit aussi beau et puissant que les raisins de la colère de Steinbeck mais avec une voie unique. 

Une œuvre tout aussi magistrale qui mériterait d’être étudiée et de figurer dans les Grands Classiques de la littérature américaine. 

Un tableau poignant d’une famille de la middle class américaine dans un pays ravagé par la crise. 

On ne peut que remercier les Éditions Belfond d’avoir republié cette merveille dans leur collection Vintage. 

Un classique du genre à redécouvrir absolument.

Un énorme coup de cœur. 

Traduit de l’américain par Odette Micheli. 

Josephine Johnson est née en 1910 à Kirkwood, dans le Missouri. Après des études à l’université de Saint Louis, elle retourne dans la ferme de sa mère et entame la rédaction de Novembre.  

Dés sa parution en 1934, le roman est salué comme un chef-d’œuvre de la littérature de la Grande Dépression. Josephine Johnson remporte le prix Pulitzer l’année suivante à seulement vingt-quatre ans, ce qui fait d’elle la plus jeune lauréate du prestigieux prix. En France, le livre paraît chez Stock en 1938. En 1942, elle épouse l’éditeur d’une revue agricole avec lequel elle aura trois enfants. Elle devient professeur à l’université de l’Ohio, sans pour autant renoncer à sa carrière d’écrivain. Auteur prolifique, elle écrit deux recueils de  nouvelles, de la poésie, un livre pour enfants, des mémoires et trois autres romans, qui ne connaîtront pas le même succès que son extraordinaire premier roman. Josephine Johnson s’est éteinte en 1990 à Batavia, dans l’Ohio. 

Je remercie les Editions Belfond pour cette réédition qui m’a permis de découvrir une œuvre magistrale. 


 » La rue  » 

La rue d’ Ann Petry aux Éditions Belfond collection Vintage Noir 




 » L’univers où nous vivons présente de grands contrastes. Mais puisqu’une barrière si haute La séparait du monde de la richesse, elle aurait préféré naître aveugle pour ne pas voir sa beauté, sourde pour ne pas entendre ses rumeurs, insensible pour ne pas être effleurée par sa douceur. Mieux encore, elle aurait préféré naître idiote et incapable de comprendre quoi que ce soit, même de soupçonner l’existence du soleil, du confort des enfants heureux.  » 


Lutie est une belle femme, plutôt bien instruite, mais voilà elle est noire, et ce n’est pas la façon dont on la traite qui lui fera oublier cet état. Nous sommes dans les années 1940, la condition des femmes n’est guère reluisante mais si en plus votre couleur de peau est différente, le paradis sur terre n’est pas pour vous. 

Lutie a fui son mariage avec son fils Bub. Après avoir tout tenté pour préserver sa famille et leurs biens, elle se retrouve dans un appartement lugubre, petit, sombre, du quartier de Harlem. 



« – Non, décida -t- elle, pas cet appartement. Alors elle pensa à Bub qui avait huit ans et apprenait à aimer le gin.  » 

 La survie est à ce prix. Tout mettre en œuvre pour donner une bonne éducation à son fils et le préserver au maximum. 

 » Toutes ces rues débordent de violence, pensa- t- elle. On tourne un coin, on longe un pâté de maisons, et la crise éclate tout à coup, sans prévenir. » 


Jour après jour s’ensuit un combat permanent pour garder sa dignité et bien élever son fils. Une lutte sans relâche contre le chemin qu’on tente de lui faire prendre. 

 » Si une jeune femme était de race noire et suffisamment attirante, c’était de toute évidence une catin. »

 » Bien sûr, pensait Lutie en marchant, si vous vivez dans cette rue, vous êtes censée vous faire de petits extras de temps en temps. En couchant un peu partout. Avec des blancs tout à fait charmants.  » 


Lutie aime son fils par dessus tout, tout comme Bub aime et respecte sa mère. Mais cet immense amour réussira – t- il à les préserver du mal qui les entoure. Du mâle en la personne du concierge de l’immeuble complètement obsédé par la beauté de Lutie. 

 » Je suis jeune, je suis forte, Il n’y a rien que je ne puisse faire.  » 


À travers ce premier roman absolument poignant par une auteure injustement oubliée, Ann Petry nous offre le portrait d’une femme, mère célibataire noire pleine de bravoure. Une femme qui tente de sortir de cette rue où siègent le bordel de Mrs Hedges et la cruauté du concierge de son immeuble. Un quartier où règne en maître la corruption, la misère sociale, la saleté et le froid.. 

Un magnifique roman noir qui met en lumière avec une grande lucidité l’injustice raciale. 


Une œuvre majeure de la littérature américaine, un très très grand roman. 

Publié aux États- Unis en 1946, La Rue a paru en France en 1948 à l’instigation de Philippe Soupault Et n’avait jamais été réédité depuis. Un beau cadeau que nous font les Éditions Belfond. Ce livre avait été vendu à plus d’un million d’exemplaires, souhaitons-lui autant de succès de nos jours. 

Ann Petry
Née en 1908 à Old Saybrook, dans le Connecticut, Ann Petry est une auteure afro-américaine issue d’une famille de classe moyenne. Elle s’installe à New-York en 1938, dans le quartier d’ Harlem, où elle écrit pour divers journaux puis publie ses nouvelles dans la presse. Très impliquée dans la vie de son quartier – elle développe notamment différents programmes éducatifs -, elle est témoin des conditions de vie des habitants noirs de Harlem et s’inspire de son expérience pour écrire, en 1946, La Rue, son premier roman. Best-seller immédiatement, il remporte le Houghton Mifflin Liberaty Fellowship Award. Malheureusement, aucune de ses œuvres ultérieures ne renouvellera le succès de son précédent coup de maître. Ann Petry est décédée à Old Saybrook en 1997.  

La rue traduit de l’américain par Martine Monod, Nicole et Philippe Soupault. 

Je remercie Brigitte et les Éditions Belfond pour m’avoir permis la découverte de ce chef-d’œuvre de la littérature afro-américaine. 


La pension de la via Saffi 

La pension de la via Saffi de Valerio Varesi aux Éditions Agullo


« …aujourd’hui, son métier le ramenait sur un lieu de sa jeunesse. Il savait qu’il ne fallait jamais revenir là où l’on avait été heureux. »


À quelques jours de Noël, le commissaire Soneri se retrouve sur l’enquête du meurtre de Ghitta Tagliavini qui a été assassiné dans son appartement situé dans la pension via Saffi. Elle en était la propriétaire. Soneri connaît cet endroit pour l’avoir fréquenté dans sa jeunesse, c’est là qu’il avait rencontré sa femme Ada qui a depuis tragiquement disparue. Les souvenirs refont surface et le perturbent quelque peu. 



« Pour Soneri, il ne s’agissait pas d’une affaire comme les autres, ce n’était pas seulement une enquête sur la mort de Ghitta. Plus il s’y enfonçait, plus il se rendait compte qu’il s’agissait, en définitive, d’une enquête sur lui-même. Et tout ce qui en ressortait jour après jour n’avait rien d’agréable. « 


La ville de Parme sous son épais brouillard n’a pas encore révélé tous ses secrets à Soneri, un commissaire solitaire, épicurien qui n’hésitera pas à mettre les pieds dans le plat, sans se soucier d’éclabousser les hauts dignitaires. 

«  L’expérience lui avait appris qu’il y a toujours quelque- chose de pourri qui émerge quand on gratte sous la surface. »
Pour mener à bien son enquête, il devra affronter ses souvenirs et lever le voile sur une bien étrange photographie qui va lui révéler des vérités sur la vie et la mort d’Ada. 

« Mais la nostalgie ne sert qu’à sublimer la peur que nous fait le temps qui passe. »


C’est avec un plaisir non dissimulé que je me suis plongée dans cette nouvelle enquête italienne auprès de Soneri. J’ai retrouvé l’atmosphère particulière de Parme que j’avais découverte dans le premier polar de Valerio Varesi  » le Fleuve des brumes«  ( ma chronique ICI ).

Une plume poétique reconnaissable et vraiment appréciable. Une excellente intrigue et un personnage plus profond. Une douce complicité s’installe entre le lecteur et Soneri. Ses souvenirs mis à jour nous rapprochent davantage jusqu’à le rendre touchant. 

Un auteur qui confirme son talent de part sa plume lyrique tout en finesse et la maîtrise de ses enquêtes  à travers un détective vraiment attachant et exceptionnel. 

Pour tous les amoureux des grands polars, à suivre absolument. 

J’ai hâte de retrouver Soneri, Parme et la divine écriture de Varesi pour une nouvelle enquête. 

Valerio Varesi

Valerio Varesi est née à Turin de parents parmesans. Diplômé en philosophie de l’université de Bologne, Il est aujourd’hui journaliste et auteur de onze romans récurrent, dont le Fleuve des brumes, nominé au prestigieux Gold Dagger Award en Angleterre et au Prix Stregga en Italie. 



Je remercie Sébastien des Éditions Agullo pour cette enquête Italienne BELLISSIMA.


 » Par amour « 

Par amour de Valérie Tong Cuong aux Éditions JC Lattès

 » Il n’y avait plus d’endroit où d’envers, de tort ou de raison, de bon ou de mauvais côté : tout cela venait de disparaître dans le fracas de la défaite. Désormais, il y aurait seulement la vie et la mort.  » 

 Juin 1940, réveil brutal et douleureux pour les habitants du Havre. La seconde guerre mondiale est en marche. La Vie des gens ordinaires va devenir un combat de chaque instant. 

 » La guerre était une immense vague qui nous portait de creux en crêtes, gare à ceux qui quittaient l’écume, ils seraient envoyés par le fond. « 


À travers ce roman choral, Valérie nous offre une magnifique fresque familiale. La guerre est là, mais ici il n’est pas question de barbarie, ici on parle d’amour, d’espoir, de courage, parfois de chagrin mais aussi de pardon. 

 » – N’aie pas honte, a-t’elle chuchoté, fébrile, n’aie pas honte de vouloir vivre, de chercher à protéger ceux que tu aimes, personne d’autre ne le fera à ta place.  » 

 Ce roman nous transporte en plein coeur de l’intimité de cette famille, de ces deux sœurs Muguette et Émilie. Tout  l’amour qu’elles se portent l’une et l’autre les aidera à tenir malgré les obstacles et les séparations qu’on leur impose. 

«  J’ignorais qu’il faut traverser ce genre d’événement tragique – la perte de ce que l’on a de plus précieux au monde -, pour mesurer ce que le corps et l’âme ressentent, ce trou indescriptible au milieu de soi-même. J’ignorais que lorsque cela arrive, Il ne reste plus qu’à constater combien les efforts pour s’y préparer ont été inutiles. » 


Du Havre en passant par l’Algérie nous découvrirons des secrets d’Histoire, longtemps cachés, peu connus, révèlés sous la plume délicate et sensible de Valérie Tong Cuong après un immense travail de recherche long et épineux qui donne une émotion supplémentaire au roman déjà bouleversant. 

Un récit fort, touchant d’où se dégage de multiples sentiments auprès de tous ces personnages fort attachants. 

 » Certaines choses surviennent dans un ordre que l’on avait pas prévu, voilà tout. »

 Une plume que je ne cesse d’apprécier à chacune de mes lectures depuis  » l’atelier des miracles » 

Par amour, un véritable cri du coeur, un récit en hommage aux hommes et aux femmes qui ont connus les souffrances de la guerre. Aux enfants qui ont dû vivre séparer des leurs. Une page d’Histoire de toutes ces vies héroïques qui survivront Par amour

 » Par amour, n’importe quel être humain peut se surpasser. On tient debout pour l’autre plus encore que pour soi-même. » 



Un gros coup de cœur pour un Grand roman. 

Valérie Tong Cuong est née en 1964. Elle a étudié la littérature et les sciences politiques, puis passé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Ses livres sont traduits dans dix-huit langues.

De 1997 à 2009, elle a chanté et écrit pour Quark, un groupe pop-rock indépendant dont le premier album a été sélectionné par El Païs comme l’un des meilleurs albums de l’année. Le quatrième album du groupe, ECHO, est sorti en novembre 2010. 

Je remercie Valérie pour sa délicate attention. 


 » Les marches de l’Amérique « 

Les marches de l’Amérique de Lance Weller aux Éditions Gallmeister 



 » – Quand tu as derrière toi autant d’années que moi j’en ai, tu te mets à penser à tous les pas que tu as fait pour arriver là où tu te trouves, et tu te mets à penser à tous les pas qui te restent à faire. Et tu t’aperçois que le premier nombre ne cesse d’augmenter tandis que le second ne cesse de diminuer. Il s’amenuise. Tu te dis que si tu veux retourner dans un endroit que tu as bien aimé à une certaine époque, eh bien, tu ferais peut-être mieux de te mettre en route avant de tomber à court de pas. C’est comme ça qu’ils pensent, les vieux, et c’est pour ça que je me retrouve ici, dans ce désert.  » 


Alors Il est temps de se mettre en route pour cette longue marche de l’Amérique en compagnie de Tom, Pigsmeat et Flora. 

À leur toute première rencontre, Tom avait 8 ans et Pigsmeat 10 ans, mais ce ne fût pas ce jour-là qu’ils devinrent inséparables. Chacun fera un bout de route seul avant. 

 » – Écoute. Tu n’en es qu’au début de ton voyage. Et de l’autre côté de cette rivière, il y a des choses à voir que tu ne trouveras nulle part ailleurs que là où elles sont. Des paysages et des ciels si beaux que tu en auras des douleurs dans les dents. Mais tu rencontreras le mal aussi. Le mal en abondance. Alors Il va falloir que tu sois équipé. « 



Tom quitta la maison familiale au alentour de ses 16 ans, chargé de haine contre ce père qui ne fit que le maltraiter, laissant sa mère seule…

 » Il avait en lui quelque-chose de rentré, inaccessible et douloureux – ses poings palpitaient au bout de ses poignets et sa mâchoire s’agitait comme s’il refermait en lui une sorte de violence, dont il ne savait que faire. » 

Une violence qui ne le quittera plus, qui enlèvera des vies, mais en sauvera aussi pendant sa longue marche..

Flora, une jeune mulâtre, esclave d’un homme riche, subira son sort enfermée pendant plusieurs années. Son maître fera d’elle une esclave sexuelle. Jusqu’au jour où elle croisera la route de Tom et Pigsmeat, nos deux compères enfin réunis et finira par se joindre à eux. 

« Comme il a été dit, Tom et Pigsmeat avaient connu ensemble des années de difficultés et de misère. Ils avaient essayé le banditisme, mais ni l’un ni l’autre n’avait le cœur assez dur pour se comporter de manière aussi vile et, poussés par leur mauvaise conscience ils avaient rendu ou donné tout ce qu’ils avaient gagné. « 


Sur un chariot, ils poursuivent ensemble leur route. Tom Et Pigsmeat escortent Flora qui a décidé de ramener à son ancien maître, le corps de son fils unique. Ils avancent jour après jour au milieu de la violence dans un monde en pleine construction. 

 » – Si ce n’est pas les États-Unis, c’est quoi ? demanda Flora …

– Rien. C’est nulle part, je crois bien…

Tom prit alors la parole et leur dit que ce n’était encore rien d’autre que des marches frontières, rien d’autre qu’un territoire sauvage situé entre deux pays, où les hommes pouvaient aller mais où la loi ne les suivait pas. Il leur dit que c’était par le fer, le feu et le sang, qu’on ferait de ce pays autre chose que des marches sauvages,mais qu’on pouvait compter sur les hommes pour cela , parce que c’était ce qu’il faisait toujours : partout où ils allaient, les hommes apportaient avec eux le fer, le feu et le sang. »

L’Amérique est en marche…

Lance Weller à travers une écriture lyrique nous brosse un portrait de la naissance de l’Amérique parsemé de combats violents pour s’approprier les territoires des indiens. Une fresque monumentale sur le destin de ces hommes et de ces femmes qui pas après pas construire l’Amérique au milieu de la barbarie.

Une lecture délicieuse autant que douloureuse. Un Grand roman chargé d’Histoire, de blessures enfouies et de souvenirs aussi tristes soient-ils.

Un Grand auteur, une Plume sublime, l’Histoire peinte avec des mots.

Lance Weller

Lance Weller est né en 1965. Son premier roman, Wilderness, a été nominé pour plusieurs prix littéraires dont le prix Médicis étranger en France en 2013. Publié également aux Éditions Gallmeister. Il vit à Gig Harbor, dans l’État de Washington, avec sa femme et des chiens. 




Je remercie Marie et les Éditions Gallmeister pour cette toile livresque absolument magnifique.


 » Les filles de Roanoke « 

Les filles de Roanoke d‘Amy Engel aux  Éditions Autrement.



 » Rentrée à Roanoke, je sombre dans le sommeil, mes pensées noires et embrouillées. Je rêve des filles de Roanoke, perdues ou brisées. Regards fixes Et corps fracassés. Jane. Sophia. Penelope. Eleanor. Camilla. Emmeline. Allegra. Elles m’appellent, me supplient de les aider. Je les cherche, les cherche tant et plus, sans jamais en trouver une. »



Lane est de retour au Kansas aprés une longue abscence. Elle est elle aussi une fille de Roanoke. Sa cousine a disparu et c’est pour la retrouver qu’elle est revenue dans cette maison qu’elle a fui. Elle y vivait avec ses grands- parents et sa cousine depuis le décès de sa mère.

 » Revoir Roanoke me plonge dans une angoisse familière, suivie d’une montée d’adrénaline. Alors que ma tête sait que cet endroit m’est néfaste, mon cœur idiot et traitre fredonne ‘Maison’ « 


Mais derrière cette facade, dans ce domaine familial se cache une histoire sordide, un secret de famille absolument monstrueux qui s’est poursui de génération en génération.

 » Car derrière les secrets à l’exécrable vérité, sous la honte et la colère qui battent comme un cœur, perdure une forme d’amour abjecte.  » 


Lane est prète à tout, même si remuer le passé pour mettre à jour la vérité en blessera plus d’un au passage.

 » Si je comprend bien, les faits ne posent pas de problème, mais il ne faut surtout pas en parler, c’est là que ça devient gênant. « 


Entre passé et présent nous faisons connaissance avec cette famille riche qui semble mener une vie si douce. Mais ne jamais se fier aux apparences, derrière les plus beaux regards se cachent souvent des monstres de la pire espèce.

Toutes les filles de la lignée connaissent un destin tragique. Ici  » Soit nous fuyons, soit nous mourons. » 




Amy Angel aborde à travers ce roman noir le sujet tabou de l’inceste dont on ne doit pas parler par crainte ou par pudeur mais qui détruit à petit feu chaque être qui le subit comme un poison sournois. Une plume talentueuse qui m’a fait penser aux romans contemporains de Joyce Carol Oates. Un roman magnifiquement construit qui distille petit à petit les secrets qu’il renferme. Une histoire angoissante, révoltante où l’empathie nous gagne page aprés page pour toutes ces filles que nous ne sommes pas prêtes d’oublier.
Les filles de Roanoke, une histoire aussi captivante que bouleversante, une plume à suivre absolument. Un formidable roman noir, un gros coup de cœur.

Amy Engel


Amy Engel a passé son enfance dans divers pays du monde (Iran, Taïwan) et vécu un peu partout aux États-Unis, de la Californie à Washington D.C.
Avant de se consacrer à plein temps à l’écriture, elle a exercé le métier d’avocate.
The Book of Ivy (2014)  est son premier roman.
Elle vit à Kansas City en Missouri avec son mari et ses deux enfants.



Les filles de Roanoke a fait l’objet d’enchères en France et aux États-Unis, où il est sorti en mars 2017 en Lead title chez Hodder publishing.

Ce roman a été traduit de l’anglais par Mireille Vignol.


Je remercie Corinne et les Éditions Autrement pour cette lecture fascinante et troublante.  

 

 

 » Les rumeurs du Mississippi « 

Les rumeurs du Mississippi de Louise Caron aux Éditions Aux forges de vulcain



 » On m’a privée de la vérité au profit d’une fausse sérénité…

J’ai décidé de me battre avec des mots, non pas clandestinement sur des tracts comme l’avait fait mon père, Mais à la une des journaux. « 


Sara Kaplan est journaliste au New-York Times. Un jour, elle reçoit une lettre confession d’un homme qui s’accuse d’un crime pour lequel un autre homme, Chayton Cardello, est sur le point d’être exécuté.

 » Dans la soirée du 4 juillet 2008, j’ai étranglé une fille à l’odeur épicée, aux yeux comme des trous noirs, près du lac à quelques miles de notre ranch. Quand le shérif adjoint s’est pointé chez nous le lendemain, ma mère l’a embobiné d’un mot, d’un regard, d’un sanglot. Du coup il m’a laissé tranquille. »


Cet homme qui s’accuse s’appelle Niko Barnes, un vétéran de la guerre d’Irak. Il se considère comme un homme SANS: sans diplôme, sans fortune, sans femme, sans amis, sans le moindre espoir que ça s’arrange. 

Sara Kaplan se met en devoir de lever le voile sur ce mystérieux coupable et part enquêter, là où a eut lieu l’assassinat. Elle va y mener un véritable travail d’investigation. Cette affaire lui tient à cœur, son père était lui aussi vétéran de guerre. Il a longtemps souffert de symptôme Post- traumatique avant que cela finisse en tragédie.



 » On devrait pouvoir se dépouiller de sa mémoire sans traîner des chagrins qui vous entravent. »

Elle recueille un bon nombre de témoignages et pas mal de confidences, les langues se délient. L’affaire Barnes / Cardello ranime les souvenirs, chacun règle ses comptes avec le passé. Même Sara Kaplan tente de régler les siens.



 » À la suite, j’avais noté Et souligné : Sara arrête de vouloir régler tes comptes avec l’armée. »

Cette affaire réveille sa colère contre l’armée américaine. Son acharnement ne plaira pas à tout le monde, mais sa détermination n’aura pas de limite.



 » J’avais de nouveau rendez-vous avec le manque. J’apprenais à apprivoiser la douleur. Tapie dans mon corps, elle me minait. À cela s’ajoutait l’incertitude de l’avenir. « 

Louise Caron nous offre bien plus qu’un roman. À travers cette histoire, ce portrait de femme battante, elle nous livre une réflexion sur les dégats de la guerre sur l’homme, ses traumatismes. Véritable sujet tabou aux états-Unis où le nombre de suicides chez les vétérans de guerre ne cesse d’augmenter. Une vraie épidémie, qui fait plus de morts que la guerre elle-même. L’auteur  pose également un regard réaliste et poignant sur un coin de l’ Amérique profonde.

Des phrases percutantes, un style brillant, éloquent, plaisant et ce n’est pas quelques petites imperfections qui enlèveront sa qualité au récit.

Quand les mots vous parlent, quand les mots vous touchent, au point de ne pas quitter le roman avant la fin, même quand les émotions se libèrent et vous brouillent la vue.

Belle couv’, belle plume, beau style, une histoire qui respire l’authenticité, un très beau et grand moment de lecture.


Louise Caron est Docteur en neurobiologie et en biochimie, comédienne, metteur en scène, auteure.
Elle entame, en 1983, une formation de comédienne au théâtre-école de Montreuil.
En 2007, elle quitte Paris pour les Cévennes. Depuis, elle consacre son temps à l’écriture et au théâtre.
Son premier roman, « Se départir », est paru en 2012. Sa pièce « Comme un parfum d’épices dans les odeurs de menthe », lauréate du prix d’écriture théâtrale « NIACA » en 2012, a été publiée en septembre 2014.
En 2015, elle publie « Chronique des Jours de cendre » puis en 2017, « Les murmures du Mississippi ».


Une auteure à suivre.

Je remercie David des Éditions aux forges de Vulcain pour cette lecture vibrante. 


 

 

 

 » Denali « 

Denali de Patrice Gain aux Éditions Le mot et le reste 


« Jack avait raccroché. L’espace autour de moi s’était démesurément agrandi. Il était sans limite. Seul. Rien autour, rien à l’horizon et rien à attendre. Seul. Abominablement. La crainte d’un enfant abandonnique qui prend corps. J’aurais aimé pleurer. J’avais déjà tellement peur que je redoutais plus encore les heures à venir. Alors pleurer, c’était un stade déjà dépassé. J’étais retourné dehors et j’avais noyé mes angoisses dans mon livre. Me concentrer sur le texte. S’y fondre. Si j’avais su que Christopher McCandless devait mourir à la fin, j’aurais sûrement balancé le bouquin. Mais à cet instant, ma solitude avait trouvé un écho et cela m’avait été d’un grand réconfort. « 

Matt Weldon 14 ans vient de perdre son père. Sa mère anéantie par cette disparition s’éffondre et se retrouve placée en hôpital psychiatrique. À cela s’ajoute la fuite de Jack son frère aîné. Il refusait de partir avec lui chez leur grand-mère qui vit toujours dans le Montana, où son père a grandi.


 » Ma mère me manquait. Mon père me manquait. Jack me manquait aussi, mais à cet instant, je le détestais. Il était devenu imprévisible depuis l’internement de notre mère. Il avait agi en lui comme un électrochoc. Pas de ceux qui vous ramènent vers la réalité des choses et des sentiments. Non, de ceux qui vous enfoncent dans un tourment acide et violent, qui vous isole du monde.  » 


Il arrive chez sa grand-mère avec  » un passé douloureux et un futur incertain ». Livré à lui-même, il y découvre l’autre vie de son père, celle qu’ils n’avaient pas connue, ni lui ni Jack, et ce ne sera pas sans surprise. 

« Appréhender la douleur avant la mort c’est souffrir deux fois. Une fois par l’esprit et l’autre par la chair. Je voulais vivre et si possible qu’avec de rares et fugaces tourments. Gommer les derniers mois, les dernières heures et redessiner les jours heureux.  » 




Poursuivit par la malchance, sa quête interrompue par le retour innopiné de son frère habité par la rage, il sera confronté à une violence qui le mènera à commettre l’irréparable.

 » Ce serait rassurant, déculpabilisant, de pouvoir justifier chacun de nos actes par des influences passées, des éléments malveillants dont on n’a même pas idée, tapis au fond de notre subconscient et s’affranchir ainsi des plus sombres. » 

Denali

Denali est un roman noir nature-writing envoûtant aussi magnifique que les romans de Ron Rash ou David Vann pour ne citer qu’eux. Et pourtant Patrice Gain est une plume française.

Et quelle plume ! Si belle que je n’ai pas cessé de noircir mon carnet de toutes les belles citations que l’auteur nous offre dans ce roman.



 » Seul le présent compte… Quand on ne sait pas profiter de la vie aujourd’hui, il ne faut pas s’attendre à le faire demain.  » 

Dés le départ j’ai senti un attachement féroce pout Matt, confronté si jeune à tant de douleur. Impossible de lacher ce récit chargé de rage, de colère, de fureur mais aussi d’amour, de fraternité, d’amitié, où seule la communion avec la nature apportera un peu de plénitude et permettra aux  lecteurs un peu de répit dans la folie des hommes.

Un roman nerveux, puissant, vibrant, une écriture aussi belle que les paysages du Montana et qui dégage à elle seule une montagne d’émotions. Un formidable voyage dans les grands espaces américains en compagnie d’un jeune garçon en quête de réponse.

 » Un petit bonheur pour habiller une tranche de vie, pour exalter le présent.  » 

Immense coup de cœur.


Patrice Gain est né à Nantes en 1961 et habite un chalet dans la vallée du Giffre, en Haute-Savoie. Professionnel de la montagne, ingénieur en environnement, les territoires d’altitudes et les grands espaces l’attirent depuis toujours. Des voyages pour voir plus large. Du blues pour écrire, comme une béquille. Son précédent roman  » La naufragée du lac des dents blanches  » également aux Éditions Le mot et le reste vient de recevoir ( août 2027) le grand prix du pays du Mont-blanc. 



Un auteur à suivre absolument.