“ Évasion ”

Évasion de Benjamin Whitmer aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” Qu’est-ce que tu peux faire avec un monde pareil ? Non mais bordel de merde qu’est-ce que tu peux bien faire avec un putain de monde pareil ? “

” On est dans un putain asile de fou. “

En 1968, le soir du réveillon, douze taulards ont décidé de se faire la belle. Apparemment les festivités de la prison d’Old Lonesome, située dans une petite ville du Colorado au pied des montagnes des Rocheuses, avaient tout pour leur déplaire.

– Ce monde est conçu pour te briser le cœur, dit-il. Allez on se tire d’ici, enfoiré. “

L’évasion ébranle les habitants, une chasse à l’homme est mise en place aussitôt pour tenter de capturer ces suppôts de Satan, morts ou vifs.

Le monde est tellement étrange et divers. Tu pourras toujours y trouver au moins un spécimen d’à peu près n’importe quoi. “

Une véritable meute est à leur trousse. Les gardiens de la prison, c’est quand même leur boulot, aidé d’un traqueur hors pair, mais aussi deux journalistes qui espèrent bien faire la une des journaux.

« – Une fusillade aussi ça peut faire une putain de bonne histoire. »

Sans oublier Dayton, la hors-la-loi, trafiquante d’herbe, bien décidée de retrouver son cousin qui fait partie des détenus en cavale, avant les flics.

” Ce n’est pas le genre de chose dont on peut se détourner. Dayton ne se détourne pas. “

Sous un blizzard impitoyable, les détenus prennent des chemins différents et sèment sur leurs passages une impitoyable violence dangereusement incontrôlable.

Infernale, sanglante, démoniaque, cette traque va faire couler beaucoup de sang avant de faire couler beaucoup d’encre…

Ce que j’en dis :

En 2015, je découvrais la plume noire de Benjamin Whitmer avec Pike (ma Chronique ici) et je fut immédiatement conquise autant par son style que par son histoire.

La même année il récidive et nous offre avec la complicité des éditions Gallmeister une fois encore, Cry Father et confirme mon attachement indestructible pour cette noirceur américaine absolument bien représentée dans ses œuvres.

Il m’aura fallu patienter trois années pour à nouveau me plonger dans une nouvelle Évasion livresque, mais ça valait le coup c’est certain. Cette fois les lecteurs américains vont attendre leur tour, car nous avons droit à l’exclusivité française, et l’on peut remercier Oliver (L’éditeur) pour cette délicate et magnifique attention.

Évasion nous embarque dans une tragédie contemporaine, un western moderne dans la pure tradition de l’Ouest. Une histoire inspirée d’une véritable évasion, que connu le Colorado State Penitentiary, l’une des prisons de haute sécurité de Cañon City en 1948.

L’histoire nous plonge dans une course poursuite infernale, violente et sanglante mettant en scène les fugitifs, leurs poursuivants, quelques intimes, des habitants et également deux journalistes qui de spectateurs vont devenir acteurs à part entière. Des personnages haut en couleurs qui, en une nuit vont faire de cette ville et de ses habitants un enfer.

Un désespoir sans fond qui pourtant amène le lecteur à éprouver de l’empathie pour les fugitifs, car au cœur de cette violence peut apparaître une pointe d’espoir et une once d’humanité.

En trois romans, Benjamin Whitmer a rejoint les géants du noir que j’affectionne. Son écriture brutale sans concessions mets toujours en avant les oubliés de l’Amérique, qui ont grandi entouré de violence mais aussi de pauvreté. Une manière comme une autre pour ne pas oublier d’où il vient, lui qui rêvait de devenir braqueur ou écrivain… un rebelle comme j’aime qui met tout son cœur à l’ouvrage et nous fait cadeau d’histoires extraordinaires.

Je ne sais pas ce qu’il serait devenu en tant que braqueur mais une chose est sûre, il excelle dans son rôle d’écrivain. Il est devenu un véritable conteur alors souhaitons qu’il conserve cette voie et continue la suite d’Évasion et finisse cette future trilogie qui risque bien de devenir mythique.

Pour info :

Benjamin Whitmer a grandi au milieu de la forêt et des livres. Il puise son inspiration dans ses balades, et se rends dans tous les endroits qu’il décrit pour bien s’imprégner de l’atmosphère et la retransmettre au plus juste dans ses récits. Il prends énormément de notes sur un carnet de poche qu’il garde constamment sur lui, puis retranscrit sur l’ordinateur de son domicile et plus récemment sur un petit ordinateur portable. Il écrit énormément de brouillon avant le manuscrit définitif, et voilà une chose surprenante, il détruit toutes ses notes et brouillons après avoir envoyé son manuscrit à l’éditeur qu’elles soient sur papier ou sur disque dur. Pour lui seul compte le roman terminé, il ne s’encombre pas.

Il vit aujourd’hui avec ses deux enfants dans le Colorado, où il passe son temps libre en quête d’histoires locales, à hanter les librairies, les bureaux de tabac et les stands de tir des mauvais quartiers de Denver.

Pour Benjamin, Jacques Mailhos est le meilleure traducteur du monde et le considère comme un véritable ami. Jacques Mailhos a une idée précise de ce qu’il aime.

Extrait de l’histoire interdite par Benjamin Whitmer, traduit par Jacques Mailhos parue dans le numéro 4 du magazine America :

« Comme je le répète sans cesse aux gens qui me demandent pourquoi mes romans sont si violents : si vous n’écrivez pas sur la violence, alors vous n’écrivez pas sur l’Amérique. C’est dans la violence – aussi bien sous la forme du mythe de la régénération héroïque que nous vénérons que celle de la réalité systématique écrasante que nous ignorons –, c’est en elle que gisent les questions fondamentales de l’identité américaine. La tension entre ces deux polarités constitue ce que nous sommes. (…)

Et c’est ce à quoi nous assistons en Amérique, dans toutes les communautés : à une prise de conscience de la manière dont la violence fonctionne dans notre pays. Ce n’est pas joli à voir. C’est parfois raciste. C’est misogyne. Mais cela vient aussi des gens qui, historiquement, ont toujours fait confiance à la violence et au pouvoir américains. Ces gens se réveillent et ils constatent que cette confiance est totalement dilapidée. Nous continuons peut-être à fêter Thanksgiving, mais nous ne sommes plus certains de l’objet exact de nos remerciements. C’est à mon sens le seul premier pas qui puisse nous mener quelque part. »

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce nectar noir que j’ai savouré sans modération.

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“ La toile du monde ”

La toile du monde d’Antonin Varenne aux éditions Albin Michel

” Sous les lampes à pétrole charmantes et désuètes, les représentants de la nouvelle Amérique, enthousiastes et déterminés, ont rendez-vous avec le monde électrifié. “

En 1900, à bord d’un paquebot français, Aileen Bowman, une journaliste célibataire de trente-cinq ans, est en route pour Paris afin de couvrir l’événement qui s’y prépare pour le New-York Tribune.

Aileen avait été accueilli à la table des hommes d’affaires comme une putain à un repas de famille, tolérée parce qu’elle était journaliste. Le premier dîner, dans le grand salon du luxueux Touraine, avait suffi à la convaincre qu’elle naviguait à bord d’une ménagerie (…) En sa présence, les maris n’avaient pas laissé leurs épouses parler. De peur sans doute qu’elles expriment, par sottise ou inadvertance, de la curiosité pour cette femme scandaleuse : la socialiste du New York Tribune, la femme aux pantalons, Aileen Bowman la rousse. “

Né d’un baroudeur anglais et d’une Française utopiste, élevée dans le décor sauvage des plaines du Nevada, Aileen est une femme affranchie de tout lien et de toute morale, passionnée et fidèle à ses idéaux humanistes.

” Elle sentait la colère monter, s’accélérer le cycle des arguments tronqués, son mépris pour le genre féminin, si sujet à la servitude volontaire qu’ Aileen était tentée d’excuser les hommes qui en abusaient. Ces dindes rôties, dans leurs corsets qui en avaient tué plus d’une, récoltaient ce qu’elles méritaient. Ces bourgeoises qui se moquaient d’avoir le droit d’entrer à l’université si leurs armoires étaient bien garnies, ces pondeuses de mômes qui se plaignaient du nombre de bouches à nourrir et se laissaient engrosser sans protester, la masse de ces bonnes femmes, noyées dans leur quotidien, occupées à cuire et gagner le pain, se plaignant à jamais mais terrifiées à l’idée de se révolter. “

Au fil du récit on se retrouve transporté au cœur de l’exposition universelle de Paris, dans une ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers des bordels où les peintres puisent leurs inspirations où la personnalité extravertie d’Aileen se confond avec la ville lumière.

Un magnifique portrait en miroir où se dessine la toile du monde, de l’Europe à l’Amérique, du dix-neuvièmes un vingtième siècle, du passé au présent, en compagnie d’Aileen une femme libérée, extravertie, qui se dirige vers un destin inattendu.

Lac Tahoe

Ce que j’en dis :

Depuis ma découverte du formidable roman d’aventure, Trois mille chevaux-vapeur en 2014, je suis devenue une fan inconditionnelle de la plume d’Antonin Varenne. Équateur suivit en 2017, et La toile du monde clôture cette formidable épopée.

Antonin Varenne est un conteur hors pair, capable de nous plonger dans le passé à travers une époque en pleine construction qui présage déjà des beaux jours à la ville lumière.

Il dépeint à merveille toute l’effervescence qui se déploie autour de cette exposition universelle démesurée. Une ambiance particulière, virevoltante où s’intègre très vite cette journaliste libérée adepte du saphisme qui compte bien vivre l’aventure parisienne jusqu’au bout de la nuit. Aussi douée pour la plume que pour la fête, bien loin de la place qu’on accorde aux femmes en ce temps-là. Aileen, rebelle franco-anglaise, une héroïne qui sied à merveille à cette histoire et lui donne un côté sauvage, extravertie, absolument réjouissant.

Un magnifique portrait de femme entourée d’une foule de personnages surprenants qui donnent un souffle de liberté et une douce folie à ce formidable récit.

Une fois encore je tombe sous le charme de son style et de sa plume, et c’est avec panache qu’Antonin Varenne clôt la trilogie des Bowman.

La toile du monde une petite merveille qui ravira les collectionneurs d’écrivains talentueux.

Après une maîtrise en  philosophie, Antonin Varenne parcourt le monde : Islande, Mexique… la Guyane et l’Alaska sont les deux derniers pays en date qu’il a découverts. Avec Fakirs (2009), il reçoit le Grand Prix Sang d’encre ainsi que le Prix Michel Lebrun, puis le  prix Quais du Polar /20 Minutes avec Le Mur, le Kabyle et  le Marin (2011). En 2014 est sorti Trois mille chevaux vapeurs chez Albin Michel, un grand roman d’aventures.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette fabuleuse toile livresque.

“ Prodiges et miracles ”

Prodiges et miracles de Joe Meno aux Éditions Agullo

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Morgane Saysana

La jument blanche fit son apparition un lundi. Ni le grand-père ni le petit- fils n’avaient la moindre idée de qui l’avait envoyée. Au début, il n’y eut que les violents soubresauts du pick- up brinquebalant sur la route sans marquage, traînant dans son sillage un van de luxe gris argent, ses dix roues chahutant l’air en soulevant un nuage de poussière aussi vertigineux qu’un clocher. (…) Lorsqu’un homme affublé de lunettes noires de policier s’extirpa de derrière le volant, s’étirant les jambes comme s’il venait de parcourir un long trajet, Jim lui demanda de quoi il en retournait. “

1995 dans l’Indiana, Mount Holly une petite ville semble s’éteindre peu à peu. C’est là que vit Jim Falls un vétéran de la guerre de Corée. Il élève des poulets dans sa ferme, aidé par son petit fils métis prénommé Quentin.

Sa fille lui a laissé sur sur les bras ce garçon sans père, lors d’un passage éclair avant de disparaître une fois de plus pour rejoindre une bande de paumés. Junkie un jour, junkie toujours.

L’élevage familial de poulet ne rapporte pas assez et les dettes s’accumulent, l’avenir n’est guère réjouissant, alors quand cette jument entre dans leur vie, on aurait tendance à croire au miracle.

” Dans ses fantasmes les plus intimes, le garçon rêvaient d’installer sur le cheval la selle anglaise brodée d’argent, la bride faite sur mesure, puis de glisser ses pieds dans les étriers noirs et chromés pour se hisser sur le dos de la monture, et de parcourir ventre à terre, tel un éclair, la terre maculée de boue, l’animal et le garçon fonçant jusqu’à se muer en une tache blanche et floue, tenace, une étincelle, une brume de pâleur incolore persistante, une unique chose dénuée de couleur. “

Quentin, plutôt taciturne jusque là, à force d’attendre le retour de sa mère reprend vie et s’attache à cette magnifique jument.

Elle semble taillée pour la course, et sa beauté redonne une touche d’espoir dans la noirceur de leur vie.

” L’aube ce matin là était froide, les champs nappes de rosée. Le bruit des bottes sur l’herbe, lisse, verte, brune, jaune. L’odeur du café dans un vieux thermos en métal. Les volailles bruyantes, leurs caquètements le raffut primitif du jour qui point. Le cheval silencieux dans son box. Le soleil pareil à un animal mythique entamant déjà sa course vers l’ouest. “

Seulement voilà, un tel bonheur attire forcément les convoitises. Mais pour Jim Falls pas question de baisser les bras et de s’avouer vaincu. Puisque cette jument lui appartient, il mettra tout en œuvre pour ne pas la perdre et donner à son petit fils une vie meilleure.

” J’ai pas grand-chose en ce bas monde, souffla le grand-père tandis que l’adolescent l’aidait à boucler sa ceinture. J’ai pas grand-chose. Alors, Seigneur, laissez-nous la conserver, celle-là, au moins. Rien que celle-là. “

Ce que j’en dis :

Dès que la couverture est apparue sur la toile, l’envie de découvrir ce qu’elle cachait était déjà bien présente . Qui plus est, connaissant et appréciant cette maison d’éditions qui m’a déjà permis de belles découvertes littéraires, d’horizons divers, j’étais on ne peut plus confiante quand à la qualité du récit. Grâce à Léa, créatrice du magnifique Picabo River Book Club, qui organisa un nouveau partenariat en collaboration avec les éditions Agullo, j’ai eu la chance d’être retenue et de recevoir cette petite merveille.

Toujours prête pour une nouvelle aventure américaine.

Dés les premières page, je suis sous le charme de l’écriture soignée et pleine de poésie. L’histoire à peine commencée me captive déjà et il en sera ainsi jusqu’à la dernière page. Un récit que j’ai fini le cœur serré et la vue brouillée. Mais qu’on se le dise, nous ne sommes pas ici au cœur d’un comte de fée mièvre mais dans un somptueux roman noir qui mérite bien des éloges.

Joe Meno a offert au vieil homme une magnifique jument et aux lecteurs, une superbe histoire pleine de rebondissements et d’émotions dans une contrée sauvage, sublimée par sa plume lyrique et illuminée par la beauté de l’équidé.

 » Le cheval renâcla doucement. Le garçon caressait l’animal en décrivant des cercles de plus en plus petit. « Tout était nul avant que tu te pointes. Mais maintenant tu es mon amie. Ma seule amie. N’essaie pas de repartir. Si tu tentes de t’enfuir je te suivrai. Je te jure.» “

Vous aussi, suivez l’aventure extraordinaire de ce grand- père, de son petit-fils et de cette jument et vous verrez que “ Prodiges et miracles ” cache bien plus qu’une simple histoire de cheval mais plutôt un rodéo littéraire digne des plus belles plumes américaines. Une couse folle dans l’Indiana qui devrait récolter quelques cocardes aux passages et finir sur les podiums prestigieux.

Je lui décerne la première : coup de cœur de Dealerdelignes.

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Joe Meno est né en 1974, et a publié son premier roman à l’âge de 24 ans. Il est l’auteur de sept romans et plusieurs recueils de nouvelles, et a reçu notamment le prestigieux prix Nelson Algren. Il écrit régulièrement pour le magazine underground Punk Planet, ainsi que pour le New York Times et Chicago Magazine. Il vit aujourd’hui à Chicago.

Je remercie Léa du Picabo River Book Club et les éditions Agullo pour cette chevauchée fantastique au cœur de l’Indiana.

“ Au loin ”

Au loin d’ Hernan Diaz aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste

” Mon nom est Håkan (…) Håkan Söderström. Je n’ai jamais eu besoin de mon nom de famille. Personne ne me le demandait. Personne arrivait à prononcer mon prénom. Je parlais pas anglais. (…)

Håkan donnait l’impression de parler aux flammes mais de ne voir aucun inconvénient à ce que des oreilles l’écoutent. (…)

Il était toujours impossible de distinguer le ciel de la terre, mais l’un comme l’autre avaient viré au gris. Après avoir ravivé le feu, Håkan reprit la parole. En marquant de longues pauses, et d’une voix parfois presque inaudible, il parla jusqu’au levée du soleil, toujours en s’adressant au feu, comme si ses mots devaient se consumer sitôt prononcés. “

Lorsque Håkan , un jeune paysan suédois débarqua aux États-Unis, il était accompagné de son frère. Sur le quai, la foule très importante les sépara en un instant.

Ce qui aurait du être une découverte de l’Amérique va s’avérer une toute autre aventure.

Seul et sans un sou , il n’aura pourtant qu’un seul but : retrouver son frère Linus à New-York, même si pour cela, il devra traverser tout le pays à pied.

En remontant à contre-courant le flux continu des pionniers qui se ruent vers l’Ouest, il poursuit ses recherches semées d’embûches.

Bien trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer.

” Durant ces tempêtes, dont les hurlements oblitéraient tout autodérision lui, Håkan puisait son seul soulagement dans la quasi-certitude de ne croiser âme qui vive. Sa solitude était totale et, pour la première fois, depuis des mois, en dépit des grondements et des lacérations, il trouva la paix. “

Sur cette route, il va croiser des personnages truculents et souvent hostiles : une tenancière de saloon, un naturaliste très original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des indiens, des hommes de loi.

Au loin, l’Amérique se construit, et lui se forge une légende sans même s’en douter. Il devient un héros malgré lui.

Il se réfugie, loin des hommes, au cœur du désert, pour tenter de ne plus être étranger à lui-même et aux autres.

” Håkan s’était flétri et ridé, la brûlure du soleil avait raviné ses joues et son front. Ses yeux restaient perpétuellement plissés, sans que cela ne résulte d’un froncement de sourcils délibéré. C’était juste là sa nouvelle physionomie – celle, continûment grimaçante, d’un jeune homme harcelé par une lumière aveuglante ou en butte à un problème insoluble. Sous le surplomb accidenté des sourcils désormais soudés, ses yeux, presque entièrement dissimulés au creu d’une étroite tranchée, ne brillait plus de crainte ou de curiosité mais d’une faim stoïque. Une faim de quoi– il n’aurait su dire. “

Ce que j’en dis :

Au loin de somptueux paysages, des grands espaces et une terre pillée petit à petit aux indiens par les pionniers chercheurs d’or. Au loin dans ce désert, un homme, seul, erre à la recherche de son frère.

Au hasard des pistes, tous vont se croiser et parfois faire un bout de chemin ensemble. Håkan va durant ce périple, découvrir la solitude et la dure réalité du rêve américain brisé par des conditions de survies si difficiles, en terre inconnue.

Hernán Díaz revisite à merveille  » le western nature writing” en nous offrant un roman d’une richesse aussi démesurée que les grands espaces qui l’accompagnent. À travers ce roman initiatique, autour d’un personnage central, il nous plonge dans la conquête de l’Ouest d’une manière moins conventionnelle, et toute aussi évocatrice pour nous faire voyager dans le passé, dans cette Amérique en passe de devenir.

Un magnifique roman d’aventure qui aborde le thème de l’immigration avec une grande lucidité.

Au loin m’a envoûté à travers ces paysages à couper le souffle. Au loin m’a charmé par sa plume évocatrice et sublime. Au loin m’a conquise à travers ce héros bouleversant et extraordinaire.

Un roman qui rejoint mon Panthéon d’auteurs inoubliables à découvrir et à suivre absolument.

Un magnifique écrin, une traduction soignée se rajoutent à ce bijou littéraire précieux.

Pour tous les amoureux de la littérature américaine et des grands espaces qui inspirent à vivre une voyage lisvresque exceptionnelle.

Gros coup de cœur.

Hernán Díaz a surgi de nulle part. Sans agent, il envoie son manuscrit par la poste chez Coffee House Press, la maison d’édition de Mineapolis à but non lucratif. Et voilà que ce parfait inconnu devient finaliste du prix Pulitzer et figure dans la liste du PEN Faulkner Award.

« Un premier roman, un petit éditeur indépendant, un finaliste du Prix Pulitzer » titrait récemment le New York Times en s’étonnant d’être passé à côté du très beau roman d’ Hernán Díaz, à sa parution.

Né en Argentine, Hernan Diaz vit depuis 20 ans à New York. Il est aujourd’hui directeur adjoint de l’Institut Hispanique de l’université de Columbia. Finaliste du prix Pulitzer, Au loin est son premier roman.

Je remercie Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club et les Éditions Delcourt de m’avoir offert cette découverte, une aventure livresque grandiose.

“ Une douce lueur de malveillance ”

Une douce lueur de malveillance de Dan Chaon aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Hélène Fournier

” Sans nicotine, son cerveau était comme brouillé par un sentiment d’effroi confus qui tournait en boucle, et il avait l’impression que le monde lui-même était plus hostile – qu’il en émanait, ne pouvait-il s’empêcher de penser, une douce lueur de malveillance. “

Dustin Tillman vit dans la banlieue de Cleveland avec sa femme et ses deux enfants. Ce quadragénaire mène une vie plutôt banale, tout en exerçant le métier de psychologue.

Il vient d’apprendre la libération de son frère adoptif, qui était en prison depuis trente ans. C’est suite à son témoignage, que Rusty a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches.

Des tests ADN récents prouvent son innocence, et inquiètent sérieusement Dustin.

Ça fait penser à ces drôles d’histoires qui font l’actualité a déclaré Lamber au Daily News. Mais vous ne pouvez pas imaginer une seule seconde que ça puisse arriver à l’un de vos proches. ”

Au même moment, il s’occupe d’un nouveau patient, un policier en congé longue maladie. Cette homme est obsédé par la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés. Il pense qu’ils ont affaire à un serial killer. Englué dans sa vie personnelle, il se laisse petit à petit convaincre d’accompagner son patient dans cette enquête qui dépasse largement son rôle de thérapeute.

” C’est tellement bon de sortir de soi ! On s’enfonce dans une autre vie et elle s’ enfonce dans une autre vie et elle s’enfonce en nous, et puis les forces s’équilibrent – certaines parties de soi ont été remplacées ou à tout le moins diluées. Toutes ces choses qui tournaient lentement et sans discontinuer dans notre esprit se sont volatilisées. Tu fais une enquête, elle te serre dans ses bras et requiert toute ton attention. “

Un travail de longue haleine commence et va le plonger dans les ténèbres. Il devra faire face à ses contradictions et aux défaillances de sa mémoire tout en essayant de protéger sa famille du douloureux passé qui resurgit.

” Et maintenant, bien sûr, ça me revient. Quand je pense à ce que Rusty a pu raconter à Aaron, cet ancien rêve refait surface, m’enveloppe, et il est toujours aussi saisissant. “

Ce que j’en dis :

Accrocher le lecteur avec un roman aussi atypique, c’est ce qui fait la force de Dan Chaon dans ce récit. Alliant différents genres tels que : le roman noir, le thriller psychologique, le roman à suspense, la quête de vérité, l’auteur nous offre un roman choral on ne peut plus surprenant. Tout tourne autour d’une véritable question : que s’est-il passé ce fameux 12 juin 1983. Une intrigue du passé qui va se confronter à une nouvelle du présent.

À travers des flash-back nous allons suivre un véritable jeu de piste qui nous mènera peut-être sur les traces d’un serial killer. Sans oublier tous les personnages magnifiquement représentés qui ont chacun leur rôle dans ce drame psychologique qui tourne pour certains à l’obsession.

Malgré l’ampleur du roman, jamais on ne s’y perd, même si le doute ne nous quitte jamais dans une atmosphère particulière et angoissante.

C’est inventif, surprenant, addictif, stylé, vertigineux ce roman avait tout pour me plaire et c’est réussi. Un roman inclassable qui trouve sa place dans la catégorie monument littéraire.

Je remercie Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club et les éditions Albin Michel pour m’avoir permis ce voyage livresque ingénieux.

Dan Chaon

Originaire du Nebraska, Dan Chaon est l’auteur de Parmi les disparus, Le Livre de Jonas, Cette vie ou une autre et Surtout rester éveillé, tous parus chez Albin Michel et salués par la critique. Dan Chaon enseigne à l’université à Cleveland (Ohio), où il vit aujourd’hui. Son nouveau roman, Une douce lueur de malveillance, a été consacré comme l’un des meilleurs romans de l’année par de nombreux quotidiens et magazines, dont le New York Times, le Washington Post et le Los Angeles Times.

“ Terres Fauves ”

Terres Fauves de Patrice Gain aux Éditions Le Mot et Le Reste

” – J’en ai rien à foutre de ce que tu penses. Viens t’asseoir par là. Ne m’interromps pas et sers-nous un verre.

(…) Je ne savais pas ce qu’il espérait en m’obligeant à boire, mais la journée dans ce trou perdu et ses airs de vieux mercenaire suffisant et versatile m’avaient sévèrement déprimé, si bien que je n’avais pas eu à me forcer beaucoup pour m’anesthésier le cortex. “

David McCae écrivain new-yorkais débarque en Alaska. Quitter Brooklyn pour cette contrée sauvage est déjà une épreuve en soi pour ce citadin convaincu. En mal d’inspiration, il a accepté de terminer les mémoires du gouverneur Kearny. Il prête sa plume à ce politicien qui vise une réélection et tente d’étoffer ses mémoires d’un chapitre élogieux. Pour se faire, il va donc rencontrer le célèbre et très apprécié alpiniste Dick Carlson, ami de longue date du gouverneur qui aurait des souvenirs de leurs aventures à raconter.

Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, la rencontre avec cet homme se révèle tendue, mais l’alcool délie la langue de l’alpiniste qui va se dévoiler au cours de cette longue nuit et se confesser de manière inattendue.

Il ne faut pas s’attendrir sur soi-même. Chacun d’entre- nous est maître de son destin. Je chasse les fantômes comme je chasse l’ours, l’élan, ou les emmerdeurs : sans pitié. “

David en apprends beaucoup et même trop. Il devient un témoin gênant. Il va se retrouver face à la violence des hommes au milieu d’une nature hostile. En plein cœur de l’Alaska sauvage, sa résistance va être mise à rude épreuve. Il va tenter de survivre tout en combattant ses propres démons. Commence alors une course effrénée contre la mort…

J’ai fermé les yeux. Ce monde est vraiment étrange. Il cache sa violence derrière des scènes attendrissantes, des animaux à l’allure débonnaire et un calme apparent. C’est ce qui fait sa force. J’avais en tête : une nature traîtresse. Je me demandai combien de temps j’allais pouvoir tenir et quels types de combats j’allais devoir livrer. “

Ce que j’en dis :

Après avoir découvert l’année passée Denali, un fabuleux roman noir (retrouvez ma chronique ici), j’étais impatiente de retrouver cette plume qui m’avait tant charmée et envoûtée. Une petite appréhension m’accompagne, comme toujours à la lecture d’un nouveau roman d’un auteur que j’affectionne mais dès les premières pages la magie opère et elle s’envole. Je retrouve le style et la plume singulière de l’auteur que j’avais tant appréciés. Une fois encore, le bonheur est au rendez-vous.

Fan de littérature américaine, je retrouve tout ce que j’aime chez ce Frenchy qui s’approprie avec brio les codes du roman noir nature writing.

L’auteur dépeint à merveille ce territoire aussi magnifique que malveillant, et nous offre la possibilité de découvrir une intrigue surprenante en accompagnant David dans son combat empli de souffrances, pour survivre et échapper à toute cette violence à laquelle il se retrouve confronté, malgré lui.

Un récit immersif où la peur et l’angoisse ne nous quitte jamais.

Patrice Gain a l’art et la manière pour instaurer un climat terrifiant, pour rendre ses personnages attachants et nous offrir une histoire poignante dans un décor grandiose qui réserve des rencontres surprenantes, le tout sublimé par une écriture soignée, ciselée à la perfection.

Un livre dédié aux lecteurs amoureux du noir et des grands espaces, qui ne seront pas contre un voyage livresque aux nombreuses qualités.

Coup de foudre de cette rentrée littéraire. Un roman qui rejoint ceux que l’on oublie pas.

Patrice Gain est né à Nantes en 1961. Professionnel de la montagne, ingénieur en environnement, les territoires d’altitude et les grands espaces l’attirent depuis toujours. Il est déjà l’auteur de deux romans aux éditions Le mot et le reste : La Naufragée du lac des Dents Blanches (Prix du pays du Mont-Blanc et Prix « Récit de l’Ailleurs » des lycéens de Saint-Pierre et Miquelon) et Denali.

Je remercie l’auteur pour sa délicate attention et les Éditions Le Mot et Le Reste pour ce voyage aussi redoutable que merveilleux en Alaska.

“ Les spectres de la terre brisée ”

Les spectres de la terre brisée de S.Craig Zahler aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens

L’espoir d’être sauvée de son horrible perdition avait décru mois après mois et, même s’il n’avait pas encore disparu, il n’était plus qu’un minuscule grain de poussière. Chaque fois qu’elle parlait au Seigneur, Yvette lui demandait d’envoyer des sauveteurs ou de l’appeler à ses côtés. Elle avait souffert bien trop longtemps. “

Au Mexique, pendant l’été 1902, deux sœurs kidnappées aux États-Unis vivent l’enfer au cœur des montagnes, contraintes à la prostitution, dans un temple transformé en bordel, sans espoir de délivrance.

Elles ignorent que leur père, John Lawrence Pluvford, ancien chef de gang, a entamé une expédition punitive pour tenter de les sauver. Ses deux fils l’accompagnent ainsi que ses trois plus fidèles acolytes : un esclave affranchi, un indien et le spectral Long Clay, un pro de la gâchette.

” ( Le cow-boy possédait dix kilos de doute pour chaque ô cède foi, mais il mettait sa fierté de côté pour demander de l’aide au plus populaire des tout-puissants.)

(…)

– S’il vous plaît. Épargnez-leur davantage de souffrances et faites-leur savoir qu’on arrive pour les sauver. Amen. “

Le gang se sont offert les services d’un jeune dandy ambitieux et désargenté, attiré par la promesse d’une rétribution qu’il n’est pas en mesure de refuser.

”(…) il savait que les hommes pouvaient se transformer en une chose qu’ils haïssaient quand le loup de la luxure grondait en leur sein. “

Ils sont loin d’imaginer la confrontation sanglante qui les attend dans les Badlands de Catacumbas.

Ce que j’en dis :

Je m’étais régalé avec son précédent roman : Une assemblée de chacal (retrouvez ma chronique ici), c’est donc avec un engouement certain que je me suis aventurée entre ces pages. Fidèle à son style, l’auteur nous offre un western noir, ambiance Sergio Leone où résonne la musique inoubliable d’ Ennio Morricone.

En quelques chapitres, on fait connaissance avec le casting de cette nouvelle aventure très cinématographique, le ton est donné, la tension s’installe et va monter crescendo jusqu’au dénouement final. C’est la peur au ventre et la gorge sèche que l’on poursuit cette histoire cruelle, palpitante et parfois même terrifiante. On aimerait que les meilleurs gagnent, que les bourreaux finissent au bout d’une corde, et que l’amour l’emporte sur la haine.

Le style est violent, sanglant, une véritable tornade qui laisse peu de place à l’espoir et pourtant, c’est absolument jouissif. Les nostalgiques comme moi des bons westerns d’antan vont être servis. N’hésitez surtout pas à découvrir cette chevauchée sauvage qui cache une belle histoire familiale non démunie d’amour.

Je ne vous cache pas que j’ai adoré.

Un auteur à suivre absolument.

Ma petite collection

Né en Floride, S. Craig Zahler est désormais New-Yorkais et a travaillé de nombreuses années en tant que directeur de la photo et traiteur, tout en jouant dans un groupe de heavy métal et en créant des pièces de théâtre bizarres. Son premier roman, un western intitulé A Congregation of Jackals, a été nominé pour les prix Peacemaker et Spur.

Batteur et parolier, Zahler continue la musique et vient de sortir avec son groupe Realmbuilder son troisième album, du métal à la fois épique et lugubre. Il est actuellement lancé dans la postproduction du long-métrage qu’il réalise, Bone Tomahawk, un film à la frontière du western et de l’horreur, avec Kurt Russell, Patrick Wilson, Richard Jenkins, Matthew Fox, Lili Simmons, Fred Melamed, et David Arquette.

Zahler apprend le kung-fu, et il est depuis toujours fan d’animation (dessin animé et image par image), de métal (tous genres confondus), de rock progressif, de soul, de littérature de genre (surtout le polar, l’horreur et la science-fiction pure et dure), de pulps, de vieux films, de chats obèses, et de robots asymétriques.

Disponibles dans la collection Totem

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce western grandiose.

“ K.O. ”

K.O. D’Hector Mathis aux Éditions Buchet.Chastel

 » Un roman c’est un ballet, la musique emporte tout et la musique c’est les mots ! On y croise des visages et des silhouettes. Les personnages dansent une chorégraphie qu’ils pensent être la leur, mais en vérité il n’y a que la musique, tout le reste est en fonction, rien n’existe en dehors d’elle. Ils obéissent voilà tout. Pour faire résonner la mélodie, j’avais des tonnes de mots à faire valser (…) Comme le jazz. Tout pareil. Je ne m’en remettrais pas de comprendre tout maintenant. J’avais le sentiment que ça ne s’arrêtait plus, que le monde était à ma portée, entièrement, déchiffré, crocheté, musical à tout point de vue ! La littérature me jetait son âme dans les feuilles mortes. Alors je me suis servi. “

Sitam est un jeune homme fou de jazz, de littérature et de la môme Capu. Il loge avec elle chez un ami d’un ami parti en voyage. Il est fauché comme les blés, mais fou amoureux. La vie est belle, mais un soir tout bascule…

” Faut dire qu’elle me tenait par le bout du cœur, la môme. Même qu’on s’était fait des amourettes sous la pluie (…) Nous étions deux, heureux comme on peut l’être quand on cavale dans la rencontre. (…) C’est alors que la ville s’est hérissée. Toutes aiguilles dehors ! Les sirènes se sont mises à s’égosiller. Le silence crevé, éventré comme une toile. Y avait des hurlements, perçants, déchirés dans les cordes. (…) La guerre. La saloperie de guerre en terrasse, en dégradés de rouge et en lambeaux de civils… “

Sirène, coup de feu, explosions, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante, invivable. Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir. Ils montent in extremis dans le dernier train en partance pour « la grisâtre », le pays natal de Sitam.

C’est le début de leur odyssée. Ensemble il vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…

” Qu’est-ce que c’est beau l’horizon quand il bave ses couleurs jusqu’au délire. On commettait comme une indiscrétion à ce moment précis. Ce ciel-là on n’était pas censé le voir. On était entrés sans frapper, au moment le plus délicat. (…) C’est là que j’ai compris ce que je m’en allais chercher. (…) J’allais droit vers la littérature, depuis le départ, et Capu à mes côtés. Je traquais mon roman…“

Ce que j’en dis :

Il aura fallu peu de page pour que je tombe amoureuse de cette nouvelle plume. Le charme qui se dégage de cette écriture est incroyable, et vous l’aurez remarqué, je n’ai pu m’empêcher de vous citer quelques passages.

Un récit poétique où résonne une musicalité étonnante. Des mots délicatement couchés sur le papier, comme des notes sur une partition. Tout comme au cinéma, la musique accompagne chaque moment, tantôt touchante, souvent bouleversante et parfois terrifiante.

À travers cette histoire qui pourrait très bien se passer de nos jours, on ressent comme une urgence de s’exprimer, à travers les thèmes abordés tels que la poésie, la musique, la maladie, la mort, l’amitié, la précarité, l’errance, mais aussi l’amour.

Un style incisif, troublant, admirable. Un voyage au bout de la nuit en plein chaos qui risque de mettre K.O plus d’un lecteur.

Sincèrement, rarement un premier roman m’a autant bluffé.

N’attendez pas qu’il soit primé pour le lire, car il le sera c’est certain.

Ce roman est fantastique.

 » La littérature c’est un cimetière accueillant, qui abrite tous les amis que je n’ai pas eus et ceux qui m’ont quitté. Je digresse en compagnie des morts ! “

Né en 1993, Hector Mathis grandit aux environs de Paris entre la littérature et les copains de banlieue. Diagnostiqué précoce à l’âge de six ans, il obtient son baccalauréat bien avant sa majorité. Écrivant sans cesse, s’orientant d’abord vers la chanson, il finit par se consacrer pleinement au roman. Frappé par la maladie à l’âge de vingt-deux ans, il jette aujourd’hui l’ensemble de ses forces dans l’écriture.

Je remercie Claire et les éditions Buchet.Chastel pour cette sublime lecture.

“ Balles perdues ”

Balles perdues de Jennifer Clement aux Éditions Flammarion

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Reznikov

Ma mère avait arrêté le moteur de la Mercury sous un panneau qui annonçait : Parking Visiteurs. Elle pensait qu’on y resterait qu’un mois ou deux, mais en fait nous y sommes restées quatorze ans. “

Pearl vit à bord d’une Mercury avec sa mère sur le parking d’un camp de caravanes en Floride. Sa vie pourrait paraître triste, mais elle est bercée par les chansons d’amour que lui fredonne sa maman, déjeune dans de la porcelaine de Limoges dans une atmosphère  » Raid  » pour éloigner les suceurs de sang.

Ma mère avait raison. Dans notre coin de Floride, tout était perturbé. La vie était toujours comme une chaussure qu’on aurait mise au mauvais pied. “

Et pourtant, malgré tous les conseils maternels qu’elle lui prodigue, quand un mystérieux bellâtre surgit et envahit peu à peu leur espace les beaux jours semblent s’éloigner, et leur complicité se fragilise.

” Quand je repense à ma vie dans la voiture, je la vois divisée en deux parties : avant que ma mère ne rencontre Eli et après. Ces mots, avant et après, sont comme des heures marquées sur une pendule. “

Tout bascule, quand Pearl prend conscience de l’importance des armes qui circulent autour d’elle.

 » Dans notre coin de Floride, on avait tendance à faire cadeau d’une balle à tout et n’importe quoi. Juste pour le plaisir. “

Le camps semble caché derrière ses airs de refuge, un véritable trafic d’armes.

Et quand les armes sont de sorties, on est jamais à l’abri de balles perdues.

” Tu crois que tu as eu ta dose de tragédie, et voilà. Tu crois que la situation est peut pas être pire et qu’à présent tu es sauvée. Mais la tragédie ce n’est pas comme un médicament. On ne te donne pas une dose définie, dans une cuillère ou dans un comprimé. La tragédie s’invite en permanence. “

Ce que j’en dis :

Dès les premières pages, Pearl avec sa voix tout juste sortie de l’enfance nous confie son histoire peu ordinaire. Cette jeune demoiselle très éveillée et très débrouillarde porte déjà un regard très réaliste sur le monde qui l’entoure. Elle a déjà compris que la vie ne fait pas de cadeau et qu’il faut profiter de tous les petits bonheurs qu’elle nous offre tout en restant vigilante.

Non démunie de fantaisie mais aussi d’esprit, cette histoire dénonce le sort des plus démunis, mais aussi les ravages causés par toutes les armes qui circulent aux États-Unis.

J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume lyrique de l’auteur, qui m’avait déjà conquise à travers son précédent roman : Prières pour celles qui furent volées, où elle restituait le destin parfois cruel de jeunes filles en fleurs.

Une auteure qui dévoile son côté féministe et engagée avec une plume pleine de tendresse, d’humour et d’amour où la poésie l’emporte sur la tragédie.

Un très beau roman, assez bouleversant qui fait sourire et qui attire parfois les larmes. On ne peut rester indifférente à l’histoire de Pearl et à la magnifique écriture qui l’accompagne.

Il fait bon de retrouver une écrivaine que l’on apprécie énormément et partager avec les futurs lecteurs son enthousiasme, en espérant qu’ils se laisseront convaincre par ce joli coup de cœur.

Jennifer Clement est née en 1960 à Greenwich, dans le Connecticut. Elle est poète, biographe et romancière. Elle a reçu le Grand prix des lycéennes du magazine Elle pour son roman Prières pour celles qui furent volées (Flammarion, 2014). Depuis octobre 2015, elle préside le PEN International. Elle vit désormais à Mexico.

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour m’avoir permis de bien commencer cette nouvelle rentrée littéraire avec ce roman plein de charmes.

“ Kentucky straight ”

Kentucky straight de Chris Offut aux éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Voici le miroir

Où s’éteint la douleur

Voici le pays

Que nul ne visite “

De Mark Stand

Ce que j’en dis :

Quand pour un recueil de nouvelles , l’auteur choisit un tel exergue on sait déjà dans quel univers on va s’aventurer.

Le Kentucky, ce territoire des Appalaches, considéré comme le berceau du whisky américain regorge de distilleries clandestines. Si l’argent se fait rare l’alcool de contrebande coule à flot.

Un état classé numéro un dans la liste des États américains pour possession d’armes à feu avec 134 armes pour 100 habitants.

À travers ces neuf nouvelles, tout à fait représentatives on se retrouve au cœur d’histoires des oubliés de l’Amérique.

Tout les soirs, maman disait qu’elle avait peur que je vise trop haut. Warren ne me parlait pas du tout. Je me baladais dans les collines en pensant à ce que je connaissais sur la forêt. Je sais dire le nom d’un oiseau à son nid et d’un arbre à son écorce. Je sais qu’une odeur de concombre signifie qu’une vipère cuivrée n’est pas loin. (…) Ça m’a fait drôle de passer un test pour apprendre que je vivais en dessous du seuil de pauvreté . Je crois que c’est de savoir ça qui a déboussolé papa pour de bon. Quand il est mort, maman a brûlé ses cartes, mais j’ai gardé celle du Kentucky. Là où on vit, c’est pas dessus. “

Chris Offut est né et a grandi dans le Kentucky, il nous offre des histoires authentiques, puisées très certainement dans ce qui l’entoure. Ses personnages sont les bouseux, les pèquenauds du coin, les mineurs, les laisser pour comptes qui passent le plus souvent leurs temps avec un verre de whisky dans une main et une arme dans l’autre.

” Les coyotes, c’est le côté humain des chiens. Les clébards, c’est le côté canin de l’homme. “

Des histoires rugueuses, brutales profondes rythmées par le blues qui les accompagne. Des nouvelles aussi sauvages que la faune qui l’habite. Noires, violentes, situées dans les coins reculés de l’ Amérique, là où le fusil reste toujours à portée de mains et les poings rarement dans les poches.

Et c’est avec une plume talentueuse que Chris Offut nous parle de la misère et du désespoir.

À déguster sans modération accompagné d’un 18 ans d’âge.

” Sa voix avait un ton définitif qui réduisit les hommes au silence. “

Chris Offutt est né en 1958 et a grandi dans le Kentucky dans une ancienne communauté minière sur les contreforts des Appalaches. Issu d’une famille ouvrière, diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, puis un roman autobiographique. Le Bon Frère est son premier roman. Il est également l’auteur de chroniques pour le New York Times, Esquire et quelques autres revues et a été scénariste de plusieurs séries télévisées américaines parmi lesquelles True Blood et Weeds

Les éditions Gallmeister nous offre une nouvelle traduction pour ce recueil inédit dans la collection Totem. Titre publié auparavant chez Gallimard ( La Noire) en 1999, puis chez Folio ( 2002).

Un auteur emblématique du Sud des États-Unis dans la lignée de Daniel Woodrell, Larry Brown et Ron Rash

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce blues déchirant.