“ Le couteau ”

Le couteau de Jo Nesbø aux Éditions Gallimard série noire

Traduit du Norvégien par Céline Romand-Monnier

« Un couteau dans le ventre, murmura-t-il, et ce sera passé. »

Elle serra les paupières et deux larmes brillantes se détachèrent de ses cils. Swein Finne rit doucement.

« Tu savais que j’allais venir. Tu savais que je ne pouvais pas te laisser partir. C’était une promesse que je t’avais faite. »

Il passa l’index sur sa joue où la sueur se mêlait aux larmes. Il contempla son œil à travers le trou béant de sa main. C’était l’œuvre d’une balle tirée par un tout jeune policier. Swein Finne avait été condamné à vingt ans de prison pour dix-huit agressions sexuelles… “

Swein Finne vient tout juste de retrouver la liberté après vingt ans passés derrière les barreaux. À l’époque c’est Harry Hole, tout jeune policier qui avait réussi à arrêter cet agresseur sanguinaire.

Mais cette libération ne réjouit pas Harry, et Swein l’obsède à tel point qu’il décide de le traquer, outrepassant les ordres de sa supérieure hiérarchique.

Il vient de se séparer de sa femme et le supportant très mal, il enchaîne les soirées trop arrosées.

Quand un matin, il se réveille sans aucun souvenir et les mains couvertes de sang, sa vie bascule.

” Dans le silence qui suivit, il sentit de nouveau la griffe dans sa poitrine, et bien qu’il ne croie pas outre mesure à la télépathie et à la clairvoyance, c’était comme si ce qui allait venir était ce que la griffe et les flashs essayaient de lui dire depuis le début. “

C’est le début d’une interminable descente en enfer où jour après jour tout s’effondre autour de lui, et même s’il croit avoir déjà tout perdu, il est bien loin d’imaginer que c’est encore loin d’être fini.

” Harry avait entendu cette chanson à maintes reprises. Elle ne parlait pas seulement de la vérité qui allait se faire jour, mais des traîtres qui vivaient heureux pendant que ceux qu’ils avaient trahis souffraient. “

Ce que j’en dis :

Découvrir un auteur avec son dernier roman, sans connaître le personnage principal peut s’avérer parfois ardu pour bien s’immerger dans l’histoire, manquant parfois d’informations importantes, mais cela n’a pas été le cas ici. Jamais je n’ai été gênée, j’ai juste éprouvée quelques regrets, sachant qu’en plus un certain nombre de ses thrillers figurent dans ma bibliothèque.

Dans cette nouvelle enquête où l’on retrouve Harry Hole, ainsi qu’une belle brochette de personnages qui ont tous leur importance, Jo Nesbø nous offre une intrigue démentielle où le mal s’offre plusieurs portes de sorties et nous entraîne sur des fausses pistes, sans jamais nous laisser en bord de chemin.

Je réalise enfin que son succès dans le monde du thriller n’est point démérité, et moi qui m’éloigne parfois de ce genre littéraire réalise qu’il suffit d’une belle pointure sur mon chemin pour me redonner l’envie d’y revenir.

Vous l’aurez compris, j’ai grandement apprécié ce thriller scandinave, sans fausses notes, où la musique s’invite entre les pages.

Un récit ambitieux, parfaitement maîtrisé qui ne manque ni d’intelligence, ni de suspens.

Les fans seront aux anges et pour ceux et celles qui tout comme moi débarquent dans l’univers de Nesbø c’est que du bonheur, on ne sera pas tenu d’attendre patiemment le prochain, il nous reste tous ses précédents titres à découvrir.

Une très belle découverte, digne de la série noire de Gallimard.

Pour info :

Né à Oslo en 1960, Jo Nesbø est également musicien, auteur-interprète et journaliste économique.
En 1997, il est propulsé sur le devant de la scène littéraire avec L’Homme Chauve-Souris qui reçoit le prix du meilleur roman policier nordique de l’année 1998. Pour la première fois, il y met en scène le personnage de Harry Hole, qui redevient très vite un inspecteur récurrent dans ses romans.

Je remercie les éditions Gallimard pour cette formidable enquête scandinave.

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“ La fourrure blanche ”

La fourrure blanche de Jardine Libaire aux Éditions Pocket

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste

” – Comment s’appelle-t-il ?

– Jamey

– Où vous êtes-vous rencontrés ? (…)

– À New Haven. On était voisins. Ce qui est marrant parce qu’on vient vraiment de deux planètes différentes.

– De laquelle vient-il ?

Elise hausse les épaules. Buck s’est allongé à ses pieds et elle lui frictionne le ventre des orteils.

– Celle du fric. Il vient d’une famille super classe.

– La classe, tu n’en manques pas, ma petite. “

Elise a beau venir d’un Ghetto, elle n’en demeure pas moins sexy même si elle manque un peu de classe avec son petit côté vulgaire. Elle a quitté sa famille et vit en colocation avec son pote Robbie, un gay qui multiplie les aventures amoureuses. Dans la maison voisine habitent deux étudiants de Yale. Elise tombe amoureuse de l’un des deux et très vite, contre toute attente, ils deviennent inséparables.

” Il y a chez Elise une absence de fioritures, une pureté de lignes, réduites à leur plus simple expression, comme une épave de voiture qui a été dépecée et vendue pièce par pièce. Le parfum qu’elle portait le soir du dîner sentait le shampoing pour moquettes. Ce qu’elle lui a fait relève du vaudou. “

Jamey est issu d’une famille de banquiers renommés. Une famille qui va tout mettre en œuvre pour mettre fin à cette mascarade.

Les saisons se suivent, leur passion vire à l’obsession, mais parviendront-ils à garder intact le feu de l’amour qui brûle en eux, face à tous ceux qui tentent de l’éteindre ?

Ce que j’en dis :

Quand tu ne lis pas les quatrième de couverture, tu peux t’attendre à certaines surprises, comme découvrir que tu t’apprête à lire l’histoire d’un amour impossible qui donne déjà à travers le premier chapitre une entrée en matière surprenante et très prometteuse.

Ce n’est pourtant pas ta came, mais dès les premières pages, tu te retrouves captivée par l’écriture fabuleusement envoûtante.

Deux êtres que tout oppose, issus de classes sociales différentes de même que leurs origines raciales, vont se retrouver piéger par la même passion dévorante l’un envers l’autre, prêts à vivre un amour enragé, bercé par une folie douce et même parfois furieuse. Chacun se retrouve face aux préjugés de leurs familles et de leurs amis qui les amèneront à prendre des décisions radicales.

La force de leur amour résistera-t’il à tant de pression ?

Au cœur de New-York où la richesse côtoie la pauvreté, où l’amour flirte avec la haine, il n’est pas surprenant que deux êtres d’origines si différentes s’éprennent l’un de l’autre et se laissent aller à s’aimer, un peu, beaucoup, à la folie…

Pretty woman fait pâle figure dorénavant face à cette histoire aussi surprenante que touchante.

Une belle et grande histoire d’amour, non cousue de fil blanc, intense, féroce, torride, souvent irrévérencieuse, à découvrir absolument.

Un roman magistral, porté par une plume extraordinaire.

Un véritable coup de foudre à la hauteur de cette folle histoire d’amour.

Pour info :

Diplômée d’arts de l’université du Michigan et du Skidmore College, Jardine Libaire vit à Austin, au Texas. 

La Fourrure blanche est son deuxième roman et le premier à être publié à l’étranger. 

je remercie les Éditions Pocket pour cette aventure amoureuse enragée et passionnée.

“ Train d’enfer ”

Train d’enfer de Trevor Ferguson aux Éditions 10/18

Traduit de l’anglais (Canada) par Ivan Steenhout

Martin Bishop 16 ans, vient de perdre son père. La banque a saisi la ferme et son frère et sa sœur plus jeunes ont été envoyés séparément chez des membres de la famille.

De son côté, il part travailler auprès d’une gang qui construit une ligne de chemin de fer, au cœur de là taïga canadienne. Il est là pour contrôler, noter les heures de travail de ces ouvriers, une équipe minable composée de déchets de la société. des ivrognes, des fous, des criminels, tous rejetés de la ville.

Il va très vite s’apercevoir de certaines malversations du contremaître en chef, et tenter de lui tenir tête malgré son jeune âge.

” Le monde était un lieu difficile. Son père l’en avait averti et le jeune s’était convaincu qu’il était fait pour se mesurer au monde mais cela s’était passé en un autre temps et en un autre lieu. “

Son obstination va le mettre en danger, il va se retrouver banni du groupe pour cause de rébellion et sera contraint à rejoindre la horde sauvage, ” les craqués“, d’autres exclus qui survivent dans la forêt. Il entreprendra avec eux une fuite jusqu’à l’ultime confrontation.

Ce que j’en dis :

Bien évidemment en dehors des expressions canadiennes que j’ai pris grand plaisir à retrouver (un lexique à la fin du livre rendra bien service aux novices) j’ai pensé aux romans de Cormac McCarthy dans la même lignée que celui-ci.

Une véritable épopée sauvage, où les hommes, aux allures bestiales sont prêts à tout pour garder les privilèges qu’ils se sont accordés.

On ne peut qu’admirer le courage de ce jeune garçon de seize ans qui se rebelle contre l’injustice au péril de sa vie face à ses bêtes sauvages.

Porté par un souffle extraordinaire, ce roman de caractère vous emportera au cœur de la noirceur de l’âme humaine, pas loin des portes de l’enfer.

C’est violent, ça glace le sang et déchire le cœur, une véritable pépite de la littérature américaine à découvrir absolument.

Ce roman a été adapté au cinéma sous le titre L’heure de vérité. Un film de Louis Bélanger, bande-annonce à découvrir ici, histoire de vous mettre dans l’ambiance.

Pour info :

Né en 1947 en Ontario, Trevor Ferguson arrive à Montréal à l’âge de trois ans, plus précisément dans le quartier multiethnique de Parc-Extension où aboutiront à leur tour plusieurs de ses personnages.

Il est l’auteur de plusieurs romans, traduits en français aux Éditions de la Pleine Lune dont : La Vie aventureuse d’un drôle de moineau, Onyx John, Train d’enfer, La Ligne de feu, Le Kinkajou et Sous l’aile du Corbeau.

Il est également l’auteur de plusieurs pièces de théâtre et a publié des thrillers sous le pseudonyme de John Farrow.

Trevor Ferguson vit actuellement à Montréal et se consacre entièrement à l’écriture.

Je remercie les Éditions 10/18 pour ce roman noir qui conduit ces hommes sur le chemin de l’enfer.

“ Le grand silence ”

Le grand silence de Jennifer Haigh aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de-Laurens

 » La plupart d’entre vous sont maintenant au courant de ce qui est arrivé à mon frère, ou du moins d’une version de l’histoire : les événements dramatiques du printemps et de l’été, l’accusation ignoble, unique et toujours sans preuve qui a ruiné sa vie. À Philadelphie, où je vis, son histoire s’est retrouvée enfouie au milieu des pages nationales, un paragraphe laconique tiré d’une agence de presse, ne donnant guère plus que son nom, Arthur Breen ; (…) Les journaux de Boston s’y sont davantage intéressés, fouillant dans son passé, ses années de séminaire, le séjour à Rome, les trois paroisses de banlieue dans laquelle il avait officié sans le moindre incident. Comme il est d’usage dans ce genre d’affaire, son accusatrice n’était pas nommée. “

En 2002, quand le scandale visant les prêtres de l’Eglise catholique de Boston éclate, Sheila McGann installée à Philadelphie est loin d’imaginer que son frère aîné, Art, se retrouverait également soupçonné d’abus sur un jeune garçon dont il est proche.

Malgré la distance qu’elle avait pris avec sa famille trop étouffante, elle prend la décision de rentrer à Boston, pour défendre son frère dont elle était restée très proche malgré l’éloignement. Mike, leur autre frère, ancien policier est également disposé à découvrir la vérité en menant sa propre enquête.

N’importe quelle rumeur sème le doute dans les esprits de chacun, et bien davantage lorsqu’il est question d’enfants. À travers différents témoignages récoltés pendant les diverses enquêtes, le doute persiste et s’installe créant un climat malsain dans l’entourage de ce curé si dévoué. Il ne sera malheureusement pas épargné.

” L’histoire d’Art est, pour moi, l’histoire de ma propre famille, avec toutes ses dérobades et ses mystérieuses omissions : les secrets non dissimulés longtemps ignorés, les sombres reliques jamais déterrées. Je comprends, aujourd’hui, que la vie de Art a été ruinée par le secret, une tare familiale ; et que j’ai joué un rôle dans sa chute – un rôle mineur, bien sûr, une entrée au troisième acte ; mais un rôle malgré tout. Ça n’apaisera pas mon frère, plus maintenant ; et Aidan Colon est toujours un enfant ; il est trop tôt pour dire ce que lui réserve l’avenir. Alors peut-être est-ce pour moi-même que j’accomplis cet acte public de contrition. Ma pénitence est de raconter tout ce que je sais de cette vérité crue, parfaitement consciente que c’est beaucoup trop peu, beaucoup trop tard. “

Ce que j’en dis :

Pour passionner et captiver les lecteurs avec un sujet aussi sensible sans tomber dans le voyeurisme ou le pathos, il faut un certain talent de conteuse que Jennifer Haigh possède indiscutablement.

En abordant cette histoire à travers la voie de Sheila, la sœur du jeune prêtre, l’auteure nous plonge au cœur d’une famille américaine catholique qui subit de plein fouet les accusations portées sur l’église de Boston et sur leur fils. Une famille qui à elle seule engrange de douloureux secrets.

Une histoire pleine de suspense qui soulèvent en nous de nombreuses interrogations et sème le doute dans notre esprit bien souvent influencé par toutes les rumeurs véhiculées par les médias, qui font de ce prêtre un coupable idéal, mais au final qui détient la vérité en dehors des enfants ?

Le grand silence fait partie des récits inspirés de faits réels qu’on ne peut qu’admirer pour leur clairvoyance puisqu’il dépeint sans jugement une situation dramatique à laquelle hélas beaucoup d’innocents ont été confrontés. Des vies détruites suite à une rumeur, des familles brisées et des enfants innocents pris au piège d’un système qui est censé les protéger.

Une histoire poignante portée par une plume remarquable que je vous recommande vivement.

Pour info :

Jennifer Haigh est née en 1968 à Barnesboro, en Pennsylvanie. Elle étudie en France, se tourne d’abord vers le journalisme avant de tout quitter pour se consacrer à la littérature. Vivant de petits boulots, elle écrit son premier roman et devient élève du prestigieux programme de Creative Writing de l’Université de l’Iowa. Elle est publiée pour la première fois en 2003 et remporte le PEN/ Hemingway Award. Elle est l’auteur de six romans et d’un recueil de nouvelles. Depuis plus de dix ans, son succès aux États-Unis ne se dément pas. Elle vit à Boston.

je remercie les Éditions Gallmeister pour cet extraordinaire roman absolument bouleversant.

“ Stoneburner ”

Stoneburner de William Gay aux Éditions Gallimard  » La Noire “

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean–Paul Gratias

” Les événements commençaient à prendre un peu de sens, et il eut soudain l’impression qu’il s’était fourré jusqu’au cou dans un bourbier sans nom, qu’il s’était lancé dans une aventure qui le dépassait. Une fois de plus, il avait signé un contrat sans lire les clauses imprimées en petits caractères, et l’envie lui vint de dévaler l’escalier de la tourelle et de regagner Ackerman’s Field le plus vite possible.

Lorsque l’avion entama un virage sur l’aile, Thibodeaux réagit aussitôt. “

Quand l’occasion se présente pour Thibodeaux de ramasser du fric, sans trop d’effort il saute sur l’occasion pour ensuite filer à bord de sa caisse avec une Belle blonde vers de nouveaux horizons.

En prenant la route, il était loin d’imaginer qu’on lancerait à leurs trousses un détective privé nommé : Stoneburner, un vétéran du Vietnam comme lui, une vieille connaissance tout aussi fracassée que lui.

” Je me suis demandé si Thibodeaux pouvait être le Thibodeaux avec qui j’étais parti à la guerre, sans être sûr d’avoir vraiment envie de le savoir. J’avais fait tout mon possible pour effacer Thibodeaux de ma vie et de ma mémoire. Il était lié à beaucoup trop d’événements désagréables, et à un moment, je m’étais dit que lorsque les bagages s’accumulaient en grand nombre, il fallait les jeter dans le fossé, pour réduire la charge. Un poids excessif vous ralentit, et celui qui voyage vite est toujours seul. “

Stoneburner pensait être débarrassée de cette amitié toxique, loin de la civilisation où il venait juste de s’installer en pensant se la couler douce. Il va pourtant accepter de bosser pour Cap Holder, un vieux débauché cynique, ex-shérif du coin, pour tenter de lui ramener la valise de fric et sa blonde sulfureuse en cavale avec le petit caïd qu’il a eu l’occasion de croiser…

” Aussi belle qu’une rivière de Whiskey dans le rêve d’un poivrot. “

Étourdis par tant de frics, nos deux flambeurs peu discrets, sèment les indices sur leur route entre le Tennessee, le Mississippi et l’Arkansas.

Pour Stoneburner et le baron de la drogue fort mécontent d’avoir été roulé, la poursuite s’avère aisée.

Reste plus qu’à leur mettre la main dessus avant que tout l’argent se fasse la malle.

” Thibodeaux était étendu sur le lit, les yeux fermés, les mains sous la nuque. (…) Son espérance de vie s’amenuisait, et il était confronté à une réalité angoissante : celle d’un délinquant fuyant la justice, et qui tentait une fois de plus de maîtriser le chaos, tout en admettant être de connivence avec un monde dont il ne se sentait plus complice. “

Ce que j’en dis :

On peut compter sur LA NOIRE de chez Gallimard pour nous offrir pour son retour, une deuxième parution toute aussi formidable que Le silence brutal de Ron Rash, en nous donnant l’occasion de découvrir enfin un roman noir qui a été écrit entre 2006 et 2007, mais que l’auteur avait préféré ranger dans un tiroir, trouvant celui-ci trop proche, par le ton de celui de son ami Cormac McCarthy : No Country for Old Men.

William Gay hélas disparu, n’aura pas le plaisir de profiter des éloges qui ne manqueront pas de pleuvoir après la lecture de ce récit absolument fabuleux.

Originaire du Tennessee et vétéran du Vietnam, William Gay s’est sans doute servi de son expérience et de son environnement pour écrire ce roman qui met en scène deux vétérans fracassés et une belle garce, un trio infernal qui ne cessera de nous surprendre dans cette cavale qui démarre sous des chapeaux de roues à bord d’une Cadillac.

Aussi captivée par l’histoire que charmée par la plume singulière qui rajoute autant de plaisir à la lecture, ce roman ne manque ni d’humour ni d’originalité.

Une aventure atypique 100% américaine dans une atmosphère sombre et brumeuse qui vous emportera à travers les États-Unis des années 70 en compagnie de deux paumés et d’une bombasse avec un humour féroce et une noirceur poétique.

C’est du grand art, noir et corsé et c’est à découvrir absolument.

Pour info :

Né en 1941 à Hohenwald dans le Tennessee, William Gay a servi quatre ans dans la marine pendant la guerre du Vietnam. De retour au pays, il a repris la charpenterie – son métier – et l’écriture.

Il est l’auteur de nombreuses nouvelles et de six romans. Quatre ont été traduit en France à ce jour, dont La mort au crépuscule (Folio policier), lauréat du Grand Prix de la littérature policière.

Il est mort en 2012 dans sa ville natale.

« Avant d’être considéré comme l’égal de Cormac McCarthy ou de Larry Brown, William Gay était un charpentier qui composait des phrases dans sa tête durant sa journée de travail. » The Washington Post

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette cavale à la noirceur délicieuse sur les routes américaine.

“ Au nom du bien ”

Au nom du bien de Jake Hinkson aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Sophie Aslanides

” – Richard ?

– Quoi ?

– Si tu ne viens pas aujourd’hui, nous entrerons dans la phase conséquences.

Je suis là, en pantalon de pyjama et vieux T-Shirt, mes pieds nus sur le sol en béton froid, et j’éprouve une peur indescriptible à l’idée du danger que ce garçon représente pour moi, mais malgré tout, ma voix tremble d’indignation quand je lui dis :

– J’y serai. “

Apparemment Richard a des problèmes. Il a beau être le pasteur respecté d’une petite ville de l’Arkansas, un de ses agneaux est sur le point de le faire chanter et il n’attendra pas longtemps à nous révéler certains secrets en dehors du confessionnal.

Richard a commis le péché de chair, mais pas avec sa femme, il devrait donc filer tout droit en enfer.

” Je n’ai jamais voulu qu’arrive quoi que ce soit de ce genre. Lui non plus. C’est arrivé c’est tout. Le diable nous a tout deux trompés. Le diable promet la même solution facile à tous les problèmes, la même rustine pour toutes les brèches : fais ce que tu veux.

C’est ce que j’ai fait. J’ai comblé mon manque. “

Si Richard va devoir agir pour éviter un scandale, sa respectabilité est en danger, il risque de perdre bien plus que sa femme et ses cinq enfants. Alors il est temps d’agir même s’il doit demander de l’aide au tout-puissant.

” C’est une absurdité et une hérésie de demander son assistance à Dieu dans une entreprise aussi basse et sordide que celle-ci, bien entendu, mais je ne peux pas m’en empêcher. C’est une prière profane émise par une âme profane. “

Richard n’a que peu de temps pour réécrire l’histoire parsemée de mensonges quitte à piéger au passage quelques innocents.

Et peut-être qu’après tout ça, il passera à confesse ou pas…

Ce que j’en dis :

Pardonnez-moi très cher Pasteur pour n’avoir pas encore lu tous les livres de votre créateur Jake Hinkson, qui sont pourtant bien présent dans ma bibliothèque (la preuve en photo) et bien plus plaisant à lire que la Bible. Oui moi aussi j’ai une addiction, mais bien plus honorable que la vôtre, je ne m’intéresse pas aux garçons (quoi que) mais aux livres, alors délivrez moi de mon péché et peut-être que je vous délivrerai du vôtre…

Il est certain que le portrait que l’on brosse ici de votre personne n’est guère reluisant et démontre une fois encore une certaine hypocrisie de cette Amérique puritaine.

Si l’habit ne fait pas le moine, vos secrets n’en demeurent pas moins inavouables et ne passeront même pas la porte du confessionnal, même arrosés à l’eau bénite.

On peut compter sur votre créateur pour nous parler du pire de la meilleure façon possible à travers cet excellent roman noir qui enverra très certainement votre âme brûler en enfer.

Jake Hinkson exorcise ses obsessions liées à la religion et au crime à travers cette histoire brutale qui s’avale comme un shot de whisky.

Il est certain que je ne refuserai pas une prochaine tournée, un bon Jake Hinkson ça ne se refuse pas, je ne me ferai pas prier.

Pour info :

Jake Hinkson, par Jake Hinkson

Flannery O’Connor a un jour écrit qu’“un écrivain qui a survécu à son enfance dispose d’assez d’informations sur la vie pour tenir jusqu’à la fin de ses jours”. Flannery O’Connor est mon auteure préférée.

Je suis né dans l’Arkansas en 1975. Mon père était charpentier et diacre dans une église évangélique, ma mère secrétaire dans une église. J’ai deux frères, l’un plus âgé, l’autre plus jeune. Le grand est devenu pasteur. Le petit enseigne l’histoire. Nous avons grandi dans une famille stricte, baptiste, du Sud des États-Unis. À l’époque, je ne considérais ni ma famille ni moi-même comme des gens “religieux”. C’était simplement la vie telle que je la connaissais. Nous allions à l’église trois fois par semaine.

L’été de mes quatorze ans, nous sommes partis dans les monts Ozark nous installer dans un camp religieux géré par mon oncle et ma tante, des missionnaires. Ma famille s’est entassée dans un petit chalet et j’ai passé l’année de ma seconde à dormir sur le canapé.

Le camp organisait des réunions pour le renouveau de la foi et d’autres ateliers pour les jeunes. J’ai participé à un camp de travail pour les garçons, ce qui était aussi amusant que ça en a l’air. On y alterne travail en extérieur (défrichage, cimentage) et étude intensive de la Bible.

À cette époque,  j’ai commencé à lire des romans policiers que je sélectionnais à la bibliothèque. Mickey Spillane est le premier auteur dans lequel je me suis plongé. J’ai fait la découverte de Bogart au même moment, et via ses films, je suis arrivé jusqu’à Hammett et Chandler. C’est à cette période que j’ai loué en secret le film La Mort sera si douce, en pensant qu’il s’agissait là d’un porno soft, et c’est ainsi que j’ai découvert Jim Thompson.

Les deux obsessions de mes jeunes années – la religion et le crime – m’habitent encore aujourd’hui. À l’université, j’ai découvert O’Connor et Faulkner, Dickinson et Baldwin, mais toutes ces œuvres ramenaient aux notions de péché et de rédemption, de transgression et de ruine, qui ont constitué mon enfance.

Durant ma première année de fac, j’ai traversé une crise religieuse. Malheureux au sein de l’Église baptiste du Sud, conservatrice, mais réticent à l’idée d’assumer mon scepticisme, je me suis enfoncé plus encore dans la croyance et ai rejoint l’Église pentecôtiste ultra orthodoxe. 

Quatre ans plus tard, lessivé par les services charismatiques (aucun maniement de serpent, malheureusement, mais un grand nombre de cris, de touchers, de prophéties et de langages codés), j’ai abandonné complètement l’Église.

J’ai repris mes études, et trouvé un petit boulot dans une vieille librairie de Little Rock. J’ai  discuté un jour de westerns avec Charles Portis. Une autre fois de livres électroniques avec Dee Brown.

Quelques années plus tard, j’ai intégré en Caroline du Nord, à Wilmington, un master de création littéraire où John Jeremiah Sullivan, Clyde Edgerton, Rebecca Lee, et Karen E. Bender enseignent. C’est à cette période, à tout juste trente ans, que j’ai découvert l’alcool. La première fois que je me suis saoulé, j’ai discuté avec Donna Tartt de La Corde, le film d’Hitchcock.

J’ai passé la grande partie des dix dernières années à enseigner, à l’Université du Maryland, à Trinity Washington University, et à Monmouth University dans le New Jersey. Depuis un an, j’habite à Chicago.

Mes principaux centres d’intérêt, mis à part lire et écrire, sont aujourd’hui d’observer les mystères inhérents à mon chat, Little Edie Beale, et de hanter les différentes salles de cinéma de la ville. Mes goûts musicaux s’orientent vers le gospel d’antan – the Louvin Brothers, Sister Rosetta Tharpe, The Five Blind Boys of Mississippi.

J’écris souvent dans des magazines tels que la Los Angeles Review of Books, Mental Floss, Mystery Scene, Criminal Element et Tor. Depuis cinq ans, je publie des articles dans le journal de cinéma d’Eddie Muller, Noir City. Début 2015, Broken River Books a publié un recueil de mes articles consacrés au cinéma et intitulé The Blind Alley : Exploring Film Noir’s Forgotten Corners. Est sorti au même moment mon premier recueil de nouvelles, The Deepening Shade, aux éditions All Due Respect.

Voici, en résumé, ma vie jusqu’ici. 


“ Toute une vie et un soir ”

Toute une vie et un soir d’Anne Griffin aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (Irlande) par Claire Desserrey

Dans une bourgade d’Irlande, un vieil homme prends place au bar du Rainsford House Hotel, seul comme toujours.

Ici c’est le calme plat. Pas un péquin en vue. Il n’y a que moi, qui marmonne dans ma barbe et tambourine sur le bar, pressé de boire ma première gorgée. Si je réussi à me la faire servir… “

Il est amoureux de Sadie depuis leur première rencontre, mais hélas il y a deux ans Sadie est partie pour toujours.

Même de mauvais poil, elle était jolie. Des cheveux châtains bouclés avec des reflets roux assortis à son rouge à lèvres. Une peau laiteuse. Des tâches de rousseur parfaites partout sur son nez froncé comme si elle les avait dessinées le matin devant sa glace. Des yeux bleus comme un ciel d’été dans le comté de Meath.

Inconsolable, ne pouvant vivre sans elle, il a pris une décision importante, mais avant cela, il va porter cinq toasts, aux cinq personnes qui ont le plus compté dans sa vie.

Je suis prêts pour le premier de mes cinq toasts : cinq toasts, cinq personnes, cinq souvenirs. Je pousse vers elle ma bouteille vide. Elle l’attrape et se détourne, ravie de s’occuper les mains, et moi je murmure dans ma barbe : « Je suis ici pour me souvenir – de ce que j’ai été et de ce que je ne serai plus. »

Le temps d’une soirée, toast après toast, on fait la connaissance de son grand frère Tony, de Noreen, sa belle-sœur un peu fêlée, de la petite Molly, son premier enfant, de son fils Kevin, un brillant journaliste qui mène sa vie aux États-Unis et de Sadie, sa femme qu’il a tant aimé. Cinq toasts pour rendre hommage à ceux qui ont jalonné sa vie pour le meilleur et parfois pour le pire…

Toute une vie se révèle le temps d’un soir, sans fards, à cœur ouvert, avec pudeur et grâce, et nous offre une belle histoire qui contient toute l’âme de l’Irlande.

” En balayant la salle du regard, je repense à la journée que je viens de passer, à l’année – deux années, en fait – sans ta mère. Je me sens fatigué et pour tout dire, pas rassuré. Je frotte mon menton râpeux en observant les bulles remonter, je m’éclaircis la gorge pour évacuer mes soucis. Il est trop tard pour reculer, fiston. Trop tard. “

Ce que j’en dis :

Et si à mon tour je portais cinq toasts pour saluer dignement ce superbe roman.

Le premier toast sera pour le magnifique moment de lecture qu’il m’a fait passé en compagnie d’un homme plein de surprises. J’ai adoré partager les confidences et découvrir cette vie le temps d’une soirée accompagnés de quelques verres.

Je lève mon verre pour un deuxième toast pour souligner l’originalité du récit pour nous présenter les souvenirs de ce taiseux qui a pourtant beaucoup à nous confier.

Des félicitations s’imposent et amènent un troisième toast pour la couverture et le titre qui prennent tous leurs sens au cours de la lecture.

Une histoire ne peut être réussie sans une belle plume et c’est avec grand plaisir que j’ai savouré celle-ci et lui porte un quatrième toast.

Et mon dernier toast sera commun pour féliciter l’auteur Anne Griffin et pour remercier les Éditions Delcourt de l’avoir accueilli dans leur maison auprès de talentueux auteurs du monde entier.

Alors si comme moi, vous aimez les histoires atypiques qui ont une âme, n’hésitez pas à découvrir Toute une vie et un soir et n’oubliez pas de trinquer à son succès absolument mérité.

Une nouvelle plume irlandaise divinement savoureuse, à lire sans modération.

Pour info :

Récompensée par le John McGahern Award, Anne Griffin a publié ses nouvelles dans The Irish Times et The Stinging Fly. Elle a été libraire à Dublin et Londres, et travaille pour plusieurs associations caritatives. Née à Dublin, elle vit aujourd’hui à Mullingar. Son premier roman, Toute une vie et un soir, paraît dans sept pays en 2019.

Je remercie les éditions Delcourt pour ce fabuleux roman absolument inoubliable.

“ Les Dieux de Howl Mountain ”

Les dieux de Howl Mountain de Taylor Brown aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Laurent Boscq

Le garçon leva un bref instant les yeux vers la vieille maison, dont les rondins de chênes découpés à la hache s’imbriquaient en queue d’aronde. La véranda s’affaissait un peu sous le toit de tôle, mais elle tenait bon. Les fenêtres brillaient d’une chaude lumière ; autour des vitres, le mastic d’argile miroitait dans l’obscurité comme des bandes blanches. Derrière, il y avait la cabane qui servait de grange, avec son toit aux panneaux arrachés, puis la porcherie et le fumoir. Chaque chose était à sa place. Et la prairie tout autour, pas impeccable mais entretenue, miroitait d’un bleu profond sous la lune. “

C’est ici, dans cette vieille maison, que vit Rory Docherty auprès de sa grand-mère, une femme étonnante. De retour de la guerre de Corée, où il y a laissé une jambe, il tente de se reconstruire malgré les cauchemars qui le hantent trop souvent. Pas facile d’oublier cette guerre, quand la douleur et un membre fantôme vous le rappellent constamment.

Sa mère, est hélas internée dans un hôpital psychiatrique depuis une agression qu’elle a subi avant la naissance de Rory. Muette depuis, elle n’a jamais pu révéler le noms de ses agresseurs. Rongée par les remords et la culpabilité, de n’avoir pu protéger sa fille, Ma fait son possible pour veiller sur son petit-fils.

” Parfois, elle se demandait comment elle avait pu donner naissance à une aussi belle et douce enfant. Et comment elle avait pu échouer à protéger cette créature de lumière des démons de l’enfer. Elle n’avait jamais retrouvé ses agresseurs. Elle ne les avait jamais fait payer pour leur crime, ne leur avait pas tranché la gorge ni arraché le cœur. Depuis ce jour, l’univers de sa fille s’était désaxé. Malgré ses ruses et ses talents de sorcière, elle avait échoué à lui rendre son équilibre. Et aujourd’hui que son petit-fils était revenu chez elle avec la guerre dans le sang, elle s’inquiétait de savoir où ça pourrait le mener. Au bout de cette route engloutie depuis longtemps par la montée des eaux. Elle s’inquiétait aussi de la peur et de la culpabilité qui pourrait surgir et obscurcir son cœur. Elle ne connaissait ça que trop bien. “

Rory livre pour le compte de son oncle de l’alcool de contrebande. Longtemps considéré comme le baron de l’alcool clandestin, Eustace voit son empire menacé par la concurrence et par l’arrivée d’un nouvel agent fédéral prompte à faire du zèle. Au volant de Maybelline, Rory va devoir ruser pour déjouer la surveillance des agents fédéraux bien décidés à mettre fin à ce trafic, tout en affrontant ses rivaux et les fantômes liés au passé. Et ce n’est pas l’apparition de cette belle fille dans le paysage qui va beaucoup l’aider à ne pas perdre la tête.

Ce que j’en dis :

Qu’il fut bon de croiser sur ma route Les Dieux de Howl Mountain et de découvrir la magnifique plume de Taylor Brown pour me raconter cette histoire.

Ce roman possède toute les qualités dont je pouvais rêver. Une écriture singulière qui s’habille de lyrisme pour nous décrire cet endroit de Caroline du Nord, des personnages authentiques auxquels on s’attache forcément, qu’ils soient du passé ou du présent, on ne peut rester insensible à leurs vécus et à la force qui les habite, pour faire face à tous ses mauvais coups disséminés sur leurs routes.

Et c’est avec plaisir que l’on savoure ces pointes d’humour caustiques et parfois gonflées qui s’immiscent entre les lignes pourtant très sombre, qui apportent un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Entre Rory et Ma sa grand-mère, on sent un attachement féroce, un respect mutuel, une belle complicité, un grand amour malgré les années qui les séparent et le passé douloureux qui les a réuni.

Mais également les personnages secondaires, qui ne manquent pas de caractère, tel que Eli l’ami de Rory ou encore Eustace son oncle. Et d’autres bien évidemment que je vous laisse le plaisir de découvrir…

Taylor Brown nous offre un récit fabuleux aux côtés de ces bootleggers, dans les années cinquante, parsemant son histoire de coutumes et de croyances, dans un coin reculé des États-Unis et rejoint de ce fait le clan des auteurs qui donnent voix avec beaucoup de talent aux oubliés de l’Amérique tels que Ron Rash, Donald Ray Pollock ou encore Tom Franklin.

Une nouvelle voix qui ne manque ni de style, ni de caractère, ni d’humour. Je n’ai pas aimé, j’ai adoré, et c’est avec une grande impatience que je me prépare pour une future rencontre grâce à Léa créatrice du Picabo River Book Club et aux Éditions Albin Michel.

Je les remercie tous deux infiniment pour cette divine lecture pleine de charme et pour ce prochain rendez-vous qui va me permettre de féliciter en live ce grand auteur.

À souligner également la magnifique traduction de Laurent Boscq et la magnifique couverture très représentative qui nous embarque à bord de cette voiture vers une contrée mystérieuse.

” – Il y a quelque chose qui cloche chez ce type, reprit-il, genre depuis la naissance.

– J’en ai connu des comme ça, là-bas. Des mauvais de naissance.

Eli pivota sur un coude et le fixa du regard.

– En Corée ?

Rory acquiesça.

– C’était comment ? (…)

– Tout ce que je peux te dire, c’est que c’est un endroit où tu as envie que ce genre de fils de pute soient de ton côté, et derrière toi. Les pires. Les plus fous. Là-bas, le mal était un bien.

(…) je crois bien que tu reviens en plein bordel, conclut-il en secouant la tête.

Rory jeta sa cigarette par terre et l’écrasa avec son pied valide.

– Au moins, je suis revenu, dit-il. Enfin, en partie. “

Pour info :

Taylor Brown est né en 1982 en Géorgie, dans le sud des Etats-Unis, puis il a vécu à Buenos Aires et San Francisco avant de s’installer en Caroline du Nord. 

Les dieux de Howl Mountain est son troisième roman après La Poudre et la Cendre (Autrement, 2017) et The River of Kings (à paraître chez Albin Michel).

Par ailleurs nouvelliste, il a publié ses textes dans une vingtaine de revues littéraires, et a été récompensé par le Montana Prize in Fiction.

“ La vallée des ombres ”

La vallée des ombres de Xavier-Marie Bonnot au Éditions Pocket

” Rémy Vasseur, 18 ans

Assassiné lors des grèves de décembre 1986

Je ressens le besoin de caresser le mur. (…)

Je revois Rémy, mon cadet, jeté à terre. Dans ma tête tout est confus. Ses traits sont devenus flous.

Après sa mort, j’ai rompu les amarres. Je suis devenu un type redoutable. Les unités d’élite de la Légion étrangère m’ont transformé. J’ai souffert, j’ai saigné. J’ai tué. J’en avais besoin. Je suis descendu au fond de la vie. Tout au bout des remords. Mais mon ombre est toujours là, ma fausse identité. Aucune guerre, aucun combat ne l’a estompée. Je n’ai jamais vraiment su qui j’étais.

Tout peut changer sauf vous-même. Sauf votre passé. “

Après une absence de 20 ans, René Vasseur est de retour à Pierrefeu, dans la vallée industrielle où il a grandi.

Après avoir été un souffre-douleur dans sa jeunesse, il est devenu une véritable machine de guerre. Ces vingt années dans la Légion étrangère l’ont transformé. Et c’est le cœur chargé de haine qu’il réapparaît dans le paysage dévasté par la crise.

À peine installé dans la maison de son père qui vit ses derniers jours, il doit faire face à une disparition inquiétante où tout semble l’accuser et donner raison à son ancien chef de corps.

 » Le chef de corps m’a lancé une phrase à mon départ de la Légion : « Méfiez-vous, Vasseur. Les légionnaires font de bon coupables. Les Français n’aiment les héros que mort. »

Peu à peu les ombres du passé surgissent tour à tour : la femme qu’il a tant aimé, son bourreau d’enfance devenu flic, son meilleur ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé et le fantôme de son frère qu’il a toujours l’intention de venger.

” J’ai envie de fuir, une fois encore. Changer à nouveau d’identité. Retourner à la Légion, repartir à la guerre et y mourir. Ce serait si facile. “

Ce que j’en dis :

Après avoir été complètement sous le charme de la plume de l’auteur avec son magnifique roman : Le dernier violon de Menuhin (ma chronique ici), j’étais impatiente de le retrouver pour une nouvelle aventure livresque.

À peine commencé, la magie de son écriture m’envoûte et m’embarque au cœur des montagnes près de Grenoble au côté d’un être tourmenté, emplit de colère et de haine auquel je m’attache pourtant direct. Cet homme blessé depuis l’enfance, revient avec ses nouvelles blessures d’adultes, ses blessures de guerre et se retrouve piégé au milieu de ripoux en tout genre. En plus d’affronter sa part d’ombre, il devra faire face à certaines révélations, à certains secrets de famille pourtant bien cachés par tous ces taiseux depuis si longtemps et vont réanimer sa soif de vengeance.

Dans une atmosphère sombre, oppressante, inquiétante Xavier-Marie Bonnot nous plonge au cœur de l’âme humaine, à travers une intrigue saisissante pleine de violence mais toujours avec beaucoup de pudeur.

Un auteur qui a du style et se démarque par une plume remarquable.

Il nous offre un magnifique roman noir, que je ne peux qu’indiscutablement vous recommander surtout si comme moi vous aviez apprécié Aux animaux la guerre de Nicolas Matthieu. Sans pour autant les comparer l’un à l’autre, étant chacun très talentueux, et différents, mais se rejoignent à travers leurs personnages qui ne manquent pas de caractère dans ce climat social très rude de leurs histoires où vallée grenobloise rejoint la vallée vosgienne comme un écho qui se répercute à travers les montagnes.

C’est noir, violent, stylé, c’est signé Xavier-Marie Bonnot, un auteur à suivre absolument et ça tombe bien, son premier roman : La première empreinte réédité aux Éditions Belfond m’attend patiemment.

À bientôt donc …

Pour info :

Né en 1962, Xavier-Marie Bonnot est écrivain et réalisateur de films documentaires.

Il remporte avec son premier roman, La Première Empreinte (L’Écailler du Sud, 2002), le prix Rompol et le prix des Marseillais. Le Pays oublié du temps (Actes Sud, 2011) a été récompensé par le prix Plume de cristal et Premier homme (Actes Sud, 2013) par le prix Lion noir. Il est désormais traduit dans le monde entier.

Après La Dame de pierre (Belfond, 2015), La Vallée des ombres est son huitième roman.

Je remercie les Éditions Pocket pour ce roman noir d’exception.

“ Une flèche dans la tête ”

Une flèche dans la tête de Michel Embareck Aux Éditions Joëlle Losfeld

” Elle place alors un bras autour de la taille de son père tandis qu’il lui pose une main sur l’épaule. La vie passe à la vitesse de petits riens dont la mémoire se nourrit pour en faire des souvenirs de la veille. (…) Les mots d’enfants résonnent à son oreille comme entendu hier. Il la regarde en coin, décèle les traits de l’enfance sur son visage, ce moment de grâce qui avait précédé les remous des calendriers, emportant la famille à hue et à dia. « Une fille saine», seule expression qui lui vienne à l’esprit. “

À la Nouvelle-Orleans, un père et sa fille vont tenter de renouer après une longue séparation. En sillonnant ensemble la route du blues, ils espèrent rétablir des relations qui étaient jusqu’à présent plutôt chaotiques.

” Sans le moindre éclaircissement sur ce fichu violon placé dans le coffre, elle se gare sur le parking quasi désert du musée, dubitative quand aux effets thérapeutiques d’un voyage pour mettre de l’ordre dans des souvenirs de bonheur en vrac et en berne. “

Peu à peu ils découvrent les pièges à touristes et apprennent pourtant la vérité sur la mort d’un géant du blues.

Mais ce voyage est l’occasion pour le père de s’interroger sur ses crises de migraines, qu’il supporte depuis si longtemps, une douloureuse maladie qui la conduit à des rapports misanthropes avec son entourage.

” Il vit avec un serpent, une aiguille à tricoter, un marteau piqueur ou une barre de fer dans la tête. “

Difficile dans de telles conditions de se laisser aller à la confidence.

” À chaque occasion l’histoire repasse les mêmes plats, chaque fois plus amers, moisis, dissimulés derrière un vocabulaire aussi vide que pompeux. On peut être tenté de mettre fin à ses jours par dégoût des autres. Ou par dégoût de soi-même. Il avait cumulé les deux pendant suffisamment longtemps pour avancer désormais vers la mort sans la redouter. “

Ce que j’en dis :

Le pèlerinage de ces deux êtres nous fait découvrir la route mythique du blues, et les plus énigmatiques géants du blues s’invitent dans le paysage.

Le blues en parfaite harmonie avec le mal de vivre qui habite cet homme qui soufre depuis si longtemps, le cœur brisé et la tête fracassée par d’incessantes migraines.

Dans cette errance, un père et sa fille aux âmes blessées tentent désespérément de se rapprocher tout en s’éloignant davantage à chaque tentative en écho à ce monde en perdition.

Un roman où la musique et les pensées philosophiques s’entremêlent pour nous offrir une douce balade digne des plus beaux blues.

À savourer avec en fond sonore l’album” Migraine Blues ” de Fred Sheftell

Pour info :

Journaliste au magazine Best de 1974 à 1983, Michel Embareck, né en 1952 dans le Jura, a écumé les scènes rock des années 1970 et 1980, collaborant à Rolling Stone et Libération.

Il est l’auteur d’une trentaine de romans, polars et recueil de nouvelles avec entre autres, aux éditions de l’Archipel, Cloaca Maxima, Avis d’obsèques, Personne ne court plus vite qu’une balle (2015) et Jim Morrison et le diable boiteux (2016, Prix Coup de foudre des Vendanges Littéraires de Rivesaltes). Ont paru chez Archipoche : La mort fait mal (2013, prix Marcel Grancher) et Le Rosaire de la douleur (2015).

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce magnifique blues sur les routes du Mississippi.