“ L’Extravagant Monsieur Parker ”

L’Extravagant Monsieur Parker de Luc Baranger aux Éditions de La Manufacture de Livres

Leroy Parker était apparu comme un faux taiseux, un faux ronchon dont le visage parcheminé s’éclairait brusquement d’un regard malicieux, qui conservait quelque chose de juvénile, au moment où son interlocutrice s’y attendait le moins. Il fallut peu de visites pour maman, en tout bien tout honneur, cède au char suranné de ce vieillard barricadé derrière une constante mauvaise humeur de façade qu’un simple sourire féminin parvenait sans difficulté à lézarder. “

Au cours de l’automne de 1949 à Albuquerque, suite à un à accident de travail le mari de Maureen McLaughlin perds l’usage de ses jambes. Afin de subvenir aux besoins de sa famille, elle s’occupe des travaux ménagers de plusieurs personnes âgées, c’est à cette occasion qu’elle rencontre l’intriguant Leroy Parker.

Au fil des jours, ils s’attachent l’un à l’autre et une belle et solide amitié prends forme.

Jusqu’au jour où il apprend que quelqu’un tente d’usurper sa véritable identité, ce bandit de grand chemin n’est pas d’accord et compte bien rétablir la vérité auprès de sa nouvelle amie en lui révélant son secret.

Celui qui fit trembler le Sud des États-Unis et que tous ont cru mort, le légendaire Billy theKid, c’est lui.

” Parker tira sur son cigarillo et marqua à nouveau quelques secondes de silence. Sous le nuage de fumée bleutée revivait-il ce jour funeste vécu quelque soixante-dix ans plus tôt ou mentait-il avec un aplomb inouï ? Maman, tentée de croire le vieux bonhomme, n’arrivait pas à intégrer le fait qu’elle ait pu, sans s’en douter une seule seconde, fréquenter un personnage historique, une « légende » comme il disait. Perturbée, attristée par ce qu’elle venait d’entendre, elle n’osa relancer la conversation. Ce fut Parker qui s’y colla après avoir secoué sa cendre :

– Comme je disais souvent quand j’étais jeune pour amuser mes copains : « je ne suis pas du genre à me laisser abattre »… “

Commence alors pour Maureen et sa famille un voyage fascinant dans le passé du vieux brigand et dans les mythes de l’Ouest américain.

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Ce que j’en dis :

Quand un auteur dégaine sa plume et m’invite à voyager dans le temps pour retrouver Billy the Kid, je ne résiste pas longtemps à l’appel sauvage de l’Ouest américain.

J’oublie que c’est une fiction, basée sur un mythe légendaire et je me laisse emporter par l’histoire absolument réjouissante.

L’écriture stylée de ce Frenchy m’a bluffée, et les pages ont défilé au galop à travers les souvenirs de ce brigand très attachant.

Aussi étonnant que surprenant, ce roman fleure bon l’Amérique, rythmé par les chevauchées fantastique et les frasques de l’extravagant Parker.

Ressusciter à travers ce roman qui ne manque pas d’originalité, Billy the Kid revient sur les devants de la scène et ne se laisse pas voler la vedette par un charlatan.

Alors si vous êtes nostalgique de western, si vous aimez certains auteurs comme Harisson ou Crumley, n’hésitez surtout pas à découvrir ce récit de ce français immigré au Canada qui risque très certainement de vous faire passer un sacré bon moment de lecture avec cette pépite étincelante.

Pour info :

Né à Trélazé dans leMaine-et-Loire, Luc Baranger a été loueur de bicyclettes, lustreur de parquets, peseur de poids lourds dans une carrière, éducateur spécialisé, chauffeur de taxi, traducteur d’une multitude de romans américains, installateur de système d’enseignement à distance, exploitant de submersible…

Il a voyagé dans de nombreux pays et s’est installé au Québec où il vit et écrit.

je remercie Les éditions de la Manufacture de livres pour cette chevauchée fantastique dans l’Ouest américain en compagnie de Billy the Kid.

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“ Nuits Appalaches ”

Nuits Appalaches de Chris Offutt aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Tucker, encore dans l’Ohio, contempla les terres vertes et ondoyantes du Kentucky de l’autre côté du fleuve. Il était parti au début de l’été et revenait au printemps, un hiver de guerre entre les deux. (…) Sa solde de quatre cent quarante dollars était répartie en liasses compactes sur tout son corps dans chacune de ses poches. Les onze médailles qu’il avait reçues étaient au fond de son sac à dos. “

Tucker a tout juste dix-huit ans quand il rentre de la guerre de Corée, dans son Kentucky natal. À pied et en stop, il traverse les collines des Appalaches, qui ont un pouvoir apaisant sur ses souvenirs de guerre d’une grande violence.

Sur le chemin il rencontre Rhonda, une jeune fille de quinze ans, et c’est un véritable coup de foudre.

” Le corps tremblant de Rhonda et les battements de son cœur contre sa poitrine produisaient chez lui une série de sensations inconnues. Il avait subitement faim d’une sorte de nourriture dont il ignorait jusqu’alors l’existence. Il la tenait contre lui sans bouger. Ses bras et ses jambes picotaient comme si on y avait imprimé une légère décharge électrique. Il ne s’était jamais senti aussi calme. Il eut soudain envie que l’orage dure, qu’il gagne en intensité et qu’il prolonge cette nouvelle sensation en lui… “

Immédiatement amoureux, ils se marient, pour ne plus jamais se quitter.

C’est auprès d’un trafiquant d’alcool de la région que Tucker trouve un boulot qui lui permet de faire vivre sa famille. Malgré une grande précarité et une véritable malchance, leur foyer et leurs cinq enfants semblent heureux. Jusqu’au jour où les services sociaux interviennent et menace de séparer la famille si unie.

Tucker ne supportera pas la détresse de sa femme, et sera prêt à tout pour défendre les siens, mettant sa liberté en danger.

Ce que j’en dis :

Il aura fallu attendre 20 ans pour profiter du retour de la magnifique plume de Chris Offutt, qui écrivait pour les studios d’Hollywood et pour divers journaux.

À travers ce roman noir, se cache une merveilleuse histoire d’amour indestructible malgré toute la malchance qu’elle subit.

Dans un endroit très reculé où le paysage domine et le peuple s’autogére, ce jeune vétéran de guerre ne laissera jamais tomber sa femme et ses enfants.

Chris Offutt frappe fort avec ce roman déchirant, une histoire où la rédemption passe hélas par la vengeance mais où l’amour l’emporte sur la haine.

Un roman empli d’humanité porté par une plume lyrique maîtrisée au souffle envoûtant.

L’auteur nous offre pour son retour un récit puissant, noir, mordant qui nous brise le cœur.

Je ne suis pas prête d’oublier Tucker et toute sa famille.

Chris Offutt fait partie des auteurs qui mettent en lumière les oubliés de l’Amérique.

À découvrir également les magnifiques nouvelles publiées chez Gallmeister : Kentucky straight (retrouvez ma chronique ici) et son roman : Le Bon Frère.

Pour info :

Chris Offutt est né en 1958 et a grandi dans le Kentucky dans une ancienne communauté minière sur les contreforts des Appalaches. Issu d’une famille ouvrière, diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, puis un roman autobiographique. Le Bon Frère est son premier roman. Il est également l’auteur de chroniques pour le New York Times, Esquire et quelques autres revues et a été scénariste de plusieurs séries télévisées américaines parmi lesquelles True Blood et Weeds.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce roman noir extraordinaire.

“ Les belles espérances ”

Les belles espérances de Caroline Sers aux Éditions Buchet.Chastel

” – C’est formidable, lui avait expliqué son jumeau avec enthousiasme, tout le monde peut s’exprimer ! On parle enfin ! On explore des idées neuves !

Pierre l’avait écouté avec circonspection. Cette liberté dont il lui rabattait les oreilles lui paraissait si lointaine… “

Mai 68 à Paris, c’est ici que cette histoire commence, en pleine manifestation d’étudiants indisciplinés, refusant l’ordre gaulliste et la vieille société sclérosée…

Pierre et Fabrice sont jumeaux, issus d’une famille où le statut social a de l’importance.

” À cette époque, tout le monde les appelait « les jumeaux » sans mesurer à quel point ils étaient différents et en opposition constante. “

Tout deux viennent de commencer leur vie d’adulte, ont fait des choix et fait des rencontres décisives.

Pierre si jeune, est déjà en couple et même père. Fabrice lui, fait ses débuts dans l’entreprise familiale. Néanmoins, ils restent l’un et l’autre sous la coupe de leur mère, veuve, une femme autoritaire, pleine de principes qui ne se fait pas à l’idée que le monde est en train de changer.

Tel un pavé dans la mare, Fabrice va lancer la première pierre, et va faire voler en éclat tout ce qu’on avait prévu à son attention…

” Oui, il allait partir dans le Sud et commencer une autre vie. Même si le nouveau monde n’était pas encore pour demain, il allait se construire son nouveau monde à lui, comme il l’entendait. Il était temps de vivre… “

De mai 68 à nos jours Les belles espérances raconte le tourbillon de la vie d’une famille française qui devra faire face à l’évolution en marche. Une vie faite de passion, d’amour, de rancoeur, de jalousie, parsemées d’ambitions, de doutes, d’envie, de rêves, de mariage, de naissance, de divorce, où la maladie et parfois les décès révèlent certains secrets honteux.

” Un tableau de vie familiale comme dans les films. “

La vie quoi…

Ce que j’en dis :

À ma grande surprise, la plume de Caroline Sers m’a emporté au cœur de cette famille parisienne à laquelle je me suis très vite attachée.

La vie de ces hommes et de ces femmes défile sous nos yeux, année après année, avec ses joies et ses peines dans une France qui ne cesse d’évoluer que ce soit au niveau technologique mais également des mœurs.

L’auteure pose un regard avisé et subtil sur toutes ces générations qui se suivent sans pourtant se ressembler mais qui restent liées par ce lien du sang qu’on appelle la famille.

Les émotions nous envahissent et réveillent nos propres souvenirs, sur ce demi-siècle passé si vite.

C’est ce qui fait la force de ce roman, sa capacité à retracer tout ce chemin parcouru à travers des personnages réalistes et attachants, auxquels on s’identifie très souvent.

Comme si l’on visionnait les diapos d’une vie avec une voix of qui nous dirait : tu te rappelles ?

On dit souvent : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », ce roman en est la preuve. J’ai erré entre ses pages en compagnie d’êtres humains qui auraient pu croiser ma vie et ont fait partie de la mienne le temps d’une lecture absolument magnifique.

Une belle rencontre livresque qui restera ancrée en moi, auprès de mes plus beaux coups de cœur littéraire.

Je ne peux que vous encourager à vous y plonger très vite.

Biographie présentée par l’auteure :

Je suis née le 18 septembre 1969 à Tulle, en Corrèze. Une enfance puis une adolescence parisiennes m’ont donné le goût des villes, mais l’envie de nature me saisit régulièrement, et c’est en Corrèze ou dans le Gers que je l’assouvis. 

Les livres ont représenté très tôt un havre de paix : dans ma famille, celui qui lit est sacré, rien ne doit le perturber… ce qui m’a permis de me soustraire aux aléas de la fratrie.

J’ai écrit beaucoup de textes inachevés avant de faire lire mon premier manuscrit à un éditeur — une éditrice en l’occurrence. Tombent les avions est paru en septembre 2004 chez Buchet/Chastel. Puis ont suivi La Maison Tudaure, en 2006, Les Petits Sacrifices, en 2008, Des voisins qui vous veulent du bien, en 2009 (chez Parigramme), Le Regard de crocodileen 2012, Sans les meubles, en 2014 et enfin Maman est en haut, en 2016.

Parallèlement, j’ai participé à plusieurs recueils collectifs de nouvelles : trois autour de groupes mythiques, les Ramones, les Doors et Nirvana, et un constitué autour de photographies retrouvées.

Je remercie Claire et les Éditions Buchet. Chastel pour cette balade à travers le temps.

“ Les poissons-chats du Mississippi ”

Les poissons-chats du Mississippi de Richard Grant aux Éditions Hoëbeke

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alexandra Maillard

” Lyndon Johnson a dit : « Il y a les États-Unis, il y a le Sud, et ensuite, il y a le Mississippi. » Ce à quoi Martha Foose a ajouté : « Et ensuite, il y a le delta. On ne sait jamais dans quoi on met les pieds, ici, et c’est justement ce qui rend ce coin si parfait. Je vais travailler papa pendant que tu t’occuperas de Mariah. Nous allons être voisins, et tu pourras même écrire un livre sur tout ça. » “

Après avoir descendu en radeau le fleuve Malagarasi en Tanzanie, puis avoir échappé à des bandits dans la Sierra Madre, l’écrivain Richard Grand décide sur un coup de tête de s’installer dans une vieille demeure d’une vieille plantation près de Pluto, au cœur du delta du Mississippi.

” Quel genre de crétin part pique-niquer pour se retrouver propriétaire d’une maison à la fin ? “

Il démarre alors avec sa compagne une nouvelle vie, qui va leur réserver de belles surprises mais aussi quelques déconvenues.

” – Je ne sais plus à quoi m’attendre, ici. C’est comme si chaque fois que je quittais la maison, quelque chose de bizarre ou de merveilleux se produisait. “

Ils s’immergent dans les sublimes paysages du delta, se lient d’amitié avec une multitude d’individus étonnants, allant de l’éleveur de poissons-chats, aux légendes du blues, en passant par des millionnaires excentriques, et même Morgan Freeman et sa bande de potes.

Un endroit vraiment surprenant où il va découvrir la corruption, le crime et les tensions raciales.

” « C’est une super journée pour être au Mississippi, a-t-il déclaré. Notre cuisine, notre musique… Blancs et noirs passent du bon temps, aujourd’hui. Le Mississippi a ses problèmes, mais putain, qu’est-ce qu’on sait vivre, mec ! On passe même un putain de bon moment. Je ne céderais ma place à personne.

– Moi non plus », ai-je dit avant de faire tinter ma bière contre la sienne. “

Ce qui au départ aurait pu être comparé à un caprice de star se révèlera une aventure humaine extraordinaire.

Au bout du compte, conclut Richard Grant, le Mississippi pourrait être « le secret le mieux gardé des États-Unis.

Ce que j’en dis :

Depuis toujours le Mississippi attira et engendra une multitude d’écrivains, grands raconteurs d’histoires pittoresques, tels que William Faulkner, Tennessee Williams, Shelby Foote, Richard Ford, Donna Tartt, John Grisham, Larry Brown, alors rien d’étonnant à ce que qu’un autre écrivain, portant une affection tenace pour le Mississippi ait envie d’en connaître davantage.

En partageant son expérience à travers ce récit, il nous offre une radiographie de l’état le plus conservateur du Sud.

” (…) Certains de ces individus étaient tellement racistes qu’ils ne s’en rendaient même pas compte. “

Des rencontres improbables, des anecdotes cocasses, des parties de chasses mémorables, des découvertes culinaires surprenantes, des parties de golf au coté d’une star du cinéma, une incursion à la prison de Parchman plutôt étonnante, une cohabitation animale piquante, chaque jour révèle son lot de surprises et d’histoires passionnantes.

” Quand les gens du Sud vous souhaitent de passer une bonne journée, cela peut parfois signifier aller vous faire foutre et bon vent en enfer. “

Une aventure extraordinaire autant pour l’écrivain que pour le lecteur qui osera s’aventurer entre ses pages, drôles, touchantes, qui m’a donné encore plus envie de parcourir cet état, et peut-être même pourquoi pas si la chance est au rendez-vous, trinquer avec Morgan Freeman.

Une magnifique découverte qui m’a fait rêver sans jamais me donner le blues pourtant bien présent au cœur du Mississippi.

Pas étonnant que ce récit ait été pendant des mois, un des best-sellers du New York Times, et le lauréat du Pat Conroy Prize.

Alors n’hésitez surtout pas à découvrir les mystères du Mississippi et de suivre les traces des plus illustres écrivains et des plus grands blues Man.

Pour info :

De « bonne famille » anglaise mais possédé par le désir de courir le monde, Richard Grant a beaucoup voyagé en Afrique et en Amérique latine.

Son premier livre, American Nomads, a été adapté à la télévision par la BBC. Crazy River, récit de sa désastreuse descente du fleuve Malagarasi, a reçu le prix du meilleur livre d’aventure du festival de Banff en 2012. God’s Middle Finger, récit de ses hallucinantes aventures dans la Sierra Madre, est aujourd’hui tenu pour un classique.

Je remercie Christelle et les éditions Hoëbeke pour cette aventure passionnante et savoureuse au cœur du Mississippi.

“ Éphé[mère] ”

Éphé[mère] de John N. Turner aux Éditions de l’Aube

Elle était la petite dernière. Petite, elle l’était restée en taille. (…) Elle ne comptait pour rien. Elle n’avait personne derrière elle. Elle était celle dont l’avis ne comptait pas. Sa voix avait été oubliée, escamotée, soustraite à celle de l’assemblée. Pour la famille, c’était comme si Isa n’avait jamais existé.

Évidemment, elle existait, mais comme la cinquième bouche à nourrir de la fratrie, un corps de plus à vêtir, et non comme une enfant à part entière. Isa était un peu comme un animal domestique dont personne ne se souciait. C’était pratique parce qu’Isa ne disait rien, ne réclamait rien, ne désirait rien mieux que de disparaître. “

Qui est vraiment Isabelle. Que nous cache cette femme si effacée et taiseuse ?

Pour le découvrir, toutes les personnes qui ont croisé ou partagé sa vie, vont tour à tour prendre la parole pour nous raconter une histoire, son histoire.

De son amoureux d’enfance, en passant par sa mère, une sœur, une amie, une voisine, son mari, un journaliste, un médecin, un policier, tous ont quelque chose à dire, que ce soit un avis, un souvenir, un témoignage, une remarque , un soupçon.

Ils l’ont connue, aimée, désirée, ignorée, appréciée, oubliée.

À travers toutes ces confessions, le portrait d’une femme se profile mais seul le lecteur pourra assembler les fragments de cette vie et découvrir :

” Un secret inénarrable  »

Ce que j’en dis :

Porté par une écriture remarquable, ce récit absolument bluffant, m’a captivé et il m’aura fallu atteindre les dernières pages pour enfin réaliser l’étendue incroyable de cette histoire.

John N. Turner nous offre un roman choral d’exception à travers des personnages travaillés, où leurs psychologies est parfaitement étudiées et donnent à ce récit d’un réalisme surprenant une dimension particulière. Une analyse parfaite qui ferait pâlir Les plus grands comportementalistes.

On se retrouve au cœur d’un récit en chemin vers une vérité qui donne tout son sens à ce titre Éphé [mère].

Un histoire glaçante, surprenante, l’histoire d’un secret inénarrable que je vous recommande vivement.

Un auteur que je suis depuis ses débuts et je peux vous dire qu’il ne m’a jamais déçu. Après cette lecture vous n’aurez qu’une envie : découvrir ses précédents romans qui sont tous aussi passionnants.

Sous ce pseudonyme se cache un homme brillant, discret qui mérite toute votre attention, pas question de garder cela secret.

Pour info :

Derrière ce pseudonyme : John N Turner se cache un scientifique de renommée internationale. Il est bactériologiste, spécialiste notamment de l’anthrax ou « maladie du charbon » un des sujets principaux traités dans son premier roman Amérithrax, absolument grandiose, publié chez le même éditeur en 2014. Puis en 2015, il publie Alabama Shooting, une enquête saisissante qui retrace le parcours d’un professeur qui abattit froidement trois collègues à Huntsville, l’université d’Alabama.

John est passionné par la littérature américaine contemporaine, les grands espaces et la culture de ce pays-continent.

Nos chemins étaient faits pour se rencontrer.

Éphé [mère] est son troisième roman.

Je remercie l’auteur pour sa délicate attention et les Éditions de l’Aube pour ce roman bluffant absolument remarquable.

“ La dernière chance de Roman Petty ”

La dernière chance de Rowan Petty de Richard Lange aux éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Barbe- Girault

” Petty ne voyait pas d’objection à dépouiller plus bête que soi, bien au contraire, mais dans ce cas précis les ficelles étaient si grosses que ça le déprimait. Il n’y avait rien de beau là-dedans, rien d’élégant. Ça ne demandait même pas de culot. Les casinos exploitaient simplement la tendance du client à se cramponner aux idées reçues plutôt qu’à faire le calcul lui-même. (…)

Il en avait mal aux crânes à force d’y penser. Il respirait l’air recyclé de l’hôtel depuis une semaine, l’odeur dégueulasse de la clope et du désespoir, et la désillusion s’était propagée dans son corps comme une tumeur. Dans l’espoir de préserver la petite lueur de joie festive qu’il avait su trouver en lui pour Thanksgiving, il engloutit son scotch et se dirigea vers la sortie au pas de course. “

Petty Rowan est un bel escroc en passe de finir sur la voie de garage. Il est dans une mauvaise passe. Sa femme l’a quitté pour un autre mec, sa fille refuse de lui parler depuis des années et même sa voiture l’a planté.

Alors, lorsqu’une vieille connaissance lui parle de deux millions de dollars planqués à L.A que des soldats ont patiemment détourné d’ Afghanistan, ils voient cette opportunité comme une dernière chance de se refaire.

” Petty dansa d’un pied sur l’autre en l’attendant. Il avait toujours eu un faible pour les putes. Pas les camées qui fichent la trouille, ni les tourmentées qui ont une dent contre les mecs, mais celles qui assurent parce qu’elles voient leur job comme un business. Il en avait rencontré des drôlement intelligentes au fil des ans, des super vives d’esprit. “

En compagnie de Tinafey, une sublime prostituée qu’il vient de rencontrer et dont il s’est vite amouraché, il file en direction du Sud à la recherche du magot.

Commence alors un jeu bien plus dangereux qu’une partie de poker truquée auquel vont se retrouver mêlés, un vétéran blessé, un acteur hasbeen, et même sa fille.

Pour le gagnant ce sera :le jackpot, pour le perdant : une balle dans la tête.

” – T’es au courant que je suis pas le méchant qui veut te dépouiller, hein ? Moi, je suis le gentil, celui qui veut t’aider à le garder. “

Ce que j’en dis :

Comme dit ce vieil adage : arnaqueur un jour, arnaqueur toujours.

Dans cette ambiance américaine survoltée, Richard Lange nous fait découvrir la vie d’un looser, un paria de la société qui espère bien que ce dernier coup lui fera enfin vivre le rêve américain tant attendu et permettra au passage d’être enfin un bon père pour sa fille . Mettant en scène des personnages hauts en couleur comme cette star déchue , cette prostituée mais également un vétéran de guerre mal en point, il nous offre un roman noir qui ne manque ni de piquant ni d’humour à travers une intrigue captivante et originale.

Cette fois l’arnaque est presque louable puisqu’elle est liée à l’opération de la dernière chance et doit réussir quelques soient les risques.

Que ce soit l’écriture parfaitement maîtrisée ou cette virée dans les bas-fonds de Los Angeles, tout m’a plu dans ce récit et c’est avec joie que je poursuivrai ma découverte de cet auteur qui décrit si bien l’Amérique pleine d’espoir mais aussi de désespoir.

C’est noir et brillant, brutal et réaliste, c’est une belle surprise à découvrir absolument et promis c’est pas une arnaque.

Pour info :

Originaire de Californie, Richard Lange a passé une grande partie de sa vie à Los Angeles où il a étudié avec T.C Boyle, travaillé pour Larry Flint, dirigé un magazine musical. Il n’a cessé d’écrire sur cette ville durant ces vingt dernières années. Il a été révélé aux États-Unis et en France par son recueil de nouvelles, Dead Boys (Albin Michel, 2009), salué unanimement. Lauréat de la prestigieuse fondation Guggenheim, Lange a également été récompensé pour Angel Baby par le prix Dashiell Hammett que décerne chaque année l’International Assocation of Crime Waters.


Je remercie les éditions Albin Michel pour cette virée à Los Angeles pleine de belles surprises à la rencontre d’une star de la plume.

“ De loin on dirait des mouches ”

De loin on dirait des mouches de Kike Ferrari aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’espagnol (Argentin) et révisé par Tania Campos

” Dans la boîte à gants se trouve le Glock .45 que lui a offert son ami Loco Wilkinson. Il le sort, vérifie qu’il est chargé et que la sécu n’est pas enclenchée. Puis, le flingue pointé vers le sol et la bête de la paranoïa à l’affût, il avance vers le coffre pour prendre un chargeur de recharge.

Et alors l’histoire commence. “

Machi, un entrepreneur véreux, corrompu jusqu’à l’os. Il a fait fortune sous la dictature argentine et s’est fait au passage un paquet d’ennemis. Vu son comportement odieux, vulgaire et arrogant comme tout parvenu. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on ai tenté de le piéger en lui fourguant un cadavre dans sa bagnole de luxe.

” Depuis combien de temps est-il mort ?

Mais surtout, que vient foutre ce cadavre dans sa BM à deux cent mille dollars ? Et comment est-il arrivé là ? “

Et malgré ses millions, et ses gros flingues il se retrouve dans une sacré galère.

” Qui peut m’en vouloir à ce point ? Se lamenta-t-il. Je suis un type puissant après tout. Mais la brèche est ouverte et le doute menace de s’y engouffrer. “

La nuit risque d’être longue, il va enfin connaître l’enfer qu’il a tant infligé aux autres.

” C’est vraiment bizarre ce qui m’arrive, pense-t-il, et il serait vraiment bizarre de croire qu’il ne s’agit là que de coïncidences, évidemment. Mais ce qui serait encore plus bizarre, c’est que ce soit un complot contre moi. “

Le salaud va devoir payer et régler son ardoise avec cette drôle d’infortune qui lui tombe dessus.

Ce que j’en dis :

Il suffira seulement de six heures pour assister à la chute d’un dictateur, un odieux connard.

Dans son coffre il découvre une véritable bombe qui va lui exploser sa vie.

Le compte à rebours a commencé pour la mise à mort d’un salaud qu’on ne regrettera pas

Un régal, noir, déjanté servi par une plume qui fait mouche, atypique et soignée.

Une nouvelle plume d’Argentine talentueuse, un concentré de noirceur qu’il fut bon de déguster.

Bien serré, bien servi, ce roman noir a tout pour vous plaire.

Un Road movie d’enfer qui sort des sentiers battus à une vitesse non autorisée.

Vivement le prochain.

Pour info :

Kike Ferrari est né à Buenos Aires en 1972.

Aujourd’hui balayeur dans le métro, il concilie sa passion de l’écriture et son travail en écrivant régulièrement pour El Andén, le magazine du syndicat des travailleurs du métro de Buenos Aires, dont il est délégué.

Dans un pays où aucun écrivain ne peut vivre de l’écriture, Kike Ferrari fait partie d’une puissante nouvelle génération d’auteurs argentins et a réussi à devenir, avec sa personnalité hors-normes à la Bukowski et ses romans Operación Bukowski, Lo que no fue (Prix Casa de la Américas en 2009) et Punto Ciego (co-écrit avec son ami Juan Mattio), un auteur culte en Argentine et reconnu à l’international.

Je remercie les Éditions Albin Michel et Masse Critique de Babelio pour cette merveilleuse découverte.

“ Cherry ”

Cherry de Nico Walker aux Éditions Les Arènes

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard

Et pendant tout ce temps, j’ai essayé de jouer au dur parce que je croyais être un dur et que j’étais censé être un dur. Sauf que je ne l’étais pas. Et je peux vous dire maintenant qu’il y a plein de trucs mieux qu’essayer de se faire passer pour un dur, dont un, et pas des moindres, est d’être jeune, de baiser ta nana et d’en rester là. ”

C’est au cours de l’année 2003, lorsqu’il était étudiant en première année à Cleveland qu’il tomba amoureux d’Emily, une rencontre qui le marquera à vie.

Peut-on remonter dans le temps jusqu’au moment où on a rencontré celle qu’on a aimé le plus et se souvenir exactement de la façon dont ça s’est passé ? Non pas où vous étiez, comment elle était habillée où ce que vous avez mangé ce jour-là, mais plutôt ce que vous avez vu en elle qui vous a fait dire : oui, c’est pour ça que je suis venu ici. Je pourrais inventer une connerie mais, en réalité, je ne sais pas. J’aimais sa façon de jurer. Elle jurait avec une grande beauté.

Et son corps.

Quelle baiseuse…

Il est fou d’elle, et lorsqu’il pense l’avoir perdu, désabusé, il s’engage dans l’armée qui l’envoie comme médecin en Irak.

Le sergent recruteur Cole m’a frappé à la bite sans raison. Mais nous encaissions. Il fallait se souvenir que tout ça, c’était du bidon. Les sergents recruteurs faisaient juste semblant d’être des sergents recruteurs. Nous faisions semblant d’être des soldats. L’armée faisait semblant d’être l’armée. “

Pendant quasiment une année, il va découvrir l’horreur et l’absurdité de la guerre, les exactions de son pays, les antidouleurs et la violence pure.

 » Bref, ne jamais s’engager dans l’armée, putain. “

” Les gens n’arrêtaient pas de mourir : tout seul, par deux, pas de héros, pas de batailles. Rien. Nous étions juste de la piétaille, des épouvantails glorifiés ; là uniquement pour avoir l’air occupés, à arpenter la route dans un sens et dans l’autre, pour un prix exorbitant, cons comme des balais.

Il y avait des rumeurs de mort : les meurtres occasionnels, les fins atroces. Quelqu’un de la compagnie Bravo : le médecin a démissionné, a dit qu’il ne supportait plus de sortir du périmètre.

(…)

Nous étions arrivés à l’automne, donc ça faisait un point de repère. Nous approchions de la fin. En fait, un an c’est rien. Il faut ce temps là pour apprendre à assurer un minimum sur le terrain et ensuite, une fois que tu sais ce que tu fais, tu t’en vas. “

Son retour est accompagné de grave troubles post-traumatiques, il souffre comme de nombreux vétérans et pourtant il ne bénéficiera d’aucun suivi médical ni psychologique.

Il retrouve Emily avec qui il plonge dans la drogue qui ravage le Midwest.

Un addiction qui ne les lâche pas et nécessite un paquet de fric, chaque jour.

Pour faire face, il devient braqueur de banques..

” Nous nous sommes garés devant leWhole Foods. J’avais vue sur la banque. J’avais un flingue. Ce n’était pas mon flingue. Je ne sais plus qui me l’avait donné. Un truc marrant à propos des flingues. Si on sait que tu as l’habitude de faire des braquages, les gens te filent des flingues. C’est un peu comme financer des missionnaires. “

Ce que j’en dis :

Le récit de Nico Walker est si je peux me le permettre  » La cerise sur le drapeau  »

Dès les premières pages, les mots de l’auteur nous emprisonnent pour ne nous libérer qu’à la dernière page, en nous laissant des souvenirs emplis d’une multitude d’émotions qui vont de la compassion, en passant par la colère et la rage avec une bonne dose de tendresse pour cet homme toujours en détention à la prison d’Ashland dans le Kentucky.

À travers cet autobiographie romancée, Nico nous livre son histoire et se délivre de tout ce qui l’enchaîne à ses souvenirs parfois douloureux qui l’ont conduit en détention.

Étudiant il tombe amoureux puis se laisse embringuer par l’armée.

” C’était la première semaine de l’année 2005 et ça faisait déjà quelques temps qu’aux infos on parlait de mômes envoyés sur le terrain, qui se faisaient buter ou mutiler, si bien que Kelly et consorts avaient du mal à recruter assez de mômes. Mais voilà que je me pointais la gueule enfarinée, et c’était trop facile ; grâce à moi, il avait gagné sa journée. “

Trop jeune pour être autorisé à franchir la porte d’un bar pour boire de l’alcool mais suffisamment pour partir à la guerre…

Allez comprendre !

Pendant onze mois, il effectuera pas moins de 250 sorties en patrouille dont il sera décoré pour sa bravoure. Mais il reviendra en vrac, livré à lui-même, avant de finir héroïnomane puis braqueur de banque.

Une confession hallucinante, souvent irrévérencieuse, d’un réalisme cru lorsqu’il nous parle de la guerre, tellement absurde et terrifiante, une expérience absolument révoltante pour ces jeunes si mal préparés à cette violence.

C’est le genre de récit qui va diviser les troupes, une œuvre littéraire qui a franchi les barreaux d’une prison pour libérer un écrivain avant sa sortie par la grande porte qu’il n’aura pas besoin de défoncer.

Un livre inoubliable, brut, noir, plein de rage, mais qui ne manque ni d’amour ni d’humour.

C’est trash, osé, courageux, ça parle de sexe, de drogue, de guerre, de criminalité c’est l’histoire d’un jeune trou du cul, coupable d’avoir aimé trop vite, trop fort, avant de se brûler les ailes en Irak pour finir derrière les barreaux après une descente dans l’enfer de la drogue et quelques braquages assez gonflés, et qui réussit grâce à son courage et aux soutiens d’éditeurs à nous écrire un putain de chef-d’œuvre.

Cherry , la cerise sur le drapeau à découvrir absolument.

Souhaitons sa sortie de prison aussi triomphante que ce récit qui a conquis l’Amérique, et poursuit merveilleusement son chemin en France grâce à la persévérance d’ Aurélien Masson toujours à l’affût de monuments littéraires hors normes.

Pour info :

Vétéran de la guerre d’Irak, ancien drogué et condamné à treize ans de prison pour vol avec violence, Nico Walker sortira de prison en 2020.

C’est son premier roman qu’il a écrit en détention.

Je remercie les Éditions Les Arènes pour cette découverte grandiose absolument bouleversante et inoubliable.

“ Les mal-aimés ”

Les mal-aimés de Jean-Christophe Tixier aux Éditions Albin Michel

 » Elle lève les yeux sur la droite, étire son dos pour l’ai filer son regard par la minuscule fenêtre. Il rencontre la masse austère du bagne qui trône là-bas plus au nord. Une bâtisse imposante de deux niveaux, quatre ou cinq fois plus large que haute. On dit que chaque fenêtre est grillagée. D’ici, Blanche ne peut pas le vérifier. Elle ne s’en est jamais vraiment approchée, s’est simplement contentée de maintes et maintes fois les compter. Il y en a six paires par étage sur cette façade, comme autant de regards pesant et accusateurs. “

Aux confins des Cévennes en l’an 1884, une maison d’éducation surveillée ferma ses portes, libérant des adolescents décharnés. Il quittent ce lieu maudit sous les regards des paysans qui furent leurs geôliers.

Dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’étranges événements se produit. Des chèvres meurent décimées par une étrange maladie, des meules de foin prennent feu, la mort rôde et s’apprête à faire d’autres victimes. Une rumeur prends racine et commence à s’étendre.

Les enfants se vengent, souffle l’homme.

(…)

Ils angoissent tous. S’affolent. Paniquent.

– Rien n’arrêtera le feu vengeur. Il prendra tout ce qu’il y’a à prendre. Et chacun espère qu’il brûlera chez le voisin plutôt que chez lui. Par ici, les gens sont comme ça. Ils se serrent les coudes pour braver l’hiver et les catastrophes car ils ont peur d’avoir faim s’ils perdent leurs récoltes ou si leurs troupeaux crèvent. Mais quand vient une malédiction, c’est chacun pour soi ! Le malheur des uns n’attire que la méfiance et fait fuir les autres. Ils croient tous que la colère du ciel ou des entrailles de la terre est toujours méritée. Alors… “

Et si c’était les fantômes du passé qui venaient régler leurs comptes ?

Comme autant de silhouettes, autant de petits bagnards qu’ils obligeaient à rester dehors des heures durant dans la nuit glacée, en une file silencieuse et parfaite, rouant de coups le premier qui bougeait ou manifestait le moindre signe d’épuisement. Au nom de la discipline, au nom de l’ordre, au nom de l’idée que pour leur retirer le mal, la brutalité permettait de faire entrer ces notions dans leurs caboches su dures. “

Ce que j’en dis :

Happée dès les premières pages par ce roman habité d’une extrême noirceur, j’ai fait la connaissance d’une plume fabuleuse qui m’a embarquée dans le confins des Cévennes à une époque où l’on envoyait les enfants délinquants au bagne.

En incluant dans ce récit au début de chaque chapitre des billets d’écrous des pensionnaires, on découvre avec stupéfaction la dureté de l’époque.

Porté par une plume hypnotique qui n’a pas été sans me rappeler l’univers de Zola, de Victor Hugo et même de Franck Bouysse, Jean- Christophe Tixier nous offre une galerie de personnages habités par la culpabilité, rongés par les non-dits au cœur de la campagne où même la foi ne sauvera pas toutes les âmes perdues.

Inspirée de faits réels du passé, l’auteur raconte l’horreur des bagnes, la misère du monde rural, la violence incestueuse dans certains foyers, la honte qui entache tout un village sans espoir de rédemption.

Après avoir conquis la jeunesse, Jean-Christophe Tixier fait une entrée remarquable à travers ce premier roman sombre, bouleversant qui va briser plus d’un cœur.

Un énorme coup de cœur que je vous recommande vivement.

Pour Info :

Ancien enseignant et formateur, Jean-Christophe Tixier vit à Pau. Pendant vingt ans, il a enseigné l’économie dans un lycée. Un poste à temps partiel qui lui a permis de mener maintes autres activités en parallèle. Ainsi, il a été directeur de collège, a créé et dirigé un centre de formation pour jeunes en grandes difficultés, a créé une société de communication aux débuts d’Internet et créé des sites Internet…
Lorsqu’il ne se consacre pas à l’écriture (de romans, mais aussi d’audio-guides pour la jeunesse), ce passionné de littérature organise le salon du polar de Pau, Un Aller-Retour dans le Noir, ou dirige la Collection « Quelqu’un m’a dit » aux éditions In8.

“ Anna – Belle ”

Anna – Belle de Lina Bengtsdotter aux Éditions Marabout

Traduit du suédois par Anna Gibson

” Maintenant, pensa Charlie. Maintenant, je lui dis. Challe, je ne peux pas aller là-bas. (…)

Elle aurait dû être au lit avec deux cachets d’aspirine et un comprimé d’oxazépam, en plus de laser traîne. Au lieu d’être là, nauséeuse et chamboulée, coincée dans cette bagnole, en route vers l’endroit du monde où elle s’était juré de ne plus jamais revenir.  »

Charlie avait quatorze ans lorsqu’elle quitta Gullspång et espérait sincèrement ne plus jamais y remettre les pieds. Mais aujourd’hui elle est devenue inspectrice à la brigade criminelle de Stockholm, et suite à la disparition suspecte d’une jeune fille, Chelle, son chef, a décidé de l’envoyer sur place avec un collègue.

” Le centre de Gullspång ressemblait à une ville fantôme. Magasins désertés, vitres brisées, visage d’Annabelle sur les unes de tabloïd placardées sur les réverbères, en plein vent. Sans la petite foule en gilet jaune fluo massée devant la supérette Ica, on aurait pu croire l’endroit. Sur le vieux banc devant le magasin, trois hommes alignés. Des hommes cassés, canette de bière à la main.

(…) Tout est quand même resté à peu près pareil, songea Charlie. Le temps a passé, mais rien n’a changé, au fond. “

Apparemment rien n’a changé. Le chômage et l’alcool ont un peu érodé tout espoir d’un monde meilleur, et cette disparition n’aide pas la population a retrouvé confiance.

Annabelle a disparu depuis quatre jours. Est-ce une fugue, un enlèvement, un suicide, un meurtre ? Toutes les hypothèses sont permises.

Et pour Charlie, l’affaire n’est pas simple. Confrontée à ses vieux démons et aux souvenirs qui resurgissent du passé, elle va devoir s’accrocher, quitte à déterrer au passage ce qu’elle a mis tant d’années à enfouir.

” Ce n’était peut-être pas tellement étonnant au fond si les gens en général, avaient tendance à confondre hasard et destin. “

Ce que j’en dis :

Il est écrit sur le bandeau qui accompagne ce roman : Révélation du polar scandinave, plus de 100 000 lecteurs conquis. Je ne peux que confirmer et me rajouter à cette longue liste de lectrices conquises par cette nouvelle plume.

Pour un premier roman, l’auteur nous offre une intrigue qui semble au départ assez banale mais qui se révèlera bien plus complexe au final, puisqu’elle servira également à introduire le personnage de Charlie Lager, une flic borderline qui se retrouvera mêlée à l’histoire sans le vouloir.

L’auteure y dépeint également le désespoir d’une population isolée où il y a peu de chance pour un brillant avenir.

À travers une construction captivante, l’histoire se profile alliant passé et présent, où s’immiscent au passage certains secrets jusqu’à maintenant bien cachés.

Son métier d’enseignante en psychologie lui permet d’apporter un soin particulier à ses personnages, et les rends forts attachants, c’est donc avec un plaisir non dissimulé que je retrouverai son prochain thriller  » For the missing “ où l’on retrouvera Charlie, qui sortira d’abord en VO en juin prochain.

Un premier thriller très addictif, très réussi, et une plume que je retrouverai avec joie.

Une bien belle découverte.

Pour info :

Lina Bengtsdotter est originaire de Gullspång, petite ville du centre de la Suède où chômage et pauvreté fragilisent la population.

Après avoir vécu en Angleterre et en Italie, elle est désormais installée à Stockholm où elle enseigne le Suédois et la psychologie.

Elle est l’auteure de nombreuses nouvelles publiées dans la presse.

Annabelle est son premier roman.

Je remercie les éditions Marabout pour cette intrigue scandinave très réussie.