“ Balles perdues ”

Balles perdues de Jennifer Clement aux Éditions Flammarion

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Reznikov

Ma mère avait arrêté le moteur de la Mercury sous un panneau qui annonçait : Parking Visiteurs. Elle pensait qu’on y resterait qu’un mois ou deux, mais en fait nous y sommes restées quatorze ans. “

Pearl vit à bord d’une Mercury avec sa mère sur le parking d’un camp de caravanes en Floride. Sa vie pourrait paraître triste, mais elle est bercée par les chansons d’amour que lui fredonne sa maman, déjeune dans de la porcelaine de Limoges dans une atmosphère  » Raid  » pour éloigner les suceurs de sang.

Ma mère avait raison. Dans notre coin de Floride, tout était perturbé. La vie était toujours comme une chaussure qu’on aurait mise au mauvais pied. “

Et pourtant, malgré tous les conseils maternels qu’elle lui prodigue, quand un mystérieux bellâtre surgit et envahit peu à peu leur espace les beaux jours semblent s’éloigner, et leur complicité se fragilise.

” Quand je repense à ma vie dans la voiture, je la vois divisée en deux parties : avant que ma mère ne rencontre Eli et après. Ces mots, avant et après, sont comme des heures marquées sur une pendule. “

Tout bascule, quand Pearl prend conscience de l’importance des armes qui circulent autour d’elle.

 » Dans notre coin de Floride, on avait tendance à faire cadeau d’une balle à tout et n’importe quoi. Juste pour le plaisir. “

Le camps semble caché derrière ses airs de refuge, un véritable trafic d’armes.

Et quand les armes sont de sorties, on est jamais à l’abri de balles perdues.

” Tu crois que tu as eu ta dose de tragédie, et voilà. Tu crois que la situation est peut pas être pire et qu’à présent tu es sauvée. Mais la tragédie ce n’est pas comme un médicament. On ne te donne pas une dose définie, dans une cuillère ou dans un comprimé. La tragédie s’invite en permanence. “

Ce que j’en dis :

Dès les premières pages, Pearl avec sa voix tout juste sortie de l’enfance nous confie son histoire peu ordinaire. Cette jeune demoiselle très éveillée et très débrouillarde porte déjà un regard très réaliste sur le monde qui l’entoure. Elle a déjà compris que la vie ne fait pas de cadeau et qu’il faut profiter de tous les petits bonheurs qu’elle nous offre tout en restant vigilante.

Non démunie de fantaisie mais aussi d’esprit, cette histoire dénonce le sort des plus démunis, mais aussi les ravages causés par toutes les armes qui circulent aux États-Unis.

J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume lyrique de l’auteur, qui m’avait déjà conquise à travers son précédent roman : Prières pour celles qui furent volées, où elle restituait le destin parfois cruel de jeunes filles en fleurs.

Une auteure qui dévoile son côté féministe et engagée avec une plume pleine de tendresse, d’humour et d’amour où la poésie l’emporte sur la tragédie.

Un très beau roman, assez bouleversant qui fait sourire et qui attire parfois les larmes. On ne peut rester indifférente à l’histoire de Pearl et à la magnifique écriture qui l’accompagne.

Il fait bon de retrouver une écrivaine que l’on apprécie énormément et partager avec les futurs lecteurs son enthousiasme, en espérant qu’ils se laisseront convaincre par ce joli coup de cœur.

Jennifer Clement est née en 1960 à Greenwich, dans le Connecticut. Elle est poète, biographe et romancière. Elle a reçu le Grand prix des lycéennes du magazine Elle pour son roman Prières pour celles qui furent volées (Flammarion, 2014). Depuis octobre 2015, elle préside le PEN International. Elle vit désormais à Mexico.

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour m’avoir permis de bien commencer cette nouvelle rentrée littéraire avec ce roman plein de charmes.

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“ Féroce ”

Féroce de Danielle Thiéry aux éditions Flammarion

” Les adolescents et les jeunes adultes étaient les plus nombreux à disparaître chaque année, plus que les adultes et, naturellement, beaucoup plus que les jeunes enfants.

Il y en avait quelques dizaines de milliers, dans la base SALVAC, qui se cumulaient d’année en année. ”

Après une découverte d’ossements d’enfants dans l’enclos des lions du zoo de Vincennes, il est évident que cela soulève quelques questions. Alice de Clavery, la jeune criminologue est en alerte. Elle fait vite le lien avec une ancienne disparition d’enfant qui l’obsède depuis six ans. À l’époque c’était au Zoo de Thoiry que la petite Swan avait disparu.

Un prédateur rôde. Les enfants sont en danger.

 » Ce n’est pas ta faute, Magnus, si c’est à ce moment de leur vie qu’ils sont à point, si forts et si fragiles. Plus petits, ils ne cessent de couiner après leur mère. Plus grands, ils sont déjà coulés dans un moule unique, formatés, ingouvernables.  »

D’un autre côté, la brigade de l’Office est au taquet pour démanteler un réseau pédophile. Mais lorsque l’adjoint du commissaire Marion est retrouvé en mauvaise posture, les mains pleine de sang, le service se retrouve en plein chaos. Se rajoutent deux disparitions dont celle d’une enfant.

Pour la première fois, La commissaire Marion doute et le pire reste à venir…

 » Secoués une fois de plus dans la période la plus sombre de leur histoire, plus nombreux étaient les flics, jour après jour, attaque après attaque, à se demander s’ils ne feraient pas mieux de changer de métier. Pendant quelques jours la rue les plaignait, les congratulait. Puis une partie de la population trouvait normal qu’ils soient les premières cibles des furieux se réclamant d’un Dieu bien commode tandis que d’autres applaudissaient en clamant qu’un bon flic est un flic mort. ”

Je suis une grande fan de Danielle Thiéry depuis ses débuts d’écrivaine avec son premier polar Affaire classée qui avait fait une entrée remarquable.

Alliant son travail à sa plume, ses polars prennent une dimension authentique. Nous plongeons chaque fois au cœur d’une nouvelle enquête en suivant le parcours de la commissaire Edwige Marion.

Cette fois l’auteure se surpasse et nous offre une histoire féroce où les prédateurs sont hélas de plus en plus nombreux et survivent en s’adaptant cruellement au monde moderne et à ses nouvelles technologies. La police est mise à mal et devra s’unir davantage pour résoudre cette affaire et clore celle du passé.

Féroce recèle une grande maîtrise de l’intrigue à travers une plume fluide et bien rythmée qui nous fait rugir de plaisir.

Danielle Thiéry , première femme commissaire divisionnaire de l’histoire de la police française n’a rien à envier à ses collègues policiers écrivains, tout comme dans sa brigade à l’époque, elle règne et excelle dans l’univers du polar. Qu’elle dégaine le flingue ou la plume, la dame est dans la place pour notre plus grand plaisir.

Une figure incontournable du polar made in France.

Je remercie les Éditions Flammarion pour ce polar férocement addictif.

Belle rencontre d’une CHANSON DANS LA VILLE SILENCIEUSE

Quand tu retrouves un auteur que tu apprécies depuis ce merveilleux roman  » Je Vais bien ne t’en fait pas” qu’une magnifique adaptation cinématographique a suivi, tu t’apprêtes à passer une sublime soirée en belle compagnie.

Écouter un auteur parler de son dernier ouvrage est un moment privilégié. Le livre prend une autre dimension, devient plus vivant, plus précieux.

Olivier Adam : « Quand j’ai le lieu, j’ai le livre.»

Chanson de la ville silencieuse nous transporte à Lisbonne, ville de l’intranquillité où au hasard d’une rue, un jour Olivier Adam a cru apercevoir le fantôme de Nino Ferrer . Un premier point de départ pour un futur roman…peut-être ?

Voilà comment est née l’idée de ce roman, ajoutons à cela l’envie de parler de la nécessité de se libérer des identités figées. Comment un enfant peut-il se construire, se définir auprès de parents totalement absents de leurs responsabilités, parfois encore eux-mêmes de grands enfants. Des parents uniquement amoureux de leur art. Des vies où les enfants n’ont pas leurs places. Des enfants négligés, qui grandissent sur une terre meuble, qui seront plus tard en manque de confiance, avec de grande difficulté à s’imposer à force d’avoir été oublié.

En mettant en scène une femme Olivier Adam se livre plus intimement, avec plus de délicatesse. Fendre l’armure en composant le masque.

Puis donner de la musicalité au récit.

 » Je suis la fille du chanteur, la fille dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. La fille dont le père a été déclaré mort. Qui guette un musicien errant. Une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. »

( clique et écoute)

On ferme les yeux et on pense à Charlotte Gainsbourg au timbre si particulier, qui a du partager son père de son vivant puis mettre sa douleur en berne à sa mort pour accueillir la peine de ses fans.

Olivier Adam souhaitait nous offrir un objet littéraire non contaminé par les sujets journalistiques actuels.

Un besoin aussi d’écrire sur ses frayeurs pour conjurer le sort.

De répondre à certaines questions qui s’immiscent dans la vie d’un père…

Que fait-on avec nos disparus ?

Qu’hérite- t-on d’un père fragile ?

Que transmettons à ses enfants ?

Tant de questions pour lesquelles écrire peut apporter des réponses.

L’auteur aborde le thème de l’absence mais aussi de l’appartenance. Être là tout en restant de côté tel un observateur.

Et une fois encore, il bouleverse par ses mots, que j’espère avoir au mieux retranscris. Un moment passionnant où je me suis permis de prendre des notes pour en oublier le moins possible et rester le plus fidèle aux mots de l’écrivain.

Je finirai sur ces mots :

« Est-ce qu’un livre vit une fois qu’il est écrit ou une fois qu’il est lu ? »

Pour moi les livres vivent éternellement dans mon cœur, dans mes souvenirs et deviennent plus précieux encore lorsqu’ils sont passés par les mains de l’auteur et qu’il porte sa véritable signature.

Un livre, une rencontre, une dédicace, qui donnent au final de merveilleux souvenirs.

Ma Chronique de cette merveille ci- dessous si ça vous tente :

https://dealerdelignes.wordpress.com/2018/01/18/chanson-de-la-ville-silencieuse/

 » Chanson de la ville silencieuse « 

Chanson de la ville silencieuse d’Olivier Adam aux Éditions Flammarion

 » Personne ne l’a vu depuis quinze ans. À part le fameux cliché au fusil, le regard halluciné, le torse maigre, la mine hirsute. Personne ou presque depuis qu’il a mis un terme à sa carrière. S’est reclus dans sa maison là- bas. N’acceptant aucune visite sinon la mienne de temps à autre. Se muant en ermite, en fou mystique, en alcoolique délabré, en artiste maudit, au fil des rumeurs, au gré des versions.  »

Sur la route il y a une fille partie à la recherche de son père, un chanteur qui a choisi de jouer les évaporés. Difficile de suivre les traces d’un homme qu’elle connaît si peu, si mal.

Elle le cherche et se souvient…

 » Je vis ici, désormais. Avec mon père quand il est là. Même s’il ne l’est jamais vraiment. (…) Je crois que je l’encombre. Qu’il ne sait pas quoi faire de cet enfant qui traîne chez lui. Parfois je parviens à arracher son attention quelques minutes. Alors il semble émerger d’un long rêve, dans lequel il replonge aussitôt.  »

Chercher un père qui avait déjà une propension à la fuite, entouré de mystère tel un fantôme même en pleine gloire.

 » J’ai appris que celui qui écrit n’est jamais celui qu’on voit. Qu’il est par nature invisible. Insaisissable. Caché profond sous l’écorce de l’individu. Celui qui écrit n’existe pas.  »

Enfermée depuis toujours dans sa solitude, elle a dû se construire à l’ombre de son père célèbre, mais défaillant où l’enfant n’avait pas sa place et le partager avec le public.

 » Une drôle d’enfance, m’avait dit Sofiane un jour. J’avais haussé les épaules. C’était la mienne et il me fallait bien faire avec.  »

Son errance se poursuit, l’espoir se fait rare. Comme un bon blues, ça lui écorche son cœur, ça casse sa voix, ça bouleverse sa vie, ça lui fait venir les larmes.

Elle est la fille qui cherche son père…

 » Il s’était évaporé une première fois. Il le ferait encore. Autant que ce serait nécessaire. Jusqu’à disparaître tout à fait, se dissoudre, laisser derrière lui sa propre écorce et se fondre dans l’air.  »

Olivier Adam nous offre une belle balade toute en délicatesse avec une écriture ciselée qui dévoile à travers un blues cette folle envie de disparaître.

Des mots doux pour accompagner cette errance et d’autres plus tendres pour magnifier le portrait de cette femme.

J’ accompagne la fille, je recherche avec elle celui qui aimerait qu’on l’oublie, pour toujours.

Je suis la fille qui lit cette histoire, je suis la fille qui découvre la musique qui surgit au travers de ces pages, je suis la fille qui s’accroche à ce blues qui résonne ici et là. Je suis la fille qui flâne dans ces rues où se cachent le père de cette fille … et pourquoi pas le mien…

Je suis la fille bouleversée par ce roman, qui aimerait tant retrouver son père évaporé, le temps d’une chanson dans la ville silencieuse.

Olivier Adam a toujours l’art et la manière de réveiller mes souvenirs et c’est toujours un bonheur de lire ses romans où brille toujours une étincelle d’espoir.

Chanson de la ville silencieuse, un beau roman, une belle histoire, un rêve éveillé, une balade au cœur de l’oubli.

Olivier Adam est né en 1974. Il est romancier et scénariste.  Il est l’auteur de nombreux livres dont Je vais bien, ne t’en fait pas (2000), Passer l’hiver (2004), Falaises (2005) À l’abri de rien (2007) Des vents contraires (2008), Le cœur régulier (2010), Les lisières (2012) , Peine perdue, La renverse. 

Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma. 

Son œuvre dépeint des personnages en butte à des crises d’identité, souvent dans des milieux ordinaires de la classe moyenne. 

Il est nommé chevalier des arts et des lettres en 2013. Depuis 2014, il tient une chronique mensuelle dans le journal Libération. 

Je remercie les Éditions Flammarion pour ce beau blues livresque. 

 » L’enfant-mouche « 

 

L’enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard aux Éditions Flammarion



 » Anne-Angèle a été mordue, le mal est passé en elle, il est passé. Et c’est tout. 

     L’histoire commence ici.  » 

Anne-Angèle était infirmière à Casablanca avant d’être dans l’obligation de se rendre en France suite au décès de sa sœur Mathilde.

«  Mathilde était mythomane, elle aimait s’inventer des histoires, des liens de parentés alors qu’elle et sa sœur étaient orphelines. C’est Anne-Angèle qui récolait les morceaux quand ça dérapait. « 

À peine l’enterrement terminé, Anne-Angèle va être confrontée aux dernières tribulations de sa sœur, et une fois de plus elle va tenter d’arranger les choses.

« Se laisser porter par la destinée a parfois du bon.  » 

D’aventure en aventure, elle va se retrouver avec une enfant sur les bras, une petite Marie baptisée Mouche.

Élever une enfant sous l’occupation ne va pas être une mince affaire, mais l’on aurait tort de s’inquiéter pour Marie, pour elle :  » Tout est affaire d’imagination.  » 

 

– Ne me racontez pas d’histoire !

– Si des tas d’histoires

Vous n’êtes pas au bout de vos surprises, ici point d’ennui, vous pouvez compter sur l’enfant- mouche pour vous distraire, vous faire sourire malgré le contexte où se situe cette histoire. La guerre est déclarée à la morosité. Et si besoin Marie fera une petite prière : – Dieu, si tu existes et quels que soient ta tête et ton pouvoir, que tu portes la barbe du Christ, le bouc du diable ou la moustache du Maréchal, fais en sorte que je n’aie pas à manger aujourd’hui la chair de Jupiter. Délivre-nous du mal et de la faim. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien, mais c’est tout… rien d’autre, s’il te plaît. 



Plutôt futée la petite Marie, un petit bout de femme pas ordinaire qui va nous faire vivre une aventure extraordinaire. Ce n’est pas une histoire qui nous est contée mais des milliers d’histoires qui défilent devant nos yeux complètement captivés. Je me suis attachée à cette enfant, j’ai tremblé pour elle, j’ai ri à ses facéties, j’ai admiré son courage, et c’est avec tristesse que je l’ai quitté un peu trop abruptement à mon goût. Mais une chose est sûre elle restera dans mes plus beaux souvenirs de lecture, et j’aurai grand plaisir à partager cette histoire, le destin inimaginable d’une enfant remarquable, tout comme l’a fait Philippe Pollet-Villard, en s’inspirant de l’enfance de sa mère, pour nous offrir ce fabuleux roman. Des souvenirs qui l’ont émus, et qu’il a admirablement réussi à transposer pour nous toucher en plein cœur…

Une plume qui m’a envoûtée, une histoire qui m’a séduite, un écrivain talentueux que j’ai été ravie de lire et de rencontrer. Un beau roman qui m’a permis en compagnie de  l’enfant-mouche de combattre le mal et d’oublier les douleurs.




Philippe Pollet- Villard, réalisateur de profession, est né à Annecy. Il est l’auteur de trois romans chez Flammarion : L’ homme qui marchait avec une balle dans la tête ( prix Ciné-Roman 2006 ), La Fabrique de souvenirs ( prix Marcel Pagnol ), et Mondial Nomade ( 2011 ). Il a également obtenu en 2008 le César puis L’Oscar du meilleur court-métrage pour Le Mozart des Pickpockets, hommage au Paris de Barbés et à ses petits malfrats. 

 

 

 

 

 

 » Parmi les miens « 

Parmi les miens de Charlotte Pons aux Éditions Flammarion

 


 » Ma mère inanimée et sa voiture pliée ont été retrouvées dans les gorges d’une petite route qui ne mène à aucune destination… »

Manon se retrouve à l’hopital au chevet de sa mère en compagnie de son père, son frère Gabriel et sa sœur Adèle.



 » Le chirurgien enlève ses lunettes et se masse la ride du lion – typiquement le genre de geste qui, dans un film annonce les emmerdes. Dans la vraie vie aussi. « 

Leur mère est dans le coma en état de mort cérébrale. Toujours vivante mais déjà loin, dans un autre monde, vers une autre destination. Les paroles ont dépassé les pensées de Manon, elle laisse échapper qu’elle préférerait qu’elle meure mais tous ne l’entendent pas de cette façon.

« Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfants devenus adultes ne tient pas à grand chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser.  » 

Manon, toute jeune maman, ne supporte pas de voir sa mère dans cet état. Elle quitte son rôle de mère momentanement et se retrouve parmi les siens pour s’occuper de la sienne.



 » Mais voilà que l’imminence de sa mort bouleverse la donne et je commence à compter tous les ratés et les trop tard.  » 

C’est parfois quand on est sur le point de perdre un proche que l’on en apprend davantage sur son passé. Leurs souvenirs mis en commun réveillent des secrets enfouis et de surprenantes révélations voient le jour sur celle qui n’a plus de mot mais seulement des maux.



Charlotte Pons nous offre un premier roman très touchant avec une pointe d’humour caustique comme j’aime trouver quand le tragique pointe son nez. À travers ce récit elle nous met face au dilemme à laquelle cette famille se retrouve confrontée : l’euthanasie. Un sujet difficile qui souléve la culpabilité et attise les remords. Car même s’il est de leur devoir d’aider leur mère, la voir s’éteindre à petit feu leur est insupportable, mais de là à commettre un meurtre avec préméditation…

Une lecture que j’ai abordé avec une certaine appréhension suite à mon accident de voiture très récent. Ça réveille les blessures mais ça permet aussi de relativiser. Une lecture que j’ai donc poursuivi plus allègrement et une nouvelle plume que j’ai fortement apprécié. Une histoire familiale assez bouleversante où la vérité est mise à nue dans une belle mise en scéne. Une tragédie ordinaire sous une forte tension psychologique qui déchaîne les consciences. Une écriture sans concession, vive, mordante mais terriblement humaine. Un premier roman absolument abouti , une auteure qui réussi son coup d’essai admirablement et qui je l’espère continuera sur sa lancée.

Une belle découverte de la rentrée grâce à Masse Critique de Babelio que je remercie au passage. 

Charlotte Pons


Charlotte Pons a passé huit ans au sein d’une rédaction parisienne comme journaliste culture et chef d’édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d’écriture Engrenages  & Fictions. Parmi les miens est son premier roman.