« Élastique Nègre « 

Élastique nègre de Stéphane Pair aux Éditions Fleuve Noir 


« Les touristes suivent les ombrelles à la queue leu leu Dans les allées du marché aux fruits et aux fleurs. Ils prennent des photos et achètent des souvenirs avant de remonter très vite dans leur bateau fumant. C’est tout ce qu’il verront de notre île et c’est sans doute suffisant pour eux. Avec Steve ça nous laisse une heure pour les voler sur le marché. »


La Guadeloupe n’est pas qu’une île paradisiaque, sous ses décors de carte postale, elle nous fait oublier son côté sombre. Et lorsque le corps d’une jeune femme blonde est découvert dans les entrailles de la mangrove, ça soulève de nombreuses interrogations, pour commencer, découvrir son identité. Pour le lieutenant colonel Gardé , l’affaire se révèle compliquée, entre les trafiquants de drogues, les insulaires peu coopératifs, et les touristes détroussés, ça va pas être simple pour lui, de mener à bien son enquête. Que se cache-t-il derrière cette morte?


 » Au bout du secret, qu’y a-t-il ? N’y trouve-t-on que le besoin égoïste de soulager sa conscience ? Confronter son petit dégoût de soi au regard des autres et y chercher l’absolution de la communauté des humains pour repartir au combat. Cracher sa merde, c’est le temps qui nous reste, acheter le droit de se considérer encore un peu digne de se lever le matin et, pourquoi pas, recevoir encore un peu d’amour de ceux à qui l’on a menti. Mais au cœur du secret soudain révélé, n’y a-t-il pas plutôt la volonté de tromper encore son monde. Dire sa vérité, drapé de honte jusqu’au cou, pour en réalité taire quelque chose d’encore plus grand, de plus grave et consistant. Selon moi, la majorité des secrets sont fait de cela »



À travers ce roman chorale qui donne la parole à de nombreux protagonistes, tels que Végéta Un dealer, Gina une conteuse, Jimmy petit frère de Gina, Aymé pêcheur à la retraite, Tavares un narco trafiquant, Lize une étudiante américaine, on est embarqué pour un voyage non pas idyllique comme le promettent les slogans publicitaires mais pour une plongée dans les eaux des Caraïbes où la drogue est reine et la violence aussi brutale que les ouragans qui dévastent l’île au moindre passage.


« C’était comme un film sans image tous ces sons …

Ce vacarme, c’était le vent mais aussi les gens qui hurlaient en même temps. Je me souviens d’avoir regardé un moment par la fenêtre. Ce n’était déjà plus le même monde. La rue était noyée et l’eau était montée sur la chaussée jusqu’à la taille. Face à moi, sur le seuil d’une épicerie, je voyais un enfant seul pleurer, l’eau jusqu’au genou, oublié là sûrement, incapable de bouger comme le font les ti moun  quand ils se sentent abandonnés et que tout leur univers s’écroule soudain…

L’eau montait, montait, montait… toute chargée de merde, de terre, de ferrailles et de branches. Et à chaque vague soulevée, la mer mangeait la terre un peu plus, par coudées entières, sans jamais s’arrêter, sans jamais revenir en arrière. Puis, au bout de quelques heures, le cyclone a semblé n’avoir plus de haine. » 


À travers cette galerie de portraits, on découvre une îles aussi malmenée que ses habitants où la drogue fait des ravages, un business florissant pour certains et une terrible malédiction pour d’autres. Qui dit drogue, dit addiction, argent sale, corruption, agression, vengeance, trahison, misère.

Un premier roman où je me suis parfois perdue, le fil de l’histoire est difficile à suivre , le passé et le présent s’entremêlent et forment parfois de sacrés sacs de nœuds. Du début à la fin un véritable jeu de piste avec au détour d’un chemin des informations capitales sur l’histoire. Faut tenter de ne pas s’y perdre et retrouver sa route, pas toujours simple cette balade guadeloupéenne. Par contre un sacré style dans l’écriture, elle s’adapte à chaque personnage et certains sont tout simplement magnifiques. Une histoire sombre, une carte postale de la Guadeloupe sans concession.Un décor de rêve pour une idylle qui démarre au paradis et prends vite la route de l’enfer.

Stéphane Pair

Un premier roman de Stéphane Pair, journaliste radio pour la chaîne publique France Info, Il traite depuis près de dix ans les faits divers, les questions de justice et de société.

Une lecture en demi-teinte, ni complètement conquise , ni complètement déçue. Un auteur que je continuerai à suivre. Car même si le coup de foudre n’est pas là sur le moment j’y pense encore à cette histoire, à ce style et c’est bon signe.

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 » La viande des chiens, le sang des loups « 

La viande des chiens, le sang des loups de Misha Halden aux Éditions Fleuve noir



 » On était de retour à quelque-chose que je connaissais bien, les emmerdements.Ça m’avait manqué. »

T’es tranquille peinard chez toi et t’as une môme assez enragée qui débarque avec une espèce de chien de garde dans ta cabane. Ça craint, l’ambiance cocooning s’enflamme et ça dégénère très vite. Rory, tel un chien tente de défendre son territoire, et n’hésite pas à affronter les intrus.

« J’ai pris une claque. Pas forte, pas brutale; rien qu’un geste pour montrer qui frappait et qui fermait sa gueule. »
Cette môme c’est Lupa, femme-enfant, sauvage, mystérieuse, en fuite. Rory, lui, vit seul avec ses chats, il cultive ses légumes et sa misanthropie. Cette intrusion va mettre à mal sa tranquillité et bousculer son quotidien.

« Mes enfants étaient des tâches sur mes draps »
Mais va-t’il retrouver une once d’humanité pour comprendre et aider Lupa? Et va-t’il retrouver le chemin de l’écriture?
 » J’ai arrêter d’écrire parce que je voulais cracher entre les lignes, alors que tout ce qu’on me demandait c’était brosser tout le monde dans le sens du poil. »
Si tu t’aventures par ici, sache qu’en franchissant les portes de ce mâle assez vulgaire, tu entres dans l’antre du mal. T’es pas dans un conte de fée, t’es dans une histoire monstrueuse, cruelle, féroce, où se mêle une part de fantastique, qui donne un résultat plutôt étrange au final. Un voyage dans l’imaginaire noir.
J’avoue que même si je me suis attachée à Lupa la sauvageonne et à Rory ce rebelle, ce personnage haut en couleur, ce chien perdu sans collier, ce roman a très vite perdu mon intérêt. Le mélange des genres ne m’a pas conquise.
J’aime à penser qu’il a fait un mauvais rêve, un mauvais trip, face au désespoir de la page blanche. Oui en fait tout ça n’est peut-être qu’un mauvais rêve, où affluent les pires cauchemars. Allez-savoir…


Misha Halden partage son temps entre l’écriture et ses passions: l’histoire, les animaux, les jeux vidéo et les livres. Elle a écrit dans la veine noire imaginaire sous le nom de Justine Niogret pour lesquels elle a été primée: chien du heaume (Prix imaginaire, catégorie meilleur roman francophone; Grand prix de l’imaginaire, catégorie roman francophone) Mordre le bouclier ( prix européen Utopiales, Prix Elbakin) Mordred, Cœur de rouille et Gueule de truie. La viande des chiens, le sang des loups est sa première incursion dans la veine noire.
Je remercie les Édition Fleuve Noir pour cette lecture cauchemardesque.

« Aussi noir que ton mensonge « 

Aussi noir que ton mensonge d’Antti Tuomainen aux éditions Fleuve Noir




« Lorsque l’on trouvait un point de départ, peu importe lequel, à un moment ou à un autre, le texte prenait le pouvoir et disait de lui-même ce qu’il avait à dire. « 



Janne Vuori, journaliste à Helsinki en Finlande s’interroge suite à la lecture d’un étrange email reçu. Il décide d’entreprendre une enquête d’investigation pour percer le mystère qui se cacherait derrière cette usine de Nickel.

Il n’est pas du style à faire les choses à moitié, et met comme à son habitude, tout son cœur à l’ouvrage au détriment de sa vie familiale qui du coup par à vau l’eau. À croire que c’est inscrit dans les gènes, l’incapacité à réussir sa vie de couple et de père, ayant lui-même grandit sans le sien parti un jour il y a 30 ans.
Dans cette froideur hivernale, malgré la blancheur du paysage, de sombres secrets vont se révéler sur cette usine, achetée 2 € et où le nickel se transforme en or, mais également sur son passé. Des liens dénoués s’entremêlent, le passé resurgit dans le présent, la lumière apparait dans cette sombre affaire.
Des choix s’imposeront quel qu’en soit le prix…

Ce roman est loin d’être glacial, cette plume Finlandaise que je découvre fut assez plaisante, même si le coté écologique et absence du père est un sujet assez récurent dans énormément de thrillers ces derniers temps. C’est tendance.
Avec une écriture fluide, une narration assez classique dans la veine des polars nordiques, l’auteur nous offre un roman engagé qui dénonce certaines actions catastrophiques pour la planète et tout ça pour du fric. Ce n’est pas le manteau blanc qui recouvre cette région qui évitera de découvrir  » les ordures » qu’elle nous cache. Il évoque également l’absence du père, l’addiction au travail qui engendre inévitablement des problèmes de couple.

Un roman au final qui mérite notre attention, un bon moment de lecture pour cet hiver qui approche à grands pas.

Antti Tuomainen
Antti Tuomainen n’en est pas à son coup d’essai, il est déjà l’auteur de plusieurs romans dont “La dernière pluie” qui a obtenu le Clue Award du meilleur roman finlandais en 2011. Après “Sombre est mon cœur” paru chez Fleuve en 2015, “Aussi noir que ton mensonge” est son cinquième roman, le troisième à paraitre chez Fleuve Éditions. Antti Tuomainen figure parmi les meilleurs auteurs de la littérature noire finlandaise.

Je remercie les Éditions fleuve pour cette sympathique découverte .