“ Stoneburner ”

Stoneburner de William Gay aux Éditions Gallimard  » La Noire “

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean–Paul Gratias

” Les événements commençaient à prendre un peu de sens, et il eut soudain l’impression qu’il s’était fourré jusqu’au cou dans un bourbier sans nom, qu’il s’était lancé dans une aventure qui le dépassait. Une fois de plus, il avait signé un contrat sans lire les clauses imprimées en petits caractères, et l’envie lui vint de dévaler l’escalier de la tourelle et de regagner Ackerman’s Field le plus vite possible.

Lorsque l’avion entama un virage sur l’aile, Thibodeaux réagit aussitôt. “

Quand l’occasion se présente pour Thibodeaux de ramasser du fric, sans trop d’effort il saute sur l’occasion pour ensuite filer à bord de sa caisse avec une Belle blonde vers de nouveaux horizons.

En prenant la route, il était loin d’imaginer qu’on lancerait à leurs trousses un détective privé nommé : Stoneburner, un vétéran du Vietnam comme lui, une vieille connaissance tout aussi fracassée que lui.

” Je me suis demandé si Thibodeaux pouvait être le Thibodeaux avec qui j’étais parti à la guerre, sans être sûr d’avoir vraiment envie de le savoir. J’avais fait tout mon possible pour effacer Thibodeaux de ma vie et de ma mémoire. Il était lié à beaucoup trop d’événements désagréables, et à un moment, je m’étais dit que lorsque les bagages s’accumulaient en grand nombre, il fallait les jeter dans le fossé, pour réduire la charge. Un poids excessif vous ralentit, et celui qui voyage vite est toujours seul. “

Stoneburner pensait être débarrassée de cette amitié toxique, loin de la civilisation où il venait juste de s’installer en pensant se la couler douce. Il va pourtant accepter de bosser pour Cap Holder, un vieux débauché cynique, ex-shérif du coin, pour tenter de lui ramener la valise de fric et sa blonde sulfureuse en cavale avec le petit caïd qu’il a eu l’occasion de croiser…

” Aussi belle qu’une rivière de Whiskey dans le rêve d’un poivrot. “

Étourdis par tant de frics, nos deux flambeurs peu discrets, sèment les indices sur leur route entre le Tennessee, le Mississippi et l’Arkansas.

Pour Stoneburner et le baron de la drogue fort mécontent d’avoir été roulé, la poursuite s’avère aisée.

Reste plus qu’à leur mettre la main dessus avant que tout l’argent se fasse la malle.

” Thibodeaux était étendu sur le lit, les yeux fermés, les mains sous la nuque. (…) Son espérance de vie s’amenuisait, et il était confronté à une réalité angoissante : celle d’un délinquant fuyant la justice, et qui tentait une fois de plus de maîtriser le chaos, tout en admettant être de connivence avec un monde dont il ne se sentait plus complice. “

Ce que j’en dis :

On peut compter sur LA NOIRE de chez Gallimard pour nous offrir pour son retour, une deuxième parution toute aussi formidable que Le silence brutal de Ron Rash, en nous donnant l’occasion de découvrir enfin un roman noir qui a été écrit entre 2006 et 2007, mais que l’auteur avait préféré ranger dans un tiroir, trouvant celui-ci trop proche, par le ton de celui de son ami Cormac McCarthy : No Country for Old Men.

William Gay hélas disparu, n’aura pas le plaisir de profiter des éloges qui ne manqueront pas de pleuvoir après la lecture de ce récit absolument fabuleux.

Originaire du Tennessee et vétéran du Vietnam, William Gay s’est sans doute servi de son expérience et de son environnement pour écrire ce roman qui met en scène deux vétérans fracassés et une belle garce, un trio infernal qui ne cessera de nous surprendre dans cette cavale qui démarre sous des chapeaux de roues à bord d’une Cadillac.

Aussi captivée par l’histoire que charmée par la plume singulière qui rajoute autant de plaisir à la lecture, ce roman ne manque ni d’humour ni d’originalité.

Une aventure atypique 100% américaine dans une atmosphère sombre et brumeuse qui vous emportera à travers les États-Unis des années 70 en compagnie de deux paumés et d’une bombasse avec un humour féroce et une noirceur poétique.

C’est du grand art, noir et corsé et c’est à découvrir absolument.

Pour info :

Né en 1941 à Hohenwald dans le Tennessee, William Gay a servi quatre ans dans la marine pendant la guerre du Vietnam. De retour au pays, il a repris la charpenterie – son métier – et l’écriture.

Il est l’auteur de nombreuses nouvelles et de six romans. Quatre ont été traduit en France à ce jour, dont La mort au crépuscule (Folio policier), lauréat du Grand Prix de la littérature policière.

Il est mort en 2012 dans sa ville natale.

« Avant d’être considéré comme l’égal de Cormac McCarthy ou de Larry Brown, William Gay était un charpentier qui composait des phrases dans sa tête durant sa journée de travail. » The Washington Post

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette cavale à la noirceur délicieuse sur les routes américaine.

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“ Chaque homme, une menace ”

Chaque homme, une menace de Patrick Hoffman aux Éditions Gallimard

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Chainas

« Nous employons souvent un dicton dans le milieu des affaires : les plus grandes opportunités naissent des plus grands désordre. “

À San Francisco, Raymond Gaspard, tout juste sorti de prison est chargé par un ancien détenu, de surveiller deux individus en charge de l’acheminement d’une importante cargaison de drogue.

Très vite il va se retrouver piégé au centre de ce qui pourrait s’avérer être un véritable complot.

À Miami, c’est le gérant d’une discothèque, responsable du transport maritime de cette même marchandise qui va se retrouver pris au piège suite à une grossière erreur.

À Bangkok, lieu de départ de la chaîne d’approvisionnement, un homme se prépare à passer un coup de fil qui va compromettre toute la filière.

Tout le trafic est en danger et risque de perturber toute cette organisation très lucrative.

Il suffit qu’un seul être de la chaîne défaille pour que l’engrenage s’enraye et que tout s’effondre.

” Tu ne sais pas ce que tu racontes. Doubler Arthur ? Personne ne double Arthur. “

Et si l’erreur est humaine, il sera bien plus difficile d’y remédier.

Ce que j’en dis :

Pour avoir lu de nombreux romans sur des affaires de drogue, il est fortement plaisant de découvrir un récit vraiment atypique qui explore ce thème d’une toute autre manière.

Aux quatre coins du monde, la drogue circule à travers des filières très organisées, toutes reliées entre elles sans parfois le savoir. Dans ce milieu bien pourri, tout n’est que chantage, corruption, pouvoir, et parfois certains ne sont jamais assez rassasiés et n’hésitent pas à tout mettre en péril pour obtenir encore plus, quitte à sacrifier un des leurs au passage.

À travers ce premier roman, Patrick Hoffman brosse le portrait de toute cette mafia de manière originale à travers une intrigue intelligente et surprenante.

Il remonte la piste de tout ce réseau à travers différents protagonistes de différents pays, tous plus avares les uns que les autres.

Un récit étonnant sur cette poudre d’apparence blanche pourtant entachée de sang qui attise tant de convoitise à travers le monde pour le pouvoir de l’argent.

Chaque homme, une menace magnifiquement traduit par Antoine Chainas vous permettra de sortir des sentiers battus, et vous fera découvrir une nouvelle plume à suivre absolument.

De la poudre plein les yeux, de la bonne came assurément.

Pour info :

Patrick Hoffman a grandi à San Francisco, où il a travaillé pendant dix ans pour le bureau d’aide juridictionnelle. Il exerce désormais la profession d’enquêteur privé à Brooklyn.

Chaque homme, une menace est son premier roman publié à la Série Noire.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette virée clandestine dans ce milieu mortifère.

“ Un silence brutal ”

Un silence brutal de Ron Rash aux Éditions Gallimard

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

” Où donc une histoire, quelle qu’elle soit, débute-t-elle vraiment ? Un événement ne peut se produire sans que d’autres ne se soient déjà produits. (…) Tout cela se produisit trois semaines avant que je prenne ma retraite de shérif du comté. “

Dans trois semaines, le shérif Les prends sa retraite. Il espère sincèrement ne pas avoir de grosses affaires à régler d’ici là.

“ J’ouvrais soudain les yeux et il n’y avait rien d’autre que l’obscurité, comme si le monde, s’étant libéré de son collier, s’était enfui emportant tout sauf moi. J’entendais alors un engoulevent ou une cigale caniculaire, je sentais la rosée me mouiller les pieds, ou bien je levais les yeux et découvrais les étoiles piquées dans le ciel à leur place habituelle, seule la lune vagabondait. ”

Becky, amie de Les, une poétesse grande amoureuse de la nature veille également sur Gérald, un irréductible vieillard.

Alors quand celui-ci se retrouve accusé de pollution intentionnelle sur la propriété d’un relais où de riches citadins s’adonnent au plaisir de la pêche, en milieu sauvage, elle est la première à prendre sa défense, pendant que Les le shérif, démarre ce qui sera très certainement sa dernière enquête.

” Dans une zone aussi rurale que la nôtre, tout le monde est rattaché à tout le monde, si ce n’est par les liens du sang du moins de quelques autre façon. Dans les pires moments, le comté ressemblait à une toile gigantesque. L’araignée remuait et de nombreux fils reliés les uns aux autres se mettaient à vibrer. “

Ils ne pensent pas que Gérald soit capable d’avoir pu mettre en danger les truites qu’il affectionne tant, mais alors, qui est le coupable ?

Ce que j’en dis :

La Noire de Gallimard s’est imposée comme LA Collection emblématique du roman noir. Elle y accueille des auteurs réputés dans l’univers du Noir, grandement apprécié par un lectorat exigeant de la qualité et de l’éclectisme.

En ce mois de mars 2019, LA NOIRE s’offre une nouvelle garde-robe absolument magnifique qui risque de finir en haut des podiums.

La nouvelle collection démarre fort en ouvrant ses portes au grand Ron Rash, un auteur américain vénéré par les lecteurs connaisseurs français.

Je félicite au passage le travail remarquable d’ Isabelle Reinharez sa traductrice.

Un silence brutal fait une entrée remarquable et même déjà très remarquée par les gourmets, amateurs de belles plumes.

Pour les avoir tous lus, je pense pouvoir me permettre de dire, que ce dernier récit est encore plus puissant, plus poétique et m’a envoûté de la première à la dernière page.

Toujours fidèle aux Appalaches, où il vit, l’auteur partage avec nous ces magnifiques décors en y instaurant ses histoires. Ron Rash porte un regard avisé sur le monde qui l’entoure et dresse le portrait de personnes vulnérables confrontées de plus en plus à la violence.

Ses personnages sont soignés avec minutie et apportent de la force et beaucoup d’émotions à son roman.

Il aborde avec beaucoup d’humanité et de sensualité, des sujets douloureux et donne une voie poétique à Becky qui exorcise de cette manière son passé, mais réveille aussi sa colère face à d’autres fléaux.

Avec talent, et une plume de maître, il explore différents thèmes qui lui sont chers comme la protection de l’environnement mais également des sujets plus durs comme les ravages de la meth et les fusillades dans les écoles, sans voyeurisme mais avec subtilité et une grande délicatesse, presque en silence, à pas feutrés.

Toujours très proche, des oubliés de l’Amérique, Ron Rash nous offre un roman puissant, sombre, authentique où la poésie bouleversante illumine ces pages telles des lucioles au milieu des nuits Appalaches.

C’est tout simplement magnifique et c’est un immense coup de cœur.

Pour info :

Né en 1953 en Caroline du Sud, Ron Rash est d’abord un poète qui doit à ses lointaines origines galloises le goût des légendes celtes.

Son œuvre est inspirée par la nature de la région des Appalaches où il vit, et par son administration pour William Faulkner, Jean Giono et Dostoïevski. Ses sept romans sont désormais tous publiés en France.

Récompensé par le Franck o’Connor Award, le Sherwood Anderson Prize et le O. Henry Prize aux États-Unis, et en France par le Grand Prix de littérature policière pour Une terre d’ombre – également meilleur roman noir du Palmarès de Lire – il est considéré comme l’un des plus grands auteurs américains contemporains.

Il enseigne la littérature à la Western Carolina University.

Je remercie les Éditions Gallimard pour ce sublime voyage dans les Appalaches auprès de Ron Rash.

“ Au nom du père ”

Au nom du père d’Éric Maravélias aux Éditions Gallimard Série Noire

 » Confortablement installé, Dante, le Macédonien, et Falcone, l’Albanais, profitaient des dernières chaleurs de l’été. Falcone se tenait silencieux, se demandant pourquoi Dante l’avait fait monter jusqu’à son nid d’aigle.

Les deux hommes se connaissaient depuis l’enfance. (…) Complices dans les nombreux coups fourrés, magouilles et trafics dans lesquels, par misère, mais de bonne grâce, ils s’étaient vite laissé entraîner, ils étaient, au fil du temps, devenus inséparables. Leurs attitudes respectives les avaient amenés à emprunter des voies différentes sur la forme, mais toujours liées quant au fond. Centrées vers un seul objectif : gagner de l’argent. Beaucoup d’argent. “

Déjà vingt ans que Dante a dû quitter la Macédoine.

L’empire qu’il s’est construit en France est en danger, suite à un incident imprévu.

Paris est au bord d’une guerre civile. Une forte criminalité et des trafics en tout genre ont gangrené la ville.

L’univers des caïds qui règnent sur la ville semble également malmené par la jalousie et certaines ambitions démesurées.

Certains secrets de famille surgissent tel un cancer foudroyant et infectent les relations amicales.

La trahison n’est pas loin et risque de provoquer une tragédie et conduire les plus forts vers un destin tragique.

 » Ce n’était pas que Dante fût très sentimental, mais c’était une question d’honneur. Ce genre d’incartade aurait pu éventuellement se régler en famille, discrètement, mais à partir du moment où c’était susceptible d’arriver aux oreilles de tout le monde, il n’y avait plus d’échappatoire. Il faudrait faire un exemple. “

Ce que j’en dis :

Il m’aura fallu cinq ans pour retrouver la plume de cet auteur, découverte à l’époque avec son premier roman ” La faux soyeuse « , une véritable plongée dans l’univers de la drogue que j’avais trouvé aussi grandiose que Flash ou le grand voyage de Charles Duchaussois.

Il avait mis la barre très haute et je n’en attendais pas moins pour ce second roman.

À travers cette dystopie, il plonge le lecteur dans la capitale parisienne qui a perdu toute sa lumière au profit d’une ambiance crépusculaire.

Une idée plutôt originale d’y placer cette intrigue, et permet de sortir des sentiers battus en bousculant certains codes tant attendus dans l’univers du roman noir.

Et même si l’univers de la drogue lui colle à la peau, cette fois c’est du côté des caïds qu’il se tourne et nous offre une histoire où les relations mafieuses se retrouvent compromises par certaines ambitions et de grandes convoitises qui mènent direct vers une trahison inévitable.

L’auteur nous donne une vision du monde apocalyptique, envahit par la criminalité, dans une tragédie contemporaine, innovante, surprenante où l’on retrouve une écriture remarquable où se côtoient langage de rue et poésie urbaine.

Un second roman noir très réussit où résonne un futur réaliste assez effrayant.

C’est noir, ça déchire, c’est signé Éric Maravélias et c’est à découvrir absolument.

Ça valait vraiment le coup d’attendre.

Pour info :

Éric Maravélias est né dans la banlieue sud de Paris. 
Après un parcours chaotique, il vit aujourd’hui dans le Sud de la France. 
Il est l’auteur de La faux soyeuse  (Gallimard/Série Noire, 2014), un premier roman inspiré en partie de sa propre expérience et salué autant par la critique que par les lecteurs, il signe son retour à la fiction avec Au nom du Père  (Série Noire, 2019).

Je remercie les éditions Gallimard pour cette virée dans l’enfer de Dante.

“ La peau du papillon ”

La peau du papillon de Sergey Kuznetsov aux Éditions Gallimard, série noire

Traduit du Russe par Raphaëlle Pache

” Tu as du mal à respirer, ton corps perd ses contours, se métamorphose en un cocon noir, la détresse et le désespoir deviennent plus denses : il te suffit de tendre la main pour les toucher.

Une vieille terreur de l’enfance ? Non, pas de la terreur, de l’angoisse, un concentré d’angoisse, un sentiment d’asphyxie, un bruit incessant dans les oreilles, le flux de ton propre sang, les ténèbres, les ténèbres, un nuage de ténèbres s’accroche aux plis de tes vêtements, se cramponne aux protubérances de ton visage, aux cheveux collés sur ton front, aux pointes rongées de tes doigts.

(…) Ces jours-là sont très pénible pour moi. Afin de les rendre plus supportables, je commence à me rappeler les femmes que j’ai tuées. “

À Moscou, sévit un tueur en série particulièrement sadique. Il n’hésite pas à surfer sur le web pour dénicher sa prochaine cible.

C’est là que Xénia, une ambitieuse rédactrice en chef d’un site Web d’actualités, va croiser sa route. Elle-même, adepte de pratiques sexuelles extrêmes saisit cette opportunité pour tenter de gagner une certaine notoriété.

” C’est balèze, maman, super méga balèze ! Comment ça, « pourquoi » ? Parce que c’est mon travail. Parce que je suis rédactrice en chef du journal en ligne LeSoir.ru, journal, et même un peu IT manager, maman, mais quoi qu’il en soit, une professionnelle couronnée de succès, et ça, c’est mon nouveau projet. Comment ça, tu as regardé et ça ne contient que des cochonneries ? Et qu’est-ce que tu t’attendais à trouver sur une page concernant un maniaque qui a tué onze filles entre quinze et trente-huit ans rien qu’au cours des huit dernier mois? “

Bientôt, une relation virtuelle via une messagerie instantanée se noue entre le tueur et la journaliste. Le danger la guette, il n’y a qu’un pas pour franchir la frontière entre le fantasme et le passage à l’acte, entre fascination, répulsion et désir. Xénia se retrouve en plein dilemme…

” – Dis-moi la vérité, tu prends ton pied avec toutes ces histoires ?

– Moi ?

– Oui, toi, qui d’autre ? Arrête de faire l’idiote. C’est qui la masochiste soumise adepte des tortures et de l’automutilation ? “

Ce que j’en dis :

À travers cette immersion dans la littérature russe on embarque sur les traces d’un serial killer démoniaque. Mêlant confessions du tueur et enquête journalistique sur le web, l’auteur nous offre un roman assez surprenant qui démontre une fois encore, les dangers du Web et les risques de mauvaises rencontres pour les adeptes des relations sexuelles sadomasochistes. Un milieu très particulier qui regorge de détraqués en tout genre.

En Russie, comme ailleurs, le mal qui parfois sommeille sous certain cocon se libère et donne vie à des êtres abjects, dénoués d’empathie.

Ce thriller plutôt réussi nous offre le jeu du chat et de la souris des temps moderne, mêlant douleur et plaisir, ambition et persécution, fantasme et violence dans un climat glacial que seule la neige pourra momentanément cacher avant la métamorphose…

Une belle découverte qui m’a plutôt agréablement surprise malgré son côté sordide.

Un auteur à suivre.

Pour info :

Sergey Yurievich Kuznetsov est né à Moscou, marié et père de trois enfants. Il est écrivain journaliste et un entrepreneur.

Diplômé de la faculté de chimie de l’ Université d’État de Moscou en 1988.

En 2004, il a fondé la société SKCG, spécialisé en marketing interactif et projets culturels.

” La peau du papillon “ est son premier roman à paraître à la Série Noire.

Je remercie les éditions Gallimard pour ce thriller scandaleusement étonnant.

“ Mauvaises graines ”

Mauvaises graines de Lindsay Hunter aux Éditions Gallimard

Traduit de l’américain par Samuel Todd

” Baby Girl et son crâne à moitié rasé, ses cils blonds et son bras couvert de taches de rousseur appuyé sur le volant. Racaille à deux balles. Parfois, Perry donnait l’air de ne penser que du mal de Baby Girl, mais quand elle avait aperçu son reflet dans le rétro extérieur, elle s’était dit que le spectacle était tout aussi merdique. “

Baby Girl et Perry, deux jeunes filles un peu paumée, plutôt rebelles comblent leur mortel ennui par quelques petits larcins.

Deux sauvageonnes bien trop souvent livrées à elle-même qui n’ont pas grand-chose à faire, ni grand-chose à perdre.

 » Plus rien ne semblait compter. Mais le soleil finissait toujours par se lever.  »

Comme la majorité de la jeunesse actuelle, elle traîne également beaucoup sur les réseaux sociaux. C’est là qu’elle vont faire la connaissance de Jamey, qui au fil du temps va réussir à les convaincre de le rencontrer.

Mêmes elles sont consciente d’être en contact avec un gros mythomane, rien ne les arrête. Les mauvaises graines sont sur le point d’éclore… Dieu seul sait de ce qu’ elles seront capables de faire.

 » D’accord, dit Perry, une fois Baby Girl calmée. Allons filer une leçon à ce connard. “

Ce que j’en dis :

À travers ce roman noir, l’auteur nous brosse les portraits d’âmes à la dérive issues de la classe sociale dites déclassée. Chacun est habité d’une profonde solitude et comble ce vide de différentes façons. Pour les adolescentes, c’est la rebelle attitude qui les définit le mieux, deux jeunes pousses attirées par la mauvaise herbe qui envahit leur quotidien. Des vies cabossées, et des familles dépassées qui baissent les bras et préfèrent pour certaines se réfugier dans l’alcool, sans oublier le danger des rencontres virtuelles, nouveau fléau d’internet.

Un premier roman noir contemporain très réussi porté par une plume imprégnée de réalisme qui m’a emportée avec un certain plaisir auprès de ces mauvaises graines qui pourraient devenir avec un peu d’attention et d’amour de belles plantes si on leur laisse le temps de grandir.

Une auteure qui devrait nous réserver de belles surprises à l’avenir.

Une belle découverte pour ma part.

Pour info : Originaire de Floride, Lindsay Hunter vit désormais à Chicago.

Mauvaises graines est son premier roman.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette histoire auprès de ces rebelles très touchantes.

“ Empire des chimères ”

Empire des chimères d’Antoine Chainas aux Éditions Gallimard, Série Noire

Les territoires en friche, à la lisière du progrès, s’éloignent à l’est. Les lendemains de pluie, lorsque l’atmosphère est expurgée des particules de mica en suspension, une nostalgie précoce peut naître de l’immensité, devenue lumineuse et dominatrice. Les lacs aussi denses que le ciel demeurent plombés par une eau trop lourde. Il émane des rares villages alentours, moins de quatre mille habitants au total, un triomphe de l’oubli, une esthétique de l’effacement scandé par l’imminence d’une catastrophe, dont le processus semble interrompu pour un temps indéterminé. Les aubes grises succèdent aux crépuscules sans but. On a passé un pacte d’usure avec les murs, on s’y ennuie. L’enracinement paraît si profond qu’il empêche de se consumer dans les rituels féroces des temps modernes. “

1983. Dans un coin bucolique de France assez paumé, une jeune fille est portée disparue. Personne ne semble avoir remarqué quoique ce soit, pourtant ils se connaissent tous et ont tendance à savoir tout sur tout le monde.

Sa disparition est si totale, si brusque et inexplicable que l’on en vient déjà à se demander si elle a jamais existé, si son nom a simplement été prononcé. “

D’ailleurs, des rumeurs commencent à circuler et certaines personnes s’apprêtent déjà à saisir l’opportunité pour tenter de s’enrichir au passage.

” Au moment du dessert, on s’attarde sur une rumeur insistante : une multinationale du divertissement envisagerait d’ouvrir un parc à thème en France. “

Pendant que certains s’investissent dans l’enquête pour tenter de retrouver la demoiselle, certains adolescents passionnés par un jeu de rôle : l’empire des chimères, commencent à s’interroger. La frontière entre la fiction et la réalité semble se confondre et ne faire plus qu’un.

” Aucun lieu, si anodin soit-il, ne protège contre le risque d’un malheur. “

D’étranges phénomènes se produisent et sèment le doute chez les adolescents comme chez les adultes.

“ L’être humain est fait d’une obscurité insondable, dont il n’émerge qu’un bref instant. Un délai toutefois suffisant pour prendre les armes. À certains l’on confiera la cruauté et la férocité. À d’autres, la douceur et l’empathie. Le plus souvent, les hommes lutteront avec un panachage de tout cela.

Mais chacun d’eux retournera au néant avant d’avoir achevé sa guerre. « 

Un climat anormal s’installe et parasite de manière suspecte la communauté.

” La réalité qui rejoint la fiction qui, à son tour rejoint une autre réalité. “

Ce que j’en dis :

J’ai pour habitude de ne jamais lire ou très rarement les quatrièmes de couverture pour garder un maximum de surprises alors je ne vous en dirai pas plus afin qu’à votre tour, vous profitiez un maximum de ce merveilleux roman noir.

Dés les premières pages, l’histoire est captivante et il en sera ainsi pendant les 650 pages qui suivront.

Tout comme dans le jeu de rôle qui se retrouve au cœur de ce récit, l’auteur plante le décors, installe ses personnages, sème une intrigue et récolte les premiers indices qui vont nous conduire au cœur d’une histoire sociale où le pouvoir de l’argent et de la nature sont indiscutablement liés.

Et quand le fantastique flirte avec la réalité, tout semble possible même si, la folie n’est jamais loin.

A travers une plume lyrique, Antoine Chainas nous offre un roman aussi divertissant qu’enrichissant et aborde de nombreux thèmes en phase avec l’actualité de notre époque.

Qu’il s’agisse de disparition, d’enjeux économiques, de protection de la nature, de l’influence d’un jeu sur les adolescents, ou de la simple survie d’un village, cette histoire qui se déroule dans les années 80, nous prouve une fois encore que le paysage reste inchangé malgré les années passées.

 » La beauté de la France profonde a décidément un cachet bien cruel. ”

Un roman inclassable, riche et puissant porté par une langue qui l’est tout autant.

Un grand roman noir qui ravira les lecteurs exigeants tout comme je le suis devenue.

Un véritable coup de foudre.

Pour info :

Antoine Chainas, né en 1971, vit et travaille dans le sud de la France.

Il s’est imposé, à partir de 2007, comme l’un des auteurs phare de la collection « Série noire » dirigée par Aurélien Masson chez Gallimard.

Son roman « Pur » est paru en 2014 à la Série noire de chez Gallimard. Ce livre a été récompensé du Grand Prix de la Littérature Policière la même année.

« Empire des Chimères » est son sixième roman toujours édité dans la même collection.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette histoire aussi captivante que surprenante, absolument fantastique.

“ Swing Time ”

Swing Time de Zadie Smith aux Éditions Gallimard

Traduit de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson

 » Si tous les samedis de 1982 peuvent être considérés comme un jour unique, je rencontrai Tracey à dix heures du matin ce samedi-là. (…) Beaucoup d’autres filles étaient présentes, mais pour des raisons évidentes, nous nous remarquâmes, relevant nos similitudes et nos différences, comme les filles en ont l’habitude. Nous avions exactement la même couleur de peau – à croire que nous avions été fabriquées dans le même tissu marron clair -, nos tâches de rousseur se concentraient aux mêmes endroits, et nous avions la même taille. ”

C’est lors d’un concours de danse à Londres, que deux petites métisses se rencontrent et vont devenir inséparables. En visionnant des vidéos cassettes de Fred Astaire et de Jenny Le Gon, elles rêvent de devenir de grandes danseuses.

 » Et c’était quoi la danse moderne ? On ne pouvait demander à personne, c’était nouveau pour tout le monde, on était coincées. Rare était la mère dont la curiosité allait jusqu’à appeler le numéro indiqué sur les flyers faits maison agrafés sur les arbres du quartier. « 

Tracey est la plus douée, assez audacieuse mais souvent excessive. Alors qu’elle intègre une école de danse, son amie plus studieuse poursuit sa scolarité au lycée puis à l’université. Leurs chemins se séparent.

Ses études terminées, la plus sage devient l’assistante d’ Aimee, une chanteuse mondialement connue. Elle parcourt le monde et rejoint le projet philanthropique de la chanteuse : la construction d’une école pour fille dans un village d’Afrique.

Elle retrouvera Tracey après une série d’événements scandaleux pour une dernière danse.

“ L’aventure de Tracey me frappait car j’y voyais une forme de revanche sur tout cela : comme si un chat domestique avait capturé un lion, l’avait dompté et le traitait comme un chien. ”

Ce que j’en dis :

Je découvre la plume de Zadie Smith à travers ce roman ambitieux qui demande une attention particulière pour bien suivre cette incroyable histoire de deux petites métisses londoniennes. J’ai tout de suite été embarqué par le style enjoué de la première partie, la première danse se présentait très bien, le swing et l’humour bien présents laissaient présager une belle aventure. Mais le rythme du récit a pris une autre tournure une fois arrivé à l’âge adulte et m’a beaucoup moins captivé malgré la richesse du récit.

Un roman d’apprentissage qui n’en demeure pas moins intéressant par l’ampleur des thèmes abordés tels que l’amitié, l’adolescence, les rivalités, le racisme, l’humanitaire, les questions d’identités et la célébrité.

Une écriture stylée, rythmée qui dégage beaucoup d’humour et d’émotion que j’aurai plaisir à retrouver même si cette première histoire ne m’a pas entièrement charmée.

La romancière Zadie Smith est née dans le nord de Londres en 1975 d’un père anglais et d’une mère jamaïcaine. Elle a lu l’anglais à Cambridge et a obtenu son diplôme en 1997.

Son premier roman acclamé, White Teeth (2000), est un portrait vibrant du Londres multiculturel contemporain, raconté à travers l’histoire de trois familles ethniquement diverses. Le livre a remporté un certain nombre de prix et récompenses, notamment le prix du premier livre du Guardian , le prix du premier roman de Whitbread et le prix des écrivains du Commonwealth (grand gagnant, meilleur premier livre). Il a également remporté deux prix EMMA (BT Ethnic and Multicultural Media Awards) pour le meilleur livre / roman et le meilleur nouveau média féminin, et a été sélectionné pour le prix Mail on Sunday / John Llewellyn Rhys, le prix Orange Fiction . White Teeth a été traduit dans plus de vingt langues et a été adapté pour la télévision Channel 4 en 2002.

Son poste de scénariste en résidence à l’Institute of Contemporary Arts a abouti à la publication d’une anthologie d’histoires érotiques intitulée Piece of Flesh (2001). Elle a également écrit l’introduction pour The Burned Children of America (2003), un recueil de dix-huit nouvelles par une nouvelle génération de jeunes écrivains américains. Le deuxième roman de Zadie Smith, The Autograph Man (2002), une histoire de perte, d’obsession et de la nature de la célébrité, a remporté le Prix littéraire juif de la littérature juive 2003 . En 2003, elle a été nommée par le magazine Granta parmi les 20 meilleurs romanciers britanniques.

Son troisième roman, On Beauty , a été publié en 2005 et a remporté le prix Orange 2006 pour la fiction. Elle a également publié deux recueils de documentaires,  Changing My Mind: Occasional Essays (2009) et Feel Free (2018).

Zadie Smith est devenue professeur de fiction à l’Université de New York en 2010 et vit entre New York et Londres. Ses plus récents romans sont  NW (2012), situé dans le nord-ouest de Londres; et Swing Time (2016), à Londres, New York et en Afrique de l’Ouest.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette danse livresque.

“ Les derniers mots ”

Les derniers mots de Tom Piccirilli aux éditions Gallimard

Traduit de l’américain par Etienne Menanteau

« – Votre frère sera exécuté dans onze jours. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous quelque chose à dire aux proches de victimes ?

– Et si vous me fichiez la paix, putain de merde !

Ça devrait le faire aux infos de dix-huit heures, même s’il coupent le « putain de merde ».

Terrier Rand est de retour dans le giron familial. Il s’en était éloigné depuis cinq ans, après un massacre perpétré par son frère Collie, lors duquel huit personnes ont été tuées sans aucune raison. Malgré tout, ce n’est pas parce qu’il est derrière les barreaux et que tout l’accuse que Collie est responsable de tout ces meurtres.

Lors d’une visite au pénitentier Collie se confie à son frère. Le doute envahit Terrier, il décide de mener une enquête.

«  Il ne vont pas me lâcher. Décontenancé je hoche la tête et maudis Collie en silence. Je me suis juré d’aller le voir encore une fois, mon frère, mais il faut d’abord que je sache ce qu’il attend de moi au juste. J’ai aussi envie de voir Kimmy, son enfant, et de la protéger de type comme Collie ou comme moi, mais j’ai laissé passer l’occasion. Je l’ai abandonné, ma copine, je ne me suis pas montré correct envers elle, ni envers moi-même. J’ai sacrifié mon bonheur sur l’autel des abîmes. Je ne suis pas encore prêt à redevenir un membre de la famille. Je sais bien ce qu’il en est. Je leur ai brisé le cœur. Je jette un coup d’œil à la porte d’entrée et constate que ma sœur est là, à me regarder m’enfuir de la maison une fois de plus.  »

Évoluant sur le fil du rasoir qui sépare la fraternité de la haine, la loyauté de la trahison, Terry va devoir explorer des secrets de famille profondément enfouis.

 » C’est ainsi que l’on procède tous quand on a vraiment envie de quelque chose ; on s’abandonne à l’irrationnel, à l’idée qu’il suffit d’y croire pour changer la situation, l’infléchir, l’amener à suivre un autre cours, puis revenir en arrière. C’est comme ça qu’un cambrioleur s’y prend dans l’obscurité, il s’efforce d’être invisible.  »

Ce que j’en dis :

Dans la famille Rand on est criminel de père en fils. Une belle bande de voleurs et d’arnaqueurs qui agit sans jamais faire couler le sang. Collie fut l’exception, pas étonnant qu’il soit le seul derrière les barreaux.

Si au départ je pensais découvrir les derniers jours d’un condamné à mort, très vite j’ai compris que je me retrouvais au cœur d’une intrigue plutôt originale. Un récit tout à fait stylé et captivant qui aborde le dur chemin de la rédemption mais également différents héritages génétiques. Le mal est ancré dans cette famille sous divers aspects.

Une histoire surprenante qui se poursuivra dans un second volet et pourra très certainement éclairer certaines zones d’ombres.

Les derniers mots, un excellent thriller plein de surprises que je vous invite fortement à découvrir.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, Tom Piccirilli s’est notamment illustré dans le domaine du fantastique et de l’horreur. Avec les derniers mots, premier volet d’un diptyque à paraître à la Série Noire, il a confirmé qu’il excellait dans l’univers du thriller.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette surprenante lecture.

Une belle découverte à suivre…

“ Salut à toi ô mon frère ”

Salut à toi ô mon frère de Marin Ledun aux éditions Gallimard

” -Rose, c’est toi qui m’as encore piqué mon tee-shirt bleu, tu sais, celui avec des paillettes ?

Le réveil est brutal. En dessous ça grouille. Dans tous les sens du terme et dans toute la maison. Ça s’agite en grand nombre. En quinconce. C’est rempli d’une masse confuse et en mouvement. “

Dans cette famille atypique qui comprend, un père, une mère et six enfants dont deux filles et quatre garçons, sans oublier un chien et deux chats, un membre manque à l’appel. C’est le branle-bas de combat. Rien ne va plus.

” – Monsieur et madame Mabille-Pons, je n’irai pas par Quatre chemins, l’affaire est grave. “

Gus a disparu, et c’est Personne qui est sur l’affaire. Ça commence mal, et même très mâle, avec ce Personne qui trouble Rose.

Personne dans le rôle du flic, ça ne s’invente pas, c’est même écrit noir sur blanc, même si il est plutôt vert-pêche pour une certaine demoiselle.

” – Où est la chambre de votre frère ? S’enquiert Personne, en tête de meute.

– Je ne suis pas une balance …“

Non mais sérieux, il croit peut-être que parce qu’il a du charme, la sœur de Gus va le trahir ? Dans la tribu Mabille-Pons c’est un pour tous et tous pour un. Et même si tout accuse Gus du pire, personne n’y croit, oui même Personne a des doute.

” Tout le monde s’agite, tout le monde fait semblant, mais le cœur n’y est pour personne. L’absence de Gus et notre impuissance nous hantent tous. ”

Dans cette famille on n’adopte pas que les enfants, on adopte aussi une attitude face au racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, on lutte pour le droit au désordre et on se mobilise pour innocenter, lui ô notre frère.

Salut à toi ô mon frère

Salut à toi le Colombien

Salut à toi le p’tit Français

Salut à toi le voleur

Salut à toi le rôdeur

Salut à toi le vagabond

Salut à toi le maraudeur

Salut à toi le braqueur

Salut à toi le musicien

Salut à toi le rasta

Salut à toi l’Opel Manta “

Quand une gothique prénommée Rose, amoureuse de poésie et de Personne en particulier nous raconte cette histoire, cela donne un récit survolté et cynique, du noir avec une pointe de rose, dans une ambiance dix mille volts sans temps mort, ça déménage.

À travers une plume aussi drôle que sarcastique, Marin Ledun nous offre un roman savamment orchestré qui ne laisse au lecteur aucun répit. La famille Mallausène a du soucis à se faire, les Malavita également (pour les connaisseurs).

Imaginez un peu, le bouquet final d’un feu d’artifice en boucle, et vous saurez tout de suite dans quoi vous vous embarquez. Attendez-vous à une profusion de sourires, des instants de suspense, des retombées de malice et des waouhs en chaîne.

L’auteur nous régale, et se renouvelle tout en gardant son esprit engagé.

C’est excellent, même si une énigme reste entière :

Mais où est passé le tee-shirt bleu à paillettes ?

On ne nous dit pas tout, une suite peut-être ?

En tout cas je l’espère de tout cœur.

Salut à toi Marin

Salut à toi l’écrivain

Salut à toi le tatoué

Salut à toi l’engagé

Salut à toi ô mon frère

Marin Ledun a publié une quinzaine de romans noirs, dont La guerre des vanités, Les visages écrasés, L’homme qui a vu l’homme, et En douce ( ma chronique ici) , tous primés. Il écrit également des romans pour la jeunesse et des pièces radiophoniques pour France Culture. Avec Salut à toi ô mon frère, il signe son retour à la Série Noire.

Je remercie les éditions Gallimard pour cette lecture explosive.