“ Les morts de Bear Creek ”

Les morts de Bear Creek de Keith McCafferty aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique-Jouin-de Laurens

” La femelle grizzly n’était pas difficile. Elle avait tenté de déterrer le corps humain plus tôt au cours du printemps, quand la surface de la terre à 2750 mètres d’altitude était aussi dure que l’ardoise d’une table de billard. Ses deux petits n’étaient à l’époque pas plus gros que des ballons de basket poilus. Désormais de la taille de border collies, débordant de la même énergie inépuisable, ils regardaient, le museau frémissant, leur mère extraire le corps décomposé de la terre. Même s’il fallait être généreux pour appeler ça de la chair, une seule bouchée putride valait une douzaine de campagnols montagnards et elle avait le grand avantage de rester immobile. Elle déchira goulûment les lambeaux de vêtements, mettant à nu la peau parcheminée et répugnante… “

Quand Katie Sparrow accompagnée de Lothar, son chien étaient partis à la recherche de Gordon Godfrey porté disparu, elle ne pensait pas tomber sur une tombe en pleine forêt. Cette macabre découverte, révélée grâce un grizzly affamé, va conduire les enquêteurs sur une histoire plutôt surprenante.

Le Shérif Martha Ettinger va demander de l’aide à Sean Stranahan un détective privé de la région. Déjà embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver de précieuses mouches de pêche disparues, Sean va vite s’apercevoir qu’il y a un lien entre les deux affaires, impliquant des personnes puissantes de la région.

” Il ne restait qu’à déchiffrer la piste. “

Ce que j’en dis :

Retrouver le Montana et les décors sublimes de l’Ouest américain pour une nouvelle aventure, en compagnie du shérif Martha Ettinger et du détective Sean Stranahan, découverts dans le premier volet : Meurtres sur la Madison (ma chronique ici), c’est comme retrouver une bande de potes pour des vacances pleines de belles surprises.

De nouvelles aventures palpitantes au rendez-vous qui ne manqueront ni d’humour, ni de suspens au cœur d’une nature luxuriante où la faune peut se révéler parfois dangereuse, il est donc fortement conseillé de ne pas oublier son spray au poivre.

Et pour profiter à fond des joies de la pêche toujours se munir d’une bonne canne et de quelques mouches, mais attention aux chasseurs et aux balles perdues.

Keith McCafferty nous fait cadeau d’un dépaysement extraordinaire grandeur nature à travers une histoire captivante et nous en mets plein les yeux avec le charme de cette région et des personnages fascinants.

On referme ce livre avec regret mais impatient de retrouver cet endroit et ses habitants pour une nouvelle aventure tout aussi divertissante.

Une fois encore l’auteur a fait mouche et m’a prise dans ses filets sans jamais me perdre en route, le livre dans une main et l’autre bien accrochée à un spray anti- grizzly, on ne sait jamais l’humour féroce peut parfois prendre une autre apparence…

Surtout n’hésitez pas à vous aventurer entre ses pages, merveilleusement distrayantes.

Pour info :

Keith McCafferty a grandi dans la region d’Amérique pauvre et peu peuplée des Appalaches, un pays de sombres vallons et de ténébreuses superstitions, avec la forêt qui poussait derrière sa maison. Sa première source de fascination fut les serpents, avec ou sans crochets, mais ce fut le projet de pêcher la truite qui l’emmena dans le Montana, dans les Rocheuses, où il devint le rédacteur du magazine de vie au grand air Field & Stream. L’une de ses missions consistait à passer deux nuits d’hiver en montagne, par très basse temperature, sans feu. Il survécut à la première en creusant le sol tel un ours, à la seconde en s’enveloppant dans une bâche. Répondant à un besoin naturel, il pissa malencontreusement sur la bâche et, allongé là, transi et miserable, se dit qu’il devait exister de meilleures façons de gagner sa vie, et que le moment était venu d’écrire ce roman qu’il avait toujours voulu écrire. C’était il y a sept hivers, et sept romans, dont la plupart se situent le long de la fameuse Madison River. Le Montana pouvant s’avérer un peu désert, il écrit souvent avec sur les genoux un chat nommé Rhett, ou au café, ou même dans un vieux truck garé près de la rivière, canne à pêche à portée de main. Les jours particulièrement froids, il suivrait bien les pas d’Ernest Hemingway (Keith pêchait souvent avec son fils Jack) pour écrire dans ces super cafés de Paris, remplaçant le chat par une de ces couvertures chaudes qu’on vous propose dans des endroits comme la Terrasse des Archives.

Je remercie les éditions Gallmeister pour cette aventure aussi dépaysante que palpitante.

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“ Le grand silence ”

Le grand silence de Jennifer Haigh aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de-Laurens

 » La plupart d’entre vous sont maintenant au courant de ce qui est arrivé à mon frère, ou du moins d’une version de l’histoire : les événements dramatiques du printemps et de l’été, l’accusation ignoble, unique et toujours sans preuve qui a ruiné sa vie. À Philadelphie, où je vis, son histoire s’est retrouvée enfouie au milieu des pages nationales, un paragraphe laconique tiré d’une agence de presse, ne donnant guère plus que son nom, Arthur Breen ; (…) Les journaux de Boston s’y sont davantage intéressés, fouillant dans son passé, ses années de séminaire, le séjour à Rome, les trois paroisses de banlieue dans laquelle il avait officié sans le moindre incident. Comme il est d’usage dans ce genre d’affaire, son accusatrice n’était pas nommée. “

En 2002, quand le scandale visant les prêtres de l’Eglise catholique de Boston éclate, Sheila McGann installée à Philadelphie est loin d’imaginer que son frère aîné, Art, se retrouverait également soupçonné d’abus sur un jeune garçon dont il est proche.

Malgré la distance qu’elle avait pris avec sa famille trop étouffante, elle prend la décision de rentrer à Boston, pour défendre son frère dont elle était restée très proche malgré l’éloignement. Mike, leur autre frère, ancien policier est également disposé à découvrir la vérité en menant sa propre enquête.

N’importe quelle rumeur sème le doute dans les esprits de chacun, et bien davantage lorsqu’il est question d’enfants. À travers différents témoignages récoltés pendant les diverses enquêtes, le doute persiste et s’installe créant un climat malsain dans l’entourage de ce curé si dévoué. Il ne sera malheureusement pas épargné.

” L’histoire d’Art est, pour moi, l’histoire de ma propre famille, avec toutes ses dérobades et ses mystérieuses omissions : les secrets non dissimulés longtemps ignorés, les sombres reliques jamais déterrées. Je comprends, aujourd’hui, que la vie de Art a été ruinée par le secret, une tare familiale ; et que j’ai joué un rôle dans sa chute – un rôle mineur, bien sûr, une entrée au troisième acte ; mais un rôle malgré tout. Ça n’apaisera pas mon frère, plus maintenant ; et Aidan Colon est toujours un enfant ; il est trop tôt pour dire ce que lui réserve l’avenir. Alors peut-être est-ce pour moi-même que j’accomplis cet acte public de contrition. Ma pénitence est de raconter tout ce que je sais de cette vérité crue, parfaitement consciente que c’est beaucoup trop peu, beaucoup trop tard. “

Ce que j’en dis :

Pour passionner et captiver les lecteurs avec un sujet aussi sensible sans tomber dans le voyeurisme ou le pathos, il faut un certain talent de conteuse que Jennifer Haigh possède indiscutablement.

En abordant cette histoire à travers la voie de Sheila, la sœur du jeune prêtre, l’auteure nous plonge au cœur d’une famille américaine catholique qui subit de plein fouet les accusations portées sur l’église de Boston et sur leur fils. Une famille qui à elle seule engrange de douloureux secrets.

Une histoire pleine de suspense qui soulèvent en nous de nombreuses interrogations et sème le doute dans notre esprit bien souvent influencé par toutes les rumeurs véhiculées par les médias, qui font de ce prêtre un coupable idéal, mais au final qui détient la vérité en dehors des enfants ?

Le grand silence fait partie des récits inspirés de faits réels qu’on ne peut qu’admirer pour leur clairvoyance puisqu’il dépeint sans jugement une situation dramatique à laquelle hélas beaucoup d’innocents ont été confrontés. Des vies détruites suite à une rumeur, des familles brisées et des enfants innocents pris au piège d’un système qui est censé les protéger.

Une histoire poignante portée par une plume remarquable que je vous recommande vivement.

Pour info :

Jennifer Haigh est née en 1968 à Barnesboro, en Pennsylvanie. Elle étudie en France, se tourne d’abord vers le journalisme avant de tout quitter pour se consacrer à la littérature. Vivant de petits boulots, elle écrit son premier roman et devient élève du prestigieux programme de Creative Writing de l’Université de l’Iowa. Elle est publiée pour la première fois en 2003 et remporte le PEN/ Hemingway Award. Elle est l’auteur de six romans et d’un recueil de nouvelles. Depuis plus de dix ans, son succès aux États-Unis ne se dément pas. Elle vit à Boston.

je remercie les Éditions Gallmeister pour cet extraordinaire roman absolument bouleversant.

“ Au nom du bien ”

Au nom du bien de Jake Hinkson aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Sophie Aslanides

” – Richard ?

– Quoi ?

– Si tu ne viens pas aujourd’hui, nous entrerons dans la phase conséquences.

Je suis là, en pantalon de pyjama et vieux T-Shirt, mes pieds nus sur le sol en béton froid, et j’éprouve une peur indescriptible à l’idée du danger que ce garçon représente pour moi, mais malgré tout, ma voix tremble d’indignation quand je lui dis :

– J’y serai. “

Apparemment Richard a des problèmes. Il a beau être le pasteur respecté d’une petite ville de l’Arkansas, un de ses agneaux est sur le point de le faire chanter et il n’attendra pas longtemps à nous révéler certains secrets en dehors du confessionnal.

Richard a commis le péché de chair, mais pas avec sa femme, il devrait donc filer tout droit en enfer.

” Je n’ai jamais voulu qu’arrive quoi que ce soit de ce genre. Lui non plus. C’est arrivé c’est tout. Le diable nous a tout deux trompés. Le diable promet la même solution facile à tous les problèmes, la même rustine pour toutes les brèches : fais ce que tu veux.

C’est ce que j’ai fait. J’ai comblé mon manque. “

Si Richard va devoir agir pour éviter un scandale, sa respectabilité est en danger, il risque de perdre bien plus que sa femme et ses cinq enfants. Alors il est temps d’agir même s’il doit demander de l’aide au tout-puissant.

” C’est une absurdité et une hérésie de demander son assistance à Dieu dans une entreprise aussi basse et sordide que celle-ci, bien entendu, mais je ne peux pas m’en empêcher. C’est une prière profane émise par une âme profane. “

Richard n’a que peu de temps pour réécrire l’histoire parsemée de mensonges quitte à piéger au passage quelques innocents.

Et peut-être qu’après tout ça, il passera à confesse ou pas…

Ce que j’en dis :

Pardonnez-moi très cher Pasteur pour n’avoir pas encore lu tous les livres de votre créateur Jake Hinkson, qui sont pourtant bien présent dans ma bibliothèque (la preuve en photo) et bien plus plaisant à lire que la Bible. Oui moi aussi j’ai une addiction, mais bien plus honorable que la vôtre, je ne m’intéresse pas aux garçons (quoi que) mais aux livres, alors délivrez moi de mon péché et peut-être que je vous délivrerai du vôtre…

Il est certain que le portrait que l’on brosse ici de votre personne n’est guère reluisant et démontre une fois encore une certaine hypocrisie de cette Amérique puritaine.

Si l’habit ne fait pas le moine, vos secrets n’en demeurent pas moins inavouables et ne passeront même pas la porte du confessionnal, même arrosés à l’eau bénite.

On peut compter sur votre créateur pour nous parler du pire de la meilleure façon possible à travers cet excellent roman noir qui enverra très certainement votre âme brûler en enfer.

Jake Hinkson exorcise ses obsessions liées à la religion et au crime à travers cette histoire brutale qui s’avale comme un shot de whisky.

Il est certain que je ne refuserai pas une prochaine tournée, un bon Jake Hinkson ça ne se refuse pas, je ne me ferai pas prier.

Pour info :

Jake Hinkson, par Jake Hinkson

Flannery O’Connor a un jour écrit qu’“un écrivain qui a survécu à son enfance dispose d’assez d’informations sur la vie pour tenir jusqu’à la fin de ses jours”. Flannery O’Connor est mon auteure préférée.

Je suis né dans l’Arkansas en 1975. Mon père était charpentier et diacre dans une église évangélique, ma mère secrétaire dans une église. J’ai deux frères, l’un plus âgé, l’autre plus jeune. Le grand est devenu pasteur. Le petit enseigne l’histoire. Nous avons grandi dans une famille stricte, baptiste, du Sud des États-Unis. À l’époque, je ne considérais ni ma famille ni moi-même comme des gens “religieux”. C’était simplement la vie telle que je la connaissais. Nous allions à l’église trois fois par semaine.

L’été de mes quatorze ans, nous sommes partis dans les monts Ozark nous installer dans un camp religieux géré par mon oncle et ma tante, des missionnaires. Ma famille s’est entassée dans un petit chalet et j’ai passé l’année de ma seconde à dormir sur le canapé.

Le camp organisait des réunions pour le renouveau de la foi et d’autres ateliers pour les jeunes. J’ai participé à un camp de travail pour les garçons, ce qui était aussi amusant que ça en a l’air. On y alterne travail en extérieur (défrichage, cimentage) et étude intensive de la Bible.

À cette époque,  j’ai commencé à lire des romans policiers que je sélectionnais à la bibliothèque. Mickey Spillane est le premier auteur dans lequel je me suis plongé. J’ai fait la découverte de Bogart au même moment, et via ses films, je suis arrivé jusqu’à Hammett et Chandler. C’est à cette période que j’ai loué en secret le film La Mort sera si douce, en pensant qu’il s’agissait là d’un porno soft, et c’est ainsi que j’ai découvert Jim Thompson.

Les deux obsessions de mes jeunes années – la religion et le crime – m’habitent encore aujourd’hui. À l’université, j’ai découvert O’Connor et Faulkner, Dickinson et Baldwin, mais toutes ces œuvres ramenaient aux notions de péché et de rédemption, de transgression et de ruine, qui ont constitué mon enfance.

Durant ma première année de fac, j’ai traversé une crise religieuse. Malheureux au sein de l’Église baptiste du Sud, conservatrice, mais réticent à l’idée d’assumer mon scepticisme, je me suis enfoncé plus encore dans la croyance et ai rejoint l’Église pentecôtiste ultra orthodoxe. 

Quatre ans plus tard, lessivé par les services charismatiques (aucun maniement de serpent, malheureusement, mais un grand nombre de cris, de touchers, de prophéties et de langages codés), j’ai abandonné complètement l’Église.

J’ai repris mes études, et trouvé un petit boulot dans une vieille librairie de Little Rock. J’ai  discuté un jour de westerns avec Charles Portis. Une autre fois de livres électroniques avec Dee Brown.

Quelques années plus tard, j’ai intégré en Caroline du Nord, à Wilmington, un master de création littéraire où John Jeremiah Sullivan, Clyde Edgerton, Rebecca Lee, et Karen E. Bender enseignent. C’est à cette période, à tout juste trente ans, que j’ai découvert l’alcool. La première fois que je me suis saoulé, j’ai discuté avec Donna Tartt de La Corde, le film d’Hitchcock.

J’ai passé la grande partie des dix dernières années à enseigner, à l’Université du Maryland, à Trinity Washington University, et à Monmouth University dans le New Jersey. Depuis un an, j’habite à Chicago.

Mes principaux centres d’intérêt, mis à part lire et écrire, sont aujourd’hui d’observer les mystères inhérents à mon chat, Little Edie Beale, et de hanter les différentes salles de cinéma de la ville. Mes goûts musicaux s’orientent vers le gospel d’antan – the Louvin Brothers, Sister Rosetta Tharpe, The Five Blind Boys of Mississippi.

J’écris souvent dans des magazines tels que la Los Angeles Review of Books, Mental Floss, Mystery Scene, Criminal Element et Tor. Depuis cinq ans, je publie des articles dans le journal de cinéma d’Eddie Muller, Noir City. Début 2015, Broken River Books a publié un recueil de mes articles consacrés au cinéma et intitulé The Blind Alley : Exploring Film Noir’s Forgotten Corners. Est sorti au même moment mon premier recueil de nouvelles, The Deepening Shade, aux éditions All Due Respect.

Voici, en résumé, ma vie jusqu’ici. 


“ Satan dans le désert ”

Satan dans le désert de Boston Teran aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Éric Holweck

Traduction révisée par Marc Boulet

Couverture de Sam Ward

(…) les journalistes ont vent de l’affaire et se ruent dans le désert à bord de leurs jeeps et de leurs 4/4. Ils sont en quête d’une bonne histoire, et celle-ci pue le gros titre à plein nez. “

Aux confins du désert Californien, un double meurtre aux allures sataniques a été commis dans une villa isolée. Ce véritable carnage n’a pourtant laissé aucun indice susceptible d’arrêter les auteurs de ce terrible massacre. Mais une jeune fille manque à l’appel, et semble avoir été kidnappée.

” Au milieu de la mer de sable enflammée par le vent nocturne, Cyrus et sa bande de jeunes loups disparates sont assis tels des guerriers indiens venant de traverser ensemble une nouvelle journée où la mort a frappé. Il vante leurs mérites. Leur rappelle qu’ils ont des chiens de meute s’attaquant à une société de mensonges. Des porteurs d’un message qui est aussi une grande peste. Les atrocités qu’ils ont commises jusqu’à ce jour, et qui ont connu leur apothéose avec le massacre de la Via Princessa, constituent une histoire en soi. Une histoire horrible, obsédante. “

La police rame et le sort de la jeune fille semble scellé. Complètement anéanti, son père, Bob Hightower, lui-même flic décide de partir à sa recherche. Il va se faire aider d’une ex-junkie qui a elle-même des comptes à régler avec cette bande de sauvages.

” – Sur ce coup-là, c’est pas à l’Amérique propre et puritaine que vous avez affaire. Cette merde, c’est l’enfer. Une histoire de drogue, de sang et de foutre, déjantée à un point que vous n’avez pas idée. C’est pas comme si vous entriez dans une librairie ésotérique de Hollywood Boulevard pour acheter quelques babioles sataniques. Ces types-là prennent leur pied en foutant en l’air les gens normaux…“

Bob Hightower est loin de prendre la mesure de ce qui l’attend mais il est prêt à tout pour retrouver sa fille, même s’il doit passer par l’enfer et affronter le diable en personne.

Ce que j’en dis :

Qui aime l’esprit sanguinaire de Quentin Tarantino appréciera forcément cette virée dans le désert Mojave, véritable porte des enfers.

Qui que soit derrière le pseudonyme de Boston Teran, c’est un véritable conteur machiavélique qui nous offre ce récit démoniaque.

Il est conseillé d’avoir le cœur bien accroché, et de ne pas être effrayé par tous ce sang qui entache ces pages où le mal est partout, du côté des bons comme des méchants.

Dans cette traque sauvage d’une violence infinie, l’espoir parfois surgit au détour d’un chemin mais sans jamais s’éterniser pour que l’on oublie pas que Satan dans le désert nous attend et n’est guère propice aux retrouvailles câline.

Une véritable claque qui vous emportera à la frontière du mal où seul deux êtres réussiront en unissant leurs forces à vaincre un psychopathe d’une violence sans bornes.

Une écriture d’une force incroyable, des personnages marquants dans une atmosphère brûlante, endiablée, pervers, satanique pour nous offrir un récit explosif impossible à quitter qui m’a mis K.O.

Vivement le prochain.

Pour info :

Boston Teran, dont on sait juste qu’il a grandi dans le Bronx, n’a à ce jour ni révélé sa véritable identité, ni communiqué sa photo.

Après le coup d’éclat de Satan dans le désert (God is a Bullet), récompensé par le John Creasey Award et encensé par la critique, il a écrit cinq romans dont Trois femmes, qui n’est toujours pas publié aux États-Unis, et Gig, commentaire d’un chien sur l’Amérique.

Boston Teran vit dorénavant au Mexique.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette lecture démoniaque.

“ En attendant Eden ”

En attendant Eden d’Elliot Ackerman aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” Je veux que vous compreniez Mary et ce que Mary a fait. Mais j’ignore si vous y parviendrez. Vous devez vous demander si au bout du compte, dans des circonstances similaires, vous feriez le même choix qu’elle, Dieu vous garde. “

Depuis trois ans, Mary se rend chaque jour à l’hôpital au chevet de son mari, Eden. Il est rentré d’Irak, inconscient avec des blessures qui ne guériront jamais.

 » Ni vivant ni mort, ce que c’était ne portait pas de nom. (…) c’était le gars le plus grièvement brûlé des deux guerres réunies… “

Elle lui a présenté malgré tout Andy, leur fille qu’il n’a pas eu le temps de connaître, avant de la confier à sa mère pour la préserver.

Le jour de Noël, en l’absence de Mary, Eden donne l’impression de pouvoir communiquer.

” Allongé là, éveillé, il observait le flou brillant du matin. Dans ce flou se trouvaient des souvenirs. Chacun d’eux ne formait qu’une minuscule tache, mais ils étaient comme des grains de sable vus de tellement près qu’ils ressemblaient à des planètes. “

Mary reste pourtant la seule à pouvoir décider de mettre fin aux supplices de son époux.

Mais face à ses souvenirs qui la hantent et l’emprisonnent que fera-t-elle ?

Ce que j’en dis :

C’est à travers la voix de son ami, tué le jour où le Humvee roula sur une mine, le laissant seul survivant, que cette histoire nous est contée.

” Depuis lors, je continue à traîner dans les parages, je suis seulement de l’autre côté, je vois tout et j’attends. “

Avec beaucoup d’émotions mais aussi beaucoup d’humanité, Elliot Ackerman aborde le sujet douloureux de la fin de vie, dans ce drame lié à la guerre.

La mort rôde et entraîne un élan de culpabilité pour cette femme qui aime son homme et soufre avec lui. Certains souvenirs font mal et réveillent certaines trahisons récentes.

Un court récit bouleversant qui vous emporte à travers une magnifique prose, élégante que Jacques Mailhos a merveilleusement bien traduite.

C’est une belle et douloureuse histoire d’amour, de guerre , d’amitié, de loyauté absolument déchirante que je ne suis pas prête d’oublier.

Pour info :

Elliot Ackerman est né à Los Angeles. Vétéran du Corps des Marines, ancien membre des forces spéciales, il a effectué cinq missions en Afghanistan et en Irak. Écrivain le plus décoré de sa génération, journaliste, il a été finaliste du National Book Award. Il partage son temps entre New-York et Washington DC.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette histoire terriblement bouleversante où l’amour rôde avec la mort.

“ Nuits Appalaches ”

Nuits Appalaches de Chris Offutt aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Tucker, encore dans l’Ohio, contempla les terres vertes et ondoyantes du Kentucky de l’autre côté du fleuve. Il était parti au début de l’été et revenait au printemps, un hiver de guerre entre les deux. (…) Sa solde de quatre cent quarante dollars était répartie en liasses compactes sur tout son corps dans chacune de ses poches. Les onze médailles qu’il avait reçues étaient au fond de son sac à dos. “

Tucker a tout juste dix-huit ans quand il rentre de la guerre de Corée, dans son Kentucky natal. À pied et en stop, il traverse les collines des Appalaches, qui ont un pouvoir apaisant sur ses souvenirs de guerre d’une grande violence.

Sur le chemin il rencontre Rhonda, une jeune fille de quinze ans, et c’est un véritable coup de foudre.

” Le corps tremblant de Rhonda et les battements de son cœur contre sa poitrine produisaient chez lui une série de sensations inconnues. Il avait subitement faim d’une sorte de nourriture dont il ignorait jusqu’alors l’existence. Il la tenait contre lui sans bouger. Ses bras et ses jambes picotaient comme si on y avait imprimé une légère décharge électrique. Il ne s’était jamais senti aussi calme. Il eut soudain envie que l’orage dure, qu’il gagne en intensité et qu’il prolonge cette nouvelle sensation en lui… “

Immédiatement amoureux, ils se marient, pour ne plus jamais se quitter.

C’est auprès d’un trafiquant d’alcool de la région que Tucker trouve un boulot qui lui permet de faire vivre sa famille. Malgré une grande précarité et une véritable malchance, leur foyer et leurs cinq enfants semblent heureux. Jusqu’au jour où les services sociaux interviennent et menace de séparer la famille si unie.

Tucker ne supportera pas la détresse de sa femme, et sera prêt à tout pour défendre les siens, mettant sa liberté en danger.

Ce que j’en dis :

Il aura fallu attendre 20 ans pour profiter du retour de la magnifique plume de Chris Offutt, qui écrivait pour les studios d’Hollywood et pour divers journaux.

À travers ce roman noir, se cache une merveilleuse histoire d’amour indestructible malgré toute la malchance qu’elle subit.

Dans un endroit très reculé où le paysage domine et le peuple s’autogére, ce jeune vétéran de guerre ne laissera jamais tomber sa femme et ses enfants.

Chris Offutt frappe fort avec ce roman déchirant, une histoire où la rédemption passe hélas par la vengeance mais où l’amour l’emporte sur la haine.

Un roman empli d’humanité porté par une plume lyrique maîtrisée au souffle envoûtant.

L’auteur nous offre pour son retour un récit puissant, noir, mordant qui nous brise le cœur.

Je ne suis pas prête d’oublier Tucker et toute sa famille.

Chris Offutt fait partie des auteurs qui mettent en lumière les oubliés de l’Amérique.

À découvrir également les magnifiques nouvelles publiées chez Gallmeister : Kentucky straight (retrouvez ma chronique ici) et son roman : Le Bon Frère.

Pour info :

Chris Offutt est né en 1958 et a grandi dans le Kentucky dans une ancienne communauté minière sur les contreforts des Appalaches. Issu d’une famille ouvrière, diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, puis un roman autobiographique. Le Bon Frère est son premier roman. Il est également l’auteur de chroniques pour le New York Times, Esquire et quelques autres revues et a été scénariste de plusieurs séries télévisées américaines parmi lesquelles True Blood et Weeds.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce roman noir extraordinaire.

“ Sauvage ”

Sauvage de Jamey Bradbury aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” On peut apprendre plein de trucs rien qu’en regardant et en réfléchissant. Mais il y a d’autres trucs qu’on ne peut savoir qu’en les vivant soi-même. “

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff n’est pas une jeune fille ordinaire. Ce qu’elle aime par dessus tout, c’est courir à travers la forêt seule. Elle adore y chasser, y poser des pièges, et sillonner avec ses chiens de traîneaux les immensités sauvages de l’ Alaska.

Sa mère, disparue bien trop tôt, a laissé la famille en plein désarroi.

” Ça faisait un an que Papa avait été interdit de course. Avant la mort de Maman, j’aurais pu parier sur ma vie qu’une telle chose ne se produirait jamais. Mais la nuit où elle s’est fait renverser par ce camion, ça a déclenché une avalanche. J’ai lu que si vous êtes pris dans une avalanche, le mieux est de nager contre la neige pour essayer de rester à flot. Mais on n’avait pas nagé assez fort. On continuait à se débattre pour rejoindre la surface. “

Malgré l’absence maternelle, Tracy tente de respecter les trois règles qu’elle lui a enseigné : ” Ne jamais perdre la maison de vue “ ” Ne jamais rentrer avec les mains sales “ et surtout ” ne jamais faire saigner un humain“ pourtant…

” J’ai appris à l’école que le sang a une mémoire. Il porte les informations qui font ce que vous êtes. C’est comme ça que mon frère et moi on s’est retrouvés avec tant de trucs en commun, on portait en nous les choses dont le sang de mes parents se souvenait. Partager ce qu’il y a dans le sang, y’a pas moyen d’être plus proche d’une autre personne. “

Jusqu’au jour où, après avoir été attaquée en pleine forêt, elle perds connaissance et se retrouve couverte de sang à son réveil, persuadée d’avoir tué son agresseur. Un grave incident qu’elle va pourtant cacher à son père mais qui va la hanter jour et nuit.

” Vous avez beau vieillir, quel que soit l’âge que vous atteignez, vos parents l’auront atteint avant vous, seront déjà passés par là, et ça quelque chose de réconfortant. Comme un sentier que vous ne connaissez pas, dans la forêt, sur lequel il y aurait des traces de pas qui vous diraient que quelqu’un l’a déjà emprunté. Jusqu’au jour où vous arrivez à l’endroit où ces traces s’arrêtent. “

Quand un inconnu débarque et que son père l’embauche, une ambiance de doute et d’angoisse s’installe progressivement dans la famille tandis que Tracy prends peu à peu conscience de ses facultés hors du commun.

” Si je pouvais m’arrêter où je veux et m’abstenir de raconter le reste, c’est là que je choisirais de finir. J’en appellerais au grand gel qui s’annonçait, et je laisserais la glace et la neige nous figer exactement tels que nous étions ce jour-là, alors qu’un bonheur silencieux s’était emparé de moi, quelque chose qui ressemblait plus à de la justesse, et je n’aurais su dire s’il s’agissait de ma propre sensation, ou de celle de Su, ou de celle de Jesse. Le constat d’être revenu en un lieu que vous savez être le vôtre. Où vous savez qu’on vous désire et qu’on vous aime. “

Ce que j’en dis :

En 2018, les éditions Gallmeister et Gabriel Tallent nous ont permis de faire connaissance avec une jeune héroïne hors du commun surnommée Turtle, inoubliable et tellement attachante. (Ma Chronique ici)

L’hiver 2019 donne naissance à une nouvelle plume et une nouvelle héroïne tout aussi bouleversante prénommée Tracy, née sous l’écriture absolument magnifique de Jamey Bradbury.

Tracy est une jeune fille indépendante, au caractère difficile, plutôt rebelle qui ne prends pas son rôle d’étudiante au sérieux mais qui aime se cultiver à sa façon au cœur de la nature.

Habitée par un don particulier, elle y puise sa force et se rapproche de sa mère trop tôt disparue.

Même si ses relations sont parfois difficiles avec son père, elle n’en demeure pas moins proche et aimante tout comme avec son frère.

L’arrivée de cet étranger va bousculer l’équilibre de cette famille déjà malmenée depuis le décès de la mère qui est pourtant toujours bien présente grâce aux flash-back qui nous permettent de faire sa connaissance malgré tout.

À travers cette formidable histoire, Jamey Bradbury nous fait découvrir l’Alaska et l’univers des mushers, avec une douce poésie, et une dose de fantastique amenée avec subtilité qui risque d’en surprendre plus d’un.

L’auteure nous offre un récit fabuleux, en rendant des situations simples absolument effrayantes tout en nous attachant à tous les personnages que l’on quitte à regret mais avec l’impression d’avoir vécu une aventure extraordinaire.

C’est beau, fort, surprenant et touchant, parfois rude et glaçant, mais également grandiose, un récit qui reflète tout à fait l’Alaska tel que j’ose l’imaginer.

Tracy rejoint Turtle est restera à jamais auprès de mes héroïnes de lectures inoubliables.

Un immense coup de cœur pour Sauvage, premier roman de Jamey Bradbury.

Pour info :

Jamey Bradbury est née en 1979 dans le Midwest et vit en Alaska depuis quinze ans. Elle a été réceptionniste, actrice, secouriste et bénévole à la Croix Rouge.

Elle partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et l’engagement auprès des services sociaux qui soutiennent les peuples natifs de l’Alaska. 

Sauvage est son premier roman.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette aventure extraordinaire absolument inoubliable.

“ Le bon lieutenant ”

Le bon lieutenant de Whitney Terrell aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Elle essaya de garder une voix calme pendant tout ce temps, s’efforçant de ne pas poser directement de question sur Pulowski. Elle était censée diriger tous ces gars, pas seulement lui. Mais elle ne put s’empêcher de sentir une vague de soulagement quand, après quelques grésillements au micro, la voix de Pulwski arriva sur les ondes.

– On est là avec Crawford. On était dans la ruelle, et puis le chef d’équipe (il parlait de Beale) a dit qu’on se faisait canarder et on a été, euh, séparés.

Il y eut un murmure étouffé, une main recouvrant le micro.

– Tu disque la dernière fois que tu as vu Beale, c’était dans la ruelle.

– Oui, lieutenant.

Comment trois hommes avaient-ils pu être séparés dans une putain de ruelle ? “

Emma Fowlers, lieutenant en mission dans la périphérie de Bagdad, s’efforce d’être droite et compétente auprès de sa section.

Chaque jour elle doit motiver sa troupe, faire les bons choix côtés tactiques et garder un œil sur ses hommes.

Alors quand l’un d’eux disparaît, elle se met en devoir de le récupérer coûte que coûte mort ou vif.

Très vite, elle s’aperçoit que toute cette affaire est le fruit de magouilles et d’erreurs au sein de sa section.

Un attentat, tuant deux soldats, aurait pu être évité, mais face à des informateurs suspects et des renseignements douteux, difficile de faire confiance.

” La guerre est une saloperie » , certes, mais que faire si l’ennemi se trouve dans votre camp ? À quel moment aurait-on pu éviter cet enchaînement tragique ?

Ce que j’en dis :

Fan de séries américaines ayant pour thème de prédilection le milieu militaire telles que ” Band of Brother : l’enfer du Pacifique “, ” Seal Team “, ” Shooter “, je ne pouvais que me réjouir de découvrir cette nouvelle plume américaine.

À travers une construction surprenante, qui pourrait en dérouter certains, l’auteur déclenche un compte à rebours comme pour le départ d’une bombe et remonte le fil du temps pour comprendre ce qui a déclenché cette tragédie mettant en péril la vie des soldats.

En analysant la logique parfois absurde de certaines décisions militaires, l’auteur tente de démontrer comment certains comportements nuisent au bon déroulement des opérations, mais également à comprendre ce qui amène certains soldats à suivre la voie militaire.

De l’action, du suspens, des mensonges, des trahisons font de ce roman de guerre, un récit explosif, original qui ne laisse pas indifférent sans pour autant oublier tous ces soldats qui se mettent en danger pour défendre courageusement leur pays.

Pour info :

Whitney Terrell est né à Kansas City, dans le Missouri.

Il a travaillé comme fact-checker pour The New York Observer avant de devenir journaliste et de suivre l’armée américaine lors de la seconde guerre d’Irak, qu’il a couverte en 2006 et 2010 pour The Washington Post, Slate et la radio publique américaine.

Il enseigne aujourd’hui la littérature.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette aventure périlleuse dans l’enfer de la guerre.

“ Un poisson sur la lune ”

Un poisson sur la lune de David Vann aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 » Ce dernier s’arrête un instant à la porte, balaie l’air d’un large mouvement théâtral du bras avant de la franchir, un geste magistral. Et l’idée lui plaît, un geste magistral de sortie. C’est peut-être pour cela que les suicidaires tuent les autres d’abord, afin d’offrir une sorte de ponctuation, afin que cela ait plus de sens que le néant. En réalité, il a bien imaginé abattre Jeannette en premier, pendant ce séjour s’il a l’occasion de la croiser, mais ce n’est pas une pensée abstraite, un concept global. C’est de la rage pure et de la satisfaction. Une arme exige d’être utilisée. “

James Vann n’a jamais été aussi prêt de retourner son magnum contre lui-même. Il semble être arrivé au bout du chemin de sa dépression et ne semble pas vouloir faire demi-tour, même lors de son séjour en Californie où il effectue une sorte de pèlerinage pour dire au revoir à toute sa famille, escorté par son frère.

Tous vont tenter de le ramener vers la raison, mais sa détermination semble être inattaquable.

” La NASA devrait inscrire les suicidaires sur une liste de volontaires bénévoles. Jim serait content de monter à bord d’une capsule sans retour. Il irait aussi loin que Jupiter ou même jusqu’à Pluton, il serait utile aux autres, il transcenderait la vie normale. Pourquoi cela n’arrive jamais ? Pourquoi n’envoie-t-on pas des capsules destinées à ne jamais revenir ? “

Seul James a le pouvoir d’en décider autrement, après avoir affronté le passé, le présent, le futur et le regard des siens.

 » Il n’aurait sans doute pas dû retourner en Alaska. Mais le souvenir qui lui reste vraiment en mémoire, c’est celui de David qui tirait ses flèches droit vers le ciel, pour voir si elles retomberaient près de lui ou pas. Jim ne l’en avait jamais empêché car il trouvait ça amusant. Un véritable risque, l’éventualité de la mort lui semblait un concept si lointain, à l’époque. “

Ce que j’en dis :

” Prêt ? Paré ? Préparé ? “

Pour s’aventurer dans un roman de David Vann, il faut être effectivement prêt, paré, et surtout préparé afin de ne pas sombrer page après page dans une profonde sinistrose.

David Vann a tendance à habiller ses romans de noirceur dans un style littéraire extraordinaire où le lyrisme s’invite dans le tragique. Sa plume d’une beauté sauvage, inquiétante et pourtant si lumineuse emporte les lecteurs dans un huis clos en pleine nature.

Cette fois il nous plonge dans la tête d’un père suicidaire, une fiction qui rejoint la réalité que l’auteur a connu lorsqu’il avait treize ans, suite au suicide de son père, histoire peut-être de se libérer de certaines obsessions , qui pourraient l’habiter.

L’histoire d’un homme qui doit faire face à ses angoisses et à une grande souffrance, et blesse au passage son entourage pourtant bienveillant à son égard, même s’il tente souvent de sauver les apparences.

Un roman puissant, parfois dérangeant, magnifiquement écrit qui permet de comprendre que ce n’est pas toujours facile de quitter sa part d’ombre même bien entouré.

David Vann excelle une fois encore et nous offre un très grand roman noir.

Un véritable coup de cœur pour ce roman et cet auteur que j’ai réussi à moins appréhender.

Pour info

David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.

Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain.

Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours.

David Vann est également l’auteur de Désolations, Impurs, Goat Mountain, Dernier jour sur terre, Aquarium, L’Obscure clarté de l’air. Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce roman extraordinaire.

“ Handsome Harry, confessions d’un gangster ”

Handsome Harry de James Carlos Blake aux Éditions Gallmeister

Traduit par Emmanuel Pailler

Dans le couloir de la mort Handsome Harry attend son exécution après avoir été sauvé in extremis. Quelle ironie du sort.

Pour combler cette attente, il nous confesse son parcours de gangster.

” C’était fabuleux. “

Il n’en n’est pas à son premier séjour en prison et s’était fait très vite une sacrée réputation qui n’avait rien pour lui déplaire.

C’est lui là… Handsome Harry… Il braque des banques. Des banques, mec!… Il a descendu un type à Indianapolis… Il a tué un gars de J-ville à mains nues…

Et ainsi de suite. Je ne nierai pas le plaisir que je prenais à toutes ces discussions que j’attirais. Une fois en liberté, je n’ai jamais apprécié la célébrité, mais en taule, tout ce qu’on a, c’est une réputation à se faire et les couilles de la défendre. En taule, la réputation, c’est tout. “

Mais dehors aussi, on lui colle très vite une étiquette. Lui et sa bande sont considérés comme dangereux et pourtant ils ne veulent de mal à personne, mais juste de quoi s’offrir de belles bagnoles, faire la fête avec les copains et fréquenter des jolies filles. Juste profiter de la vie avant de se faire choper par les flics.

” Les journaux nous appelaient désormais le gang de la Terreur. On aurait dit qu’on brûlait, pillait et violait, au lieu de braquer simplement des banques. Ces torchons exagéraient toujours tout, transformant des souris en montagnes. “

Hors-la-loi un jour, hors-la-loi pour toujours.

 » Il ne s’est jamais passé une journée sans que j’apprenne un truc sur la loi qui me l’a rende encore plus détestable que la veille. “

Et puis, vaut mieux finir derrière les barreaux que mort, ça laisse toujours une chance de se faire la malle et de remettre ça…

Ce que j’en dis :

J’avoue, j’ai toujours été fasciné par les braqueurs de banques, mon côté rebelle contre les agios et autres frais bancaires abusifs. Franchement qui n’a jamais rêvé de faire un casse dans sa banque, histoire de remettre les compteurs à zéro ?

Alors quand l’occasion se présente grâce à Léa, créatrice du Légendaire Picabo River Book Club et des éditions Gallmeister, de découvrir l’histoire inspirée d’un grand braqueur, je ne peux que me réjouir et je n’ai pas été déçu.

Ici on braque des banques, on n’enfile pas des perles, donc ça déménage. Et pour le cash on le trouve autant dans les banques que dans le style de l’auteur. Les voyous ça le connaît et on ne s’en lasse pas.

D’après une histoire tirée de faits réels , l’auteur nous plonge dans une époque où les gangsters s’en donnaient à cœur joie, et n’auraient changé de vie pour rien au monde, tout en gardant un sens de l’honneur irréprochable en amitié comme en amour.

Alors une fois de plus mon cœur a battu la chamade pour ces graines de voyous, magnifiquement mis à l’honneur dans ce roman des années folles.

Un récit palpitant qui ne manque ni de rythme, ni d’humour. On lirait bien quelques chapitres de plus histoire de dévaliser quelques banques supplémentaires…

Pour info :

James Carlos Blake naît au Mexique en 1947 dans une famille mélangeant des ascendances britanniques, irlandaises et mexicaines. Il émigre aux États- Unis où il est mécanicien, chasseur de serpent ou encore professeur. En 1995, son premier roman, L’Homme aux pistolets, sur le célèbre hors-la-loi John Wesley Hardin, remporte un grand succès. Auteur d’une dizaine de romans, d’essais et de biographies, il aime brosser les portraits flamboyants de bandits, célèbres ou non, de marginaux et de personnalités historiques hautes en couleur. Il est notamment lauréat du Los Angeles Times Book Prize et du Southern Book Award.

Je remercie Léa et les Éditions Gallmeister pour cette épopée succulente.