Meurtres sur la Madison

Meurtres sur la Madison de Keith McCafferty aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens

« C’est le guide de pêche connu sous le nom de Rainbow Sam qui découvrit le corps. Ou, plutôt, le client qui lançait depuis la proue de son bateau, travaillant une Girdle Bug devant un amas de rondins qui séparait en deux le courant de la Madison River. (…) Le corps immergé sous le bois flotté se libéra de son attache, remonta soudain à la surface et se mit à flotter à plat ventre, l’hameçon enfoncé dans l’entrejambe de ses waders. “

Ce jour-là, la Madison River, cette fameuse rivière très réputée du Montana, réserva une drôle de surprise aux pêcheurs. Pensant avoir réussi une belle prise, le pêcheur qui n’avait jusqu’à présent attrapé qu’une toute petite truite, rayonnait.

(…) Vous n’êtes peut-être pas béni des dieux pour ce qui est de la pêche à la truite, mais vous venez de vous offrir une sacrée histoire. “

La prise revient à l’intrépide shérif Martha Ettinger, l’homicide semblant évident.

C’est durant son enquête qu’elle va faire la connaissance de Sean Stranahan, lui-même pêcheur, peintre et ex- enquêteur privé qui s’est récemment installé dans les rocheuses à la suite d’une séparation douloureuse. Sean est également sur une affaire que lui a confié Velvet Lafayette, une femme troublante qui recherche son jeune frère disparu. Envoûté par cette sirène du Sud, il part à la recherche du garçon. Deux affaires qui semblent étrangement liées. C’est ensemble, que Martha et Sean vont remonter une piste glissante qui risque de faire de l’ombre au plus gros  » business  » du Montana : la pêche à la mouche.

 » Ce qu’il y a avec la pêche, c’est que ça donne de l’espoir. Chaque lancer apporte un peu d’espoir et si l’on peut se perdre dans cet espoir, alors les soucis et le chagrin s’évanouissent à l’arrière-plan. La tempête intérieure se calme pour un moment. « 

Ce que j’en dis :

Quand une nouvelle plume débarque chez Gallmeister, cela attise bien évidemment ma curiosité , et davantage quand elle est recommandée par le grand Craig Johnson.

Que l’on aime ou pas la pêche, cette histoire offre un dépaysement total. Pour ma part elle a ravivé quelques bons souvenirs notamment mes parties de pêche avec mon grand-père et également de belles scènes du film  » Et au milieu coule une rivière « , magnifique adaptation du roman de Norman Maclean.

Aux États-Unis, la pêche à la mouche est très réputée et attire un grand nombre de passionnés. Cette histoire nous la fait découvrir à travers une enquête passionnante. L’auteur nous insuffle tout son amour pour la nature, les rivières et rien de tel qu’un connaisseur pour donner vie avec justesse à une histoire.

Basé sur des faits réels, avec des personnages authentiques, ce récit a tout pour plaire.

Une aventure au grand air absolument magnifique.

Meurtre sur la Madison est le premier volet d’une série plantée au cœur de l’Ouest américain, à suivre absolument.

Keith McCafferty est le rédacteur en chef de Field & Stream, magazine consacré à la pêche, la chasse et la vie au grand air. Il a contribué à diverses publications, dont le Chicago Tribune, sur des sujets allant des moustiques aux loups, du mercenariat aux exorcismes, et à pas mal bourlingué à travers le monde. Il est lauréat de nombreux prix, dont le Robert Traver Awward (qui récompense de la littérature relative à la pêche).

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette pêche extraordinaire.

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Idaho

Idaho d’ Emily Ruskovich aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Simon Baril

” Wade a passé son bras autour de la taille d’Ann. Il y avait du désarroi dans son geste, de la tristesse dans son sourire, même dans son rire, et le sentiment partagé que tous deux n’étaient pas arrivés là par hasard, que cette histoire remontait loin.

Le jour où il n’aura plus cette conscience-là, elle le regrettera. Se penchant contre lui, elle a humé l’odeur du feu sur ses vêtements. Elle a regardé son beau visage tourné vers les flammes, puis elle a regardé les flammes elles-mêmes. L’air au dessus de la fumée brûlait imperceptiblement, miroitant tels des reflets sur l’eau, donnant l’impression que les montagnes au loin tremblaient sous le reflet de la chaleur.

– Nous y voilà, a-t-elle lâché sans savoir ce qu’elle voulait dire exactement.

– Nous y voilà, a-t-il approuvé avant de le serrer plus fort contre lui. “

Neuf années ont passé depuis le drame inimaginable que Wade a vécu, depuis ce fameux jours où sa famille fut détruite.

Désormais c’est auprès d’Ann qu’il partage sa vie au milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Mais hélas ses souvenirs s’envolent, sa mémoire s’efface, jour après jour.

 » Il a perdu ses filles, mais il a également perdu le souvenir de les avoir perdues. En revanche, il n’a pas perdu la perte. La douleur est aussi présente dans son corps que sa signature l’est dans sa main. “

Plus la mémoire de Wade s’en va, plus Ann est hantée par son passé. Elle est déterminée à comprendre cette famille qu’elle n’a pourtant jamais connue. Elle s’efforce de lever le voile sur ce qui est arrivé ce terrible jour d’août.

 » C’est la texture des souvenirs, n’ont pas l’émotion, qui a disparu.  »

Ce que j’en dis :

Si hélas les souvenirs de Wade le quittent, les miens restent intacts sur cette lecture absolument magnifique. Décidément cette année les éditions Gallmeister nous ont gâté à chaque nouvelle parution.

À travers ce roman, qui débute sur un drame mais dont le mystère reste entier, nous allons partager la vie d’un couple aimant, confronté à la maladie d’Alzheimer. Quand la mémoire s’enfuit on pourrait penser que les douleurs du passé accompagnent cette fuite, mais pour Wade il n’en est rien, il sera heureusement soutenu par Ann.

En remontant le fil du temps l’auteure nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir. Une plume remarquable, touchante, pleine de poésie qui véhicule une multitude d’émotions.

Au cœur de l’ Idaho et d’une nature omniprésente, un décor majestueux pour le tourbillon de la vie qui défile sous nos yeux avec fulgurance.

Un premier roman troublant, magnétique, fascinant, envoûtant, un nouveau talent à découvrir absolument.

Un immense coup de cœur.

Emily Ruskovich a grandi dans les Hoodoo Mountain, dans le nord de l’Idaho. En 2015, elle a remporté un Oliver Henry Award, prestigieux prix qui récompense les meilleurs nouvelles américaines et canadiennes. Idaho est son premier roman.

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce roman brillant et captivant.

L’ange gardien

L’ange gardien de Christa Faust aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Christophe Cuq

” Les choses que nous avons faites dans le passé décident-elles de ce que nous sommes ? Ou sommes-nous continuellement réinventés par les choix que nous effectuons pour le futur ? Je pensais avoir la réponse à ces questions. Aujourd’hui je n’en suis plus trop sûre. “

Angel Dare a rejoint le programme de protection des témoins. Ex-actrice du porno, elle bosse désormais dans un Diner, sous une autre identité. Elle pensait avoir échapper à son ancienne vie, mais c’était sans compter la venue de Vic Ventura, son ancien amant. Surgit de nulle part, accompagné de son fils, le voilà à nouveau dans ses pattes.

À peine remise de sa surprise, des mexicains armés débarquent et Vic se prends une balle. Il est grand temps de mettre les voiles et d’essayer de sauver leurs peaux. On fêtera les retrouvailles et on fera connaissance avec le marmot une autre fois.

Je n’avais aucune idée d’où je me trouvais ni de vers où nous roulions. Vu tout ce que j’avais traversé ces dernières années, je m’étais plus ou moins faite à l’idée de mourir de mort violente, mais là, c’était différent. Je n’étais pas seule dans la voiture. “

Là voilà à nouveau en fuite, mais cette fois elle a des bagages. Et en plus va falloir qu’elle joue les nounous, ou plutôt les anges gardiens, vu la taille du gosse.

Le gosse en question c’est Cody, et apparemment il tient de son père, même s’il combat en professionnel.

” Son gros problème, c’est qu’il perd trop vite son calme. Si le combat tourne pas comme il veut dans le premier round, il s’énerve et commence à faire des erreurs. Mais on voit seulement parce qu’il est jeune. Le gamin a juste besoin de prendre un peu de bouteille. Le milieu du fight, c’est un milieu dur, et je parle pas de tout ce qui se passe sur le ring. Ce milieu il vous avale, il vous broie et il vous recrache à la seconde où vous baissez votre garde. “

Angel va s’immerger dans l’univers du combat extrême et tenter de tenir la promesse faite à Vic. Même s’il n’y a pas de mal à se faire du bien au passage.

” Je repensai alors à Vic et à Cody, et à la raison initiale de ma présence ici. Un frisson de culpabilité me traversa. Il fallait que j’arrête d’écouter ma chatte et que je reste concentrée sur mon objectif : sortir Cody du pétrin dans lequel il s’était fourré. Tout le reste devait passer au second plan.

Je tirai toutefois sur mon débardeur afin de dévoiler un peu plus mon décolleté. Après tout, ça ne coûtait rien de soigner son apparence. “

Ce que j’en dis :

Sexy un jour, sexy toujours, pas la peine de chasser le naturel il revient au galop. Mais c’est pas pour autant qu’elle baisse sa garde.

Même si les rounds se suivent , et qu’elle encaisse encore une fois de nombreux uppercuts, elle n’est pas encore au tapis.

Après l’industrie du sexe, de Money Shot ( ma chronique ici), là voilà dans le milieu des bodybuilders, c’est pas moins trash, ni moins brutal, c’est juste le costume qui change.

Toujours des embrouilles où la drogue n’est jamais très loin…

J’ai retrouvé avec plaisir la nana sexy qui n’a pas froid au yeux mais le feu aux fesses. Dés le premier coup de feu, ça part en live et il en sera de même jusqu’au final. Pas de temps mort, ni même le temps de compter jusqu’à dix, ça dezingue à mort et c’est pas pour me déplaire. Encore plus hard, encore plus dingue, ça monte crescendo et c’est la victoire assurée pour mon palmarès des coups de cœur livresque. Je fini comme elle, le cœur brisé et je suis impatiente de la retrouver sur la route américaine.

Un roman noir, sexy, violent, déchirant mais non démuni d’humour, de quoi rendre fou d’amour de nombreux lecteurs.

Christa Faust est née et a grandi à New-York. Elle a travaillé dans les peep- show de Times Square et dans l’industrie du porno pendant une dizaine d’années. Elle est l’auteur de onze romans et vit aujourd’hui à Los Angeles.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce Shot d’adrénaline pure.

“ Mon désir le plus ardent ”

Mon désir le plus ardent de Pete Fromm aux éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

” Et je ne savais même pas que les rivières m’amèneraient jusqu’à toi, j’ignorais encore tout de la chance. “

Si un jour on avait prédit à Maddy qu’elle sortirait avec un garçon de son âge, guide de rivière, elle aurait éclaté de rire. Et pourtant le sourire qui se dessine sur ses lèvres est bien celui d’une femme amoureuse. Dalt, va lui voler son cœur pour toujours.

(…) Tout ira bien

Pour une raison qui m’échappe, je le crois : moi, la Reine des glaces, je crois que tout ira bien entre nous pour toujours. “

Et c’est sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, qu’ils se marièrent.

Tout comme la rivière, la vie suivit son cours et leurs cœurs continuèrent de battre à l’unisson.

” – Je t’aime, dit-il, et même si nous nous le répétons sans cesse, cela ne manque jamais de m’arracher un sourire.

– Moi aussi. Vraiment.

– Tout ira bien, Mad. Peu importe où on atterrit. Même sous une pierre, pas vrai ?

– Même dans un arbre. “

Un matin quelques vertiges présageaient une bonne nouvelle pour Maddy, hélas si un bébé pointera bientôt le bout de son nez, il en est tout autre pour ” La putain de sclérose en plaques. “ qui s’est invitée sans prévenir.

” Ce n’est pas juste. “

Non ce n’est vraiment pas juste, tout cet amour, toute cette si belle vie abîmée par la maladie.

Il a regardé si loin dans l’avenir, tellement plus loin que tout ce que j’ai pu envisager, et je ne suis même pas sûre de vouloir faire partie du voyage. “

Et pourtant…

L’amour sera toujours plus fort, toujours plus beau, toujours présent. Il va mener un combat contre la maladie et s’imposer sans jamais faillir malgré tous les obstacles mis sur son chemin.

Mon désir le plus ardent, un magnifique titre déjà porteur d’émotions intenses et de désirs sans fin.

Pete Fromm nous offre le portrait d’un couple que les flammes de l’amour dévorent et qui résistera avec un immense courage et beaucoup d’humour aux affres de la maladie.

La SEP est là comme une épine dans le pied, mais jamais l’auteur ne sombre dans le pathos, ce qui rayonne ici, c’est la force, la volonté de ne pas se laisser envahir par la tristesse, par la colère mais au contraire se battre pour ne pas perdre le désir d’aimer. Même si parfois c’est difficile, même si le doute tente de s’immiscer l’aventure n’en sera que plus belle, plus admirable.

L’auteur ne ménage pas notre cœur, il nous offre une intense et belle histoire d’amour qui nous fait rêver, à travers une plume aussi troublante que drôle. Il nous fait sourire mais aussi pleurer, tellement que notre cœur se serre face à tant de douleur et de bonheur mêlés. Tout ce qui fait une vie de couple aussi malmenée soit-elle par les épreuves de la vie.

” Un destin que je serais prête à revivre sans la moindre hésitation. “

Un roman féerique, renversant, terriblement poignant, absolument inoubliable.

Mon désir le plus ardent, une des plus belles histoires d’amour de ma vie de lectrice.

Immense coup de cœur.

Pete Fromm vit dans le Montana. Il est né dans le Wisconsin et a d’abord été ranger avant de se consacrer à l’écriture. Il a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles qui ont remporté de nombreux prix et ont été vivement salués par la critique.

Retrouvez ici , ma chronique de Lucy in the Sky.

Ma collection ❤️🇺🇸

Copyright de la librairie l’Astragale

Je remercie les éditions Gallmeister pour cette fantastique histoire d’amour absolument inoubliable.

 » My absolute Darling « 

My absolute Darling de Gabriel Tallent  aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Laura Derajinski 

 » Elle est grande, à quatorze ans, une carrure maigrichonne et dégingandée, des jambes et des bras longs, des hanches et des épaules larges mais délicates, un cou long et nerveux. Ses yeux sont l’atout physique le plus frappant, bleus et en amande sur son visage trop mince, ses pommettes hautes et saillantes, sa mâchoire aux larges dents tordues – un visage laid, elle le sait, et inhabituel. Ses cheveux sont épais et blonds, des mèches entières pâlies par le soleil. Sa peau est constellée de taches de rousseur cuivrées. Ses paumes, la peau lisse de ses avant-bras et l’intérieur de ses cuisses sont veinés de bleu.  » 

Julia préfère qu’on l’appelle Turtle, même si pour son père c’est Croquette. Telle une petite sauvageonne, elle arpente la forêt pied nus, mais jamais sans son pistolet. Un bien triste compagnon pour une jeune fille si jeune. Elle tente d’échapper à sa vie si particulière.

«  Elle pense, je vais rentrer, maintenant. Retourner dans ma chambre. J’ai promis, et promis, et promis encore, et il ne supportera pas de me perdre. À l’est, le cours d’eau scintille, dans la pénombre sauvage. Elle reste là longtemps à respirer, à absorber le silence. Puis elle avance. « 

C’est Martin qui l’a initiée aux armes à feu. Martin est ce qu l’on appelle un survivaliste. Il se prépare à une catastrophe supposée arriver dans un futur proche. Il tente de transmette tout son savoir et ses idées bien arrêtées à Turtle. Martin est son père. Un père qui aime un peu trop sa fille, beaucoup trop.

« Bon sang Croquette. Bon sang (…) Tu deviens si grande, si forte. Mon amour absolu. Mon amour absolu.  » 

 » Tu es la plus belle personne qui soit, dit-il. Voilà ce que je pense. Tout est parfait en toi, Croquette. Chaque détail. Tu es l’idéal platonique de toi-même. Chaque imperfection, chaque cicatrice est l’élaboration inimitable de ta beauté et de ton coté indomptable. Tu ressembles à une naïade. Tu ressembles à une fille élevée par les loups. Tu le sais ?  » 

Lors d’une fugue, Turtle a fait connaissance avec  Jacob, un lycéen.  Il est à la fois intrigué et fasciné par cette fille pas comme les autres. Une amitié s’installe, prends racine et grandit jour après jour. Mais comment pourra-t-elle échapper à l’emprise de ce père possessif, narcissique et violent ?

 » – Bordel. Ça va aller, Croquette.

(…)

Elle pense, ça n’est jamais allé, chez nous et ça n’ira jamais. Elle pense, Je ne sais même pas à quoi ça ressemble, d’aller bien. Je ne sais pas ce que ça signifie. Quand il est au meilleur de sa forme, on va mieux que bien. Quand il est au meilleur de sa forme, il s’élève largement au-dessus de la masse et il est plus incroyable que tout le reste . Mais il y a quelque chose en lui. Un défaut qui empoisonne tout. Que va-t-il advenir de nous… « 

Quitter Turtle m’a été difficile, tant je m’étais attachée à cette jeune sauvageonne à la vie si douloureuse auprès de ce père abusif. Tant d’amour et tant de haine, des sentiments mêlés qui laissent un goût amer et une certaine colère nous envahir. 

On ne peut qu’admirer son combat pour devenir la fille qu’elle rêve de devenir  pour préserver son âme. 

Entourée depuis toujours d’armes, synonyme de danger, de douleur, de destruction et si peu de protection.

Une histoire hors-norme, aussi démesurée que les séquoias qui l’encadrent. 

Un roman sombre, sidérant, obsédant, qui dérange, indigne, bouleverse. Un véritable coup de foudre pour cette histoire puissante qui ne peut laisser personne indifférent. 

En tant que lectrice, lorsque je tombe sur un roman qui m’embarque pour un si grand voyage, d’une force unique, cela crée un lien puissant et ni le temps, ni l’espace ni rien au monde ne pourra briser ce lien. Ce qui au départ n’était juste qu’une histoire, avec son personnage récurrent, deviendra mon amie. Quand elle rit, je ris, quand elle pleure, je pleure, quand elle a mal je souffre aussi. C’est un voyage qui mélange toutes les expériences, l’amour et le pardon, le triomphe et la tragédie, l’espoir et la douleur, il y a des hauts, des bas. Et si j’endure la lutte et me bats à ses cotés pour surmonter la douleur alors plus rien ne pourra m’ arrêter. Ce livre m’aidera à me souvenir que quelque soit l’avenir qui m’est réservé, chacune de mes peurs, chacun de mes moments de bonheur ou de chagrin me trouvera chaque fois plus forte, parce que je ne serai plus jamais seule. 

Turtle est avec moi, pour toujours à jamais.

Gabriel Tallent est né en 1987 au Nouveau-Mexique et a grandi en Californie. Il a mis huit ans à rédiger My Absolute Darling, son premier roman qui a aussitôt été encensé par la critique et fait partie des meilleures ventes aux États-Unis. Il vit aujourd’hui avec sa femme à Salt Lake City.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette lecture aussi puissante que poignante en compagnie d’une jeune fille inoubliable.

“ Sale Boulot ”

Sale Boulot de Larry Brown aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Francis Kerline

C’est dingue, qu’on se disait, comment un seul petit truc peut te gâcher la vie pour toujours. Suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Pareil pour moi comme pour elle. Ben tiens, comme pour toi aussi. ”

Walter James n’a plus de visage. Braiden Chaney, lui, n’a plus ni jambes ni bras. Ils sont tous les deux des mutilés du Vietnam. Ils ont participé à cette guerre, un Sale Boulot.

“ On s’engage ou on s’engage pas, faut savoir. ”

L’un est noir, l’autre blanc. Vingt deux ans plus tard, ils partagent la même chambre d’un hôpital pour vétérans dans le Mississippi.

C’est pas parce qu’on est condamné à mort qu’on doit forcément mourir. Ça dépend entièrement de l’individu. Tout le monde est pas fait pareil. Y’en a qui peuvent supporter des trucs que les autres peuvent pas.

J’avais peur. (…) Finalement j’ai ouvert les yeux et je l’ai regardé. Je lui ai dit que je m’appelais Walter et que je venais du Mississippi. Il a hoché la tête en souriant, il m’a dit qu’il s’appelait Braiden Chaney et qu’il était de Clarksdale. (..) il s’est excusé de ne pas pouvoir me serrer la main. ”

Le temps d’une nuit qui s’éternise, ils se confient l’un à l’autre en partageant des bières et des cigarettes. L’alcool délient les langues, les souvenirs affluent, les bons comme les mauvais. Les échanges se poursuivent, deux voix dans la nuit pour tout dire sur la guerre et les dégâts irréversibles sur les soldats.

Le monde entier est un mystère pour moi, faut dire. Pourquoi il est comme il est. Je crois pas que le Seigneur Il l’avait prévu comme ça à l’origine. Je crois qu’Il a juste perdu le contrôle. ”

Deux voix dans la nuit chargées de douleurs, hantées par la mort mais pleines de compassion l’une pour l’autre, avec une dernière prière…

Des mecs qui rentreraient jamais chez eux. Des mecs qui avaient donné tout ce qu’ils avaient et même plus. Des laissés-pour-compte. ”

Quelle bonne idée ont eu les Éditions Gallmeister de rééditer les romans noirs de Larry Brown. Après Joe, Père et fils puis Fay, Sale Boulot rejoint la collection Totem.

L’auteur excelle dans son domaine de prédilection, le roman noir. Une fois encore, il nous offre une histoire bouleversante avec des personnages puissants, attachants, qu’il est difficile de quitter sans être bouleversé par leur histoire.

En 200 pages, il réussit à camper une intrigue qui réserve un final, qui telle une grenade t’explose le cœur.

Un récit d’une force incroyable que tu ne peux quitter malgré sa noirceur.

Un véritable roman antimilitariste qui dénonce de façon brutale les horreurs de la guerre.

Une histoire barbare où l’humour apparaît presque comme un soulagement, et la compassion comme une caresse sur une blessure.

Larry Brown, une fois encore m’a touché, il m’a charmé par son écriture, son style, son pouvoir à bouleverser avec des mots les plus durs d’entre nous.

Pendant l’année 2017, j’en ai vu des gueules cassées, des estropiés, des accidentés de la vie, tout comme Braiden et Walter chacun avec son histoire, c’est sûrement pour cela que cette histoire m’a chamboulé à ce point. Ça ne m’empêchera pas de poursuivre mes lectures de l’auteur bien au contraire.

Une plume noire américaine comme j’aime qu’il me tarde à retrouver.

Larry Brown (1951-2004) est né et a vécu dans le Mississippi, près d’Oxford. Passionné par la pêche, la chasse et la lecture, il a exercé des métiers aussi divers que bûcheron, peintre en bâtiment ou droguiste, puis pompier, avant de se consacrer uniquement à la littérature. Il est le seul écrivain à avoir reçu à deux reprises le prestigieux Southern Book Award for Fiction. Son roman Joe a été porté à l’écran en 2013, avec Nicolas Cage dans le rôle-titre.

Ce qu’en dit l’écrivain Bob Shacochis : « Seule une véritable conscience de ce monde pouvait se permettre d’écrire Sale Boulot, tout en feu, vent et glace, miraculeusement maintenu ensemble par un filet d’amour à briser le cœur. »

Je remercie Clotilde et les Éditions Gallmeister pour cette lecture de guerriers au grand cœur.

 » Le diable en personne « 

Le diable en personne de Peter Farris aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

 » Maya hésita, pensant que si elle était morte et que c’était ça l’enfer, on ne pouvait pas en vouloir au diable d’avoir le sens de l’humour.  »

Maya vient d’échapper à une mort quasi certaine vue la sauvagerie avec laquelle des hommes ont tenté de l’éliminer.À son réveil plutôt douloureux elle fait connaissance avec son sauveur, un vieux bonhomme qui vit avec un mannequin, pas un top modèle mais plutôt le genre qu’on habille et déshabille pour mettre dans les vitrines de magasins.

Maya, surprise au départ du haut de ses dix-huit ans, s’y fait très vite. D’où elle vient plus rien ne l’étonne.

Et même si le vieux est plutôt barré, il n’en demeure pas moins attachant.

 » – Ces types qui t’utilisaient pour de l’argent. Ils étaient tous moches pas vrai ?

– Même les beaux, ils étaient moches à l’intérieur. T’es le premier que je rencontre qu’est pas moche comme ça.

– Oh j’ai mes côtés moches moi aussi, fit Léonard. J’ai cet espèce de bec qui rendrait jaloux un faucon. Et Pas plus tard que l’autre jour, j’ai découvert des poils gris qui sortaient de mes oreilles.

Cela le fit rire …  »

Une amitié touchante s’est vite créée entre Maya et Léonard, une douce complicité s’est installée entre eux comme un vieil homme avec sa petite fille. Leonard prend son nouveau rôle très au sérieux, il est de son devoir de protéger l’oisillon tombé du nid, surtout avec les rapaces qui volent autour.

 » Quand tu vis assez longtemps, soit t’as peur de tout, soit t’as plus peur de rien.  »

Ancien Bootlegger, Leonard a une sacrée réputation en ville, les rumeurs circulent sur son compte depuis bien longtemps mais il s’en balance. Ses secrets sont toujours bien enterrés.

 » Pourquoi avoir fait ça à Maya ?

(…)

– Parce qu’elle sait, dit Lambert, avant de se corriger calmement : Elle savait.  »

Maya aussi a ses secrets, et ses colères, alors que son destin semblait tout tracé, sa rencontre avec ce loup solitaire va changer la donne. Maintenant tous les espoirs sont permis, faut juste faire un peu de ménage et protéger ses fesses.

 » Ce qui est normal pour certains, se rappela-t-il, est fou pour d’autres. »

Réunir tout ce que j’aime dans la même histoire c’est ce que Peter Farris a réussi à faire avec ce roman noir aussi déjanté que génial.

Une plume brillante, pleine d’humour, cynique, noire à souhait avec un talent certain pour la mise en scène des situations cocasses.

Plus ma lecture avançait et plus mon attachement grandissait pour ces deux chats sauvages qui se sont si bien apprivoisés.

L’histoire aurait pu être banale, déjà vue et bien non. On va de surprise en surprise jusqu’au final malgré les sujets présents tel que la prostitution, la corruption, les trafics en tout genre… Et suis loin de vous avoir tout dit. Juste une mise en bouche…

Une histoire bien pensée, bien campée et bien contée, avec des personnages haut en couleur complètement incontrôlables.

Un portrait cinglant sans compromis d’un coin d’Amérique qui part en vrille.

Absolument jouissif.

J’en veux encore..

 » Il est pas humain ! (…) C’est le diable en personne ! « 

Et c’est diablement bon.

Peter Farris, né en 1979, vit aujourd’hui dans le comté de Cherokee en Géorgie. Après ses études à Yale, il est devenu chanteur dans un groupe de rock et guichetier dans une banque du Connecticut. Il y travaillait depuis quelques semaines quand la banque fut victime d’un braquage, aventure qui lui inspira son premier roman, Dernier appel pour les vivants qu’il me reste à découvrir.

Souhaitons qu’il poursuive sa carrière d’écrivain car un talent pareil ce serait dommage de le laisser derrière un guichet.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette histoire démoniaque et prodigieuse.

 » Face au vent « 

Face au vent de Jim Linch aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jean Esch

 » Les familles se déchirent pour des histoires d’argent, de trahison et d’abus, pour des histoires de ressentiments, d’infidélités et de malentendus, parce que les gens sont des crétins. N’importe quoi ou presque, peut ébranler ces lignes de fracture. Mais je ne connais qu’une seule famille qui se soit déchirée à cause d’une course de voiliers.  »

Dans la famille Johannssen on est navigateur de père en fils. La voile fait partie des gènes.

Installés au cœur de la baie de Seattle, où chacun excelle dans sa partie. Le grand – père dessine les voiliers, le père les construit, la mère calcule leur trajectoire. Parmi les enfants, les deux frères Bernard et Josh ont hérité de cette passion, mais c’est Ruby l’unique fille qui semble posséder un don. À bord d’un bateau, elle fait corps avec le vent jusqu’au jour où elle décide de partir.

(…) La voile était le sésame dans notre famille.  »

« Les voiliers attirent les cinglés et les génies, les romantiques auxquels leurs bateaux offrent une image rebelle.  »

La famille explose, chacun prends le large vers des horizons différents contre vents et marées.

 » Chacun de nous espère connaître la gloire et donner un sens au chaos… »

Douze ans plus tard, des retrouvailles osées pour cette famille particulière dans une ultime course sur un de leur voilier restauré principalement par Josh.

Une nouvelle vague, un dernier cap pour naviguer tous ensemble une dernière fois.

À travers ce récit Jim Lynch nous offre une saga familiale bercée par leur passion, leurs rêves, leurs doutes, leurs espoirs. Une famille avec des défauts, des qualités, des dons pour naviguer ou réparer. Une famille de navigateurs qui affronte sa propre tempête le cœur serré, déchirée par les vents contraires.

Il pose également un regard assez cynique sur ces riches qui s’improvisent navigateurs sous prétexte qu’ils ont les moyens.

Une histoire qui fera chavirer les cœurs des fanatiques de voiles mais aussi des rebelles épris de liberté avec des envies de prendre le large.

Un roman qui m’a porté vers des rivages inconnus, en compagnie d’une famille attachante, avec une nette préférence pour Josh et son humour mordant et pour la première partie du récit qui m’a le plus exalté.

Une belle découverte de cette plume brillante, qui m’a donné de nombreux sourires et parfois quelques larmes sans mal de mer mais surtout une folle envie de naviguer cheveux au vent, face à la mer …

Allez viens, je t’emmène au vent.

Je t’emmène au dessus des gens.

Et je voudrais que tu te rappelles, notre amour est éternel, et pas artificiel…🎵🎶🎵🎶🎵🎶🎵🎶🎵🎶

Jim Lynch est né en 1961. Diplômé de l’université de Washington, Il a sillonné le pays en tant que reporter pour des journaux en Alaska, en Virginie et à Washington D.C. Il est l’auteur de quatre romans et collabore avec plusieurs journaux dont le Seattle Times. Il vit et navigue à Olympia et dans l’état de Washington .

Il a été encensé par la presse américaine et distingué par plusieurs prix littéraires aux Etats-Unis. Il sera en tournée en France en 2018.

Il considère ce livre comme le roman de sa vie, le fruit de six années de travail.

Son premier roman Les grandes marées sort simultanément dans la collection Totem.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce voyage en mer époustouflant.

 » Une assemblée de chacal « 

Une assemblée de chacals de S. Craig Zahler aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens

 » Oswell appuya le bas de sa paume droite sur les pliures des feuilles blanches et réfléchit à ce qu’il s’apprêtait à coucher sur le papier. »

 

À bord du train qui le conduit en compagnie de son frère vers une vieille connaissance, Oswell décide de se confesser à sa femme à travers une lettre. Un mauvais pressentiment  le taraude, la mort l’attend peut-être au bout du chemin.

Il y a fort longtemps, bien avant qu’il se range, il faisait parti du Gang du grand boxeur, des bandits voleurs de banque. Bientôt à nouveau réunis, pour le mariage de Jim qui est sur le point d’épouser la fille du Shérif.

Un fantôme de leur passé de bandit, a choisi ce moment pour régler ses vieux comptes.

« (…) c’est alors que j’ai su avec certitude que nous avions fait une énorme erreur en nous ralliant à ces hommes, et je l’ai vu dans le regard de mes compagnons. « 

L’addition est lourde, la rancune tenace, ils ont rendez-vous avec le diable en personne. Et même s’ils se préparent au pire, ils étaient loin d’imaginer un mariage aussi sanglant.

 » Pour la première fois depuis que le pasteur s’était rendu maître du mariage, Beatrice leva la tête du lutrin et fit face aux invités. Les bouches s’ouvrirent et les yeux s’écarquillèrent ; des haut-le-cœur et des pleurs s’élevèrent de l’assistance. La plupart des membres de l’assemblées détournèrent le regard. Le sang pulsait dans les tissus sous sa peau argileuse. « 

Rien de tel qu’un bon western bien noir, pour faire une chevauchée sauvage dans le passé américain. Il fût un temps où seuls les écrans de télévision m’apportaient ce genre de distraction en compagnie de mon père. Et j’avoue que j’en raffolais. 

Une assemblée de chacals m’a plongé direct dans cette ambiance à la Sergio Leone avec en plus une pointe non négligeable de Tarantino. Les salopards sont de sortie, de vrais chiens enragés, prêts à tout pour sauver leur peau. Une ambiance mortelle, poisseuse, sous haute tension, avec des personnages bien campés. En plus de l’intrigue omniprésente, on remonte le passé via la confession d’Orwell et l’on comprends d’autant mieux où cette vengeance a pris vie. Un récit sanglant, percutant, noir à souhait, qui plonge le lecteur dans une explosion de violence sans concession. Un rythme soutenu, qui monte en puissance vers l’horreur. Un western noir, efficace, bien crade et bien sanglant. Les hors-la-loi sont de sortie et ça va faire mal…

S. Craig Zahler est né à Miami en Floride. En plus d’être écrivain, il est également, scénariste, réalisateur et musicien, Batteur et parolier d’un groupe de Heavy metal.

En 2015, il réalise son premier long-métrage,  Bone Tomahawk, avec Kurt Russell. Son précédent roman,  » Exécutions à Victory  » édité chez Gallmeister a reçu des critiques élogieuses. Les droits de ce roman ont été acquis par Hollywood et une adaptation est prévue avec Leonardo DiCaprio et Jamie Fox. 

Je remercie Clothilde et les Éditions Gallmeister pour cette lecture en plein Far-West.

 » L’obscure clarté de l’air « 

L’obscure clarté de l’air de David Vann aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 » Ô toi la Sombre, dit Médée à l’eau. Fais que tout ce qui lie puisse tomber enfin. Que tout ce qui est connu devienne confus. Que tout ce que nous sommes meure. Fais que je devienne la plus haïe des femmes, et la plus authentique. « 

Médée est la fille d’Éétès et d’Idyie. Elle devint une magicienne habile et une prêtresse d’ Hécate. Elle bravera tous les interdits pour maîtriser son destin, jusqu’à tuer son frère pour empêcher son père de la poursuivre dans sa fuite avec Jason.

« Son père, une menace depuis le tout début, un ennemi avant même sa naissance.  » 

Assoiffée de pouvoir, par amour pour Jason, elle se livra à toutes sortes de crimes.

 » Jason debout devant elle, improbable, comme elle ne l’aurait jamais imaginé. Un demi-Dieu, dans la grâce divine, un cadeau.  » 

Trahie par Jason, elle sera animée par un insatiable désir de vengeance.

Le portrait d’une femme tout en noirceur dévorée par sa passion.

Quand on ne lit pas systématiquement la quatrième de couverture, mais que l’on s’en tient au nom de l’auteur sur la couverture, ça réserve parfois quelques surprises inattendues. Connaissant la plume de David Vann à travers ses romans noirs d’un style que j’affectionne particulièrement, je ne pensais pas me retrouver sur un bateau en compagnie de Médée une déesse de la mythologie grecque.

Mais dans quelle galère je me suis embarquée ?

J’avoue ce n’est pas le genre d’histoire qui me fait rêver et sans la plume de l’auteur absolument fabuleuse je l’aurais vite abandonné.

David Vann revisite à sa manière le mythe de Médée, sous une plume lyrique et merveilleusement sombre.

Un roman ambitieux, particulier, déroutant, où seule l’écriture m’a captivité.

David Vann est né sur l’île Adak, en Alaska. Il est l’auteur de Sukkwan Island, prix Médicis étranger en 2010, traduit en dix-huit langues dans plus de cinquante pays, et de cinq autres romans et d’un récit, Dernier jour sur la terre, tous publiés chez Gallmeister. Il partage désormais son temps entre l’Europe et la Nouvelle-Zélande.