“ Sauvage ”

Sauvage de Jamey Bradbury aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” On peut apprendre plein de trucs rien qu’en regardant et en réfléchissant. Mais il y a d’autres trucs qu’on ne peut savoir qu’en les vivant soi-même. “

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff n’est pas une jeune fille ordinaire. Ce qu’elle aime par dessus tout, c’est courir à travers la forêt seule. Elle adore y chasser, y poser des pièges, et sillonner avec ses chiens de traîneaux les immensités sauvages de l’ Alaska.

Sa mère, disparue bien trop tôt, a laissé la famille en plein désarroi.

” Ça faisait un an que Papa avait été interdit de course. Avant la mort de Maman, j’aurais pu parier sur ma vie qu’une telle chose ne se produirait jamais. Mais la nuit où elle s’est fait renverser par ce camion, ça a déclenché une avalanche. J’ai lu que si vous êtes pris dans une avalanche, le mieux est de nager contre la neige pour essayer de rester à flot. Mais on n’avait pas nagé assez fort. On continuait à se débattre pour rejoindre la surface. “

Malgré l’absence maternelle, Tracy tente de respecter les trois règles qu’elle lui a enseigné : ” Ne jamais perdre la maison de vue “ ” Ne jamais rentrer avec les mains sales “ et surtout ” ne jamais faire saigner un humain“ pourtant…

” J’ai appris à l’école que le sang a une mémoire. Il porte les informations qui font ce que vous êtes. C’est comme ça que mon frère et moi on s’est retrouvés avec tant de trucs en commun, on portait en nous les choses dont le sang de mes parents se souvenait. Partager ce qu’il y a dans le sang, y’a pas moyen d’être plus proche d’une autre personne. “

Jusqu’au jour où, après avoir été attaquée en pleine forêt, elle perds connaissance et se retrouve couverte de sang à son réveil, persuadée d’avoir tué son agresseur. Un grave incident qu’elle va pourtant cacher à son père mais qui va la hanter jour et nuit.

” Vous avez beau vieillir, quel que soit l’âge que vous atteignez, vos parents l’auront atteint avant vous, seront déjà passés par là, et ça quelque chose de réconfortant. Comme un sentier que vous ne connaissez pas, dans la forêt, sur lequel il y aurait des traces de pas qui vous diraient que quelqu’un l’a déjà emprunté. Jusqu’au jour où vous arrivez à l’endroit où ces traces s’arrêtent. “

Quand un inconnu débarque et que son père l’embauche, une ambiance de doute et d’angoisse s’installe progressivement dans la famille tandis que Tracy prends peu à peu conscience de ses facultés hors du commun.

” Si je pouvais m’arrêter où je veux et m’abstenir de raconter le reste, c’est là que je choisirais de finir. J’en appellerais au grand gel qui s’annonçait, et je laisserais la glace et la neige nous figer exactement tels que nous étions ce jour-là, alors qu’un bonheur silencieux s’était emparé de moi, quelque chose qui ressemblait plus à de la justesse, et je n’aurais su dire s’il s’agissait de ma propre sensation, ou de celle de Su, ou de celle de Jesse. Le constat d’être revenu en un lieu que vous savez être le vôtre. Où vous savez qu’on vous désire et qu’on vous aime. “

Ce que j’en dis :

En 2018, les éditions Gallmeister et Gabriel Tallent nous ont permis de faire connaissance avec une jeune héroïne hors du commun surnommée Turtle, inoubliable et tellement attachante. (Ma Chronique ici)

L’hiver 2019 donne naissance à une nouvelle plume et une nouvelle héroïne tout aussi bouleversante prénommée Tracy, née sous l’écriture absolument magnifique de Jamey Bradbury.

Tracy est une jeune fille indépendante, au caractère difficile, plutôt rebelle qui ne prends pas son rôle d’étudiante au sérieux mais qui aime se cultiver à sa façon au cœur de la nature.

Habitée par un don particulier, elle y puise sa force et se rapproche de sa mère trop tôt disparue.

Même si ses relations sont parfois difficiles avec son père, elle n’en demeure pas moins proche et aimante tout comme avec son frère.

L’arrivée de cet étranger va bousculer l’équilibre de cette famille déjà malmenée depuis le décès de la mère qui est pourtant toujours bien présente grâce aux flash-back qui nous permettent de faire sa connaissance malgré tout.

À travers cette formidable histoire, Jamey Bradbury nous fait découvrir l’Alaska et l’univers des mushers, avec une douce poésie, et une dose de fantastique amenée avec subtilité qui risque d’en surprendre plus d’un.

L’auteure nous offre un récit fabuleux, en rendant des situations simples absolument effrayantes tout en nous attachant à tous les personnages que l’on quitte à regret mais avec l’impression d’avoir vécu une aventure extraordinaire.

C’est beau, fort, surprenant et touchant, parfois rude et glaçant, mais également grandiose, un récit qui reflète tout à fait l’Alaska tel que j’ose l’imaginer.

Tracy rejoint Turtle est restera à jamais auprès de mes héroïnes de lectures inoubliables.

Un immense coup de cœur pour Sauvage, premier roman de Jamey Bradbury.

Pour info :

Jamey Bradbury est née en 1979 dans le Midwest et vit en Alaska depuis quinze ans. Elle a été réceptionniste, actrice, secouriste et bénévole à la Croix Rouge.

Elle partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et l’engagement auprès des services sociaux qui soutiennent les peuples natifs de l’Alaska. 

Sauvage est son premier roman.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette aventure extraordinaire absolument inoubliable.

Publicités

“ Le bon lieutenant ”

Le bon lieutenant de Whitney Terrell aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Elle essaya de garder une voix calme pendant tout ce temps, s’efforçant de ne pas poser directement de question sur Pulowski. Elle était censée diriger tous ces gars, pas seulement lui. Mais elle ne put s’empêcher de sentir une vague de soulagement quand, après quelques grésillements au micro, la voix de Pulwski arriva sur les ondes.

– On est là avec Crawford. On était dans la ruelle, et puis le chef d’équipe (il parlait de Beale) a dit qu’on se faisait canarder et on a été, euh, séparés.

Il y eut un murmure étouffé, une main recouvrant le micro.

– Tu disque la dernière fois que tu as vu Beale, c’était dans la ruelle.

– Oui, lieutenant.

Comment trois hommes avaient-ils pu être séparés dans une putain de ruelle ? “

Emma Fowlers, lieutenant en mission dans la périphérie de Bagdad, s’efforce d’être droite et compétente auprès de sa section.

Chaque jour elle doit motiver sa troupe, faire les bons choix côtés tactiques et garder un œil sur ses hommes.

Alors quand l’un d’eux disparaît, elle se met en devoir de le récupérer coûte que coûte mort ou vif.

Très vite, elle s’aperçoit que toute cette affaire est le fruit de magouilles et d’erreurs au sein de sa section.

Un attentat, tuant deux soldats, aurait pu être évité, mais face à des informateurs suspects et des renseignements douteux, difficile de faire confiance.

” La guerre est une saloperie » , certes, mais que faire si l’ennemi se trouve dans votre camp ? À quel moment aurait-on pu éviter cet enchaînement tragique ?

Ce que j’en dis :

Fan de séries américaines ayant pour thème de prédilection le milieu militaire telles que ” Band of Brother : l’enfer du Pacifique “, ” Seal Team “, ” Shooter “, je ne pouvais que me réjouir de découvrir cette nouvelle plume américaine.

À travers une construction surprenante, qui pourrait en dérouter certains, l’auteur déclenche un compte à rebours comme pour le départ d’une bombe et remonte le fil du temps pour comprendre ce qui a déclenché cette tragédie mettant en péril la vie des soldats.

En analysant la logique parfois absurde de certaines décisions militaires, l’auteur tente de démontrer comment certains comportements nuisent au bon déroulement des opérations, mais également à comprendre ce qui amène certains soldats à suivre la voie militaire.

De l’action, du suspens, des mensonges, des trahisons font de ce roman de guerre, un récit explosif, original qui ne laisse pas indifférent sans pour autant oublier tous ces soldats qui se mettent en danger pour défendre courageusement leur pays.

Pour info :

Whitney Terrell est né à Kansas City, dans le Missouri.

Il a travaillé comme fact-checker pour The New York Observer avant de devenir journaliste et de suivre l’armée américaine lors de la seconde guerre d’Irak, qu’il a couverte en 2006 et 2010 pour The Washington Post, Slate et la radio publique américaine.

Il enseigne aujourd’hui la littérature.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette aventure périlleuse dans l’enfer de la guerre.

“ Un poisson sur la lune ”

Un poisson sur la lune de David Vann aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 » Ce dernier s’arrête un instant à la porte, balaie l’air d’un large mouvement théâtral du bras avant de la franchir, un geste magistral. Et l’idée lui plaît, un geste magistral de sortie. C’est peut-être pour cela que les suicidaires tuent les autres d’abord, afin d’offrir une sorte de ponctuation, afin que cela ait plus de sens que le néant. En réalité, il a bien imaginé abattre Jeannette en premier, pendant ce séjour s’il a l’occasion de la croiser, mais ce n’est pas une pensée abstraite, un concept global. C’est de la rage pure et de la satisfaction. Une arme exige d’être utilisée. “

James Vann n’a jamais été aussi prêt de retourner son magnum contre lui-même. Il semble être arrivé au bout du chemin de sa dépression et ne semble pas vouloir faire demi-tour, même lors de son séjour en Californie où il effectue une sorte de pèlerinage pour dire au revoir à toute sa famille, escorté par son frère.

Tous vont tenter de le ramener vers la raison, mais sa détermination semble être inattaquable.

” La NASA devrait inscrire les suicidaires sur une liste de volontaires bénévoles. Jim serait content de monter à bord d’une capsule sans retour. Il irait aussi loin que Jupiter ou même jusqu’à Pluton, il serait utile aux autres, il transcenderait la vie normale. Pourquoi cela n’arrive jamais ? Pourquoi n’envoie-t-on pas des capsules destinées à ne jamais revenir ? “

Seul James a le pouvoir d’en décider autrement, après avoir affronté le passé, le présent, le futur et le regard des siens.

 » Il n’aurait sans doute pas dû retourner en Alaska. Mais le souvenir qui lui reste vraiment en mémoire, c’est celui de David qui tirait ses flèches droit vers le ciel, pour voir si elles retomberaient près de lui ou pas. Jim ne l’en avait jamais empêché car il trouvait ça amusant. Un véritable risque, l’éventualité de la mort lui semblait un concept si lointain, à l’époque. “

Ce que j’en dis :

” Prêt ? Paré ? Préparé ? “

Pour s’aventurer dans un roman de David Vann, il faut être effectivement prêt, paré, et surtout préparé afin de ne pas sombrer page après page dans une profonde sinistrose.

David Vann a tendance à habiller ses romans de noirceur dans un style littéraire extraordinaire où le lyrisme s’invite dans le tragique. Sa plume d’une beauté sauvage, inquiétante et pourtant si lumineuse emporte les lecteurs dans un huis clos en pleine nature.

Cette fois il nous plonge dans la tête d’un père suicidaire, une fiction qui rejoint la réalité que l’auteur a connu lorsqu’il avait treize ans, suite au suicide de son père, histoire peut-être de se libérer de certaines obsessions , qui pourraient l’habiter.

L’histoire d’un homme qui doit faire face à ses angoisses et à une grande souffrance, et blesse au passage son entourage pourtant bienveillant à son égard, même s’il tente souvent de sauver les apparences.

Un roman puissant, parfois dérangeant, magnifiquement écrit qui permet de comprendre que ce n’est pas toujours facile de quitter sa part d’ombre même bien entouré.

David Vann excelle une fois encore et nous offre un très grand roman noir.

Un véritable coup de cœur pour ce roman et cet auteur que j’ai réussi à moins appréhender.

Pour info

David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.

Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain.

Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours.

David Vann est également l’auteur de Désolations, Impurs, Goat Mountain, Dernier jour sur terre, Aquarium, L’Obscure clarté de l’air. Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce roman extraordinaire.

“ Handsome Harry, confessions d’un gangster ”

Handsome Harry de James Carlos Blake aux Éditions Gallmeister

Traduit par Emmanuel Pailler

Dans le couloir de la mort Handsome Harry attend son exécution après avoir été sauvé in extremis. Quelle ironie du sort.

Pour combler cette attente, il nous confesse son parcours de gangster.

” C’était fabuleux. “

Il n’en n’est pas à son premier séjour en prison et s’était fait très vite une sacrée réputation qui n’avait rien pour lui déplaire.

C’est lui là… Handsome Harry… Il braque des banques. Des banques, mec!… Il a descendu un type à Indianapolis… Il a tué un gars de J-ville à mains nues…

Et ainsi de suite. Je ne nierai pas le plaisir que je prenais à toutes ces discussions que j’attirais. Une fois en liberté, je n’ai jamais apprécié la célébrité, mais en taule, tout ce qu’on a, c’est une réputation à se faire et les couilles de la défendre. En taule, la réputation, c’est tout. “

Mais dehors aussi, on lui colle très vite une étiquette. Lui et sa bande sont considérés comme dangereux et pourtant ils ne veulent de mal à personne, mais juste de quoi s’offrir de belles bagnoles, faire la fête avec les copains et fréquenter des jolies filles. Juste profiter de la vie avant de se faire choper par les flics.

” Les journaux nous appelaient désormais le gang de la Terreur. On aurait dit qu’on brûlait, pillait et violait, au lieu de braquer simplement des banques. Ces torchons exagéraient toujours tout, transformant des souris en montagnes. “

Hors-la-loi un jour, hors-la-loi pour toujours.

 » Il ne s’est jamais passé une journée sans que j’apprenne un truc sur la loi qui me l’a rende encore plus détestable que la veille. “

Et puis, vaut mieux finir derrière les barreaux que mort, ça laisse toujours une chance de se faire la malle et de remettre ça…

Ce que j’en dis :

J’avoue, j’ai toujours été fasciné par les braqueurs de banques, mon côté rebelle contre les agios et autres frais bancaires abusifs. Franchement qui n’a jamais rêvé de faire un casse dans sa banque, histoire de remettre les compteurs à zéro ?

Alors quand l’occasion se présente grâce à Léa, créatrice du Légendaire Picabo River Book Club et des éditions Gallmeister, de découvrir l’histoire inspirée d’un grand braqueur, je ne peux que me réjouir et je n’ai pas été déçu.

Ici on braque des banques, on n’enfile pas des perles, donc ça déménage. Et pour le cash on le trouve autant dans les banques que dans le style de l’auteur. Les voyous ça le connaît et on ne s’en lasse pas.

D’après une histoire tirée de faits réels , l’auteur nous plonge dans une époque où les gangsters s’en donnaient à cœur joie, et n’auraient changé de vie pour rien au monde, tout en gardant un sens de l’honneur irréprochable en amitié comme en amour.

Alors une fois de plus mon cœur a battu la chamade pour ces graines de voyous, magnifiquement mis à l’honneur dans ce roman des années folles.

Un récit palpitant qui ne manque ni de rythme, ni d’humour. On lirait bien quelques chapitres de plus histoire de dévaliser quelques banques supplémentaires…

Pour info :

James Carlos Blake naît au Mexique en 1947 dans une famille mélangeant des ascendances britanniques, irlandaises et mexicaines. Il émigre aux États- Unis où il est mécanicien, chasseur de serpent ou encore professeur. En 1995, son premier roman, L’Homme aux pistolets, sur le célèbre hors-la-loi John Wesley Hardin, remporte un grand succès. Auteur d’une dizaine de romans, d’essais et de biographies, il aime brosser les portraits flamboyants de bandits, célèbres ou non, de marginaux et de personnalités historiques hautes en couleur. Il est notamment lauréat du Los Angeles Times Book Prize et du Southern Book Award.

Je remercie Léa et les Éditions Gallmeister pour cette épopée succulente.

“ Le témoin solitaire ”

Le témoin solitaire de William Boyle aux éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Simon Baril

” Regrettant d’avoir consacré l’essentiel de sa vie à des préoccupations égoïstes et vaines, Amy a eu envie de faire preuve d’altruisme. Sans se prendre pour une sainte, elle pouvait tout de même apporter un peu de lumière dans la vie des gens : rendre visite aux résidents d’une maison de retraite, faire des courses pour quelqu’un qui ne peut pas se déplacer, prier et bavarder avec des personnes isolées. ”

C’est en s’occupant de Madame Epifanio, qu’ Amy fait la connaissance de Vincent. La vieille dame le soupçonne d’avoir fouillé dans sa chambre. Amy décide de découvrir ce qui se cache derrière cet odieux individu et de le prendre en filature.

Amy a l’impression que, si elle continue, elle ne pourra pas revenir en arrière. Peut-être qu’adopter à nouveau ce genre de comportement est une mauvaise décision. Une décision stupide. Difficile de résister à cette excitation-là, cependant. (…) Vincent est un type louche : qu’est-ce que c’est que cette façon de porter un trench-coat alors qu’il fait beau et doux ou de farfouiller dans la chambre de Mme Epifanio ? Et puis il a ses yeux. Elle veulent comprendre. Elle veut découvrir quel genre de vie il mène. “

Mais voilà, à suivre n’importe qui dans la rue, on prend le risque de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Vincent est tué quasiment sous ses yeux dans une rue déserte. En un instant la vie sage et rangée qu’elle menait depuis quelques mois, vole en éclat. Unique témoin du meurtre elle décide de se taire et d’enquêter sur le drame où elle se retrouve impliquée malgré elle.

 » Elle pense à toutes ces décisions qui s’enchaînent, toutes ces vies qui entrent en collision les unes les autres.  »

Ce que j’en dis :

Dans une ambiance toujours aussi noire, nous revoici à Gravesend, un quartier de Brooklyn que William Boyle connaît très bien pour y avoir grandi.

Une plume et un style qui lui sont propre pour nous offrir cette fois l’histoire d’une jeune femme perturbée et bien trop souvent indécise. À travers ce portrait, et également beaucoup d’autres tous aussi attachants, on plonge au cœur d’un drame qui mettra une fois de plus à mal cet endroit et ses habitants.

Si je garde une préférence pour Tout est brisé (Ma chronique ici), j’ai tout de même grandement apprécié cette nouvelle immersion dans ce quartier qui nous réserve j’en suis certaine d’autres histoires sombres mais toujours palpitantes.

La suite j’espère très prochainement.

Pour info :

William Boyle est né et a grandi dans le quartier de Gravesend, à Brooklyn, où il a exercé le métier de disquaire spécialisé dans le rock américain indépendant. Il vit aujourd’hui à Oxford, dans le Mississippi. Son premier roman, Gravesend, a été publié par les éditions Rivages en 2016, n°100, qui a connu un grand succès. Il est également l’auteur de Tout est brisé édité chez Gallmeister.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette nouvelle aventure américaine.

“ Évasion ”

Évasion de Benjamin Whitmer aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” Qu’est-ce que tu peux faire avec un monde pareil ? Non mais bordel de merde qu’est-ce que tu peux bien faire avec un putain de monde pareil ? “

” On est dans un putain asile de fou. “

En 1968, le soir du réveillon, douze taulards ont décidé de se faire la belle. Apparemment les festivités de la prison d’Old Lonesome, située dans une petite ville du Colorado au pied des montagnes des Rocheuses, avaient tout pour leur déplaire.

– Ce monde est conçu pour te briser le cœur, dit-il. Allez on se tire d’ici, enfoiré. “

L’évasion ébranle les habitants, une chasse à l’homme est mise en place aussitôt pour tenter de capturer ces suppôts de Satan, morts ou vifs.

Le monde est tellement étrange et divers. Tu pourras toujours y trouver au moins un spécimen d’à peu près n’importe quoi. “

Une véritable meute est à leur trousse. Les gardiens de la prison, c’est quand même leur boulot, aidé d’un traqueur hors pair, mais aussi deux journalistes qui espèrent bien faire la une des journaux.

« – Une fusillade aussi ça peut faire une putain de bonne histoire. »

Sans oublier Dayton, la hors-la-loi, trafiquante d’herbe, bien décidée de retrouver son cousin qui fait partie des détenus en cavale, avant les flics.

” Ce n’est pas le genre de chose dont on peut se détourner. Dayton ne se détourne pas. “

Sous un blizzard impitoyable, les détenus prennent des chemins différents et sèment sur leurs passages une impitoyable violence dangereusement incontrôlable.

Infernale, sanglante, démoniaque, cette traque va faire couler beaucoup de sang avant de faire couler beaucoup d’encre…

Ce que j’en dis :

En 2015, je découvrais la plume noire de Benjamin Whitmer avec Pike (ma Chronique ici) et je fut immédiatement conquise autant par son style que par son histoire.

La même année il récidive et nous offre avec la complicité des éditions Gallmeister une fois encore, Cry Father et confirme mon attachement indestructible pour cette noirceur américaine absolument bien représentée dans ses œuvres.

Il m’aura fallu patienter trois années pour à nouveau me plonger dans une nouvelle Évasion livresque, mais ça valait le coup c’est certain. Cette fois les lecteurs américains vont attendre leur tour, car nous avons droit à l’exclusivité française, et l’on peut remercier Oliver (L’éditeur) pour cette délicate et magnifique attention.

Évasion nous embarque dans une tragédie contemporaine, un western moderne dans la pure tradition de l’Ouest. Une histoire inspirée d’une véritable évasion, que connu le Colorado State Penitentiary, l’une des prisons de haute sécurité de Cañon City en 1948.

L’histoire nous plonge dans une course poursuite infernale, violente et sanglante mettant en scène les fugitifs, leurs poursuivants, quelques intimes, des habitants et également deux journalistes qui de spectateurs vont devenir acteurs à part entière. Des personnages haut en couleurs qui, en une nuit vont faire de cette ville et de ses habitants un enfer.

Un désespoir sans fond qui pourtant amène le lecteur à éprouver de l’empathie pour les fugitifs, car au cœur de cette violence peut apparaître une pointe d’espoir et une once d’humanité.

En trois romans, Benjamin Whitmer a rejoint les géants du noir que j’affectionne. Son écriture brutale sans concessions mets toujours en avant les oubliés de l’Amérique, qui ont grandi entouré de violence mais aussi de pauvreté. Une manière comme une autre pour ne pas oublier d’où il vient, lui qui rêvait de devenir braqueur ou écrivain… un rebelle comme j’aime qui met tout son cœur à l’ouvrage et nous fait cadeau d’histoires extraordinaires.

Je ne sais pas ce qu’il serait devenu en tant que braqueur mais une chose est sûre, il excelle dans son rôle d’écrivain. Il est devenu un véritable conteur alors souhaitons qu’il conserve cette voie et continue la suite d’Évasion et finisse cette future trilogie qui risque bien de devenir mythique.

Pour info :

Benjamin Whitmer a grandi au milieu de la forêt et des livres. Il puise son inspiration dans ses balades, et se rends dans tous les endroits qu’il décrit pour bien s’imprégner de l’atmosphère et la retransmettre au plus juste dans ses récits. Il prends énormément de notes sur un carnet de poche qu’il garde constamment sur lui, puis retranscrit sur l’ordinateur de son domicile et plus récemment sur un petit ordinateur portable. Il écrit énormément de brouillon avant le manuscrit définitif, et voilà une chose surprenante, il détruit toutes ses notes et brouillons après avoir envoyé son manuscrit à l’éditeur qu’elles soient sur papier ou sur disque dur. Pour lui seul compte le roman terminé, il ne s’encombre pas.

Il vit aujourd’hui avec ses deux enfants dans le Colorado, où il passe son temps libre en quête d’histoires locales, à hanter les librairies, les bureaux de tabac et les stands de tir des mauvais quartiers de Denver.

Pour Benjamin, Jacques Mailhos est le meilleure traducteur du monde et le considère comme un véritable ami. Jacques Mailhos a une idée précise de ce qu’il aime.

Extrait de l’histoire interdite par Benjamin Whitmer, traduit par Jacques Mailhos parue dans le numéro 4 du magazine America :

« Comme je le répète sans cesse aux gens qui me demandent pourquoi mes romans sont si violents : si vous n’écrivez pas sur la violence, alors vous n’écrivez pas sur l’Amérique. C’est dans la violence – aussi bien sous la forme du mythe de la régénération héroïque que nous vénérons que celle de la réalité systématique écrasante que nous ignorons –, c’est en elle que gisent les questions fondamentales de l’identité américaine. La tension entre ces deux polarités constitue ce que nous sommes. (…)

Et c’est ce à quoi nous assistons en Amérique, dans toutes les communautés : à une prise de conscience de la manière dont la violence fonctionne dans notre pays. Ce n’est pas joli à voir. C’est parfois raciste. C’est misogyne. Mais cela vient aussi des gens qui, historiquement, ont toujours fait confiance à la violence et au pouvoir américains. Ces gens se réveillent et ils constatent que cette confiance est totalement dilapidée. Nous continuons peut-être à fêter Thanksgiving, mais nous ne sommes plus certains de l’objet exact de nos remerciements. C’est à mon sens le seul premier pas qui puisse nous mener quelque part. »

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce nectar noir que j’ai savouré sans modération.

“ Une maison parmi les arbres ”

Une maison parmi les arbres de Julia Glass aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Josette Chicheportiche

” Mais cette maison donne vraiment l’impression d’avoir abrité en elle le cœur de Lear. Pas étonnant qu’il ait quitté New York. C’était sa ruche, sa tanière, et que les pièces soient toutes de taille modeste rendait l’endroit rassurant. Lear ne voulait ni d’un palais ni d’une villa ni d’un presbytère, il voulait un havre de paix, une retraite de tous les jours, la cellule d’un moine, le terrier d’un blaireau. “

Suite à un banal accident, Morty Lear, auteur estimé de livres pour enfants, meurt. Tomasina Daulair son assistante hérite de tous ses biens : sa belle maison dans le Connecticut, mais aussi la lourde gestion de son patrimoine artistique. Au fil des années une véritable amitié s’était tissée entre eux. Elle vivait auprès de lui, et cette mort soudaine laisse une douleur vive et un vide immense.

” Elle doit se rappeler qu’il n’y a pas de Morty à chercher. “

Morty semblait marqué par son étrange jeunesse et très ébranlé par la perte de son amant emporté par le sida. Il s’était entièrement reposé sur Tommy jusqu’à ne plus pouvoir se passer d’elle, et c’est ainsi qu’elle lui consacra toute sa vie et ne vécu qu’à travers lui.

Lorsqu’un célèbre acteur engagé pour incarner Morty se présente, Tommy et lui sont amenés à fouiller dans les affaires très personnelles de Morty.

” Tout autour de lui – sur les murs, sur les surfaces des tables, sans nul doute dans les nombreux tiroirs et meubles de rangement – ce sont des centaines, probablement des milliers d’objets définissant une vie. Pas juste n’importe quelle vie, et pas juste la vie d’un homme célèbre, mais la prochaine vie que Nick endossera tel un costume magistralement taillé. Un rôle sur mesure. ”

Certaines découvertes plutôt surprenantes amènent Tommy à s’interroger, connaissait-elle vraiment l’homme dont elle partageait la vie depuis quarante ans ?

“ Non, je ne me vois pas comme un conteur. (…) Je me vois comme quelqu’un qui fabrique des histoires – un bâtisseur, un maçon. Chaque décision que prennent mes personnages est une brique, chaque relation une couche de mortier. Les dessins que je fais ? Des fenêtres et des portes. Si, quand j’ai fini, les lumières s’allument et que le toit ne fuit pas, j’ai de la chance. Je suis chez moi. ”

Ce que j’en dis :

Si Morty ne se voit pas comme un conteur il en est tout autrement pour Julia Glass qui s’avère être une formidable raconteuse d’histoire.

À travers cette magnifique fresque qui nous révèle l’univers d’un écrivain dessinateur pour enfants, on découvre également l’envers du décor et les multiples facettes qui se cachent derrière la création d’un livre.

L’écriture et le dessin permettent parfois d’exorciser des traumatismes liés à l’enfance. Des blessures difficiles qui ne se referment jamais tout à fait.

Avec style et tout en finesse elle aborde différents thèmes tels que l’amitié, l’amour, la passion du métier d’écrivain illustrateur, le dévouement, la famille, le deuil, les souvenirs, les relations au milieu d’une nature omniprésente.

Tout comme pour Morty Lear, La maison dans les arbres est un livre à apprivoiser tranquillement pour l’apprécier à sa juste valeur.

Un récit qui m’a charmé par sa plume touchante et délicate. Une fiction extraordinaire où les personnages magnifiquement incarnés nous offrent un regard profond sur l’âme humaine.

Julia Glass est née à Boston dans le Massachusetts. Elle vit à Marblehead, avec son compagnon, le photographe Dennis Cowley, et leurs deux enfants, et travaille comme journaliste indépendant et éditrice. Elle est diplômée de Yale depuis 1978,

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce beau roman d’une belle sensibilité.

“ Les spectres de la terre brisée ”

Les spectres de la terre brisée de S.Craig Zahler aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens

L’espoir d’être sauvée de son horrible perdition avait décru mois après mois et, même s’il n’avait pas encore disparu, il n’était plus qu’un minuscule grain de poussière. Chaque fois qu’elle parlait au Seigneur, Yvette lui demandait d’envoyer des sauveteurs ou de l’appeler à ses côtés. Elle avait souffert bien trop longtemps. “

Au Mexique, pendant l’été 1902, deux sœurs kidnappées aux États-Unis vivent l’enfer au cœur des montagnes, contraintes à la prostitution, dans un temple transformé en bordel, sans espoir de délivrance.

Elles ignorent que leur père, John Lawrence Pluvford, ancien chef de gang, a entamé une expédition punitive pour tenter de les sauver. Ses deux fils l’accompagnent ainsi que ses trois plus fidèles acolytes : un esclave affranchi, un indien et le spectral Long Clay, un pro de la gâchette.

” ( Le cow-boy possédait dix kilos de doute pour chaque ô cède foi, mais il mettait sa fierté de côté pour demander de l’aide au plus populaire des tout-puissants.)

(…)

– S’il vous plaît. Épargnez-leur davantage de souffrances et faites-leur savoir qu’on arrive pour les sauver. Amen. “

Le gang se sont offert les services d’un jeune dandy ambitieux et désargenté, attiré par la promesse d’une rétribution qu’il n’est pas en mesure de refuser.

”(…) il savait que les hommes pouvaient se transformer en une chose qu’ils haïssaient quand le loup de la luxure grondait en leur sein. “

Ils sont loin d’imaginer la confrontation sanglante qui les attend dans les Badlands de Catacumbas.

Ce que j’en dis :

Je m’étais régalé avec son précédent roman : Une assemblée de chacal (retrouvez ma chronique ici), c’est donc avec un engouement certain que je me suis aventurée entre ces pages. Fidèle à son style, l’auteur nous offre un western noir, ambiance Sergio Leone où résonne la musique inoubliable d’ Ennio Morricone.

En quelques chapitres, on fait connaissance avec le casting de cette nouvelle aventure très cinématographique, le ton est donné, la tension s’installe et va monter crescendo jusqu’au dénouement final. C’est la peur au ventre et la gorge sèche que l’on poursuit cette histoire cruelle, palpitante et parfois même terrifiante. On aimerait que les meilleurs gagnent, que les bourreaux finissent au bout d’une corde, et que l’amour l’emporte sur la haine.

Le style est violent, sanglant, une véritable tornade qui laisse peu de place à l’espoir et pourtant, c’est absolument jouissif. Les nostalgiques comme moi des bons westerns d’antan vont être servis. N’hésitez surtout pas à découvrir cette chevauchée sauvage qui cache une belle histoire familiale non démunie d’amour.

Je ne vous cache pas que j’ai adoré.

Un auteur à suivre absolument.

Ma petite collection

Né en Floride, S. Craig Zahler est désormais New-Yorkais et a travaillé de nombreuses années en tant que directeur de la photo et traiteur, tout en jouant dans un groupe de heavy métal et en créant des pièces de théâtre bizarres. Son premier roman, un western intitulé A Congregation of Jackals, a été nominé pour les prix Peacemaker et Spur.

Batteur et parolier, Zahler continue la musique et vient de sortir avec son groupe Realmbuilder son troisième album, du métal à la fois épique et lugubre. Il est actuellement lancé dans la postproduction du long-métrage qu’il réalise, Bone Tomahawk, un film à la frontière du western et de l’horreur, avec Kurt Russell, Patrick Wilson, Richard Jenkins, Matthew Fox, Lili Simmons, Fred Melamed, et David Arquette.

Zahler apprend le kung-fu, et il est depuis toujours fan d’animation (dessin animé et image par image), de métal (tous genres confondus), de rock progressif, de soul, de littérature de genre (surtout le polar, l’horreur et la science-fiction pure et dure), de pulps, de vieux films, de chats obèses, et de robots asymétriques.

Disponibles dans la collection Totem

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce western grandiose.

“ Kentucky straight ”

Kentucky straight de Chris Offut aux éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Voici le miroir

Où s’éteint la douleur

Voici le pays

Que nul ne visite “

De Mark Stand

Ce que j’en dis :

Quand pour un recueil de nouvelles , l’auteur choisit un tel exergue on sait déjà dans quel univers on va s’aventurer.

Le Kentucky, ce territoire des Appalaches, considéré comme le berceau du whisky américain regorge de distilleries clandestines. Si l’argent se fait rare l’alcool de contrebande coule à flot.

Un état classé numéro un dans la liste des États américains pour possession d’armes à feu avec 134 armes pour 100 habitants.

À travers ces neuf nouvelles, tout à fait représentatives on se retrouve au cœur d’histoires des oubliés de l’Amérique.

Tout les soirs, maman disait qu’elle avait peur que je vise trop haut. Warren ne me parlait pas du tout. Je me baladais dans les collines en pensant à ce que je connaissais sur la forêt. Je sais dire le nom d’un oiseau à son nid et d’un arbre à son écorce. Je sais qu’une odeur de concombre signifie qu’une vipère cuivrée n’est pas loin. (…) Ça m’a fait drôle de passer un test pour apprendre que je vivais en dessous du seuil de pauvreté . Je crois que c’est de savoir ça qui a déboussolé papa pour de bon. Quand il est mort, maman a brûlé ses cartes, mais j’ai gardé celle du Kentucky. Là où on vit, c’est pas dessus. “

Chris Offut est né et a grandi dans le Kentucky, il nous offre des histoires authentiques, puisées très certainement dans ce qui l’entoure. Ses personnages sont les bouseux, les pèquenauds du coin, les mineurs, les laisser pour comptes qui passent le plus souvent leurs temps avec un verre de whisky dans une main et une arme dans l’autre.

” Les coyotes, c’est le côté humain des chiens. Les clébards, c’est le côté canin de l’homme. “

Des histoires rugueuses, brutales profondes rythmées par le blues qui les accompagne. Des nouvelles aussi sauvages que la faune qui l’habite. Noires, violentes, situées dans les coins reculés de l’ Amérique, là où le fusil reste toujours à portée de mains et les poings rarement dans les poches.

Et c’est avec une plume talentueuse que Chris Offut nous parle de la misère et du désespoir.

À déguster sans modération accompagné d’un 18 ans d’âge.

” Sa voix avait un ton définitif qui réduisit les hommes au silence. “

Chris Offutt est né en 1958 et a grandi dans le Kentucky dans une ancienne communauté minière sur les contreforts des Appalaches. Issu d’une famille ouvrière, diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, puis un roman autobiographique. Le Bon Frère est son premier roman. Il est également l’auteur de chroniques pour le New York Times, Esquire et quelques autres revues et a été scénariste de plusieurs séries télévisées américaines parmi lesquelles True Blood et Weeds

Les éditions Gallmeister nous offre une nouvelle traduction pour ce recueil inédit dans la collection Totem. Titre publié auparavant chez Gallimard ( La Noire) en 1999, puis chez Folio ( 2002).

Un auteur emblématique du Sud des États-Unis dans la lignée de Daniel Woodrell, Larry Brown et Ron Rash

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce blues déchirant.

“ Les choses qu’ils emportaient ”

Les choses qu’ils emportaient de Tim O’Brien aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jean-Yves Prate

 » Quarante-trois ans, et la guerre a commencé quand je n’en avais même pas la moitié, mais pourtant les souvenirs la ramène au présent. Et parfois ces souvenirs mènent à une histoire qui la rend éternelle. C’est à cela que servent les histoires. Les histoires permettent de relier le passé et l’avenir. (…)Une histoire existe pour l’éternité, même quand la mémoire est effacée, même quand il n’y a plus rien d’autre à se rappeler que l’histoire elle-même. “

À l’âge de vingt-deux ans, Tim O’ Brien reçoit sa feuille d’enrôlement et part pour le Vietnam.

Mais alors, qu’est-ce qu’un jeune homme envoyé malgré lui en enfer peut bien choisir d’emporter ? Et qu’en est-il de ses compagnons de patrouille ?

” Les choses qu’ils emportaient étaient déterminées jusqu’à un certain point par la superstition. Le lieutenant Cross emportait son galet porte-bonheur. Dave Jensen emportait une patte de lapin…(…) Ils emportaient du papier à lettre de l’USO, des crayons et des stylos, ils emportaient du Sterno, des épingles de nourrice, des fusées éclairantes, des bobines de fil électrique…“

À travers ses souvenirs, et de toutes les anecdotes vécues ou rêvées, entre fiction et réalité, l’auteur nous livre les histoires de ces jeunes hommes enrôlés malgré eux dans une guerre abominable qui fera d’eux des hommes meurtris à jamais.

(…) il faudrait que j’oublie tout ça. Mais le problème des souvenirs, c’est que l’on ne peut pas les oublier. On prend son inspiration du passé et du présent. La circulation des souvenirs alimente une rotative dans votre tête, où ils tournent en rond pendant un certain temps, puis l’imagination se bientôt à couler et les souvenirs se confondent et repartent dans un millier de directions différentes. En tant qu’écrivain, tout ce qu’on peut faire, c’est choisir une direction et se laisser porter en formulant les choses comme elles viennent à nous. Voilà ce qu’est la vraie obsession. Toutes ces histoires.  »

Revisitant ce qui a été, imaginant ce qui aurait pu être Tim O’ Brien récrée une expérience unique et réinvente la littérature consacrée au Vietnam.

Tous ces fragments de vies, si courts parfois, couchés sur le papier par un vétéran qui survécu au pire cauchemar que l’on puisse imaginer entre guerre et plaie.

Je veux que vous ressentiez ce que j’ai ressenti. Je veux que vous sachiez pourquoi la vérité des récits est parfois plus vraie que la vérité des événements. “

Ce que j’en dis :

Comme beaucoup d’entre vous, c’est au travers de certains films inoubliables comme Platoon, ou encore, Good morning Vietnam que j’ai découvert les horreurs de cette guerre.

En lisant ce récit découpé sous forme de nouvelles, on découvre des histoires authentiques, poignantes et même parfois insupportables tellement inimaginables.

L’auteur nous livre ses souvenirs, ce qu’il a vécu au cœur de cette jungle du Vietnam, ouverte sur les portes de l’enfer.

Dans un style très évocateur, sa plume singulière pose un regard sans concessions sur cette guerre qu’il a malheureusement connue.

Un livre essentiel qui figure déjà aux programmes des lycées et des universités aux États-Unis.

N’hésitez surtout pas à le lire, en hommage à tous ces vétérans courageux morts pour leur patrie, et à ceux qui en se revenus avec un douloureux fardeau de traumatismes.

Tim O’Brien est né en 1946 à Austin dans le Minnesota. Diplômé de sciences politiques, il reçoit à l’âge de vingt-deux ans sa feuille d’enrôlement et part pour le Vietnam où il servira de 1969 à 1970 dans l’infanterie. À son retour aux États-Unis, deux ans plus tard, il termine ses études à Harvard et entre en tant que stagiaire au Washington Post. Sa carrière d’écrivain commence en 1973 par la publication de Si je meurs au combat. En 1979, Il reçoit le prestigieux National Book Award. L’ensemble de son œuvre composée de neuf livres traite de son expérience de la guerre. Il vit et enseigne aujourd’hui au Texas.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce récit bouleversant. Une véritable page d’Histoire.