» Tout est brisé « 

Tout est brisé de William Boyle aux Éditions Gallmeister



 » Il savait que Nick lui manquerait alors encore plus désespérément. Pas à cause des baisers ni des caresses. Mais à cause de la conversation, de la compagnie, de ce qui l’empêchait de se sentir aussi seul qu’il se sentait à présent. Il n’était pas fait pour être célibataire. Il avait besoin de quelqu’un. Ne pas avoir d’amour, c’était se sentir oublié, totalement vide et totalement seule. « 

Jimmy est de retour chez sa mère, dans un piteux état, le cœur brisé, fauché, déprimé, et toujours alcoolisé. Et hélas, ce n’est pas l’ambiance familiale qui va l’aider à remonter la pente.

 » Ça l’avait toujours étonné. À jeun, il passait son temps à se plaindre de la laideur généralisée. Ivre ou avec la gueule de bois, le monde lui semblait d’une beauté parfaite, et il n’y voyait qu’un défaut, lui-même;  » 



Il y retrouve son grand-père de retour d’un sejour à l’hopital qui tyrannise sa mère Jessica. Sa mère, elle-même au bout du rouleau, épuisée, mais ravie de retrouver son fils qu’elle avait cru perdu. Pas simple pour chacun de recoller les morceaux quand tout est à ce point brisé.

L’histoire d’une famille malmenée par la vie, poursuivie par la malchance avec une matriarche qui refuse de baisser les bras, dans une ville qui ne dort jamais.

 » Un New-Yorkais qui a quitté sa ville a l’impression, à chaque fois qu’il y revient, de retrouver le New York des mauvais films, au rythme tout ce qu’il y a de plus faux, à la monstruosité artificielle. Il avait toujours pensé que la noirceur de New York était délibérée, et il lui semblait maintenant que le nouvel aspect ensoleillé de la ville devait lui aussi correspondre au choix de quiconque tirait les ficelles. 

Tout ce bruit venant de la rue. un coup de klaxon, peut-être. (…) Les taxis qui se déplaçaient avec une précision digne d’un jeu vidéo. Les gens aux épaules voûtées, les gens aux beaux vêtements, les gens dont l’ombre était gravée dans le trottoir. »

 

Malgré la noirceur de l’histoire, point de pathos ni de déprime à l’horizon pour le lecteur.  Au contraire, William Boyle décrit avec sensibilité les différents sujets de cette histoire. Qu’il s’agisse de solitude, de désespoir, de vieillesse, d’addiction, de la famille, du manque d’amour ou même de l’homosexualité, tout y est dépeint de manière mélancolique sans superflu. Un beau portrait d’une mère courage dans une ambiance sombre, une femme qui se sacrifie pour ses hommes, père et fils qui ne sont pourtant pas tendres avec elle.

Un roman brillant, une plume enivrante, une histoire étourdissante et touchante.

Tout est brisé mais toujours debout même si l’équilibre est fragile, tout comme New-York, souvent brutalisée, mais toujours battante.

 


William Boyle est né et a grandi dans le quartier de Gravesend, à Brooklyn, où il a exercé le métier de disquaire spécialisé dans le rock américain indépendant. Il vit aujourd’hui à Oxford, dans le Mississippi. Son premier roman, Gravesend, a été publié par les éditions Rivages en 2016. 


 

Je remercie Léa et les Éditions Gallmeister pour cette lecture d’une incroyable beauté sombre.

 

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 » Le dernier baiser « 

Le dernier baiser de James Crumley aux Éditions Gallmeister 



 » (…) détective de luxe, frétillant sur la piste d’un chien de bar alcoolique, bouffon au service de Madame. « 


Sughrue, détective privé dans le Montana est chargé par Madame de retrouver Monsieur l’écrivain avec un budget illimité. Une fois de plus Monsieur s’est fait la malle avec son cleb’s, donc pour retrouver le maître suivre la piste du chien Fireball. 

 » – Vous croyez qu’il fuyait quoi, le vieux ?

   – Il avait peut-être juste besoin d’un shoot de solitude dis-je, ou Bien une orgie de cavale. Je ne sais pas. « 


En attendant faut les retrouver sans trop picoler sur la route. Bar après bar ça va pas être simple. 


 » Il sirotait des bières en les faisant durer, espérant rincer le goût de la mort qu’il avait dans la bouche.  » 



Sa rencontre avec Fireball reste un moment absolument inoubliable autant pour Sughrue que pour moi même. Rencontrer un tel spécimen laisse des traces. 



« Fireball sortit de derrière le bar en trottinant, les bajoues flasques ourlées de sang. Il se hissa sur le repose-pieds, puis sur un tabouret, puis sur le comptoir, où Il traça lentement son chemin en renversant des bouteilles pour les prendre par le goulot dans sa gueule et les vider. Puis Il lapa tout le contenu de son cendrier, rota et redescendit à terre comme il était monté… »

Avouez que ça donne envie de continuer la lecture, et ne vous inquiétez pas, le meilleur reste à venir. 
L’aventure ne s’arrête pas là, même s’il a retrouvé Monsieur, lui aussi a peut-être bien du taf à lui proposer et sa compagnie n’est pas des plus déplaisante. On picole bien et on deconne aussi pas mal . Alors en avant pour la balade au quatre coins de l’Ouest américain sur la piste d’une nana disparue il y a 10 ans. 



« Maintenant j’essaie de garder deux verres d’avance sur le réel et trois de retard sur les ivrognes. » 



 Bienvenue dans ce roman emblématique divinement illustré par Thierry Murat. James Crumley nous présente pour la première fois un détective de haut vol, inimitable et rarement sobre. 

Aussi délicieux qu’une bière bien fraîche sauf que là tu peux en abuser sans modération, pas de gueule de bois au réveil. Le plaisir du lecteur est immense autant pour la qualité de la plume que pour l’histoire. Un bon polar, bien noir, poisseux, et un duo qui ne manque pas de sel accompagné d’un cabot très attachant. Ici il n’y a que l’humour qui est mordant, le reste corrosif, caustique et absolument bien dosé. 

C’est tellement bon qu’on en redemande. Alors n’hésitez pas, foncez. 

 Dernier Baiser savouré mais pas le dernier Crumley. Un autre m’attend et je m’en réjouis. 

James Crumley
James Crumley est né au Texas en 1939. Il sert deux ans dans l’armée, aux Philippines, puis continue ses études et sort diplômé de l’Université de l’Iowa. Au milieu des années 1960, il part vivre et enseigner dans le Montana, un État qu’il ne quittera plus. Il y côtoiera notamment Richard Hugo et James Lee Burke. Il décède en septembre 2008, à Missoula. 

Quelques mots sur la Maison d’Édition Gallmeister :

Gallmeister, ce sont 170 romans publiés, dont un traduit de l’anglais d’Angleterre, deux de l’anglais du Canada et zéro de tout autre idiome. Car le royaume de prédilection de la maison, c’est la terre d’Amérique. Celle des grandes plaines battues par le vent des Appalaches, des motels de l’Arkansas, des tripots du Dakota exhalant la Budweiser, de la Bible Belt peuplée de prédicateurs armés et d’idolâtres obèses. Celle de Steinbeck, de Fitzgerald, d’Hemingway, dont Olivier Gallmeister est un inconditionnel. 

Ce «maître de chant» (traduction de Gallmeister) a un sacré pif pour dénicher les excellents auteurs étrangers. Ceux qui marquent, ceux qui marchent. 

10 ans déjà pour mon plus grand plaisir. 

Le prochain…

 » Les marches de l’Amérique « 

Les marches de l’Amérique de Lance Weller aux Éditions Gallmeister 



 » – Quand tu as derrière toi autant d’années que moi j’en ai, tu te mets à penser à tous les pas que tu as fait pour arriver là où tu te trouves, et tu te mets à penser à tous les pas qui te restent à faire. Et tu t’aperçois que le premier nombre ne cesse d’augmenter tandis que le second ne cesse de diminuer. Il s’amenuise. Tu te dis que si tu veux retourner dans un endroit que tu as bien aimé à une certaine époque, eh bien, tu ferais peut-être mieux de te mettre en route avant de tomber à court de pas. C’est comme ça qu’ils pensent, les vieux, et c’est pour ça que je me retrouve ici, dans ce désert.  » 


Alors Il est temps de se mettre en route pour cette longue marche de l’Amérique en compagnie de Tom, Pigsmeat et Flora. 

À leur toute première rencontre, Tom avait 8 ans et Pigsmeat 10 ans, mais ce ne fût pas ce jour-là qu’ils devinrent inséparables. Chacun fera un bout de route seul avant. 

 » – Écoute. Tu n’en es qu’au début de ton voyage. Et de l’autre côté de cette rivière, il y a des choses à voir que tu ne trouveras nulle part ailleurs que là où elles sont. Des paysages et des ciels si beaux que tu en auras des douleurs dans les dents. Mais tu rencontreras le mal aussi. Le mal en abondance. Alors Il va falloir que tu sois équipé. « 



Tom quitta la maison familiale au alentour de ses 16 ans, chargé de haine contre ce père qui ne fit que le maltraiter, laissant sa mère seule…

 » Il avait en lui quelque-chose de rentré, inaccessible et douloureux – ses poings palpitaient au bout de ses poignets et sa mâchoire s’agitait comme s’il refermait en lui une sorte de violence, dont il ne savait que faire. » 

Une violence qui ne le quittera plus, qui enlèvera des vies, mais en sauvera aussi pendant sa longue marche..

Flora, une jeune mulâtre, esclave d’un homme riche, subira son sort enfermée pendant plusieurs années. Son maître fera d’elle une esclave sexuelle. Jusqu’au jour où elle croisera la route de Tom et Pigsmeat, nos deux compères enfin réunis et finira par se joindre à eux. 

« Comme il a été dit, Tom et Pigsmeat avaient connu ensemble des années de difficultés et de misère. Ils avaient essayé le banditisme, mais ni l’un ni l’autre n’avait le cœur assez dur pour se comporter de manière aussi vile et, poussés par leur mauvaise conscience ils avaient rendu ou donné tout ce qu’ils avaient gagné. « 


Sur un chariot, ils poursuivent ensemble leur route. Tom Et Pigsmeat escortent Flora qui a décidé de ramener à son ancien maître, le corps de son fils unique. Ils avancent jour après jour au milieu de la violence dans un monde en pleine construction. 

 » – Si ce n’est pas les États-Unis, c’est quoi ? demanda Flora …

– Rien. C’est nulle part, je crois bien…

Tom prit alors la parole et leur dit que ce n’était encore rien d’autre que des marches frontières, rien d’autre qu’un territoire sauvage situé entre deux pays, où les hommes pouvaient aller mais où la loi ne les suivait pas. Il leur dit que c’était par le fer, le feu et le sang, qu’on ferait de ce pays autre chose que des marches sauvages,mais qu’on pouvait compter sur les hommes pour cela , parce que c’était ce qu’il faisait toujours : partout où ils allaient, les hommes apportaient avec eux le fer, le feu et le sang. »

L’Amérique est en marche…

Lance Weller à travers une écriture lyrique nous brosse un portrait de la naissance de l’Amérique parsemé de combats violents pour s’approprier les territoires des indiens. Une fresque monumentale sur le destin de ces hommes et de ces femmes qui pas après pas construire l’Amérique au milieu de la barbarie.

Une lecture délicieuse autant que douloureuse. Un Grand roman chargé d’Histoire, de blessures enfouies et de souvenirs aussi tristes soient-ils.

Un Grand auteur, une Plume sublime, l’Histoire peinte avec des mots.

Lance Weller

Lance Weller est né en 1965. Son premier roman, Wilderness, a été nominé pour plusieurs prix littéraires dont le prix Médicis étranger en France en 2013. Publié également aux Éditions Gallmeister. Il vit à Gig Harbor, dans l’État de Washington, avec sa femme et des chiens. 




Je remercie Marie et les Éditions Gallmeister pour cette toile livresque absolument magnifique.


 » Une affaire d’hommes « 

Une affaire d’hommes de Todd Robinson aux Éditions Gallmeister

 » Bordel de chiotte, je sens déjà l’odeur de notre réputation qui se barre en couille. » 

On ne change pas une équipe qui gagne, alors on prend les mêmes et on recommence, il en va de la réputation de notre duo préféré de Boston, je vous parle de Boo et de Junior. Un duo de détectives mémorable et unique, qui frôle toujours la frontière de la légalité. Vous vous rappelez n’est-ce pas, vous aviez lu Cassandra ( Ma chronique ici) et découvert leurs caractères bien trempés, toujours dans l’action avec un humour explosif.

Toujours videurs du bar,  » Le Cellar » et toujours détectives privés.



 » Ça me troublait un peu, de voir à quel point j’avais l’habitude de dire aux flics, uniquement la part de vérité qu’ils voulaient entendre. Puisque mon boulot consistait entre autres à éviter à la boîte tout risque de procès et de poursuites, je devais trouver un équilibre délicat, vu que tout le reste de mes activités exposait la boîte à des procédures judiciaires.  » 

Mais cette fois l’enjeu est beaucoup plus personnel. Et notre duo va se retrouver malmené une fois de plus. Ça va encore saigner.



 » Cette semaine, tous les vieux fantômes organisaient une surprise-partie dans ma vie. Un fantôme à la fois, bordel.  » 

 » Beaucoup de gens avaient passé une bonne partie de l’année dernière à essayer de me tuer. Putain, j’en avais marre.  » 

Cette fois l’élite se mèle aux truands, mais Boo et Junior n’ont pas dit leurs derniers mots. Une affaire toute aussi musclée que nos deux tatoués aux grands cœurs.

Un nouvel opus tout aussi réussit que le premier avec davantage de sensibilité dans l’écriture. Toujours blindé d’humour tapageur, corrosif, et des bagarres sans doublure, ça cogne et ça fait un mal de chien. Autant  d’impacts physiques qu’émotionnels à encaisser. Le voile se lève un peu plus sur leurs passés d’orphelins qui lient à jamais Boo,   Junior et leurs potes. De vrais mousquetaires de Boston, toujours un pour tous et tous pour un.

C’est simple, tu vas t’éclater et attendre la suite comme moi avec impatience. Ça ne peut pas être autrement. C’est chez Gallmeister, faut pas oublier. Un label de qualité.


Todd Robinson a créé une revue spécialisée dans la littérature noire et policière qui a remporté de nombreux prix aux États-Unis. Il a été paysagiste, garde du corps, barman, videur- principalement au Roxy à New-York et au fameux Rathskellerà Boston. Il vit aujourd’hui dans le Queens et travaille toujours dans un bar de Manhattan, le Shade (lui ai demandé, pour y passer à ma prochaine escapade New-Yorkaise) où il organise régulièrement des rencontres littéraires.


Avec un peu de chance j’y croiserai Benjamin Whitmer et je le remercierai d’avoir donner un coup de pousse à Todd, ce qui nous a permis de le découvrir.

Todd Robinson
Il travaille également sur un projet de thriller, petite info glanée lors de  ma rencontre avec Todd  au Hall du Livre. Un très bon moment, une belle personne fort sympathique. Un Bodyguard de rêve.

Todd Robinson et Dealerdelignes

Je remercie Marie et les éditions Gallmeister pour cette lecture explosive. 
 

 

 

 

 

 

 

 » Cassandra « 

Cassandra de Todd Robinson aux Éditions Gallmeister 

 » On était moins des videurs que des baby-sitters avec nos poids combinés de deux cent quinze kilos ( surtout les miens) et nos dix mille dollars de tatouage ( surtout ceux de Junior). Le rêve de tous les parents. « 

Boo et Junior, deux gros bras, videurs en soirée dans un club de Boston, enquêteurs privés en journée. Deux gros durs au cœur tendre. Ils se connaissent depuis toujours. Grandir dans le même orphelinat, ça crée des liens indestructibles.

« À Saint-Gab, Il n’y avait que deux moyen d’assurer sa sécurité : être dangereux ou être utile. »

Ils ont bien retenu la leçon, ils sont utiles et dangereux. Faut pas trop les titiller, pas suceptibles mais assez nerveux les gars.

 » – Je vais te tuer et t’enculer après, tapette!

– Ouais, il est pas gay, c’est juste qu’il aime enculer les morts. »

Bon, leur langage est  assez fleuri, en même temps quand tu côtoies la racaille depuis toujours tu peux pas parler comme les grenouilles de bénitier. Et puis faut se faire respecter et c’est pas toujours facile. De plus quand tu te retrouves embarquer sur une enquête où la fille du procureur a disparu c’est pas une mince affaire.

 » – J’aurais sûrement dû fermer ma gueule. Malgré tout, je ne pense pas qu’il nous dénoncerait si ça tourne mal.

– Ouais. Moi aussi j’ai eu cette impression-là. Il n’a prononcé aucune menace, mais il était inquiet. 

-À quel sujet ?

– Il a peur qu’on soit sur le point de faire une énorme connerie. Un truc qui nous foutrait bien dans la merde. Genre, pour l’éternité. « 

Tu l’auras compris, tu vas t’eclater avec ce duo genre Terence Hill Et Bud Spencer. Ça castagne à tout va, ça tombe amoureux, ça bosse dur. Même si ça se casse la gueule parfois ça se relève toujours et ça ne laisse jamais tomber même quand les horreurs vues et vécues sont dures à encaisser. C’est costaud mais fragile aussi .

Todd Robinson frappe fort avec son premier polar, made in USA. D’entrée on s’attache à ces deux mecs pas banals qui vont nous embarquer dans leurs aventures sans une minute de répit. Ça déménage. Un polar de haut vol qui combine humour, action et suspense. Ces deux enquêteurs atypiques nous trimballent à travers Boston et vont nous prouver que l’on peut avoir des biceps, un grand cœur, un cerveau et même de l’esprit .

Un rythme de dingue agrémenté de dialogues pleins d’humour. Impossible à lâcher, triste de les quitter ces deux balezes mais hyper heureuse de les retrouver prochainement dans le second volet  » Une affaire d’hommes « 




Un polar incisif, mordant, corrosif et complètement barré. Que du bonheur. J’en veux encore.
Gallmeister a vraiment un don pour nous dénicher des auteurs de grand talent.

Jetez-vous sur Cassandra, une virée explosive dans Boston. De la dynamite.

Todd Robinson est né en 1972 et a créé une revue spécialisée dans la littérature noire et policière aux États-Unis qui a remporté nombre de prix. Il a été paysagiste, garde du corps, barman et videur – principalement au Roxy à New York et au fameux Rathskeller à Boston. Il vit aujourd’hui dans le Queens à New York avec sa femme, son fils et un chat qui a mauvais caractère.

« Dans la forêt « 

Dans la forêt de Jean Hegland aux Éditions Gallmeister

 » Ces jours-ci, nos corps portent nos chagrins comme s’ils ètaient des bols remplis d’eau à ras bord. Nous devons être vigilants tout le temps ; au moindre sursaut ou mouvement inattendu, l’eau se renverse et se renverse et se renverse. »

Petit à petit le monde s’est mis à changer. L’électricité ne fonctionne plus, l’essence s’est raréfiée, le réseau téléphonique s’est éteint. Aucun véhicule roulant ou volant ne circule plus. Et quand tu vis à cinquante kilomètres de la ville la plus proche, l’isolement que ce père de famille a choisi au départ devient vite un problème quand l’essence déclare forfait. Difficile de garder contact avec la civilisation restante. La Dernière excursion en ville les laissera abasourdie. Avec quelques denrées épargnées ils retrouveront leur foyer dans la forêt et démmareront leur survie.

Nell et Eva , sont les deux filles de ce couple , dix sept ans pour l’une et dix huit ans pour l’autre .Très  proche l’une de l’autre même si la passion d’Eva pour la danse l’éloigne un peu de Nell.

Sous la forme d’un journal intime, Nell va nous conter leur histoire, un huis-clos en plein cœur de la forêt.

« Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non pas parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois différemment maintenant. Je commence à saisir sa diversité – dans la forme Et les feuilles, l’organisation des pétales, le million de nuance de vert. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère. »

Rien ne leur sera épargné, elles vont acquérir en peu de temps par la force des choses une grande maturité. Elles vont découvrir en elle une force qu’elles ne soupçonnaient même pas , même si certains jours seront beaucoup plus durs que d’autres.

La forêt, mère nature déjà là avant l’arrivée du premier homme continuera à nourrir et protéger ces deux âmes livrées à elle-même.

Jean Hegland nous offre un magnifique roman apocalyptique, à l’esprit nature writing énormément chargé d’émotion à chaque page. La qualité de la narration est excellente et te bouleverse constamment. Le parcours de ces deux sœurs est remarquable. Chaque jour de plus est une  victoire vers le nouveau monde. Eva danse et Nell écrit , chacune aidé par sa passion dans sa survie.

Dans la forêt est un roman splendide, bouleversant, qui résonne en nous pendant longtemps. Une belle leçon de vie , de courage, un parcours exemplaire de deux jeunes  femmes qui luttent et gardent espoir avec tout l’amour fraternel qui les unit à tout jamais.
C’est beau, c’est puissant, c’est bouleversant, c’est plein d’amour et d’espoir , ça se passe  » Dans la forêt «  Et c’est un beau trésor de la littérature américaine à lire absolument.

Je remercie Marie Musy libraire en Suisse pour ce magnifique cadeau, Jean Hegland pour sa dédicace qui accompagne son splendide roman et les Editions Gallmeister qui nous permettent de lire ce roman écrit il y a 20 ans. Une maison d’édition qui ne cesse de nous offrir pour notre plus grand plaisir des pépites de la littérature américaine. Un pur bonheur.

Jean Hegland est née dans l’état de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur et se lance dans l’écriture. Son premier roman, Dans la forêt, paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Elle vit aujourd’hui au milieu des forêts de Caroline du Nord Et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture.

Dans la forêt, un roman inoubliable.

« Lucy in the sky »

Lucy in the sky de Pete Fromm aux Éditions Gallmeister



Lucy in the sky with diamonds des Beatles, s’est doucement glissé dans mes pensées pendant cette magnifique lecture.
Tantôt Luce, tantôt Lucy, en véritable Tomboy, cette jeune fille de 14 ans fonce avec frénésie vers sa vie d’adulte, sans peur et pleine de courage. Lucy a du caractère, une forte personnalité, elle fait de sa différence une force. Elle découvre ses premiers émois, ses premiers amours et s’aperçoit que le couple atypique que forme ses parents n’est pas aussi solide qu’elle le croyait. Sa mère profite à sa manière de son célibat forcé pendant les longues absences du père de Lucy.
 » Chez nous l’amour n’est pas une chose qu’on fait semblant de ne pas voir dans l’espoir que ça disparaisse. « 



Lucy, plus déterminée que jamais vole vers la liberté et s’apprête à vivre des aventures inoubliables.


« On peut repartir de zéro, Luce. On peut tout faire, aller n’importe où. On peut être qui on veut. »



Pete Fromm nous offre avec Lucy in the sky un magnifique roman d’apprentissage. Étant lui-même père de deux garçons, je suis admirative de sa force d’écriture pour réussir aussi bien à retranscrire les rapports mère/fille et père/fille avec autant d’authenticité et d’émotion. Il est extrêmement proche de ses personnages, et nous fait partager leurs angoisses, leurs colères, leurs amours, leurs vies avec une grande sensibilité mais aussi beaucoup d’humour. On s’attache à Lucy, on savoure la plume de Pete Fromm et page après page Lucy grandit, nourrit par une bonne dose d’amour, beaucoup d’humour et un sacré culot.
Une première belle lecture avant une deuxième rencontre tout aussi remarquable.
L’occasion de partager avec vous cette belle soirée à la librairie L’autre rive.


Quelques jours après le Festival América de Vincennes une rencontre plus intimiste où j’ai pris plaisir à l’écouter nous parler de ses livres, de son écriture, de sa famille, de ses métiers. Quel bonheur ces partages d’anecdotes sur ses rencontres insolites et parfois dangereuses que lui a réservé la nature. Avec beaucoup d’humour et en toute simplicité, il se livre et on découvre un homme aussi généreux que sa plume. Je sais déjà que mes prochaines lectures dessineront des sourires sur mes lèvres, car lorsqu’à mon tour je croiserai l’ours, l’élan, le lynx, je repenserai à cette sublime soirée et aux aventures de Pete. Mes lectures seront encore plus belles, plus fortes émotionnellement, et je m’en réjouis d’avance.
À saluer au passage le magnifique travail de la libraire et de l’attachée de presse Marie-Anne pour les traductions.


Pete Fromm est née dans le Wisconsin. Il a été Ranger avant de se consacrer à l’écriture. Il est l’auteur de plusieurs romans et de recueils de nouvelles. Il vit à Missoula dans le Montana.


Prochainement d’autres romans de l’auteur à découvrir chez Gallmeister, une maison d’édition chère à mon cœur de lectrice férue de belles plumes américaine.

 » Le verger de marbre « 

Le verger de marbre d’Alex Taylor aux Éditions Gallmeister collection Neonoir


« Aller retrouver un morveux qu’a la tête chaude, c’est pas mon truc poupée. Surtout un dont je me fous comme de la merde sous mes godasses. »

Beam Sheetmire, 17 ans est en fuite. Il a eu le malheur de descendre un mec qui s’avère être le fils d’un caïd du coin. Même s’il a agi en légitime défense,les emmerdes ne font que commencer. Ça craint ,cette contrée du Kentucky n’est déjà guère hospitalière,mais elle va vite devenir un véritable enfer .


« Y’a pas vraiment moyen d’empêcher les gens de se descendre entre eux ? »

Amoureux de la noirceur, bienvenue dans le verger de marbre . Ici la seule lumière que tu croiseras sera celle qui s’éteindra au fond des yeux des mortels avant de passer de vie à trépas …non je ne te noircis pas le tableau , l’auteur s’en est chargé lui-même et s’est déchargé aussi d’une certaine violence à travers ces pages . En même temps tu t’attendais à quoi en pénétrant chez  ce dernier né de chez NeoNoir , une histoire d’amour ? Et pourtant…

« -Si tu viens tremper ton biscuit , t’arrives trop tard .Y’a plus rien à offrir.

-Je ne suis pas venu pour baiser .

-Alors tu seras pas déçu. »


Alex Taylor nous régale,si certains le comparent à Donald Ray Pollock ou à Cormac McCarthy c’est pas anodin. Son talent , la noirceur sans oublier sa prose lyrique vraiment magnifique. Une récit vraiment terrible,un coin d’Amérique que vous n’êtes pas prêt d’oublier.Cette ambiance nous hante ,nous captive,nous submerge.


« Pour l’essentiel de sa courte vie, il avait œuvré à garder son indépendance. Une fois que l’homme commençait à collectionner les obligations, tout se déréglait et il se trouvait face aux murs d’une prison construite de ses propres mains. »

Un grand moment de lecture ,sombre et palpitante,l’Amérique rurale dans toute sa splendeur ,à découvrir sans aucunes hésitations.Ne fuyez pas ,lisez et appréciez .


« J’aime le grand air, quand il n’est pas bondé de monde. Mais par ici un type peut juste…s’évaporer. »  

Un grand merci à Léa  et aux éditions Gallmeister pour cette découverte en avant-première .

 

 

 

 

 » Landfall « 

Landfall d’Ellen Urbani aux éditions Gallmeister 



« Tout le monde appartient à quelqu’un . Tout le monde vient de quelque part. »
L’ouragan Katrina a frappé la Nouvelle Orléans. La Louisiane est plongée dans la désolation. C’est le chaos total.


Rose, une jeune fille blanche de 18 ans, accompagne sa mère en voiture pour faire dons d’objets personnels pour aider les sinistrés. Elles croiseront la route d’une jeune black, Rosy, mais hélas une autre catastrophe surgit . Et le destin de ces deux jeunes filles déjà au cœur de la tourmente changera à tout jamais.
Pour comprendre le présent, il nous faut remonter dans le passé.

 » Il n’empêche, certains secrets mettent des décennies à être révélés. »

Comme pour le 11 septembre, il y a un avant Katrina et un après. Entre passé et présent, le destin croisé de ces deux jeunes filles se révèle.
À travers ces portraits de femmes Ellen Urbani nous emporte en plein cœur de l’Ouragan parfois avec humour:

« Parce que l’eau dans laquelle on traine là, c’est pas que de l’eau de pluie, vous savez. L’aut’moitié c’est de la pisse de tous ceux qui se sont fait dessus quand ils ont vu la vague qui leur fonçait dessus! »

Mais aussi avec une certaine émotion plutôt bouleversante.

« Elles attendaient, hantées par le tintement qui ponctuait le chagrin de Maya, tandis que du dehors leur parvenait la rumeur des pertes subies par d’autres: des explosions ponctuelles de cris, de sanglots ou de chocs. Elles attendaient en silence.Elles attendaient sans dormir, trop troublées pour trouver le sommeil. »

La Louisiane est meurtrie, sa population souffre et tente de survivre dans ce décor apocalyptique. Pendant quatre jours et quatre nuits ils lutteront et essuieront hélas énormément de pertes humaines en plus des pertes matérielles. Des vies entières anéanties.
Ce premier roman est magnifique. Tout en étant bouleversant, il recèle également beaucoup d’humour ce qui aide à supporter cette noirceur et de ne pas tomber dans le pathos. Derrière ce drame, se cache une histoire de femmes, des femmes fortes, battantes. Le portrait d’un coin d’Amérique qui souffre une fois encore, une fois de trop.


« Je ne veux pas prier pour être protégée des dangers, mais pour avoir la force de les affronter; Je ne veux pas supplier pour que passe ma douleur, mais pour avoir le courage de la surmonter. »


Ellen Urbani, une conteuse de talent, un roman tout en émotion, une plume superbe, une histoire où chaque détail à son importance dans le récit, des personnages hors du commun, un roman puissant et incarné.


Un coup de cœur qui rejoindra mes autres romans préférés sur le même thème: Ouragan de Laurent Gaudé et Zola Jackson de Gilles Leroy.


Encore une belle plume que nous propose les éditions Gallmeister , à suivre et à lire indéniablement.

 » Money Shot « 

Money Shot  de Christa Faust aux  éditions gallmeister collection neonoir

Amis puritains, passez votre chemin sinon: »OH My GOD , I’M SHOCKED »,vous voilà prévenus !


« Rappelez-vous, avant d’en prendre plein les mirettes, il faut montrer les pépettes. »


Par ici la monnaie, pour entrer dans l’antre de la perversion sexuelle. Avec seulement 17€50, tu vas t’en prendre plein les yeux.

Voici la terrible histoire de Gina Moretti ,une Nana plus connue sous le nom d’Angel Dare .Actrice de film X dans sa jeunesse, mais désormais c’est du passé. Pourtant à la demande d’un ami elle se laisse attirer par un money shot (Plan à fric) .


Serait-ce la tentation d’un fruit tout jeune qui réveille ses vieux démons ou une façon de voir si sa jeunesse qui se fait la malle plaît encore ? Hélas,cet écart de conduite ne va pas l’emmener au paradis mais tout droit en enfer .

Angel se rendra vite compte que le coffre d’une bagnole comme scéne de jeu,ce n’est pas le top….

« On pourrait croire qu’il existe un stade passé lequel le corps humain souffre tant, en tellement d’endroits,qu’il décide d’accrocher à sa porte une pancarte COMPLET et refuse d’accueillir toute nouvelle douleur. Visiblement, il n’en est rien . »

Avec l’aide de Malloy ,elle va entamer une véritable vendetta pour retrouver ceux qui l’ont mis dans cette galère .


« Une rage folle et étouffante se remit à bouillonner en moi, plus forte que jamais.J’avais envie de tout pêter . »


L’univers  du Porno est un milieu bien pourri,ça on s’en doute.Même s’ils se vautrent dans la soie , rien n’est fait dans la dentelle.La violence est partout,et ce roman noir la dépeint avec un réalisme surprenant.L’envers du décor est vraiment peu reluisant.


« le Sex Shop…Beaucoup de gens sont surpris que de tels endroits continuent de prospérer, compte tenu du fait que tout est disponible sur Internet. La vérité,c’est qu’il y a encore des tas de mecs qui partagent leur ordinateur avec leur femme,certains qui n’en sont pas équipés et d’autres encore qui préfèrent tout simplement payer leur porno en liquide. »

Christa Faust nous plonge dans ce milieu du X avec une narration remarquable.La tension monte crescendo .Angel ,l’héroïne n’a pas froid aux yeux,elle est même plutôt coriace .Et sa soif de vengeance n’a pas de limite.Une bombe féministe ,indépendante ,futée,et terriblement courageuse.

Un roman noir puissant,une verve pleine d’humour, une tension présente tout le long du récit,un rythme soutenu ,et même si parfois vu le contexte c’est insoutenable ,la plume de l’auteure donne au roman une force exceptionnelle .


Christa fait une  entrée remarquable et remarquée chez Gallmeister ,et même si elle laisse ses talons au vestiaire,elle est à la hauteur des pointures déjà bien dans la place.

Messieurs,une grande dame du noir vous a rejoint chez NEONOIR ,faites-lui la place qu’elle mérite,soyez courtois,et faites gaffe quand même,sous sa plume se cache une sacrée Nana .


Son premier chez Gallmeister ,mais déjà onze romans à son actif.Il me tarde de les découvrir.Je ne peux que vous inciter  à découvrir ce « porno-livre « noir, et l’histoire d’Angel,belle féministe rebelle avec une sacrée paire de c……. Si si vous verrez ….