» De l’influence de David Bowie sur La destinée des jeunes filles  » 

 »  De l’influence de David Bowie sur La destinée des jeunes filles  » de Jean-Michel Guenassia aux Éditions Albin Michel 


 » Moi, je me plais dissimulé dans le clair-obscur. Ou perché tout en haut, comme un équilibriste au- dessus du vide. Je refuse de. Hoosiers mon camp, je préfère le danger de la frontière. Apparemment, ni vraiment l’un, ni vraiment l’autre. Si un soir vous me croisez dans le métro ou dans un bar, vous allez obligatoirement me dévisager, avec ambarras, probablement cela vous troublera, et LA question viendra vous tarauder : est-ce un homme ou une femme ? 

Et vous ne pourrez pas y répondre. « 

Sous ses allures androgynes, Paul se complaît à laisser planer le doute. Elevé par sa mère et sa compagne, il grandit au sein de cette famille hors norme, joliment déglinguée.


 » C’est une fille ou un garçon ? 

Ma mère me dévisageait et répondait :  » j’en sais encore rien.  » 

En son fort intérieur, sa mère a de grands espoirs pour lui. Mais pas sûr qu’ils soient en accord avec ses souhaits. Alors parfois il sera nécessaire de jouer un double-jeu.

 

« Pour sûr, ce n’est pas bien de mentir à sa mère, mais je n’ai pas menti, je n’ai rien dit. La vérité, c’est l’enfer (…) Il vaut mieux rester dans le doute que de patauger dans une guerre de tranchées ou se déchirer. L’ambiguité me va comme un gant.  » 

Paul ne connaît pas son père. Ça ne l’aide pas à trouver son identité, même si son attirance physique est exclusivement réservée à la gente féminine. Il n’hésite pas à se lancer dans une relation tel un trapéziste, sans filet. Sur un malentendu, ça peut fonctionner, enfin peut-être ?

Le hasard va le mener vers une rencontre qui risque de bouleverser sa vie. Et ce n’est autre qu’un androgyne célèbre qu’il va trouver sur sa route.

 » Il y a des événements insignifiant qui prennent tout à coup une dimension extraordinaire, au point de changer votre vie, et plus tard, quand vous essayer d’analyser à tête reposée ce qui est arrivé, de vous remémorer l’enchainement des faits qui ont tout fait basculer, vous vous rendes compte que c’est parti d’un détail dérisoire et qu’il était strictement impossible de le prévoir, ou de l’éviter.  » 

 

Connaissant tous les romans de Jean-Michel Guenassia depuis ce magnifique roman :  » Le club des incorrigibles optimistes » , j’avais hâte de me plonger dans son dernier récit. Sans m’aventurer sur la quatrième de couverture , je démarre ma lecture en totale confiance, et une fois de plus je suis subjuguée  par l’histoire qui s’offre à moi. Je m’attache d’emblée à Paul, ce héros peu ordinaire. Je suis ses mésaventures complètement captivée par l’écriture de l’auteur, pleine de sensibilité.


À travers ce roman initiatique, Jean-Michel Guenassia nous fait cadeau d’un conte moderne  en parfaite osmose avec le contexte actuel, où le paraître a pris une place si importante. Il aborde des thématiques qui dérangent les bien-pensants de notre époque tels que l’homo-sexualité, le transgenre, de même que les relations entre une mère et son enfant élevé sans père mais par deux mères. Mais aussi l’adolescence, la quête d’identité, la tolérance, la différence. 

Des personnages plein d’humanité, empreint de réalisme, auxquels on se lie d’affection et que l’on quitte à regret. Impossible de ne pas dévorer cette histoire en une fois.

Une belle histoire, drôle, touchante, pleine d’esprit, de vie, d’amour mais aussi de colère et de souffrance.  

Un beau roman pour ces drôles de vies, qui nous fait découvrir avec grâce les chemins de l’incertitude. 

Une fois encore, je suis tombée sous le charme de la plume de l’auteur que je vous invite à lire prochainement. 

 

Jean-Michel Guenassia
Il est l’auteur de quatre romans à succès : Le Club des incorrigibles optimistes (Goncourt des lycéens 2009), véritable phénomène d’édition en France et dans le monde, La vie rêvée d’Ernesto G. (2012), Trompe-la-mort (2015), La Valse des arbres et du ciel (2016) : Ma Chronique Ici, tous parus chez Albin Michel. À ce jour, il a vendu plus d’un million d’exemplaires de ses livres.

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles est son cinquième roman. Souhaitons lui autant de succès que pour les précédents. 

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette sublime lecture. 
 

 

 

 

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 » La chance du perdant « 

La chance du perdant de Christophe Guillaumot aux Éditions Liana Levi





 » Renato n’en fera qu’à sa tête. Il est comme ça, le Kanak. Il avance, franchit les embûches et règle les problèmes. Une bonne méthode pour obtenir des résultats, une mauvaise recette face à une hiérarchie tatillonne.  » 

À force d’agacer sa hiérarchie, Renato, simple flic a été muté à la brigade des courses et jeux, le plus beau placard du commissariat. 

 » La maison poulaga ne fait pas de cadeaux.  » 

Malgré sa taille de géant tout en muscle, il a le cœur sur la main. 

Loin de la Nouvelle-Calédonie qui lui manque énormément, il reste intègre face à la corruption qui circule aux alentours.

En s’intéressant à un tag sur une façade d’immeuble, il était loin de se douter qu’il était tombé sur le visage d’un homme désespéré qui venait de se suicider. Celui d’un joueur compulsif, interdit de casino qui a préféré en finir une fois pour toute. 

 » Le jeu semble être une drogue à part entière, tout comme le cannabis, la cocaïne ou même l’alcool. Il y a des moments de grâce, de dépression, des rechutes, certains s’en sortent au prix de grands efforts, d’autres s’enfoncent jusqu’à toucher le fond. À croire que l’être humain aime à se faire mal, comme si les aléas de la vie ne suffisaient pas. « 




Au sommet, on souhaite classer l’affaire, mais suite à l’apparition d’autres suicidés, tous retrouvés avec une même carte de jeu sur eux, Renato décide de poursuivre l’enquête aidé par Six, son coéquipier. 

 » Depuis qu’il a rencontré son coéquipier, qu’ils ont bossé ensemble en dehors de toutes règles hiérarchique, sa carrière est partie en vrille. Il a suffi d’une seule affaire, une enquête hors norme aux répercussions désastreuses. Dans ce genre de salade, lorsque les ennuis et les coups bas pleuvent, ils n’est pas nécessaire de se connaître depuis longtemps pour tisser des liens étroits.  » 

En unissant leurs forces et leurs déterminations, ils vont tout mettre en œuvre pour éclaircir cette affaire qui va les conduire dans les méandres des tripots clandestins. 

Restera-t-il un peu de temps au kanak pour s’occuper de sa grand-mère et découvrir pourquoi celle que l’on surnommait Diamant Noir, à une époque, a quitté son grand-père et l’île des Pins.

Pour Six rien ne va plus, mais rien à voir avec le jeu, même s’il s’agit d’une dame de cœur… 

Les dés sont jetés, ma lecture terminée et mon cœur de lectrice comblé. 

Christophe Guillaumot a gagné une nouvelle fan, et ce n’est pas dû à la chance du débutant car ce n’est pas son coup d’essai, mais à son talent d’écriture. Cette fois ce n’est pas son arme qu’il dégaine, il n’est pas en service recommandé au sein de la police des jeux mais au service des lecteurs et leur offre une histoire qui risque bien de les bluffer aussi sournoisement qu’une partie de poker. 

Voilà un flic qui écrit avec ses tripes et avec son cœur. Une histoire où résonne la réalité de son quotidien, je serais prête à le parier. 

Le reflet de notre société mise à mal par le pouvoir de l’argent qui pourrit l’âme humaine.  

En attendant, je ne peux que vous conseiller de miser quelques euros sur «  La chance du perdant  » et vous verrez vous y gagnerez un sacré bon moment de lecture et suis prête à parier là aussi que vous en redemanderez. 

Ah l’addiction quand elle nous tient ! 

Et puis que dire de ses personnages, à part que l’on a qu’une hâte celle de les retrouver. 

Une chance pour moi il m’en reste à découvrir de l’auteur. J’aurai plaisir à retrouver  » Le Kanak, ce colosse désarmant.  » 

Il rejoint le cercle :



Christophe Guillaumot


Christophe Guillaumot est né à Annecy. Il est capitaine de police au SRPJ de Toulouse, responsable de la section  »  courses et jeux « . En 2009, il obtient le prix du Quai des orfèvres pour Chasses à l’homme. Avec Abattez les grands arbres (2015)  et La chance du perdant, il impose une série mettant en scène le personnage de Renato Donatelli, dit le kanak, librement inspiré d’un collègue aujourd’hui décédé. Depuis 2010, Christophe Guillaumot est membre de l’organisation du festival Toulouse Polars du Sud.


 » Pas de printemps pour Éli « 

Pas de printemps pour Éli de Sandrine Roy aux Éditions Lajouanie 

«  Depuis plusieurs jours qu’ils étaient inséparables, elle s’étaient montrée insatiable, aussi avide de lui qu’il l’était d’elle. » 

Il n’y a pas à dire, ces deux là ils s’aiment et ne font pas semblant. Rappelez-vous  ils s’étaient rencontrés l’hiver dernier. Le beau Lynwood, ex-GI avait sauvé la belle Éli. 

 » Le destin les avait réunis, il n’imaginait pas sa vie loin d’elle. « 

Depuis ils roucoulaient dans les Pyrénées jusqu’à cet appel téléphonique qui vint déranger leur quiétude. Le père de Lynwood est décédé. Un retour au Texas s’impose…

À leur arrivée, le couple d’amoureux fit sensation, impossible de passer inaperçu. 

 » Éli avait l’air d’une fée sortie tout droit d’un conte fantastique, alors que Lynwood était un guerrier froid aux attitudes parfois antipathiques et au tempérament caractériel. « 

L’occasion nous est donnée d’en connaître un peu plus sur Lynwood, sur son passé, sa famille, mais chut, certaines choses doivent rester secrètes. 

À peine arrivé, des truands, trafiquants de drogue s’en prennent à ses proches. Lynwood est sur le pied de guerre. Aidé par Éli, il va mettre tout en œuvre pour que tout rentre dans l’ordre. 

 » Elle était un véritable aimant qui attirait l’affection autant que lui attirait le danger. « 



Des Pyrénées au Texas, entre l’amour et le deuil se glisse un nouveau danger qui met en péril toute une famille qui venait juste de se retrouver. 

Mais pas question pour Lynwood et Éli de repartir avant d’avoir régler les problèmes, ils feront l’amour plus tard…on peut compter sur eux. 


Il est écrit sur la couverture roman policier mais pas que … ce qui définit à merveille une fois encore ce nouveau roman de Sandrine Roy  que j’avais découvert avec Lynwood Miller (Ma chronique ici).




Pas de printemps pour Éli nous offre une nouvelle enquête pleine d’amour, et même beaucoup d’amour, ça dégouline comme on dit par chez moi en Lorraine et c’est le seul reproche que je ferai. Car en dehors de  » l’amourrrrr « ce roman est une fois encore bien construit et l’histoire captivante. Le suspense est au rendez-vous au pays des cow-boys et le mystère se lève sur le passé de Lynwood, de quoi l’aimer un peu plus. Éli va devoir apprendre à partager avec toutes les amoureuses de Lynwood et je sais qu’elle sont nombreuses. 

En résumé, j’ai bien aimé voyager en leur compagnie, un bon moment de lecture où le rose l’emporte sur le noir, l’amour sur la haine. Bien plus qu’un roman policier, une histoire d’amour qui ne cesse de grandir même dans la tourmente. 

Ambiance musicale mais pas que : 

« Ils s’aiment comme avant. Avant les menaces et les grands tourments. Ils s’aiment tout hésitants. Découvrant l’amour et découvrant le temps …

Et cette fois pas question que j’oublie de saluer le travail de la graphiste qui déchire avec ses couvertures toujours réussies et sublimes. Mes félicitations à Caroline Lainé, qui met en valeur ce roman d’amour mais pas que …


Sandrine Roy est née à Bordeaux et vit à Montauban. Pas de printemps pour Éli est le deuxième épisode des aventures de Lynwood Miller. 

 Je remercie Jean-Charles Lajouanie pour cette lecture intrigante. 



 » Nulle part sur terre « 

Nulle part sur terre de Michael Farris Smith aux Éditions Sonatine 

Traduit par Pierre Demarty

 

 » Retour au Mississippi  puisqu’elles n’avaient nulle part ailleurs où aller. « 

Une femme accompagnée d’une petite fille marche vers la Louisiane. Elle revient après une longue absence dans cette ville qui l’a vu grandir et partir.



 » Elle s’était si bien évertuée à oublier qu’elle ne savait plus quand où ni combien de fois, mais elle se rappelait que c’était à une époque de ténèbres où elle s’était retrouvée acculée au désespoir, cernée par les chiens enragés de la vie.  » 



Elle n’attend rien, elle a déjà tant galèré et semble avoir connu le pire, mais peut-être qu’elle se trompe…

Russel est de retour également, dans sa ville natale après onze ans passé en prison.

 » Il s’était promis de ne pas faire ça. Regarder par la vitre et s’apitoyer sur tout ce qu’il avait perdu, comme un pauvre malheureux dépité par son propre malheur, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. « 

Russel pense avoir réglé sa dette à la société, mais des esprits vengeurs en ont décidé autrement et l’attendent de pied ferme.

Deux âmes en peine aussi désolées que les paysages qui les entourent, en mode survie quand un mort rajoute une ombre au tableau.



 » Bon sang. J’aimerais bien savoir ce qui fait tourner le monde comme ça. Parce qu’il tourne d’une drôle de façon des fois. Pour certains en tout cas.  » 



 

Michael Farris Smith dépeint la noirceur de l’Amérique avec un style singulier qui lui est propre, même si sa plume nous rappelle de grands maîtres de la littérature américaine.

Une plume poétique, sans concession, portée par une langue qui ensorcelle, envoute. Le cœur du lecteur succombe à tout ce charme et gardera en lui longtemps le souvenir de cette rencontre avec ces personnages déchirés, poursuivis par la malchance, où la misère , la drogue, l’alcool, la violence règnent en maître dans ces contrées isolées de la Louisiane.

Un auteur qui m’avait déjà conquise avec son premier roman Post-apocalyptique  » Une pluie sans fin  » .

Un écrivain amoureux de la noirceur, attaché à la condition humaine qui s’affirme et confirme son talent.

Sombre et brillant, un roman inoubliable, indispensable. Un immense coup de cœur.

 


Michael Farris Smith est né aux États-unis. Il vit à Oxford dans le Mississippi avec sa femme et ses deux filles. Il est nouvelliste et romancier. Il est titulaire d’un doctorat de l’University of Southern Mississippi. Il a été professeur associé d’anglais au département de langues, littérature et philosophie à la Mississippi University for Women à Columbus. Après  » Une pluie sans fin  » (2013)  » Nulle part sur la terre  » (2017) est son deuxième roman.  » The fighter  » sortira en mars 2018.

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette lecture inoubliable.

 

 

 

« 

 » Après la chute  » 

Après la chute de Dennis Lehane aux Éditions Rivages 


 » – J’aimerais pouvoir t’aider, Rachel. Surtout, j’aimerais pouvoir te convaincre de renoncer à ta quête. 

– Mais pourquoi ? S’écria-t-elle ( le sempiternel  » pourquoi ? « , comme elle en était arrivée à le considérer). Il était si odieux que ça ? 

– je ne crois pas.  » 


Rachel Childs est journaliste. En pleine ascension, elle se grille dans le métier en s’effondrant en direct sur un plateau de télévision. Des millions de téléspectateurs assistent au désastre de cette femme pourtant promue à une belle carrière. 

« Et avec la douleur resurgit l’intuition déjà ancienne que la vie telle qu’elle en avait fait l’expérience jusque-là était une succession de détachements. Des personnages traversaient la scène et certains s’attardaient plus longtemps que d’autres, Mais tous finissaient par s’en aller. »


Après la chute, sa vie va prendre un tournant étrange. Une phobie la paralyse et ses crises de panique l’isolent du monde qui l’entoure, jusqu’à sa rencontre avec Brian Delacroix qui va faire tout basculer. 

« Les morts ont leur nom gravé sur une pierre tombale ; des effacés, il ne reste rien, comme s’ils n’avaient jamais existé.  » 

 » Nous ne sommes pas préparés à la plupart des formes de survie. Du moins, pas en l’absence de tout confort. » 


Voilà un Thriller qui m’a donné du fil à retordre. Je reconnais même avoir fini la deuxième partie rapidement tellement je perdais tout intérêt à cette histoire. Décidément les Thrillers psychologiques ce n’est pas ce que je préfère, j’en attendais pourtant beaucoup. C’est d’ailleurs pour cela que lorsque Masse Critique de Babelio me l’a proposé en lecture je n’ai pas hésité longtemps car j’adore la plume et les thrillers de Dennis Lehane. Que ce soit avec Shutter Island, Mystic River ou la série Kenzie et Gennaro je m’étais régalée mais pas cette fois. Un exercice très difficile que de parler d’un livre que l’on a si peu apprécié. Est-ce l’apitoiement récurent de Rachel qui m’a lassé ou les  autres personnages qui n’arrivaient pas à me convaincre, je ne saurais dire. En attendant l’ennui m’a vite gagné. Néanmoins je sais qu’il plaira à un certain lectorat plus fans des thrillers psychologiquements tortueux. 

 » Ce matin-là, elle s’était réveillée de bonne humeur et elle n’avait qu’une envie : rester dans cette disposition d’esprit toute la journée. « 

Je n’abandonnerai pas pour autant mon intérêt pour cet écrivain. Ce n’est pas cette petite déception qui va changer mon regard sur ce talentueux auteur. 



Dennis Lehane est une star incontestée du roman noir américain. Natif de Boston, il y a situé les enquêtes de ses héros fétiches Kenzie et Gennaro. Primés et traduit dans de nombreuses langues, ses romans ont été adaptés par les plus grands réalisateurs. Il vit aujourd’hui à Los Angeles. Il signe avec Après la chute, un roman de suspense psychologique. 


Je remercie Babelio et les Éditions rivages pour cette lecture on ne peut plus déroutante. 


 » À malin, malin et demi  » 

À malin, malin et demi de Richard Russo aux Éditions  La Table Ronde dans la collection Quai Voltaire. 

Traduit de l’anglais par Jean Esch


 » Bon sang, la vie était un vrai merdier. » 

C’est rien de le dire et c’est pourtant le cas dans cette ville du New Jersey qui a déjà bien du mal de se remettre de la crise. Même les morts préfèrent rester sous terre. 

 » On aurait pu croire qu’ils somnolaient paisiblement sous les pierres tombales penchées qui évoquaient des bonnets portés de manière canaille. Sachant qu’ils risquaient de se réveiller dans un monde où le labeur était encore plus présent que dans celui qu’ils avaient quitté, pouvait-on leur reprocher d’arrêter la sonnerie du réveil pour se rendormir pendant encore un quart de siècle ? « 


Douglas Raymer y officit en tant que chef de la police. Il est veuf d’une femme qui s’apprêtait à le quitter. Il passe son temps à s’interroger. D’abord sur lui-même depuis qu’une de ses professeurs au collège lui avait écrit sur un de ses devoirs : « Qui es-tu, Douglas? « 

Il manque de confiance malgré l’uniforme. 

 » (…) » Ta mère doit être fière . »À vrai dire, sauf erreur, sa mère était plus soulagée que fière. Le fait qu’il entre dans la police avait apparemment eu raison de sa crainte de voir son fils en taule. Raymer n’avait pas le courage de lui dire que l’un n’empêchait pas l’autre.  » 


Et même si sa femme n’est plus, il aimerait connaître le nom de celui qu’elle devait  rejoindre. En attendant il vit dans le brouillard mais il peut compter sur Charisse son assistante, une jeune noire pour égayer ses journées. 

Dans la même journée, les péripéties s’enchaînent, c’est la pagaille à North Bath. La vie de ces habitants part à la dérive et bouleverse leurs quotidiens. 

 » L’agent Miller rechignait à quitter son poste confortable, mais il devinait qu’un homme pieds nus, vêtu uniquement d’un caleçon, qui courrait au milieu de la rue justifiait une enquête. Par conséquent il s’approcha de l’homme avec prudence, conformément aux méthodes détaillées dans le manuel de police, un document qu’il avait appris par cœur pour se protéger de la nécessité de  réfléchir dans le feu de l’action. » 

Que ce soit Sully, un buveur invétéré, Rub son acolyte bègue, Carl le magnat de la ville qui attend désespérément de retrouver sa forme avant- prostatite, Jérôme le frère jumeau de Charisse aussi amoureux de la syntaxe que de sa mustang, Alice la femme du maire toujours accompagnée de son téléphone cassé, Zach, Ruth sa femme et Janey leur fille, sans oublier Rub le chien qui a lui aussi une sale manie, tout ce petit monde observé à la loupe devra apprendre à affronter les grandes misères de leurs petites existences. 

 » Il lui a fallu des années et des années pour comprendre que la plupart des autres gens ne se sentaient pas bien eux non plus, et que la tâche de ce monde, c’était de vous donner l’impression que vous l’aviez déçu, que vous ne seriez jamais à la hauteur, véritablement. « 


En seulement deux jours, rien ne va plus à Nort Barth et c’est avec un regard brillant et caustique que l’auteur nous fait découvrir cette histoire époustouflante, abracadabrante pleine de rire et d’esprit. Avec une plume élégante et pleine d’humour Richard Russo nous offre une galerie de portraits absolument déjantés où une intrigue s’incruste habilement. Le talent de l’écrivain est indéniable pour captiver les lecteurs dans cette ville perdue de l’Amérique. Une ville sous ses airs endormis qui vit ses pires cauchemars mais toujours avec le sourire, telle une lumière au bout du tunnel. Un récit féroce, plein d’humanité, sans perfidie, qui met à nue la vie de chacun avec délicatesse pour ne froisser personne. Un roman formidable à découvrir absolument. 

Je n’ai pas aimé cette histoire je l’ai adoré. Une ambiance américaine et une plume comme j’aime. Un récit brillamment orchestré par un maître de la prose jubilatoire. Absolument divin. 



Richard Russo est né en 1949  aux États-Unis. Après avoir longtemps enseigné la littérature à l’université, il se consacre désormais à l’écriture de scénarios et de romans dans le Maine où il vit avec sa femme. Il est l’auteur de deux recueils de nouvelles et d’un récit. 


Ont paru aux Éditions de la Table Ronde, dans la collection Quai Voltaire : Un rôle qui me convient (1997 ), Le Déclin de l’empire Whiting (2002) – qui lui a valu le prix Pulitzer la même année – Un homme presque parfait (2003), Le Phare de Monhegan et autres nouvelles (2004), Quatre saisons à Mohawk (2005), Le Pont des soupirs (2008), Les Sortilèges du Cap Cod (2010), Mohawk (2011) et Ailleurs (2013). Deux de ses romans ont été adaptés à l’écran dont Un homme presque parfait (1994) avec Paul Newman dans le rôle principal. À malin, malin et demi ( Everybody’s cool) est paru en 2016 aux Etats-Unis. 

Je remercie les Éditions La Table Ronde pour cette lecture grandiose.


 » Le Mal des ardents « 

Le mal des ardents de Frédéric Aribit aux Éditions Belfond 


 » Combien d’histoires commencent dans un métro bondé avec une femme que vous ne voyez pas arriver, qui se retrouve soudain à côté de vous, contre vous, à la faveur d’on ne sait quelle bousculade, quelle recomposition hasardeuse de la foule… » 

Dans cette foule, cet homme aurait pu la rater, mais elle avait quelque chose d’inattendu. Un petit brin de folie semblait l’habiter et ses yeux étaient inoubliables. Cette rencontre allait faire basculer sa vie, elle allait prendre un chemin non dépourvu de fantaisie. Ce prof de lettre désenchanté se lance à la poursuite de cette femme incandescente. 

« Lou a toujours couru devant moi, plus vite que moi, et moi j’ai toujours couru après elle, derrière elle, toujours dans son sillage de poudre depuis notre rencontre, d’une soirée à l’autre, cette course invariable, pour espérer me maintenir dans son tracé mais perdant maintenant du terrain tandis que sa flamme repoussait l’horizon (…) , Et rire encore, et courir, et hurler…

  – Lou ! … Lou ! Attends-moi, Lou ! …  » 


Tout semble rouler à merveille jusqu’au jour où le comportement fantasque de Lou prends une tournure inexplicable. Un mal étrange semble la possèder et ce n’est pas la maladie d’amour. Un mal qu’elle a nourri à son insu, jour après jour… Le Mal des ardents. 

 » – Lou, accroche-toi, ils seront bientôt là, t’inquiète pas.  » 



Impossible de vous en dire davantage, au risque de dévoiler les secrets de ce roman. Frédéric Aribit nous offre bien plus qu’une belle histoire d’amour, il enrichit nos connaissances et parvient même à nous faire peur, nous inquiéter quelque peu. Qu’un mal du passé resurgisse à notre époque y’a de quoi flipper, même si c’est romancé. 

Une lecture que j’ai vraiment apprécié autant pour l’histoire que pour le style. 

 » – Ce que j’aime surtout c’est regarder le vide. Moi, ça me remplit tout ce vide. Il y a tellement d’histoires qui résonnent entre les murs… Si seulement on savait les écouter, entendre tout ce que les gens ont pu vivre là d’amour, de bonheur quotidien, de disputes inutiles ou de drames effroyables, tout ce jour après jour qui tresse une vie et qu’ils finissent par trimbaler vers d’autres projets, d’autres envies, avec d’autres gens… » 

Une folie douce circule entre ces pages, les émotions voyagent vers notre cœur. Autant de plaisir à savourer l’amour qu’il transporte que d’inquiétude pour le sort de Lou. C’est tout un art de trouver les mots justes pour toucher le lecteur et l’auteur signe ici une belle œuvre. Un roman brûlant d’amour paré d’un suspense haletant, une comédie dramatique qui vous donnera envie de croquer la vie à pleine dent. 




Frédéric Aribit est né à Bayonne. Titulaire d’un doctorat de lettre, Il enseigne à Paris. Il a publié deux essais, Le vif du sujet ( 2012)et Comprendre Breton (2015). Après Trois langues dans ma bouche ( Belfond 2015) Le Mal des ardents est son deuxième roman. 


Je remercie Camille et les Éditions Belfond pour cette lecture passionnante.

 » Dark net « 

DARK NET  de Benjamin Percy  aux éditions Super 8 

 

 » Internet a des trappes et des clôtures invisibles. Internet a des passages secrets, des chemins secrets et des codes secrets, des langages secrets. Internet a des coffres, et des caves, et des greniers remplis de ténèbres qu’aucune lumière ne peut percer. Vous pouvez voyager dans le temps, vous pouvez voyager à travers les murs. Par un simple tremblement de ses doigts, vous pouvez faire apparaître et disparaître les choses. Vous pouvez faire du mal aux gens. Vous pouvez acheter les gens. Internet est une décharge et une île au trésor. Ici, chaque objet, chaque personne, chaque endroit, chaque pensée, chaque secret existent. Internet peut satisfaire tous les appétits. À la différence d’un corps, à la différence du monde, Internet ne connaît pas de limites.  


 

Cheston observe, scrute, décortique la vie des gens qui l’entourent. Mais il est bien pire qu’un simple espion, c’est un Hacker. Internet est son lieu de vie, sa maison. Tellement à l’aise qu’il n’hésite pas à s’aventurer sur le Dark Net, le Far West d’Internet, un territoire sans foi ni loi. Mais aujourd’hui cette zône regorge de démons, qui projettent de hacker les esprits des utilisateurs et de les transformer en tueurs psychotiques.



 » Il y a des rumeurs à propos d’un homme des ténèbres. Quelqu’un qui sortait la nuit pour chasser. Chaque nuit, tous les refuges étaient pleins, et ceux qui ne trouvaient pas de place risquaient de ne pas voir le jour se lever. (…) Et l’homme des ténèbres laissait sa marque – une main droite rouge – sur les trottoirs, les immeubles, les fenêtres, de tout Portland, signant ses actes comme un chien qui pisse sur les boîtes aux lettres.  » 

Mike Juniper dirige l’un de ces refuges : le Repos du Voyageur où il y accueille les sans- abri de Portland. Personne ne se demande comment il a atterri là et ça l’arrange. Chacun a ses secrets.  » En outre, personne ne l’a reconnu… »

Lela, une journaliste technophobe se retrouve au cœur d’une enquête, persuadée d’être tombée sur une sale histoire que personne ne voudra couvrir.

 » C’est le genre d’articles qu’elle préfère, le genre d’articles qui lui donnent l’impression de ne pas seulement éduquer ou distraire les gens, mais de faire changer les choses ses lecteurs. Quand on sait que quelqu’un est trés en colère à cause de ce qu’on écrit – quand on sait que l’on est potentiellement en danger -, alors on a la certitude d’avoir fait son boulot. (…) Parce que, dans le journalisme, seuls les problèmes sont intéressants. « 

Hannah, sa jeune niéce de douze ans, récemment appareillée d’une prothèse futuriste qui lui a rendu la vue va se retrouver mêlée à cette chasse aux démons tout droit sortis de l’enfer.

La plus vieille amie de Mike Juniper, Sarin, une femme quasi immortelle sort de l’ombre à son tour et se prépare à combattre les ténèbres.

Seront-ils assez et seront-il prêts ?  » Le jour zéro »  si les portes de l’enfer s’ouvrent à Portland.

C’est ce que Benjamin Percy nous invite à découvrir dans ce techno-thriller démoniaque.

Héros malgré eux, dans les profondeurs du web, ses personnages vont devoir faire face à des êtres malfaisants, des apparitions horrifiques qui tentent de répandre le mal sur terre. Tel un virus, ils attaquent en force et déferlent sur notre monde.

Qui vaincra au final ?


Je retrouve la plume de l’auteur avec grand plaisir, dans un registre complètement différent, pour lequel je ne me serais peut-être pas attardée si je ne connaissais pas déjà les talents de l’écrivain. Et j’ai été qui plus est agréablement surprise au fil de l’histoire au titre un peu trompeur, car en fait le Dark Net n’est pas le sujet principal du récit.

Je me suis attachée à tous les personnages sans exception, ( du coté des gentils bien évidemment ), ils donnent une force et un rythme survolté au roman. Une histoire endiablée rondement menée, qui va ravir tous les fans du genre. Un thriller agrémenté d’une dose de surnaturel qui nous donne une histoire plutôt fantastique où des héros pas ordinaires vont s’unir pour sauver la planète.

Décidemment ça fait du bien de suivre son instinct de lectrice, de poursuivre avec un auteur que j’avais apprécié pour son roman,  » Le canyon » après une rencontre à Metz en 2012.

N’ayez pas peur, plongez-vous dans cette noirceur satanique, et laissez-vous porter par l’écriture de cet américain doué.




Benjamin Percy est né dans l’Oregon. Il est l’auteur de  » La bannière étoilée  »  ( 2009),  » Le Canyon  » ( 2012 ) et de deux recueils de nouvelles. Il est aussi scénariste chez DC Comics. Il a actuellement plusieurs projets de films en développement. 


Pendant un séjour en Californie, dans le cadre de la rédaction d’un article pour le magazine GO, il a visité les campus d’Apple et de Google. Là-bas, il a échangé avec de nombreux dirigeants et chercheurs et en a profité pour évoquer le sujet des Hackers. De retour chez lui, sa sœur et quelques amis ont été hacké, leur compte Facebook piraté, sa carte de crédit a été volé et utilisé en Espagne. Tout cela lui a fait comprendre à quel point nous étions vulnérables en ligne ; à quel point il était facile d’espionner, d’être piraté, trompé, intimidé… C’est ainsi que lui est venu l’idée de son dernier livre Dark Net. Il consacre beaucoup de temps à la recherche avant l’écriture, il veut que ses lecteurs aient le sentiment de lire quelque chose de véritablement authentique. 

Je remercie Nadia et les éditions Super 8 pour ce thriller possédé absolument infernal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 » L’enfant-mouche « 

 

L’enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard aux Éditions Flammarion



 » Anne-Angèle a été mordue, le mal est passé en elle, il est passé. Et c’est tout. 

     L’histoire commence ici.  » 

Anne-Angèle était infirmière à Casablanca avant d’être dans l’obligation de se rendre en France suite au décès de sa sœur Mathilde.

«  Mathilde était mythomane, elle aimait s’inventer des histoires, des liens de parentés alors qu’elle et sa sœur étaient orphelines. C’est Anne-Angèle qui récolait les morceaux quand ça dérapait. « 

À peine l’enterrement terminé, Anne-Angèle va être confrontée aux dernières tribulations de sa sœur, et une fois de plus elle va tenter d’arranger les choses.

« Se laisser porter par la destinée a parfois du bon.  » 

D’aventure en aventure, elle va se retrouver avec une enfant sur les bras, une petite Marie baptisée Mouche.

Élever une enfant sous l’occupation ne va pas être une mince affaire, mais l’on aurait tort de s’inquiéter pour Marie, pour elle :  » Tout est affaire d’imagination.  » 

 

– Ne me racontez pas d’histoire !

– Si des tas d’histoires

Vous n’êtes pas au bout de vos surprises, ici point d’ennui, vous pouvez compter sur l’enfant- mouche pour vous distraire, vous faire sourire malgré le contexte où se situe cette histoire. La guerre est déclarée à la morosité. Et si besoin Marie fera une petite prière : – Dieu, si tu existes et quels que soient ta tête et ton pouvoir, que tu portes la barbe du Christ, le bouc du diable ou la moustache du Maréchal, fais en sorte que je n’aie pas à manger aujourd’hui la chair de Jupiter. Délivre-nous du mal et de la faim. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien, mais c’est tout… rien d’autre, s’il te plaît. 



Plutôt futée la petite Marie, un petit bout de femme pas ordinaire qui va nous faire vivre une aventure extraordinaire. Ce n’est pas une histoire qui nous est contée mais des milliers d’histoires qui défilent devant nos yeux complètement captivés. Je me suis attachée à cette enfant, j’ai tremblé pour elle, j’ai ri à ses facéties, j’ai admiré son courage, et c’est avec tristesse que je l’ai quitté un peu trop abruptement à mon goût. Mais une chose est sûre elle restera dans mes plus beaux souvenirs de lecture, et j’aurai grand plaisir à partager cette histoire, le destin inimaginable d’une enfant remarquable, tout comme l’a fait Philippe Pollet-Villard, en s’inspirant de l’enfance de sa mère, pour nous offrir ce fabuleux roman. Des souvenirs qui l’ont émus, et qu’il a admirablement réussi à transposer pour nous toucher en plein cœur…

Une plume qui m’a envoûtée, une histoire qui m’a séduite, un écrivain talentueux que j’ai été ravie de lire et de rencontrer. Un beau roman qui m’a permis en compagnie de  l’enfant-mouche de combattre le mal et d’oublier les douleurs.




Philippe Pollet- Villard, réalisateur de profession, est né à Annecy. Il est l’auteur de trois romans chez Flammarion : L’ homme qui marchait avec une balle dans la tête ( prix Ciné-Roman 2006 ), La Fabrique de souvenirs ( prix Marcel Pagnol ), et Mondial Nomade ( 2011 ). Il a également obtenu en 2008 le César puis L’Oscar du meilleur court-métrage pour Le Mozart des Pickpockets, hommage au Paris de Barbés et à ses petits malfrats. 

 

 

 

 

 

 » Tout est brisé « 

Tout est brisé de William Boyle aux Éditions Gallmeister



 » Il savait que Nick lui manquerait alors encore plus désespérément. Pas à cause des baisers ni des caresses. Mais à cause de la conversation, de la compagnie, de ce qui l’empêchait de se sentir aussi seul qu’il se sentait à présent. Il n’était pas fait pour être célibataire. Il avait besoin de quelqu’un. Ne pas avoir d’amour, c’était se sentir oublié, totalement vide et totalement seule. « 

Jimmy est de retour chez sa mère, dans un piteux état, le cœur brisé, fauché, déprimé, et toujours alcoolisé. Et hélas, ce n’est pas l’ambiance familiale qui va l’aider à remonter la pente.

 » Ça l’avait toujours étonné. À jeun, il passait son temps à se plaindre de la laideur généralisée. Ivre ou avec la gueule de bois, le monde lui semblait d’une beauté parfaite, et il n’y voyait qu’un défaut, lui-même;  » 



Il y retrouve son grand-père de retour d’un sejour à l’hopital qui tyrannise sa mère Jessica. Sa mère, elle-même au bout du rouleau, épuisée, mais ravie de retrouver son fils qu’elle avait cru perdu. Pas simple pour chacun de recoller les morceaux quand tout est à ce point brisé.

L’histoire d’une famille malmenée par la vie, poursuivie par la malchance avec une matriarche qui refuse de baisser les bras, dans une ville qui ne dort jamais.

 » Un New-Yorkais qui a quitté sa ville a l’impression, à chaque fois qu’il y revient, de retrouver le New York des mauvais films, au rythme tout ce qu’il y a de plus faux, à la monstruosité artificielle. Il avait toujours pensé que la noirceur de New York était délibérée, et il lui semblait maintenant que le nouvel aspect ensoleillé de la ville devait lui aussi correspondre au choix de quiconque tirait les ficelles. 

Tout ce bruit venant de la rue. un coup de klaxon, peut-être. (…) Les taxis qui se déplaçaient avec une précision digne d’un jeu vidéo. Les gens aux épaules voûtées, les gens aux beaux vêtements, les gens dont l’ombre était gravée dans le trottoir. »

 

Malgré la noirceur de l’histoire, point de pathos ni de déprime à l’horizon pour le lecteur.  Au contraire, William Boyle décrit avec sensibilité les différents sujets de cette histoire. Qu’il s’agisse de solitude, de désespoir, de vieillesse, d’addiction, de la famille, du manque d’amour ou même de l’homosexualité, tout y est dépeint de manière mélancolique sans superflu. Un beau portrait d’une mère courage dans une ambiance sombre, une femme qui se sacrifie pour ses hommes, père et fils qui ne sont pourtant pas tendres avec elle.

Un roman brillant, une plume enivrante, une histoire étourdissante et touchante.

Tout est brisé mais toujours debout même si l’équilibre est fragile, tout comme New-York, souvent brutalisée, mais toujours battante.

 


William Boyle est né et a grandi dans le quartier de Gravesend, à Brooklyn, où il a exercé le métier de disquaire spécialisé dans le rock américain indépendant. Il vit aujourd’hui à Oxford, dans le Mississippi. Son premier roman, Gravesend, a été publié par les éditions Rivages en 2016. 


 

Je remercie Léa et les Éditions Gallmeister pour cette lecture d’une incroyable beauté sombre.