“ Les mal-aimés ”

Les mal-aimés de Jean-Christophe Tixier aux Éditions Albin Michel

 » Elle lève les yeux sur la droite, étire son dos pour l’ai filer son regard par la minuscule fenêtre. Il rencontre la masse austère du bagne qui trône là-bas plus au nord. Une bâtisse imposante de deux niveaux, quatre ou cinq fois plus large que haute. On dit que chaque fenêtre est grillagée. D’ici, Blanche ne peut pas le vérifier. Elle ne s’en est jamais vraiment approchée, s’est simplement contentée de maintes et maintes fois les compter. Il y en a six paires par étage sur cette façade, comme autant de regards pesant et accusateurs. “

Aux confins des Cévennes en l’an 1884, une maison d’éducation surveillée ferma ses portes, libérant des adolescents décharnés. Il quittent ce lieu maudit sous les regards des paysans qui furent leurs geôliers.

Dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’étranges événements se produit. Des chèvres meurent décimées par une étrange maladie, des meules de foin prennent feu, la mort rôde et s’apprête à faire d’autres victimes. Une rumeur prends racine et commence à s’étendre.

Les enfants se vengent, souffle l’homme.

(…)

Ils angoissent tous. S’affolent. Paniquent.

– Rien n’arrêtera le feu vengeur. Il prendra tout ce qu’il y’a à prendre. Et chacun espère qu’il brûlera chez le voisin plutôt que chez lui. Par ici, les gens sont comme ça. Ils se serrent les coudes pour braver l’hiver et les catastrophes car ils ont peur d’avoir faim s’ils perdent leurs récoltes ou si leurs troupeaux crèvent. Mais quand vient une malédiction, c’est chacun pour soi ! Le malheur des uns n’attire que la méfiance et fait fuir les autres. Ils croient tous que la colère du ciel ou des entrailles de la terre est toujours méritée. Alors… “

Et si c’était les fantômes du passé qui venaient régler leurs comptes ?

Comme autant de silhouettes, autant de petits bagnards qu’ils obligeaient à rester dehors des heures durant dans la nuit glacée, en une file silencieuse et parfaite, rouant de coups le premier qui bougeait ou manifestait le moindre signe d’épuisement. Au nom de la discipline, au nom de l’ordre, au nom de l’idée que pour leur retirer le mal, la brutalité permettait de faire entrer ces notions dans leurs caboches su dures. “

Ce que j’en dis :

Happée dès les premières pages par ce roman habité d’une extrême noirceur, j’ai fait la connaissance d’une plume fabuleuse qui m’a embarquée dans le confins des Cévennes à une époque où l’on envoyait les enfants délinquants au bagne.

En incluant dans ce récit au début de chaque chapitre des billets d’écrous des pensionnaires, on découvre avec stupéfaction la dureté de l’époque.

Porté par une plume hypnotique qui n’a pas été sans me rappeler l’univers de Zola, de Victor Hugo et même de Franck Bouysse, Jean- Christophe Tixier nous offre une galerie de personnages habités par la culpabilité, rongés par les non-dits au cœur de la campagne où même la foi ne sauvera pas toutes les âmes perdues.

Inspirée de faits réels du passé, l’auteur raconte l’horreur des bagnes, la misère du monde rural, la violence incestueuse dans certains foyers, la honte qui entache tout un village sans espoir de rédemption.

Après avoir conquis la jeunesse, Jean-Christophe Tixier fait une entrée remarquable à travers ce premier roman sombre, bouleversant qui va briser plus d’un cœur.

Un énorme coup de cœur que je vous recommande vivement.

Pour Info :

Ancien enseignant et formateur, Jean-Christophe Tixier vit à Pau. Pendant vingt ans, il a enseigné l’économie dans un lycée. Un poste à temps partiel qui lui a permis de mener maintes autres activités en parallèle. Ainsi, il a été directeur de collège, a créé et dirigé un centre de formation pour jeunes en grandes difficultés, a créé une société de communication aux débuts d’Internet et créé des sites Internet…
Lorsqu’il ne se consacre pas à l’écriture (de romans, mais aussi d’audio-guides pour la jeunesse), ce passionné de littérature organise le salon du polar de Pau, Un Aller-Retour dans le Noir, ou dirige la Collection « Quelqu’un m’a dit » aux éditions In8.

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“ L’envol du moineau ”

L’envol du moineau d’Amy Belding Brown

Traduit de l’anglais par Cindy Colin Kapen

” (…) à la fin du mois de juin 1675, la nouvelle arrive de Boston que les indiens ont attaqué le village de Swansea, dans la colonie de Plymouth. Des tribus païennes ont uni leurs forces pour former une armée qui se dirige désormais vers la baie du Massachusetts. À la mi-août, les indiens assiègent Quabaug, une ville front de Lancater. Deux semaines plus tard, par une chaude matinée de sabbat, ils atteignent Lancaster et attaquent des fermes au nord de la ville. “

Dans une colonie du Massachusetts en 1676 vit Mary Rowlandson auprès de son époux et de ses enfants dans une communauté de puritains venus d’ Angleterre.

Elle essaie d’être une bonne mère et une bonne épouse, mais elle souffre face à la rigidité morale et étouffante de son mari.

Des indiens Algonquins attaquent son village et la font prisonnière avec quelques rescapés. Elle se retrouve esclave de cette bande de sauvages en fuite, traquée par l’armée.

Contre toute attente, c’est au cœur de cette tribu, au milieu de ces sauvages qu’elle va trouver une certaine liberté, jusqu’à y perdre ses repères.

Lorsqu’elle sera enfin libérée et qu’elle retrouvera son ancienne vie, il n’est pas certain qu’elle réussisse à se réadapter et à supporter ce puritanisme et l’hypocrisie de la société blanche.

” Quelle étrange tournure les choses avaient prise. Son expérience avait été bien différente de ses attentes. C’étaient celui dont elle se méfiait le plus qui l’avait sauvée. Tandis que Joseph, en qui elle avait la plus grande confiance, n’était jamais venu la chercher. Pas même à Concord après sa libération.

L’amour. On attend d’elle qu’elle aime, honore et écoute son mari. Mais que signifie un tel amour ? Ce n’est ni du désir ni de l’affection. Ce n’est qu’une obligation de plus. “

Ce que j’en dis :

Apparemment cette magnifique couverture et son synopsis avaient tout pour me plaire, c’est tout à fait le genre d’histoire dont je suis friande en temps normal.

J’ai trouvé cette histoire basée sur la véritable histoire de Mary Rowlandson très intéressante et même souvent révoltante face à tout le mal fait au peuple indien et à tout ce puritanisme mais je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage de Mary et encore moins au style d’écriture de l’auteure. Deux points qui ont rendu ma lecture laborieuse à mon grand regret.

Je ressors donc mitigée d’un roman qui reçoit énormément d’éloges , salué par Jim Fergus , auteur du fabuleux roman ” La fille sauvage “ que j’avais adoré.

J’en suis la première surprise, mais hélas l’histoire aussi bouleversante soit-elle ne l’emporte pas sur l’écriture qui manque à mon sens de caractère.

Difficile pour certains auteurs de rivaliser avec mes derniers coups de cœur.

Je tiens à remercier Léa notre Maîtresse Yoda du Picabo River Book Club et les éditions Cherche Midi pour cette épopée romanesque inspirée d’une histoire vraie.

Pour info :

Amy Belding Brown vit dans le Vermont. L’envol du moineau est son premier roman publié en France.

“ Sauvage ”

Sauvage de Jamey Bradbury aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” On peut apprendre plein de trucs rien qu’en regardant et en réfléchissant. Mais il y a d’autres trucs qu’on ne peut savoir qu’en les vivant soi-même. “

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff n’est pas une jeune fille ordinaire. Ce qu’elle aime par dessus tout, c’est courir à travers la forêt seule. Elle adore y chasser, y poser des pièges, et sillonner avec ses chiens de traîneaux les immensités sauvages de l’ Alaska.

Sa mère, disparue bien trop tôt, a laissé la famille en plein désarroi.

” Ça faisait un an que Papa avait été interdit de course. Avant la mort de Maman, j’aurais pu parier sur ma vie qu’une telle chose ne se produirait jamais. Mais la nuit où elle s’est fait renverser par ce camion, ça a déclenché une avalanche. J’ai lu que si vous êtes pris dans une avalanche, le mieux est de nager contre la neige pour essayer de rester à flot. Mais on n’avait pas nagé assez fort. On continuait à se débattre pour rejoindre la surface. “

Malgré l’absence maternelle, Tracy tente de respecter les trois règles qu’elle lui a enseigné : ” Ne jamais perdre la maison de vue “ ” Ne jamais rentrer avec les mains sales “ et surtout ” ne jamais faire saigner un humain“ pourtant…

” J’ai appris à l’école que le sang a une mémoire. Il porte les informations qui font ce que vous êtes. C’est comme ça que mon frère et moi on s’est retrouvés avec tant de trucs en commun, on portait en nous les choses dont le sang de mes parents se souvenait. Partager ce qu’il y a dans le sang, y’a pas moyen d’être plus proche d’une autre personne. “

Jusqu’au jour où, après avoir été attaquée en pleine forêt, elle perds connaissance et se retrouve couverte de sang à son réveil, persuadée d’avoir tué son agresseur. Un grave incident qu’elle va pourtant cacher à son père mais qui va la hanter jour et nuit.

” Vous avez beau vieillir, quel que soit l’âge que vous atteignez, vos parents l’auront atteint avant vous, seront déjà passés par là, et ça quelque chose de réconfortant. Comme un sentier que vous ne connaissez pas, dans la forêt, sur lequel il y aurait des traces de pas qui vous diraient que quelqu’un l’a déjà emprunté. Jusqu’au jour où vous arrivez à l’endroit où ces traces s’arrêtent. “

Quand un inconnu débarque et que son père l’embauche, une ambiance de doute et d’angoisse s’installe progressivement dans la famille tandis que Tracy prends peu à peu conscience de ses facultés hors du commun.

” Si je pouvais m’arrêter où je veux et m’abstenir de raconter le reste, c’est là que je choisirais de finir. J’en appellerais au grand gel qui s’annonçait, et je laisserais la glace et la neige nous figer exactement tels que nous étions ce jour-là, alors qu’un bonheur silencieux s’était emparé de moi, quelque chose qui ressemblait plus à de la justesse, et je n’aurais su dire s’il s’agissait de ma propre sensation, ou de celle de Su, ou de celle de Jesse. Le constat d’être revenu en un lieu que vous savez être le vôtre. Où vous savez qu’on vous désire et qu’on vous aime. “

Ce que j’en dis :

En 2018, les éditions Gallmeister et Gabriel Tallent nous ont permis de faire connaissance avec une jeune héroïne hors du commun surnommée Turtle, inoubliable et tellement attachante. (Ma Chronique ici)

L’hiver 2019 donne naissance à une nouvelle plume et une nouvelle héroïne tout aussi bouleversante prénommée Tracy, née sous l’écriture absolument magnifique de Jamey Bradbury.

Tracy est une jeune fille indépendante, au caractère difficile, plutôt rebelle qui ne prends pas son rôle d’étudiante au sérieux mais qui aime se cultiver à sa façon au cœur de la nature.

Habitée par un don particulier, elle y puise sa force et se rapproche de sa mère trop tôt disparue.

Même si ses relations sont parfois difficiles avec son père, elle n’en demeure pas moins proche et aimante tout comme avec son frère.

L’arrivée de cet étranger va bousculer l’équilibre de cette famille déjà malmenée depuis le décès de la mère qui est pourtant toujours bien présente grâce aux flash-back qui nous permettent de faire sa connaissance malgré tout.

À travers cette formidable histoire, Jamey Bradbury nous fait découvrir l’Alaska et l’univers des mushers, avec une douce poésie, et une dose de fantastique amenée avec subtilité qui risque d’en surprendre plus d’un.

L’auteure nous offre un récit fabuleux, en rendant des situations simples absolument effrayantes tout en nous attachant à tous les personnages que l’on quitte à regret mais avec l’impression d’avoir vécu une aventure extraordinaire.

C’est beau, fort, surprenant et touchant, parfois rude et glaçant, mais également grandiose, un récit qui reflète tout à fait l’Alaska tel que j’ose l’imaginer.

Tracy rejoint Turtle est restera à jamais auprès de mes héroïnes de lectures inoubliables.

Un immense coup de cœur pour Sauvage, premier roman de Jamey Bradbury.

Pour info :

Jamey Bradbury est née en 1979 dans le Midwest et vit en Alaska depuis quinze ans. Elle a été réceptionniste, actrice, secouriste et bénévole à la Croix Rouge.

Elle partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et l’engagement auprès des services sociaux qui soutiennent les peuples natifs de l’Alaska. 

Sauvage est son premier roman.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette aventure extraordinaire absolument inoubliable.

“ Ce qui ne tue pas ”

Ce qui ne tue pas de Rachel Abbott aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais par Laureline Chaplain

” – Nom de Dieu !

Le chuchotement blasphématoire de Jason disait tout. Sur le lit, un amas de drap s’entortillait autour des bras et des jambes de deux personnes. Homme ou femme, elle était trop loin pour distinguer. Une odeur métallique confirma ce qu’elle voyait. Les deux corps gisaient, inertes, sur une literie trempée d’un sang sombre et épais.

Malgré la chaleur de la nuit, un frisson parcourut sa nuque. Que s’était-il passé ici ? Elle eut subitement envie de prendre ses jambes à son cou, d’abandonner derrière elle cette scène brutale. “

Après avoir reçu un appel d’urgence, la police se rend sur place et fait une découverte effroyable. Dans la maison d’un photographe de renom, Mascus Norton. deux corps ensanglantés gisent dans la chambre conjugale, et un bébé hurle dans une pièce assez proche.

Marcus North est sans vie, contrairement à Evie sa compagne.

Cleo North, la sœur de Marcus est convaincue de la culpabilité d’ Evie. Depuis le départ elle n’appréciait pas la relation de son frère et de cette femme. Quelque chose la mettait terriblement mal à l’aise. Marcus ne peut pas être le bourreau qu’on lui décrit.

En attendant le dénouement de l’enquête, Evie se retrouve enfermée.

Le plus dur, c’est le sentiment d’avilissement. Surtout aujourd’hui. J’ai été transporté dans un fourgon carcéral jusqu’aux sous-sols du palais de justice, avant d’être conduite au banc des accusés. Celui-ci n’est pas ouvert, comme ceux que j’ai parfois vus à la télé, mais séparé de la salle d’audience par une vitre laminée, comme si je souffrais d’une maladie contagieuse ou que j’étais un animal féroce. C’est peut-être le cas. “

Stéphanie King, va devoir démêler ce sac de nœuds, afin de découvrir qui est le bourreau et qui est la victime ? Alors que Cleo et Evie livrent chacune leur version sur Marcus, l’enquêtrice se retrouve au milieu de la plus ahurissante affaire de sa carrière…

” – Si j’avais poignardé Mark dans l’idée de me venger, sa souffrance n’aurait pas été aussi brève. Ce n’est pas ça, la vengeance. La vengeance, c’est s’assurer que la personne qui vous a fait du mal le paie par une très lente agonie. Si j’avais voulu me venger, il ne serait pas mort. Il serait accablé par la même douleur qui me ronge depuis des années. “

Les apparences sont parfois trompeuses, derrière chaque visage se cachent des secrets insoupçonnables. un seul dit la vérité, mais lequel ?

Ce que j’en dis :

Attention, le dernier thriller de Rachel Abbott a des pouvoirs fortement addictifs sur le lecteur. Tout en jouant avec nos nerfs, elle nous manipule tout comme ses personnages et nous embrouille en multipliant les fausses pistes en semant le doute en nous et en nous révélant avec parcimonie quelques indices assez troublants.

Comme au cinéma, chaque personnage joue son rôle à la perfection et nous bluffe admirablement.

À travers cette intrigue on découvre la mise en place d’une terrible vengeance et le pouvoir suprême de la manipulation.

La reine du crime du polar anglais a frappé fort avec cette histoire où les faux-semblants et les rivalités féminines attisent la jalousie et mènent à la folie.

C’est tordu, tragique, étrange, et c’est divinement réussi.

Les amoureux du thriller psychologique vont se régaler, c’est certain.

Retrouvez ma précédente chronique La disparue de Noël, ici.

Pour info :

Née près de Manchester, Rachel Abbott a longtemps occupé un poste d’infographiste, avant de se lancer à la poursuite d’un vieux rêve, rénover de vieilles demeures en Italie, où elle vit désormais une partie de l’année.

La parution d’Illusions fatales (2014), son premier roman autopublié, classé numéro un des ventes en Angleterre, a marqué le début d’une formidable success story.

Après Une famille trop parfaite (2016) et La Disparue de Noël (2017) publiés dans la collection Le Cercle Belfond, l’auteure fait un retour en force sur la scène du thriller avec Ce qui ne tue pas.

 

Je remercie les Éditions Belfond pour ce thriller psychologique terriblement manipulateur.

“ Bad Man ”

Bad Man de Dathan Auerbach aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Nathalie Peronny

” Quelques voitures faisaient le tour du parking. Deux d’entre elles se dirigeaient déjà vers la sortie, à droite. Ben sentit son corps se projeter vers elles alors que ses pieds restaient plantés devant le magasin. L’indécision lui vrillait la poitrine. Chaque endroit qu’il n’inspectait pas était un endroit où pouvait se trouver Eric. Et pendant qu’il inspectait un endroit, il n’était pas en train de chercher ailleurs. Aucun choix ne semblait le bon. (…)

Tous les clients le dévisagèrent, une expression particulière sur les traits. Jugement, pitié peut-être ? Mais Ben ne les voyait pas. Il ne vit pas la caissière, seule, qui secouait la tête.

– Éric ! Vociféra-t-il.

Mais seul le silence lui répondît.

Eric avait disparu.

Ce qui ne devait être qu’un banal ravitaillement au supermarché entre frères, vire au cauchemar. Eric a échappé à la surveillance de Ben son grand-frère un instant et a malheureusement disparu.

Ben ne se le pardonne pas et continuera inlassablement de chercher son petit frère de seulement trois ans.

Cinq ans plus tard, toujours inconsolable tout comme sa famille, Ben décide de chercher un travail et se fait embaucher en tant que magasinier dans le supermarché où Eric avait disparu.

Après avoir réussi à affronter l’angoisse des premiers jours, il reprend ses recherches.

Quelqu’un sait forcément quelque chose et une présence étrange brouille ses pensées.

Il est bien décidé à résoudre enfin cette disparition et mettre un terme à cette ombre inquiétante qui plane sur la ville.

Ce que j’en dis :

Il n’est jamais simple de donner son avis lorsque l’on a été déçu par sa lecture, et pourtant le départ était prometteur mais hélas je me suis très vite ennuyée et très vite lassée.

En même temps lorsque qu’apparaît sur la couverture : successeur de Stephen King, on s’attend à de l’angoisse puissance maximum, des frayeurs énormes et une ambiance plutôt étrange et là à part l’ambiance étrange, je reste sur ma faim jusqu’à la fin. Du coup je suis terriblement déçue.

L’histoire est pas mal, et c’est dommage mais pour moi elle manque de style dans l’écriture et doit monter crescendo côté frayeur, sinon l’auteur risque quelques déconvenues.

Je suis contrariée car j’étais vraiment impatiente de découvrir ce nouvel auteur qui rend d’ailleurs par ce livre hommage à un de ses amis, mais hélas la magie n’a pas été au rendez-vous.

Que ça ne vous décourage pas, certains lecteurs et lectrices ont apprécié.

Comme je dis souvent : « Je lis de tout, mais je n’aime que le meilleur » et là ce n’est pas au niveau de King, c’est peut-être vendeur, mais attention à la chute si le livre tombe des mains des lectrices exigeantes telle que moi.

Un récit sympa qui s’en sortirait mieux sans la comparaison au grand maître du thriller, d’où ma grande déception.

Pour info :

Né dans le Sud des États-Unis, Dathan Auerbach vit aujourd’hui en Floride. En 2011, il commence à poster des nouvelles sur un forum consacré à la littérature d’horreur.
Ces dernières rencontrent un succès tel, qu’il réussit à faire financer son projet de roman via une campagne de dons, sur Kickstarter.com.
Ainsi paraît Penpal aux États-Unis, un premier roman (pas encore publié en France) qui fait sensation auprès de la critique et le fait remarquer de l’éditeur Doubleday. Bad Man est son deuxième roman, le premier à paraître en France.


Je remercie les éditions Belfond pour cette étrange lecture.

“ La faille du temps ”

La faille du temps de Jeanette Winterson aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit de l’anglais (Royaume – Uni) par Céline Leroy

 » Les « boîtes à bébés » ont toutes une histoire. La grande histoire n’est-elle pas faite de petites histoires ? Vous croyez vivre dans le présent mais le passé vous colle comme une ombre. “

Lors d’une soirée fortement pluvieuse, dans une ville américaine, un afro-américain et son fils assistent à une agression violente et tentent d’intervenir pour sauver la victime. Hélas l’homme ne s’en sortira pas. En quittant la scène de crime de peur de se retrouver impliqués, ils font une autre étrange découverte.

” Et c’est là que je la vois. La lumière.

La boîte à bébé est allumée.

J’ai l’impression que tout est lié – la BM, le tas de boue, l’homme mort, le bébé.

Parce qu’il y a un bébé dans la boîte. “

Impossible pour eux de laisser ce bébé. Ils décident de le sauver, de l’adopter et de prénommer cette petite fille Perdita, « la fille perdue » .

” Il y a tant de récits où ce qui a été perdu est retrouvé.

À croire que l’histoire est un vaste service des objets trouvés.

Cela remonte peut-être au moment où la Lune s’est détachée de la Terre, pâle, solitaire, vigilante, présente, décalée, inspirée. La jumelle autiste de la Terre. “

Entre l’Angleterre et les États-Unis, l’histoire de ce bébé nous est conté, à travers la plume singulière de Jeanette Winterson qui nous offre une variation brillante et contemporaine d’une œuvre de Shakespeare : Le conte d’hiver.

” Et, une pierre après l’autre, l’histoire fut révélée, scintillante et concentrée, comme le temps est concentré dans un diamant, comme la lumière dans chaque pierre précieuse. Les pierres parlent, et ce qui était silence ouvre la bouche pour raconter une histoire, et l’histoire se grave dans la pierre pour la briser. Ce qui est arrivé est arrivé.

Mais.

Le passé est une grenade qui n’explose que quant on lance. “

Ce que j’en dis :

C’est avec une petite appréhension que j’ai démarré ce roman, n’ayant pas spécialement de grande connaissance de la tragédie Shakespearienne et de ses œuvres littéraires en générale.

Ayant rencontré Céline Leroy la traductrice, j’étais plutôt curieuse de lire, une fois de plus son travail de traductrice et m’aventurer dans ce roman en découvrant également une auteure que je ne connaissais pas.

J’en profite pour souligner le merveilleux travail de Céline, toujours très méticuleux pour retranscrire au plus juste l’histoire en gardant toutes les émotions que dégage le roman.

La faille du temps se révèle, telle une ligne de vie, parsemées de rencontres, de hasard bousculant le destin où le pouvoir et la jalousie engendrent des fractures irréversibles.

En nous offrant une variation contemporaine et brillante de ce conte d’hiver, Jeanette Winterson nous fait voyager à travers le temps et mélange passé, présent et futur dans une histoire extraordinaire, tragique où s’entremêlent l’amour, la passion, la jalousie et l’avidité.

Une création originale et complètement addictive auprès de personnages très forts que je ne suis pas prête d’oublier.

Une œuvre merveilleuse, une écriture singulière, qui ferait certainement pâlir de jalousie Shakespeare.

Aussi conquise par la plume de l’auteure que par cette histoire, un véritable coup de cœur que je vous recommande infiniment.

Il suffit d’un instant pour changer toute une vie et il faut tout une vie pour comprendre ce qui a changé. « 

Pour info :

Jeanette Winterson est née en 1959 à Manchester et a grandi dans le nord de la Grande-Bretagne.

Elle relatera ces années de formation dans Les oranges ne sont pas les seuls fruits (L’Olivier, 2012).

Traduite dans près de trente pays, elle connaît depuis Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? (L’Olivier, 2012) un immense succès en France.

Je remercie Les Éditions Buchet . Chastel pour cet extraordinaire voyage livresque.

“ La vague ”

La vague d’Ingrid Astier aux Éditions Les Arènes

” Le bateau amorça une valse avec l’océan. À quelques mètres, le mur d’eau s’élevait. Une masse tellement puissante qu’il fallait la voir une fois dans sa vie pour le croire. Depuis l’Antarctique, rien ne l’arrêtait sur huit mille kilomètres. Teahupo’o. Le mirage du bout de la route. La Vague. Le rêve de tout waterman digne de ce nom. L’approcher, c’était croiser le diable en robe d’écume. Elle était belle à se damner. (…) Dans la lumière du matin, la vague piégeait tous les bleus de la création. Le vent de mer ne s’était pas encore levé et les teintes de l’eau étaient transparentes et étirées – du verre de Murano. (…)

L’ange Teahupo’o passait.

Un miracle de la nature. Une déesse qui portait aux nues ou qui broyait.

C’est elle qui décidait. “

Au bout du monde, sur la presqu’île de Tahiti se trouve un lieu dit : Teahupo’o, la fin de la route est le début de tous les possibles.

Ici se trouve La Vague, la plus célèbre et la plus dangereuse du monde. Au fil des années elle s’est forgée une réputation crépusculaire. Ceux qui s’y attaquent sont soit des fous, soit des experts, aux nerfs solides et aux muscles affûtés. La moindre erreur est fatale.

En vieux Tahitien, tea – hu – poo signifie « Montagnes des crânes »

C’est ici que vit Hiro, un surfeur légendaire, unit à cette vague comme à une femme.

Un matin d’avril, l’arrivée d’un homme semble avoir perturbé l’équilibre de l’île, peu de temps après le retour tant attendu de la sœur d’ Hiro, Moea.

” Tout allait trop vite pour Hiro. Depuis que Moea était revenu, il devait jongler avec trop de responsabilités. Il n’était même plus sûr de savoir comment faire du bien à ceux qu’il aimait sans trop les protéger. “

Cet étranger semble croire que tout lui appartient. Il s’approprie La Vague et semble ne pas vouloir s’arrêter là.

L’esprit humain pressent. Il sait qu’il y’a danger.

Un danger plus sournois que n’importe quelle lame venue de l’océan.

Un danger qui sourit – et à pleines dents. “

Ce que j’en dis :

Ingrid Astier quitte sa zone urbaine pour les atolls polynésiens et ses plages majestueuses et nous plonge dans un univers paradisiaque auprès de surfeurs qui ne manquent pas de bravoure.

Au cœur de la société polynésienne, certains requins appâtés par le gain nagent en eaux troubles et sèment le chaos, pendant que les surfeurs et autres baroudeurs attendent la Vague suprême.

Tel Gauguin, elle dépeint à merveille cet endroit et éveille tous nos sens. Elle développe en nous un attachement féroce pour ses personnages haut en couleur et une antipathie certaine pour certains d’entre eux.

Sous ses airs de paradis tropical, l’envers du décor laisse à désirer et cache d’importants trafics de drogue et les quartiers des zones défavorisées sont les premiers touchés.

Une histoire peuplée de tradition, de passion, illuminée par la beauté luxuriante des paysages mais entachée par la jalousie d’un homme qui entraîne sur son passage une vague de violence.

Un roman fort dépaysant sous haute tension où la noirceur s’invite au paradis, tel un cyclone qui avance contre vents et marées et s’abat sans prévenir.

Bienvenue en enfer, ici c’est Teahupo’o, le mur des crânes. “

Pour info :

Ingrid Astier vit à Paris.

Elle a débuté en écriture avec le Prix du Jeune Écrivain (1999).

Son désir de fiction et son goût pour les péripéties sont liés à son enfance au sein de la nature, en Bourgogne, où se mêlent contemplation et action. Elle aimait autant tirer à l’arc que lire en haut d’un grand merisier.

Plus tard, elle a choisi le roman noir pour sa faculté à se pencher sans réserve sur l’être humain : Quai des enfers (Gallimard), son premier roman, a été récompensé par quatre prix, dont le Grand Prix Paul Féval de littérature populaire de la Société des Gens de Lettres.

Il campe pour héroïne la Seine, et a fait de cette amoureuse des océans et des fleuves la marraine de la Brigade fluviale.

Son roman suivant, Angle mort (Gallimard), entre western urbain et romantisme noir, a été salué comme « le mariage du polar et de la grande littérature », et la relève du roman policier français. Petit éloge de la nuit (Folio Gallimard) est le fruit de notes vagabondes, de nuits inspirées, de lectures et de dialogues croisés. Ingrid Astier est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages.

Par la tresse ténue du réel et de l’imaginaire, elle croit en l’écrivain comme bâtisseur de mondes, persuadée que notre besoin d’évasion est essentiel.

La Vague est son cinquième roman.

Je remercie les Éditions Les Arènes pour ce voyage paradisiaque où l’enfer n’est jamais loin.

“ Un silence brutal ”

Un silence brutal de Ron Rash aux Éditions Gallimard

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

” Où donc une histoire, quelle qu’elle soit, débute-t-elle vraiment ? Un événement ne peut se produire sans que d’autres ne se soient déjà produits. (…) Tout cela se produisit trois semaines avant que je prenne ma retraite de shérif du comté. “

Dans trois semaines, le shérif Les prends sa retraite. Il espère sincèrement ne pas avoir de grosses affaires à régler d’ici là.

“ J’ouvrais soudain les yeux et il n’y avait rien d’autre que l’obscurité, comme si le monde, s’étant libéré de son collier, s’était enfui emportant tout sauf moi. J’entendais alors un engoulevent ou une cigale caniculaire, je sentais la rosée me mouiller les pieds, ou bien je levais les yeux et découvrais les étoiles piquées dans le ciel à leur place habituelle, seule la lune vagabondait. ”

Becky, amie de Les, une poétesse grande amoureuse de la nature veille également sur Gérald, un irréductible vieillard.

Alors quand celui-ci se retrouve accusé de pollution intentionnelle sur la propriété d’un relais où de riches citadins s’adonnent au plaisir de la pêche, en milieu sauvage, elle est la première à prendre sa défense, pendant que Les le shérif, démarre ce qui sera très certainement sa dernière enquête.

” Dans une zone aussi rurale que la nôtre, tout le monde est rattaché à tout le monde, si ce n’est par les liens du sang du moins de quelques autre façon. Dans les pires moments, le comté ressemblait à une toile gigantesque. L’araignée remuait et de nombreux fils reliés les uns aux autres se mettaient à vibrer. “

Ils ne pensent pas que Gérald soit capable d’avoir pu mettre en danger les truites qu’il affectionne tant, mais alors, qui est le coupable ?

Ce que j’en dis :

La Noire de Gallimard s’est imposée comme LA Collection emblématique du roman noir. Elle y accueille des auteurs réputés dans l’univers du Noir, grandement apprécié par un lectorat exigeant de la qualité et de l’éclectisme.

En ce mois de mars 2019, LA NOIRE s’offre une nouvelle garde-robe absolument magnifique qui risque de finir en haut des podiums.

La nouvelle collection démarre fort en ouvrant ses portes au grand Ron Rash, un auteur américain vénéré par les lecteurs connaisseurs français.

Je félicite au passage le travail remarquable d’ Isabelle Reinharez sa traductrice.

Un silence brutal fait une entrée remarquable et même déjà très remarquée par les gourmets, amateurs de belles plumes.

Pour les avoir tous lus, je pense pouvoir me permettre de dire, que ce dernier récit est encore plus puissant, plus poétique et m’a envoûté de la première à la dernière page.

Toujours fidèle aux Appalaches, où il vit, l’auteur partage avec nous ces magnifiques décors en y instaurant ses histoires. Ron Rash porte un regard avisé sur le monde qui l’entoure et dresse le portrait de personnes vulnérables confrontées de plus en plus à la violence.

Ses personnages sont soignés avec minutie et apportent de la force et beaucoup d’émotions à son roman.

Il aborde avec beaucoup d’humanité et de sensualité, des sujets douloureux et donne une voie poétique à Becky qui exorcise de cette manière son passé, mais réveille aussi sa colère face à d’autres fléaux.

Avec talent, et une plume de maître, il explore différents thèmes qui lui sont chers comme la protection de l’environnement mais également des sujets plus durs comme les ravages de la meth et les fusillades dans les écoles, sans voyeurisme mais avec subtilité et une grande délicatesse, presque en silence, à pas feutrés.

Toujours très proche, des oubliés de l’Amérique, Ron Rash nous offre un roman puissant, sombre, authentique où la poésie bouleversante illumine ces pages telles des lucioles au milieu des nuits Appalaches.

C’est tout simplement magnifique et c’est un immense coup de cœur.

Pour info :

Né en 1953 en Caroline du Sud, Ron Rash est d’abord un poète qui doit à ses lointaines origines galloises le goût des légendes celtes.

Son œuvre est inspirée par la nature de la région des Appalaches où il vit, et par son administration pour William Faulkner, Jean Giono et Dostoïevski. Ses sept romans sont désormais tous publiés en France.

Récompensé par le Franck o’Connor Award, le Sherwood Anderson Prize et le O. Henry Prize aux États-Unis, et en France par le Grand Prix de littérature policière pour Une terre d’ombre – également meilleur roman noir du Palmarès de Lire – il est considéré comme l’un des plus grands auteurs américains contemporains.

Il enseigne la littérature à la Western Carolina University.

Je remercie les Éditions Gallimard pour ce sublime voyage dans les Appalaches auprès de Ron Rash.

“ Le bon lieutenant ”

Le bon lieutenant de Whitney Terrell aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Elle essaya de garder une voix calme pendant tout ce temps, s’efforçant de ne pas poser directement de question sur Pulowski. Elle était censée diriger tous ces gars, pas seulement lui. Mais elle ne put s’empêcher de sentir une vague de soulagement quand, après quelques grésillements au micro, la voix de Pulwski arriva sur les ondes.

– On est là avec Crawford. On était dans la ruelle, et puis le chef d’équipe (il parlait de Beale) a dit qu’on se faisait canarder et on a été, euh, séparés.

Il y eut un murmure étouffé, une main recouvrant le micro.

– Tu disque la dernière fois que tu as vu Beale, c’était dans la ruelle.

– Oui, lieutenant.

Comment trois hommes avaient-ils pu être séparés dans une putain de ruelle ? “

Emma Fowlers, lieutenant en mission dans la périphérie de Bagdad, s’efforce d’être droite et compétente auprès de sa section.

Chaque jour elle doit motiver sa troupe, faire les bons choix côtés tactiques et garder un œil sur ses hommes.

Alors quand l’un d’eux disparaît, elle se met en devoir de le récupérer coûte que coûte mort ou vif.

Très vite, elle s’aperçoit que toute cette affaire est le fruit de magouilles et d’erreurs au sein de sa section.

Un attentat, tuant deux soldats, aurait pu être évité, mais face à des informateurs suspects et des renseignements douteux, difficile de faire confiance.

” La guerre est une saloperie » , certes, mais que faire si l’ennemi se trouve dans votre camp ? À quel moment aurait-on pu éviter cet enchaînement tragique ?

Ce que j’en dis :

Fan de séries américaines ayant pour thème de prédilection le milieu militaire telles que ” Band of Brother : l’enfer du Pacifique “, ” Seal Team “, ” Shooter “, je ne pouvais que me réjouir de découvrir cette nouvelle plume américaine.

À travers une construction surprenante, qui pourrait en dérouter certains, l’auteur déclenche un compte à rebours comme pour le départ d’une bombe et remonte le fil du temps pour comprendre ce qui a déclenché cette tragédie mettant en péril la vie des soldats.

En analysant la logique parfois absurde de certaines décisions militaires, l’auteur tente de démontrer comment certains comportements nuisent au bon déroulement des opérations, mais également à comprendre ce qui amène certains soldats à suivre la voie militaire.

De l’action, du suspens, des mensonges, des trahisons font de ce roman de guerre, un récit explosif, original qui ne laisse pas indifférent sans pour autant oublier tous ces soldats qui se mettent en danger pour défendre courageusement leur pays.

Pour info :

Whitney Terrell est né à Kansas City, dans le Missouri.

Il a travaillé comme fact-checker pour The New York Observer avant de devenir journaliste et de suivre l’armée américaine lors de la seconde guerre d’Irak, qu’il a couverte en 2006 et 2010 pour The Washington Post, Slate et la radio publique américaine.

Il enseigne aujourd’hui la littérature.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette aventure périlleuse dans l’enfer de la guerre.

“ Le plongeur ”

Le plongeur de Stéphane Larue aux Éditions Le Quartanier

” J’ai retiré trois cents dollars et je suis allé à la Brasserie Cherrier. Je suis rentré sans regarder personne et je me suis installé sur un des tabourets, devant la machine la plus susceptible de payer.

Nous étions le 5 octobre. Je ne le savais pas, mais trois semaines plus tard, il ne resterait plus rien des deux mille dollars de Deathgaze. Trois semaines que je passerais à jouer chaque jour et à manquer un cours sur deux. J’aimerais pouvoir dire que c’est à ce moment-là que je me suis ressaisi, que la spirale de déni et de pertes avait atteint son point le plus bas, mais personne ne me croirait. “

Au cours de l’hiver 2002 à Montréal, un jeune homme d’une vingtaine d’années, étudiant graphiste est tombé dans le cercle infernal du jeu. Jour après jour son addiction grandit et ses dettes s’accumulent. Il joue aux machines de vidéopoker.

” Non seulement je ne gagnais presque rien, mais pendant ces trois mois-là j’avais perdu davantage que dans les six mois qui avaient précédé. Je n’avais pas encore compris la formule. Plus tu joues, plus tu perds. Je jouais tous les jours. “

Il s’isole, perds ses amis, sa blonde, son appart, et n’a plus d’autres choix que de se trouver une job pour éponger ses dettes, et respecter ses engagements envers un groupe de Métalleux.

C’est à ce moment-là qu’il décroche une place de plongeur dans un grand restaurant La Trattoria où il bossera avec Bébert un jeune cuisinier très expérimenté au bagou de rappeur déjà usé par l’alcool et le speed.

” Bébert est retourné vers la cuisine de service en gueulant que là on allait rocker ça pour de vrai, c’te rush-là. Je me suis concentré sur mon travail. J’ai rempli un rack d’assiettes et de tasses à café, je l’ai envoyé dans le lave-vaisselle puis j’ai commencé à récurer les poêles du mieux que je pouvais. Au bout de dix minutes de frottage et de décrassage, j’étais presque aussi trempé que si on m’avait enfermé dans un lave-auto en marche. Mes mains se ratatinaient déjà dans la gibelotte du diss pit, le bout de mes doigts était éraflé par la laine d’acier, mes bras s’enlisaient jusqu’aux coudes dans l’eau brune et graisseuse. La vapeur d’eau faisait coller sur mon visage les miettes de nourriture et les éclats d’aliments calcinés qui revolaient sous le jet du gun à plonge. Je comprenais peu à peu pourquoi Dave voulait se débarrasser de ce travail. “

Pendant plus d’un mois, ils vont enchaîner ensemble les shifts de soir et même les doubles, et Bébert jouera auprès du plongeur le rôle de mentor et veillera sur lui dans leurs sorties nocturnes.

Dans les coulisses du restaurant, officie une vraie fourmilière survoltée, chef, sous-chef, cuisiniers, serveurs, barmaids et busboys, chacun fidèle à son poste tout en étant polyvalent.

Le plongeur s’accroche et tente de faire face à ses démons le temps d’une saison chaotique rythmée par les rushs, les coups de blues, les soirées trop arrosées, les espoirs et quelques écarts dans une ambiance musicale omniprésente.

 » Dave m’avait mis en garde, comme s’il voulait s’ assurer que je comprenais bien toutes les clauses de sa proposition.

– Tu vas voir, c’est de l’ouvrage. Mais la gang est le fun et la bouffe est payée. T’as déjà travaillé en restauration ?

– Non, jamais. “

Ce que j’en jase :

Ce roman Canadien absolument extraordinaire, publié en 2017 est enfin arrivé en France, de quoi ravir les lecteurs toujours friands de découvrir de nouvelles plumes d’ici ou d’ailleurs.

Couronné de succès dans son pays et même en passe de devenir culte, j’ose espérer qu’il en sera de même icitte.

Travaillant dans la restauration, Stéphane Larue nous offre un menu littéraire cinq étoiles qui respire l’authenticité et dépeint à merveille le monde du travail d’une gargote de Montréal et évoque au passage l’addiction au jeu, de ce fameux plongeur.

À travers une langue absolument délicieuse dans une ambiance survoltée, le plongeur nous offre un récit hyperréaliste au côté d’une galerie de personnages pas piqués des hannetons.

Un roman social qui m’a souvent amené à penser à cet autre ovni littéraire : À la ligne de Joseph Ponthus, (ma chronique ici), une cuisine pour Stéphane, une usine pour Joseph, et cette similitude de travail à la chaîne, une job pour l’un et une embauche pour l’autre qui les a conduit tous deux à l’écriture d’un bijou littéraire.

Stéphane Larue peut se péter les bretelles, son book est tiguidou, de la vraie balle, alors inutile de placoter, il vous le faut !

Moi suis tombée en amour pour le plongeur ❤️

Pour info :

Stéphane Larue est né à Longueuil. Il vit à Montréal.

Il détient une maîtrise en littérature comparée de l’Université de Montréal. 

Depuis un quinzaine d’années, il assure un emploi dans la restauration.

En 2016, il publie aux éditions Le Quartanier son premier roman, Le Plongeur, lauréat en 2017 du prix des libraires du Québec et du prix Senghor

Je remercie Le Picabo River Book Club et les éditions le Quartanier pour cette plongée littéraire absolument fantastique.