“ Empire des chimères ”

Empire des chimères d’Antoine Chainas aux Éditions Gallimard, Série Noire

Les territoires en friche, à la lisière du progrès, s’éloignent à l’est. Les lendemains de pluie, lorsque l’atmosphère est expurgée des particules de mica en suspension, une nostalgie précoce peut naître de l’immensité, devenue lumineuse et dominatrice. Les lacs aussi denses que le ciel demeurent plombés par une eau trop lourde. Il émane des rares villages alentours, moins de quatre mille habitants au total, un triomphe de l’oubli, une esthétique de l’effacement scandé par l’imminence d’une catastrophe, dont le processus semble interrompu pour un temps indéterminé. Les aubes grises succèdent aux crépuscules sans but. On a passé un pacte d’usure avec les murs, on s’y ennuie. L’enracinement paraît si profond qu’il empêche de se consumer dans les rituels féroces des temps modernes. “

1983. Dans un coin bucolique de France assez paumé, une jeune fille est portée disparue. Personne ne semble avoir remarqué quoique ce soit, pourtant ils se connaissent tous et ont tendance à savoir tout sur tout le monde.

Sa disparition est si totale, si brusque et inexplicable que l’on en vient déjà à se demander si elle a jamais existé, si son nom a simplement été prononcé. “

D’ailleurs, des rumeurs commencent à circuler et certaines personnes s’apprêtent déjà à saisir l’opportunité pour tenter de s’enrichir au passage.

” Au moment du dessert, on s’attarde sur une rumeur insistante : une multinationale du divertissement envisagerait d’ouvrir un parc à thème en France. “

Pendant que certains s’investissent dans l’enquête pour tenter de retrouver la demoiselle, certains adolescents passionnés par un jeu de rôle : l’empire des chimères, commencent à s’interroger. La frontière entre la fiction et la réalité semble se confondre et ne faire plus qu’un.

” Aucun lieu, si anodin soit-il, ne protège contre le risque d’un malheur. “

D’étranges phénomènes se produisent et sèment le doute chez les adolescents comme chez les adultes.

“ L’être humain est fait d’une obscurité insondable, dont il n’émerge qu’un bref instant. Un délai toutefois suffisant pour prendre les armes. À certains l’on confiera la cruauté et la férocité. À d’autres, la douceur et l’empathie. Le plus souvent, les hommes lutteront avec un panachage de tout cela.

Mais chacun d’eux retournera au néant avant d’avoir achevé sa guerre. « 

Un climat anormal s’installe et parasite de manière suspecte la communauté.

” La réalité qui rejoint la fiction qui, à son tour rejoint une autre réalité. “

Ce que j’en dis :

J’ai pour habitude de ne jamais lire ou très rarement les quatrièmes de couverture pour garder un maximum de surprises alors je ne vous en dirai pas plus afin qu’à votre tour, vous profitiez un maximum de ce merveilleux roman noir.

Dés les premières pages, l’histoire est captivante et il en sera ainsi pendant les 650 pages qui suivront.

Tout comme dans le jeu de rôle qui se retrouve au cœur de ce récit, l’auteur plante le décors, installe ses personnages, sème une intrigue et récolte les premiers indices qui vont nous conduire au cœur d’une histoire sociale où le pouvoir de l’argent et de la nature sont indiscutablement liés.

Et quand le fantastique flirte avec la réalité, tout semble possible même si, la folie n’est jamais loin.

A travers une plume lyrique, Antoine Chainas nous offre un roman aussi divertissant qu’enrichissant et aborde de nombreux thèmes en phase avec l’actualité de notre époque.

Qu’il s’agisse de disparition, d’enjeux économiques, de protection de la nature, de l’influence d’un jeu sur les adolescents, ou de la simple survie d’un village, cette histoire qui se déroule dans les années 80, nous prouve une fois encore que le paysage reste inchangé malgré les années passées.

 » La beauté de la France profonde a décidément un cachet bien cruel. ”

Un roman inclassable, riche et puissant porté par une langue qui l’est tout autant.

Un grand roman noir qui ravira les lecteurs exigeants tout comme je le suis devenue.

Un véritable coup de foudre.

Pour info :

Antoine Chainas, né en 1971, vit et travaille dans le sud de la France.

Il s’est imposé, à partir de 2007, comme l’un des auteurs phare de la collection « Série noire » dirigée par Aurélien Masson chez Gallimard.

Son roman « Pur » est paru en 2014 à la Série noire de chez Gallimard. Ce livre a été récompensé du Grand Prix de la Littérature Policière la même année.

« Empire des Chimères » est son sixième roman toujours édité dans la même collection.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette histoire aussi captivante que surprenante, absolument fantastique.

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“ Évasion ”

Évasion de Benjamin Whitmer aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” Qu’est-ce que tu peux faire avec un monde pareil ? Non mais bordel de merde qu’est-ce que tu peux bien faire avec un putain de monde pareil ? “

” On est dans un putain asile de fou. “

En 1968, le soir du réveillon, douze taulards ont décidé de se faire la belle. Apparemment les festivités de la prison d’Old Lonesome, située dans une petite ville du Colorado au pied des montagnes des Rocheuses, avaient tout pour leur déplaire.

– Ce monde est conçu pour te briser le cœur, dit-il. Allez on se tire d’ici, enfoiré. “

L’évasion ébranle les habitants, une chasse à l’homme est mise en place aussitôt pour tenter de capturer ces suppôts de Satan, morts ou vifs.

Le monde est tellement étrange et divers. Tu pourras toujours y trouver au moins un spécimen d’à peu près n’importe quoi. “

Une véritable meute est à leur trousse. Les gardiens de la prison, c’est quand même leur boulot, aidé d’un traqueur hors pair, mais aussi deux journalistes qui espèrent bien faire la une des journaux.

« – Une fusillade aussi ça peut faire une putain de bonne histoire. »

Sans oublier Dayton, la hors-la-loi, trafiquante d’herbe, bien décidée de retrouver son cousin qui fait partie des détenus en cavale, avant les flics.

” Ce n’est pas le genre de chose dont on peut se détourner. Dayton ne se détourne pas. “

Sous un blizzard impitoyable, les détenus prennent des chemins différents et sèment sur leurs passages une impitoyable violence dangereusement incontrôlable.

Infernale, sanglante, démoniaque, cette traque va faire couler beaucoup de sang avant de faire couler beaucoup d’encre…

Ce que j’en dis :

En 2015, je découvrais la plume noire de Benjamin Whitmer avec Pike (ma Chronique ici) et je fut immédiatement conquise autant par son style que par son histoire.

La même année il récidive et nous offre avec la complicité des éditions Gallmeister une fois encore, Cry Father et confirme mon attachement indestructible pour cette noirceur américaine absolument bien représentée dans ses œuvres.

Il m’aura fallu patienter trois années pour à nouveau me plonger dans une nouvelle Évasion livresque, mais ça valait le coup c’est certain. Cette fois les lecteurs américains vont attendre leur tour, car nous avons droit à l’exclusivité française, et l’on peut remercier Oliver (L’éditeur) pour cette délicate et magnifique attention.

Évasion nous embarque dans une tragédie contemporaine, un western moderne dans la pure tradition de l’Ouest. Une histoire inspirée d’une véritable évasion, que connu le Colorado State Penitentiary, l’une des prisons de haute sécurité de Cañon City en 1948.

L’histoire nous plonge dans une course poursuite infernale, violente et sanglante mettant en scène les fugitifs, leurs poursuivants, quelques intimes, des habitants et également deux journalistes qui de spectateurs vont devenir acteurs à part entière. Des personnages haut en couleurs qui, en une nuit vont faire de cette ville et de ses habitants un enfer.

Un désespoir sans fond qui pourtant amène le lecteur à éprouver de l’empathie pour les fugitifs, car au cœur de cette violence peut apparaître une pointe d’espoir et une once d’humanité.

En trois romans, Benjamin Whitmer a rejoint les géants du noir que j’affectionne. Son écriture brutale sans concessions mets toujours en avant les oubliés de l’Amérique, qui ont grandi entouré de violence mais aussi de pauvreté. Une manière comme une autre pour ne pas oublier d’où il vient, lui qui rêvait de devenir braqueur ou écrivain… un rebelle comme j’aime qui met tout son cœur à l’ouvrage et nous fait cadeau d’histoires extraordinaires.

Je ne sais pas ce qu’il serait devenu en tant que braqueur mais une chose est sûre, il excelle dans son rôle d’écrivain. Il est devenu un véritable conteur alors souhaitons qu’il conserve cette voie et continue la suite d’Évasion et finisse cette future trilogie qui risque bien de devenir mythique.

Pour info :

Benjamin Whitmer a grandi au milieu de la forêt et des livres. Il puise son inspiration dans ses balades, et se rends dans tous les endroits qu’il décrit pour bien s’imprégner de l’atmosphère et la retransmettre au plus juste dans ses récits. Il prends énormément de notes sur un carnet de poche qu’il garde constamment sur lui, puis retranscrit sur l’ordinateur de son domicile et plus récemment sur un petit ordinateur portable. Il écrit énormément de brouillon avant le manuscrit définitif, et voilà une chose surprenante, il détruit toutes ses notes et brouillons après avoir envoyé son manuscrit à l’éditeur qu’elles soient sur papier ou sur disque dur. Pour lui seul compte le roman terminé, il ne s’encombre pas.

Il vit aujourd’hui avec ses deux enfants dans le Colorado, où il passe son temps libre en quête d’histoires locales, à hanter les librairies, les bureaux de tabac et les stands de tir des mauvais quartiers de Denver.

Pour Benjamin, Jacques Mailhos est le meilleure traducteur du monde et le considère comme un véritable ami. Jacques Mailhos a une idée précise de ce qu’il aime.

Extrait de l’histoire interdite par Benjamin Whitmer, traduit par Jacques Mailhos parue dans le numéro 4 du magazine America :

« Comme je le répète sans cesse aux gens qui me demandent pourquoi mes romans sont si violents : si vous n’écrivez pas sur la violence, alors vous n’écrivez pas sur l’Amérique. C’est dans la violence – aussi bien sous la forme du mythe de la régénération héroïque que nous vénérons que celle de la réalité systématique écrasante que nous ignorons –, c’est en elle que gisent les questions fondamentales de l’identité américaine. La tension entre ces deux polarités constitue ce que nous sommes. (…)

Et c’est ce à quoi nous assistons en Amérique, dans toutes les communautés : à une prise de conscience de la manière dont la violence fonctionne dans notre pays. Ce n’est pas joli à voir. C’est parfois raciste. C’est misogyne. Mais cela vient aussi des gens qui, historiquement, ont toujours fait confiance à la violence et au pouvoir américains. Ces gens se réveillent et ils constatent que cette confiance est totalement dilapidée. Nous continuons peut-être à fêter Thanksgiving, mais nous ne sommes plus certains de l’objet exact de nos remerciements. C’est à mon sens le seul premier pas qui puisse nous mener quelque part. »

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce nectar noir que j’ai savouré sans modération.

“ Tremblement de temps ”

Tremblement de Temps de Kurt Vonnegut aux Éditions Super 8

Traduit de l’anglais (États-Unis ) par Aude Pasquier

Le monde entier est un théâtre, et tous les hommes et les femmes de simples acteurs. “

En 2001: un « tremblement de temps temporel » renvoie le monde entier en 1991. L’occasion peut-être de corriger certaines erreurs et d’éviter certaines catastrophes ? Et bien non, tout recommence à l’identique. L’humanité poursuit sa course infernale avec nonchalance.

” À croire que nombreux attendent la mort et d’être délivré de leur vie. “

Le pitch laisse présager un roman de science-fiction et pourtant l’auteur culte d’Abattoir 5 n’a pas eu envie de l’écrire, mais a eu envie de digresser autrement en embarquant le lecteur dans un étourdissant voyage au pays de la fiction.

” Je rentre à la maison. Je me suis sacrément amusé. Écoutez nous sommes sur terre pour glandouiller. Ne laissez personne prétendre autre chose ! “

Ce que j’en dis :

L’auteur pose un regard acerbe sur la société américaine. Il médite brillamment sur son pays, sur la guerre, lui l’ancien soldat qui fut un temps prisonnier, mais aussi sur la famille, les amis, sur la vie et les choix qui la composent.

” Beaucoup de gens échouent parce que leur cerveau, leur éponge d’un kilo et demi imbibée de sang, leur pâtée pour chien, n’est pas assez performante. La cause d’un échec peut être aussi simple que ça. Certains ont beau s’efforcer, ils ne cassent pas trois pattes à un canard. Point final ! “

Un récit autobiographique où Kurt Vonnegut se livre à cœur ouvert, sans fards et

pourtant cet OLNI a bien failli ne pas voir le jour.

Une lecture qui est parfois déroutante mais qui régale par son côté grinçant et très atypique. Une plume plutôt sarcastique, satyrique qui résonne avec un réalisme surprenant. Remplis d’aphorismes, le lecteur reste captivé et se laisse embarquer dans un univers étrange.

L’absurdité du monde dans toute sa splendeur.

Un récit subversif, assez mordant et plutôt jouissif qui va réjouir ses fans.

Pour info :

Avec son frère et sa sœur, Kurt Vonnegut Jr grandit dans une famille aisée. Son père, Kurt Sr, architecte, perd toute sa fortune dans la Grande Dépression. En 1940, Kurt entre à la Cornell University, étudie la chimie et la biologie selon le désir de son père, mais se distingue comme éditeur du Cornell Daily Sun. Il quitte l’université en 1943 pour s’engager dans l’armée et est fait prisonnier par les Allemands lors de la bataille des Ardennes. Il se retrouve alors à Dresde, en Allemagne, enfermé au sous-sol d’un abattoir, le Slaughterhouse Five. Pendant la nuit du 13 février 1945, la ville est bombardée par les Alliés. On dénombre 130000 morts en deux jours. Kurt, toujours enfermé au sous-sol de l’abattoir, et l’un des rares survivants et sera ainsi chargé par les Allemands de rassembler les corps des victimes pour les brûler. Il est libéré par l’armée Rouge en mai 1945.

Cette expérience donnera corps à son roman le plus connu, Abattoir 5, paru en 1969. Après la guerre, Kurt poursuit des études d’anthropologie à la Chicago University et obtient son diplôme grâce au succès de son livre Le Berceau du chat (1963), alors qu’il a déjà quitté l’université depuis plusieurs années. Il travaille comme publicitaire chez General Electric lorsqu’il publie Le Pianiste déchaîné (1952), Les Sirènes de Titan (1959) et surtout Abattoir 5 (1969), et Le Petit Déjeuner des champions (1973), ses textes les plus connus.

Les romans de Kurt Vonnegut, pessimistes et satiriques, combinent réalité, science-fiction et fantasy pour peindre avec une plume acérée les horreurs, les absurdités et l’aliénation de la vie moderne, les effets de la technologie sur les hommes et des personnages en quête de sens dans un univers absurde. Il reste un des écrivains les plus étudiés sur les campus universitaires aux États-Unis, et ses ouvrages ont influencé plusieurs générations d’étudiants, lui conférant le statut d’auteur culte outre-Atlantique. Son nom est régulièrement cité dans des œuvres de la culture populaire, des Simpsons à Strangers Things. L’astéroïde 25399 Vonnegut a été nommé en son honneur.

Je remercie les Éditions Super 8 pour ce voyage intemporel grinçant à souhait.

“ Les heures rouges ”

Les heures rouges de Leni Zumas aux Éditions Les Presses de la Cité

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Rabinovitch

” Deux ans plus tôt, le Congrès américain a ratifié l’amendement sur l’identité de la personne, qui accorde le droit constitutionnel à la vie, à la liberté et à la propriété à un œuf dès l’instant de sa conception. L’avortement est aujourd’hui illégal dans les cinquante États. Les avorteurs peuvent être accusés de meurtre au second degré et les femmes désireuses d’avorter, de complicité de meurtre. La fécondation in vitro est également interdite au niveau fédéral, parce que l’amendement condamne transfert d’embryons du laboratoire dans l’utérus ( Les embryons ne sont pas en mesure d’y consentir) . “

Non loin de Salem dans l’Oregon aux États-Unis, suite à la ratification de l’amendement sur l’identité de la personne, l’avortement est interdit, l’adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Le destin de quatre femmes est sur le point de basculer.

« Il y a deux ans à peine a-t-elle rappelé – crié, en réalité – l’avortement était légal dans ce pays, mais aujourd’hui nous en sommes réduites à nous jeter au bas de l’escalier. »

Il y a Ro, professeure célibataire, qui se débat d’une part avec un projet de biographie d’Elvør Minervudottir, une exploratrice islandaise et qui tente d’autre part de concevoir un enfant.

Susan est quand à elle déjà mère de deux enfants, mais est lasse de sa vie de mère au foyer. Sa vie est devenue d’une banalité affligeante. Elle n’envisage plus de procréer et redoute même un accident.

” À l’âge de trente ans, lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte de Bex, l’épouse a eu l’impression de glisser sous une porte de garage en train de se refermer. “

Mattie, une des meilleures élèves de Ro, entrevoit l’avenir sereinement. Elle s’imagine très bien une carrière scientifique et elle peut compter sur ses parents adoptifs pour l’y encourager. Par curiosité, et pour la première fois elle expérimente l’amour charnel…

Et enfin, Gin la guérisseuse, qui vit en marge de la société et se voit accusée de sorcellerie.

Elle ne devrait pas se laisser prendre à guetter la fille. Les gens la considèrent déjà comme une personne dérangée, une farfelue des bois, une sorcière. Elle est plus jeune que les sorcières à balai qu’on voit à la télé, mais ça ne les empêche pas de chuchoter. “

Quatre femmes qui voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère.

Ce que j’en dis :

À travers ce roman choral qui donne la voix à quatre femmes de tous âges, Leni Zumas nous offre un roman engagé, féministe sans être pour autant militant.

Elle aborde d’importants sujets tels que l’avortement, la PMA, l’adoption, qui prêtent parfois à polémique dans un monde qui revient sans cesse sur des lois qui ont mis déjà tant de temps à accorder certains privilèges aux femmes, qu’elles soient seules ou en couple. Il suffit d’un changement de gouvernement pour que tout soit remis en question. Il est d’autant plus difficile de l’accepter face à un pays qui laisse circuler des armes qui permettent de tuer bien plus brutalement et parfois sans même une raison valable. Une ironie de plus qui ne peut que m’insurger.

Présenté de manière fort intéressante, ce roman au ton parfois cynique donne une parfaite représentation de ce que certaines femmes subissent au quotidien dans leurs parcours et dans leurs désirs d’être mère ou pas. Des femmes qui connaissent la douleur mais qui ne perdent jamais espoir de s’affranchir de leur condition.

Un premier roman qui ne laisse pas indifférent.

Leni Zumas habite Portland, Oregon, où elle est professeure agrégée. Elle est l’auteure de deux romans, Red Clocks et The Listeners, et d’un recueil de nouvelles.

Les heures rouges est son premier roman à paraître en France.

Je remercie Léa, créatrice du Picabo River book club et les éditions Les Presses de la Cité pour cette lecture avant-gardiste.

“ Les jours de silence ”

Les jours de silence de Phillip Lewis aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut

«  Il était habituel pour les enfants d’Old Buckram de commencer l’école mais de ne pas aller au bout, et, comme on pouvait s’y attendre, aucun des ainés de mon père ne reçut guère d’éducation au-delà des années de lycée obligatoires. Je me rappelle avoir un jour demandé naïvement à mon grand- père s’il était allé à l’université. Il me répondît sèchement : « Non, petit, mais je suis passé à côté d’un certain nombre d’universités. Sans m’arrêter. » (…) Mon père, toutefois, parmi ces nombreux enfants, se distinguait. À un degré déconcertant. (…) Dans une famille où savoir lire était considéré comme une simple nécessité et aucun cas comme une vertu, il apprit sans guide. Il avait toujours un livre, avant même de savoir quoi en faire. “

Sur un contrefort élevé des Appalaches se dresse une étrange demeure de verre et d’acier réputée maudite dans le petit village d’Old Buckram. C’est ici que vit la famille Aster.

Le père, Henry Senior, intellectuel autodidacte développa très tôt une passion incommensurable pour les mots.

” M. Smeth avait dit à mon grand-père : « Il est franchement bizarre, ce garçon ; vous savez ?

– Vous pensez, si on le sait. » “

La mère, Eleonore, insoumise et lumineuse partage ses journées entre la contemplation de la nature et l’élevage de pur-sang.

Et avec eux, leurs enfants, Threnody, une adorable fillette et Henry Junior, petit garçon très sensible et attentif, qui voue une véritable adoration à son père. Un père qui lit et noircit jour et nuit des pages et des pages, qui composeront un jour, le roman de sa vie.

Quand l’homme se fut retiré, je demandai à Père pourquoi il passait tant de temps à lire. Il lâcha un rire et se mit à nettoyer ses lunettes (…) « J’adore lire, dit-il. J’adore les mots, le langage. Il en a toujours été ainsi. Il n’est rien qui me plaise davantage.

– Et pourquoi passes-tu autant de temps à écrire ? »

Je vis qu’il réfléchissait. Je lui avais posé une question dont il ignorait la réponse, mais qu’il avait passé sa vie à chercher. “

Dix années plus tard, Henry Junior sous prétexte de poursuivre ses études, fuit cette maison et son intranquillité chargé de silence qui le ronge. Fuir pour essayer de comprendre pourquoi un jour son père est parti, emportant son mystérieux manuscrit…

” Le monde entier qui s’étendait tel un arc à l’horizon semblait vaste et vide. “

Ce que j’en dis :

À travers ce roman et un style raffiné, l’auteur nous offre le portrait sibyllin d’une famille du vieux Sud, amoureux des mots, des livres et de leurs histoires, sans pour autant parvenir à exprimer ses plus belles joies comme ses terribles peines.

Il explore en profondeur la passion démesurée de la lecture et de l’écriture d’un homme épris depuis toujours des mots. Une passion qui conduit jour après jour dans la douceur du silence.

Il aborde également, le deuil, la solitude mais aussi l’abandon, parfois nécessaire pour ne pas sombrer dans la folie.

Un premier roman d’apprentissage puissant, accompli, qui s’impose avec délicatesse, à son rythme, d’une manière très personnelle chère à l’auteur.

Un roman bouleversant, qui laisse son empreinte dans la mémoire des lecteurs.

Philippe Lewis en compagnie de membres du Picabo River Book Club, lors d’un petit déjeuner organisé par Léa et les Éditions Belfond , à l’occasion du festival America

Né en Caroline du Nord, Phillip Lewis a étudié à l’université North Carolina de Chapel Hill et à l’école de droit Norman Adrian Wiggins, où il a été rédacteur en chef de la Campbell Law Review. Avec son premier roman, Les Jours de silence, il nous plonge dans le décor fascinant des montagnes des Appalaches d’où, comme son narrateur, il est originaire. Il vit actuellement à Charlotte, en Caroline du Nord.

Je remercie les Éditions Belfond et Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club pour l’organisation d’un super petit déjeuner avec l’auteur et pour cette formidable lecture.

“ La toile du monde ”

La toile du monde d’Antonin Varenne aux éditions Albin Michel

” Sous les lampes à pétrole charmantes et désuètes, les représentants de la nouvelle Amérique, enthousiastes et déterminés, ont rendez-vous avec le monde électrifié. “

En 1900, à bord d’un paquebot français, Aileen Bowman, une journaliste célibataire de trente-cinq ans, est en route pour Paris afin de couvrir l’événement qui s’y prépare pour le New-York Tribune.

Aileen avait été accueilli à la table des hommes d’affaires comme une putain à un repas de famille, tolérée parce qu’elle était journaliste. Le premier dîner, dans le grand salon du luxueux Touraine, avait suffi à la convaincre qu’elle naviguait à bord d’une ménagerie (…) En sa présence, les maris n’avaient pas laissé leurs épouses parler. De peur sans doute qu’elles expriment, par sottise ou inadvertance, de la curiosité pour cette femme scandaleuse : la socialiste du New York Tribune, la femme aux pantalons, Aileen Bowman la rousse. “

Né d’un baroudeur anglais et d’une Française utopiste, élevée dans le décor sauvage des plaines du Nevada, Aileen est une femme affranchie de tout lien et de toute morale, passionnée et fidèle à ses idéaux humanistes.

” Elle sentait la colère monter, s’accélérer le cycle des arguments tronqués, son mépris pour le genre féminin, si sujet à la servitude volontaire qu’ Aileen était tentée d’excuser les hommes qui en abusaient. Ces dindes rôties, dans leurs corsets qui en avaient tué plus d’une, récoltaient ce qu’elles méritaient. Ces bourgeoises qui se moquaient d’avoir le droit d’entrer à l’université si leurs armoires étaient bien garnies, ces pondeuses de mômes qui se plaignaient du nombre de bouches à nourrir et se laissaient engrosser sans protester, la masse de ces bonnes femmes, noyées dans leur quotidien, occupées à cuire et gagner le pain, se plaignant à jamais mais terrifiées à l’idée de se révolter. “

Au fil du récit on se retrouve transporté au cœur de l’exposition universelle de Paris, dans une ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers des bordels où les peintres puisent leurs inspirations où la personnalité extravertie d’Aileen se confond avec la ville lumière.

Un magnifique portrait en miroir où se dessine la toile du monde, de l’Europe à l’Amérique, du dix-neuvièmes un vingtième siècle, du passé au présent, en compagnie d’Aileen une femme libérée, extravertie, qui se dirige vers un destin inattendu.

Lac Tahoe

Ce que j’en dis :

Depuis ma découverte du formidable roman d’aventure, Trois mille chevaux-vapeur en 2014, je suis devenue une fan inconditionnelle de la plume d’Antonin Varenne. Équateur suivit en 2017, et La toile du monde clôture cette formidable épopée.

Antonin Varenne est un conteur hors pair, capable de nous plonger dans le passé à travers une époque en pleine construction qui présage déjà des beaux jours à la ville lumière.

Il dépeint à merveille toute l’effervescence qui se déploie autour de cette exposition universelle démesurée. Une ambiance particulière, virevoltante où s’intègre très vite cette journaliste libérée adepte du saphisme qui compte bien vivre l’aventure parisienne jusqu’au bout de la nuit. Aussi douée pour la plume que pour la fête, bien loin de la place qu’on accorde aux femmes en ce temps-là. Aileen, rebelle franco-anglaise, une héroïne qui sied à merveille à cette histoire et lui donne un côté sauvage, extravertie, absolument réjouissant.

Un magnifique portrait de femme entourée d’une foule de personnages surprenants qui donnent un souffle de liberté et une douce folie à ce formidable récit.

Une fois encore je tombe sous le charme de son style et de sa plume, et c’est avec panache qu’Antonin Varenne clôt la trilogie des Bowman.

La toile du monde une petite merveille qui ravira les collectionneurs d’écrivains talentueux.

Après une maîtrise en  philosophie, Antonin Varenne parcourt le monde : Islande, Mexique… la Guyane et l’Alaska sont les deux derniers pays en date qu’il a découverts. Avec Fakirs (2009), il reçoit le Grand Prix Sang d’encre ainsi que le Prix Michel Lebrun, puis le  prix Quais du Polar /20 Minutes avec Le Mur, le Kabyle et  le Marin (2011). En 2014 est sorti Trois mille chevaux vapeurs chez Albin Michel, un grand roman d’aventures.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette fabuleuse toile livresque.

“ Prodiges et miracles ”

Prodiges et miracles de Joe Meno aux Éditions Agullo

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Morgane Saysana

La jument blanche fit son apparition un lundi. Ni le grand-père ni le petit- fils n’avaient la moindre idée de qui l’avait envoyée. Au début, il n’y eut que les violents soubresauts du pick- up brinquebalant sur la route sans marquage, traînant dans son sillage un van de luxe gris argent, ses dix roues chahutant l’air en soulevant un nuage de poussière aussi vertigineux qu’un clocher. (…) Lorsqu’un homme affublé de lunettes noires de policier s’extirpa de derrière le volant, s’étirant les jambes comme s’il venait de parcourir un long trajet, Jim lui demanda de quoi il en retournait. “

1995 dans l’Indiana, Mount Holly une petite ville semble s’éteindre peu à peu. C’est là que vit Jim Falls un vétéran de la guerre de Corée. Il élève des poulets dans sa ferme, aidé par son petit fils métis prénommé Quentin.

Sa fille lui a laissé sur sur les bras ce garçon sans père, lors d’un passage éclair avant de disparaître une fois de plus pour rejoindre une bande de paumés. Junkie un jour, junkie toujours.

L’élevage familial de poulet ne rapporte pas assez et les dettes s’accumulent, l’avenir n’est guère réjouissant, alors quand cette jument entre dans leur vie, on aurait tendance à croire au miracle.

” Dans ses fantasmes les plus intimes, le garçon rêvaient d’installer sur le cheval la selle anglaise brodée d’argent, la bride faite sur mesure, puis de glisser ses pieds dans les étriers noirs et chromés pour se hisser sur le dos de la monture, et de parcourir ventre à terre, tel un éclair, la terre maculée de boue, l’animal et le garçon fonçant jusqu’à se muer en une tache blanche et floue, tenace, une étincelle, une brume de pâleur incolore persistante, une unique chose dénuée de couleur. “

Quentin, plutôt taciturne jusque là, à force d’attendre le retour de sa mère reprend vie et s’attache à cette magnifique jument.

Elle semble taillée pour la course, et sa beauté redonne une touche d’espoir dans la noirceur de leur vie.

” L’aube ce matin là était froide, les champs nappes de rosée. Le bruit des bottes sur l’herbe, lisse, verte, brune, jaune. L’odeur du café dans un vieux thermos en métal. Les volailles bruyantes, leurs caquètements le raffut primitif du jour qui point. Le cheval silencieux dans son box. Le soleil pareil à un animal mythique entamant déjà sa course vers l’ouest. “

Seulement voilà, un tel bonheur attire forcément les convoitises. Mais pour Jim Falls pas question de baisser les bras et de s’avouer vaincu. Puisque cette jument lui appartient, il mettra tout en œuvre pour ne pas la perdre et donner à son petit fils une vie meilleure.

” J’ai pas grand-chose en ce bas monde, souffla le grand-père tandis que l’adolescent l’aidait à boucler sa ceinture. J’ai pas grand-chose. Alors, Seigneur, laissez-nous la conserver, celle-là, au moins. Rien que celle-là. “

Ce que j’en dis :

Dès que la couverture est apparue sur la toile, l’envie de découvrir ce qu’elle cachait était déjà bien présente . Qui plus est, connaissant et appréciant cette maison d’éditions qui m’a déjà permis de belles découvertes littéraires, d’horizons divers, j’étais on ne peut plus confiante quand à la qualité du récit. Grâce à Léa, créatrice du magnifique Picabo River Book Club, qui organisa un nouveau partenariat en collaboration avec les éditions Agullo, j’ai eu la chance d’être retenue et de recevoir cette petite merveille.

Toujours prête pour une nouvelle aventure américaine.

Dés les premières page, je suis sous le charme de l’écriture soignée et pleine de poésie. L’histoire à peine commencée me captive déjà et il en sera ainsi jusqu’à la dernière page. Un récit que j’ai fini le cœur serré et la vue brouillée. Mais qu’on se le dise, nous ne sommes pas ici au cœur d’un comte de fée mièvre mais dans un somptueux roman noir qui mérite bien des éloges.

Joe Meno a offert au vieil homme une magnifique jument et aux lecteurs, une superbe histoire pleine de rebondissements et d’émotions dans une contrée sauvage, sublimée par sa plume lyrique et illuminée par la beauté de l’équidé.

 » Le cheval renâcla doucement. Le garçon caressait l’animal en décrivant des cercles de plus en plus petit. « Tout était nul avant que tu te pointes. Mais maintenant tu es mon amie. Ma seule amie. N’essaie pas de repartir. Si tu tentes de t’enfuir je te suivrai. Je te jure.» “

Vous aussi, suivez l’aventure extraordinaire de ce grand- père, de son petit-fils et de cette jument et vous verrez que “ Prodiges et miracles ” cache bien plus qu’une simple histoire de cheval mais plutôt un rodéo littéraire digne des plus belles plumes américaines. Une couse folle dans l’Indiana qui devrait récolter quelques cocardes aux passages et finir sur les podiums prestigieux.

Je lui décerne la première : coup de cœur de Dealerdelignes.

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Joe Meno est né en 1974, et a publié son premier roman à l’âge de 24 ans. Il est l’auteur de sept romans et plusieurs recueils de nouvelles, et a reçu notamment le prestigieux prix Nelson Algren. Il écrit régulièrement pour le magazine underground Punk Planet, ainsi que pour le New York Times et Chicago Magazine. Il vit aujourd’hui à Chicago.

Je remercie Léa du Picabo River Book Club et les éditions Agullo pour cette chevauchée fantastique au cœur de l’Indiana.

“ Au loin ”

Au loin d’ Hernan Diaz aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste

” Mon nom est Håkan (…) Håkan Söderström. Je n’ai jamais eu besoin de mon nom de famille. Personne ne me le demandait. Personne arrivait à prononcer mon prénom. Je parlais pas anglais. (…)

Håkan donnait l’impression de parler aux flammes mais de ne voir aucun inconvénient à ce que des oreilles l’écoutent. (…)

Il était toujours impossible de distinguer le ciel de la terre, mais l’un comme l’autre avaient viré au gris. Après avoir ravivé le feu, Håkan reprit la parole. En marquant de longues pauses, et d’une voix parfois presque inaudible, il parla jusqu’au levée du soleil, toujours en s’adressant au feu, comme si ses mots devaient se consumer sitôt prononcés. “

Lorsque Håkan , un jeune paysan suédois débarqua aux États-Unis, il était accompagné de son frère. Sur le quai, la foule très importante les sépara en un instant.

Ce qui aurait du être une découverte de l’Amérique va s’avérer une toute autre aventure.

Seul et sans un sou , il n’aura pourtant qu’un seul but : retrouver son frère Linus à New-York, même si pour cela, il devra traverser tout le pays à pied.

En remontant à contre-courant le flux continu des pionniers qui se ruent vers l’Ouest, il poursuit ses recherches semées d’embûches.

Bien trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer.

” Durant ces tempêtes, dont les hurlements oblitéraient tout autodérision lui, Håkan puisait son seul soulagement dans la quasi-certitude de ne croiser âme qui vive. Sa solitude était totale et, pour la première fois, depuis des mois, en dépit des grondements et des lacérations, il trouva la paix. “

Sur cette route, il va croiser des personnages truculents et souvent hostiles : une tenancière de saloon, un naturaliste très original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des indiens, des hommes de loi.

Au loin, l’Amérique se construit, et lui se forge une légende sans même s’en douter. Il devient un héros malgré lui.

Il se réfugie, loin des hommes, au cœur du désert, pour tenter de ne plus être étranger à lui-même et aux autres.

” Håkan s’était flétri et ridé, la brûlure du soleil avait raviné ses joues et son front. Ses yeux restaient perpétuellement plissés, sans que cela ne résulte d’un froncement de sourcils délibéré. C’était juste là sa nouvelle physionomie – celle, continûment grimaçante, d’un jeune homme harcelé par une lumière aveuglante ou en butte à un problème insoluble. Sous le surplomb accidenté des sourcils désormais soudés, ses yeux, presque entièrement dissimulés au creu d’une étroite tranchée, ne brillait plus de crainte ou de curiosité mais d’une faim stoïque. Une faim de quoi– il n’aurait su dire. “

Ce que j’en dis :

Au loin de somptueux paysages, des grands espaces et une terre pillée petit à petit aux indiens par les pionniers chercheurs d’or. Au loin dans ce désert, un homme, seul, erre à la recherche de son frère.

Au hasard des pistes, tous vont se croiser et parfois faire un bout de chemin ensemble. Håkan va durant ce périple, découvrir la solitude et la dure réalité du rêve américain brisé par des conditions de survies si difficiles, en terre inconnue.

Hernán Díaz revisite à merveille  » le western nature writing” en nous offrant un roman d’une richesse aussi démesurée que les grands espaces qui l’accompagnent. À travers ce roman initiatique, autour d’un personnage central, il nous plonge dans la conquête de l’Ouest d’une manière moins conventionnelle, et toute aussi évocatrice pour nous faire voyager dans le passé, dans cette Amérique en passe de devenir.

Un magnifique roman d’aventure qui aborde le thème de l’immigration avec une grande lucidité.

Au loin m’a envoûté à travers ces paysages à couper le souffle. Au loin m’a charmé par sa plume évocatrice et sublime. Au loin m’a conquise à travers ce héros bouleversant et extraordinaire.

Un roman qui rejoint mon Panthéon d’auteurs inoubliables à découvrir et à suivre absolument.

Un magnifique écrin, une traduction soignée se rajoutent à ce bijou littéraire précieux.

Pour tous les amoureux de la littérature américaine et des grands espaces qui inspirent à vivre une voyage lisvresque exceptionnelle.

Gros coup de cœur.

Hernán Díaz a surgi de nulle part. Sans agent, il envoie son manuscrit par la poste chez Coffee House Press, la maison d’édition de Mineapolis à but non lucratif. Et voilà que ce parfait inconnu devient finaliste du prix Pulitzer et figure dans la liste du PEN Faulkner Award.

« Un premier roman, un petit éditeur indépendant, un finaliste du Prix Pulitzer » titrait récemment le New York Times en s’étonnant d’être passé à côté du très beau roman d’ Hernán Díaz, à sa parution.

Né en Argentine, Hernan Diaz vit depuis 20 ans à New York. Il est aujourd’hui directeur adjoint de l’Institut Hispanique de l’université de Columbia. Finaliste du prix Pulitzer, Au loin est son premier roman.

Je remercie Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club et les Éditions Delcourt de m’avoir offert cette découverte, une aventure livresque grandiose.

“ Une maison parmi les arbres ”

Une maison parmi les arbres de Julia Glass aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Josette Chicheportiche

” Mais cette maison donne vraiment l’impression d’avoir abrité en elle le cœur de Lear. Pas étonnant qu’il ait quitté New York. C’était sa ruche, sa tanière, et que les pièces soient toutes de taille modeste rendait l’endroit rassurant. Lear ne voulait ni d’un palais ni d’une villa ni d’un presbytère, il voulait un havre de paix, une retraite de tous les jours, la cellule d’un moine, le terrier d’un blaireau. “

Suite à un banal accident, Morty Lear, auteur estimé de livres pour enfants, meurt. Tomasina Daulair son assistante hérite de tous ses biens : sa belle maison dans le Connecticut, mais aussi la lourde gestion de son patrimoine artistique. Au fil des années une véritable amitié s’était tissée entre eux. Elle vivait auprès de lui, et cette mort soudaine laisse une douleur vive et un vide immense.

” Elle doit se rappeler qu’il n’y a pas de Morty à chercher. “

Morty semblait marqué par son étrange jeunesse et très ébranlé par la perte de son amant emporté par le sida. Il s’était entièrement reposé sur Tommy jusqu’à ne plus pouvoir se passer d’elle, et c’est ainsi qu’elle lui consacra toute sa vie et ne vécu qu’à travers lui.

Lorsqu’un célèbre acteur engagé pour incarner Morty se présente, Tommy et lui sont amenés à fouiller dans les affaires très personnelles de Morty.

” Tout autour de lui – sur les murs, sur les surfaces des tables, sans nul doute dans les nombreux tiroirs et meubles de rangement – ce sont des centaines, probablement des milliers d’objets définissant une vie. Pas juste n’importe quelle vie, et pas juste la vie d’un homme célèbre, mais la prochaine vie que Nick endossera tel un costume magistralement taillé. Un rôle sur mesure. ”

Certaines découvertes plutôt surprenantes amènent Tommy à s’interroger, connaissait-elle vraiment l’homme dont elle partageait la vie depuis quarante ans ?

“ Non, je ne me vois pas comme un conteur. (…) Je me vois comme quelqu’un qui fabrique des histoires – un bâtisseur, un maçon. Chaque décision que prennent mes personnages est une brique, chaque relation une couche de mortier. Les dessins que je fais ? Des fenêtres et des portes. Si, quand j’ai fini, les lumières s’allument et que le toit ne fuit pas, j’ai de la chance. Je suis chez moi. ”

Ce que j’en dis :

Si Morty ne se voit pas comme un conteur il en est tout autrement pour Julia Glass qui s’avère être une formidable raconteuse d’histoire.

À travers cette magnifique fresque qui nous révèle l’univers d’un écrivain dessinateur pour enfants, on découvre également l’envers du décor et les multiples facettes qui se cachent derrière la création d’un livre.

L’écriture et le dessin permettent parfois d’exorciser des traumatismes liés à l’enfance. Des blessures difficiles qui ne se referment jamais tout à fait.

Avec style et tout en finesse elle aborde différents thèmes tels que l’amitié, l’amour, la passion du métier d’écrivain illustrateur, le dévouement, la famille, le deuil, les souvenirs, les relations au milieu d’une nature omniprésente.

Tout comme pour Morty Lear, La maison dans les arbres est un livre à apprivoiser tranquillement pour l’apprécier à sa juste valeur.

Un récit qui m’a charmé par sa plume touchante et délicate. Une fiction extraordinaire où les personnages magnifiquement incarnés nous offrent un regard profond sur l’âme humaine.

Julia Glass est née à Boston dans le Massachusetts. Elle vit à Marblehead, avec son compagnon, le photographe Dennis Cowley, et leurs deux enfants, et travaille comme journaliste indépendant et éditrice. Elle est diplômée de Yale depuis 1978,

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce beau roman d’une belle sensibilité.

“ Helena ”

Helena de Jérémy Fel aux Éditions Rivages

” Çe ne pouvait pas être être vrai. Ce n’était pas de cette façon que cela aurait du se passer. De n’importe quel cauchemar on se réveillait un jour. “

Lors d’un été caniculaire au Kansas, Hayley prends la route pour assister à un tournoi de golf, en hommage à sa mère trop tôt disparue. C’est sur le chemin qu’elle va faire connaissance avec Norma, une femme qui vit seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs en tentant tant bien que mal de garder un équilibre familial. Tommy, dix-sept ans, un des fils de Norma semble assez perturbé, il ne parvient à apaiser sa propre souffrance qu’en l’infligeant à autrui.

Mais le démon n’en avait pas fini avec lui. Tommy n’avait pas tardé à le revoir en rêve. (…) Certaines nuits, il l’entendait lui parler alors qu’il était éveillé. Et dans les rêves qui suivaient, il lui montrait des choses qu’il ne voulait pas voir, des choses perverses, des choses sales, des choses dont il ne pouvait, au bout du compte, nier la beauté. “

Comment expliquer aux autres qu’une vie simple, sans histoires, abritait en son sein le plus inavouable des cauchemars. “

Tous les trois vont se retrouver piégés dans une spirale infernale où la violence règne en maîtresse absolue. Ils tenteront de s’en extraire au risque de tout perdre, y compris leur vie.

Morts, ils lui appartenaient totalement. Morts, ils lui appartenaient tous. “

Ce que j’en dis :

Après avoir fait la connaissance de l’auteur et de sa plume en 2015 à travers son premier roman noir : Les loups à leur porte publié également aux éditions Rivages, j’étais on ne peut plus impatiente de découvrir son nouveau récit.

Après nous avoir embarqué en plein milieu de l’Indiana, direction le Kansas aux côtés de personnages guère plus sympathiques, même si de première abord ils cachent bien la part sombre qui sommeille en eux.

Une histoire située dans un endroit inventé de toute pièce mais bien ancré dans l’univers américain, là où, les coins reculés de l’Amérique regorgent d’espèces humaines bien souvent terrifiantes.

Jérémy Fel a l’art et la manière pour instaurer un climat de tension dans une ambiance étrange et sordide qui m’a fait penser à l’univers d’Alfred Hitchcock et de Stephen King.

Parfois, certains de ces sales volatiles le pistaient quand il vadrouillait à l’extérieur. Il avait commencé à lancer des pierres pour pouvoir les atteindre. L’ogre ne devait pas sortir de son antre en journée, c’était pour cela qu’il envoyait ces charognards à sa recherche.

Des espions dévoués qui eux, pouvaient le suivre n’importe où. “

Ce roman choral qui donne la voix aux protagonistes principaux se révèle angoissant à souhait, à peine le temps de reprendre son souffle que d’autres péripéties scabreuses se profilent à l’horizon. Et même si la violence est bien présente, on ne doit pas oublier l’élément déclencheur : c’est l’amour maternel ou son absence d’amour qui fera toute la différence.

Un grand roman noir psychologique qui distille son intrigue au fil des pages et garde de ce fait son lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

Une fois de plus, je suis conquise.

À votre tour de découvrir les secrets d’Helena.

Moi-même et Jérémy Fel 2018 le livre sur la Place

Jérémy Fel a été scénariste de courts – métrages et libraire. Il travaille actuellement à l’adaptation de son premier roman, Les loup à leur porte (prix Polar en série 2016) Helena est son second roman.

je remercie Jérémy et les Éditions Rivages pour ce voyage terrifiant au Kansas.