“ L’été où tout a fondu ”

L’été où tout a fondu de Tiffany McDaniel aux Éditions Joëlle Losfeld

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Mercier

Dans les années 80, dans l’Ohio, au Sud des Appalaches, le procureur Autopsy invite par l’intermédiaire d’une lettre, le diable dans sa petite ville de Breathed.

” Cher Monsieur le Diable, Messire Satan, Seigneur Lucifer, et tous les autres croix que vous portez, je vous invite cordialement à Breathed, Ohio. Pays de collines et de meules de foin, de pêcheurs et de rédempteurs.

Puissiez-vous venir en paix.

Avec une grande foi,

Autopsy Bliss “

S’attendant à voir débarquer une bête monstrueuse avec des cornes, sa surprise fut d’autant plus grande en voyant apparaître un jeune garçon noir aux yeux verts prénommé Sal.

Pensant cet enfant échappé d’une ferme voisine, le procureur décide de l’accueillir chez lui.

” La chaleur est arrivée en même temps que le diable. C’était l’été 1984, et si le diable avait été invité, tel n’était pas le cas de la chaleur. Mais on aurait dû s’y attendre. Après tout, la chaleur est la marque fabrique du diable, et depuis quand voyagerait-on sans sa marque de fabrique ?

Cette chaleur ne s’est pas contentée de faire fondre des choses tangibles, comme la crème glacée, le chocolat, les Popsicles. Elle a aussi fait fondre l’intangible. La peur, la foi, la colère, et les lieux communs du bon sens le plus éprouvé. Elle a fait fondre des vies aussi, qui n’ont connu que le triste destin de la terre pelletée par le fossoyeur. “

Le temps d’un été, Sal va partager la vie de cette famille, auprès du jeune Fielding et de son grand-frère Grand, de leur mère qui a la phobie de la pluie et ne sort jamais de leur maison, de l’irascible tante Fedelia et de la chienne Granny, sans oublier le procureur.

La canicule s’est installée au même moment déclenchant simultanément quelques événements plutôt inquiétants.

Les habitants voient d’un mauvais œil l’arrivée de ce noir, si jeune soit-il et un climat de discrimination envahit la ville où règne déjà une importante ferveur religieuse.

Il ne faut pas longtemps pour la suspicion et le racisme prennent possession de la ville où la mort rôde.

” Le fait d’être le diable faisait de lui une cible, mais lui donnait aussi un pouvoir qu’il n’avait pas en tant que simple garçon. Les gens le regardaient, l’écoutaient. Le fait d’être le diable faisait de lui quelqu’un d’important, le rendait visible. Et n’est-ce pas ce qu’il y a de plus tragique dans cette histoire ? Qu’un garçon doive être le diable pour être pris en considération ? « 

Ce que j’en dis :

C’est à travers les souvenirs de Fielding que cette histoire nous est comtée.

Si au départ j’ai cru m’aventurer dans un roman aux allures du grand Stephen King, j’ai très vite réalisé qu’il possédait une véritable profondeur mettant le doigt sur certains principes religieux mais surtout sur les ravages occasionnés par la discrimination raciale et homophobe.

Le mal sommeille dans chaque personne et il aura suffit d’un prétexte comme l’arrivée de ce jeune noir en même temps que cet embrasement caniculaire qui sévit sur la ville pour déclencher une véritable épidémie de méchanceté, de rumeurs et autres mauvaises actions entraînant la mort.

Tel un incendie, le mal attisé par tant de partisan s’intensifie et envahit ce petit coin de paradis et le transforme en enfer.

Un roman profond qui brosse le portrait peu flatteur d’une Amérique hélas égale à elle-même sur bien des sujets toujours présents de nos jours.

Un premier roman extraordinaire qui mérite toute votre attention.

Pour Info :

Tiffany McDaniel est née et a grandi dans l’Ohio. L’été où tout a fondu est son premier roman, pour lequel elle a remporté le Guardian’s Not the Booker prize 2016 du Guardian.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce roman fabuleux.

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“ Les morts de Bear Creek ”

Les morts de Bear Creek de Keith McCafferty aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique-Jouin-de Laurens

” La femelle grizzly n’était pas difficile. Elle avait tenté de déterrer le corps humain plus tôt au cours du printemps, quand la surface de la terre à 2750 mètres d’altitude était aussi dure que l’ardoise d’une table de billard. Ses deux petits n’étaient à l’époque pas plus gros que des ballons de basket poilus. Désormais de la taille de border collies, débordant de la même énergie inépuisable, ils regardaient, le museau frémissant, leur mère extraire le corps décomposé de la terre. Même s’il fallait être généreux pour appeler ça de la chair, une seule bouchée putride valait une douzaine de campagnols montagnards et elle avait le grand avantage de rester immobile. Elle déchira goulûment les lambeaux de vêtements, mettant à nu la peau parcheminée et répugnante… “

Quand Katie Sparrow accompagnée de Lothar, son chien étaient partis à la recherche de Gordon Godfrey porté disparu, elle ne pensait pas tomber sur une tombe en pleine forêt. Cette macabre découverte, révélée grâce un grizzly affamé, va conduire les enquêteurs sur une histoire plutôt surprenante.

Le Shérif Martha Ettinger va demander de l’aide à Sean Stranahan un détective privé de la région. Déjà embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver de précieuses mouches de pêche disparues, Sean va vite s’apercevoir qu’il y a un lien entre les deux affaires, impliquant des personnes puissantes de la région.

” Il ne restait qu’à déchiffrer la piste. “

Ce que j’en dis :

Retrouver le Montana et les décors sublimes de l’Ouest américain pour une nouvelle aventure, en compagnie du shérif Martha Ettinger et du détective Sean Stranahan, découverts dans le premier volet : Meurtres sur la Madison (ma chronique ici), c’est comme retrouver une bande de potes pour des vacances pleines de belles surprises.

De nouvelles aventures palpitantes au rendez-vous qui ne manqueront ni d’humour, ni de suspens au cœur d’une nature luxuriante où la faune peut se révéler parfois dangereuse, il est donc fortement conseillé de ne pas oublier son spray au poivre.

Et pour profiter à fond des joies de la pêche toujours se munir d’une bonne canne et de quelques mouches, mais attention aux chasseurs et aux balles perdues.

Keith McCafferty nous fait cadeau d’un dépaysement extraordinaire grandeur nature à travers une histoire captivante et nous en mets plein les yeux avec le charme de cette région et des personnages fascinants.

On referme ce livre avec regret mais impatient de retrouver cet endroit et ses habitants pour une nouvelle aventure tout aussi divertissante.

Une fois encore l’auteur a fait mouche et m’a prise dans ses filets sans jamais me perdre en route, le livre dans une main et l’autre bien accrochée à un spray anti- grizzly, on ne sait jamais l’humour féroce peut parfois prendre une autre apparence…

Surtout n’hésitez pas à vous aventurer entre ses pages, merveilleusement distrayantes.

Pour info :

Keith McCafferty a grandi dans la region d’Amérique pauvre et peu peuplée des Appalaches, un pays de sombres vallons et de ténébreuses superstitions, avec la forêt qui poussait derrière sa maison. Sa première source de fascination fut les serpents, avec ou sans crochets, mais ce fut le projet de pêcher la truite qui l’emmena dans le Montana, dans les Rocheuses, où il devint le rédacteur du magazine de vie au grand air Field & Stream. L’une de ses missions consistait à passer deux nuits d’hiver en montagne, par très basse temperature, sans feu. Il survécut à la première en creusant le sol tel un ours, à la seconde en s’enveloppant dans une bâche. Répondant à un besoin naturel, il pissa malencontreusement sur la bâche et, allongé là, transi et miserable, se dit qu’il devait exister de meilleures façons de gagner sa vie, et que le moment était venu d’écrire ce roman qu’il avait toujours voulu écrire. C’était il y a sept hivers, et sept romans, dont la plupart se situent le long de la fameuse Madison River. Le Montana pouvant s’avérer un peu désert, il écrit souvent avec sur les genoux un chat nommé Rhett, ou au café, ou même dans un vieux truck garé près de la rivière, canne à pêche à portée de main. Les jours particulièrement froids, il suivrait bien les pas d’Ernest Hemingway (Keith pêchait souvent avec son fils Jack) pour écrire dans ces super cafés de Paris, remplaçant le chat par une de ces couvertures chaudes qu’on vous propose dans des endroits comme la Terrasse des Archives.

Je remercie les éditions Gallmeister pour cette aventure aussi dépaysante que palpitante.

“ Heartland au cœur de la pauvreté dans le pays le plus riche du monde ”

Heartland au cœur de la pauvreté dans le pays le plus riche du monde

De Sarah Smarsh aux Éditions Christian Bourgeois

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Borraz

” Quand j’étais jeune, les États-Unis s’étaient persuadés que les classes sociales n’existaient pas ici. Je ne suis même pas sûre d’avoir rencontré le concept avant d’avoir lu un vieux roman anglais au lycée. Ce manque de reconnaissance tout à la fois invalidait ce que nous vivions et nous montrait du doigt si nous essayons de l’exprimer. Les classes sociales n’étaient pas abordées, et encore moins comprises. Ce qui veut dire que, pour un enfant de mon tempérament – qui avait tendance à fouiller tous les secrets de famille, à fouiner dans les placards à la recherche d’indices sur les gens mystérieux que j’aimais –, chaque journée était doucement empreinte de frustration. Le sentiment qui a défini mon enfance a été de m’entendre dire qu’il n’y avait pas de problème alors que je savais fichtrement qu’il y en avait un. “

Sarah Smarsh a grandi dans une ferme du Kansas entre 1980 et 1990. À travers les portraits saisissants qu’elle brosse de sa famille, elle nous offre un récit autobiographique sur les oubliés de l’Amérique, ceux dont on ne parle pas et que l’on croise seulement dans certains livres comme ceux de Faulkner.

En s’adressant à sa fille qu’elle n’a pas eu par choix, elle se libère de tout le poids de cette pauvreté et brise la chaîne de cet héritage transmis d’une génération à l’autre comme une maladie génétique.

Ta présence dans ma vie m’a à la fois aidé et causé du souci. Déjà quand j’étais au collège, je savais que l’esprit que je sentais auprès de moi serait ma perte ou ma rédemption – que tu serais soit un destin non voulu pleurant dans mes bras, soit un schéma rompu par ma seule volonté. (…) je suis reconnaissante pour les premières années de ma vie mais je ne les souhaiterais à aucun enfant. “

Son vécu lui permet une analyse parfaite, précise sur la vie de ces travailleurs pauvres, et sur les difficultés de survivre dans de telles conditions au cœur d’un pays le plus riche du monde sans être gagné par la honte.

Si jeune et déjà très lucide, sans pour autant renier ses origines, elle poursuivra ses études jusqu’à devenir journaliste. Un métier qui lui permettra d’aborder les questions économiques et sociales à travers des articles publiés dans le Guardian et le New-York Times, et aborder également toutes les inégalités économiques entre les différentes classes sociales.

Un sujet qui lui tient à cœur et qu’elle retranscrit magnifiquement avec beaucoup de compassion et de clarté dans ce premier livre Heartland qu’elle nous offre après quinze ans de dur labeur.

Un récit nécessaire face à cette Amérique qui oublie un peu trop facilement la classe ouvrière « pauvre“…

” Ce n’était pas que j’avais eu tort de me méfier des programmes gouvernementaux, j’ai soudain pris conscience, mais que j’avais eu tort de croire au rêve américain. C’était les deux faces d’une même pièce de monnaie truquée – l’une promettant une bonne vie en échange de votre travail et l’autre qui vous maintenait juste assez en vie pour que vous continuiez de travailler. “

Ce que j’en dis aussi plus personnellement :

Issue moi-même de la classe ouvrière, ayant subit de plein fouet la dictature d’une prof de français qui a mis fin à mon rêve de devenir professeur de français en me disant : Mlle, vous êtes fille d’ouvrier, vous serez ouvrière ! Je ne pouvais qu’être touché par ce récit même si je suis loin d’avoir vécu le même parcours que Sarah Smarsh. Mais il est clair que ce soit, en France, en Amérique ou ailleurs, chaque jour la classe moyenne travaille plus pour gagner moins et que l’on se trouve n’importe où dans le monde, il ne fait pas bon d’être pauvre…

Pour info :

Sarah Smarsh a couvert, comme journaliste, les questions socio-économiques, la politique et les politiques publiques pour, entre autres, le Guardian, le New York Times, le Texas Observer et le Pacific Standard.

Récemment récipiendaire d’une bourse Joan Shorenstein à la Kennedy School of Government de l’université Harvard et anciennement professeur d’écriture de non-fiction, Sarah Smarsh est souvent appelée à parler des inégalités économiques et de leur traitement par les médias.

Elle vit au Kansas. 

Heartland est son premier livre.

Je remercie les Éditions Christian Bourgeois pour m’avoir permis de découvrir le récit et le travail extraordinaire de cette auteure qui défend les minorités.

“ Le grand silence ”

Le grand silence de Jennifer Haigh aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de-Laurens

 » La plupart d’entre vous sont maintenant au courant de ce qui est arrivé à mon frère, ou du moins d’une version de l’histoire : les événements dramatiques du printemps et de l’été, l’accusation ignoble, unique et toujours sans preuve qui a ruiné sa vie. À Philadelphie, où je vis, son histoire s’est retrouvée enfouie au milieu des pages nationales, un paragraphe laconique tiré d’une agence de presse, ne donnant guère plus que son nom, Arthur Breen ; (…) Les journaux de Boston s’y sont davantage intéressés, fouillant dans son passé, ses années de séminaire, le séjour à Rome, les trois paroisses de banlieue dans laquelle il avait officié sans le moindre incident. Comme il est d’usage dans ce genre d’affaire, son accusatrice n’était pas nommée. “

En 2002, quand le scandale visant les prêtres de l’Eglise catholique de Boston éclate, Sheila McGann installée à Philadelphie est loin d’imaginer que son frère aîné, Art, se retrouverait également soupçonné d’abus sur un jeune garçon dont il est proche.

Malgré la distance qu’elle avait pris avec sa famille trop étouffante, elle prend la décision de rentrer à Boston, pour défendre son frère dont elle était restée très proche malgré l’éloignement. Mike, leur autre frère, ancien policier est également disposé à découvrir la vérité en menant sa propre enquête.

N’importe quelle rumeur sème le doute dans les esprits de chacun, et bien davantage lorsqu’il est question d’enfants. À travers différents témoignages récoltés pendant les diverses enquêtes, le doute persiste et s’installe créant un climat malsain dans l’entourage de ce curé si dévoué. Il ne sera malheureusement pas épargné.

” L’histoire d’Art est, pour moi, l’histoire de ma propre famille, avec toutes ses dérobades et ses mystérieuses omissions : les secrets non dissimulés longtemps ignorés, les sombres reliques jamais déterrées. Je comprends, aujourd’hui, que la vie de Art a été ruinée par le secret, une tare familiale ; et que j’ai joué un rôle dans sa chute – un rôle mineur, bien sûr, une entrée au troisième acte ; mais un rôle malgré tout. Ça n’apaisera pas mon frère, plus maintenant ; et Aidan Colon est toujours un enfant ; il est trop tôt pour dire ce que lui réserve l’avenir. Alors peut-être est-ce pour moi-même que j’accomplis cet acte public de contrition. Ma pénitence est de raconter tout ce que je sais de cette vérité crue, parfaitement consciente que c’est beaucoup trop peu, beaucoup trop tard. “

Ce que j’en dis :

Pour passionner et captiver les lecteurs avec un sujet aussi sensible sans tomber dans le voyeurisme ou le pathos, il faut un certain talent de conteuse que Jennifer Haigh possède indiscutablement.

En abordant cette histoire à travers la voie de Sheila, la sœur du jeune prêtre, l’auteure nous plonge au cœur d’une famille américaine catholique qui subit de plein fouet les accusations portées sur l’église de Boston et sur leur fils. Une famille qui à elle seule engrange de douloureux secrets.

Une histoire pleine de suspense qui soulèvent en nous de nombreuses interrogations et sème le doute dans notre esprit bien souvent influencé par toutes les rumeurs véhiculées par les médias, qui font de ce prêtre un coupable idéal, mais au final qui détient la vérité en dehors des enfants ?

Le grand silence fait partie des récits inspirés de faits réels qu’on ne peut qu’admirer pour leur clairvoyance puisqu’il dépeint sans jugement une situation dramatique à laquelle hélas beaucoup d’innocents ont été confrontés. Des vies détruites suite à une rumeur, des familles brisées et des enfants innocents pris au piège d’un système qui est censé les protéger.

Une histoire poignante portée par une plume remarquable que je vous recommande vivement.

Pour info :

Jennifer Haigh est née en 1968 à Barnesboro, en Pennsylvanie. Elle étudie en France, se tourne d’abord vers le journalisme avant de tout quitter pour se consacrer à la littérature. Vivant de petits boulots, elle écrit son premier roman et devient élève du prestigieux programme de Creative Writing de l’Université de l’Iowa. Elle est publiée pour la première fois en 2003 et remporte le PEN/ Hemingway Award. Elle est l’auteur de six romans et d’un recueil de nouvelles. Depuis plus de dix ans, son succès aux États-Unis ne se dément pas. Elle vit à Boston.

je remercie les Éditions Gallmeister pour cet extraordinaire roman absolument bouleversant.

“ La vie dont nous rêvions ”

La vie dont nous rêvions de Michelle Sachs aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Romain Guillou

” Quelquefois, j’aime bien tracer un message dans la poussière. Ce matin, sans raison particulière, j’ai écris AU SECOURS. “

Depuis que Sam et Merry ont quitté New-York, ils vivent paisiblement avec leur bébé dans un cottage en Suède, tout du moins en apparence…

Loin de l’agitation New-Yorkaise et de toutes ses tentations, les voilà libres de tout oublier et de se réinventer.

Apparemment ils ont laissé derrière eux certains bagages trop encombrants, mais à trop vouloir ressembler à la famille parfaite, ça peut paraître suspect.

” Je crois que ce qui me rend réellement dépendant, ce qui est le plus agréable, c’est la tête qu’elles font quand vous leur avez fait mal. La façon dont elles craquent et se brisent. Dans le fond, même la femme la plus forte est une petite fille qui a désespérément besoin que vous la remarquiez. Elle en a tellement besoin qu’elle fera tout ce que vous lui demandez. Des choses abjectes.

Tu es cruel, Sam.

On me l’a tellement dit. Et c’est toujours aussi bon, bien que je ne puisse pas dire pourquoi. “

Étrangement, ils semblent avoir beaucoup de secrets, l’un et l’autre, mais aussi l’un pour l’autre. Sam tient son rôle de pervers narcissique à la perfection et Merry la femme soumise dans toute sa splendeur et pourtant…

” Tout ton monde est imbriqué dans celui d’une autre; le câble qui vous relie, épais et torsadé, ne craint pas les orages. Moi, toi, nous,on. Deux vies, deux femmes, liées en un poing serré comme les racines d’arbres centenaires, si profondes et emmêlées qu’on ne peut les distinguer – impossible de se débarrasser de l’une sans tuer aussi l’autre. Un peu de toi, un peu de moi. Meilleures amies. “

La venue de Francesca la meilleure amie de Merry risque bien de mettre de l’huile sur le feu, voir pire. Resteront-elles meilleures amies ou deviendront-elles meilleures ennemies ? Et Sam et Merry, résisteront-ils à rester unis pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort les sépare ?

Derrière ce petit coin de paradis, l’enfer n’est jamais loin, les masques vont tomber et révéler la noirceur des âmes humaines.

Ce que j’en dis :

Pour un premier roman, c’est absolument réussi.

L’histoire s’annonce captivante et envoûtante dès les premières pages et va même surprendre tout du long jusqu’au final. À travers ce thriller psychologique où les personnalités complexes de ce trio se révèlent chapitre après chapitre, on découvre jusqu’où peuvent aller certaines personnes éprises de jalousie qui tentent de s’approprier coûte que coûte la vie des autres. La perversion narcissique fait également partie du scénario, tout comme la soumission et pourtant les apparences sont parfois trompeuses. Tout comme les personnages, on se retrouve manipuler et le choc des révélations n’en n’est que plus intense.

Ce roman est également très sombre, et autant prévenir les âmes sensibles, certains passages sont assez durs, dès qu’il est question de l’enfant.

Amitié toxique, amour possessif, maternité contrariée, isolement, secrets, mensonges, trahison, tous les ingrédients réunis et bien utilisés pour parfaire ce thriller psychologique noir et lui donner une saveur douce, amère et diabolique qui ravira tous les fans du genre.

Une belle découverte et une véritable bonne surprise.

C’est machiavélique, addictif et c’est à glisser dans ses lectures cet été.

Pour info :

Née en 1980, Michelle Sacks a grandi en Afrique du Sud.

Titulaire d’un master de littérature et de cinéma de l’université du Cap, elle a été retenue à deux reprises dans la sélection du Commonwealth Short Story Prize, et dans celle du South African PEN Literary Awards.

Après un recueil de nouvelles, Stone Baby, publié aux Northwestern University Press, La Vie dont nous rêvions est son premier roman.

Elle vit à présent en Suisse.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture diaboliquement addictive.

“ Stoneburner ”

Stoneburner de William Gay aux Éditions Gallimard  » La Noire “

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean–Paul Gratias

” Les événements commençaient à prendre un peu de sens, et il eut soudain l’impression qu’il s’était fourré jusqu’au cou dans un bourbier sans nom, qu’il s’était lancé dans une aventure qui le dépassait. Une fois de plus, il avait signé un contrat sans lire les clauses imprimées en petits caractères, et l’envie lui vint de dévaler l’escalier de la tourelle et de regagner Ackerman’s Field le plus vite possible.

Lorsque l’avion entama un virage sur l’aile, Thibodeaux réagit aussitôt. “

Quand l’occasion se présente pour Thibodeaux de ramasser du fric, sans trop d’effort il saute sur l’occasion pour ensuite filer à bord de sa caisse avec une Belle blonde vers de nouveaux horizons.

En prenant la route, il était loin d’imaginer qu’on lancerait à leurs trousses un détective privé nommé : Stoneburner, un vétéran du Vietnam comme lui, une vieille connaissance tout aussi fracassée que lui.

” Je me suis demandé si Thibodeaux pouvait être le Thibodeaux avec qui j’étais parti à la guerre, sans être sûr d’avoir vraiment envie de le savoir. J’avais fait tout mon possible pour effacer Thibodeaux de ma vie et de ma mémoire. Il était lié à beaucoup trop d’événements désagréables, et à un moment, je m’étais dit que lorsque les bagages s’accumulaient en grand nombre, il fallait les jeter dans le fossé, pour réduire la charge. Un poids excessif vous ralentit, et celui qui voyage vite est toujours seul. “

Stoneburner pensait être débarrassée de cette amitié toxique, loin de la civilisation où il venait juste de s’installer en pensant se la couler douce. Il va pourtant accepter de bosser pour Cap Holder, un vieux débauché cynique, ex-shérif du coin, pour tenter de lui ramener la valise de fric et sa blonde sulfureuse en cavale avec le petit caïd qu’il a eu l’occasion de croiser…

” Aussi belle qu’une rivière de Whiskey dans le rêve d’un poivrot. “

Étourdis par tant de frics, nos deux flambeurs peu discrets, sèment les indices sur leur route entre le Tennessee, le Mississippi et l’Arkansas.

Pour Stoneburner et le baron de la drogue fort mécontent d’avoir été roulé, la poursuite s’avère aisée.

Reste plus qu’à leur mettre la main dessus avant que tout l’argent se fasse la malle.

” Thibodeaux était étendu sur le lit, les yeux fermés, les mains sous la nuque. (…) Son espérance de vie s’amenuisait, et il était confronté à une réalité angoissante : celle d’un délinquant fuyant la justice, et qui tentait une fois de plus de maîtriser le chaos, tout en admettant être de connivence avec un monde dont il ne se sentait plus complice. “

Ce que j’en dis :

On peut compter sur LA NOIRE de chez Gallimard pour nous offrir pour son retour, une deuxième parution toute aussi formidable que Le silence brutal de Ron Rash, en nous donnant l’occasion de découvrir enfin un roman noir qui a été écrit entre 2006 et 2007, mais que l’auteur avait préféré ranger dans un tiroir, trouvant celui-ci trop proche, par le ton de celui de son ami Cormac McCarthy : No Country for Old Men.

William Gay hélas disparu, n’aura pas le plaisir de profiter des éloges qui ne manqueront pas de pleuvoir après la lecture de ce récit absolument fabuleux.

Originaire du Tennessee et vétéran du Vietnam, William Gay s’est sans doute servi de son expérience et de son environnement pour écrire ce roman qui met en scène deux vétérans fracassés et une belle garce, un trio infernal qui ne cessera de nous surprendre dans cette cavale qui démarre sous des chapeaux de roues à bord d’une Cadillac.

Aussi captivée par l’histoire que charmée par la plume singulière qui rajoute autant de plaisir à la lecture, ce roman ne manque ni d’humour ni d’originalité.

Une aventure atypique 100% américaine dans une atmosphère sombre et brumeuse qui vous emportera à travers les États-Unis des années 70 en compagnie de deux paumés et d’une bombasse avec un humour féroce et une noirceur poétique.

C’est du grand art, noir et corsé et c’est à découvrir absolument.

Pour info :

Né en 1941 à Hohenwald dans le Tennessee, William Gay a servi quatre ans dans la marine pendant la guerre du Vietnam. De retour au pays, il a repris la charpenterie – son métier – et l’écriture.

Il est l’auteur de nombreuses nouvelles et de six romans. Quatre ont été traduit en France à ce jour, dont La mort au crépuscule (Folio policier), lauréat du Grand Prix de la littérature policière.

Il est mort en 2012 dans sa ville natale.

« Avant d’être considéré comme l’égal de Cormac McCarthy ou de Larry Brown, William Gay était un charpentier qui composait des phrases dans sa tête durant sa journée de travail. » The Washington Post

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette cavale à la noirceur délicieuse sur les routes américaine.

“ Au nom du bien ”

Au nom du bien de Jake Hinkson aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Sophie Aslanides

” – Richard ?

– Quoi ?

– Si tu ne viens pas aujourd’hui, nous entrerons dans la phase conséquences.

Je suis là, en pantalon de pyjama et vieux T-Shirt, mes pieds nus sur le sol en béton froid, et j’éprouve une peur indescriptible à l’idée du danger que ce garçon représente pour moi, mais malgré tout, ma voix tremble d’indignation quand je lui dis :

– J’y serai. “

Apparemment Richard a des problèmes. Il a beau être le pasteur respecté d’une petite ville de l’Arkansas, un de ses agneaux est sur le point de le faire chanter et il n’attendra pas longtemps à nous révéler certains secrets en dehors du confessionnal.

Richard a commis le péché de chair, mais pas avec sa femme, il devrait donc filer tout droit en enfer.

” Je n’ai jamais voulu qu’arrive quoi que ce soit de ce genre. Lui non plus. C’est arrivé c’est tout. Le diable nous a tout deux trompés. Le diable promet la même solution facile à tous les problèmes, la même rustine pour toutes les brèches : fais ce que tu veux.

C’est ce que j’ai fait. J’ai comblé mon manque. “

Si Richard va devoir agir pour éviter un scandale, sa respectabilité est en danger, il risque de perdre bien plus que sa femme et ses cinq enfants. Alors il est temps d’agir même s’il doit demander de l’aide au tout-puissant.

” C’est une absurdité et une hérésie de demander son assistance à Dieu dans une entreprise aussi basse et sordide que celle-ci, bien entendu, mais je ne peux pas m’en empêcher. C’est une prière profane émise par une âme profane. “

Richard n’a que peu de temps pour réécrire l’histoire parsemée de mensonges quitte à piéger au passage quelques innocents.

Et peut-être qu’après tout ça, il passera à confesse ou pas…

Ce que j’en dis :

Pardonnez-moi très cher Pasteur pour n’avoir pas encore lu tous les livres de votre créateur Jake Hinkson, qui sont pourtant bien présent dans ma bibliothèque (la preuve en photo) et bien plus plaisant à lire que la Bible. Oui moi aussi j’ai une addiction, mais bien plus honorable que la vôtre, je ne m’intéresse pas aux garçons (quoi que) mais aux livres, alors délivrez moi de mon péché et peut-être que je vous délivrerai du vôtre…

Il est certain que le portrait que l’on brosse ici de votre personne n’est guère reluisant et démontre une fois encore une certaine hypocrisie de cette Amérique puritaine.

Si l’habit ne fait pas le moine, vos secrets n’en demeurent pas moins inavouables et ne passeront même pas la porte du confessionnal, même arrosés à l’eau bénite.

On peut compter sur votre créateur pour nous parler du pire de la meilleure façon possible à travers cet excellent roman noir qui enverra très certainement votre âme brûler en enfer.

Jake Hinkson exorcise ses obsessions liées à la religion et au crime à travers cette histoire brutale qui s’avale comme un shot de whisky.

Il est certain que je ne refuserai pas une prochaine tournée, un bon Jake Hinkson ça ne se refuse pas, je ne me ferai pas prier.

Pour info :

Jake Hinkson, par Jake Hinkson

Flannery O’Connor a un jour écrit qu’“un écrivain qui a survécu à son enfance dispose d’assez d’informations sur la vie pour tenir jusqu’à la fin de ses jours”. Flannery O’Connor est mon auteure préférée.

Je suis né dans l’Arkansas en 1975. Mon père était charpentier et diacre dans une église évangélique, ma mère secrétaire dans une église. J’ai deux frères, l’un plus âgé, l’autre plus jeune. Le grand est devenu pasteur. Le petit enseigne l’histoire. Nous avons grandi dans une famille stricte, baptiste, du Sud des États-Unis. À l’époque, je ne considérais ni ma famille ni moi-même comme des gens “religieux”. C’était simplement la vie telle que je la connaissais. Nous allions à l’église trois fois par semaine.

L’été de mes quatorze ans, nous sommes partis dans les monts Ozark nous installer dans un camp religieux géré par mon oncle et ma tante, des missionnaires. Ma famille s’est entassée dans un petit chalet et j’ai passé l’année de ma seconde à dormir sur le canapé.

Le camp organisait des réunions pour le renouveau de la foi et d’autres ateliers pour les jeunes. J’ai participé à un camp de travail pour les garçons, ce qui était aussi amusant que ça en a l’air. On y alterne travail en extérieur (défrichage, cimentage) et étude intensive de la Bible.

À cette époque,  j’ai commencé à lire des romans policiers que je sélectionnais à la bibliothèque. Mickey Spillane est le premier auteur dans lequel je me suis plongé. J’ai fait la découverte de Bogart au même moment, et via ses films, je suis arrivé jusqu’à Hammett et Chandler. C’est à cette période que j’ai loué en secret le film La Mort sera si douce, en pensant qu’il s’agissait là d’un porno soft, et c’est ainsi que j’ai découvert Jim Thompson.

Les deux obsessions de mes jeunes années – la religion et le crime – m’habitent encore aujourd’hui. À l’université, j’ai découvert O’Connor et Faulkner, Dickinson et Baldwin, mais toutes ces œuvres ramenaient aux notions de péché et de rédemption, de transgression et de ruine, qui ont constitué mon enfance.

Durant ma première année de fac, j’ai traversé une crise religieuse. Malheureux au sein de l’Église baptiste du Sud, conservatrice, mais réticent à l’idée d’assumer mon scepticisme, je me suis enfoncé plus encore dans la croyance et ai rejoint l’Église pentecôtiste ultra orthodoxe. 

Quatre ans plus tard, lessivé par les services charismatiques (aucun maniement de serpent, malheureusement, mais un grand nombre de cris, de touchers, de prophéties et de langages codés), j’ai abandonné complètement l’Église.

J’ai repris mes études, et trouvé un petit boulot dans une vieille librairie de Little Rock. J’ai  discuté un jour de westerns avec Charles Portis. Une autre fois de livres électroniques avec Dee Brown.

Quelques années plus tard, j’ai intégré en Caroline du Nord, à Wilmington, un master de création littéraire où John Jeremiah Sullivan, Clyde Edgerton, Rebecca Lee, et Karen E. Bender enseignent. C’est à cette période, à tout juste trente ans, que j’ai découvert l’alcool. La première fois que je me suis saoulé, j’ai discuté avec Donna Tartt de La Corde, le film d’Hitchcock.

J’ai passé la grande partie des dix dernières années à enseigner, à l’Université du Maryland, à Trinity Washington University, et à Monmouth University dans le New Jersey. Depuis un an, j’habite à Chicago.

Mes principaux centres d’intérêt, mis à part lire et écrire, sont aujourd’hui d’observer les mystères inhérents à mon chat, Little Edie Beale, et de hanter les différentes salles de cinéma de la ville. Mes goûts musicaux s’orientent vers le gospel d’antan – the Louvin Brothers, Sister Rosetta Tharpe, The Five Blind Boys of Mississippi.

J’écris souvent dans des magazines tels que la Los Angeles Review of Books, Mental Floss, Mystery Scene, Criminal Element et Tor. Depuis cinq ans, je publie des articles dans le journal de cinéma d’Eddie Muller, Noir City. Début 2015, Broken River Books a publié un recueil de mes articles consacrés au cinéma et intitulé The Blind Alley : Exploring Film Noir’s Forgotten Corners. Est sorti au même moment mon premier recueil de nouvelles, The Deepening Shade, aux éditions All Due Respect.

Voici, en résumé, ma vie jusqu’ici. 


“ Toute une vie et un soir ”

Toute une vie et un soir d’Anne Griffin aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (Irlande) par Claire Desserrey

Dans une bourgade d’Irlande, un vieil homme prends place au bar du Rainsford House Hotel, seul comme toujours.

Ici c’est le calme plat. Pas un péquin en vue. Il n’y a que moi, qui marmonne dans ma barbe et tambourine sur le bar, pressé de boire ma première gorgée. Si je réussi à me la faire servir… “

Il est amoureux de Sadie depuis leur première rencontre, mais hélas il y a deux ans Sadie est partie pour toujours.

Même de mauvais poil, elle était jolie. Des cheveux châtains bouclés avec des reflets roux assortis à son rouge à lèvres. Une peau laiteuse. Des tâches de rousseur parfaites partout sur son nez froncé comme si elle les avait dessinées le matin devant sa glace. Des yeux bleus comme un ciel d’été dans le comté de Meath.

Inconsolable, ne pouvant vivre sans elle, il a pris une décision importante, mais avant cela, il va porter cinq toasts, aux cinq personnes qui ont le plus compté dans sa vie.

Je suis prêts pour le premier de mes cinq toasts : cinq toasts, cinq personnes, cinq souvenirs. Je pousse vers elle ma bouteille vide. Elle l’attrape et se détourne, ravie de s’occuper les mains, et moi je murmure dans ma barbe : « Je suis ici pour me souvenir – de ce que j’ai été et de ce que je ne serai plus. »

Le temps d’une soirée, toast après toast, on fait la connaissance de son grand frère Tony, de Noreen, sa belle-sœur un peu fêlée, de la petite Molly, son premier enfant, de son fils Kevin, un brillant journaliste qui mène sa vie aux États-Unis et de Sadie, sa femme qu’il a tant aimé. Cinq toasts pour rendre hommage à ceux qui ont jalonné sa vie pour le meilleur et parfois pour le pire…

Toute une vie se révèle le temps d’un soir, sans fards, à cœur ouvert, avec pudeur et grâce, et nous offre une belle histoire qui contient toute l’âme de l’Irlande.

” En balayant la salle du regard, je repense à la journée que je viens de passer, à l’année – deux années, en fait – sans ta mère. Je me sens fatigué et pour tout dire, pas rassuré. Je frotte mon menton râpeux en observant les bulles remonter, je m’éclaircis la gorge pour évacuer mes soucis. Il est trop tard pour reculer, fiston. Trop tard. “

Ce que j’en dis :

Et si à mon tour je portais cinq toasts pour saluer dignement ce superbe roman.

Le premier toast sera pour le magnifique moment de lecture qu’il m’a fait passé en compagnie d’un homme plein de surprises. J’ai adoré partager les confidences et découvrir cette vie le temps d’une soirée accompagnés de quelques verres.

Je lève mon verre pour un deuxième toast pour souligner l’originalité du récit pour nous présenter les souvenirs de ce taiseux qui a pourtant beaucoup à nous confier.

Des félicitations s’imposent et amènent un troisième toast pour la couverture et le titre qui prennent tous leurs sens au cours de la lecture.

Une histoire ne peut être réussie sans une belle plume et c’est avec grand plaisir que j’ai savouré celle-ci et lui porte un quatrième toast.

Et mon dernier toast sera commun pour féliciter l’auteur Anne Griffin et pour remercier les Éditions Delcourt de l’avoir accueilli dans leur maison auprès de talentueux auteurs du monde entier.

Alors si comme moi, vous aimez les histoires atypiques qui ont une âme, n’hésitez pas à découvrir Toute une vie et un soir et n’oubliez pas de trinquer à son succès absolument mérité.

Une nouvelle plume irlandaise divinement savoureuse, à lire sans modération.

Pour info :

Récompensée par le John McGahern Award, Anne Griffin a publié ses nouvelles dans The Irish Times et The Stinging Fly. Elle a été libraire à Dublin et Londres, et travaille pour plusieurs associations caritatives. Née à Dublin, elle vit aujourd’hui à Mullingar. Son premier roman, Toute une vie et un soir, paraît dans sept pays en 2019.

Je remercie les éditions Delcourt pour ce fabuleux roman absolument inoubliable.

“ Le dernier thriller norvégien ”

Le dernier thriller norvégien de Luc Chomarat aux Éditions de La Manufacture de livres

” – Sacré Delafeuille, il n’a pas changé. ( Murnau donna un coup de coude à son compagnon, un jeune homme élégant au visage pâle et aux yeux étrangement exorbités, qui semblait manquer d’humour.) Vous savez que c’est un phénomène, ce bon Delafeuille. Il trimballe partout des bouquins avec lui. Des trucs en papier.

– Je ne savais pas que ça existait encore, avoua l’autre avec une incrédibilité surjouée. “

Delafeuille est éditeur à Paris. Il est à Copenhague pour y rencontrer le maître du polar nordique et apparemment il n’est pas le seul sur le coup.

” – Vous êtes là pour Olaf Grundozwkzson, n’est-ce pas ? “

Ces derniers temps, il n’y a pas que dans les livres que l’on trouve des serials killers. La police locale est sur les traces de l’un d’entre eux bien réel, surnommé l’Esquimau.

Mais Delafeuille a bien d’autres préoccupations depuis qu’on lui a livré un exemplaire flambant neuf du nouvel Olaf Gründozwkzson dans sa chambre.

Au cours de sa lecture, il découvre que la réalité et la fiction sont curieusement imbriquées, et il pourrait bien se retrouver piégé au cœur de ce polar nordique en incarnant sans le savoir un des personnages…

Et ce n’est pas l’apparition de Sherlock Holmes dans cette histoire à tiroirs qui va éviter au livre de lui tomber des mains.

” Il n’osa pas aller jusqu’à la fin. Cette histoire ne pouvait que mal finir. Le livre lui tomba des mains. Il n’en croyait pas ses yeux. À la panique succéda la colère. Encore ? Il croyait en avoir fini avec cette histoire. Il n’y avait pas de doute possible. Il était dans le livre, à nouveau “

(…)

– Absolument, répondis Holmes en souriant. Je ne sais pas comment nous allons nous en sortir.

– Oui nous sommes piégés.

– Nous pourrions aller aux putes.

– En effet.

– Ou même nous mettre tout nus et courir dans le froid en faisant coin-coin.

– C’est atroce.

– Mais vrai.

– Tenez bon, la fin du chapitre n’est plus très loin.

– Qui vous dit que ce ne sera pas pire dans le suivant ?

– Il est obligé de reprendre le cours de l’intrigue. “

À travers cette épopée littéraire, Luc Chomarat a très certainement pris son pied pour nous offrir une histoire délirante qui ne manque pas d’humour en pointant du doigt certaines dérives du monde de l’édition, sans en avoir l’air, mais une chose et sûre il connaît bien la chanson.

Ce que j’en dis :

Les auteurs sont des grands manipulateurs, tout le monde le sait. Et quand il se tape un délire littéraire ça donne une histoire hilarante. L’auteur s’est éclaté c’est certain.

En bousculant les codes du polar, à travers des clins d’œil à la littérature nordique et en incluant quelques invités surprises tel que Sherlock Holmes ou encore la petite sirène, il crée une œuvre atypique et n’hésite pas à balancer ironiquement sur la face cachée du monde de l’édition, sur les écrivains et même sur la crédulité de certains lecteurs parfois prêts à lire n’importe quel livre placé en tête de gondole sous prétexte qu’ils ont un bandeau prometteur.

Ça balance, ça balance et on ne peut s’empêcher de sourire, et de penser inévitablement à quelques personnes de sa connaissance, forcément.

Vous l’aurez compris, enfin je l’espère, ce dernier thriller norvégien va vous faire passer un moment de lecture extraordinaire plein de surprises. Vous y trouverez des personnages surprenants, un serial killer, du sang, du sexe, des bombasses et même de l’alcool, une lecture très Rock’n Roll qui risque d’en faire sourire plus d’un j’en suis sûre.

N’hésitez pas, ça vaut le détour.

Pour info :

Luc Chomarat est né à Tizi-Ouzou (Algérie) en 1959.
Quand il n’écrit pas pour les gens qui lisent des livres,
il travaille dans la communication.


Il pratique le vélo urbain, la restauration de petits meubles,
la guitare électrique, et la cuisine à l’huile d’olive.

Il a publié à vingt-deux ans son premier roman qui lui a valu de figurer sur la liste du Magazine littéraire des meilleurs auteurs vivants de roman policier. Également traducteur de Jim Thompson, il a reçu le Grand Prix de littérature policière pour son roman, Un trou dans la toile en 2016 (Rivages)et a publié Le Polar de l’été (La Manufacture de livres, 2017) et Un petit chef-d’œuvre de litter (Marest, 2018)

Il vit à Paris.

Je remercie les Éditions de la Manufacture de livres pour ce polar délicieusement délirant.

“ Pères et fils ”

Pères et fils de Howard Cunnell aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Stéphane Roques

C’est par Seaside Road que l’on entre et sort de la ville. Si on prend à droite, et qu’on va assez loin, on tombe sur le Régal, la salle de jeu, et sur le Painted Wagon près du centre-ville, où tout les petits durs qui habitent à l’est de la jetée traînent les soirs d’été, fumant et crachant par terre, attendant qu’il se passe quelque chose. Dans quelques année, Luke sera l’un des pires durs du coin. Pour ma part, je ferai seulement semblant d’en être un. (…) Je veux que les autres garçons m’aiment bien parce que cela pourrait contredire ce que je sais à mon sujet. Que je ne vaux rien. Que c’est pour ça que mon père est parti. Sans moi, il n’aurait pas quitté maman et Luke, et ils seraient toujours heureux. Papa savait à quoi s’en tenir avec moi avant même ma naissance. Ça ne valait pas le coup de rester pour moi. “

Grandir sans père, le narrateur s’y est attelé du mieux qu’il ait pu, même si ce fut difficile. L’absence du père crée un manque douloureux, un vide difficile à combler et l’entraîne jour après jour vers une rébellion qui l’incite à jouer les durs pour ne pas montrer ses faiblesses aux autres.

J’ai bu une gorgée, puis une autre.

La colère en moi était permanente, et je n’aurais jamais pensé pouvoir éprouver autre chose.

La colère était un monstre qui vivait en moi, se nourrissait de l’absence.

Mon père ne voulait pas de moi parce que j’étais une merde.

Boire fit disparaître le monstre. Dès la première gorgée. Je n’arrivais pas à y croire. Cela me protègera de ce que j’éprouve. “

Longtemps, emplis de culpabilité. Il laissera le chaos envahir sa vie. Des années noires, se mettant en danger en permanence, jusqu’au jour où il laissera entrer dans sa vie l’amour et connaîtra à son tour la paternité.

Même si en premier temps, il sera un père de substitution pour les enfants de sa compagne, il prendra ce rôle très au sérieux, surtout pour Jay, qui vit une adolescence torturée et se révèle peu à peu être un garçon.

” C’est là – tandis que son cœur bat fort contre ma main – que Jay, en plus de tout ce qu’elle est par ailleurs, me donne plus que tout l’impression d’être un cadeau.

Je me dis en brossant les cheveux de Jay qu’en l’absence de liens du sang, la force où tout ce qui fait la connexion entre nous reposera toujours sur l’amour et rien que sur l’amour. L’amour que je donne à Jay, à ses deux sœurs et à leur mère me sera toujours rendu au centuple.

Cette hache qui sculpte, c’est l’amour. “

Ce que j’en dis :

Construit à la manière d’un diptyque, on suit le chemin de la vie du narrateur, de sa jeunesse à l’âge adulte. Un parcours à la fois chaotique et bouleversant où l’on découvre les souffrances et la culpabilité de cet homme qui a grandi sans père.

Habité par une profonde colère il réussira pourtant à donner l’amour que l’on peut attendre d’un père, aux enfants de sa compagne, avant d’être père biologique si l’on peut dire, à son tour. Un défi d’autant plus grand, qu’il sera confronté avec la femme qu’il aime, aux changements qui s’opèrent jour après jour sur Jay, cette jeune fille qui se sent garçon.

L’auteur puise dans les souvenirs de son enfance, dans ses propres expériences qui lui ont donné une certaine maturité pour nous offrir un récit très intime et touchant, et pourtant complètement autofictionnel.

Il explore l’absence du père à travers des références littéraires – de Kerouac à Hemingway en passant par Carver – des auteurs qui l’ont aidé à se construire, à accepter cet abandon et à comprendre son histoire.

Une écriture poignante, une langue délicate qui s’habille de lyrisme pour nous offrir un très beau récit sur la paternité.

Une très belle découverte,

Pour info :

Howard Cunnell est universitaire et écrivain. Il est l’éditeur et le coordinateur de Sur la route ; Le rouleau original de Jack Kerouac.

Il vit à Londres avec sa famille.

Pères et fils est son premier roman traduit en français.

Je remercie Claire et les éditions Buchet . Chastel pour cette très belle découverte.