“ Le dernier thriller norvégien ”

Le dernier thriller norvégien de Luc Chomarat aux Éditions de La Manufacture de livres

” – Sacré Delafeuille, il n’a pas changé. ( Murnau donna un coup de coude à son compagnon, un jeune homme élégant au visage pâle et aux yeux étrangement exorbités, qui semblait manquer d’humour.) Vous savez que c’est un phénomène, ce bon Delafeuille. Il trimballe partout des bouquins avec lui. Des trucs en papier.

– Je ne savais pas que ça existait encore, avoua l’autre avec une incrédibilité surjouée. “

Delafeuille est éditeur à Paris. Il est à Copenhague pour y rencontrer le maître du polar nordique et apparemment il n’est pas le seul sur le coup.

” – Vous êtes là pour Olaf Grundozwkzson, n’est-ce pas ? “

Ces derniers temps, il n’y a pas que dans les livres que l’on trouve des serials killers. La police locale est sur les traces de l’un d’entre eux bien réel, surnommé l’Esquimau.

Mais Delafeuille a bien d’autres préoccupations depuis qu’on lui a livré un exemplaire flambant neuf du nouvel Olaf Gründozwkzson dans sa chambre.

Au cours de sa lecture, il découvre que la réalité et la fiction sont curieusement imbriquées, et il pourrait bien se retrouver piégé au cœur de ce polar nordique en incarnant sans le savoir un des personnages…

Et ce n’est pas l’apparition de Sherlock Holmes dans cette histoire à tiroirs qui va éviter au livre de lui tomber des mains.

” Il n’osa pas aller jusqu’à la fin. Cette histoire ne pouvait que mal finir. Le livre lui tomba des mains. Il n’en croyait pas ses yeux. À la panique succéda la colère. Encore ? Il croyait en avoir fini avec cette histoire. Il n’y avait pas de doute possible. Il était dans le livre, à nouveau “

(…)

– Absolument, répondis Holmes en souriant. Je ne sais pas comment nous allons nous en sortir.

– Oui nous sommes piégés.

– Nous pourrions aller aux putes.

– En effet.

– Ou même nous mettre tout nus et courir dans le froid en faisant coin-coin.

– C’est atroce.

– Mais vrai.

– Tenez bon, la fin du chapitre n’est plus très loin.

– Qui vous dit que ce ne sera pas pire dans le suivant ?

– Il est obligé de reprendre le cours de l’intrigue. “

À travers cette épopée littéraire, Luc Chomarat a très certainement pris son pied pour nous offrir une histoire délirante qui ne manque pas d’humour en pointant du doigt certaines dérives du monde de l’édition, sans en avoir l’air, mais une chose et sûre il connaît bien la chanson.

Ce que j’en dis :

Les auteurs sont des grands manipulateurs, tout le monde le sait. Et quand il se tape un délire littéraire ça donne une histoire hilarante. L’auteur s’est éclaté c’est certain.

En bousculant les codes du polar, à travers des clins d’œil à la littérature nordique et en incluant quelques invités surprises tel que Sherlock Holmes ou encore la petite sirène, il crée une œuvre atypique et n’hésite pas à balancer ironiquement sur la face cachée du monde de l’édition, sur les écrivains et même sur la crédulité de certains lecteurs parfois prêts à lire n’importe quel livre placé en tête de gondole sous prétexte qu’ils ont un bandeau prometteur.

Ça balance, ça balance et on ne peut s’empêcher de sourire, et de penser inévitablement à quelques personnes de sa connaissance, forcément.

Vous l’aurez compris, enfin je l’espère, ce dernier thriller norvégien va vous faire passer un moment de lecture extraordinaire plein de surprises. Vous y trouverez des personnages surprenants, un serial killer, du sang, du sexe, des bombasses et même de l’alcool, une lecture très Rock’n Roll qui risque d’en faire sourire plus d’un j’en suis sûre.

N’hésitez pas, ça vaut le détour.

Pour info :

Luc Chomarat est né à Tizi-Ouzou (Algérie) en 1959.
Quand il n’écrit pas pour les gens qui lisent des livres,
il travaille dans la communication.


Il pratique le vélo urbain, la restauration de petits meubles,
la guitare électrique, et la cuisine à l’huile d’olive.

Il a publié à vingt-deux ans son premier roman qui lui a valu de figurer sur la liste du Magazine littéraire des meilleurs auteurs vivants de roman policier. Également traducteur de Jim Thompson, il a reçu le Grand Prix de littérature policière pour son roman, Un trou dans la toile en 2016 (Rivages)et a publié Le Polar de l’été (La Manufacture de livres, 2017) et Un petit chef-d’œuvre de litter (Marest, 2018)

Il vit à Paris.

Je remercie les Éditions de la Manufacture de livres pour ce polar délicieusement délirant.

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“ Pères et fils ”

Pères et fils de Howard Cunnell aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Stéphane Roques

C’est par Seaside Road que l’on entre et sort de la ville. Si on prend à droite, et qu’on va assez loin, on tombe sur le Régal, la salle de jeu, et sur le Painted Wagon près du centre-ville, où tout les petits durs qui habitent à l’est de la jetée traînent les soirs d’été, fumant et crachant par terre, attendant qu’il se passe quelque chose. Dans quelques année, Luke sera l’un des pires durs du coin. Pour ma part, je ferai seulement semblant d’en être un. (…) Je veux que les autres garçons m’aiment bien parce que cela pourrait contredire ce que je sais à mon sujet. Que je ne vaux rien. Que c’est pour ça que mon père est parti. Sans moi, il n’aurait pas quitté maman et Luke, et ils seraient toujours heureux. Papa savait à quoi s’en tenir avec moi avant même ma naissance. Ça ne valait pas le coup de rester pour moi. “

Grandir sans père, le narrateur s’y est attelé du mieux qu’il ait pu, même si ce fut difficile. L’absence du père crée un manque douloureux, un vide difficile à combler et l’entraîne jour après jour vers une rébellion qui l’incite à jouer les durs pour ne pas montrer ses faiblesses aux autres.

J’ai bu une gorgée, puis une autre.

La colère en moi était permanente, et je n’aurais jamais pensé pouvoir éprouver autre chose.

La colère était un monstre qui vivait en moi, se nourrissait de l’absence.

Mon père ne voulait pas de moi parce que j’étais une merde.

Boire fit disparaître le monstre. Dès la première gorgée. Je n’arrivais pas à y croire. Cela me protègera de ce que j’éprouve. “

Longtemps, emplis de culpabilité. Il laissera le chaos envahir sa vie. Des années noires, se mettant en danger en permanence, jusqu’au jour où il laissera entrer dans sa vie l’amour et connaîtra à son tour la paternité.

Même si en premier temps, il sera un père de substitution pour les enfants de sa compagne, il prendra ce rôle très au sérieux, surtout pour Jay, qui vit une adolescence torturée et se révèle peu à peu être un garçon.

” C’est là – tandis que son cœur bat fort contre ma main – que Jay, en plus de tout ce qu’elle est par ailleurs, me donne plus que tout l’impression d’être un cadeau.

Je me dis en brossant les cheveux de Jay qu’en l’absence de liens du sang, la force où tout ce qui fait la connexion entre nous reposera toujours sur l’amour et rien que sur l’amour. L’amour que je donne à Jay, à ses deux sœurs et à leur mère me sera toujours rendu au centuple.

Cette hache qui sculpte, c’est l’amour. “

Ce que j’en dis :

Construit à la manière d’un diptyque, on suit le chemin de la vie du narrateur, de sa jeunesse à l’âge adulte. Un parcours à la fois chaotique et bouleversant où l’on découvre les souffrances et la culpabilité de cet homme qui a grandi sans père.

Habité par une profonde colère il réussira pourtant à donner l’amour que l’on peut attendre d’un père, aux enfants de sa compagne, avant d’être père biologique si l’on peut dire, à son tour. Un défi d’autant plus grand, qu’il sera confronté avec la femme qu’il aime, aux changements qui s’opèrent jour après jour sur Jay, cette jeune fille qui se sent garçon.

L’auteur puise dans les souvenirs de son enfance, dans ses propres expériences qui lui ont donné une certaine maturité pour nous offrir un récit très intime et touchant, et pourtant complètement autofictionnel.

Il explore l’absence du père à travers des références littéraires – de Kerouac à Hemingway en passant par Carver – des auteurs qui l’ont aidé à se construire, à accepter cet abandon et à comprendre son histoire.

Une écriture poignante, une langue délicate qui s’habille de lyrisme pour nous offrir un très beau récit sur la paternité.

Une très belle découverte,

Pour info :

Howard Cunnell est universitaire et écrivain. Il est l’éditeur et le coordinateur de Sur la route ; Le rouleau original de Jack Kerouac.

Il vit à Londres avec sa famille.

Pères et fils est son premier roman traduit en français.

Je remercie Claire et les éditions Buchet . Chastel pour cette très belle découverte.

“ Vraie folie ”

Vraie folie de Linwood Barclay aux éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Canada) par Renaud Morin

Rappelles- vous, précédemment à Promise Falls, les événements survenus.

«  Il avait commencé avec le meurtre horrible de Rosemary Gaynor. Et puis un certain nombre d’événements étranges s’étaient produits en ville. Des écureuils morts, une grande roue qui s’était mise en route toute seule, un prédateur sexuel à l’université et un bus en flamme qui avait dévalé une rue du centre-ville.

Et comme si ça ne suffisait pas, quelqu’un avait fait sauter le drive-in, tuant quatre personnes. ”

On ne peut vraiment pas dire que cette bourgade est paisible et tranquille.

Mais là, il semble que la situation s’est comme qui dirait aggravée.

– Il faut que vous veniez au poste, dit Carlson. On rappelle tout le monde.

– Que se passe-t-il ?

– C’est la fin du monde, répondis Carlson. Plus ou moins. ”

Depuis ce matin les sirènes d’ambulances n’ont pas chômé et les urgences accueillent à chaque instant de nouvelles victimes. Une véritable épidémie semble s’être abattue sur la ville. Le réseau hydraulique de la ville a été contaminé.

Pour l’inspecteur Barry Duckworth tout semble lié à l’insatiable meurtrier fanatique du nombre 23 qui sévit depuis quelques temps.

Mais ce n’est peut-être pas le seul meurtrier, il est temps de mettre un terme rapidement à ce carnage, même si pour cela un inspecteur et un privé devront unir leurs forces pour y parvenir.

Ce que j’en dis :

Après Fausses promesses (ma chronique ici) et Faux Amis (ma chronique ici) Vraie Folie clôture la trilogie et lève enfin le voile sur toutes les énigmes de Promise Falls.

Les catastrophes s’enchaînent à une vitesse vertigineuse et le climat est de plus en plus mortel. Une véritable tornade s’est abattue sur la ville.

Linwood Barclay ne laisse aucun répit à ses lecteurs et même si j’ai été moins emballé cette fois par l’écriture, j’ai apprécié de connaître enfin la vérité.

Ce final apocalyptique tient toutes ses promesses et sera d’autant plus apprécié si le lecteur a suivi chronologiquement les aventures de cette bourgade américaine.

Vous l’avez attendu, alors ne ratez pas ce dernier tome, et preparez-vous pour un final explosif.

Pour info :

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller.

Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), En lieux sûrs (2017) ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu.

Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce thriller démoniaque.


“ Les Dieux de Howl Mountain ”

Les dieux de Howl Mountain de Taylor Brown aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Laurent Boscq

Le garçon leva un bref instant les yeux vers la vieille maison, dont les rondins de chênes découpés à la hache s’imbriquaient en queue d’aronde. La véranda s’affaissait un peu sous le toit de tôle, mais elle tenait bon. Les fenêtres brillaient d’une chaude lumière ; autour des vitres, le mastic d’argile miroitait dans l’obscurité comme des bandes blanches. Derrière, il y avait la cabane qui servait de grange, avec son toit aux panneaux arrachés, puis la porcherie et le fumoir. Chaque chose était à sa place. Et la prairie tout autour, pas impeccable mais entretenue, miroitait d’un bleu profond sous la lune. “

C’est ici, dans cette vieille maison, que vit Rory Docherty auprès de sa grand-mère, une femme étonnante. De retour de la guerre de Corée, où il y a laissé une jambe, il tente de se reconstruire malgré les cauchemars qui le hantent trop souvent. Pas facile d’oublier cette guerre, quand la douleur et un membre fantôme vous le rappellent constamment.

Sa mère, est hélas internée dans un hôpital psychiatrique depuis une agression qu’elle a subi avant la naissance de Rory. Muette depuis, elle n’a jamais pu révéler le noms de ses agresseurs. Rongée par les remords et la culpabilité, de n’avoir pu protéger sa fille, Ma fait son possible pour veiller sur son petit-fils.

” Parfois, elle se demandait comment elle avait pu donner naissance à une aussi belle et douce enfant. Et comment elle avait pu échouer à protéger cette créature de lumière des démons de l’enfer. Elle n’avait jamais retrouvé ses agresseurs. Elle ne les avait jamais fait payer pour leur crime, ne leur avait pas tranché la gorge ni arraché le cœur. Depuis ce jour, l’univers de sa fille s’était désaxé. Malgré ses ruses et ses talents de sorcière, elle avait échoué à lui rendre son équilibre. Et aujourd’hui que son petit-fils était revenu chez elle avec la guerre dans le sang, elle s’inquiétait de savoir où ça pourrait le mener. Au bout de cette route engloutie depuis longtemps par la montée des eaux. Elle s’inquiétait aussi de la peur et de la culpabilité qui pourrait surgir et obscurcir son cœur. Elle ne connaissait ça que trop bien. “

Rory livre pour le compte de son oncle de l’alcool de contrebande. Longtemps considéré comme le baron de l’alcool clandestin, Eustace voit son empire menacé par la concurrence et par l’arrivée d’un nouvel agent fédéral prompte à faire du zèle. Au volant de Maybelline, Rory va devoir ruser pour déjouer la surveillance des agents fédéraux bien décidés à mettre fin à ce trafic, tout en affrontant ses rivaux et les fantômes liés au passé. Et ce n’est pas l’apparition de cette belle fille dans le paysage qui va beaucoup l’aider à ne pas perdre la tête.

Ce que j’en dis :

Qu’il fut bon de croiser sur ma route Les Dieux de Howl Mountain et de découvrir la magnifique plume de Taylor Brown pour me raconter cette histoire.

Ce roman possède toute les qualités dont je pouvais rêver. Une écriture singulière qui s’habille de lyrisme pour nous décrire cet endroit de Caroline du Nord, des personnages authentiques auxquels on s’attache forcément, qu’ils soient du passé ou du présent, on ne peut rester insensible à leurs vécus et à la force qui les habite, pour faire face à tous ses mauvais coups disséminés sur leurs routes.

Et c’est avec plaisir que l’on savoure ces pointes d’humour caustiques et parfois gonflées qui s’immiscent entre les lignes pourtant très sombre, qui apportent un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Entre Rory et Ma sa grand-mère, on sent un attachement féroce, un respect mutuel, une belle complicité, un grand amour malgré les années qui les séparent et le passé douloureux qui les a réuni.

Mais également les personnages secondaires, qui ne manquent pas de caractère, tel que Eli l’ami de Rory ou encore Eustace son oncle. Et d’autres bien évidemment que je vous laisse le plaisir de découvrir…

Taylor Brown nous offre un récit fabuleux aux côtés de ces bootleggers, dans les années cinquante, parsemant son histoire de coutumes et de croyances, dans un coin reculé des États-Unis et rejoint de ce fait le clan des auteurs qui donnent voix avec beaucoup de talent aux oubliés de l’Amérique tels que Ron Rash, Donald Ray Pollock ou encore Tom Franklin.

Une nouvelle voix qui ne manque ni de style, ni de caractère, ni d’humour. Je n’ai pas aimé, j’ai adoré, et c’est avec une grande impatience que je me prépare pour une future rencontre grâce à Léa créatrice du Picabo River Book Club et aux Éditions Albin Michel.

Je les remercie tous deux infiniment pour cette divine lecture pleine de charme et pour ce prochain rendez-vous qui va me permettre de féliciter en live ce grand auteur.

À souligner également la magnifique traduction de Laurent Boscq et la magnifique couverture très représentative qui nous embarque à bord de cette voiture vers une contrée mystérieuse.

” – Il y a quelque chose qui cloche chez ce type, reprit-il, genre depuis la naissance.

– J’en ai connu des comme ça, là-bas. Des mauvais de naissance.

Eli pivota sur un coude et le fixa du regard.

– En Corée ?

Rory acquiesça.

– C’était comment ? (…)

– Tout ce que je peux te dire, c’est que c’est un endroit où tu as envie que ce genre de fils de pute soient de ton côté, et derrière toi. Les pires. Les plus fous. Là-bas, le mal était un bien.

(…) je crois bien que tu reviens en plein bordel, conclut-il en secouant la tête.

Rory jeta sa cigarette par terre et l’écrasa avec son pied valide.

– Au moins, je suis revenu, dit-il. Enfin, en partie. “

Pour info :

Taylor Brown est né en 1982 en Géorgie, dans le sud des Etats-Unis, puis il a vécu à Buenos Aires et San Francisco avant de s’installer en Caroline du Nord. 

Les dieux de Howl Mountain est son troisième roman après La Poudre et la Cendre (Autrement, 2017) et The River of Kings (à paraître chez Albin Michel).

Par ailleurs nouvelliste, il a publié ses textes dans une vingtaine de revues littéraires, et a été récompensé par le Montana Prize in Fiction.

“ Viens voir dans l’Ouest ”

Viens voir dans l’Ouest de Maxim Loskutoff aux Éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” J’ai écouté l’écho de mon cœur dans mes oreilles et j’ai pensé aux Indiens – ça aurait été le bon moment pour qu’ils débarquent avec leurs cris de guerre. “

L’Ouest de l’Amérique est au bord de la guerre civile. Des milices armées tentent de prendre possessions du territoire.

L’Amérique semble désunie…

” La première frappe aérienne a rasé le terrain de golf – l’a changé en terre fumante et a tué quarante hommes. La seconde n’a laissé de la salle municipale qu’un cratère à la forme compliquée. L’explosion nous a réveillés, on a senti un tremblement profond et terrifiant, puis on a entendu les sirènes et les cris. “

Dans ce chaos, des hommes et des femmes tentent de combler leur solitude, d’oublier leur chagrin, leur manque d’amour en s’accrochant comme ils peuvent à ce qui les entoure, à ce qui leur reste.

” Je me suis demandé si mes parents avaient déjà connu des journées comme celle-ci, quand j’avais l’âge de Gigi. Si tout le monde connaissait des journées comme celle-ci. Marcher trop longtemps, aimer trop fort. Si les blessures finissaient par se refermer, ou s’il fallait vivre avec les cicatrices, parfois cachées, parfois non. Fragiles dans ce monde avec tant à perdre. “

À travers ces nouvelles Maxim Loskutoff, nous offre une vision étonnamment proche de l’Amérique d’aujourd’hui, en explorant le destin de tous ces gens ordinaires.

Des nouvelles étonnantes, parfois surprenantes, où il est question d’amour, de peur, de survie, de frustration, le combat de vie ordinaire de tout à chacun dans une Amérique tourmentée.

Un auteur à la plume audacieuse, maîtrisée plutôt prometteuse que j’aurai plaisir à retrouver pour son premier roman actuellement en cours d’écriture.

Pour info :

Maxim Loskutoff a grandi dans les petites villes de l’Ouest américain, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreux magazines littéraires aux États-Unis.

Elles lui ont valu d’être couronné par le prix Nelson Algren.

S’il a été l’élève de David Foster Wallace et de Zadie Smith, il enseigne lui-même aujourd’hui à l’université du Montana à Missoula.

Il termine actuellement son premier roman.

Je remercie les Éditions Albin Michel et le picabos river book club pour ce chouette partenariat de m’avoir permis de découvrir ces nouvelles d’Amérique aussi étranges que surprenantes.

“ Paradigma ”

Paradigma de Pia Petersen aux Éditions Les Arènes

” Elle est toujours éblouie par la beauté de l’informatique, la poésie de ses adresses et les possibilités insensées du virtuel. Qu’on ne dise pas que l’on ne peut rien faire pour changer le monde. Elle peut tout faire, surtout par les voies d’Internet, le problème majeur étant de rester incorruptible. Le hic, c’est que de nombreux hackers, capables de déjouer les systèmes sont récupérés par les multinationales qui leur proposent des sommes folles, quasiment impossibles à refuser. Personne n’échappe à la peur de finir pauvre. Le jour où l’on arrivera à dire non à l’argent parce qu’on considère qu’il y a des choses plus importantes, ce jour-là, la terre tremblera pour les bonnes raisons et elle aime penser que c’est possible et elle attend ce jour qui n’est plus très loin avec impatience. On peut en finir avec la peur. “

À Los Angeles, comme chaque année, la remise des oscars se prépare, mais dans l’ombre des projecteurs une femme prépare également une mise en scène spectaculaire afin que les exclus de la société, les invisibles apparaissent enfin dans la lumière.

Une marche silencieuse des pauvres s’organise.

” Nous allons prendre Beverly Hills, Rodéo Drive et Bel Air et Holmby, toute la zone des riches, ouais, les beaux quartiers, perce qu’y en a marre de se bastonner entre pauvres, comme pendant la révolte de South Central. (…) Ils viendront tous et de partout.(…) Personne ne veut rater ça et ce sera le bordel, elle a souligné avec plaisir. Un vrai chaos, enfin. Pas comme ces toqués de terroristes. Ce sera le défilé des paumés et il y en aura un paquet. On va vous sauter à la gueule et réveiller vos conscience à coup de pied… “

Le rassemblement a commencé et des individus mal fagotés débarquent de partout, créant une ambiance très particulière. Ça fait tache dans les beaux quartiers où une forte inquiétude commence à s’emparer des habitants. Un véritable insurrection est en marche et déclenche un tollé sur le Net.

Tout est parti de Luna. Mais qui est Luna ?

Une rêveuse ? Une idéaliste ? Une révolutionnaire ? Une hackeuse ?

Quoi qu’il en soit, les oubliés de l’Amérique sont bien décidé à suivre le mouvement avec l’espoir d’un monde meilleur.

Ce que j’en dis :

En France les gilets jaunes ont beaucoup fait parler d’eux et bien évidemment on pense à eux en lisant cette histoire, mais ils font pâles figures à côté de la magnifique prestation des oubliés de l’Amérique, les sans-abris, les sans-papiers, tous les miséreux d’ici et d’ailleurs.

Pia Petersen donne la voix aux invisibles en confrontant le luxe à la pauvreté, les révolutionnaires aux biens pensants, en créant une faille dans le système par l’intermédiaire d’une hackeuse et la complicité des réseaux sociaux.

En imaginant cette marche silencieuse, l’auteure ne nous offre pas seulement une histoire originale mais une véritable réflexion sur un monde de plus en plus fou, de plus en plus égoïste où l’argent et le paraître dominent, mais il suffirait d’une seule personne et d’un seul clic pour inverser la tendance.

Un roman intelligent, des portraits saisissants et touchants où deux mondes vont s’affronter pour le meilleur et pour le pire.

Une auteure qui mériterait un oscar pour une si belle mise en scène, où même l’amour surgit en plein chaos comme une note d’espoir en pleine tempête.

Mon âme rebelle s’est régalée, et vous invite à participer à cette marche silencieuse en vous plongeant dans ce récit audacieux.

Pour info :

Pia Petersen est née au Danemark, écrit en français et vit entre Paris et Los Angeles.
Elle a déjà publié dix romans, dont six aux éditions Actes Sud. Paradigma est son premier livre dans la collection EquinoX.
Elle a reçu en 2014 le prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises de l’Académie française.

Je remercie les Éditions Équinoxe pour cette virée à Los Angeles sous le feu des projecteurs.

“ Cotton County ”

Cotton County d’Eleanor Henderson aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Amélie Juste-Thomas

Les nourrissons reposaient tête-bêche dans un berceau, Winnafred d’un côté, Wilson de l’autre. Dans ce minuscule nid bourré à craquer, avec leurs doigts entrelacés semblables à de petites griffes délicates et leurs frémissantes paupières veinées de bleu, on aurait dit deux poussins, leurs crânes blancs comme les deux moitiés de l’unique coquille d’œuf dont ils auraient éclos. Il fallait vraiment y regarder de plus près – et personne ne s’en privait – pour remarquer que la fille était rose comme un porcelet et le petit garçon café au lait. “

À Cotton County en Géorgie dans les années 30, Elma Jesup fille d’un métayer de la région vient de donner la vie à des jumeaux de couleur différente. L’un s’avère être blanc et l’autre noir, à la stupéfaction générale.

Ce qui aurait du faire la joie de tous entraîne pourtant un drame affreux. Genus Jackson, un ouvrier agricole est tout de suite accusé et se retrouve lynché par une foule haineuse avant sa mise à mort.

” Depuis trois ans, on croyait la Géorgie revenue à la raison. L’homme du Ku Klux Klan a finalement été évincé de la résidence du gouverneur, et le lynchage avec lui. Mais, en janvier, Irwin County a fait replonger l’Etat dans cette période sombre. Maintenant que le record a été battu, pourquoi ne pas continuer, n’est-ce pas ? La tragédie d’Irwin County restera dans L’Histoire comme un acte barbare, mais au moins le shérif disposait d’aveux. Dans le cas qui nous occupe, en revanche, il n’y a aucune preuve, rien à part un égo meurtri et une justice sauvage.

Personne ne sera pourtant accusé et le meurtre reste impuni.

” Le démon s’est installé en Géorgie et si nous ne l’exorcisons pas, je crains qu’il ne décide de rester. “

Aidé d’Edna la jeune domestique noire qu’elle considère comme sa sœur, Elma élèvera ses deux enfants au cœur d’une ségrégation raciale toujours bien présente dans le Sud.

Mais ce drame a fragilisé les liens qui les unissaient et bientôt la vérité aussi douloureuse soit-elle va éclater et diviser cette famille.

Ces deux femmes que seule la couleur de peau sépare vont devoir chacune affronter les secrets de leur histoire familiale.

Ce que j’en dis :

À travers cette épopée américaine, Eleanor Henderson signe un roman ambitieux et nous offre une histoire dramatique où la ségrégation et le racisme règnent dans cette contrée rurale de Géorgie magnifiquement représentée.

La naissance de ces jumeaux entraîne un enchaînement de violence, de haine, de mensonges et de vengeance que l’on découvre à travers des flash-backs qui nous entraînent entre le passé et le présent de tous les habitants de cette contrée où les secrets de famille perdurent depuis plusieurs générations.

En véritable conteuse, Eleanor Henderson nous offre un magnifique roman choral porté par un plume captivante et mérite sa place auprès des plus grands auteurs américains.

Un énorme coup de cœur pour ce roman magnifiquement construit, qui peut paraître parfois exigeant mais qui s’avère absolument passionnant.

Je ne peux que vous encourager ce voyage dans le passé de la Géorgie au côté de ces deux sœurs de cœur.

Pour info :

Eleanor Henderson est une auteure américaine. Née en 1980 en Grèce et élevée en Floride, elle écrit son premier roman en 2011. Il est traduit deux ans plus tard en français sous le titre Alphabet City chez Sonatine Éditions.

Dès sa sortie aux Etats-Unis, Alphabet City remporte un franc succès et se retrouve dans la sélection des dix meilleurs livres de l’année du New York Times.
Eleanor Henderson vit aujourd’hui à Ithaca, New York, avec son mari et ses deux enfants. Elle y travaille comme professeur.
Cotton County est son deuxième roman.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette extraordinaire roman.

“ Une flèche dans la tête ”

Une flèche dans la tête de Michel Embareck Aux Éditions Joëlle Losfeld

” Elle place alors un bras autour de la taille de son père tandis qu’il lui pose une main sur l’épaule. La vie passe à la vitesse de petits riens dont la mémoire se nourrit pour en faire des souvenirs de la veille. (…) Les mots d’enfants résonnent à son oreille comme entendu hier. Il la regarde en coin, décèle les traits de l’enfance sur son visage, ce moment de grâce qui avait précédé les remous des calendriers, emportant la famille à hue et à dia. « Une fille saine», seule expression qui lui vienne à l’esprit. “

À la Nouvelle-Orleans, un père et sa fille vont tenter de renouer après une longue séparation. En sillonnant ensemble la route du blues, ils espèrent rétablir des relations qui étaient jusqu’à présent plutôt chaotiques.

” Sans le moindre éclaircissement sur ce fichu violon placé dans le coffre, elle se gare sur le parking quasi désert du musée, dubitative quand aux effets thérapeutiques d’un voyage pour mettre de l’ordre dans des souvenirs de bonheur en vrac et en berne. “

Peu à peu ils découvrent les pièges à touristes et apprennent pourtant la vérité sur la mort d’un géant du blues.

Mais ce voyage est l’occasion pour le père de s’interroger sur ses crises de migraines, qu’il supporte depuis si longtemps, une douloureuse maladie qui la conduit à des rapports misanthropes avec son entourage.

” Il vit avec un serpent, une aiguille à tricoter, un marteau piqueur ou une barre de fer dans la tête. “

Difficile dans de telles conditions de se laisser aller à la confidence.

” À chaque occasion l’histoire repasse les mêmes plats, chaque fois plus amers, moisis, dissimulés derrière un vocabulaire aussi vide que pompeux. On peut être tenté de mettre fin à ses jours par dégoût des autres. Ou par dégoût de soi-même. Il avait cumulé les deux pendant suffisamment longtemps pour avancer désormais vers la mort sans la redouter. “

Ce que j’en dis :

Le pèlerinage de ces deux êtres nous fait découvrir la route mythique du blues, et les plus énigmatiques géants du blues s’invitent dans le paysage.

Le blues en parfaite harmonie avec le mal de vivre qui habite cet homme qui soufre depuis si longtemps, le cœur brisé et la tête fracassée par d’incessantes migraines.

Dans cette errance, un père et sa fille aux âmes blessées tentent désespérément de se rapprocher tout en s’éloignant davantage à chaque tentative en écho à ce monde en perdition.

Un roman où la musique et les pensées philosophiques s’entremêlent pour nous offrir une douce balade digne des plus beaux blues.

À savourer avec en fond sonore l’album” Migraine Blues ” de Fred Sheftell

Pour info :

Journaliste au magazine Best de 1974 à 1983, Michel Embareck, né en 1952 dans le Jura, a écumé les scènes rock des années 1970 et 1980, collaborant à Rolling Stone et Libération.

Il est l’auteur d’une trentaine de romans, polars et recueil de nouvelles avec entre autres, aux éditions de l’Archipel, Cloaca Maxima, Avis d’obsèques, Personne ne court plus vite qu’une balle (2015) et Jim Morrison et le diable boiteux (2016, Prix Coup de foudre des Vendanges Littéraires de Rivesaltes). Ont paru chez Archipoche : La mort fait mal (2013, prix Marcel Grancher) et Le Rosaire de la douleur (2015).

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce magnifique blues sur les routes du Mississippi.

“ L’appétit de la destruction ”

L’appétit de la destruction d’Yvan Robin aux Éditions Lajouanie

” Un leader charismatique dont la voix, identifiable à la première écoute, vous décolle de grands lambeaux de peau pour vous toucher au plus profond. Capable de générer attirance et répulsion en l’espace d’une même seconde. Qu’on rêve d’embrasser, puis de gifler dans la foulée. (…) Une guitariste surdouée, au physique de panthère. Un bassiste haut sur patte, moche mais déjanté, paré à rendre sulfureuses les tournées futures. Un batteur fragile et mystérieux, qui plus est frère cadet du chanteur. Ajoutez à cela un son grumeleux – bien loin des productions aseptisées, en vogue ces années-là –, des mélodies instantanées, des structures ingénieuses et des textes qui résonnent dans le présent, et vous obtenez un cocktail imparable. Âme less rend accessible à tous, ce qui semble si loin… “

Âme Less a connu la gloire, les briquets flamboyants dans le public, les fans déchaînés, les salles pleines, les caprices de stars mais également la drogue, le sexe, l’alcool comme tout groupe de rock qui se respecte, l’un n’allant pas sans l’autre.

Et quand on atteint un tel sommet, plus dure sera la chute…

À travers trois voix, on plonge dans l’univers décadent de ce groupe de Rock, de leur ascension fulgurante à leur cruelle chute.

Se mettre à boire sentant soudain la fin venir

Ivre au couchant, rempli de larme, couvert d’ennui

S’allonger là, nu dans son vin, pour en finir

S’éteindre enfin dans la bouche cousue de la nuit “

Ce que j’en dis :

Bien installée dans mon fauteuil, loin de la foule hystérique des fans déchaînés, accompagné de ma playlist personnelle de mes groupes rock préférés, sans oublier une bonne bière, j’ai plongé à corps perdu dans ce roman pour suivre l’univers déliquescent de ce groupe de rock. Bien fidèle à l’étiquette qui leur colle à la peau, on retrouve ce qui fait la renommée des plus grands, le drogue le sexe l’alcool, les groupies dans les loges et parfois dans les lits, les frasques du leader, tout un cocktail de divers ingrédients qui mènent droit vers la notoriété, le paradis avant l’enfer.

Yvan Robin réussit à travers sa prose aussi lyrique que trash à ne pas casser le mythe, mais nous offre à travers ce récit une vision profonde de ce monde aussi fascinant qu’effrayant.

Qui n’a jamais rêvé de monter sur scène, pour ensuite se jeter dans la foule ?

Qui n’a jamais rêvé d’écrire des putains de textes, repris par cœur sur toutes les lèvres ?

 » Sur les couronnes et les tombes

Crash

Sur les attentats, sur les bombes

Crash

Sur les croix, sur les voiles

Crash

À la lune, aux étoiles

Crash

Saoulons d’essence et d’éther

Partisans, militants, militaires

Du désir découpons les ailes

À la guerre, à la rage et au zèle

Benjamin Vassilier voyait cette chanson comme un puissant remède à la morosité ambiante, sous perfusion de crise monétaire et de recrudescence de la violence. Sorte de catharsis à l’attention des masses, Crash serait l’hymne d’une génération qui aurait à lutter contre la peur et pour sa survie. “

Qui n’a jamais rêvé être à leur place ?

Et même si un drame se profile à l’horizon au fil des pages, c’est avec émotions, le palpitant en accord avec les décibels que l’on poursuit l’appétit de la destruction, avec l’envie d’un dernier rappel , une nouvelle chanson, un nouveau morceau de guitare à se faire exploser les tympans, parce qu’en fait dans la vie, le rock , y’a que ça de VRAI.

Comme il le dit dans son précédent roman : « Travailler tue » (ma chronique ici), alors fait une pause, prends toi une bière, et prends ton billet pour ce shoot littéraire très rock mais pas que…

 » Peines perdues

Sur le bord d’un verre

Que nous avions bu

Mes torts et travers

J’ai mes peines perdues

Sur le gué du fleuve

En amont des crues

Que mes larmes pleuvent

J’ai mes peines perdues

Dans le fond d’un lit

Où nous avions dû

Braver l’insomnie

J’ai mes peines perdues

J’ai mes peines perdues

Sur le bout des lèvres

Du haut de mes nues

Si je tombe…

Je crève “

Pour info :

Yvan Robin vit à Bordeaux.

Il est également l’auteur de La disgrâce des noyés, roman paru aux Éditions Baleine, et de Travailler tue ! Paru aux Éditions Lajouanie.

Je remercie les Éditions Lajouanie pour ce concert de mots mais pas que…

“ En attendant Eden ”

En attendant Eden d’Elliot Ackerman aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” Je veux que vous compreniez Mary et ce que Mary a fait. Mais j’ignore si vous y parviendrez. Vous devez vous demander si au bout du compte, dans des circonstances similaires, vous feriez le même choix qu’elle, Dieu vous garde. “

Depuis trois ans, Mary se rend chaque jour à l’hôpital au chevet de son mari, Eden. Il est rentré d’Irak, inconscient avec des blessures qui ne guériront jamais.

 » Ni vivant ni mort, ce que c’était ne portait pas de nom. (…) c’était le gars le plus grièvement brûlé des deux guerres réunies… “

Elle lui a présenté malgré tout Andy, leur fille qu’il n’a pas eu le temps de connaître, avant de la confier à sa mère pour la préserver.

Le jour de Noël, en l’absence de Mary, Eden donne l’impression de pouvoir communiquer.

” Allongé là, éveillé, il observait le flou brillant du matin. Dans ce flou se trouvaient des souvenirs. Chacun d’eux ne formait qu’une minuscule tache, mais ils étaient comme des grains de sable vus de tellement près qu’ils ressemblaient à des planètes. “

Mary reste pourtant la seule à pouvoir décider de mettre fin aux supplices de son époux.

Mais face à ses souvenirs qui la hantent et l’emprisonnent que fera-t-elle ?

Ce que j’en dis :

C’est à travers la voix de son ami, tué le jour où le Humvee roula sur une mine, le laissant seul survivant, que cette histoire nous est contée.

” Depuis lors, je continue à traîner dans les parages, je suis seulement de l’autre côté, je vois tout et j’attends. “

Avec beaucoup d’émotions mais aussi beaucoup d’humanité, Elliot Ackerman aborde le sujet douloureux de la fin de vie, dans ce drame lié à la guerre.

La mort rôde et entraîne un élan de culpabilité pour cette femme qui aime son homme et soufre avec lui. Certains souvenirs font mal et réveillent certaines trahisons récentes.

Un court récit bouleversant qui vous emporte à travers une magnifique prose, élégante que Jacques Mailhos a merveilleusement bien traduite.

C’est une belle et douloureuse histoire d’amour, de guerre , d’amitié, de loyauté absolument déchirante que je ne suis pas prête d’oublier.

Pour info :

Elliot Ackerman est né à Los Angeles. Vétéran du Corps des Marines, ancien membre des forces spéciales, il a effectué cinq missions en Afghanistan et en Irak. Écrivain le plus décoré de sa génération, journaliste, il a été finaliste du National Book Award. Il partage son temps entre New-York et Washington DC.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette histoire terriblement bouleversante où l’amour rôde avec la mort.