“ L’été où tout a fondu ”

L’été où tout a fondu de Tiffany McDaniel aux Éditions Joëlle Losfeld

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Mercier

Dans les années 80, dans l’Ohio, au Sud des Appalaches, le procureur Autopsy invite par l’intermédiaire d’une lettre, le diable dans sa petite ville de Breathed.

” Cher Monsieur le Diable, Messire Satan, Seigneur Lucifer, et tous les autres croix que vous portez, je vous invite cordialement à Breathed, Ohio. Pays de collines et de meules de foin, de pêcheurs et de rédempteurs.

Puissiez-vous venir en paix.

Avec une grande foi,

Autopsy Bliss “

S’attendant à voir débarquer une bête monstrueuse avec des cornes, sa surprise fut d’autant plus grande en voyant apparaître un jeune garçon noir aux yeux verts prénommé Sal.

Pensant cet enfant échappé d’une ferme voisine, le procureur décide de l’accueillir chez lui.

” La chaleur est arrivée en même temps que le diable. C’était l’été 1984, et si le diable avait été invité, tel n’était pas le cas de la chaleur. Mais on aurait dû s’y attendre. Après tout, la chaleur est la marque fabrique du diable, et depuis quand voyagerait-on sans sa marque de fabrique ?

Cette chaleur ne s’est pas contentée de faire fondre des choses tangibles, comme la crème glacée, le chocolat, les Popsicles. Elle a aussi fait fondre l’intangible. La peur, la foi, la colère, et les lieux communs du bon sens le plus éprouvé. Elle a fait fondre des vies aussi, qui n’ont connu que le triste destin de la terre pelletée par le fossoyeur. “

Le temps d’un été, Sal va partager la vie de cette famille, auprès du jeune Fielding et de son grand-frère Grand, de leur mère qui a la phobie de la pluie et ne sort jamais de leur maison, de l’irascible tante Fedelia et de la chienne Granny, sans oublier le procureur.

La canicule s’est installée au même moment déclenchant simultanément quelques événements plutôt inquiétants.

Les habitants voient d’un mauvais œil l’arrivée de ce noir, si jeune soit-il et un climat de discrimination envahit la ville où règne déjà une importante ferveur religieuse.

Il ne faut pas longtemps pour la suspicion et le racisme prennent possession de la ville où la mort rôde.

” Le fait d’être le diable faisait de lui une cible, mais lui donnait aussi un pouvoir qu’il n’avait pas en tant que simple garçon. Les gens le regardaient, l’écoutaient. Le fait d’être le diable faisait de lui quelqu’un d’important, le rendait visible. Et n’est-ce pas ce qu’il y a de plus tragique dans cette histoire ? Qu’un garçon doive être le diable pour être pris en considération ? « 

Ce que j’en dis :

C’est à travers les souvenirs de Fielding que cette histoire nous est comtée.

Si au départ j’ai cru m’aventurer dans un roman aux allures du grand Stephen King, j’ai très vite réalisé qu’il possédait une véritable profondeur mettant le doigt sur certains principes religieux mais surtout sur les ravages occasionnés par la discrimination raciale et homophobe.

Le mal sommeille dans chaque personne et il aura suffit d’un prétexte comme l’arrivée de ce jeune noir en même temps que cet embrasement caniculaire qui sévit sur la ville pour déclencher une véritable épidémie de méchanceté, de rumeurs et autres mauvaises actions entraînant la mort.

Tel un incendie, le mal attisé par tant de partisan s’intensifie et envahit ce petit coin de paradis et le transforme en enfer.

Un roman profond qui brosse le portrait peu flatteur d’une Amérique hélas égale à elle-même sur bien des sujets toujours présents de nos jours.

Un premier roman extraordinaire qui mérite toute votre attention.

Pour Info :

Tiffany McDaniel est née et a grandi dans l’Ohio. L’été où tout a fondu est son premier roman, pour lequel elle a remporté le Guardian’s Not the Booker prize 2016 du Guardian.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce roman fabuleux.

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“ Une flèche dans la tête ”

Une flèche dans la tête de Michel Embareck Aux Éditions Joëlle Losfeld

” Elle place alors un bras autour de la taille de son père tandis qu’il lui pose une main sur l’épaule. La vie passe à la vitesse de petits riens dont la mémoire se nourrit pour en faire des souvenirs de la veille. (…) Les mots d’enfants résonnent à son oreille comme entendu hier. Il la regarde en coin, décèle les traits de l’enfance sur son visage, ce moment de grâce qui avait précédé les remous des calendriers, emportant la famille à hue et à dia. « Une fille saine», seule expression qui lui vienne à l’esprit. “

À la Nouvelle-Orleans, un père et sa fille vont tenter de renouer après une longue séparation. En sillonnant ensemble la route du blues, ils espèrent rétablir des relations qui étaient jusqu’à présent plutôt chaotiques.

” Sans le moindre éclaircissement sur ce fichu violon placé dans le coffre, elle se gare sur le parking quasi désert du musée, dubitative quand aux effets thérapeutiques d’un voyage pour mettre de l’ordre dans des souvenirs de bonheur en vrac et en berne. “

Peu à peu ils découvrent les pièges à touristes et apprennent pourtant la vérité sur la mort d’un géant du blues.

Mais ce voyage est l’occasion pour le père de s’interroger sur ses crises de migraines, qu’il supporte depuis si longtemps, une douloureuse maladie qui la conduit à des rapports misanthropes avec son entourage.

” Il vit avec un serpent, une aiguille à tricoter, un marteau piqueur ou une barre de fer dans la tête. “

Difficile dans de telles conditions de se laisser aller à la confidence.

” À chaque occasion l’histoire repasse les mêmes plats, chaque fois plus amers, moisis, dissimulés derrière un vocabulaire aussi vide que pompeux. On peut être tenté de mettre fin à ses jours par dégoût des autres. Ou par dégoût de soi-même. Il avait cumulé les deux pendant suffisamment longtemps pour avancer désormais vers la mort sans la redouter. “

Ce que j’en dis :

Le pèlerinage de ces deux êtres nous fait découvrir la route mythique du blues, et les plus énigmatiques géants du blues s’invitent dans le paysage.

Le blues en parfaite harmonie avec le mal de vivre qui habite cet homme qui soufre depuis si longtemps, le cœur brisé et la tête fracassée par d’incessantes migraines.

Dans cette errance, un père et sa fille aux âmes blessées tentent désespérément de se rapprocher tout en s’éloignant davantage à chaque tentative en écho à ce monde en perdition.

Un roman où la musique et les pensées philosophiques s’entremêlent pour nous offrir une douce balade digne des plus beaux blues.

À savourer avec en fond sonore l’album” Migraine Blues ” de Fred Sheftell

Pour info :

Journaliste au magazine Best de 1974 à 1983, Michel Embareck, né en 1952 dans le Jura, a écumé les scènes rock des années 1970 et 1980, collaborant à Rolling Stone et Libération.

Il est l’auteur d’une trentaine de romans, polars et recueil de nouvelles avec entre autres, aux éditions de l’Archipel, Cloaca Maxima, Avis d’obsèques, Personne ne court plus vite qu’une balle (2015) et Jim Morrison et le diable boiteux (2016, Prix Coup de foudre des Vendanges Littéraires de Rivesaltes). Ont paru chez Archipoche : La mort fait mal (2013, prix Marcel Grancher) et Le Rosaire de la douleur (2015).

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce magnifique blues sur les routes du Mississippi.

“ Le Cherokee ”

Le Cherokee de Richard Morgiève aux Éditions Joëlle Losfeld

Il a pivoté vers le zinc qui a surgi à cent mètres, trois étages au-dessus du sol, un chasseur Sabre, sans lumière, réacteur coupé, noirâtre – odeur de brûlé, d’essence. Autre odeur bizarre, chaleur.

Corey s’est jeté à terre instinctivement. Le Sabre est passé au-dessus de lui dans un souffle violent. Corey a relevé la tête pour le voir filer sans bruit, le train d’atterrissage sorti. “

Au cours de l’année 1954, aux USA, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l’Utah, atterrit en pleine nuit un chasseur Sabre, sans aucune lumière, ni pilote.

Inopinément le Shérif Nick Corey assiste à la scène, lors de sa tournée de nuit à la première neige.

Après avoir découvert une voiture abandonnée, cette nuit est de plus en plus surprenante et annonce un sacré branle-bas de combat.

Suite à ces événements, le FBI et l’armée débarque. Tous sont sur les dents.

Corey de son côté se retrouve confronté à son propre passé, le tueur en série qui a assassiné ses parents et gâché sa vie, réapparaît.

Le tueur n’avait pas été retrouvé. La guerre était venue et tout le monde s’était intéressé à un autre type de meurtre. Il n’était pas impossible que l’assassin de ses parents ait été décoré pour bravoure et héroïsme. Corey espérait qu’il était vivant, lui n’avait pas clos l’enquête. Il n’avait pas la possibilité d’avoir accès à toutes les procédures pour homicides, à toutes les enquêtes, alors il attendait. Il attendait depuis vingt et un ans. Il n’espérait pas — c’était un type au bord de l’eau qui attendait que ça morde, sans ligne, sans hameçon. “

Corey a assez attendu, il est temps pour lui de faire face à ses cauchemars et de reprendre la route pour suivre les traces de ce tueur qui parsème sa route d’indices troublants de manière très particulière que seul un indien pourrait trouver. Le Cherokee pourrait être une aide précieuse au shérif, à l’allure Apache.

Un sacré fantôme de plus dans une ville de fantômes. Il connaissait son labyrinthe et ne craignait pas d’affronter la nuit. Ce qu’il craignait d’affronter, c’était la vérité. “

C’est sur sa Harley, qu’il fonce à la poursuite du tueur, le cœur battant la chamade pour cet agent du FBI. Même dans les pires moments, personne n’est à l’abri de tomber amoureux pour la première fois…

” Il espérait et comprenait que c’était ça vivre, cet espoir qui ne se disait pas, ne se prononçait pas. Cet espoir en nous et qu’on projetait sans le savoir, sans en être conscient, pour marcher sur la corde au dessus du vide. “

Ce que j’en dis :

Tomber d’amour pour un polar, en ce qui me concerne c’est assez rare. Dès le départ j’ai été sous le charme de la plume de Richard Morgiève, d’une qualité remarquable, sans compter l’histoire qui se profilait qui avait tout pour me plaire.

C’est en tout premier lieu, le titre qui m’a interpellé puis la couverture attirante qui m’a donnée envie de voir ce que ce roman cachait.

Adepte des lectures à l’aveugle ou vierge de toute information, je ne me suis pas attardée sur le synopsis, et dès les premières pages, j’étais comblée et sous le charme de ce shérif atypique. L’aventure se présentait sous de merveilleux auspices.

Il ne fallait pas croire que Corey était un bon gars simple et gentil. Des blagues. Il pensait qu’il était un sacré fumier — et on ne se refait pas. “

Un polar à la hauteur de toutes mes espérances qui recèle de nombreuses qualités.

Dans un style d’une grande maîtrise, une plume de caractère, délicieuse, acérée, avec ce petit côté de surnaturel où résonnent les croyances ancestrales des indiens d’Amérique, ce récit m’a conquise.

On accompagne Corey, ce shérif hyper attachant, qui porte en lui un lourd fardeau, accompagné de quelques fantômes qui le hantent jour et nuit, tout en lui permettant de mieux appréhender la vie et même de résoudre quelques énigmes au passage.

Quand l’enquêteur était à la ramasse, quand son âme battait des ailes, quand il était à bout de son humanité, alors la vérité pouvait venir à lui. Corey ne le savait pas encore. Corey était un homme, pas un ange. “

Et également un serial killer sournois qu’on aimerait bien voir finir derrières les barreaux.

Salué par Jean Patrick Manchette en 1994, pour Cueille le jour, ce polar tout aussi magnifique est à découvrir absolument.

Moment de lecture exquis.

Et s’apercevoir qu‘ Un petit homme de dos, et Boy m’attendent patiemment dans ma bibliothèque, me font regretter d’autant moins mes achats compulsifs.

Un auteur que je vais continuer à découvrir avec plaisir après cet énorme coup de foudre.

Pour info :

Richard Morgiève devient très tôt orphelin, sa mère meurt d’un cancer alors qu’il n’a que sept ans, et son père se suicide quand il en a treize.

Il vit ensuite une adolescence chaotique, au cours de laquelle il se débrouille en dealant du faux haschisch, entre autres activités, avant d’entamer toute une série de petits métiers.

Il publie son premier livre, un recueil de poèmes, à compte d’auteur à l’âge de vingt ans mais, honteux et écœuré de devoir payer pour être lu, il s’interdit d’écrire pendant dix ans. Il exerce tour à tour des emplois de débrouille tels fort des halles, employé de bureau, ouvrier, mécanicien, peintre en bâtiment, plâtrier, représentant, colporteur, déménageur de caves, standardiste ou chauffeur poids lourds.

Foncièrement autodidacte, Richard Morgiève publie, à l’âge de trente ans, en 1980, son premier livre à compte d’éditeur : un roman policier. Dès lors, il ne cessera plus d’écrire, entamant véritablement son œuvre personnelle avec la publication de son premier roman de littérature générale, Des femmes et des boulons, en 1987.

Aujourd’hui, il a écrit plus d’une vingtaine de romans, nombreux publiés aux éditions Joëlle Losfeld.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce polar qui vaut son pesant d’or.

“ Deux femmes ”

Deux femmes de Denis Soula aux Éditions Joëlle Losfeld

Seule, je suis soudain frappée de tous les côtés. À me tordre. C’est au ventre que je reçois le plus de coups. Je crierais si j’ouvrais la bouche. Je m’enferme dans la cuisine, vomis dans l’évier, sors sur le balcon et agrippe la rambarde en tremblant. Une voie lactée de lampes d’appartements clignote, signaux intermittents fouettés par les rafales de vent. Je reste là, étourdie, comptant les centaines de lumières et les vies qui vont avec.(…)Il y a quelques semaines, nous disposions trois chaises et chacune scrutait son horizon, les fenêtres d’en face, le centre-ville un peu plus loin ou une espèce d’Amérique au-delà des nuages. La nuit venait si lentement. Aujourd’hui, elle s’abat comme un coup de poignard. “

Depuis plusieurs mois, une femme se bat pour ne pas sombrer. Une douleur l’accompagne à chaque instant depuis le décès de sa plus jeune fille. Un dur combat jour après jour pour accepter le deuil.

” Je n’ai pas voulu de cela. Je n’aime plus mon métier depuis longtemps, mais je ne veux pas renoncer à la vie que je mène, à la solitude. Et je n’oublie pas que je suis une criminelle, que je troque un peu de ma peau contre beaucoup de liberté. Il n’y aura pas de retraite pour moi, seulement une disparition violente. Je me suis fait une raison.

Une seconde femme, tireuse d’élite, chargée d’éliminer des criminels de guerre. Depuis 1981 elle a intégré les services secrets. Enthousiaste à ses débuts, elle perd peu à peu les idéaux de sa jeunesse. Sa nouvelle mission l’a ramène sur ses terres natales à la poursuite d’un terroriste.

 » Je voudrais tant ne rien oublier, je voudrais tant ne laisser personne en route et emmener tout le monde avec moi. Je voudrais tant changer l’ordre des choses injustes. “

Deux femmes, deux destins, plongées dans la tourmente chacune de leur côté, qui s’apprêtent à entrer en collision. Le temps d’une nuit, elles vont se rencontrer et unir leur force pour tenter de survivre un jour de plus.

Ce que j’en dis :

D’emblée ces deux confidences de femmes contées en alternance, m’ont bouleversé. Il se dégage de ce récit une tension extrême chargées d’émotions puissantes. Un roman chargé d’amour et de rage, de colère et d’espoir.

L’auteure explore la douleur des femmes, le chagrin qui peut parfois accompagner une vie, mais aussi leur lutte pour vaincre leur désespoir et enfin sortir du brouillard et retrouver la paix.

Une histoire qui a réveillé mes souvenirs cinématographiques où Nikita, l’héroïne de Luc Besson n’était jamais loin de mes pensées pendant ma lecture.

Avec ce court roman, l’auteure a réussi un tour de force, en soignant les maux avec peu de mot, mais avec la puissance d’un coup de poing mortel.

De beaux portraits de femmes, au cœur battant au rythme de leur vie électrisée par leur courage.

Un roman que j’ai lu le cœur broyé , la gorge nouée, les poings serrés, les larmes aux yeux.

C’est beau, c’est magnifiquement bien écrit, c’est à découvrir d’urgence.

Pour info :

Écrivain, metteur en ondes aujourd’hui à FIP, Denis Soula réalise également des documentaires pour France Télévision, France Inter ou France Culture. Producteur de l’émission La Légende du sport diffusée sur le réseau national de France Bleu entre 1997 et 2006, il est l’auteur de plusieurs ouvrages et romans aux éditions Joëlle Losfeld/Gallimard et Autrement (Le Rugby français existe-t-il ?, 2007, La Leçon de sport, 2006, Au cœur des Bleus, quatre ans dans l’intimité du XV de France, 2001). Il est également président d’honneur de Fais-nous rêver, l’agence pour l’éducation par le sport.

Je remercie les éditions Joëlle Losfeld pour ce récit coup de poing.

“ Smile ”

Smile de Roddy Doyle aux Éditions Joëlle Losfeld

Traduit de l’anglais (Irlande) par Christophe Mercier

Elle m’a sauvé. C’est ce qu’a fait Rachel. Elle m’a sauvé et, plus tard elle m’a porté. Son assurance, la façon dont elle m’agrippait, m’attirait en elle, tournait le dos et restait la patronne, sa capacité à gémir, la façon dont elle envisageait le sexe, prenait et donnait – maintenant, je me rends compte que ça m’a sauvé. Ça me stupéfiait et ça me formait. J’étais tombé amoureux d’une adulte. Je n’étais pas un imposteur, c’est juste que j’avais été lent à démarrer. ”

Victor Forde vient de se séparer de l’amour de sa vie. Anéanti, il retourne vivre dans le quartier dublinois de son enfance. Pour combler le vide de sa nouvelle vie, il se force à sortir et se rends dans le même pub chaque soir. C’est là qu’un soir il va rencontrer Ed Fitzpatrick, une vieille connaissance dont il a du mal à se souvenir.

Je n’appréciais pas Fitzpatrick. Mais il m’avait ramené tellement loin en arrière ; c’était l’appât, le leurre. Il ne s’agissait pas de nostalgie. Je ne le pense pas. ”

On ne peut pas dire qu’il apprécie sa compagnie, mais en sa présence, leurs souvenirs communs d’écoliers chez les frères chrétiens, semblent prendre une tournure différente. Il semble avoir occulté une partie de ce passé.

Et je plaisais à cet homme violent avec la tête de Desperate Dan. Je le savais – tout le monde le savait – à cause d’une chose qu’il avait dite plus de deux ans plus tôt, quand j’avais treize ans.

« Victor Forde, je ne peux résister à ton sourire. »

C’était comme une réplique de film, prononcé à un très mauvais endroit. Je savais que j’étais foutu. “

Ed Fitzpatrick semble être le détonateur qui va faire exploser sa boîte à secret. Va-t-il enfin pouvoir affronter la réalité ?

Ce que j’en dis :

Voilà le genre de roman que l’on aime croiser dans une vie de lectrice. Un roman choc qui te mets K.O et qui prend sens dans sa finalité absolument sidérante.

Dans cette histoire, l’auteur aborde différents thèmes, tels que le divorce, la solitude, les séquelles liés à certains souvenirs refoulés qui cachent un sujets on ne peut plus tabou : la pédophilie dans les écoles chrétiennes instituées par des ” frères ”, véritable scandale qui a détruit la vie de milliers de jeunes irlandais.

Mais ce qui fait la force de ce récit, c’est la manière dont toute cette histoire est présentée, ses enchaînements, cette introspection dans la vie de cet homme qui semble perdre pieds jour après jour.

Un livre coup de poing, qui te coupe le souffle.

C’est osé, inventif, ingénieux, surprenant, bouleversant, étrange, un shot irlandais explosif.

Né à Dublin en 1958, Roddy Doyle est l’un des écrivains majeurs de la littérature irlandaise contemporaine. Il est l’auteur de la célèbre trilogie de Barrytown – The Commitments, The Snapper, The Van – (collection « Pavillons poche », 2018, 2009, 2016), portée à l’écran par Alan Parker (1991) et Stephen Frears (1993), ainsi que de Paddy Clarke Ha ! Ha ! Ha ! lauréat du Booker Prize en 1993 (également en « Pavillons poche », 2016) .

Smile est son douzième roman.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce roman percutant.

“ Roman noir ”

Roman noir d’ Agnès Michaux aux Éditions Joëlle Losfeld

Pondara avait été le décor amer de son premier roman, celui des dernières vacances avec Petit Frère. Il était temps de désendeuiller l’été. Si elle revenait à Pondara, c’était avec l’espoir de tourner la page, de retrouver l’élan. Elle avait pris la mesure de son passif – des débuts prometteurs, un joli petit succès, même, pour un premier roman, déjà vieux de dix ans, et puis, la lente et sûre déliquescence de son inspiration et de son enthousiasme, comme du nom de ses lecteurs. Malgré cela, elle voulait croire à la possibilité de la seconde chance contre une époque qui préférait le neuf à la rédemption. ”

Après avoir connu le succès, Alice Weiss une jeune auteure s’est un peu endormie sur ses lauriers. Il est temps de renaître et de raviver la créativité ensommeillée. Arrivée à l’aéroport de Pondara, tentant de remettre à sa place un passager un peu collant, elle prends la place d’une autre, qui était attendue et s’approprie son identité. Cette personne n’est autre que Celia Black une autre écrivaine, auteur de best-seller. Arrivée à la villa, elle est accueillie comme si elle était vraiment Celia, elle décide donc de continuer son petit jeu…

” Mais que faire ? Être une autre fatiguait. Être soi était douloureux. “

En parallèle, une femme est retrouvée morte sur la jetée, apparemment noyée. Cette mort étrange interpelle Fritz Kobus, l’intervenant- chef de la brigade de Pondara. Une femme meurt, une autre apparaît…

” Le subtil dialogue de l’ordre et du chaos. Du vrai et du faux. Du rêve et de la réalité. Comment trouver l’équilibre ? “

Les masques vont devoir tomber si l’on veut connaître la vérité.

” Dès le début de cette histoire, le mélange permanent d’excitation et de danger avait été addictive. “

Ce que j’en dis :

À travers cette intrigue surprenante située sur cette Riviera imaginaire, l’auteure réussit à nous transporter dans une histoire pleine de mystères et d’hypocrisies. Se joue sous nos yeux, un duel permanent entre le vrai et le faux.

Derrière ce vol d’identité, et cette enquête, Agnès Michaux nous offre un « Roman Noir “ sournois et bluffant, une belle digression sur la légitimité, l’imposture et la création.

Grande amoureuse des mots, elle n’hésite pas à utiliser pour son récit un vocabulaire riche et parfois complexe.

Autant vous dire qu’on ne s’ennuie pas et que l’on prend grand plaisir à lire ce ” Roman noir ” qui sort des schémas classiques du genre.

À lire absolument quand on aime être agréablement surpris.

Agnès Michaux est écrivaine et traductrice. Spécialiste des écrivains anglo-saxons et de la Venise du XIXe siècle.

Elle fait plusieurs longs séjours à Philadelphie, New York, Venise, rentre en France où elle est engagée à Canal +.

Animatrice et chroniqueuse à Canal+ (Nulle part ailleurs, La Grande Famille, C. Net, Le Journal du Cinéma, Bande(s) à part), elle a également travaillé sur France Inter, notamment dans l’émission de Stéphane Bern, Le Fou du roi.

Elle est l’auteur de deux documentaires sur le cinéma : À la recherche de Stanley Kubrick (1998) et Sur les traces de Terrence Malick (2000).

Elle est aussi l’auteure de plusieurs romans dont Stayin’ Alice (2005), Le Témoin (2009), Les sentiments (2010), Codex Botticelli (2015), Système (2017)…

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour cette lecture pleine de surprises.