“ Le bruit des tuiles ”

Le bruit des tuiles de Thomas Giraud aux Éditions La contre allée

” Au bout du chemin, une petite vingtaine de minutes après Dallas, il y a, au pied de la lettre, un champ de ruines. Un champ très grand, quoi qu’il soit difficile de délimiter la taille du champ tant l’espace des ruines, ce fantôme de pierres absentes, se mêle dans un camaïeu de jaune, au soleil, au ciel, au sable, à la poussière dans l’air, au reste du désert. (…) Plus loin, plus au sud, d’autres maisons mieux alignées. Des restes dispersés. Une organisation demeure identifiable, les murs, même tombés, continuent de faire parler, même si c’est très peu, ceux qui étaient là ; comme si, malgré l’absence de toute trace écrite on pouvait encore les entendre dire j’ai été là. Il y a les traces de passage d’une vie habitée mais pas celle de la mort qui serait resté. “

En 1855, Victor Considerant a fondé une communauté phalanstère au Texas. Appelée La Réunion, elle était située pas loin de Dallas.

Ce projet avait pour but de faire de Reunion, une colonie utopique capable de produire et distribuer ses récoltes au cœur de la communauté.

C’est lors d’un séjour aux États-Unis que Considerant a eu cet idée.

De retour en France, après de nombreuses conférences, il réussit à convaincre de nombreuses personnes à tout quitter pour investir et rejoindre son programme.

” Était-ce le manque de quelque chose qui les tenait prêts à tout quitter pour beaucoup de promesses ? Sont-ce les mots de Considerant qui parfois agissaient, comme s’il savait, qu’il s’était glissé dans leurs cœurs et dans leurs esprits, saisissait ce qu’étaient les vies que certains menaient ou justement, ce qu’elles n’étaient pas ? Celle de Leroux par exemple, une vie constituée de travail et d’inquiétude, solitaire, avec l’idée que la vie est toute petite et que l’on se prépare à une mort tout aussi insignifiante. Considerant avait du talent et les hommes étaient prêts, et lorsqu’on est prêts, on trouve beaucoup de talent à celui qui pourrait vous emmener, nous sortir de cet endroit où l’on vivote. “

Ce projet va connaître bien des déboires, à commencer par les piètres qualités des terres acquises, puis le mauvais accueil des voisins américains, et les aléas climatiques sans parler de l’invasion de sauterelles qui mettra fin à ce rêve fou.

” Ce qui l’a le plus surpris c’est que personne ne lui ait dit que le malheur devait se prévoir. Car quand on sait qu’il va venir, on l’attend, on anticipe, la surveillance à tout son sens. On est prêt. Il avait fait ce qu’il faut pour préparer le bonheur de tous dans une vie harmonieuse mais il n’était pas préparé pour trouver le malheur, et même surveiller l’arrivée de celui-ci, découvrir le désastre sur son chemin. “

Ce que j’en dis :

Qui était donc Victor Considerant ? Un rêveur, un gourou ? Un révolutionnaire ou un arnaqueur ?

C’est à travers les voix de plusieurs personnages, et également de Reunion, lieu du projet, un personnage à part entière, que l’auteur nous propose d’en découvrir davantage sur l’homme et son rêve.

Basée sur de véritables faitS historiques , l’histoire s’avère fortement intéressante.

On se rends très vite compte des difficultés auxquelles ils ont dû faire face, à commencer par la majorité des colons qui n’y connaissaient rien, tout comme l’instigateur, Considerant , très mal informé en amont et qui semble très vite dépassé par les événements.

Plus on avance, plus on se rend compte qu’ils n’avaient aucune chance de perdurer face à tant de malchance cumulée au reste.

Un récit qui amène à quelques interrogations et quelques réflexions, en ces temps où il serait bon de vivre de nos propres cultures et de partager nos récoltes.

Aimant sortir des sentiers battus, j’ai plutôt apprécié ce récit à la prose agréable, et découvrir ce projet qui mettait jusqu’à présent totalement inconnu.

Une sympathique découverte.

Pour info :

Thomas Giraud est né en 1976 à Paris. Docteur en droit public, il vit et travaille à Nantes. 

Depuis le bel accueil réservé à son premier roman, Elisée, avant les ruisseaux et les montagnes, Thomas Giraud contribue à Remue.net, 303, La moitié du Fourbi ou encore le Yournal. Son deuxième ouvrage, La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank a aussi connu un beau succès puisqu’il a été nominé au prix de la brasserie Barbes (Littérature et musique) 2018, et au prix des lycéens et apprentis, île de France 2018 et obtenu le Prix Climax.

Le Bruit des tuiles, est son troisième roman à La Contre Allée.

Je remercie Aurélie et les Éditions de La contre-allée pour m’avoir permis d’élargir mon horizon et mes connaissances.