Saō Paulo confessions

Saõ Paulo confessions de Gérard Bon aux Éditions de La manufacture de livres

“ – Il a disparu comme ça, d’un coup.

– Disparu ?

– Oui, volatilisé, désintégré ! dit-elle d’une voix tendue comme un fil sur le point de rompre. Vous savez, c’est un peu comme dans ces romans de gare. Le monsieur quitte son domicile un beau matin et ne reviens pas. ”

Franck Cage a disparu, en un clin d’œil juste quelques semaines avant son retour musical. Pourtant tout semblait bien rouler comme sa Porsche qui l’attend désespérément sur un parking. La femme du rocker se confie à Dino Emanueli et lui demande son aide.

” Ce n’était pas tout à fait le genre de dossier dont le rêvais. Mais il était sans doute écrit que cette dame en détresse s’adressait à moi, sur les conseils d’un ami de son père. Qui sait ce qu’on avait pu lui raconter à mon sujet ? Que je collectionnais les succès ? “

Il tombe sous le charme de cette femme assez troublante et décide de prendre en charge cette affaire. Commence alors pour Dino une plongée dans le mystère de Saõ Paulo et dans le passé du sulfureux musicien.

Doit-on s’accrocher à un vague espoir ? S’installer dans le grand découragement de l’attente ? Ou tirer une croix sur le passé ? “

Ce que j’en dis :

À travers ce polar qui flirte avec le roman noir, l’auteur dépeint une ville brésilienne gangrenée par la corruption. Une ville dominée par l’argent et la spéculation immobilière. On fait connaissance avec cet avocat épicurien et charmeur qui n’hésite pas à mettre beaucoup de sa personne pour aboutir à ses fins, au risque de se perdre en route. Entre stratégies et plaisirs l’enquête se poursuit dans une atmosphère poisseuse loin des plages paradisiaques.

Une plume que je découvre, un polar qui sort de l’ordinaire avec un avocat qui ne manque pas d’humour même si je l’aurais préféré un peu plus caustique.

Un belle rencontre qui me donne envie de poursuivre vers ses précédents polars.

Gérard Bon

Né à Nice, Gérard Bon étudie à l’école supérieur de journalisme de Lille. Reporter pour deux agences de presse internationales, il se spécialise dans les affaires politiques et judiciaires et les relations diplomatiques. À ce titre, il a suivi plusieurs voyages présidentiels officiels au Brésil, en Afrique du Sud, en Libye.

Depuis 25 ans, il séjourne régulièrement au Brésil. Il est l’auteur d’une trilogie de romans policiers mettant en scène un héros récurrent, Cavalier, ainsi que Ci-gît mon frère (2012) et Retour à Marseille (2016), à La Manufacture de livres.

Je remercie La Manufacture de livres pour ce polar étonnant.

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 » La petite Gauloise”

La petite Gauloise de Jérôme Leroy aux éditions de La Manufacture de livres

« Mokrane, mon fils, t’as intérêt à bien travailler à l’école parce que ça ne vas pas être facile pour nous dans les années qui viennent. » Mokrane Méguelatti avait regardé en boucle sur la petite télé de l’épicerie les tours jumelles s’écraser, il n’avait pas osé avouer qu’il était saisi par la beauté plastique de l’événement, supérieur à n’importe quel film catastrophe. Mais il avait compris ce que voulait dire son père et il était devenu flic avec l’idée romanesque de protéger sa communauté des amalgames qui ne manqueraient pas de survenir dans des temps prochains.

Dans une grande ville de l’ouest, la vie avance au ralenti, on ne voit rien venir et pourtant on s’attend au pire.

Ça commence par la mort d’un flic, tombé au champs d’honneur mais celui qui l’a descendu l’ignore. Le tireur est un autre flic, qui pensait bien faire en tirant sur un bronzé armé. C’est le bordel. Ça sent la bavure…Sale temps pour les rêveurs.

(…) La Petite Gauloise ne traînait avec personne, sauf d’autres garçons, parfois. La Petite Gauloise avait des copines mais pas d’amies, la Petite Gauloise n’avait même pas de profil Facebook.

Qui aurait pu prévoir qu’un tel ouragan était entrain de s’installer sur la ville ? Certainement pas le service météo qui se plante un jour sur deux…ni le prof de la Petite Gauloise, bien trop occupé à fantasmer sur l’écrivaine qui intervient dans sa classe aujourd’hui. Et pourtant, la gamine est prête à tout pour que sa vie ait un sens.

À peine commencé ma lecture, je savais que j’avais entre les mains une bombe livresque mais j’étais loin de me douter à quel point. Et pourtant pour une anosmique, j’ai très souvent le nez fin.

D’entrée ça commence fort, et au final ça t’explose à la tronche sans que t’ai rien vu venir.

Jérôme Leroy n’hésite pas à mettre les mots là où ça fait mal avec une plume percutante, incisive qui claque et atteint sa cible quitte à éclabousser au passage. On ne fait pas de bon livre sans un minimum de risque. Si ça choque c’est parce que c’est pas du toc.

À travers ce court roman , l’auteur aborde des sujets sensibles, tel que les préjugés, la radicalisation, les dérives de notre société, les dommages collatéraux, le terrorisme.

La Petite Gauloise réveille les consciences et s’impose au cœur de la nation tel un conte cruel mais authentique.

Un roman troublant, dérangeant, mordant, qui sort des clous avec classe et que je vous conseille de consommer sans modération.

La Petite Gauloise a conquis mon cœur de lectrice. Je parle du livre de Jêrome Leroy bien évidemment, vous l’aurez compris. Enfin j’espère…

Jérôme Leroy est né à Rouen. Il a été pendant près de 20 ans professeur dans une Z.E.P. De Roubaix. Auteur prolifique depuis 1990, il signe à la fois des romans, des essais, des livres pour la jeunesse et des recueils de poésie. Son œuvre a été récompensée par divers prix littéraires. Il est également co-scénariste du film de Luca Belvaux, Chez nous, sorti en salle en 2017.

Je remercie les Éditions La Manufacture de livres pour cette bombe livresque qui m’a explosé le cœur.

Gueule de fer

Gueule de fer de Pierre Hanot aux Éditions La Manufacture de Livres

 » – M’sieur, vous nous montrez comment on devient champion ?

Se pressant devant le banc, les deux ados sont médusés par son palmarès.

– Souffrir et encore souffrir, dit Eugène. « 

Eugène Criqui, boxeur, débutait une carrière très prometteuse quand il fut mobilisé en 1914. Il quitte le ring pour les tranchées et démarre de ce fait un autre genre de combat.

« Août 1914

Contraint de renoncer provisoirement à la boxe, Eugène ne dérogera pas à son devoir de citoyen, comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement. (…)

⁃ Ah la boxe, quelle aventure extrême ! Offrir sa souffrance à des imbéciles, c’est en quelque sorte ce à quoi la guerre nous prédestine. « 

Mars 1915, en plein combat dans cette sale guerre, une balle explosive lui détruit sa mâchoire.

 » – Balle à fragmentation, vous l’avez échappé belle ! Entrée par la bouche et ressortie par le cou, l’ogive a toutefois fait du dégât au passage : dentition arrachée, langue sectionnée en deux, mâchoire inférieure démantibulée en plusieurs endroits…(…) Eugène n’a pas tout capté, la souffrance le dévaste.  »

Un nouveau combat pour Criqui, et de nombreuses opérations vont suivre pour le remettre en état. Naîtra bientôt Gueule de fer, une belle gueule d’ange revenue de l’enfer. Mais le chantier n’est pas terminé, il faut désormais repartir à la reconquête de son corps.

À force de volonté et de courage dés 1917 il reprendra la boxe et deviendra champion du monde à New York.

 » Réactiver le passé d’un homme dont on ne possède que des échos parcimonieux et souvent contradictoires, un exercice d’équilibriste en bascule sur une corde instable.

Encore fallait-il jusqu’au vertige s’acharner à ne point trahir. Eugène Criqui m’en a préservé : j’étais son partenaire au milieu du ring, son compagnon dans les tranchées, je l’ai rêvé, quasiment traduit, du corps et du cœur il est devenu mon frangin. « 

Avec brio, Pierre Hanot sort de l’oubli, un boxeur à la gueule cassée. Il nous livre un récit coup de poing, percutant, fort et touchant tel un uppercut en plein cœur.

L’histoire d’un guerrier qui va combat après combat prendre le chemin de la victoire non sans mal.

Un bel hommage sous une belle plume d’un écrivain au grand cœur pour faire revivre un héros injustement oublié.

Qu’on aime ou pas la boxe, on ne peut être qu’admirative devant tant de courage, devant cette résilience. Une belle leçon de survie dans un roman passionnant.

Un Livre aux qualités multiples, un bel ouvrage littéraire, très soigné.

Un Livre qui a une gueule d’enfer.

Pierre Hanot est né à Metz et vit en Lorraine. Tour à tour maçon, routard, professeur d’anglais. Chanteur et guitariste, il a réalisé plus de deux cent concerts dans les prisons françaises. Il revisite avec originalité le monde du noir et du polar à travers différents romans :

– Rock’n taules en 2005 ( récit)

– Les hommes sont des icebergs en 2006

– Serial Loser en 2008

– Les Clous du fakir en 2009

– Tout de tatou en 2013

– Aux Armes défuntes en 2012

Ambiance musicale : 15 Éme round de Bernard Lavilliers à écouter ici

Je remercie Pierre des Éditions La Manufacture de Livres pour cette lecture héroïque.

 » 115 « 

115 de Benoît Séverac aux Éditions La Manufacture de livres.

‘  » Au lieu de nous faire iech, vous feriez mieux d’aller voir ce que font les Gitans le soir. Ils sont pas nets, eux non plus. Mais peut-être que vous avez pas les couilles ?  » 

Une ou deux réflexions isolées ne portent pas à conséquence, parce que les Arabes et les Gitans se détestent, mais quand ça revient trop souvent ça veut dire que quelque chose couve et qu’il est temps de s’en inquiéter. ‘ 

Commence alors une nouvelle enquête menée par Nathalie Decrest, chef de groupe de la Brigade Spécialisée de Terrain de la Police Nationale après une descente dans un camp de Gitans. Elle ne s’attendait pas à y trouver caché dans un container deux albanaises et un enfant, cherchant plutôt de la drogue.

 » les trois parrains, quant à eux, demeurent muets. S’ils sont contrariés par la descente de police, ils n’en laissent rien paraître. Sans avoir à prononcer un mot, ils intiment l’ordre à leurs sous-fifres, menottés comme eux, de se taire. De vrais durs, habitués aux déboires avec la justice. Par la seule force de leurs regards, la consigne passe : il en cuira à celui qui bave.  » 

Nathalie devra une fois encore affronter la dure loi du silence des malfrats.

Ce soir là elle était accompagnée par Sergine Hollard, une vétérinaire afin qu’elle gère les volailles qui servaient à des combats. Guère ravie d’être là Sergine devra pourtant faire bonne figure. Un vieux contentieux sépare les deux femmes qui ne s’apprécient plus guère.

Sergine souhaiterait crée une clinique vétérinaire ambulante pour aider les animaux des sdf. Contrairement à eux-mêmes ils prennent grand soin de leurs bêtes  et sont prêts à de nombreux sacrifices pour leur bien-être. C’est là qu’elle rencontre Cyril, un jeune autiste qui vit dans la rue. Il est sous la coupe des sœurs jumelles Charybde et Scylla.

Ils sont nombreux à vivre dans la rue, dans l’attente de jour meilleur, d’une rencontre qui changerait leur condition de vie, qui sauverait certaines de la prostitution.

 » La rencontre qui changera tout, le retournement inattendu, le coup de main du destin qui arrêtera la roue de la fortune sur la bonne case…les gens de la rue veulent tous croire à cette chimère, mais au fond, ils savent bien que chaque année passée à la rue les éloigne d’un happy end. »

Les deux jeunes femmes, policière et vétérinaire,  déjà confrontées à la misère des gens en grande précarité vont en plus découvrir la violence qui s’y cache.

Pour nous livrer une histoire aussi authentique, l’auteur s’est immergé dans le monde de l’extrême pauvreté.

Dans ce roman noir social, notre société n’apparaît pas sous son meilleur jour. Elle reflète malheureusement l’envers du décor, celui de la rue, des SDF, de la prostitution. Des personnes mises à mal chaque jour en mode survie. 

L’auteur nous plonge dans la noirceur du monde, à travers un polar contemporain aussi réaliste que tous les faits divers qui encombrent les journaux chaque jour. Une écriture maîtrisée, dure, en parfaite harmonie avec l’histoire dépeinte à travers ces lignes. On y sent de la colère, de la révolte pour ces injustices via les deux personnages féminins plein d’humanité. Non démuni de sensibilité, plein de souffle et de cœur. 

115, un roman d’action sociale aussi brillant que la noirceur qui l’habite. 

Benoît Séverac enseigne l’anglais à l’école vétérinaire de Toulouse où il vit. Il a publié à la Manufacture de livres, Le Chien arabe, Prix de l’embouchure 2016, paru chez Pocket en 2017 sous le titre Trafics. En 2016 à paru chez Syros, Little Sister. Il est aussi l’auteur de Les Chevelus aux éditions Tme, traduit aux USA et de Silence, adapté au théâtre.

Je remercie les Éditions La Manufacture de Livres pour cette lecture déchirante tel un cri dans la nuit. 


 » Retour à la nuit « 

 

Retour à la nuit d’Éric Maneval aux éditions Écorce et 10/18


 » Le journaliste fait dresser un portrait-robot qui s’affiche à l’écran. À cet instant précis, une douleur électrique me traverse le corps et parcourt ma peau le long de mes cicatrices. Je me mets à trembler,  à transpirer et avoir froid.  » 


Le choc est brutal pour Antoine. Vingt ans après ce portrait-robot réveille en lui de vieilles blessures. Il avait huit ans quand il l’a vu la première fois. Il avait tout oublié jusqu’à maintenant, seules de vilaines cicatrices lui rappelaient qu’il avait croisé le mal un jour.

 » C’était beaucoup plus compliqué avec les adultes, car eux veulent toujours établir des corrélations psychologiques. Ils ne pouvaient s’empêcher de penser que si ma peau était ainsi morcelée, il devait en être de même pour mon esprit.  » 


Antoine est veilleur de nuit dans un centre pour ado. Sa propre histoire l’aide à canaliser certains jeunes quand ils partent en vrille.

 » Je me rappelle avoir eu une violente crise de nerfs. Cette représentation est précise. Je n’ai pu intégrer ce que j’ai vu. Une vague de violence m’a submergé. C’était intolérable. Il m’arrive encore aujourd’hui de ressentir les prémices de cette furie. C’est peut-être pour ça que, finalement je suis un être calme et que je fais bien mon boulot. Je sens l’orage arriver bien avant que le tonnerre et les éclairs ne se déclarent. « 


Apparemment ‘Le découpeur’ a resurgit du passé, le danger rôde. Le passé remonte à la surface et met en péril la nouvelle vie qu’Antoine s’est construit.

À travers ce roman noir Éric Maneval nous plonge dans l’angoisse. Un court récit mais d’une densité incroyable dù à la puissance de l’écriture, à la force des mots qui dégagent d’intenses émotions.

Un récit poignant, bouleversant où tous les personnages laissent échapper de l’empathie, en particulier Antoine. 

L’auteur réveille les cauchemars de l’enfance avec sobriété et élégance.

Une Plume et une histoire qui m’ont conquise, avec pour seul bémol, une fin un peu brutale. Je l’aurais aimé un brin plus étoffée.

Un très beau roman idéal pour tous les amoureux du roman Noir au style atypique.

Eric Maneval vit et travaille à Marseille. Passionné de littérature noire et policière, libraire et guitariste, il lit et écrit la nuit. Retour à la nuit, qu’il qualifie de roman d’angoisse, est son deuxième livre, après Eaux (éditions de l’Agly, 2000). Il est aussi auteur de nombreux textes courts. Retour à la nuit a reçu le prix du polar lycéen d’Aubusson en 2011. Il est suivi par Inflammation publié à la Manufacture de Livres dans la collection  » Territori ».


 

 » Ecume « 

Ecume de Patrick K . Dewdney chez La Manufacture De Livres collection Territori

 » Le bateau file maintenant face au vent. La bruine a cessé. Au-delà du sillon scintillant que la gueuse trace sur son passage, l’aube dévore ce qu’il reste des côtes, un lambeau sombre, inondé de lumière. Lorsque la mer se cabre, il arrive au fils d’y plonger les yeux par mégarde. Sa rétine abrite déjà des essaims de taches noires, et pourtant, il juge l’obscure grouillante préférable à la contemplation de la timonerie. De ce qui frémit en dessous, en attendant son heure. « 



La Manche acceuille chaque jour le Pére et le Fils, marins pêcheurs. Une tension extrême possède ces deux êtres du même sang. Le Père, l’ancien, accroché au vieux monde. Le Fils, plus jeune et déjà désabusé du futur qu’il perçoit. Deux regards durs et cruels sur la mer qui les entoure.

 » Quel pouvoir terrible que le pouvoir du couteau, pense soudain le fils. C’est une chose dont il n’a jamais voulu. Une chose abominable d’absurdité qui prend racine dans la folie du père, mais aussi dans le gâchis terrifiant de l’espèce, à laquelle il a songé tantôt. À laquelle il songe à chaque instant, en vérité, alors que, par contrainte et lacheté, ses mains s’emploient -en compagnie de tant d’autres- à la mise à mort d’un monde. La démence et le dépouillement avide des mers. Cela s’amalgame en lui. Les rugissements du père et les marées noires. Les filets flottants. Le plastique. »


La Mer, berceau de la vie, trop dépouillée, trop polluée, trop maltraitée par ceux-là même qui devraient la protéger donne des signes de fatigue et se rebelle à sa façon. Pénurie des espèces, tempête déchainée.

 » Il n’y a pas de paix ici, seulement l’illusion de la paix. Et encore. Il faudrait ne pas avoir saisi la force de ce qui dort pour ne pas le craindre à chaque instant.  » 


Pour survivre, les pêcheurs deviennent passeurs. Un nouveau fléau dont la mer est témoin. Le fils suit le père, il n’a pas son mot à dire. Il doit respecter l’ancien même s’il ne l’approuve pas. Une certaine compassion le gagne pour ces migrants.

 » Leurs horizons sont différents mais la trajectoire de l’âme est identique. Il s’agit de laisser derrière soi la misère familière et le parfum de la poudre. Il s’agit de ne pas avoir fait autant pour rien, de ne pas finir dans la boue, en gibier à gendarme, sous les bâches de Calais. « 

Ecume, un roman noir engagé admirable, grâce à un auteur qui n’hésite pas à s’insurger par sa plume contre ces différents fléaux qui polluent le bien-être du monde.

Patrick K . Dweney nous offre un huis-clos à bord de la Gueuse d’une force aussi déchainée qu’un jour de tempête. Un écriture au scalpel, précise, tranchante, cruelle, écorchée, à fleur de peau. Un récit court mais aussi dense que l’immensité de la Manche, aussi intense qu’un ouragan. Page après page, la tension se renforce, on sent le drame approché, tel des nuages noirs prêts à exploser, en attente dans le ciel .

Un divin nectar de noirceur.

Une prose pleine de poésie que je n’ai pu m’empêcher de vous faire découvrir dans ces extraits.

 » Autour, le vent a forci, a libéré le ciel scintillant des nuages qui l’obstruaient tantôt. Le souffle s’évertue à polir désormais, à faire reluire la lune dans son bassin étoilé.  » 


Un récit magnifique, qui révèle le chaos humains, lève le voile sur la noirceur du monde. Les relations père/fils, les vies chaotiques, des hommes torturés autant vivants que survivants, la pollution, les migrants, la misère affective, la difficultés de vivre quand tous les éléments se déchainent, autant de thémes abordés par l’auteur qui donne une profondeur supplémentaire à son roman. Un récit sombre, vertigineux, captivant, envoûtant, d’une lucidité féroce sur cette mer moribonde.

 » L’ecume appelle le père, et rien ne pourra l’en détourner. L’ecume appelle le père, et c’est ainsi. Le sommeil attendra. « 

Une plume que j’avais découverte avec « Crocs » sont précédent roman édité également à la Manufacture de Livres. Un roman noir remarquable, un style sauvage, enragé, cruel, accrocheur,  » On ne creuse pas le passé sans y trouver des échardes et de la souffrance » ( Extrait de Crocs)


Une plume que j’ai eu plaisir à retrouver, un auteur brillant, que je ne peux que vous encourager à découvrir tellement c’est beau, tellement c’est fort, tellement j’ai adoré.

La mer comme vous ne l’avez jamais lu.

j’espère sincèrement que vous lui accorderez toute l’attention qu’il mérite.

Lisez Ecume, lisez Crocs, vous verrez c’est magnifique.

Patrick K. Dewdney
Patrick K. Dewdney est né en Angleterre en 1984, et réside en France depuis 21 ans. Après un cursus scolaire dans la filière des lettres, il publie son premier roman, Neva, en 2007. Après la sortie de cet ouvrage, il renonce à poursuivre son master pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Perséphone Lunaire, son premier recueil de poésie, est publié en 2010. Il a publié Crocs à La Manufacture des Livres Collection Territori en 2015. Ecume est son  second roman noir qui rejoint la collection Territori. Une bien belle collection, de magifiques bijoux dans de merveilleux écrins. Patrick K. Dewdney habite actuellement dans la campagne limousine, où il expérimente l’auto-suffisance et la réflexion sociale en parallèle avec son écriture. Il travaille à une saga de fantasy au Diable Vauvert.


Je remercie Pierre pour ce voyage en mer absolument fabuleux, et je félicite l’auteur pour ce  nouveau roman noir, bouleversant.

 

 

 

 

 » Bombes « 

Bombes de Dominique Delahaye aux Éditions de La Manufacture Des Livres 

 

– Greg, mon ami, t’as une tête de crevard! Ça va ? 

– Moyen. Je suis un peu dans la merde. Je ne vais pas te raconter ma vie, mais j’ai des types au cul.

– Qu’est-ce que t’as encore fait ? T’as tagué un car de CRS ou quoi ?

– Arrête tes conneries. 

– C’est quoi, les flics ? 

– Non, les flics à la limite, ça serait moins grave. Des méchants, des vrais.

Greg est grapheur à Lyon, un grapheur militant. À travers son art, il défend ses idées.Un soir,  accompagné de son pote Choukri, il s’attaque aux symboles des catholiques intégristes.

 » Choukri se met au travail. La buse est adaptée. Il vaporise un large faisceau de peinture, un voile qui s’épaissit peu à peu et qu’il faut savoir arrêter à temps. Si l’on veut éviter les coulures, ce qui n’est pas toujours le cas. Choukri connaît des crew qui aiment le crash, la peinture qui dégouline comme le sang leur révolte. 
          Greg observe du coin de l’œil. Comme à chaque fois, le rouge explose dans la nuit. Un rouge brillant, sombre et plein. Il aime les couleurs franches, qui claquent. « 


La soirée se passait plutôt bien jusqu’à l’arrivée d’un groupe de jeunes qui commence par les insulter puis par les canarder avec des pierres. Choukri chute et c’est le drame…

Salif est infirmier, il vit sur la péniche d’une amie. En ce moment il héberge Emilie une jeune zadiste et son chien Joop.

Annabelle est une jeune fille bourgeoise qui s’encanaille avec son amoureux malgré des valeurs qu’elle défend .

Suite à cet accident, sans le savoir, sans le vouloir, leurs chemins vont se croiser. La tension monte, c’est l’escalade vers une violence inouïe qui nous coupe le souffle jusqu’au final déchirant d’un réalisme surprenant.

Quand l’art mal interprété devient un slogan qui engendre la haine.

Dominique Delahaye nous offre un grand roman noir.

Dés le début du récit tu ressens une force dans l’écriture et une certaine poésie voyage entre ces lignes.

 » Le froid est venu de la rivière, comme d’habitude. il est descendu des montagnes, des bourrasques glacées entre les berges maçonnées. Le flot a grossi, jusqu’à se répandre sur les quais où quelques semaines plus tôt, on se prélassait encore sur les pierres tièdes. La nuit surprend désormais la ville en plein après-midi. Humide comme une haleine de cave, elle invite à se recroqueviller, à filer aux ras des murs, à se claquemurer.  » 


Après quelques lignes tu es déjà captivé par le style et tu te laisses porter par l’histoire. Page après page la tension s’installe, et ce qui aurait pu être juste un banal fait divers se transforme en véritable course-poursuite, à travers Lyon. C’est on ne peut plus réaliste et tellement visuel que tu verrais bien Luc Besson l’adapter au cinéma. De l’encre à la bobine ,ça le ferait trop, c’est ton coté cinéphile qui resurgit car ce récit dégage une énergie incroyable. Malgré la peur qui ne te quitte plus, tu poursuis ta lecture, une lecture addictive impossible à quitter avec une qualité d’écriture aussi belle que la musique qui l’accompagne.
« Du pur bop. De l’adrénaline et une mélodie si bien troussée qu’elle vous pousse dans vos retranchements si vous voulez être à la hauteur au moment crucial du solo. Les fantômes des grands anciens rôdent sur scéne. Bienveillants, mais jusqu’à un certain point.  » 


Un roman noir social qui résonne avec une force incroyable dans le contexte actuel. Une véritable « Bombe  » littéraire qui ne peut que ravir les lecteurs adeptes des romans engagés à la plume noire, tranchante mais aussi poétique qui se trouve absolument à sa place à La Manufacture Des Livres.

Un gros coup de cœur, à ne pas rater amis Lecteurs .


Dominique Delahaye a enseigné en école élémentaire et a mené des activités syndicales et associatives. Il écrit depuis une quinzaine d’années des nouvelles et des romans noirs, des scénarios de BD, des chansons et des spectacles théâtraux. Il est un des fondateurs du festival du « Polar à la plage » du Havre. Il est également musicien et animateur du collectif « Polaroïds rock ». Il vit et navigue à bord d’une péniche.


Je remercie Pierre pour cette lecture percutante.