» À malin, malin et demi  » 

À malin, malin et demi de Richard Russo aux Éditions  La Table Ronde dans la collection Quai Voltaire. 

Traduit de l’anglais par Jean Esch


 » Bon sang, la vie était un vrai merdier. » 

C’est rien de le dire et c’est pourtant le cas dans cette ville du New Jersey qui a déjà bien du mal de se remettre de la crise. Même les morts préfèrent rester sous terre. 

 » On aurait pu croire qu’ils somnolaient paisiblement sous les pierres tombales penchées qui évoquaient des bonnets portés de manière canaille. Sachant qu’ils risquaient de se réveiller dans un monde où le labeur était encore plus présent que dans celui qu’ils avaient quitté, pouvait-on leur reprocher d’arrêter la sonnerie du réveil pour se rendormir pendant encore un quart de siècle ? « 


Douglas Raymer y officit en tant que chef de la police. Il est veuf d’une femme qui s’apprêtait à le quitter. Il passe son temps à s’interroger. D’abord sur lui-même depuis qu’une de ses professeurs au collège lui avait écrit sur un de ses devoirs : « Qui es-tu, Douglas? « 

Il manque de confiance malgré l’uniforme. 

 » (…) » Ta mère doit être fière . »À vrai dire, sauf erreur, sa mère était plus soulagée que fière. Le fait qu’il entre dans la police avait apparemment eu raison de sa crainte de voir son fils en taule. Raymer n’avait pas le courage de lui dire que l’un n’empêchait pas l’autre.  » 


Et même si sa femme n’est plus, il aimerait connaître le nom de celui qu’elle devait  rejoindre. En attendant il vit dans le brouillard mais il peut compter sur Charisse son assistante, une jeune noire pour égayer ses journées. 

Dans la même journée, les péripéties s’enchaînent, c’est la pagaille à North Bath. La vie de ces habitants part à la dérive et bouleverse leurs quotidiens. 

 » L’agent Miller rechignait à quitter son poste confortable, mais il devinait qu’un homme pieds nus, vêtu uniquement d’un caleçon, qui courrait au milieu de la rue justifiait une enquête. Par conséquent il s’approcha de l’homme avec prudence, conformément aux méthodes détaillées dans le manuel de police, un document qu’il avait appris par cœur pour se protéger de la nécessité de  réfléchir dans le feu de l’action. » 

Que ce soit Sully, un buveur invétéré, Rub son acolyte bègue, Carl le magnat de la ville qui attend désespérément de retrouver sa forme avant- prostatite, Jérôme le frère jumeau de Charisse aussi amoureux de la syntaxe que de sa mustang, Alice la femme du maire toujours accompagnée de son téléphone cassé, Zach, Ruth sa femme et Janey leur fille, sans oublier Rub le chien qui a lui aussi une sale manie, tout ce petit monde observé à la loupe devra apprendre à affronter les grandes misères de leurs petites existences. 

 » Il lui a fallu des années et des années pour comprendre que la plupart des autres gens ne se sentaient pas bien eux non plus, et que la tâche de ce monde, c’était de vous donner l’impression que vous l’aviez déçu, que vous ne seriez jamais à la hauteur, véritablement. « 


En seulement deux jours, rien ne va plus à Nort Barth et c’est avec un regard brillant et caustique que l’auteur nous fait découvrir cette histoire époustouflante, abracadabrante pleine de rire et d’esprit. Avec une plume élégante et pleine d’humour Richard Russo nous offre une galerie de portraits absolument déjantés où une intrigue s’incruste habilement. Le talent de l’écrivain est indéniable pour captiver les lecteurs dans cette ville perdue de l’Amérique. Une ville sous ses airs endormis qui vit ses pires cauchemars mais toujours avec le sourire, telle une lumière au bout du tunnel. Un récit féroce, plein d’humanité, sans perfidie, qui met à nue la vie de chacun avec délicatesse pour ne froisser personne. Un roman formidable à découvrir absolument. 

Je n’ai pas aimé cette histoire je l’ai adoré. Une ambiance américaine et une plume comme j’aime. Un récit brillamment orchestré par un maître de la prose jubilatoire. Absolument divin. 



Richard Russo est né en 1949  aux États-Unis. Après avoir longtemps enseigné la littérature à l’université, il se consacre désormais à l’écriture de scénarios et de romans dans le Maine où il vit avec sa femme. Il est l’auteur de deux recueils de nouvelles et d’un récit. 


Ont paru aux Éditions de la Table Ronde, dans la collection Quai Voltaire : Un rôle qui me convient (1997 ), Le Déclin de l’empire Whiting (2002) – qui lui a valu le prix Pulitzer la même année – Un homme presque parfait (2003), Le Phare de Monhegan et autres nouvelles (2004), Quatre saisons à Mohawk (2005), Le Pont des soupirs (2008), Les Sortilèges du Cap Cod (2010), Mohawk (2011) et Ailleurs (2013). Deux de ses romans ont été adaptés à l’écran dont Un homme presque parfait (1994) avec Paul Newman dans le rôle principal. À malin, malin et demi ( Everybody’s cool) est paru en 2016 aux Etats-Unis. 

Je remercie les Éditions La Table Ronde pour cette lecture grandiose.


Publicités

 » Les années à rebours « 

Les années à rebours de Nadia Terranova aux Éditions Quai Voltaire



 » S’il y a une chose qui unissait Aurora et Giovanni, c’était la volonté d’enterrer leurs noms de famille. »

Aurora, une jeune fille effacée, timide, mais trés bonne éléve. Giovanni un jeune homme exalté, envoûtant, dernier de la classe qui rêve de révolution. Aurora est l’aînée de sa fratrie à l’inverse de Giovanni qui est de son côté le petit dernier. Deux êtres que tout oppose mais que les bancs de la FAC vont réunir.



 » Ses deux vies, à l’université et en dehors ne coïncidaient pas encore. » 

De nombreux ébats langoureux, après les débats révolutionnaires, où l’on refait le monde en compagnie d’utopistes pendant que les brigades Rouges commencent à faire parler d’elles. 

Aurora et Giovanni s’apprêtent à s’unir pour le meilleur et pour le pire et à devenir parents. 

 » Nous ne lui suffirons jamais pensa-t-elle. Il sait mais il essaie de me faire croire qu’il ne désire rien d’autre que devenir père. « 



Giovanni rêve de devenir un héros politique mais en s’adonnant aux vices de l’alcool et de la drogue il va mettre en péril son couple. Malgré tous les obstacles et le jugement de sa famille, Aurora élèvera seule leur enfant. 

 » Les adultes ne sont au fond que des enfants qui ont survécu. « 


Les années à rebours est un roman magnifique, l’histoire d’un couple ancrée dans la réalité d’une époque – les années de plomb, l’invasion de la drogue, la désillusion des années 1980, le fléau du sida. 

L’histoire d’une passion, de deux êtres qui se sont rencontrés très tôt, très jeunes et sont entrés ensemble dans la tourmente du monde adulte. Ils se sont aimés, perdus, retrouvés puis se sont détestés telle une valse à deux temps dans le tourbillon de la vie. 

Pour un premier roman c’est une belle réussite autant par la plume qui ne manque pas de panache et qui captive le lecteur jusqu’au dénouement final, que par l’ histoire, terrible, bouleversante , bien construite, et très stylée.

Une bien belle découverte, un joli coup de cœur. 

J’espère que vous lui ferez vous aussi un bel accueil tant mérité. 

Nadia Terranova


Nadia Terranova est née à Messine. Elle a suivi des études de philosophie et d’histoire. Elle vit à Rome depuis 2003. Les années à rebours est son premier roman, pour lequel elle a reçu, en Italie, le prix Bagutta Opera Prima, le prix Brancati, le prix Fiesole et le prix Grotte de la Gurfa. 

Je remercie les éditions Quai Voltaire La Table Ronde pour cette romance italienne pleine de charme. 



 

 » Mrs Hemingway « 

Mrs Hemingway de Naomi Wood aux Éditions de La Table Ronde


 » Hadley, Ernest, et Fife traînent dans la maison et bien que malheureux aucun ne se résout à sonner la retraite le premier; ni l’épouse, ni le mari, ni la maîtresse. Depuis des semaines, ils vivent ainsi, tels des danseurs en mouvement perpétuel essayant de s’épuiser l’un et l’autre jusqu’à la chute. « 



Hadley, toute première Mrs Hemingray est sur le point de se faire voler son homme par cette intrigante, Fife. Quel idée lui a pris d’inviter cette voleuse de mari à partager leurs vacances ?


 » Allongée près de lui, elle se demande comment elle a pu le perdre bien que le mot ne soit peut-être pas le bon, elle ne l’a pas perdu, du moins pas encore.  » 

Elle a repéré les prémices de la fin. Les regards ne trompent pas . Et le pire reste à venir…

Son Homme c’est Ernest Hemingway, l’écrivain . Et comme le dit le proverbe : Derrière chaque grand homme se cache une femme…


« Lorsque Hadley se retourne elle voit son mari émerveillé comme s’il était le seul à avoir repéré cette oie que personne n’a encore pensé à abattre d’un coup de fusil. » 

Voire même plusieurs… Selon les hommes.

Ernest Hemingway est un charmeur, un homme à femmes, un égoiste incapable de vivre seul. Et c’est à travers ses histoires d’amour que nous allons faire connaissance avec les femmes qui ont patagé sa vie et découvrir son portrait d’écrivain.


 » C’est typique d’Ernest: il veut sa femme, il veut sa maîtresse, il veut tout ce qui est à sa portée. Il est avide de femmes, mais surtout il ne connaît pas ses vrais besoins, alors dans le doute il essayera d’attraper tout ce qui passe. Épouse après épouse après épouse. Ce n’est pas une femme qu’il lui faut; c’est une mère ! « 


Quatre femmes, quatre épouses, quatre histoires d’amour qui finissent mal en général…Et même si la fin d’un amour donne la vie à un autre, ce ne sera pas sans dégats.
À travers une écriture poétique, pleine de charme, Naomie Wood nous offre un voyage exotique, qui nous emménera vers Chicago,en passant par  Key West, Antibes, Paris, San Francisco, Londres et Cuba. Elle nous fera partager la passion commune de ces femmes pour cet écrivain à travers l’histoire d’amour de chacune d’elles. Nous suivrons le parcours d’écrivain d’Ernest Hemingway et du couple Fitzgerald, amis d’Ernest et de ses épouses. Nous nous laisserons porter de Paris de l’ère du Jazz au Cuba de l’après-guerre en passant par la Floride des années 1930.

Un voyage merveilleux rempli de passions amoureuses dévorantes, de ruptures déchirantes, » Ernest Hemingway est si doué dans le rôle d’amoureux qu’il est nul dans celui du mari. », de fêtes fantastiques. Un voyage enivrant où l’alcool coule à flôt :  » La bouteille, voilà sa vraie maîtresse. » . Des portraits de femmes, amoureuses, blessées, rivales et si proches à la fois. « … pourvu que l’écriture soit l’antidote qui le guérira d’elle. » 

Un roman magnifique, une écriture maitrisée, bouleversante, percutante. Une plongée fascinante dans la vie d’un colosse qui donne la voix à toutes les femmes qui ont sacrifié un peu d’elles-mêmes pour créer une légende, un mythe.

« Quel charme ! Quel magnétisme ! Les femmes se jettent des balcons, le suivent à la guerre et détournent le regard le temps d’une liaison parce qu’un mariage à trois vaut mieux que d’être seule. « 


Vous aussi, venez découvrir ces femmes qui se cachent derrière ce séducteur, et laissez vous séduire par Mrs Hemingway, un roman absolument sublime, un gros coup de cœur que je vous invite à lire très vite. Une nouvelle plume à suivre assurément.


Mrs Hemingway , traduit de l’anglais par Karine Degliame-O’Keeffe.

Naomie Wood
Naomie Wood est née en 1983. Diplômée de l’université d’East Anglia, elle vit aujourd’hui à Londres. Ses recherches pour MRS Hemingway, l’ont mené de la British Library, à la Library of Congress, aux différentes résidences et aux repaires d’Ernest Hemingway à Chicago,Paris, Antibes, Key West et Cuba.

Je remercie Les Éditions de La Table Ronde pour cette divine lecture.