“ La mort du petit cœur ”

La mort du petit cœur de Daniel Woodrell aux éditions Rivages

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Frank Reichert

Préface de Dennis Lehanne

“ – Quand je dis « gros lard » ,gros père, c’est à toi que je cause, pigé ? T’as donc pas remarqué que t’étais qu’une grosse merde ? ”

C’est auprès de ce père que Shuggie Atkins un adolescent solitaire et obèse grandit. Bien loin du père idéal, ce mec l’initie à certaines magouilles pour voler les médicaments au domicile des grands malades afin d’assouvir son addiction.

Il n’a pas vraiment le choix, même si son éducation parentale laisse à désirer.

“ J’entendais des clapotements, chair contre chair, et une charretée de grognements. J’aurais préféré prendre une raclée. Il la besognait bruyamment, à la hussarde, et elle répondait en hoquetant de tendres roucoulades. (…) Mon cœur vociférait, mes j’ai réprimé mes hurlements ; je me suis retenu (…) Les cris que j’ai embouteillés cette fois-là et toutes les autres fois similaires ont patienté, jusqu’au jour où j’ai enfin pu les libérer. »

Shuggie accepte pour l’amour de sa mère, même si son attitude équivoque envers lui va le perturber davantage.

L’arrivée de Jim Vin Pearce, au volant d’une magnifique T-Bird dans le paysage ne va rien arranger.

„ Sa présence soudaine a modifié l’ambiance, un peu comme une allumette embrasée modifie l’ambiance d’une grange à fourrage.  »

Quand ça dérape chaque jour un peu plus, il est clair qu’au dernier virage, il sera déjà trop tard pour ne pas sortir de la route et éviter le choc final.

 » J’aimerais pouvoir dire que rien de tout ceci n’est jamais arrivé. ”

Daniel Woodrell décrit à travers son roman noir, la vie d’un adolescent qui grandit entre la haine de son père et l’amour de sa mère. Une vie tourmentée, malmenée, polluée par l’alcool et la drogue que consomment ses parents. Une vie solitaire, sordide, cabossée, qui offre peu d’espoir.

Tel Eskin Cadwell , il dépeint à merveille l’Amérique profonde, ses contrées misérables sans foi ni loi, où la misère sociale brille par sa noirceur dans une ambiance oppressante, brutale et malsaine.

Une histoire située dans les Monts Osark, sa région de prédilection, un univers noir, sa marque de fabrique, une plume sans concessions, vivante, puissante et touchante.

La mort du petit cœur mérite sa place au côté des classiques contemporains.

Un chef-d’œuvre littéraire, un roman culte qui s’inscrit dans la pure tradition du country noir américain.

Daniel Woodrell est né en 1953 dans le Missouri. Il est l’auteur de neuf romans dont la plupart se situent dans les monts Osark. Chevauchée avec le diable a été adapté au cinéma en 1999 par Ang Lee, puis Un hiver de glace en 2010 par Debra Granik (Winter’s Bone), avec Jennifer Lawrence dans le rôle principal. Il a reçu le prix du Pen Club américain pour La fille aux cheveux rouge tomate et le prix Mystère de la Critique pour Un hiver de glace.

Je remercie les Éditions Rivages pour ce chef-d’œuvre de la littérature américaine.

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“ Sale Boulot ”

Sale Boulot de Larry Brown aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Francis Kerline

C’est dingue, qu’on se disait, comment un seul petit truc peut te gâcher la vie pour toujours. Suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Pareil pour moi comme pour elle. Ben tiens, comme pour toi aussi. ”

Walter James n’a plus de visage. Braiden Chaney, lui, n’a plus ni jambes ni bras. Ils sont tous les deux des mutilés du Vietnam. Ils ont participé à cette guerre, un Sale Boulot.

“ On s’engage ou on s’engage pas, faut savoir. ”

L’un est noir, l’autre blanc. Vingt deux ans plus tard, ils partagent la même chambre d’un hôpital pour vétérans dans le Mississippi.

C’est pas parce qu’on est condamné à mort qu’on doit forcément mourir. Ça dépend entièrement de l’individu. Tout le monde est pas fait pareil. Y’en a qui peuvent supporter des trucs que les autres peuvent pas.

J’avais peur. (…) Finalement j’ai ouvert les yeux et je l’ai regardé. Je lui ai dit que je m’appelais Walter et que je venais du Mississippi. Il a hoché la tête en souriant, il m’a dit qu’il s’appelait Braiden Chaney et qu’il était de Clarksdale. (..) il s’est excusé de ne pas pouvoir me serrer la main. ”

Le temps d’une nuit qui s’éternise, ils se confient l’un à l’autre en partageant des bières et des cigarettes. L’alcool délient les langues, les souvenirs affluent, les bons comme les mauvais. Les échanges se poursuivent, deux voix dans la nuit pour tout dire sur la guerre et les dégâts irréversibles sur les soldats.

Le monde entier est un mystère pour moi, faut dire. Pourquoi il est comme il est. Je crois pas que le Seigneur Il l’avait prévu comme ça à l’origine. Je crois qu’Il a juste perdu le contrôle. ”

Deux voix dans la nuit chargées de douleurs, hantées par la mort mais pleines de compassion l’une pour l’autre, avec une dernière prière…

Des mecs qui rentreraient jamais chez eux. Des mecs qui avaient donné tout ce qu’ils avaient et même plus. Des laissés-pour-compte. ”

Quelle bonne idée ont eu les Éditions Gallmeister de rééditer les romans noirs de Larry Brown. Après Joe, Père et fils puis Fay, Sale Boulot rejoint la collection Totem.

L’auteur excelle dans son domaine de prédilection, le roman noir. Une fois encore, il nous offre une histoire bouleversante avec des personnages puissants, attachants, qu’il est difficile de quitter sans être bouleversé par leur histoire.

En 200 pages, il réussit à camper une intrigue qui réserve un final, qui telle une grenade t’explose le cœur.

Un récit d’une force incroyable que tu ne peux quitter malgré sa noirceur.

Un véritable roman antimilitariste qui dénonce de façon brutale les horreurs de la guerre.

Une histoire barbare où l’humour apparaît presque comme un soulagement, et la compassion comme une caresse sur une blessure.

Larry Brown, une fois encore m’a touché, il m’a charmé par son écriture, son style, son pouvoir à bouleverser avec des mots les plus durs d’entre nous.

Pendant l’année 2017, j’en ai vu des gueules cassées, des estropiés, des accidentés de la vie, tout comme Braiden et Walter chacun avec son histoire, c’est sûrement pour cela que cette histoire m’a chamboulé à ce point. Ça ne m’empêchera pas de poursuivre mes lectures de l’auteur bien au contraire.

Une plume noire américaine comme j’aime qu’il me tarde à retrouver.

Larry Brown (1951-2004) est né et a vécu dans le Mississippi, près d’Oxford. Passionné par la pêche, la chasse et la lecture, il a exercé des métiers aussi divers que bûcheron, peintre en bâtiment ou droguiste, puis pompier, avant de se consacrer uniquement à la littérature. Il est le seul écrivain à avoir reçu à deux reprises le prestigieux Southern Book Award for Fiction. Son roman Joe a été porté à l’écran en 2013, avec Nicolas Cage dans le rôle-titre.

Ce qu’en dit l’écrivain Bob Shacochis : « Seule une véritable conscience de ce monde pouvait se permettre d’écrire Sale Boulot, tout en feu, vent et glace, miraculeusement maintenu ensemble par un filet d’amour à briser le cœur. »

Je remercie Clotilde et les Éditions Gallmeister pour cette lecture de guerriers au grand cœur.

 » Lundi Noir « 

Lundi Noir de Dominique Dyens aux éditions Pocket

 » Alice et moi vivions sur deux planètes de plus en plus divergentes. Pourtant je m’accrochais désespérément à cette femme pour qui je venais de commettre le plus grave des délits .  »

Quand les seuls arguments qu’il reste à un homme pour garder sa femme se situent au niveau de son porte-feuille et plus en dessous de la ceinture, il se retrouve prêt à tout pour y parvenir, quitte à faire certaines malversations financières et se retrouver dans l’illégalité. Le risque est énorme mais il n’a pas le choix.

 » – Le fric est un engrenage… Plus j’en gagnais et moins ça suffisait… Tu es toujours le pauvre d’un autre…  »

Un homme déjà dans la souffrance qui se retrouve plongé dans la tourmente. Puis sera rattrapé par le passé qui lui réservera de drôles de surprises.

L’impuissance d’un homme confrontée à la puissance de l’argent à travers un regard cynique sur le capitalisme, un monde rempli d’hypocrisie où l’argent est roi.

Dominique Dyens campe une intrigue efficace à travers ce Thriller psychologique admirablement construit autour de deux personnages principaux.

Absolument captivant malgré le côté financier qui aurait pu me rebuter au départ, mais je me suis attachée aux misères de Paul qui comme tous les rapaces réussira à s’en sortir de façon surprenante même s’il va vite comprendre que tout ne s’achète pas.

Terriblement machiavélique et complètement addictif.

Je retrouve la plume de l’auteure pour la seconde fois et je suis à nouveau conquise par son talent.

Une auteure à suivre indiscutablement.

Dominique Dyens est romancière et nouvelliste. Elle écrit également pour le cinéma et la jeunesse, et collabore à diverses revues littéraires.

Elle est l’auteur de plusieurs romans édités chez Denoël et chez Héloïse d’Ormesson.  » La femme éclaboussée  » ( 2000)  » Maud à jamais  » (2002)  » C’est une maison bleue  » (2003)  » Éloge de la cellulite et autres disgrâces  » (2006) « Délit de fuite  » (2009)  » Intuitions  » (2012)  » Lundi noir  » (2013) .

Je remercie les Éditions Pocket pour ce roman financier qui vaut son pesant d’or.

 » Carajuru « 

Carajuru de Sébastien Vidal  aux Éditions Lucien Souny 

 » –  Osveta est un ancien du 66e, il a quitté l’armée au printemps. Il devient célèbre en faisant échec à deux braqueurs à Brive, deux mecs du régiment. Et maintenant il meurt tué par balle. Il y a un morceau de l’histoire qui nous échappe ; « 

Nouvel avis de décès à Brive- la- Gaillarde, Walt va devoir se mettre au boulot, même si à priori ça ressemble à un suicide, certains détails sèment le doute. Il va falloir fouiller dans le passé de la victime pour éclaircir les zones d’ombre.

 » Ce qui m’intéresse c’est l’histoire depuis sa genèse.  » 

Walt était loin d’imaginer que cette situation allait réveiller ses cauchemars.

« Il se dit que les traumatismes étaient des rochers sous l’eau de la rivière : quand le niveau baissait, ils réapparaissaient. Et puis il y avait le facteur amour-propre. Pour un militaire, accepter de subir un traumatisme était en soi traumatisant. Walt se découvrait plus fragile qu’il ne le croyait. « 

Une vieille affaire l’obsède, perturbe sa vie, « La chose de mai 2005  » . Il n’a pas réglé cette mésaventure du passé qui semble étrangement liée au présent.

Walt et son équipe, à force de creuser dans les vieux souvenirs, vont exhumer de sales histoires et de pénibles secrets.

 » Décidément, nous allons de surprise en surprise avec cette enquête en habits de camouflage. « 

Et c’est dans une ambiance mortelle mais tout en poésie que l’enquête se poursuit.

 » Cela s’était fait dans une telle douceur qu’on ne pouvait dire si c’était la nuit qui s’était retirée ou le jour qui s’était imposé.  » 

 

Sébastien Vidal confirme son talent avec ce nouveau polar même si j’avoue avoir un peu paniqué au départ. À trop vouloir bien écrire, avec un vocabulaire alléchant, le langage peut devenir un peu pompeux pour le lecteur.

 » – (…) Comment tu sais tout ça ? 

– La lecture mon ami, la lecture ! Elle nous élève.  » 

Alors je me suis laissée porter par l’écriture façonnée, à travers cette nouvelle enquête policière où j’ai retrouvé Walt Brewski aussi doué dans son boulot que dans les bras de son amante.

 » Dans la pénombre profonde accompagné du craquement épais du cuir, deux corps s’épousaient et se reconnaissaient, deux âmes s’élevaient au-dessus de la mêlée.  » 

À la limite du thriller, beaucoup plus hard que Woorara ( Ma chronique ICI ) Carajuru nous réserve d’intenses émotions sous haute tension, la violence monte crescendo et n’empêche pas quelques sourires éclatants. Une récit très visuel qui donne de la puissance à notre imagination, toutes scènes confondues. C’est chaud, c’est fort, on en redemande. Tout comme pour «  La chose de mai 2005 »  où chaque regard a son importance, et même lorsque les nuages se pointent à l’horizon, ils sont prémices aux bonnes nouvelles, parole de Chef indien.

Alors, tout comme moi, laissez-vous élever par l’écriture de Sébastien Vidal, et vous verrez que ça vaut le coup d’œil. C’est surprenant, captivant, explosif, et érotique.

Carajuru à découvrir pour se faire balader via une histoire mortelle, le meilleur et la suite sont dans le livre…

Sébastien Vidal est née en Corrèze et vit à Saint Jal avec son épouse et ses deux enfants. Il a été gendarme pendant 25 ans dans diverses unités d’interventions. Passionné pour le rugby, il a écrit un magnifique roman où le ballon ovale est à l’honneur : Un ballon sur lecœur (ma chronique ICI). Il est également supporter du CAB, et ses gaillards.

En janvier 2017, parait Woorara (ma chronique ICI) son premier Polar, qui rencontre immédiatement un énorme succès. Il entame avec Woorara une trilogie des Sentiments Noirs (colère, haine, convoitise, jalousie, rancune, honte, qui génèrent la trahison, le mensonge, la vengeance) bref les sentiments qui nous entraînent du coté obscur … Suivra Carajuru en Novembre 2017 le second volet, il traite particulièrement de la honte et de la colère tandis que Woorara mettait en exergue la haine et la vengeance. Le troisième volet parlera particulièrement de la cupidité. Un dernier opus sur lequel il travaille actuellement.

Les trois histoires se déroulent en Corrèze, sa région, chère à son cœur.

La suite bientôt… en tout cas je l’espère.

Je remercie Lucien Souny pour ce polar à l’atmosphère aussi poétique qu’explosive.

 » Dans la chaleur de l’été « 

Dans la chaleur de l’été de Vanessa Lafaye aux Éditions Pocket

Traduit de l’anglais par Laurence Videloup

 » Le barbecue en l’honneur du 4-juillet était le point d’orgue de la vie sociale de Heron Key, la seule fête à laquelle les Noirs pouvaient assister, du côté de la plage qui leur était réservé, bien sûr, mais lorsque le feu d’artifice commençait, personne ne pouvait séparer le ciel.  »

Henry est de retour après dix-huit ans et hélas rien n’a changé. Les Blancs d’un côté et les Noirs de l’autre comme sur un jeu d’échecs, mais ici l’avantage est toujours pour les Blancs. La ségrégation est toujours aussi présente et aussi violente.

Henry est un vétéran, il a connu l’enfer des tranchées en France et des années d’errance en Europe. Et maintenant, il se retrouve parqué avec ses compères dans un camp insalubre.

 » Et aujourd’hui, cette insulte finale : on le condamnait à vivre en enfer, ou presque, relégués dans un endroit paumé, où le pays pouvait oublier ce qu’il leur devait.  »

Missy non plus plus n’a pas changé en l’attendant. Toujours différente, mais plus belle et plus cultivée malgré sa couleur de peau.

 » Petite elle avait déjà peu d’amis. Parce qu’elle préférait les livres aux jeux dans les marais, les gamins du coin la trouvaient coincée. Aujourd’hui Missy avait toutes les chances de finir vieille fille. Trop intelligente pour les gars d’ici, trop fière pour jouer l’innocente. »

Selma attendait ce retour également, mais bien davantage. Henry avait des comptes à lui rendre mais pour l’instant, elle était tout simplement heureuse de l’avoir retrouvé.

Quand il se retrouva en mauvaise posture après la soirée du 4-juillet, sa couleur de peau faisant de lui un coupable idéal, en plus des rumeurs qui circulent dans la communauté, il put toujours compter sur Missy et Selma. Mais l’agression de cette femme blanche échauffe les esprits sous ce soleil de plomb et les tensions ne cessent de monter entre les Blancs et les Noirs.

 » Plein de gens, y sont prêts à croire un mensonge, si ça répond à un besoin.  »

Un ouragan se prépare, lui seul ne fera aucune différence à la couleur de peau pour donner la mort sur son passage…

Vanessa Lafaye nous offre à travers ce premier roman un récit terriblement poignant, d’une force égale à cet ouragan qui l’accompagne. À travers ses mots bouleversants, on partage la douleur de ces hommes et ces femmes déjà tant meurtris. Un combat de plus les attend quand les éléments se déchaînent.

Une histoire inspirée de faits réels qui ont marqué l’auteure, où elle honore ici leurs mémoires.

Un roman passionnant, brûlant de réalisme, où l’amour l’emporte sur la haine malgré tout.

Plein d’humanité, de sensibilité, tel un bon blues qui t’écorche le cœur, et te tire les larmes.

S’adresse à tous ceux qui se révoltent contre les injustices, à tous ceux qui aiment être remués, bouleversés. À tous les amoureux de la littérature américaine qui aiment les récits authentiques forts en émotions.

Une nouvelle plume américaine qui rejoint mes coups de cœur dans la même veine que  » la couleur des sentiments  » de Kathryn Stockett,  » La colline aux esclaves  » de Kathleen Grissom ,  » En attendant Babylone  » d’Amanda Boyden.

Née en Floride à Tallahassee, Vanessa Lafaye a étudié en Caroline du Nord, puis à Paris. Elle s’installe finalement en Angleterre avec son époux et leurs enfants. Après avoir travaillé dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, elle se consacre désormais à l’écriture et au chant – elle dirige la chorale de sa ville de Malborough. Dans la chaleur de l’été ( Belfond, 2016) est son premier roman.

La librairie de l’île 

La librairie de l’île de Gabrielle Zevin aux Éditions Pocket 

Traduit de l’anglais par Aurore Guitry 



 » – (…) Le Roman que vous m’avez conseillé hier est le pire que j’ai jamais lu en quatre-vingt-deux ans. Je souhaiterais être remboursée. 

Les yeux du libraire vont de la vieille au livre.

– Quel est le problème ? 

– Les problèmes, vous voulez dire, monsieur Fikry…



Madame Cumberbatch n’est pas satisfaite de sa lecture, mais hélas pour elle, il n’y avait pas le bandeau Satisfait ou remboursé. Si au moins elle en avait pris soin mais même pas. 

A.J lui présente ses excuses, Mais ne se sent aucunement désolé. Qu’est-ce que croient ces clients qui veulent acheter un livre avec la garantie qu’il va leur plaire ? Il enregistre le retour. La cliente a cassé le dos de l’ouvrage. Il ne pourra jamais le remettre en rayon. « 

C’est comme pour cette nouvelle représentante, il va bien falloir qu’il s’y fasse puisque le précédent est décédé… 

Que voulez-vous que ça me fasse ? Je le connaissais à peine. On ne se voyait que trois fois par an, pas vraiment suffisant pour se lier d’amitié. Et d’ailleurs, il ne venait que pour essayer de me vendre des livres. Cela ne correspond pas à ma définition de l’amitié.  » 

Pas très sympathique ce libraire, je dirais même plutôt antipathique, jusqu’au jour où un de ses livres de grande valeur disparaît et un enfant surgit dans sa vie. Ce n’est pas un livre qui va changer sa vie mais un bébé. Qui l’aurait cru ? La mère de l’enfant peut-être, en laissant ce mot dans le couffin ? 

«  Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte.  » 

Complètement perdu au départ, il va vite tomber sous le charme de cette enfant très précoce. Après un passage à vide, sa vie va prendre des allures de bonheur. On dirait même que l’amour se pointe à l’horizon. Il est temps de tourner de nouvelles pages et de commencer une nouvelle histoire…

 » Parfois les livres attendent le bon moment pour nous trouver. » 

Étant complètement passée à côté du grand format, qui portait qui plus est un titre différent et une couverture moins attrayante, sur les conseils de Léa ( très grande lectrice ) j’ai découvert ce roman et j’ai été ravie de cette lecture. L’histoire est on ne peut plus drôle, pleine d’esprit et regorge d’une multitude d’informations sur le milieu du livre. Une histoire non dépourvue de suspense qui nous régale de mille façon. Je serais curieuse d’avoir l’avis de madame Cumberbatch. 


En attendant vous aurez le mien et j’espère que vous vous laisserez tenter par ce roman qui fait un bien fou et qui devrait d’ailleurs être lu par tous les amoureux des livres. 

Il m’a bien trouvé celui-ci, et il a bien fait. 



Gabrielle Zevin née en 1977, est écrivain et scénariste. Diplômée de Harvard en littérature anglaise et américaine, elle vit à Los Angeles et a déjà publié huit romans aux États-Unis, dont quelques-uns pour la jeunesse, qui ont été traduits en France et publiés chez Albin Michel. La librairie de l’île a paru sous le titre L’histoire épatante de M. Fikry & autres trésors chez Fleuve Éditions en 2015. 


Je remercie les Éditions pocket pour cette lecture rafraîchissante et enrichissante. 

 » Les jonquilles de Green Park « 

Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal aux éditions Pocket 

 

 » – Je ne demande rien de bien exceptionnel. Si la guerre doit durer une éternité, je voudrais juste pouvoir vivre jusqu’au mois d’avril. Pour voir une fois encore, les jonquilles de Green Park.  » 

 

À Londres, en 1940, les attaques aériennes lancées par les forces allemandes-nazies, n’empêchent pas la famille Bradford de continuer leurs vies. Chacun continue à vaquer à ses occupations favorites, le père toujours dans ses inventions farfelues, la mère toujours à pédaler sous les bombes, la fille toujours à tomber amoureuse et le fils toujours à inventer des histoires.

 » Redessiner le quotidien par l’imaginaire, c’est tout ce qu’il nous restait ici, après tout, dans notre adolescence grignotée par les bombes.  » 

Le fils c’est Tommy, un garçon plein de vie et plein d’envie, et pour résister à ce «  genre de souffrance à guichets fermés. «  il rigole avec les copains,  crée des aventures de super- héros pour oublier cette  guerre et ses horreurs, mais par dessus tout il tente d’ apporter des sourires sur le visage de Molly pour illuminer ses beaux yeux bleus.

 

Avec talent et beaucoup de fantaisie, Jérome Attal nous offre un beau récit initiatique. Une histoire pleine de sensibilité et d’humour qui m’a fait penser au magnifique film de Roberto Benigni, La vie est belle.


L’auteur réussit à raconter une belle histoire dans un contexte tragique. Et même si j’ai tremblé souvent à chaque tir ennemi, c’est surtout une explosion de joie qui m’a envahit en parcourant ces pages, un beau pied de nez à cette saleté de guerre.


 » L’écriture, de mon point de vue, c’est un peu le bonbon magique de l’existence. » 

Un roman magique, qui fait du bien, une petite douceur à déguster sans modération.

 

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française ( Vanessa Paradis, Jennifer, Florent Pagny, Johnny Hallyday, Michel Delpech). Il est également l’auteur de dix romans dont Pagaille monstre (2009), Folie furieuse (2010), L’Histoire de France racontée aux extraterrestres (2012), Presque la mer (2014), et Les Jonquilles de Green Park (2016), tous repris chez Pocket. En 2017, il publie L’appel de Portobello Road aux éditions Robert Laffont. 

Les jonquilles de Green Park  a reçu le prix Saint-Maur en poche. 

 

Je remercie les éditions Pocket pour cette lecture pleine de belles émotions.

 

 

 

 

 

 

 

 » La part des nuages  » 

La part des nuages de Thomas Vinau aux Éditions 10/18



 » les livres sont des magiciens qui peuvent faire disparaître les montres. « 


Voici l’histoire de Joseph, un homme de 37 ans qui va comme le monde, autant que faire se peut. Il avance dans sa vie, un jour après l’autre dans la limite de ses possibilités . Il est papa d’un petit garçon, Noé. Sa femme s’est fait la malle et c’est son tour de s’occuper de leur fils. Un moment que Joseph appréhende, son fils étant en quelque sorte sa bouée qui l’empêche de couler. En attendant son retour, il va se réfugier dans le cerisier et retrouver son âme d’enfant. La tête dans les nuages il va réapprendre à ranimer ses rêves. 



 » Il en Faut peu pour se sentir libre. Il y a des instants, des éclats, qui vous sauvent en un quart de seconde de la putréfaction spontanée. Allumer un feu. Atteindre le sommet d’une colline. Libérer un cerf-volant. Les dernières minutes d’un marathon. Le fruit cueilli en haut de l’arbre. La première clope. Toucher la main de celle qui. Une fuite effrénée dans les rues. Sécher les cours. Tenir tête a un gros bras. Esquiver la police. Galoper. Atteindre en apnée l’autre bout de la piscine. Frauder. Résister. Arriver en haut de l’arbre. L’aube après une nuit blanche. Pisser dans un jardin. Appuyer sur l’accélérateur en laissant dans son dos les lumières de la ville. Danser avec une fille. Lever le poing dans une manifestation. Sauter du pont de la rivière. Surprendre une bête sauvage. Explorer une maison abandonnée. Se perdre, drogué, dans la nuit. Marcher sur les mains. Aimer quelqu’un. Il en faut peu parfois pour se sentir libre.  » 


Se poser, fermer les yeux, penser à tout ce qui nous fait du bien et libérer la pression qui nous oppresse. C’est la sensation qui nous gagne en parcourant les pages de ce récit aérien . Une belle leçon de vie qui nous rappelle qu’il est essentiel d’apprécier les choses simples, les petits moments qui font les grands bonheurs et le plus important : qu’il ne faut jamais quitter notre âme d’enfant. Grandir mais pas trop. Aimer souvent. Rêver tout le temps…



 » Ce livre est une fenêtre qui pousse dans les terrains vagues, une petite fenêtre sauvage et mal peignée … »

Un moment de lecture fortement agréable. Une pause poétique en toute simplicité  qui transperce le cœur. Des mots pour guérir les maux, des rêves pour s’envoler toujours plus haut vers le bonheur.

Un roman qui fait du bien.

Amateur de mots-miettes, de mots-poussières et de poèmes-allumettes, Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse. Auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de poèmes, il publie en 2011 son premier roman, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux , aux éditions Talma. Un road-movie d’inspiration autobiographique, à « l’écriture pudique et organique », qui fait le tour des blogs littéraires et fait sortir le jeune auteur de son microcosme littéraire. Influencé par les poètes américains (Richard Brautigan), et militant du minuscule, Thomas Vinau signe en 2012 un Bric à brac hopperien , portrait du peintre américain Edward Hopper « réalisé à partir de listes, de notes et de chutes autobiographiques » (Ed.Talma.).

Thomas Vinau vit aujourd’hui près du Lubéron, plante des radis et taille des lilas, écoute les insectes grouillants qui organisent le monde, non loin des chauve-souris qui s’endorment, la tête au pied des mots…



Bibliographie sélective :
2008: Le Trou , Editions du Cygne
2009: Hopper City , Nuit Myrtide.2010: Tenir tête à l’orage 2011: Nos cheveux blanchiront avec nos yeux , Alma-

2012: Les derniers seront les derniers , Le Pédalo Ivre.

2012: Ici ça va , Alma

2012: Bric à brac hopperien , Alma.

 » le camp « 

Le camp de Christophe Nicolas aux Éditions Pocket 

 

 » Le corp est entièrement nu, à part un anneau métallique autour de son cou. le corps est celui d’un jeune adulte cachectique…

– il a des tiges qui s’enfoncent dans le cou, sur le coté … et une plus grosse qui semble fichée dans la colonne vertébrale.  » 


Un homme est retrouvé mort, dans un drôle d’état, pas loin d’un camp militaire. Il y a de quoi se poser des questions.

Six ans plus tard, du jour au lendemain tous les habitants du même village disparaissent. Marie devait y retrouver Cyril parti pour aider Flora à déménager. Elle se retrouve inconsolable suite à cette étrange  disparition.

 » Durant cet instant, Marie perdit tout contact avec la réalité. Plus rien de ce qui l’entourait n’avait de sens. Elle ne comprenait plus où elle était, ce qu’elle faisait là, à quelle comédie elle se prêtait. Elle avait perdu tous ses repères, tout avait disparu…

Ce qui se passait ici n’était pas normal. Non ce n’était pas convenable. Alors, Marie sut qu’elle devait agir, sans penser aux conséquences. Elle avait cru qu’elle n’avait rien à perdre ( ma vie ? la belle affaire) mais elle s’était trompée. Sauver le beau, sauver le bon, pour se sauver soi-même. Agir au nom de l’humanité et faire ce qui était juste.  » 


De son coté, Cyril vit une expérience insolite avec ceux que l’on appelle désormais  » Les disparus de la Draille » 

 » La sensation d’être mort à l’intérieur, mais un mort en colère.  » 

Cyril  tout comme Marie n’aura de cesse de retrouver son âme sœur.

Ils vont vivre séparément un véritable enfer. Quelques jours pour l’un , des mois pour l’autre.



 » Le monde avait changé ; les règles n’étaient plus les mêmes. »

L’armée semble être derrière tout ça. Le camp, sous ses airs de  base militaire, cacherait-il une base expérimentale ?


 » Parce que la guerre, ce n’est pas beau à voir. Il y aura des morts. Et les gens crèvent rarement en silence. « 


Quand du jour au lendemain tout s’écroule, le monde tel qu’on le connaît a disparu, même l’électricité s’est éteinte. La civilisation se retrouve en danger soumise aux nouvelles règles qu’on lui impose sous peine de mort si on ne s’y plie pas. Y’a de quoi flipper et se révolter. Digne d’un des plus grands épisodes d’X Files. Mulder aurait adoré, rappelez-vous : – la vérité est ailleurs…

 » La vérité est invisible… 

Le foisonnement des théories contradictoires est la meilleure chance de dissimuler la vérité. »  


Christophe Nicolas nous livre un récit sous haute tension malgré la coupure de courant qui perturbe les terriens.

Dans ce Thriller Noir post-apocalyptique nous allons découvrir un camp où se cache une horreur indicible.  Un véritable cauchemar qui sépare ceux qui s’aiment et réveille la lâcheté de certains. Absolument terrifiant.

Moi qui ne suis pas Fan de SF, sauf quelques exceptions comme la trilogie SILO d’Hugh Howey, je me suis régalée grâce au talent d’écriture de Christophe Nicolas. J’avoue que si je n’avais pas lu son dernier roman  » CHUTE  » ( ma chronique ici) je serais passée à côté de celui-ci.

Alors vous aussi, foncez et preparez- vous à vivre un moment où se mêlent l’angoisse et l’espoir avec brio. Une réussite totale.


Christophe Nicolas publie sa première nouvelle en 2001 dans le premier numéro de l’anthologie périodique Emblèmes, aux éditions de l’Oxymore. L’éditeur lui confie la direction du seizième numéro de la série, sous-titré Cinq Sens annoncé pour octobre 2005, puis décalé, et qui ne verra finalement pas le jour à la suite de la fermeture définitive de la maison d’édition.
Guitariste, il participe en 2006 à la création de Darwin Errata, un collectif « rock et humaniste » qui donnera des concerts en France et à Barcelone jusqu’en 2009.
Il est également auteur de romans : Un autre,  un thriller fantastique paru en 2010, et Projet Harmonie en 2012, au sujet duquel Ayerdhal écrit sur la quatrième de couverture : « Au fil de pages qui se tournent toutes seules, ce Projet Harmonie marie avec aisance le thriller et un thème d’anticipation que n’aurait pas renié Philip K. Dick ».

Projet Harmonie a été sélectionné pour le prix révélation adulte 2013 des Futuriales et pour le prix Imaginales des lycéens 2014.
Le camp paraît en 2016 aux éditions Fleuve.
Puis Chute en 2017.
Ses romans sont repris en poche chez Pocket.

 » La nuit n’est jamais complète « 

La nuit n’est jamais complète de Niko Tackian aux Éditions Pocket


 

 » Une lueur de conscience au fond de lui savait qu’il n’était pas ici pour rien. Il allait découvrir la vérité et cette fois, elle ne lui échapperait pas.  » 

 


La route à perte de vue au milieu d’un désert de rocaille. Sur cette route Jimmy et Arielle, un père et sa fille, à bord d’une vieille Ford. Quand surgit un barrage de police …

 

Arrêt obligatoire pour au moins une nuit. Au réveil tout dérape…

 

 » Jimmy visualisa le gouffre qui balafrait la surface du désert. Florencio avait peut-être raison. Peut-être que cet horrible endroit était une faille qui tentait de les engloutir dans des abîmes de noirceur. Peut-être que les entrailles de la Terre cachaient quelque-chose qui voulait désespérément sortir pour se répandre à tout le désert puis après… »

 

 Avec d’autres personnes ils se retrouvent coincés dans le désert n’ayant d’autres choix que de trouver un refuge pour tenter de comprendre ce qui leur était tombé dessus.

Point d’hôtel à l’horizon mais une mine de charbon se présentera à eux, un endroit étrange, entouré de quelques maisons de tôle froissée. Le voyage s’arrête là, mais point le récit qui va nous révéler une bien sombre histoire…

 

 

« Depuis le début de ce qu’il appelait intérieurement  » son cauchemar « , chaque instant résonnait fortement en lui. Les événements qu’il vivait lui faisaient l’effet d’un souvenir d’un passé que son esprit aurait volontairement occulté. » 

 


Que nous cache cet endroit qui ressemble à l’enfer ? C’est ce que je vous invite à découvrir avec l’excélent Thriller de Nicko Tackian.

 

Je le connaissais scénariste de la série Alex Hugo ( 9 épisodes) que j’avais suivi et vraiment apprécié.


Et là je découvre à travers « La nuit n’est jamais complète » sa plume d’écrivain et je l’ai également beaucoup aimé. Ce voyage en enfer m’a fait penser à une de mes dernières lectures  » Bienvenue à Cotton Warwick » de Michaël Mention. Du noir angoissant, crasseux qui vous crispe et vous assèche la gorge en  vous plongeant dans les abysses de l’enfer. À chacun leur histoire, mais une atmosphère semblable et terrifiante.

En résumé que sa plume soit pour un scénario ou pour un manuscrit, l’aboutissement de chacun nous réserve de bien belles surprises et nous garantit de passer un excellent moment. Un auteur que je vais continuer à lire et à voir. Une bien belle découverte.

 

Niko Tackian est né à Paris, il est scénariste, réalisateur et romancier. Après des études de droit et d’histoire de l’art, il a été journaliste et rédacteur en chef de différents magazines de presse. Il est aussi auteur de bandes dessinées et  également scénariste pour la télévision. Il signe plusieurs épisodes de séries télévisées et de nombreux téléfilms.

Il écrit et réalise son premier film Azad en 2008 pour la collection Identités de France 2. Ce téléfilm raconte l’histoire d’un jeune homme travaillant dans le milieu de la bande dessinée qui prépare un roman graphique (Azad) retraçant l’histoire de son grand-père et du génocide arménien. Cette histoire lui a été inspiré par le manuscrit laissé par son véritable grand-père Krékor Kandarian, décrivant son voyage vers la France pour fuir le génocide arménien de 1915.

En 2015 il sort son premier roman Quelque part avant l’enfer chez les éditions Scrinéo et partage ses activités entre l’écriture de romans et de scénarios.

Suivra La nuit n’est jamais complète en 2016 chez le même éditeur. Son dernier ouvrage, Toxique chez Calmann-Lévy en 2017 a déjà conquit tous les grands amateurs de Thriller, j’ai hâte de le découvrir.

Je remercie les éditions Pocket pour cette belle découverte assez angoissante.