Nord-Michigan

Nord-Michigan de Jim Harrison aux Éditions 10/18

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sara Oudin

Quand Rosealee approcha, Joseph, d’habitude si réservé en public, fut saisi d’un élan d’affection. Il lui prit la main et l’embrassa. Elle en fut toute décontenancée et lui jeta un regard éperdu. Dire qu’il avait failli détruire leur amour, tel un fou qui mettrait le feu à sa propre grange ou qui abattrait son cheptel. S’il n’avait pas été là, assis sur sa pierre, il aurait été tenté de disparaître pour échapper à tous ses tourments. Mais il savait qu’une fuite aussi simple, à moins d’un suicide, n’était pas dans sa nature, et que l’année décisive qui avait débuté aussi facilement avec le charme d’octobre ne glisserait pas irrémédiablement dans le passé, comme tant de celles qui l’avaient précédé. “

Joseph est instituteur dans une bourgade rurale du Nord-Michigan. Il vit au côté de sa mère dans la ferme familiale.

Grand amoureux de la nature, il pratique la chasse et la pêche, et partage ses nuits avec Rosealee, son amie d’enfance. Quand survient une nouvelle élève de dix-sept ans, Catherine. Une fille très libérée qui va vite lui mettre la tête à l’envers mais pas que…

Il pensa avec tristesse qu’il avait davantage fait l’amour avec elle en un seul après-midi qu’il ne le faisait avec Rosealee en toute une semaine. Peut-être pour le décharger de toute culpabilité, Catherine lui avait assuré, en se rhabillant, qu’elle avait déjà eu des amants.(…) Assis sur son talus, il se sentait jeune et stupide. Et puis triste aussi de n’avoir pas su, jusqu’à cet après-midi-là, que la vie pouvait, en de très rares occasions, offrir des choses aussi absolues et aussi merveilleuses que celles qui naissent parfois de notre imagination. “

Lui qui n’a jamais fauté, et encore moins avec une de ses élèves n’a pas pu résister au fruit défendu.

L’interdit devient sa nouvelle passion, mais va le plonger dans la tourmente, mais peut-être est-il enfin temps de profiter de la vie…

Il s’arrêta à l’idée que la vie n’était qu’une danse de mort, qu’il avait traversé trop rapidement le printemps et puis l’été et qu’il était déjà à mi-chemin de l’automne de sa vie. Il fallait vraiment qu’il s’en sorte un peu mieux parce que chacun sait à quoi ressemble l’hiver. “

Ce que j’en dis :

Lire les romans de ce grand écrivain laisse toujours présager de beaux moments de lectures. Une fois encore sa plume m’a transporté vers le Michigan qu’il aimait tant.

À travers ce roman d’amour, il nous offre le portrait d’un homme du milieu agricole du Michigan, dans les années 50. Un homme qui se retrouve perturbés par les démons de midi.

Au milieu d’une nature omniprésente, d’un décor bucolique et d’une plume lyrique, ce récit touche en plein cœur.

Un petit roman d’une densité incroyable, que je nuis pas prête d’oublier. Si le cœur de Joseph balance entre deux femmes, le mien palpite intensément pour l’écriture de Jim Harrison qui m’a subjugué une fois encore.

Un beau roman, de belles histoires d’amour à déguster sans modération.

Un véritable coup de cœur.

Né dans le Michigan, Jim Harrison est aujourd’hui considéré comme le chantre de la littérature américaine. Scénariste, critique gastronomique, journaliste sportif et automobile, il est l’auteur d’une œuvre considérable, parmi laquelle on compte de grands succès comme Légendes d’automne, Dalva, Un beau jour pour mourir. Il a publié une autobiographie, En marge, et de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont De Marquette à Veracruz, L’été où il failli mourir. Son dernier roman, Pêchés capitaux, a paru aux éditions Flammarion. Jim Harrison est décédé le 26 mars 2016 à l’âge de 78 ans.

Je remercie les Éditions 10/18 pour cette belle histoire d’amour.

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“ Le garçon sauvage ”

Le garçon sauvage de Paolo Cognetti aux Éditions 10/18

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

Cela faisait une dizaine d’années que je n’avais plus remis les pieds à la montagne. J’y avais pourtant passé tous mes étés jusqu’à l’âge de vingt ans. Pour l’enfant de la ville que j’étais, qui avait été élevé en appartement, avait grandi dans un quartier où il était impossible de descendre dans la cour ou dans la rue, la montagne représentait l’idée de la liberté la plus absolue. (…) à trente ans j’avais presque oublié comment c’était, être seul en forêt, ou plonger nu dans un torrent, ou courir sur le fil d’une crête avec rien d’autre que le ciel tout autour. Ces choses, je les avais faites, elles étaient mes souvenirs les plus heureux. Le jeune citadin que j’étais devenu me semblait tout l’opposé de cet enfant sauvage, et l’envie d’aller à sa recherche s’imposa en moi. Ce n’était pas tant un besoin de partir que de revenir ; ni tant de découvrir une part inconnue de moi que d’en retrouver une ancienne et profonde que je croyais avoir perdue. “

Paolo Cognetti, oppressé par sa vie milanaise et confronté à une panne d’écriture décide de partir vivre le temps d’un été dans le Val d’Aoste. Là, il parcourt les sommets, suspendu entre l’enfance et l’âge adulte. Il renoue jour après jour avec la liberté et retrouve l’inspiration.

” Ainsi mes explorations prirent la tournure d’une enquête, une tentative de lire les histoires que le terrain avait à raconter. “

Il plonge au cœur de la vie sauvage qui peuple encore les montagnes, côtoie la solitude, et les habitants du coin avant d’entamer sa désalpe, réconcilié avec l’existence.

” Je représentais à la fois l’habitant le plus en vue et l’indigent, le noble propriétaire et son fidèle gardien, le juge, l’invité, l’ivrogne, l’idiot du village : j’avais tant de moi dans les jambes qu’il m’arrivait parfois le soir de devoir sortir et m’en aller dans les bois pour me retrouver un peu seul. “

Néanmoins, ce séjour initiatique ne parvient pas à le libérer de l’espèce humaine.

(…) la solitude me faisait l’effet d’un palais des glaces : partout où je regardais, je trouvais mon image reflétée, déformée, ridicule, multipliée à l’infini. Je pouvais me libérer de tout d’elle. “

Ce que j’en dis :

À travers ce récit autobiographique, Paolo Cognetti nous offre une véritable bouffée d’oxygène. Un roman habité de poésie, la sienne et celle d’Antonio Pozzi qu’il partage avec nous, sans oublier de belles citations de Thoreau qu’il m’a donné envie de découvrir.

Sa plume est sensible et dégage de belles émotions. Il célèbre la nature, sa faune et sa flore avec humilité. À sa façon, il tente d’apprivoiser la solitude pour mieux appréhender la foule qu’il a fui. Il observe, enregistre, tente de comprendre sans juger mais dans le but de transmettre ce qu’il voit.

Tout plaquer et partir se ressourcer, qui n’en n’a pas rêver, le temps d’une saison, d’une année, ou le temps d’une lecture comme présentement.

Ce récit s’adresse aux amoureux de la nature et des beaux mots. À ceux qui préfèrent le chant des oiseaux aux bruits de la circulation, aux rêveurs épris de liberté.

Un beau roman d’apprentissage, une belle plume que j’aurai grand plaisir à retrouver dans son dernier roman Les huit Montagnes qui a reçu le Prix Strega, et j’espère sincèrement que ses autres récits seront bientôt traduits en Français.

Paolo Cognetti est né à Milan en 1978, il est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles, d’un guide littéraire de New York, et d’un carnet de montagne. Il a étudié les mathématiques et la littérature américaine avant de monter sa maison de production de cinéma indépendant. Il partage sa vie entre sa ville natale, le val d’Aoste et New-York. Son roman Sofia s’habille toujours en noir, paru chez Liana Levi en 2013, lui a valu de figurer dans la sélection du prix Strega, l’un des plus prestigieux prix italien. Après Le garçon sauvage, il signe un nouveau roman aux éditions Stock, Les Huit Montagnes.

“ Tu ne perds rien pour attendre ”

Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi aux Éditions pocket

“ La panthère vit dans les fourrés, disait un proverbe. La sûreté urbaine était ses fourrés, à lui. Il allait devoir traquer toutes les pourritures qui pullulaient dans cette ville. ”

Jean-Marc est policier à Libreville au Gabon. Il n’est pas devenu flic par hasard. Après avoir perdu sa mère et sa sœur, toutes deux fauchées par une voiture conduite par le fils du ministre, qui ne fut jamais inquiété, il rêve d’éradiquer la violence dans sa ville et de rendre justice. Un soir il fait une rencontre surprenante.

– Voir un fantôme est un mauvais présage. Vous devriez aller voir un marabout ou un pasteur. “

Il ne sais pas encore que cette rencontre absolument pas fortuite. Il va pourtant mettre tout en œuvre pour résoudre cette affaire irréelle.

” – Elle veut que je retrouve celui ou ceux qui l’ont tuée. C’est pour ça, j’ai besoin que vous me disiez tout ce que vous savez d’elle et ce qui lui est arrivé. Dans mon métier, nous ne choisissons pas les affaires sur lesquelles nous travaillons, mais ce sont elles qui nous choisissent. J’ai l’impression que c’est le cas avec votre fille. “

Ce que j’en dis :

Depuis un moment déjà j’étais tentée par cette plume venue d’ailleurs. Ce polar tombait à point nommé pour voyager au Gabon et découvrir l’envers du décor des cartes postales à travers une enquête qui allie réel et surnaturel. Une chose est sûre, le dépaysement est garanti, même si l’intrigue est assez légère, le récit n’en demeure pas moins inintéressant. L’auteur nous plonge au cœur de son pays d’origine en utilisant des expressions gabonaises, qu’un glossaire nous aide à comprendre. Il dépeint avec réalisme la corruption engendrée par la mafia, et nous fait découvrir certaines croyances ancestrales. Une lecture agréable, un style inventif, des personnages attachants, qui me donnent envie de poursuivre ma balade gabonaise à travers ses autres polars.

Une belle découverte. Un beau voyage livresque.

Janis OTSIEMI est né en 1976 à Franceville au Gabon. Il vit et travaille à Libreville. Il a publié plusieurs romans, poèmes et essais au Gabon.

Roman social et urbain, style assez direct, récit émaillé d’expressions savoureuses, Janis OTSIEMI signe des romans miroir de la société gabonaise telle qu’il la vit et la perçoit aujourd’hui ! Il a obtenu le Prix du Roman Gabonais pour « La vie est un sale boulot « 

UNE RÉVÉLATION

Je remercie les Éditions Pocket pour ce polar réellement étonnant.

“ Aide-moi si tu peux ”

Aide-moi si tu peux de Jérôme Attal aux Éditions Pocket

– Qu’est-ce que tu racontes, Cague ? Ça y est ? T’es sur place ?

– Oui, et ce n’est pas joli à voir. Une gorge tranchée jusqu’à l’os et un testicule en goguette, si vous voulez un rapport complet. Je viens de trouver l’arme du crime… ”

Stéphane Caglia, capitaine de police se retrouve sur une étrange affaire. Un banquier de là Défense vient d’être retrouvé assassiné, et une adolescente est portée disparue.

Pour s’aider à résoudre cette énigme, il fredonne un air musical qu’il vénère.

(…) chaque fois que je le peux, je me réfugie en pensée dans les années 80. »

Une nouvelle équipière So British l’accompagne et c’est en fin limier qu’il se retrouve sur les traces d’un suspect fan des Beatles.

Et même s’il est toujours nostalgique du passé, il va bien falloir s’adapter pour résoudre cette double enquête bien ancrée dans le présent.

“ Je n’aime pas être adulte. On se rajoute du soucis et on se pose des questions dont on se contrefichait lorsqu’on était môme.”

Une plongée dans l’univers actuel du web, en passant par YouTube et Facebook mais avec la nostalgie des années 80. L’enquête avance à travers une playlist vintage, on Voyage 🎶🎵🎶🎵Voyage 🎶🎵🎶🎵d’un tube à l’autre telle Une boule de flipper 🎶🎵, et ça roule. On avance🎶on avance 🎶on avance 🎶 faut retrouver la Disparue…

Disparue 🎶elle a disparue 🎶au coin de la rue …

Car on l’a jamais revu…

Après avoir adoré Les jonquilles de Green Park ( retrouvé ma Chronique ici, ainsi que des infos sur l’auteur ) j’étais plutôt impatiente de renouer avec le style de l’auteur. J’y ai retrouvé ce que j’avais aimé, l’humour, l’esprit, le côté décalé, l’originalité des personnages. Par contre j’ai trouvé l’intrigue plutôt légère et je n’ai pas été complètement conquise par l’histoire. Je n’ai pas été envahi par les mêmes émotions même si la plume de l’auteur est une véritable bouffée d’oxygène et un vrai délire.

Une lecture plaisante, agréable, tout en musique mais qui ne restera pas un tube inoubliable dans mon Top 50.

Je remercie les Éditions Pocket pour cette lecture très année 80.

“ La mort du petit cœur ”

La mort du petit cœur de Daniel Woodrell aux éditions Rivages

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Frank Reichert

Préface de Dennis Lehanne

“ – Quand je dis « gros lard » ,gros père, c’est à toi que je cause, pigé ? T’as donc pas remarqué que t’étais qu’une grosse merde ? ”

C’est auprès de ce père que Shuggie Atkins un adolescent solitaire et obèse grandit. Bien loin du père idéal, ce mec l’initie à certaines magouilles pour voler les médicaments au domicile des grands malades afin d’assouvir son addiction.

Il n’a pas vraiment le choix, même si son éducation parentale laisse à désirer.

“ J’entendais des clapotements, chair contre chair, et une charretée de grognements. J’aurais préféré prendre une raclée. Il la besognait bruyamment, à la hussarde, et elle répondait en hoquetant de tendres roucoulades. (…) Mon cœur vociférait, mes j’ai réprimé mes hurlements ; je me suis retenu (…) Les cris que j’ai embouteillés cette fois-là et toutes les autres fois similaires ont patienté, jusqu’au jour où j’ai enfin pu les libérer. »

Shuggie accepte pour l’amour de sa mère, même si son attitude équivoque envers lui va le perturber davantage.

L’arrivée de Jim Vin Pearce, au volant d’une magnifique T-Bird dans le paysage ne va rien arranger.

„ Sa présence soudaine a modifié l’ambiance, un peu comme une allumette embrasée modifie l’ambiance d’une grange à fourrage.  »

Quand ça dérape chaque jour un peu plus, il est clair qu’au dernier virage, il sera déjà trop tard pour ne pas sortir de la route et éviter le choc final.

 » J’aimerais pouvoir dire que rien de tout ceci n’est jamais arrivé. ”

Daniel Woodrell décrit à travers son roman noir, la vie d’un adolescent qui grandit entre la haine de son père et l’amour de sa mère. Une vie tourmentée, malmenée, polluée par l’alcool et la drogue que consomment ses parents. Une vie solitaire, sordide, cabossée, qui offre peu d’espoir.

Tel Eskin Cadwell , il dépeint à merveille l’Amérique profonde, ses contrées misérables sans foi ni loi, où la misère sociale brille par sa noirceur dans une ambiance oppressante, brutale et malsaine.

Une histoire située dans les Monts Osark, sa région de prédilection, un univers noir, sa marque de fabrique, une plume sans concessions, vivante, puissante et touchante.

La mort du petit cœur mérite sa place au côté des classiques contemporains.

Un chef-d’œuvre littéraire, un roman culte qui s’inscrit dans la pure tradition du country noir américain.

Daniel Woodrell est né en 1953 dans le Missouri. Il est l’auteur de neuf romans dont la plupart se situent dans les monts Osark. Chevauchée avec le diable a été adapté au cinéma en 1999 par Ang Lee, puis Un hiver de glace en 2010 par Debra Granik (Winter’s Bone), avec Jennifer Lawrence dans le rôle principal. Il a reçu le prix du Pen Club américain pour La fille aux cheveux rouge tomate et le prix Mystère de la Critique pour Un hiver de glace.

Je remercie les Éditions Rivages pour ce chef-d’œuvre de la littérature américaine.

“ Sale Boulot ”

Sale Boulot de Larry Brown aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Francis Kerline

C’est dingue, qu’on se disait, comment un seul petit truc peut te gâcher la vie pour toujours. Suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Pareil pour moi comme pour elle. Ben tiens, comme pour toi aussi. ”

Walter James n’a plus de visage. Braiden Chaney, lui, n’a plus ni jambes ni bras. Ils sont tous les deux des mutilés du Vietnam. Ils ont participé à cette guerre, un Sale Boulot.

“ On s’engage ou on s’engage pas, faut savoir. ”

L’un est noir, l’autre blanc. Vingt deux ans plus tard, ils partagent la même chambre d’un hôpital pour vétérans dans le Mississippi.

C’est pas parce qu’on est condamné à mort qu’on doit forcément mourir. Ça dépend entièrement de l’individu. Tout le monde est pas fait pareil. Y’en a qui peuvent supporter des trucs que les autres peuvent pas.

J’avais peur. (…) Finalement j’ai ouvert les yeux et je l’ai regardé. Je lui ai dit que je m’appelais Walter et que je venais du Mississippi. Il a hoché la tête en souriant, il m’a dit qu’il s’appelait Braiden Chaney et qu’il était de Clarksdale. (..) il s’est excusé de ne pas pouvoir me serrer la main. ”

Le temps d’une nuit qui s’éternise, ils se confient l’un à l’autre en partageant des bières et des cigarettes. L’alcool délient les langues, les souvenirs affluent, les bons comme les mauvais. Les échanges se poursuivent, deux voix dans la nuit pour tout dire sur la guerre et les dégâts irréversibles sur les soldats.

Le monde entier est un mystère pour moi, faut dire. Pourquoi il est comme il est. Je crois pas que le Seigneur Il l’avait prévu comme ça à l’origine. Je crois qu’Il a juste perdu le contrôle. ”

Deux voix dans la nuit chargées de douleurs, hantées par la mort mais pleines de compassion l’une pour l’autre, avec une dernière prière…

Des mecs qui rentreraient jamais chez eux. Des mecs qui avaient donné tout ce qu’ils avaient et même plus. Des laissés-pour-compte. ”

Quelle bonne idée ont eu les Éditions Gallmeister de rééditer les romans noirs de Larry Brown. Après Joe, Père et fils puis Fay, Sale Boulot rejoint la collection Totem.

L’auteur excelle dans son domaine de prédilection, le roman noir. Une fois encore, il nous offre une histoire bouleversante avec des personnages puissants, attachants, qu’il est difficile de quitter sans être bouleversé par leur histoire.

En 200 pages, il réussit à camper une intrigue qui réserve un final, qui telle une grenade t’explose le cœur.

Un récit d’une force incroyable que tu ne peux quitter malgré sa noirceur.

Un véritable roman antimilitariste qui dénonce de façon brutale les horreurs de la guerre.

Une histoire barbare où l’humour apparaît presque comme un soulagement, et la compassion comme une caresse sur une blessure.

Larry Brown, une fois encore m’a touché, il m’a charmé par son écriture, son style, son pouvoir à bouleverser avec des mots les plus durs d’entre nous.

Pendant l’année 2017, j’en ai vu des gueules cassées, des estropiés, des accidentés de la vie, tout comme Braiden et Walter chacun avec son histoire, c’est sûrement pour cela que cette histoire m’a chamboulé à ce point. Ça ne m’empêchera pas de poursuivre mes lectures de l’auteur bien au contraire.

Une plume noire américaine comme j’aime qu’il me tarde à retrouver.

Larry Brown (1951-2004) est né et a vécu dans le Mississippi, près d’Oxford. Passionné par la pêche, la chasse et la lecture, il a exercé des métiers aussi divers que bûcheron, peintre en bâtiment ou droguiste, puis pompier, avant de se consacrer uniquement à la littérature. Il est le seul écrivain à avoir reçu à deux reprises le prestigieux Southern Book Award for Fiction. Son roman Joe a été porté à l’écran en 2013, avec Nicolas Cage dans le rôle-titre.

Ce qu’en dit l’écrivain Bob Shacochis : « Seule une véritable conscience de ce monde pouvait se permettre d’écrire Sale Boulot, tout en feu, vent et glace, miraculeusement maintenu ensemble par un filet d’amour à briser le cœur. »

Je remercie Clotilde et les Éditions Gallmeister pour cette lecture de guerriers au grand cœur.

 » Lundi Noir « 

Lundi Noir de Dominique Dyens aux éditions Pocket

 » Alice et moi vivions sur deux planètes de plus en plus divergentes. Pourtant je m’accrochais désespérément à cette femme pour qui je venais de commettre le plus grave des délits .  »

Quand les seuls arguments qu’il reste à un homme pour garder sa femme se situent au niveau de son porte-feuille et plus en dessous de la ceinture, il se retrouve prêt à tout pour y parvenir, quitte à faire certaines malversations financières et se retrouver dans l’illégalité. Le risque est énorme mais il n’a pas le choix.

 » – Le fric est un engrenage… Plus j’en gagnais et moins ça suffisait… Tu es toujours le pauvre d’un autre…  »

Un homme déjà dans la souffrance qui se retrouve plongé dans la tourmente. Puis sera rattrapé par le passé qui lui réservera de drôles de surprises.

L’impuissance d’un homme confrontée à la puissance de l’argent à travers un regard cynique sur le capitalisme, un monde rempli d’hypocrisie où l’argent est roi.

Dominique Dyens campe une intrigue efficace à travers ce Thriller psychologique admirablement construit autour de deux personnages principaux.

Absolument captivant malgré le côté financier qui aurait pu me rebuter au départ, mais je me suis attachée aux misères de Paul qui comme tous les rapaces réussira à s’en sortir de façon surprenante même s’il va vite comprendre que tout ne s’achète pas.

Terriblement machiavélique et complètement addictif.

Je retrouve la plume de l’auteure pour la seconde fois et je suis à nouveau conquise par son talent.

Une auteure à suivre indiscutablement.

Dominique Dyens est romancière et nouvelliste. Elle écrit également pour le cinéma et la jeunesse, et collabore à diverses revues littéraires.

Elle est l’auteur de plusieurs romans édités chez Denoël et chez Héloïse d’Ormesson.  » La femme éclaboussée  » ( 2000)  » Maud à jamais  » (2002)  » C’est une maison bleue  » (2003)  » Éloge de la cellulite et autres disgrâces  » (2006) « Délit de fuite  » (2009)  » Intuitions  » (2012)  » Lundi noir  » (2013) .

Je remercie les Éditions Pocket pour ce roman financier qui vaut son pesant d’or.

 » Carajuru « 

Carajuru de Sébastien Vidal  aux Éditions Lucien Souny 

 » –  Osveta est un ancien du 66e, il a quitté l’armée au printemps. Il devient célèbre en faisant échec à deux braqueurs à Brive, deux mecs du régiment. Et maintenant il meurt tué par balle. Il y a un morceau de l’histoire qui nous échappe ; « 

Nouvel avis de décès à Brive- la- Gaillarde, Walt va devoir se mettre au boulot, même si à priori ça ressemble à un suicide, certains détails sèment le doute. Il va falloir fouiller dans le passé de la victime pour éclaircir les zones d’ombre.

 » Ce qui m’intéresse c’est l’histoire depuis sa genèse.  » 

Walt était loin d’imaginer que cette situation allait réveiller ses cauchemars.

« Il se dit que les traumatismes étaient des rochers sous l’eau de la rivière : quand le niveau baissait, ils réapparaissaient. Et puis il y avait le facteur amour-propre. Pour un militaire, accepter de subir un traumatisme était en soi traumatisant. Walt se découvrait plus fragile qu’il ne le croyait. « 

Une vieille affaire l’obsède, perturbe sa vie, « La chose de mai 2005  » . Il n’a pas réglé cette mésaventure du passé qui semble étrangement liée au présent.

Walt et son équipe, à force de creuser dans les vieux souvenirs, vont exhumer de sales histoires et de pénibles secrets.

 » Décidément, nous allons de surprise en surprise avec cette enquête en habits de camouflage. « 

Et c’est dans une ambiance mortelle mais tout en poésie que l’enquête se poursuit.

 » Cela s’était fait dans une telle douceur qu’on ne pouvait dire si c’était la nuit qui s’était retirée ou le jour qui s’était imposé.  » 

 

Sébastien Vidal confirme son talent avec ce nouveau polar même si j’avoue avoir un peu paniqué au départ. À trop vouloir bien écrire, avec un vocabulaire alléchant, le langage peut devenir un peu pompeux pour le lecteur.

 » – (…) Comment tu sais tout ça ? 

– La lecture mon ami, la lecture ! Elle nous élève.  » 

Alors je me suis laissée porter par l’écriture façonnée, à travers cette nouvelle enquête policière où j’ai retrouvé Walt Brewski aussi doué dans son boulot que dans les bras de son amante.

 » Dans la pénombre profonde accompagné du craquement épais du cuir, deux corps s’épousaient et se reconnaissaient, deux âmes s’élevaient au-dessus de la mêlée.  » 

À la limite du thriller, beaucoup plus hard que Woorara ( Ma chronique ICI ) Carajuru nous réserve d’intenses émotions sous haute tension, la violence monte crescendo et n’empêche pas quelques sourires éclatants. Une récit très visuel qui donne de la puissance à notre imagination, toutes scènes confondues. C’est chaud, c’est fort, on en redemande. Tout comme pour «  La chose de mai 2005 »  où chaque regard a son importance, et même lorsque les nuages se pointent à l’horizon, ils sont prémices aux bonnes nouvelles, parole de Chef indien.

Alors, tout comme moi, laissez-vous élever par l’écriture de Sébastien Vidal, et vous verrez que ça vaut le coup d’œil. C’est surprenant, captivant, explosif, et érotique.

Carajuru à découvrir pour se faire balader via une histoire mortelle, le meilleur et la suite sont dans le livre…

Sébastien Vidal est née en Corrèze et vit à Saint Jal avec son épouse et ses deux enfants. Il a été gendarme pendant 25 ans dans diverses unités d’interventions. Passionné pour le rugby, il a écrit un magnifique roman où le ballon ovale est à l’honneur : Un ballon sur lecœur (ma chronique ICI). Il est également supporter du CAB, et ses gaillards.

En janvier 2017, parait Woorara (ma chronique ICI) son premier Polar, qui rencontre immédiatement un énorme succès. Il entame avec Woorara une trilogie des Sentiments Noirs (colère, haine, convoitise, jalousie, rancune, honte, qui génèrent la trahison, le mensonge, la vengeance) bref les sentiments qui nous entraînent du coté obscur … Suivra Carajuru en Novembre 2017 le second volet, il traite particulièrement de la honte et de la colère tandis que Woorara mettait en exergue la haine et la vengeance. Le troisième volet parlera particulièrement de la cupidité. Un dernier opus sur lequel il travaille actuellement.

Les trois histoires se déroulent en Corrèze, sa région, chère à son cœur.

La suite bientôt… en tout cas je l’espère.

Je remercie Lucien Souny pour ce polar à l’atmosphère aussi poétique qu’explosive.

 » Dans la chaleur de l’été « 

Dans la chaleur de l’été de Vanessa Lafaye aux Éditions Pocket

Traduit de l’anglais par Laurence Videloup

 » Le barbecue en l’honneur du 4-juillet était le point d’orgue de la vie sociale de Heron Key, la seule fête à laquelle les Noirs pouvaient assister, du côté de la plage qui leur était réservé, bien sûr, mais lorsque le feu d’artifice commençait, personne ne pouvait séparer le ciel.  »

Henry est de retour après dix-huit ans et hélas rien n’a changé. Les Blancs d’un côté et les Noirs de l’autre comme sur un jeu d’échecs, mais ici l’avantage est toujours pour les Blancs. La ségrégation est toujours aussi présente et aussi violente.

Henry est un vétéran, il a connu l’enfer des tranchées en France et des années d’errance en Europe. Et maintenant, il se retrouve parqué avec ses compères dans un camp insalubre.

 » Et aujourd’hui, cette insulte finale : on le condamnait à vivre en enfer, ou presque, relégués dans un endroit paumé, où le pays pouvait oublier ce qu’il leur devait.  »

Missy non plus plus n’a pas changé en l’attendant. Toujours différente, mais plus belle et plus cultivée malgré sa couleur de peau.

 » Petite elle avait déjà peu d’amis. Parce qu’elle préférait les livres aux jeux dans les marais, les gamins du coin la trouvaient coincée. Aujourd’hui Missy avait toutes les chances de finir vieille fille. Trop intelligente pour les gars d’ici, trop fière pour jouer l’innocente. »

Selma attendait ce retour également, mais bien davantage. Henry avait des comptes à lui rendre mais pour l’instant, elle était tout simplement heureuse de l’avoir retrouvé.

Quand il se retrouva en mauvaise posture après la soirée du 4-juillet, sa couleur de peau faisant de lui un coupable idéal, en plus des rumeurs qui circulent dans la communauté, il put toujours compter sur Missy et Selma. Mais l’agression de cette femme blanche échauffe les esprits sous ce soleil de plomb et les tensions ne cessent de monter entre les Blancs et les Noirs.

 » Plein de gens, y sont prêts à croire un mensonge, si ça répond à un besoin.  »

Un ouragan se prépare, lui seul ne fera aucune différence à la couleur de peau pour donner la mort sur son passage…

Vanessa Lafaye nous offre à travers ce premier roman un récit terriblement poignant, d’une force égale à cet ouragan qui l’accompagne. À travers ses mots bouleversants, on partage la douleur de ces hommes et ces femmes déjà tant meurtris. Un combat de plus les attend quand les éléments se déchaînent.

Une histoire inspirée de faits réels qui ont marqué l’auteure, où elle honore ici leurs mémoires.

Un roman passionnant, brûlant de réalisme, où l’amour l’emporte sur la haine malgré tout.

Plein d’humanité, de sensibilité, tel un bon blues qui t’écorche le cœur, et te tire les larmes.

S’adresse à tous ceux qui se révoltent contre les injustices, à tous ceux qui aiment être remués, bouleversés. À tous les amoureux de la littérature américaine qui aiment les récits authentiques forts en émotions.

Une nouvelle plume américaine qui rejoint mes coups de cœur dans la même veine que  » la couleur des sentiments  » de Kathryn Stockett,  » La colline aux esclaves  » de Kathleen Grissom ,  » En attendant Babylone  » d’Amanda Boyden.

Née en Floride à Tallahassee, Vanessa Lafaye a étudié en Caroline du Nord, puis à Paris. Elle s’installe finalement en Angleterre avec son époux et leurs enfants. Après avoir travaillé dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, elle se consacre désormais à l’écriture et au chant – elle dirige la chorale de sa ville de Malborough. Dans la chaleur de l’été ( Belfond, 2016) est son premier roman.

La librairie de l’île 

La librairie de l’île de Gabrielle Zevin aux Éditions Pocket 

Traduit de l’anglais par Aurore Guitry 



 » – (…) Le Roman que vous m’avez conseillé hier est le pire que j’ai jamais lu en quatre-vingt-deux ans. Je souhaiterais être remboursée. 

Les yeux du libraire vont de la vieille au livre.

– Quel est le problème ? 

– Les problèmes, vous voulez dire, monsieur Fikry…



Madame Cumberbatch n’est pas satisfaite de sa lecture, mais hélas pour elle, il n’y avait pas le bandeau Satisfait ou remboursé. Si au moins elle en avait pris soin mais même pas. 

A.J lui présente ses excuses, Mais ne se sent aucunement désolé. Qu’est-ce que croient ces clients qui veulent acheter un livre avec la garantie qu’il va leur plaire ? Il enregistre le retour. La cliente a cassé le dos de l’ouvrage. Il ne pourra jamais le remettre en rayon. « 

C’est comme pour cette nouvelle représentante, il va bien falloir qu’il s’y fasse puisque le précédent est décédé… 

Que voulez-vous que ça me fasse ? Je le connaissais à peine. On ne se voyait que trois fois par an, pas vraiment suffisant pour se lier d’amitié. Et d’ailleurs, il ne venait que pour essayer de me vendre des livres. Cela ne correspond pas à ma définition de l’amitié.  » 

Pas très sympathique ce libraire, je dirais même plutôt antipathique, jusqu’au jour où un de ses livres de grande valeur disparaît et un enfant surgit dans sa vie. Ce n’est pas un livre qui va changer sa vie mais un bébé. Qui l’aurait cru ? La mère de l’enfant peut-être, en laissant ce mot dans le couffin ? 

«  Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte.  » 

Complètement perdu au départ, il va vite tomber sous le charme de cette enfant très précoce. Après un passage à vide, sa vie va prendre des allures de bonheur. On dirait même que l’amour se pointe à l’horizon. Il est temps de tourner de nouvelles pages et de commencer une nouvelle histoire…

 » Parfois les livres attendent le bon moment pour nous trouver. » 

Étant complètement passée à côté du grand format, qui portait qui plus est un titre différent et une couverture moins attrayante, sur les conseils de Léa ( très grande lectrice ) j’ai découvert ce roman et j’ai été ravie de cette lecture. L’histoire est on ne peut plus drôle, pleine d’esprit et regorge d’une multitude d’informations sur le milieu du livre. Une histoire non dépourvue de suspense qui nous régale de mille façon. Je serais curieuse d’avoir l’avis de madame Cumberbatch. 


En attendant vous aurez le mien et j’espère que vous vous laisserez tenter par ce roman qui fait un bien fou et qui devrait d’ailleurs être lu par tous les amoureux des livres. 

Il m’a bien trouvé celui-ci, et il a bien fait. 



Gabrielle Zevin née en 1977, est écrivain et scénariste. Diplômée de Harvard en littérature anglaise et américaine, elle vit à Los Angeles et a déjà publié huit romans aux États-Unis, dont quelques-uns pour la jeunesse, qui ont été traduits en France et publiés chez Albin Michel. La librairie de l’île a paru sous le titre L’histoire épatante de M. Fikry & autres trésors chez Fleuve Éditions en 2015. 


Je remercie les Éditions pocket pour cette lecture rafraîchissante et enrichissante.